CHAPITRE CINOUIÈME
MALADIES DE LA TROMPE D'EUSTACHE
La trompe d'Euslache est lui conduit allongé , étroit, légèrement infléchi, obliquement dirigé de haut en bas et d'arrière en avant, étendu entre la caisse du tympan et le pharynx , qu'elle met eu communication. Ses fonctions principales sont : 1*^ de servir de voie de décharge aux matières sécrétées dans la caisse et dans sa propre cavité , 2° de permettre le renouvellement de l'air dans la caisse, l'entrée et la sorlie de ce fluide au moment des vibrations, deux conditions nécessaires pour que les ondes sonores produisent leur impression sur les parties sensibles de l'appareil auditif. Dansée but, elleest presque continuellement béante , disposition qui résulte de la structure osseuse, cartilagineuse, et fibreuse de ses parois. En raison de sa continuité avec l'oreille moyenne, d'un part , avec la partie supérieure des voies digestives et respiratoires, d'une autre part, elle est tapissée dans toute son étendue par une membrane muqueuse, continue à celle du pharynx et de la caisse du tympan.
La situation profonde de ce conduit le met à l'abri des lésions traumatiques accidentelles. S'il est quelquefois blessé dans les opérations qui se pratiquent sui' lui, ce qui ne nous parait pas impossible, cette blessure n'a, comme nous le verrons plus loin, que de faibles inconvénients; mais la nalure de ses fonctions, ,sa longueur, son étroitesse , ses rapports avec le pharynx et l'oreille moyenne, l'exposent à parlagei- les maladies de ces parties, à s'enflammei', à s'engorger, à s'ulcérer, à se rétrécir, et même à s'oblilércr. Nous aul'ons donc à nous occuper successivement : i° de sou inflammation ; 2" de ses divers modes d'obstruction ; 3" des opérations nécessaires pour lui rendre sa perméabilité, c'est-à-dire du cathétérisme et des injections.
Art. l". — Inflammation.
L'iuflaramation de la muqueuse est très-commune dans la trompe d'Euslache, et peut-être le tissu cellulaire sous-muqueux parlicipo-t-il à la maladie. Celte affection complique fréquemment l'angine et le coryza , mais c'est à l'otite interne qu'elle se rattache de la manière la plus intime : il n'y a guère d'inflammation aigué ou chronique de la caisse qui ne s'étende à la tronqje; du moins a-t-on trouvé, dans presque toules les autopsies, la muqueuse de cette dernièj'c partie injectée, boursouflée, ramollie. On comprend que dans un conduit assez long, très-étroit, et nalurelleracnt coudé , le gonflement inflammatoire amène bientôt le réirécissement ou même robliiéralion,ct enti'ave par conséquent l'exercice de la fonction auditive , en empêchant l'entrée et la sorlie de l'air en même temps qu'il met obstacle au libre écoulement des matières muqueuses ou purulentes.
Les symptômes se confondent avec ceux des affections concomitantes , mais il nous parait probable que c'est l'engouement ou l'obstruction de la trompe qui est la cause principale des bruissemenis et des bourdonnements dent les malades affectés d'otile interne ont la sensation et que la même lésion enh'e aussi pour une pari considérable dans la production de la surdilé plus ou moins prononcée qui accompagne toujours celle maladie.
Quoiqu'en général l'existencedc l'inflammation de la trompe ne modifie en rien le traiiemcnt des maladies auxquelles elle se joint, cependant il est des circonstances oîi elle acquiert par elle-même assez d'importance pour devenir l'occasion d'indicalions spéciales. Si, par exemple, après la guérison d'une otite, la surdité persistait et paraissait cnlrelenue par une inflammation chronique de la
MALADIES DE LA TROMPE D'EUSTACHE
rôgioii pharyngienne supérieure et de la trompe, cet état morbide pourrait être avantageusement modifié par des insufflations quotidiennes de poudre d'alun et de sucre mélangés à parties égales. M. Pétrequin, à qui nous devons l'idée de cette pratique {Gaz. méd. de Paris, 1839, p. 77 1), pousse les insufflations par la bouche, mais il nous semble préférable de les faire par les fosses nasales, au moyen d'une sonde que l'on conduit chargée de poudre au-dessus du voile du palais. Déjà , dans le même recueil (1838, p. 31), M. Bonnet, de Lyon , avait conseillé de cautériser le pavillon de la trompe , soit à l'aide d'un instrument analogue au porte-caustique uréthral chargé d'azotale d'argent , soit avec un tampon de charpie imbibé d'une solution saturée d'azotale acide de mercure, lié solidement à une lige métallique , porté rapidement par la narine jusqu'à la colonne vertébrale, el retourné ensuite dans tous les sens sur la paroi pharyngienne supérieure. Il serait facile de trouver quelque procède de cautérisation plus perfecliouné et qui expose moins à la diffusion du liquide sur les organes voisins , mais il nous semble que les insufflations d'alun répondent mieux à l'indication, et c'est à elles que nous donnerions la préférence , prêts ccpendantà recourir à quelque autre topique si celui-là restait sans effet.
