‹ Compendium de chirurgie pratique; ou, Traité complet des maladies chirurgicales et des opérations que ces maladies réclamentChapitre 72 sur 177 · OTITE EXTERNE · texte numérisé non relu

OTITE EXTERNE

Dans le premier cas, la peau du conduit conserve l'aspect érythéniateux, présente une succession de vésicules, comme dans l'eczéma, ou offre, comme dans le psoriasis, un léger épaississement. La maladie est alors accompagnée d'un suintement séreux , d'une sensation de démangeaison habituelle, et d'un certain degré de surdité causée par l'accumulation au fond du conduit d'une plus ou moins grande quantité d'écaillés épidermiqueset de cérumen mêlés ensemble. La curette, introduite avec précaution , ramène à l'cxlérieur le dépôt sous forme d'une matière mollasse, noirâtre ou grisâtre , et l'ouïe se rétablit , mais pour quelque temps seulement. Il ne suffît pas, en effet, pour guéiir la maladie, de nettoyer le conduit auditif à l'aide des injections et des instruments ; il faut encore combattre l'élément inflammatoire au moyen de topiques astringents, tels que la solution d'acétate de plomb et d'alun , la décoction de camomille ou de feuilles de noyer, et attaquer la disposition générale par l'administration des bains sulfureux , des amei's , des ferrugineux et des toniques.

Dans le second cas , la maladie est caractérisée par un écoulement habituel de nature plus ou moins analogue au pus. Cette forme d'otite chronique n'est point distincte de Volorrhée , que les spécialistes ont considérée, bien à tort suivant nous, comme une espèce morbide spéciale, et elle présente deux variétés : l'une, passagère , succédant aux otites aiguës , soit érythémateuses , soit phlegmoneuses , et disparaissant dans l'espace de quelques semaines; l'autre, permanente, et .se prolongeant pendant des années : dans celle-ci , l'écoulement est alternativement séreux , muqueux , séro- purulent ou franchement purulent, tantôt clair, tantôt épais, parfois rare, parfois abondant, toujours de mauvaise odeur, surtout si les soins de propreté sont négligés. Ce sont les enfants et les jeunes gens scrofuleux ou lymphatiques qui eu sont particulièrement affectés.

Chez les individus qui ont soin de tenir l'oreille propre, l'écoulement purulent peut se continuer longtemps sans que les altérations s'étendent au delà du conduit auditif; mais, dans des conditions opposées, le pus, accumulé au fond du conduit, s'y altère, détermine la perforation de la membrane du tympan, et par suite l'extension de la phlegmasie à l'oreille moyenne. La maladie change alors de caractère, acquiert une gravité nouvelle, et donne lieu à une série d'accidents et de symptômes qui seront indiqués plus loin, à l'occasion des maladies de la membrane et de la caisse lympaniques.

Tant que l'otite purulente reste bornée au

conduit audilif exlcrne. il suffit d'employer, comme dans le cas précédent, les amers et les toniques à l'intérieur, les lotious astringentes et les nettoyages répétés. On peut aussi tirer bon parti des esutoires, et appliquer, par exemple, un vésicatoire au bras ou un sétou à la nuque.

Art. III. — Polypes.

On voit quelquefois nailre dans le conduit auditif des polypes, semblables aux polypes muqueux des fosses nasales, si ce n'est qu'ils sont un peu plus vascuiaires.

lislirentbabitiieilementleur origine de laportion profomleducanal, partie du corps où la peau, mince et presque muqueuse , a quelque analogie avec la membrane pituiiairc. La plupart des auteurs admelleul que l'insertiou peut avoir lieu quelquefois sur la membrane du tympan. Saissy, dans son Essai sur les maladies de l'oreille interne , et M. Alénière, dans ses notes à l'ouvrage de Kramer, ont même rapporté des faits dans lesquels cette insertion a paru positive et se faisait par un pédicule assez étroit; mais, dans la plupart des cas, la membrane tympanique ne donne naissance qu'à des excroissances polypcuses très-petites, qui sont le produit d'un travail pblegmasique et font à peins saillie dans le conduit.

Les polypes du conduit auditif présentent dans leur évolution deux périodes. Pendant la première , la tumeur occupe le fond, c'est-à-dire la portion osseuse du canal, sans être encore apercevable; le malade n'accuse aucune douleur', et se plaint seulemeut d'un léger affaiblissement de l'audition. Pendant la seconde, le polype, arrivé dans la portion cartilagineuse, est très-indolent, et forme une tumeur grisàlre ou rougeàtre dont le volume dépasse rarement celui d'une noisette, parce que le malade reclame les secours de la chirurgie avant que le développement soit devenu plus considérable. Cependant , si le polype était abandonné à lui-même pendant de longues années , ce qui a quelquefois lieu à cause de l'indolence du mal, il pourrait arriver à des proportions remarquables. Dans un cas observé par Sussius et cité par M. Gerdy (thèse de concours, 1830), un de ces polypes avait acquis le volume du poing, et, dans un autre fait rapporté par le D''Itard, laportion saillante au delà de l'entrée du conduit auditif avait 4 ou 5 centimètres de longueur. La tumeur saigne facilement si on la touche, et souvent provoque autour d'elle une suppuration séreuse et de mauvaise odeur. L'audition est presque eniièrement perdue.

