PARALYSIES DES MUSCLES OE L'OEIL
Ions pas, avec MM. Marchai et Noita, que la névralgie soit cause de la paralysie : nous voyons là une ctiologie commune avec une différence de symptômes expliquée par la différence fonctionnelle (les cordons nerveux , le froid et le rhumatisme tiadiiisaiit leurs effets , sur la cinquième paire, par les douleurs névralgiques , et, sur la troisième, par la paralysie.
Symptômes , marche, lerminaisons. — La troisième paire apportant l'excitation motrice aux muscles élévateur de la paupière supéi'ieure, di'iiils supérieur, inférieur, et interne, et petit obli- (juc de l'œil, ainsi qu'aux fibres musculaires de l'iris, sa paralysie pourra être totale ou partielle, couipicte ou incomplète, suivant qu'elle s'élendra à toutes les parties dénommées ou qu'elle se bornera àquekpies-unes, suivant que les mouvements seront entièrement supprimés ou seulement affaiblis.
La paralysie totale et complète a pour conséquences l'abaissement de la paupii^e supérieure, la suppression des mouvements de l'œil eu haut, eu bas, et en dedans, et celle des contractions de l'ii'is. L'œil, du côté malade, reste donc habituellement caché derrière la paupière supérieure abaissée, et, pour qu'il puisse être examiné, il faut que celte paupière soit soulevée et maintenue parle chirurgien, car, s'il l'abandonne, elle retombe par sou propre poids et redescend lentement jusqu'à ce qu'elle touche l'inférieure. La paupière l'elevée, le globe oculaire s'aperçoit entraîné en dehors par les contractions du muscle droit exierne, fixé vers l'angle exierne, et immobile dans celte position. Si l'on engage le malade à regarder en diverses directions sans bouger la lête, il ne peut le faire, et ses efforts n'aboutissent qu'à produire quelques oscillations, quelques mouvements faibles et irréguliers, dus sausdouie aux contractions du muscle grand oblique. L'œil fait quelquefois par son côté interne une légère saillie, appréciable surtout chez les personnes dont le globe oculaire est naturellement gros. La pupille est dilatée, et l'iris, immobile, ne se contracte pas sous l'influence de la lumière la plus vive et la plus subite, lors même que l'autre œil est laissé ouvert, caractère qui distingue la mya- (Iriase paralytique de la mydriase amaurotique.
La vue est conservée dans l'œil dévié, ainsi qu'on s'en assure en faisant regarder le malade après avoir couvert l'autre œil ; mais il n'y a que les objets éloignés qui soient vus avec netteté, ce qui tient à la largeur et à l'immobilitii de la pupille : une carie percée d'un li'ou d'épingle , placée au devant de l'œil , restitue en effet à la vi-
sion toute sa puissance. Lorsque le malade tient soulevée avec son doigt la paupière paralysée de manière à se servir en même temps des deux yeux, il voit une double image des objets. Celle altération, qu'on nomme diplopie, est un phénomène commun à toutes les paralysies des muscles oculaires : il résulte de ce que, l'un des yeux n'obéissant plus à la volonté , les deux organes ne peuvent plus se diriger ensemble vers le même objet, comme il est nécessaire, dans la vision bioeulaire, pour que la double image se fonde en une seule. Aussi, la diplopie par paralysie oculaire cesse-t-elle aussitôt que l'objet est place par rapport à la tèie ou celle-ci par rapport à lui dans une position telle que les conditions de convergence des deux axes visuels vers un point unique puissent être remplies, lorsque, dans la paralysie de la IroiMèmc paire du côté droit, par exemple, l'objet est placé fortement à droite , ou la tète tournée vers la gauche , si l'objet est maintenu en face du sujet en expérience.
On admet généralement aujourd'hui que l'iiierlie du muscle petit oblique rend l'œil inhabile à exécuter sou mouvement de rotation de haut en bas et de dehors en dedans autour de l'axe antéroposlérieur, et l'on indique même, pour conslater ce dernier phénomène, une expérience consisiant à se servir d'une petite veinule conjonctivale ou d'une de ces taches si fréquentes sur l'iris comme d'un point de repère dont on apprécie les changements de rapports, soit avec l'horizon, soit avec les bords libres des deux paupières ; mais nous n'insisterons pas davantage sur ces poinls , attendu que nous avons de fortes raisons pour douler de la réalité du mouvement de rotation de l'œil dans l'état normal.
Aux phénomènes que nous venons d'exposer se joignent quelquefois des étourdissements , de la céphalalgie, de la congestion cérébrale, et des voinissemenls. Ce dernier symplôme parait quelquefois lié à la diplopie , car on a pu, dans certains cas, le supprimer en couvrant les yeux et lel'aiie renaître en les tenant ouverts.
Dans les paralysies totales, mais ini'omplèles, les désordres sont les mêmes et ne diffèrent des précéd(!nts que par leur degré : la déviation eu dehors et la saillie oculaire sont moins prononcées, la paupière supérieure peut être légèrement élevée, et les mouvements accomplis par l'œil dévié, lorsqu'on invite le malade à regarder en divers sens après avoir couvert l'œil sain , ont nue plus grande étendue. C'est par ces modilications que passe la paralysie toialc et complète au moment où elle commence à s'améliorei' sous l'action salutaire d'une médicalion eflicace.