Art. il
Obslruction.
L'obstruction de la trompe d'Eustache résulte de tout obstacle assez considérable pour empêcher ou pour gêner notablement le passage de l'air et du mucus dans le conduit tympano- pharyngien, et le degré de l'obstruction varie depuis le simple engouement jusqu'à l'oblitération complète. Les obstacles capables de produire cette affection résident hors du canal , dans son intérieur, ou dans l'épaisseur même de ses parois : de là, des obstructions par compression , par engouement , par engorgement inflammatoire , par coarctalion , brides, ou oblitération.
L'obstruction par compression survient toutes les fois que quelqu'un des organes voisins de la trompe prend un grand développement , ou lorsque ce conduit est pressé ou dévié par quelque tumeur développée près de lui. Il n'est pas rare de l'observer daus les inflammations aiguës ou chroniques et dans les hypertrophies des amygdales , surtout quand celles-ci ont une base large. On la voit encore compliquer le gonflement phlegraonens du voile du palais ou de la partie latérale du pharynx, moins souvent , à la vérité, ce qui tient à ce que ces maladies sont plus rares. Enfin c'est iiD des accidents qui se rattachent au développe-
ment des polypes pharyngiens et naso-pharyngiens , comme à celui des tumeurs cancéreuses des amygdales , des piliers du voile du palais, ou du pharynx.
L'obstruction par engouement est due à la présence de mucosités ou de matières muco- purulentes ou tuberculeuses, plus ou moins épaisses , dans l'intérieur même du conduit. Ilard en admet deux variétés : l'une , qui coïncide et se confond avec l'engouement de la caisse; l'autre, qui existe sans maladie de la caisse, avec un catarrhe nasal ou avec une angine tonsillaire. On peut en rapprocher l'obstruction qui résulterait de la formation d'un polype dans la cavité de la trompe , lésion meutionnée dans uu article d'A. Bérard sur les maladies de l'oreille, mais dont nous ne connaissons pas d'observation autenthique.
L'obstruction par engorgement inflammatoire des parois résulte du gonflement byperémique ou de l'engorgement plastique de la membrane muqueuse et du tissu cellulaire sous-muqueux ; elle complique les angines, les coryzas, les otites internes , ou persiste après s'être développée à l'occasion de ces maladies et quand déjà celles-ci ont disparu. On l'a vue aussi piovoquée par des ulcérations ou par des éruptions syphilitiques secondaires, situées dans le pharynx, tout près de l'orifice de la trompe , ou daus cet orifice luimême : c'est ainsi que s'expliquent quelques-unes de ces surdités, accompagnées de bourdonnements d'oreille et de sensation désagréable au fond de la gorge, qui surviennent chez des individus atteints de phénomènes secondaires et disparaissent après quelques jours de traitement mercuriel.
L'obstruction par coarctations , brides , ou oblitération, est ordinairement consécutive à des ulcérations , dont la cicatrisation a amené, soit une diminution d'étendue dans les parois du canal et par suite son rétrécissement, soit l'adhérence de ces parois l'une à l'autre et par suite la formation de brides qui le traversent ou d'une pseudo-membrane organisée qui le bouche complètement , soit enfin l'adhérence de l'orifice de la trompe au pharynx ou au voile du palais, d'où résulte l'occlusion plus ou moins prononcée de cet orifice. Les ulcérations, causes premières du mal , sont ellesmêmes les suites d'une angine gangreneuse, ou, ce qui est plus commun, d'une syphilis constitutionnelle. L'obstruction née dans ces circonstances pourrait avec raison prendre le nom de cicatricielle. Quelques auteurs parlent de coarctalion sénile, due à l'atrophie ou au resserrement de la portion osseuse de la trompe, d'autres de cloisons existant à l'état congénital dans l'intérieur du conduit ; mais ce sont jusqu'ici pour nous de simples