Le diagnostic est rarement difficile. Cependant

MALADIES DU CONDUIT AUDITIF

ou voit quelquefois des tumeurs cancéreuses, développées aux dépens du périoste ou du temporal lui-même, qui ont le même aspect et la même consistance que les polypes. Ce sont des osléosarcomes ulcérés et fongueux, qui proéminent dans le conduit auditif et au delà. lisse distinguent des polypes par les deux caractères suivants : d'abord , ils sont douloureux, tandis que ces derniers sont indolents; ensuite, ils s'accompagnent presque toujours d'un gonflement des régions parotidiennc et mastoïdienne et d'une gêne des mouvements de la mâchoire que n'occasionnent pas les polypes. Ceux-ci, en effet, dépendant essentiellement delà peau, ne donnent pas lieu aux symptômes et aux divers accidents de voisinage qu'occasionnent les lésions profondes du tissu osseux.

On a pu prendre aussi pour un polype un fongus de la dure-mère, qui, par une de ces exceptions que nous avons indiquées ailleurs, s'était fait jour dans Te conduit audilif : Yi. Velpeau cite un cas dans lequel il a commis cette erreur et ne l'a reconnue qu'après avoir fait des tentatives infructueuses d'extraction. Le diagnostic se fonde, dans ces cas , sur l'examen des fondions cérébrales , qui sont ordinairement troublées lorsqu'il s'agit de fongus et demeurent intactes quand il n'y a qu'un polype.

Pour compléter le diagnostic , on doit rechercher à quelle profondeur et dans quel point précis a lieu l'iraplantalion du polype. -A cet effet, on introduit un stylet avec précaution, après l'avoir préalablement huilé , et on le fait tourner doucement entre la tumeur et la paroi du canal : le point au niveau duquel l'inslrumeut est arrêté est celui où se trouve l'insertion.

Si le pédicule était assez rapproché de l'extérieur pour qu'on put le voir et l'attaquer aisément, le mieux serait de saisir la tumeur avec des pinces à griffes et de la couper à l'aide de petits ciseaux ou d'un bistouri délié; mais on trouve rarement ces conditions favorables à l'extirpation , car le plus souvent on ne voit que la partie extérieure du polype : on se trouve alors dans les mêmes conditions que pour les polypes des fosses nasales , et on a recours à l'arrachement. Cette opération se pratique avec des pinces à pansement ordinaires ou avec de petites pinces à polypes, dont les mors sont garnis d'aspérités , et qui servent à saisir la tumeur, que l'on tord en l'attirant en même temps vers soi. On est ordinairement obligé de reporter l'instrument deux ou trois fois avant de terminer. Lorsqu'il faut aller profondement, on doit éviter les pressions violentes qui pourraiiint donner lieu à une perforation de la membrane tympanique. Si le sang coulait en grande quantité, on injecterait de

VICES DE CONFORMATION

l'eau froide et au besoin l'on ferait un tamponnement avec du coton saupoudré d'alun ou de colophane.

Comme on n'est jamais très-sùr d'avoir tout enlevé et qu'une portion du pédicule peut être restée , il est toujoiu's prudent, pour se mettre à l'abri de la récidive, de cautériser avec la pierre infernale. Voici comment on procède à ce dernier temps de l'opériitioa : après que le sang a été suffisamment abstergé, on place le spécidum auris à deux valves, on met à découvert le point d'implantalion, on le nettoie avec du' coton, et on portje sur lui le caustique, dont on prolonge plus ou moins le contact suivant l'épaisseur de la partie à délruire.

L'oreille, ayant été iuactive pendant nn certain temps , se trouve qiiehiuefois douloureusement impressionnée par les sons après l'opération. S'il en est ainsi, il faut ménager l'organe et ne lui laisser reprendre ses fonctions que peu à peu. Pour cela, on introduit dans le conduit auditif un petit bourdonnct de coton que l'on retire deux fois chaque jour, d'abord pendant dix minutes, plus tard pendant une demi-heure et une heure ; et l'on continue ainsi jusqu'à ce que l'usage de ce moyen protecteur paraisse inutile.

Lorsque le polype s'implante sur la membrane du tympan, il est difficile de tout enlever, et l'on risquerait, si l'on voulait absolument y arriver, de perforer la membrane. Kramer a conseillé, pour ce cas particulier, l'emploi d'un couteau à lame élroilfi, courbée sur le plat, et tranchante des deux côlés. Mais comment faire agir avec sécurité un inslrumeni de cette sorte dans un canal du diamètre du conduit auditif? comment d'ailleurs arriver à reconnaître avec ceititiide que le polype s'implanle sur la membrane du tympan plutôt que sur la partie pi'ofonde du conduit?

SECTION III

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