‹ Compendium de chirurgie pratique; ou, Traité complet des maladies chirurgicales et des opérations que ces maladies réclamentChapitre 87 sur 177 · SURDITÉ · texte numérisé non relu

SURDITÉ

d'une des parties constituafltes de l'appareil auditif, ou qui, après avoir été bien perçu, laisse dans les organes une impression anormale longtemps prolongée. De ces deux variétés, la première est de beaucoup la plus fréquente.

La plupart des bourdonnements ne sont perçus que par les malades eux-mêmes; cependant il est des cas, très-rares, dans lesquels le bruit qui se produit dans l'oreille est assez réel pour être entendu par les assistants. M. Rayer rapporte, dans le numéro du 24 mars 1855 de la Gazette médicale, l'observation d'une dame, chez laquelle l'oreille était, comme chez le jeune homme que cous venons de citer tout à l'heure, le siège de bruits très- variés (miaulements, sifflements, cris, etc.. etc. ), isochrones à ceux du pouls et que l'on entendait très-bien, avec les caractères indiqués par la malade, lorsqu'on appliquait immédiatement son oreille sur la sienne. Chose remarquable, l'artère auriculaire postérieure était hyperirophiée, sans présenter néanmoins aucune dilatation ovoïde ou fusiforme; et, si on la comprimait graduellement avec le doigt, on modifiait d'abord les bruits morbides, puis on arrivait à les faire cesser; enfin on les faisait reparaître en cessant la compression.

Les bourdonnements s'observent dans presque toutes les maladies de l'organe auditif, et , s'il est difficile d'en indiquer positivement le mécanisme, on peut dire du moins quelles sont les conditions les plus favorables à leur développement. Ils se produisent toutes les fois qu'il y a diminution dans le calibre des canaux ou des cavités par lesquels les ondes sonores sont transmises, lorsque, par exemple, le conduit auditif est obstrué par un corps étranger ou par du cérumen, lorsque la trompe d'Eustache est rélrécie, lorsque la caisse est remplie par des mucosités, lorsque, par suite delà chute des dents, les mâchoires se sont rapprochées et que la forme du conduit audilif s'est trouvée modifiée (Ménière). Dans toutes ces circonstances, l'air n'étant pas transmis convenablement, ou ne pouvant circuler assez vite dans les cavités auditives, il en résulte une impression irrégulière sur le nerf acoustique. Ne peut-il pas arriver aussi que les bourdonnements soient dus à une lésion de ce nerf lui-même, par sa participation à la phlegmasie, ou par suite d'une pression anormale que le liquide de Colugno, devenu trop abondant et refoulé par les membranes de la fenêtre ronde et de la fenêtre ovale, exerce sur ses ramifications? C'est une opinion admissible, mais purement hypothétique, comme sont toutes celles que fait naître la considération des maladies du labyrinthe. Il est probable d'ailleurs que les sensations auditives comprises sous le nom de bourdonnements n'ont

pas toutes le même mode de production, et que les bourdonnements isochrones au pouls, par exemple, sont dus à une modification dans la circulation de l'oreille, tandis que la plupart des autres se rattachent à quelque perversion dans les fonctions des nerfs auditifs. Celte opinion est corroborée par le fait emprunté à M. Rayer et par quelques autres observations du même genre, dans lesquelles ona faitdisparaitre les bruits anormaux par la compression des artères carotides.

Il est fâcheux que les différentes espèces de bourdonnements ne soient pas en rapport avec les diverses maladies. On a bien dit que, daus la myringite, la sensation est celle d'un bruit de coquillage, mais le fait n'est pas démontré. La vérité est qu'aucun observateur n'a pu jusqu'à présent mettre telle ou telle variété de bourdonnements en rapport avec telle ou telle lésion de l'organe auditif : aussi la connaissance et l'étude de ce symptôme ajoutent-elles bien peu de chose au diagnostic.

Quand un malade se plaint à nous de bourdonnements, il convient de faire les diverses explorations que nous avons indiquées dans les articles précédents, pour décider si les désordres fonctionnels sont dus à une lésion appréciable de l'appareil auditif ou à un trouble insaisissable de l'élément nerveux.

La thérapeutique n'a presque rien à opposer de spécial aux bourdonnements. Quand il y a une affection aiguë, le traitement est celui que nous avons précédemment indiqué. Quand l'affection est chronique, ou peut ajouter aux moyens dont nous avons parlé la distraction, ou plutôt l'exposition fréquente à des bruits prolongés assez forts pour dominer le bruit anormal , comme , par cxeiriplc , la musique, l'exercice à feu, le roulement du tambour ou des voitures. Il faut savoir cependant que ces moyens, en modifiant ou faisant disparaître pour quelque temps les bourdonnements, peuvent donner naissance à des douleurs beaucoup plus incommodes : aussi la prudence commandet-elle de ne pas insister sur leur emploi, pour peu qu'on s'aperçoive qu'ils produisent ce triste résultat.

Art. ni. — Surdité.

On appelle surdité l'affaiblissement ou la perte complète de la faculté de percevoir les sons. Ce trouble fonctionnel peut être congénital ou acquis. Dans le premier cas, il s'accompagne nécessairement d'une impossibilité de parler ou mutité qu'on ne trouve pas dans le second. C'est pourquoi il est nécessaire de décrire à part les deux variétés.