MALADIES DU GLOBE OCULAIRE
La paralysie partielle n'est pas très -rare et présente des variétés. L'ne des deux branches peut être seule paralysée. Si c'est la supérieure, la paupière est abaissée et l'œil aussi, et il est, de plus, impossible de porter cet organe en haut ; les autres mouvements s'exécutent, et l'iris demeure contractile. Si c'est la branche inférieure, la paupière a conservé sa mobilité , l'œil est entrainé en dehors et en haut et ne peut être porté en bas et
en dedaus ; la pupille est élargie , et 1
ii'is a
perdu
sa contractilite. Il est possible qu'un seul filet nerveux soit affecté, de telle sorte que la paralysie se borne à la paupièi'e supérieure, à l'un des muscles droits, ou à l'iris. Déjà il a été question ailleurs, sous les litres de blépliaroptose et de mydriase (p. 131 et 324), de la paralysie de la paupière et de celle de l'iris : nous n'y reviendrons pas. La paralysie isolée de chacun des muscles droits supérifiui', inférieur, et interne , s'annonce par une déviation légère de l'neil dans le sens opposé anx mouvements propres du muscle paralysé, par l'impossibilité dans laquelle se trouve l'œil dévié d'exécuter ces mouvements , et enfiu par la diplopie qui résulte de cette impossibilité. Que le muscle dioit supérieur du côté droit , par exemple, soit paralysé, l'œil correspondant se dirigera naturellement un peu en bas, et ne pourra accompagner l'œil gauche dans ses mouvements en haut: il y aura donc, toutes les fois que le malade essayera de regarder des objets élevés , strabisme et diplopie. Ce sera précisément le contraire qui aura lieu pour la paralysie du droit inférieur, et l'on conçoit, sans qu'il soit besoin de les énoncer, les désordres qui signaleraient celle du droit interne. Il faut remarquer encore que le malade prend instinctivement la position qui diminue le plus les inconvénients de la diplopie ou qui supprime ce vice fonctionnel : ainsi, il tient la tête élevée et presque renversée dans la paralysie du muscle droit supérieur; il l'incline sur la poitrine dans celle du droit inférieur; enfin il marche la tête tournée à droite dans celle du droit interne gauche, et réciproquement, à gauche, dans celle du droit interne droit, attitudes qui donnent à sa démarche quelque chose de singulier et de caractéristique.
Pour ce qui est de la paralysie partielle du muscle petit oblique , il nous parait douteux qu'elle ait jamais été observée jusqu'ici et surtout qu'on ait pu en constater l'existence par quelque signe certain. Ce muscle ayant en effet pour fonction de porter la pupille en dehors et en haut, on conçoit qu'il puisse être suppléé dans cette action, à supposer que celle-ci vienne à être supprimée, par la contraction simultanée des mus-
cles droits externe et supérieur ; et, quant au pouvoir qu'on lui attribue de faire tourner l'œil sur son axe antéro-postéi'ieur, comme nous n'y croyons pas, nous sommes conduits à considérer comme nuls tons les signes déduits, à tort suivant nous, de l'altération de cette fonction.
La paralysie peut être incomplète en même temps que partielle. Celte affection, qui dépend de quelque altération incoiuiue du muscle lui-même ou du filet nerveux qui lui arrive, s'observe surtout dans les muscles droits .supérieur et inférieur. Dans ces cas, la paupière snpéi'ieurc est à l'état normal , et rien de particulier ne se remarque tant que l'œil est fixe ou n'a pas besoin de se porter dans le sens du muscle affaibli. Si au contraire ce déplacement devient nécessaire , l'œil ne peut suivre l'autre, et il y a alors diplopie et appal'ence de strabisme du côté sain.
Nous ne savons pas si l'on a vu quelquefois la paralysie de deux ou trois seulement des cinq muscles qu'anime la troisième paire. Il serait facile, avec la connaissance exacte de celte paire nerveuse et à l'aide des notions pathologiques précédentes, d'analyser les phénomèues qui se présenteraient dans ces cas et d'en déduire le diagnostic.
La description précédente s'applique à la paralysie d'un seul côté , parce que c'est le cas le plus fréquent , mais il est possible que la maladie occupe à la fois les deux côtés, ou qu'elle passe d'un côté à l'autre.
La marche de cette maladie n'a rien de fixe ni de régulier : il n'en pouvait être autrement d'une affeclion dont l'origine présente tant de différences. Elle apparaît quelquefois bru.^iqueinent, et se développe dans d'autres cas avec lenteur ; on peut la voir persister indéfiniment, ou diminuer graduellement sous l'influence du traitement. Symptomatique de quelque lésion cérébrale, de quelque tumeur orbitaire ou intra-crànieune, elle est fort grave et quelquefois incurable. Traumatique ou rhumatismale, elle guérit ordinairement au bout de quelques semaines , en même temps que l'affection principale s'amende , que l'influence de la cause s'épuise, que l'épanchemeut sanguin se résorbe, etc. etc.
Diagnoslic. — En ce qui touche l'existence même de la maladie, le diagnostic est facile quand la paralysie est totale et complète , car il n'y a aucune autre affeclion qui cause à la fois la chute de la paupière supérieure, le strabisme divergent, la dilatation de la pupille, et la diplopie, avec perte de la plupart des mouvements de l'œil. Lorsque la paralysie est partielle et incomplète, sur-