‹ Compendium de chirurgie pratique; ou, Traité complet des maladies chirurgicales et des opérations que ces maladies réclamentChapitre 70 sur 177 · CHAPITRE SECOND · texte numérisé non relu

CHAPITRE SECOND

MALADIES DU CONDUIT AUDITIF EXTERNE

Nous trouvons encore ici les trois ordres de lésions qui ont fait la matière du chapitre précédent, savoir : les lésions trauniatiques, les lésions vitales et organiques, et les difformités.

SECTION I

LÉSIONS TRAUMATIQDES.

Nous n'avons guère à parler, dans cette section, que des corps étrangers , car les blessures et les brûlures donnent lieu à peu de réflexions.

Les brûlures des troisième et quatrième degrés méritent seules une meniion particulièi'e , parce que la suppuration est suivie d'un retrait des parties fibreuses et cartilagineuses , qui peut amener une atrésie ou une oblitéraiion nuisibles à l'audition , et contre lequel il faut lutter incessamment par l'emploi méthodique de sondes et de mèches.

Corps étrangers.

On trouve souvent des corps étrangers dans le conduit auditif externe. Tantôt ces corps se développent dans le conduit même : tels sout les amas de cérumen, dont nous traiterons plus loin (voyez p. 447); tantôt ils viennent de l'extérieur: c'est de ceux-là seulement qu'il va èire question.

Nous ne rangeons parmi les corps étrangers du conduit auditif externe que les corps solides . les liquides qui séjournent quelquefois dans ce conduit ne donnant lieu qu'à des accidents très-légers, tout à fait temporaires , et qu'on fait cesser immédiatement en inclinant la tète ou en nettoyant le conduit avec un petit bourdunnet de charpie, de coton , ou à l'aide d'un linge bien sec.

Ces corps étrangers présentent des variétés nombreuses sous le rapport de leur nature, de leur volume, de leur consistance, de leur figure, etc. Tantôt ce sont des êtres animés, ainsi

une mouche, une puce, un pou, un perce-oreille, un petit insecte quelconque; tantôt, et plus souvent, des corps inanimés. Dans ce dernier cas, ils peuvent être pulvérulents, comme du sable, de la terre, du plâtre, de la poudre à écrire, etc. ; mollasses, comme du linge, du coton, une boulette de pain et de papier; durs et lisses, comme une bille, un novau de cerise; durs et irréguliers, comme un caillou, uu coquillage; susceptibles de se ramollir et de se renfler, comme un pois, un haricot, un grain de café, ou de se dissoudre, comme une pilule, une dragée; fragiles, comme une perle, un morceau de verre; résistants, comme un fragment de pierre, de marbre, de métal. Quelquefois ces corps sont grossis et modifiés par l'additiuu d'une certaine quantité de cérumen : c'est ainsi que M. Fh. Boyer a relire de l'oreille un morceau de coton qui y avait été oublié et s'y était enveloppé de cérumen.

Les corps étrangers du conduit auditif se voient bien moins souvent chez les adultes que chez les enfants, parce que c'est dans l'eutrainement du jeu et avec l'irréflexion de leur âge que ces derniers s'introduisent à eux-mêmes ou introduisent à leurs camarades les petits corps qui causent l'accident dont nous nous occupons en ce moment.

Symptômes, marche, terminaison. — La

plupart des corps étrangers s'annoncent par les phénomènes suivants : sensation incommode et douloureuse dans le conduit auditif, bourdonnements d'oreille, suppression ou au moins diminution de la faculté d'enlendre. phénomènes qui peuvent , du reste , offrir des différences capables d'embarrasser dans la pratique.

