‹ Compendium de chirurgie pratique; ou, Traité complet des maladies chirurgicales et des opérations que ces maladies réclamentChapitre 88 sur 177 · SURDI-MUTITÉ · texte numérisé non relu

SURDI-MUTITÉ

n'entendent absolument rien et ne distinguent les bruits très-intenses que d'après l'impression vague produite sur les téguments par la commolion de l'air ou par l'ébranlement du sol.

Dans la dernière et importante discussion qui a eu lieu sur ce sujet à l'Académie de médecine (1853), M. Bonuafont n'a établi que trois calégories de sourds-muets: ceux qui n'entendent et n'apprécient les sons d'aucune manière; ceux qui perçoivent le son du diapason, non pas lorsqu'il est à une certaine distance de l'oreille, mais lorsqu'il est appliqué sur le crâne ; ceux enfin qui entendent le diapason dans cette dernière condition et eu même temps à une certaiue distance de l'oreille. Les premiers, de même que ceux des dernières classes d'Itard, ne peuvent tirer quelque profit de la parole des autres qu'en étudiant les mouvements des lèvres. Les seconds et les troisièmes, qui répondent aux trois premières classes d'Itard, sont obligés, comme les premiers, de s'entretenir avec leurs semblables au moyen des signes; mais peut-être l'ouïe est-elle susceptible, chez eux, d'une cerlaine éducation dont elle est incapable chez les autres.

Les sourds-muets manquent de l'un des sens les plus importants pour le développement de l'inteiligeuce; c'est pour cette raison sans doute que leurs facultés intellecluelles sont en général peu développées. Il en est de même de leurs facullés affectives et morales. Ajoutons cependant que, par une éducation appropriée, on les perfectionne singulièrement, et que beaucoup sont devenus remarquables par l'étendue de leurs connaissances et les conceptions de leur esprit.

Le diagnostic de la surdi-mutité n'offre pas de difficulté, quant à ce qui est de l'existence de l'infirmité. Il n'en est pas de même pour la constatation du degré auquel est arrivée la maladie. Comme cette constatation peut avoir quelque intérêt pour le traitement , il est bon de chercher à la faire. Pour cela , on se sert de quelque appareil sonore ; Itard, par exemple, employait une cloche ou une vielle ; on pourrait utiliser également le bruit de l'orgue. MM. Bonuafont et Blanchet donnent habituellement la préférence au diapason, qu'ils font vibrer près de l'oreille et sur divers points de la tête , et nous avons dit tout à l'heure qu'on peut en effet, à l'aide de ce moyeu, établir entre les sourds-muets des catégories.

Traitement. — Le traitement peut être préservatif, palliatif, et curatif.

Le traii émeut préservatif doit être mis en usage toutes le^ fuis que, pendant les premiers mois après la naissance, l'enfant est pris d'une affection grave

susceptible de laisser après elle une lésion fonctionnelle de l'organe de l'ouïe. S'agit -il, par exemple, d'une maladie inflammatoire à son déclin, on examine attentivement le conduit auditif pour voir s'il renferme du pus, des écailles épidermiques, et on emploie, s'il est nécessaire, les injections et les nettoyages dont nous avons parlé dans les articles précédents. L'enfant a-t-il eu des maux de gorge, on surveille les amygdales, et, si elles paraissent gonflées ou si elles sont rouges de manière à faire croire à la possibilité de quelque inflammation du côté des trompes, on fait de temps en temps une cautérisation avec une solution légère d'azotate d'argent, ou même quelques moucliKtures sur les amygdales. Des convulsions sont-elles surveuues, il importe d'examiner pendant les semaines ou les mois qui suivent si l'enfant parait ou non percevoir les bruits, et, dans le cas où il semble y être insensible, de placer à la nuque un vésicatoire, un cautère ou même un séton , et en même temps d'exposer fréquemment le petit malade à des bruits intenses, tels que ceux des cloches, du tambour, de l'orgue, du piano, etc. On ne doit pas perdre de vue, en effet, ce principe si heureuseiient développé par Itard, que, si le nerf auditif n'est qu'affaibli, l'exercice de l'organe peut développer davantage ce qui reste de la fonction, ou au moins l'empêcher de se perdre entièrement. Il ne faudrait cependant pas insister si les bruits iutenses paraissiiient occasionner des douleurs, qui seraient indiquées par les cris de l'enfant.

Le traitement palliatif, quand la surdi-mutité est évidente, est celui auquel ou donne le plus généralement la préférence, tant dans les établissements publics que dans les maisons particulières. Il consiste à développer l'intelligence de l'enfant, à lui transmettre la plupart des notions dont il a besoin, et à lui fournir la faculté de communiquer sa pensée, au moyen de signes dont la valeur est déterminée à l'avance, et que l'on fait avec les mains et les doigts, d'oîi les noms de langage des signes et de dactylologie donnés à celle méthode dont l'invention et le perfectionnement sont dus aux travaux de l'abbé de l'Épée. Nous avons vu, et tout le monde connaît des sourds-muets élevés de cette manière, dont rintelligence s'est bien développée, dont l'existence n'est pas plus triste que celle de la plupart des autres hommes , et qui ont seulement l'ennui de ne pouvoir converser qu'avec les personnes familiarisées avec ce langage des signes.

