‹ Compendium de chirurgie pratique; ou, Traité complet des maladies chirurgicales et des opérations que ces maladies réclamentChapitre 69 sur 177 · DIFFORMITÉS · texte numérisé non relu

DIFFORMITÉS

Lorsque la perle du pavillon est la conséquence d'une brûlure , d'une gangrène , d'une plaie par arme à feu ou par instrument tranchant , l'ouïe s'affaiblit d'abord, mais reprend ordinairement, après un temps plus ou moins long, sa finesse et sa netteté. Cependant il est des cas où elle reste plus dure qu'auparavant. Ces différences s'expliquent sans doute par des différences correspondantes dans la sensibilité des parties profondes de l'appareil auditif, assez perfectionnées chez quelques sujets pour que la collection des ondes sonores par le pavillon leur soit inutile, trop imparfaite chez d'autres pour qu'ils puissent sans dommage être privés de cet accessoire.

11 peut se faire qu'une partie seulement du pavillon manque. Quels que soient la cause et le siège de celte perte de substance, ou conçoit qu'elle nuira moins encore que la lésion précédente à l'exercice de l'audition ; mais elle produira une difformité , qui pourra être supportée avec impatience, surtout si c'est à une femme que l'accident est arrivé.

La restauration de la totalité du pavillon ne nous paraît point praticable, et n'a jamais, que nous sachions , été tentée jusqu'ici. Il n'en est pa.s de même de sa restauration partielle : Dieffenbach a pratiqué cette opération avec succès, et voici à peu près en quels termes M. le professeur Malgaigne décrit le procédé suivi par le chirurgien de Berlin. Le bord altéré de l'oreille étant régularisé et avivé , on taille, selon le besoin , sur la tempe, sur l'apophyse mastoïde, ou dans les environs , un lambeau de peau , qu'on dissèque suivant la méthode de Celse , de telle sorte qu'il suffise de le tirailler un peu , sans tordre le pédicule, pour rapprocher son bord libre du bord mutilé de l'oreille, et on réunit ces deux bords par des points de suture entrecoupés qui comprenuent toute l'épaisseur de l'oreille aussi bien que du lambeau. On passe ensuite derrière l'espèce de pont qui résulte de celte réunion une bandelette enduite de cérat pour prévenir le recollement de la peau disséquée. Lorsque l'agglutination est bien faite, c'est-à-dire après quatre à cinq jours ou même davantage, on peut ôter les points de su^ ture ; mais ce n'est que du quinzième au trentième jour que la cicatrice est assez solide pour permettre , sans crainte de gangri'jie , de séparer complètement le lambeau du crâne. Il est bien entendu qu'en opérant celte séparation du lambeau on a soin de donner à celui-ci la forme convenable et une étendue à peu près double de celle qu'on veut lui voir conserver. La face cutanée du lambeau correspond à la face externe du pavillon, tandis que la surface saignante ou suppurante

reste cachée. A la longue, le morceau surajouté se rétracte, s'épaissit, se durcit, prend la forme d'un bourrelet , qui, d'abord pâle, acquiert ensuite une teinte rouge plus foncée que celle du pavillon.

Le procédé que nous venons d'exposer pourrait être modifié avec avantage et suivant les circonstances, soit en taillant le lambeau en forme de pont , .soit en le prenant un peu plus loin et en fléchissant légèrement son pédicule afin d'éviter les lirailleiiiputs qui nuisent tmijdui's au succès et à la perfection de ces sortes d'opérations; mais mus doutons qu'on arrive jamais à obtenir un lambeau qui reproduise la foinie si accideiUée du pavillon et qui corrige complètement la difformité, à mettre en un mot à l'oreille une pièce qui ne paraisse pas et ne forme pas avec le reste un choquant disparate.

IIL Une oreille trop aplatie ou collée trop étroitement contre la tête peut nuire à la perfection de l'ouïe ; mais c'est là un vice de conformation contre lequel l'art a bien peu de prise. La seule conclusion à tirer de cette observation, c'est qu'il faut éviter avec soin de comprendre le pavillon de l'oreille dans les appareils compressifs qui doivent rester appliqués pendant un certain temps, et proscrire, pour les enfants surtout, l'usage des coiffures serrées.

ly. La conque se trouve quelquefois l'étrécie par la disposition vicieuse du tragus et de l'antiiragus , ces deux éminences se dirigeant à la rencontre l'une de l'autre , de manière à masquer l'entrée du conduit auditif externe et à gêner le passage des ondes sonores. L'écartementdes parties déviées au moyen des corps dilatants serait ici d'une faible utilité, à cause de l'élasticité de ces parties qui les ramènerait à leur position première dès que cesse la dilatation. Le seul moyen efficace serait, ainsi que l'établit Boyer, l'excision des prolongements difformes, et si le malade se refusait à cette opération, il ne resterait qu'à lui conseiller l'emploi d'un moyen palliatif, c'est-àdire l'usage du cornet acoustique.

V. Le pavillon de l'oreille est quelquefois le siège de divisions et de fentes anormales, résultats d'anciennes blessures, de déchirures produites par l'arrachement d'une boucle d'oreille, de la .section lente opérée par ce bijou quand il est trop pesant. Cette difformité , comparable au bec-delièvre, se traite de la même façon, c'est-à-dire par l'avivenient des lèvres de la solution de continuité, qu'on rapproche ensuite et qu'on maintient à l'aide de points de suture , de manière à obtenir leur l'èunion définitive.

VI. A la suite des brûlures mal soignées, il peut arriver que la face interne du pavillon cou-

MALADIES DU COiNDUIT AUDITIF.

tracte avec les réglons voisiues des adhérences assez étendues et assez intimes pnur que l'oreille se trouve collée à la pailie latérale de la tète avec laquelle elle semble se confondre. Si cette difformité nuisait à l'audition ou paraissait par trop désagréable au malade , on puurrait la faire disparaître, 1° en divisant les adhérences et dégageant

le pavillon par une dissection poussée aussi loin qu'il serait nécessaire ; 2° en prévenant le retour des adhérences, soit par.un pansement méthodique, soit par l'application d'un lambeau autoplastique sur la surface saignante crânienne, moyen qui nous paraîtrait le plus sûr et le plus propre à produire une guérisou durable.

Page 1