La douleur et la gène sont quelquefois passagères , et ne laissent aucun souvenir dans l'esprit des malades; elles peuvent même manquer, soit que le corps étranger n'ait pas assez de volume

CORPS ÉTRANGERS

pour remplir le conduit , soit qu'il n'eu atteigne pas le fond , c'est-à-dire la partie la plus sensible. Dans CCS divers cas cependant, la maladie ne reste pas indéfiniment indolente, et un moment arrive tôt ou tard où, par suite d'un déplacement qui a changé les points de contact ou par l'augmentaiion de volume due à l'addition du cérumen , le corps étranger occasionne des douleurs.

Les autres troubles fonciionnels manquent rarement, mais ils sont parfois difficiles à constater. Qu'un enfant tout jeune, par exemple, se soit introduit un corps étranger dans l'oreille, il peut s'accoutumer à n'entendre que d'un côté, et s'y accoutumer si bien que personne ne s'en aperçoive; le chirurgien même se tromperait s'il u'examinait pas avec attention , c'est-à-dire en fermant alternaiivement l'une et l'autre oreille et chercliant à apprécier, au moyen de la montre ou par le bruit de la voix, le degré réel de l'audition dans celle qui reste ouverte. Les enfants ne s'expliquent aussi qu'avec peine sur les bourdonnemenis, soit que leur organe s'y soit habitué , soit qu'ils aient cessé d'en ressentir.

D'un autre côté , les douleurs sont parfois extrêmement violentes, ce qui s'explique, ou par la sensibilité très-vive du sujet, ou par le déplacement brusque du corps étranger : c'est à cette dernière cause , en particulier, qu'on attribue les souffrances causées par les insectes, qui se meuvent dans le conduit. Quand les douleurs sont intenses, elles s'irradient au loin dans la têle et peuvent donner lieu à de graves désordres du côlé du système nerveux. Fabrice de Hilden rapporle l'observation d'une jeune fille pour qui l'on avait consulté quatre chirurgiens qui avaient inutilement essayé d'extraire de son oreille un fragment de verre. La malade était en proie aux douleurs les plus vives, qui s'étendaient dans tout le côté gauche de la tète, et à la suite desquelles se développèrent une paralysie de tout le côté gauche , une toux sèche, la suspension des règles, des convulsions épileptiformes , et enfin nue atrophie du bras gauche. Fabrice de Hilden parvint à guérir la malade en faisant l'extraction du fragment de verre qui était resté huit ans dans l'oreille et avait été cause de tous les accidents dont il vient d'être fait mention. La Gazette médicale de 1850 (p. 31) rapporte un autre fait, aussi remarquable par la violence des douleurs que par la natui'e du coi'ps étranger. Une mouche qui avait pénétré dans l'oreille fut retirée au bout de quelques instants, mais la douleur continua; quarante-huit heures après , le malade fut pris d'une crise violente avec convulsions, qui se termina par l'extraction d'un ver. Le même jour et le soir sui-

vant, deux crises semblables se terminèrent de même. On suppose que la mouche avait eu le temps de déposer dans le conduit auditif ses œufs, qui y avaient éclos rapidement.

Abandonné à lui-même, le corps étranger détermine tôt ou tard une inflammation qui se traduit par les symptômes locaux et généraux de l'otite externe , gonflement et rougeur dans le conduit, douleurs persistantes, avec exacerbations pendant la nuit, céphalalgie , fièvre ; puis la suppuration s'établit , et le pus qui s'écoule est fétide ; quelquefois il se forme des érosions dont la surface végète et produit des fongosités, qui , s'avauçant jusqu'à la conque etremplissant l'entrée du conduit , empêchent de voir le corps étranger.