Le traitement curatif est celui qui a pour but de faire apprendre aux sourds- muets à articuler les sous, il comprend trois aiéthodes. La pre-

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mière, qui a été employée au xvi* siècle, par Pierre de Ponce, bénédictin espagnol , et par Joachim Paska, et, au xviu* siècle, par Heirick, consiste à faire imiter aux sourds-muets le mouvement des lèvres, en leur apprenant, au moyen des signes, la valeur des sons en rapport avec ces mouvements. La seconde consiste à développer l'ouïe, de façon à rendre possible la répétition des sons entendus. La troisième est formée par la réunion des deux précédentes , c'est-à-dire qu'en même temps qu'on fait entendre certains sons en développant l'ouïe, on arrive à faire articuler les autres par l'imilalion du mouvement des lèvres. C'est cette dernière qu'Itard avait adoptée, et au perfectionnement de laquelle il avait consacré ses efforts ; c'est elle aussi que , de nos jours, AL Blanchet s'efforce de faire prévaloir.

Ce dernier reconnaît d'abord que tous les sourdsmuets ne sont pas susceptibles de recevoir ce genre d'éducation , et il n'y admet que ceux des trois premières catégories d'Itard. Il commence par étudier le degré de la maladie, au moyen d'acoumètres de son inveniion qui sont disposés de manière à donner des sons d'un nombre déterminé de vibrations. Puis il exerce l'audition au moyen du diapason, de l'orgue, et d'autres instrumeuls aptes à produire des bruits intenses. Enfin il cherche à faire parler les sourds-muels par l'emploi de deux procédés : la répétition du son articulé, lorsque le malade parvient à l'entendre; et l'imitation des mouvements des lèvres, lorsqu'il ne peut entendre assez bien, ce qui est le plus ordinaire. L'auteur paraît croire à la possibilité de faire répéter les sons quand même ceux-ci n'auraient impressionné que les nerfs de la sensibilité tactile.

Il nous est impossible d'exprimer une opinion précise sur la valeur des résultats obtenus par ces divers moyens, et de décider s'ils ont assez d'efficacité pour qu'on soit autorisé à n'employer qu'eux seuls sur les enfants chez lesquels la surdiniuliié n'est pas portée à son plus haut degré. L'Académie de médecine, consultée sur ce sujet par l'autorité en 1853, n'a pu donner de réponse positive, et nous devons, à l'exemple des membres de ce corps savant qui ont vécu en dehors des institutions oîi sont rassemblés ces malheureux, nous tenir dans la plus grande réserve. Il nous a paru cependant ressortir de la discussion qui a eu lieu à cette occasion que la parole rendue jusqu'ici aux sourds-muels par les procédés nouveaux est loin de leur être aussi utile que la dactylologie , et que cette dernière doit encore en définitive et jusqu'à nouvel ordre leur être enseignée, et servir de base à leur éducation.

Surdité acqalse ou accidentelle.

La surdité acquise présente dans son intensité des différences qui tiennent : les unes, à ce que la fonction est abolie ou simplement affaiblie dans une des oreilles, la seconde ayant conservé son intégrilé; les autres, à ce que la maladie, tout en occupant les deux oreilles, se présente dans l'une et l'autre avec une intensité variable. Cette lésion peut donc être uni-auriculaire ou bi-auriculaire : dans le dernier cas, elle est incomplète ou complète. On appelle encore dytécée la surdité incomplète, celle qui est caractérisée par la difficulté plus ou moins grande de saisir les sons.

Eliologie.

I. La surdité est fréquemment symptomaUque d'une maladie de l'oreille externe, de l'oreille moyenne, ou de la membrane du tympan. Nous nous sommes assez expliqués sur ces points dans tous les articles précédents pour qu'il ne soit pas nécessaire d'y revenir ici.

II. Quelquefois, les exploralions les plus attentives ne permettent de rapporter le trouble de l'audition à aucune des affections déjà décrites, et l'on est autorisé à supposer qu'il a pour point de départ et pour cause une lésion de l'appareil nerveux de l'audition : on dit alors que la surdité est nerveuse. Celle-ci a beaucoup d'analogie avec l'aniaurose, et peut avoir son origine dans les ramifications labyrinihiques du nerf acoustique, dans le trajet crânien de ce neif , ou dans le cerveau lui-même, d'oîi trois variélés qui répondent aux amauroses réiinienuc, optique, et cérébrale.

III. La surdité nerveuse labyrinthiqiie peut succéder à une inflammation du labyrinthe, qui serait survenue d'emblée ou consécutivement à une phlegraasie de la caisse. Il est difficile en eff'et que l'oreille interne s'enflamme sans que le nej'f acoustique soit intéressé, et, si l'on fait attention à la ténuité extrême de ce dernier, on comprend qu'une fois altéré dans sa structure, il doit reprendre difficilement ses fonctions.

