‹ Compendium de chirurgie pratique; ou, Traité complet des maladies chirurgicales et des opérations que ces maladies réclamentChapitre 71 sur 177 · OTITE EXTERNE · texte numérisé non relu

OTITE EXTERNE

1 l'olitc fut considérée comme i;ne conséquence de l'j loculation du vii us blennoriiiagique et comparée à l'ophthalmie blennorrhagique. Seule, cette observation ne suffit pas sans doute pour faire admettre définitivement l'otite blennorrhagique, mais elle devra être prise en considération par ceux qui viendraient à observer quelque fait analogue.

Sif^ge. — Quand l'inflammation est d'origine traumalique, elle orcupe une seule oreille; quand elle est spontanée, elle les envahit toutes les deux, en même temps ou successivement.

Sfniplômes , marche, terminaisons. — Les symptômes sont une sensation de picotement ou de démangeaison dans l'oreille ; quelques heures ou quelques jours après, une douleur vive, lancinante , souvent des plus cruelles, avec bruissement et bourdonnement, et avec des redoublemenis causés par les bruits , pendant le jour, et par la chaleur du lit , pendant la nuit. Dans les moments où la douleur est très- violente, elle dépasse les limites de la région , s'étend à la tempe , à la partie latérale du cou, et à l'articulation de la mâchoire , dont les mouvements masticatoires deviennent , à cause de cela , difficiles et même impossibles. Si l'on cherche à introduire un stylet, un spécidum , ou tout aulre instrument explorateur, on provoque des douleurs déchirantes. Il y a en même temps de la fièvre, avec des redoubleoients plus ou moins forts pendant la nuit.

Après une durée de quatre à sept jours, l'inflammation peut se terminer par résolution ; mais il est beaucoup plus ordinaire que la suppuration ait lieu , et c'est même un caractère spécial des inflammations du conduit auditif que la tendance vers cette terminaisou. Lorsque les choses sont arrivées à ce point , il y a une sorte de détente : les douleurs s'apaisent, puis disparaissent entièrement ; l'écoulement se continue quelques jours , puis se tarit peu à peu, et les parties reviennent à l'état normal.

Diagnostic. — L'otite aiguë se reconnaît : 1° à la jeunesse du sujet , 2" au gonflement et à la rongeur des téguments qui tapissent le conduit auditif, 3" aux douleurs provoquées ou augmentées par le contact des instruments explorateurs. Lorsque les deux derniers ordres de signes manquent ou ne se présentent pas avec des caractères positifs , on doit rester dans le doute et altendie des phénomènes ultérieurs l'éclaircissement du diagnostic. Nous verrons plus loin comment on s'assure de la part que la membrane du tympan peut prendre à la maladie.

-MALADitS DU CONDUIT AUDITIF.

Pronostic. — TaDl qu'elle resle limitée au conduit auditif, l'inflammation est peu grave, et se termine habituellement, qu'il y ait ou ncn suppuration, sans laisser aucun trouble dans l'audition. C'est le caractère par lequel l'otite externe se distingue le plus essentiellement de l'otite interne et de l'inflammation de la membrane du tympan.

Traitement. — Au début , et lorsqu'elle n'a qu'une intensité ordinaire, l'otite externe peut être traitée avec succès par des toprques pris dans la classe des calmants. C'est alors qu'on se trouve bien de l'emploi des injections avec l'huile de camomille camphrée, l'infusion de safran dans du lait , la décoction de guimauve ou de laitue additionnée d'une certaine quantité de laudanum. On procure aussi aux malades un grand soulagement en leur faisant exposer deux ou trois fois par jour la partie malade à des vapeurs émollienles et aromatiques conduites par un eatonnoir adapté au vased'oii elles s'échappent, ou en inti-oduisant dans le canal un petit tampon de charpie imbibé de laudanum. Lorsque la maladie e^t plus intense, surtout s'il s'agit d'un adulte, une ou plusieurs applications de sangsues derrière les oreilles devienuent nécessaires.

Dans le cas oii les douleurs conserveraient, malgré l'emploi de ces moyens extérieurs, une grande acuité , on devrait chercher à les calmer en administrant à l'intérieur des antispasmodiques ou des narcotiques , tels que des pilules d'opium ou de Méglin , ou encore en appliquant au voisinage de l'oreille de petits vésicatoires saupoudrés de chlorhydrate de morphine.

L'otite suppurée ne réclame que des soins de propreté , consistant principalement en injections détersives poussées deux ou trois fois par jour dans le conduit.

Variétés. — L'inflammation du conduit ar.ditif présente des variétés, dans la détermination desquelles les auteurs ne s'entendent pas , et que nous portons , pour notre compte , au nombre de quatre, savoir : 1° l'otite érythémateuse ou cutanée, 2° l'otite phlegmoneuse, 3° l'otite furonculaire , et A° l'otite ostéo-périostale.