Lorsque l'otite a pris ces caractères, elle est ordinairement reconnue et traitée comme il convient, c'est-à-dire par l'extraction du corps étranger, et la maladie n'a point d'autre suite. Cependant quelquefois il n'en a pas été ainsi : MM. Larrey et Champouillon ont observé, en 1854 [Gaz. des hôpitaux, p. 353), un malade qui, pour s'exempter du service militaire, .s'était introduit un caillou dans l'oreille droite. L'accident remontait à plusieurs mois; il y avait surdité et suppuration. Le corps fut reconnu et extrait avec facilité par M. Larrey; néanmoins, dès le lendemain, il se déclara une hémiplégie faciale à droite; puis survinrent les symptômes locaux et généraux d'une violente inflammation de l'oreille et de toute la tête. Bref, le malade succomba au bout de quelques jours, et l'on trouva une grande quantité de pus dans le conduit auditif, la caisse du tympan et les cellules mastoïdiennes. Le rocher n'était pas perforé, mais il y avait à la base du cerveau une collection séro-pnrulente due au développement d'une méningite symptomatique. A plus forte raison, une lermioaison pareille peutelle avoir lien si le corps étranger méconnu n'est pas extrait. Dans un fait cité par Sabatier et qui se termina également par la mort , une boule de papier laissée dans le conduit auditif avait pénétré plus tard dans la cavité tympauique, le rocher s'était perforé, et il y avait un abcès intracrânien qui communiquait avec la caisse et avec l'extéiieur, la membrane du tympan ayant disparu.

Quelquefois le corps étranger ne donne lieu d'abord à aucun accident, mais riuflaramation et la suppuration arrivent au bout de quelques semaines ou même de quelques années. M. Velpeau rappelle, dans sa Médecine opératoire (t. m, p. 023), que, chez un militaire soigné par Larrey, le corps étranger était resté en place pendant dix ans sans produire d'accidents. Parmi les faits

MALADIES DU CONDUIT AUDITIF

cnnsigiiés par M. Deleau dans son mémoire sur les corps étrangers de l'oreille (Ga^. méd. de Paris, 1834), il en est un qui montre l'otite ne se déclarant qu'an bout de deux ou trois années. D'autres fois, l'inflammation présente des alternatives remarquables de diminution et d'augmentation. Voici , par exemple , ce qui se passa dans un cas rapporté par Yvan(Ga3. méd., 1837) : «Un jeune homme de vingt-cinq ans avait, depuis l'âge de cinq ans, un noyau de cerise dans l'oreille; tous les mois, l'inâamniation offrait une recrudescence, apiès laquelle l'ouïe reparaissait, et la suppuration n'avait plus lieu pendant quelques semaines. Le corps étranger fut retiré au moyen des injections. »

Diagnostic. — Il est rarement difficile, parce que les commémoraiifs mettent sur la voie: cependant il arrive, dans certains cas, surtout chez les enfants, que les reuseignemenis manquent, ou que, la douleur et les autres phénomèues paraissant longtemps après l'accident, celui-ci soit eniièrement oublié du malade. L'exploration du conduit peut seule alors apprendre à quoi l'on a affaire ; on commence ordinairement par l'inspection oculaire. Pour cela , le malade étant placé devant une fenêtre, on attire le pavillon de l'oreille en haut et en arrière, afin de redresser autant que possible le canal. Si , malgré cette précaution , la vue ne peut plonger dans le conduit aussi profondément qu'à l'ordinaire, ou si l'on y aperçoit , au lieu d'une ombre noire, une couleur plus ou moins blanche, on est autorisé à croire à la présence d'un corps étranger solide. On peut se servir du spéculum pour cet examen, mais en ayant soin de ne pas trop l'enfoncer. On explore ensuite avec le stylet : si cet instrument rencontre un obstacle qui l'empêche d'arriver profondément et donne une sensation anormale de résistance, la présence d'un corps étranger devient à peu près certaine.

L'un de nous, M. Gosselin, a cependant été induit en erreur dans un cas où tout semblait se réunir, conmiémoratifs et signes physiques, pour faire croire à un corps étranger. Le malade avait .reçu, quelques années avant son entrée à l'hôpital Cochin, une pierre qui avait déchiré en plusieurs points la face externe du pavillon. Di'.puis quelque temps, une otite purulente s'était développée ; on voyait au fond du conduit un corps grisâtre, au niveau duquel le stylet sentait une résistance trèsdure et donnait un bruit à la percussion. On crut à la présence d'un corps étranger, mais il fut impossible de rien exti'aire, et on reconnut plus tard qu'il s'agissait probablement d'une exostose éburnée du conduit auditif. L'observation a été

communiquée par M. TiUotà la Gazette des hôpitaux (mars 1855).

