‹ Compendium de chirurgie pratique; ou, Traité complet des maladies chirurgicales et des opérations que ces maladies réclamentChapitre 75 sur 177 · PERFORATION ARTIFICIELLE · texte numérisé non relu

PERFORATION ARTIFICIELLE

née par un pelit disf|ue dont la circonl'éi'ence offre également un tranchant ([ui regarde celui de la canule. L'instruinent poi'té sur la nienibrane , on imprime un mouvement de rolatiun à la tijje afin de la faire pénéirer à la manière d'un tirebouclion ; puis , lorsqu'on l'a fait pénétrer à 2 millimètres, on lâche un ressort dont la délente ramène avee Force le disque tranchant conire l'extrémité également coupante de la canule: ainsi se trouve découpé et emporté un morceau circulaire de la membrane du tympan, ainsi se trouve pratiquée sur ci;lle-ci une plaie avec perle de substance, une ouverture qui a toute chance de deuieurer béante.

Les petites opérations qui viennent d'être décrites sont très-délicates, et l'on ne réussit pas toujours à les faire d'une manière correcte. Il peut anivcr que les parties, profondes soient lésées : aussi a-t-on vu quelquefois, au moment de l'opération, s'écouler une certaine quantité de sang, et, dans les jours suivants, survenir les symptômes d'une olile interne. Chez d'autres malades, la sensibilité est devenue si excessive que le moindre bruit, le son seul de la voix, produisaient une impression douloureuse : un tampon de coton, ôté chaque jour pendant quelques instants, remédie à cet inconvénient; mais, d'un anlre côté, l'emploi de ce moyen facilite l'occlusion de l'ouverture , surtout si l'inflammation est devenue assez forte pour qu'on ait été forcé de renoncer à l'usage des corps dilatants.

II. Les circonstances dans lesquelles oa a conseillé de pratiquer la perforation de la membraue du tympan sont les collections de pus et les amas de mucosités dans la caisse , l'épaississement de la membrane tympanique , l'obstruction , le rétrécissement, ou l'oblitération complète de la trompe d'Eustache.

Lorsqu'une collection de pus s'est formée dans la caisse et qu'il en résulte à la fois la surdité et de vives douleurs, l'indication de perforer la membrane du tympan est positive et d'autant plus rationnelle que l'issue du pus à travers la membrane ulcérée ou rompue est la terminaison naturelle de la maladie. iVIalheureusement il n'en est pas des abcès de celte région comme de ceux des parties superficielles, sur l'existence desquels le doute n'est pas possible : ici, le diagnostic ne saurait être rigoureusement établi, les douleurs pouvant s'expliquer par une otite non suppurée ou par une olalgie aussi bien que par une suppuration profonde; et c'est l'issue spontanée du pus qui vient presque toujours dissiper les incertitudes avant qii'on ait eu des raisons suffisantes pour se décider à l'opération.

Quand la caisse est remplie de mucus et présente cet état que que l'on a désigné sous le nom d'engouement , la présence du liquide empêchant la transmission des ondes sonores à la fenêtre ovale et à la fenêtre ronde, on conçoit que l'évacuation de la chambre tympanique au moyen de la perforation de la membrane pui.ssc être utile ; mais il en est des amas de mucus comme des collections de pus : leur existence est trop difficile à constater pour qu'on se décide à les traiter par ia perforation, quand surtout on peut, comme nous le montrerons plus lard, y remédier par une opération plus innocente, le calhétérisme de la trompe d'Euslache.

Lorsqu'à la suite d'une inilammation chronique de la membrane du tympan celle-ci est restée épais,se, et, par suite de cette altération dans sa texture, a perdu sa souplesse, son élasticité, sa faculté de vibrer et de traufmeltre les vibrations, rien ne parait mieux indiqué que la perforation : tous les auteurs la conseillent , et peut-être la conseillerions-nous comme eux si lediaguostie était plus clair. Sans doute l'opacité de la membi'ane, sa résistance au stylet qui l'explore . les antécédents, peuvent faire soupçonner l'épaississement, mais il n'en donnent point la certitude , et nous ne pensons pas qu'on doive, sur de simples présomptions, entreprendre une opération capable, dans le cas où la lésion qu'on soupçonne viendrait à manquer, d'ajouter h la surdité au lieu de la diminuer.

Les cas d'obstruction et de rétrécissement de la trompe, auxquels A. Cooperappliijuait l'opération de la perforation, ont été depuis traités avec succès par le calhét(îiisme cl par les injections d'air. Si pourtant la maladie résistait à l'emploi de ces moyens, ou si les signes indicpiaient une oblitération complète de la trompe, la perforation de la membrane du tympan pourrait être tentée:

En résumé, l'opération ne se pratique guère aujourd'hui que dans le cas d'oblitération coinplètc de la lronq)e : il est d'autres lésions sans doute auxquelles elle pourrait convenir, mais dans lesquelles l'impossibilité d'élablir un diagnostic sul^ fisammcnt clair arrête le chirurgien.

III. Quel profit peut-on se promettre de l'opération qui nous occupe? Si on lit atlenlivemcnl les observations recueillies par A. Cooper, Ilard, M. Deleau,onse convaincra que, parmi les malades opérés, les uns ont éprouvé une amélioration passagère dont la durée s'est mesurée sur celle de l'ouverture artificielle; les autres n'ont obtenu aucune diminution de leur surdité; quelques-uns ont été pris d'accidents inflammatoires; quelques autres, en petit nombre, paraissent avoir été gué-

MALADIES DE LA CAISSE DU TYMPAN

ris, et encore ceux-ci n'ont-ils pas été suivis assez longtemps après l'opéraiion pour qu'on soit assuré que la guérison s'est maintenue.

On voit, d'après ce qui pi'écède : 1" que la perforation de la membrane du tympan est une opération délicate et capable d'entraîuer des acci-

dents; 2° qu'elle n'est applicable qu'à un très-petit nombre de cas; 3° que les résultats qu'on peut en attendre ne sont ni très-cerlains ni irès-satisl'aisanls. Ce sont là des raisons sufllsanles pour expliquer le discrédit dans lequel est aujourd'hui tombée cette opération.

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