I. Vaille érylhémaleuse ou cutanée a pour siège la peau et se limite ordinairement à la portion profonde ou osseuse du conduit , en sorte qu'on n'aperçoit d'abord ni rougeur ni gonflement. Cette variété est très-fréquente chez les enfants , ce qui s'explique sans doute par la ténuité de la peau du conduit aui-iculaire , par la ressciiiblance

de celle membrane avec les muqueuses, et par l'aptitude qu'elle a, comme la piluiiaire , à s'eufiammer sous l'influence du frdid. Elle est aussi très-commune à la suite de la rougeole, et semble alors n'être qu'une extension de l'affection générale du tégument externe , laquelle se modifie dans ce point, comme le tégument lui-même, et prend un caractère particulier en harmonie avec la délicatesse de la membrane lésée.

Chez les jeunes enfants, le diagnostic est souvent difficile pendant la première période de la maladie , par la raison toute simple qu'ils n'indiquent pas le siège de leurs soufrrauces : c'est seulen;ent lor.squ'après quelques jours de fièvre et d'abattement ou voit le pus s'écouler que l'on apprécie la cause des accidents observés antérieurement. L'écoulement du pus continue pendant quatre à cinq jours , quelquefois plus longtemps , puis il cesse, et le malade guérit sans conserver aucun affaiblissement de l'ouïe.

Le traitement est des plus simples. L'âge des malades se prêtant peu aux émissions sanguines, il faut s'en tenir aux calmants, puis, quand la suppuration est arrivée , aux injections détersives. Si la suppuration se prolongeait au delà de quinze jours, on devrait prescrire des injections avec la décoction de feuilles de noyer, une solution d'alun ou d'acétate de plomb.

II. L'otite phlegmoneuse est caractérisée par l'inflammation simultanée de la peau cl du tissu cellulaire sous-cutané : aussi occupe-t-elle ordinairement la partie externe ou cartilagineuse du conduit, la peau étant là doublée de tissu cellulaire tandis que la portion interne ou osseuse n'en contient pas.

Elle peut naître chez les jeunes enfants dans les mêmes conditions que l'otite érythémateuse, mais on l'observe plutôt chez les adultes, qui en sont ordinairement atteints sans cause appréciable.

Elle se termine tantôt par ré.solution , tantôt par suppiu'alion : un abcès se forme alors , abcès qui s'ouvre dans le conduit et se tarit beaucoup plus vite que l'écoulement qui succède à l'otite cutanée. Il peut arriver que l'abcès, se vidant par une ouverture étroite et qui se cicatrise trop tôt, se remplisse de nouveau une seconde et même une troisième fois. Il n'est pas rare non plus que, la forme phlegmoneuse et la forme érythémateuse coïncidant ensemble, le pus soit fourni tout à la fois par la peau et par le tissu cellulaire souscuiané. Enlin , dans la plupart des cas, le fond du conduit n'ayant pu être nettoyé à cause de la douleur et du réirécisseraent qni occupe l'entrée, il se forme, vers la liu de la maladie, un amas de

INFLAMMATION

]ius coiici'tl, d'ccaillcs épidcrmiqiics , et de céruiiicii, qui ciitreticiU la siudilé , lors même que la suppuralion est tarie.

Les émissions saii!;Liincs sont convenables au début , lorsque le malade est eu âge de bien les supporter. Quoique le gonflement du conduit soit irès-manifeste , il est rare que la fluctuation puisse être perçue et l'abcès ouvert avec sécurité. Si cependant le foyer était assez rapproché de la conque pour qu'on pût bien l'explorer et l'atteindre, l'incision aurait le double avantage de soulager plus lot le malade et de lui épargner les récidives, pourvu qu'on eût soin de donner à l'ouverture une position et une étendue convenables et de la maiuteuii' pendant quelques jours eu y introduisant tous les matins un stylet ou la tète d'une épingle.

III. h'oiile furonculaire a pour point de départ, comme son nom l'indique, le développement des furoncles sur les parois du conduit auditif. Nous avons vu plus d'une fois des individus sujets aux affections furonculeuses être pris des symptômes fonctionnels de l'oiite externe, dont ils se trouvaient soulagés, au bout de quelques jours, par l'établissement d'une ouverture spontanée qui laissait échapper un petit bourbillon. Le furoncle est-il dans la partie cartilagineuse, ou le voit assez bien pour le reconnaître; mais, s'il occupe le fond du conduit, on ne l'aperçoit pas, et l'on peut conserver jusqu'à la lîn des doutes sur la nature de la maladie. Chez l'un des sujets que nous avons observés, le diagnostic, difficile d'abord, s'est ensuite éclairci par cette circonstance, que la même affection s'est reproduite quatre fois avec des caractères identiques et s'est toujoui's terminée par l'issue d'une petite quantité de pus épais ressemblant à un bourbillon : iiiaintcuant, aussitôt que les premiei's symptômes de l'otite se montrent chez lui, nous savons de quoi il s'agit.

Citte variété d'otite ne réclame pas d'autres moyens de traitement que les calmants et quelques dérivalifs sur le tube digestif. Quand on connaît sa nature,on doit. s'abstenir d'émissions sanguines, qui seraient au moins nuisibles. Il n'est pas impossible cepemJant que l'otite furonculaire se combine avec la pbicgmoneuse : alors, les indications seraient les mêmes que dans cette dernière variété.

§ El. — lii!:aaiai»ati«!> clironiquc.

L'inflammation chronique du conduit auditif externe est tantôt sans suppuration, tantôt avec suppuration.

Page 1