Le corps étranger reconnu , on cherche à déterminer sa nature. Quand on a des renseignements positifs sur la mauière dont l'accident s'est produit, on sait de suite à quoi s'en tenir à cet égard. Quand on n'en a pas , le stylet fait savoir si le corps étranger est dur ou s'il est mou , mais les résultais recueillis par cette voie sont loin d'être infaillibles. Kous verrons plus loin comment on distingue les bouchons de cérumen des corps venus du dehors.

Le diagnostic reste difficile et incertain quand on manque de renseignements sur les commémoraiifs et que le corps étranger se soustrait à l'examen par sa petitesse , comme cela a lieu pour un insecte, un pépin de fruit, de telle sorte qu'on ne peut ni le voir ni le sentir. Le mieux est alors de ne pas multiplier des manœuvres qui pourraient augmenter l'inflammation , de renoncer à l'introduclion des instruments, et de se borner à des injections d'huile ou d'eau tiède : si , contrairement à ce qu'on est autorisé à penser, il n'y a pas de corps étranger, le liquide n'amène rien, mais au moins il n'irrite pas; s'il y en a un, le liquide en provoque la sortie, et alors les indications du traitement se trouvent remplies en même temps que celles du diagnostic.

Une erreur très-commune, contre laquelle il importe de se prémunir, est celle-ci : bon nombre de malades croient avoir dans l'oreille un corps étranger et soutiennent , les uns qu'ils y ont fait entrer une épingle , les autres qu'ils y sentent un insecte. Il peut arriver, en effet , qu'une inflammation érysipélateuse ou furouculaire se développant dans le conduit, le patient éprouve une sensation analogue à celle que cause un corps étranger, ou que même, un corps étranger étant entré, puis sorti, ou continue à resseniir pendant quelque temps les douleurs qu'il avait provoquées. Le mieux est toujours, dans ces cas douteux, de s'abstenir des expluralions in liantes, comme sont celles qu'on fuit avec les insiruments, et de recourir immédiatement aux injections, qui sont aussi démonstratives sans entraîner aucun danger.

Pronostic. — Il n'est jamais grave quand le corps étranger est reconnu à temps et peut être retiré : il le devient lorsque le corps séjourne longtemps et provoque une inflammation suppurative qui se transmet à la membrane et à la caisse tyrapaniques , ou lorsque , les tentatives d'extraction ayant éié mal dirigées par le malade lui-même ou par le chirurgien , le corps traverse la membrane et entre dans la caisse. La conséquence la plus

AMAS DE CERUMEN.

habiluclle des lésions qui se produisent alors est la dureté permanente de l'ouïe. La suppuration peut aussi se propager dans le crâne, connue nous l'avons fait voir par un exemple, et amener la mort.

Traitement. — L'indication est de relirer le corps élranger. Pour cela, plusieurs moyens sont à la disposition du chirurgien. Le principal, et celui par lequel on doit commencer dans la plupart des cas , est l'injection d'eau tiède. Pour la faire , on prend une seringue à liydrocèie ou même une seringue à lavement, on la remplit, et la canule est placée dans l'oreille, au-dessus ou au-dessous , en avant on en arrière du corps étranger, en choisissant l'endroit où l'un croit avoir assez d'espace pour que l'eau puisse passer cl pénétrer au delà ; on pousse ensuite le piston, en ayant soiu de ne pas enfoncer davantage la canule , de peur de pousser le corps étranger conii'e la membrane du tympan. Si une première injection n'a pas sufli, on en fait, séance tenante, une seconde et même une troisième. Le plus souvent, l'eau finil par se faire jour entre le corps étranger et la membrane tympanique , et le courant en retour qui s'établit par suite de la résistance de cette dernière entraîne le corps à l'entrée du conduit, où on le saisit avec une pince, s'il n'est pas complètement expulsé. Ce moyen réussit trèsbien pour l'exlraction des insectes et des larves, pour celle des corps pulvérulents, pour celle des corps durs qui ne remplissent pas trop hermétiquement le conduit, comme les grains de café, les noyaux de cerise , les petites pierres. Il a , comme nous l'avons déjà dit , l'avantage d'être moins douloureux que tous les autres.

