OTITE INTERNE
loyer la caisse du tympan, de permettre à l'appareil auditif d'agir, au moins momenlanément , et d'empêcher ainsi l'organe de s'affaiblir par l'interruption trop prolongée et trop complète de ses fonctions.
Lorsque l'otite s'annonce dès son début par des douleurs très -aiguës accompagnées de réaction générale, il faut agir avec promptitude et énergie. C'est alors que conviennent les émissions sanguines, locales et même générales , si l'élat et l'âge du sujet le permettent : des sangsues et des ventouses scariiiées seront appliquées à plusieurs reprises autour de l'oreille , une ou plusieurs saignées du bras pourront êire faites; des fumigations émoliienles ou narcotiques seront dirigées à l'aide d'un entonnoir dans le conduit auditif. Il est fort à craindre, si rinflammaiion est très-inlense, qu'on ne parvienne pas à l'enrayer et que la suppuration survienne. Quefaii'c alors? Abandonner les choses à elles-mêmes, ou hâter la sortie du pus par quelque opération? Nul doute que l'on ne lut très-utile au malade et qu'on n'abrégeât beaucoiqi ses souffrances en vidant de bonne heure la caisse du tympan, comme on viderait un abcès situé dans toute autre partie du corps. Aussi a-t-on conseillé, dans ces cas, soit de désobstruer la trompe d'Euslache et de favoriser l'écoulement du pus par celte voie, soit de perforer la membrane du tympan. Quoique le premier de ces moyens paraisse avoir réussi dans quelques circonstances , il est bien inférieur au dernier, qui a l'avantage d'ouvrir an jius uni! voie d'écoulement directe , courte, large et permanente, tandis que le cathétérisme de la Irompe, fait dans ces circonstances, serait extrêmement douloureux, quelquefois insupportable, et d'ailleurs incertain dans ses résultats, un conduit si éti'oit, si tortueux, et si long, devant .s'engorger très-facilement, soit par le gonflement de la nnnpuMise, soit par le passage même de la matière purulente. C'est donc la perforation de la membrane du tympan qui mérite et qui a obtenu la préférence : Itard conseille formellement celte opération et l'a pi'atiqnée plusieurs fois avec succès. Malheureusement l'impossibilité de s'assurer formellement de la présence du pus dans la caisse du tympan et la crainte de faire une opération à la fois inutile et nuisible se sont jusqu'ici opposées ets'opposeronl probablement toujoursà la géuéi'alisation de cette piatiipie. On attendra donc le plus souvent que le pus se soit de lui-même ouvert ime issue, et l'on se bornera à modérer les souft'rances du malade au moyeu des calmants et des nai'cotiques administrés lant à l'intérieur qu'à l'extéiieiu'.
Après la rupture de la raembraue du tympan, la
MALADIES DE LA CAISSE DU TYMPAN
caisse iie se vide pas loujours des produits qu'elle contient , car, au lieu de pus liquide ou concurremment avec lui , elle peut reufermer d'autres matières , épaisses , concrètes , et adhérentes aux parois de la cavité. L'indication évidente est alors d'aider la sortie de ces matières, en allant les chercher avec un stylet ou en les délayant à l'aide d'injections poussées dans la caisse. L'inflammation cède ordinairement aussitôt que le pus s'est écoulé , mais la maladie est plutôt transformée que tei'rainée. Dorénavant existe au fond du condiùt auditif, c'est-à-dire au fond d'un conduit étroit et tortueux, im foyer purulent, à fond plus large que son orifice, à parois osseuses, incompressibles, anfractucuses. Avec un ensemble de conditions si défavorables , on conçoit que, malgré les efforts du chirurgien pour prévenir le séjour et l'accumulation du pus, au moyen de soins de propreté, d'injections, et de pansement, une certaine quantité de liquide stagne dans la caisse, y entretienne une infl;inimation sourde, d'oîi résulte quelquefois l'altératinn des os, presque toujours la conversion de l'aheès en une sorte de fistule , et fiualemcnt la transfoi'uialiou d'une otite interne aiguë en olile purulente chronique ou otorrhée.
Rien de plus rebelle et de plus difficile à guérir que cette dernière forme de l'inflammation auriculaire, et pourtant rien de plus fâcheux que sa persistance, car le mal gagne incessamment en profondeur, le rocher s'altère, la cavité crânienne et les organes encéphaliques sont chaque jour plus immédiatement menacés. Deux ordres d'indications se présentent ici : les unes relatives à l'état local , les autres relatives à l'état général.