TROUBLES FONCTIONNELS DE L'APPAREIL AUDITIF

§ l°''. — @urclitc comgéuUale oa sùf di-mutité.

Il ne faut pas ici prendre dans toilte sa rigueur le mot congéiiila! : plusieurs des surdités que l'on désigne ainsi, au lieu d'être originelles, datent des premiers mois ou de la première année de la vie. L'enfant a distingué les sons pendant un certain temps, mais on n'a pu le savoir positivement, parce cpie ce fait n'avait pas éié l'objet d'une attention particulière; et c'est seulement quand est venu pour lui le moment d'appren- (li-e à parler qu'on s'est aperçu qu'il n'entendait pas. Que le vice d'organisaiion soit positivement congénital ou qu'il date des premiers temps de la vie, le résultat est le même pour le petit malade : il n'entend pas, et, par conséquent , ne peut pas répéter les bruits aiticulés dont l'imitation est nécessaire pour le développement de la parole. Il n'en faut pas moins insister sur la distinction qui vient d'être établie et sur la nécessité d'étudier, pour les reconnaître, s'il est possible, et les combattre, les maladies de l'oreille chez les nouveau-nés: on anivei'a peut-être, de cette manière, à prévenir des surdi-mutités qui, une fois établies, ne peuvent guérir.

On ne doit pas chercher l'explication de la surdi-mutité ailleurs que dans les organes de l'audition, et il serait aujourd'hui superflu de réfuter l'aucienne hypothèse d'après laquelle les sourds-muels auraient deux vices de conformation, occupant, l'un, les parties du cerveau qui servent à la parole , l'antre , le nerf auditif ou ses dépendances. Ceci serait peut-èlre vrai pour quelques cas exceptionnels dans lesquels la surdimutilé conicide avec un idiotisme complet ; mais toutes les fois que les facultés intellectuelles sont notablement développées, il n'y a pas d'autre cause de l'absence de la parole que l'impossibilité de saisir et en conséquence de répéter les sous par lesquels elle se traduit.

Les lésions qui occasionnent la surdi - mutité ont été peu étudiées et ne peuvent l'être parfaitement, soit parce que celles qui existent sont trop délicates pour être bien constatées, soit parce qu'elles sont tout à fait insaisissables. On sait cependant qu'il y en a de plusieurs sortes. Déjà nous en avons signalé quelques-unes à piopos des maladies du labyrinthe. M. Michel, de Strasbourg, a fait connaître, en 1853, à l'Académie des .sciences l'observation d'un sourd -muet chez lequel il a trouvé, à l'autopsie, quelques anomalies dans les ouvertures des canaux demi-circulaires verticaux, et surtout une absence des canaux demi-circulaires horizontaux, lésion déjà signalée dans une

thèse soutenueà Heidelberg,enl84I,par A. Nuhn sous ce titre : de Vitiis quœ suidi-rnulilali inesse soient. Itard, Mi\I. Deleau etKraraer, ont quelquefois rencontré des lésions analogues à celles que l'on trouve dans la surdité acquise , savoir : l'oblitération de la trompe , la perforation de la membrane tympanique, la destruction ou la dislocation de la chaîne des osselets , la disparition des membranes de la fenêtre ovale et de la fenêtre ronde; toutes altérations qui démontrent que la caisse peut être atteinte, pendant la vie intra-utérine ou peu de temps après la naissance, de lésions inflammatoires analogues à celles que l'on observe ordinairement à un âge plus avancé. Dans beaucoup d'autres cas , on ne constate rien, et on en conclut que la surdité est nerveuse, c'est-à-dire qu'elle est due à quelque lésion impossible à constater du nerf acoustique ou du cerveau.

Les causes restent presque toujours inconnues. Dans les cas oîi les lésions sont analogues à celles de l'otite, il est vraisemblable que, durant les premiers mois après la naissance, une otiic est survenue sous l'influence d'un refroidissement ou spontanément. Dans les autres cas, il s'agit évidemment d'un vice de conformation, et l'étiologie est tout à fait obscure : l'hérédité y joue cependant un certain rôle, non pas que les sourds-muels donnent le jour de toute nécessité à des enfants sourds-muets; mais ce qui indique une disposition transmise par les parents , c'est qu'on voit quelquefois, dans une même famille, plusieurs enfants .sourds-muets.

La surdi-mutité n'existe pas toujours au même degré. Itard, qui a écrit d'excellentes pages sur ce sujet, établit, d'après l'intensiié de la maladie, cinq classes. La première est formée par les demisourds de naissance, qui peuvent encore entendre la parole lorsqu'elle est haute et lenie : comme l'audition demande chez eux beaucoup d'attention et de fatigue, ils se sont habitués pendant leur enfance à la négliger, et à se servir des autres sens, au lieu d'apprendre à parler. La deuxième comprend ceux qui distinguent les voyelles, mais auxquels le plus grand nombre des consonnes échappe : pour eux, l'audition est laborieuse, conune pour les précédents, et d'ailleurs trop incomplète pour qu'ils puissent saisir et répéter les sons articulés. La troisième est composée de ceux qui n'entendent aucun son articulé et saisissent à peine quelques sous simples ou voyelles. Ceux de la quatrième ne recueillent aucun des sons de la voix et ne sont sensibles qu'à des bruits violents , comme le tonnerre, l'explosion d'une arme à feu, la percussion violente d'une porte. Ceux de la cinquième

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