Lorsque le corps étranger n'est pas loin de la conque et que sa consistance n'est pas trèsgrande, comme lorsqu'il s'agit d'un morceau de papier ou d'une boule de coton , la pince à griffes peut à la rigueur sufiire.

Quand un n'a pas réussi avec les injections ou la pince, il faut essayer d'autres moyens, qui varient suivant la nature du corps étranger. S'il est diu' et résistant , on essaye de le retirer avec un iuslrument que l'on conduit entre lui et la paroi du conduit, en longeant plutôt le côté inférieur que le côté supérieur, aliu d'éviter la membrane du tympan, qui, à cause de sa direction oblique de haut en bas et de dehors en dedans , se trouverait nécessairement atteinte plutôt dans le premier sens que dans le second. Les instruments usités en pareil cas sont la curette , la sonde cannelée , ou un stylet un peu fort, recourbé en crochet. La curette articulée, proposée par M. Leroy d'Étiolles

pour l'extraction des calculs uréthraux , pourrait aussi être employée avec avantage.

Toutes les fuis qu'on se sert de ces instruments, on doit avoir soin de les conduire avec précaution pour ne pas perforer la membrane. Leur introduction est toujours douloureuse, et provoque habituellement, surtout lorsqu'on arrive au fond du conduit , une grande anxiété , des cris et des mouvements désordonnés, qui l'cndent l'extraction assez difficile; c'est pourquoi, s'il n'y a pas de contreindication , il est utile d'employer le chloroforme.

Si le corps était fragile, comme la perle dont parle Boyer, et qu'il se fût brisé dans les tentatives d'extraction, on pourrait revenir aux injections pour faire sortir les fragments, ou, à l'exemple deBoyer, se scrvii' d'un pinceau à barbes courtes enduit de térébeulhine ou de miel.

Si l'on avait affaire à un insecte que les injections n'auraient pas entraîné non plus que la curette, on devrait porter dans le conduit avec une pince un morceau de laine ou de coton enduit des mêmes substances , afin d'engluer l'animal.

SECTION II

LÉSIONS VITALES ET ORGANIQUES

Ces lésions consistent dans les inflammations , les polypes, l'accumulation du cérumen dans le conduit auditif. Nous commencerons par cette dernière lésion, à cause de l'analogie qu'elle présente, sous le rapport des symptômes et du traitement, avec les corps étrangers, qui ont fait l'objet de l'article précédent.

Art. I*"". — Accumulation du cérumen dans le conduit auditif externe.

A l'état normal, le conduit auditif externe est enduit d'une substance mollasse, comparable par sa consistance et sa couleur jaune doré à la cire brute, ce qui lui a fait donner le nom de cérumen. Cette substance occupe toute l'étendue du conduit, aussi bien sa partie profonde que son orilice, bien qu'elle soit sécrétée par un certain nombre de petites glandes, d'une structure analogue à celle des glandes sudoi'iparcs, dont le siège est limité à la moitié externe ou cartilagineuse du conduit. Or, il arrive quelquefois que le cérumen , modifié dans sa quantité deveuue plus considérable, dans sa couleur passée au noir, daus sa consistance singulièrement accrue , s'amasse dans le conduit auditif cl y forme un bouchon , qui augmeule peu à peu cle volume et iînit par gêner ou empêcher le passage des ondes sonores

MALADIES DU CONDUIT AUDITIF

et par déterminer ainsi un affaiblissement de l'aiidilioa. Celle accninulalion devient une vérilable maladie, qu'il importe au cliirurgien de bien connailre, attendu qu'elle est fréquente et que c'est ^ nue des causes de surdité contre lesquelles Fart peut lutter avec le plus de succès.