Dans le tiailement local de l'otorrhée, deux points doivent être toujours présents à la pensée du chirurgien : 1° absterger le foyer avec le plus grand soin , afin de dégager et de nettoyer les parois osseuses, d'empêcher la mauvaise odeur et les résorptions fâcheuses qui pourraient résulter de la décomposition du pus; 2'^ entretenir, pour les produits morbides, une voie d'écoulement toujours libre, afin de prévenir ces rétentions de matières si funestes api'ès lesquelles on a presque toujours à redouter l'apparition de complications terribles du coté de l'apophyse mastoide ou de la cavité encéphalique. Les voies seront maintenues libres en sondant de temps en temps la trompe d'Euslache et le conduit auditif, et en prenant soin d'enlever les matières purulentes ou autres qui pourraient les obstruer. Quant au nettoyage du foyer, on l'opérera, 1° au nioven d'injections faites matin et soir parle conduit auditif, 2° à l'aide de douches d'air poussées tous les huit jours par la trompe d'Euslache. Les injections étant destinées principalement
à laver le foyer, on pourrait à la rigueur les faire avec de l'eau tiède tout simplement, ou avec quelque liquide émollient, comme l'eau de guimauve ou l'eau d'orge miellée. Les liquides astringents ou toniques ne doivent être employés à cet usage qu'avec une extrême réserve , parce qu'ils pourraient réveiller l'inflammation. On évitera également d'injecter des substances huileuses comme le recommandent quelques auteurs, car les médicaments de ce genre s'altèrent , rancissent , ou s'épaississent, et augmentent l'inflammation en même temps qu'ds s'opposent à l'écoulement du pus : M. Itard cite l'exemple d'un jeune enfant chez qui survinrent , à la suite d'injections faites avec l'huile de lin , la suppression d'un écoulement chronique et des convulsions rapidement mortelles.
Le traitement général consiste dans l'emploi méthodique des purgatifs, dans l'applicatiou de vésicatoires derrière les oreilles ou à la nuque, d'un selon dans la même région, ou d'un cautère , soit au bras, soit à la cuisse. .'\L Itard conseille aussi de tenter une forte révulsion du côté du cuir chevelu en rasant la tète pour y pratiquer des fricàons stimulantes et en la tenant soigneusement couverte, dans l'intervalle de ces frictions, avec une calotte de laine ou de taffetas gommé. On ne négligera pas non plus les ressources tirées de l'exercice , d'un régime substantiel , de l'usage des bains de mer et des eaux minérales , tant salines que sulfureuses. Si le sujet est lymphatique ou scrofuleux, si l'on soupçonne l'exisience d'une diathèse tuberculeuse, on devra prescrire les préparations iodées et iodurées, autant pour combattre la maladie de l'oreille que pour lutter contre la disposition générale et contre les aft'ections diverses dont elle menace le malade.
Il est important que l'organe sonft'rant soit défendu contre l'influence du froid , des courants d'air, et de l'humidité ; c'est ce qu'on obtiendra par ru>age de la meutonnière et du colon introduit dans le conduit auditif. L'emploi de ces précautions peut être suspendu pendant la saison chaude; mais il est indispensable d'y avoir recours dans les temps humides et durant l'hiver , afin de prévenir les recrudescences inflammatoires et la suppression brusque de l'écoulement, si celui-ci existe toujours, afin d'éviter les rechutes, dans le cas où il serait tari depuis quelque temps. C'est seulement lorsqu'un hiver entier s'est passé sans retour de l'écoulement que l'on peut renoncer entièrement au coton, car il s'e>t alors formé aux dépens du cérumen et du mucus une sorte de bouchon protecteur qui rend inutile l'emploi de ce moyen. Dans les cas de ce genre, c'est-à-dire après la guérison complète de l'otorrhée , une nouvelle question se
MALADIES DE LA TROMPE D'EUSTACIIE
présente, celle de savoir si, pour protéger plus efficacement la caisse et en même temps pour rétablir les fonctions troublées de l'appareil auditif, il ne serait pas bon de recourir à l'usage de la membrane du tympan artificielle : on peut , à cet égard , se reporter à ce qui a été dit précédemment (p. 459 ).
Resterait à parler du traitement des abcès mastoïdiens et de celui des accidents cérébraux ; mais le premier point sei'a examiné plus loin, et, quant au second, il n'exige pas de mention particulière, les complications du côté des organes encéphaliques devant être traitées comme si elles étaient indépendantes d'une maladie de l'oreille.