Éiioîogie. — Celte lésion s'observe plus souvent chez les personnes âgées que chez les jeunes sujets. Elle a quelquefois pour cause prédisposaiiie une élroitesse ou une courbure exagérée du conduit auditif, disposilions qui empècherit de netloyer convenablement l'oreille. La cause déterminante le plus généralement invoquée est le défaut de soins de propreté : on suppose avec quelque apparence de raison que, l'ablation du cérumen u'élaut pas faite aussi souvent qu'il le faudrait ou avec assez d'atiention , celte sub^tance séjourne et s'accumule. Pourlant nous avons vu et traité plusieurs malades qui ne pouvaient être soupçonnés d'avoir négligé ces soins et chez qui l'accumu'alion nous a paru résulterde deux causes: l' de la nature de la substance sécrélée , laquelle, étant plus visqueuse et plus épaisse qu'à l'ordinaire, avait beaucoup de tendance à se durcir et à résister aux efforis ordinaires d'extraction , et 2° d'une susceptibilité anormale du fond du conduit, qui ne perraeitait pas au malade de supporter le conlacl des instruments.

Dans certains cas, l'accuraulalion a paru avoir pour point de départ une inflammation du conduit auditif, mais il est probable que celte cause avait agi par l'un des deux mécanismes qui viennent d'être indiqués, c'est-à-dire en modifiant le produit sécrété ou la sensibilité de la surface sécrétante.

Caractères anatomiques . — Les amas de cérumen sont assez curieux à étudier. Lorsqu'on est parvenu à enlever tout entier un de ces dépôts, il représente un cylindre, de couleur noire, sorte de bouchon dont la forme rappelle celle du fond du conduit. Sa consistance est considérable, et il s'écrase difficilement. Sa longueur c^t de un à deux centimètres , c'est-à-dire que, dans ce dernier cas, elle égale celle du conduit. Si on écrase le cylindre ou si on le casse, on le trouve moins fonce et plus jaune au centre , mélangé avec des lambeaux grisâtres d'épiderrae et souvent avec des poils. Sa dureté et sa longueur sont en rapport avec son ancienneté. Quand il a commencé à se former depuis peu de temps , il s'écrase plus facilement et sort plutôt alors en plusieurs fragments qu'en un seul.

Symptômes. — Dans beaucoup de cas , l'ac-

cumulation augmente pendant plusieurs années sans donner lieu à aucun accident ni à aucun trouble fonctionnel qui éveille l'attention du malade. Le premier symptôme est ordinairement un bourdonnement ou bruissement léger qui n'est pas assez considérable pour l'inquiéler, ou dont la cause, s'il consulte, peut être méconnue, parce que le bouchon n'est pas encore assez volumineux pour qu'on l'aperçoive. Plus tard, l'ouïe s'affaiblit, circonstance dont le malade s'aperçoit tardivement, lorsqu'un seul côté est malade, plus tôt , lorsque l'amas se fait des deux côtés à la fois. Il est assez rare, mais non sans exemple, qu'une inflammation aiguë survienne et qu'il s'établisse de la suppuration.

Diagnostic. — On reconnaît un bouchon cérnmineux , lorsque, le malade étant placé en face d'une fenêtre aussi bien éclairée que possible et le pavillon ayant été attiré en haut et eu arrière, on aperçoit un corps noirâtre et qu'avec le stylet ou la sonde cannelée ou sent à peu de profondeur une résistance anormale. Le spéculum aide à constater ces caractères.

Cet ensemble de symptômes reconnu, reste à rechercher si l'on a affaire à un amas de cérumen ou à un corps étranger venu du dehors. Le diaguoslic est établi , d'abord par les comraémoratifs, et, quand ceux-ci manquent, par l'âge des malades , car ou voit les amas de cérumen surtout chez les individus avancés eu âge et les corps étrangers chez les enfants. Les symptômes n'ont pas d'ailleurs présenté une parfaite similitude, puisque les amas de cérumen donnent lien rarement à des douleurs ou à l'otite purulente , phénomènes que l'on observe au contraire assez habituellement après l'introduction des corps extérieurs.

Pronostic. — Il n'est pas grave. Tant que celte lésion persiste, elle entretient des bruissements et de la surdité; mais, dès qu'on a enlevé le bouchon cénunineux, ce qui ordinairement n'est pas très-difficile , l'ouïe reparait , non pas immédiatement, mais peu à peu; quelquefois poiu'tant elle conserve indéfiniment un certain degré de faiblesse. C'est dans la guérison de cette espèce de surdité qu'est le secret de certaines réputations.

Traitement. — Il consiste à faire l'extraction du bouchon céruraineux, comme on ferait celle de tout autre corps étranger. Des divers procédés indiqués à l'occasion de ces derniers , celui qui réussit le mieux est incontestablement l'injection faite avec une seringue et mieux avec un irrigateur. Le plus souvent, le corps est expulsé après

INFLAMMATION

qnelriiies inimités. L'opcraliou faite, il importe de piolégei' l'organe au n;oyeii du colon, et de ne le rendre cjue peu à peu aux impressions sonores, afin qu'il ne soit pas irrité ou ;i,fhtibli par des sensations qui seraient d'aulant plus vives qu'elles n'auraient pas été perçues depuis longtemps.

Art. II. — Infuimmalion du conduit audilij externe (otite externe).

Toules les inllanimations de l'oreille étaient jadis /Confondues, sons le nom d'oiite , dans une description commune. A mesure que ces affections ont élé mieux connues, on a appris à établir entre elles Acf: différences, fondées sur certains caractères, dont les plus importants sont le siège et la nature du mal. Nous pariageons donc les in- Hammalions de l'appareil auditif en celle du conduit auditif ou o//7e externe et celle de la caisse tympani(|uc et de ses dépendances ou ol/te interne.

Dans l'otite externe, se trouve à la rigueur compris ce qui se rapporte à l'inflammation de la membrane du tympan , puisque celle-ci forme le fond du conduit et p.irticips ordinairement à ses maladies : toutefois, comme cette participation est plus ou moins prononcée et iju'elle modiiie notablement l'état des choses , il nous a p;iru utile de traiter séparément de riiiflammation de chacune de ces parties, tout en faisant observer que la distinction de ces deux affections n'est pas plus rigoureuse que celle des diverses ophthalraies , qu'on ne doit pas s'attendre à rencontrer l'une à l'exclusion de l'autre, mais seulement que le point de départ et le siège de la maladie peuventse trouver plus particulièrement dans le canal ou dans la membrane, ce qui entraine des différences dans les manifestations syniptomatiques ainsi que dans les conséquences du mal.

Ceci posé, nous divisons l'otite externe en aiguë et chronique.

§ S'^^ — Di:fflncui!iatloii aiguë.

Éliologie. — L'inflammaiion aiguë du conduit auditif externe s'observe la plupart du temps chez les enfants ou les jeunes gens, et survient le plus souvent sous l'influence du froid et de l'humidité. On la voit quelquefois paraître dans le cours ou à la suite des lièvres éruptives; d'autres fois , elle succède à l'introduction d'un corps étranger ; enfin elle peut se développer sans cause connue. Les Archives générales de médecine (4" série, t. xxix) rapportent une observation empruntée à un journal anglais , dans laquelle

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