L'excitation violente du nerf acoustique par un bruit très-intense et qui se répète, comme celui du canon, peut, suivant Rramer, donner lieu à la surdité nerveuse. Sans nier le fait, nous ferons remarquer que celte même cause produit aussi la rupture de la membrane tympanique et toutes ses conséquences , et que des lors on ne doit pas , avant d'avoir fait une exploration attentive, prononcer que la perte de l'ouïe est due à un trouble nerveux plutôt qu'à une lésion appréciable de l'appareil auditif.

Dans les deux cas dont il s'agit ici , l'affaiblis-

SURDITÉ ACQUISE

sèment s'accompagne d'abord d'un afflux saugiiiii anormal ou d'une excitation vive du nerf, qui permet de considérer la surdité comme congestive et de la comparer à l'amaurose de même nom qu'on appelle également slhéniqne.

D'autres fois la surdité labyrinthique arrive sans cause appréciable. Chez un assez grand nombre de sujets, elle est la conséquence en quelque sorte naturelle des progrès de l'âge et semble s'expliquer par un affaiblissement paralytique du nerf auditif. L'hérédité a sur celte forme de la maladie une certaine influence, car on voit beaucoup de familles dont tous les membres sont sujets, vers l'âge de quarante à cinquante ans, à un aft'aiblissemeut graduel de Fouie. Celte espèce de surdité peut encore être consécutive à l'action de causes débilitantes , telles que les veilles prolongées, la masturbation, les excès de tout genre, les saignées répétées i la diarrhée chronique, les suppurations de longue durée, l'insomnie habituelle, les chagrins. Cependant on ne sait jamais positivement si toutes ces causes ont agi plutôt sur le nerf acoustique que sur le cerveau.

La surdité, dans ces derniers cas, peut être considérée comme essentielle ou torpide.

IV. La surdité a quelquefois été causée par l'atrophie spontanée du nerf auditif dans son trajet crânien , ou par sa compression et sa destruction parune tumeur de la dure-mère. Ces cas sont plus rares que les précédents.

V. La surdité nerveuse est cérébrale, lorsqu'elle parait occasionnée par une maladie du cerveau. Tantôt il s'agit d'une congestion habituelle qui occupe spécialement les parties de cet organe affectées à raudiiiou, ou qui, s'élendant aux parties ciiconvoisines, donne lieu en même temps à des troubles de la vue et à des paralysies musculaires : la surdité cérébrale est alors congestive. Tantôt c'est un affaiblissement partiel causé par une apoplexie ou un ramollissement cérébral ou par quelque autre lésion insaisissable. C'est à celte variété qu'on peut rapporter la surdité qui arrive chez les enfants à la suite des convulsions , pendant le travail de la dentition, et celle qui, chez les adultes , a pour cause une commotion cérébrale ou un simple ébranlement de la tète , comme dans le cas où un soufflet serait violemment appliqué sur la face. A cette catégorie se rapportent probablement encore la surdité consécutive aux migraines répétées, sur laquelle 1\I. Ménière a spécialement appelé l'attention dans ses additions à l'ouvrage de Kramer, et celle que produisent certains médicaments , tels que le sulfate de quinine, la belladone, et la jusquiame, dont l'action se porte évidemment sur les centres nerveux. On voit donc

que la surdité cérébrale peut , comme la surdité labyrinthique, être déterminée soit par un état congestif , soit par un affaiblissement paralytique de la substance nerveuse.

VI. — Nous devons ajouter, pour compléter l'étiologie, que, dans un bon nombre de cas, la surdité a une origine complexe, les causes qui la produisent agissant eu même temps sur l'oreille externe ou moyenne et sur le nerf acoustique. Le point de départ a été une maladie des parties extérieures, dont il reste des traces plus ou moins appréciables ; mais il est survenu consécutivement , et par propagation vers l'oieille interne, une lési(m du nerf acoustique, qui a persisté et qui fait coïnciderla surdité nerveuse avec d'autres lésions plus ou moins faciles à constater. C'est ce qui explique comment, après des maladies eu apparence semblables du conduit auditif cl de la caisse , telles que l'olorrhée et les otites, certains sujets restent sourds tandis que d'autres conservent l'intégrité de l'audition.

Caractères anatomiques. — La surdité qui succède à une affection de l'oreille externe ou de l'oreille moyenne a les mêmes caractères anatomiques que cette affection elle-même. Les autres en ont rarement d'appréciables. Cependant M. Ménière , en disséquant les temporaux d'individus qui avaient été frappés de surdité, a trouvé plusieurs fois des traces d'inflammation aiguë ou chronique dans le vestibule et dans les canaux demi-circulaires. Une fois, entre autres, il a noté dans le labyrinthe un épancheme.nt de lymphe plastique roiigeàtre, qui paraissait dû à une exsudation sur toute la surface interne des cavités labyrinthiques. D'autres fois on a trouvé une atrophie ou une compression du nerf auditif, ou bien quelque lésion de l'encéphale. Mais, dans la plupart des cas de surdité nerveuse , on ne constate rien à l'autopsie, parce qu'il s'agit de lésions de la pulpe nerveuse que nos moyens d'investigation n'ont pas permis jusqu'à ce jour de reconnaitre.

Symptômes. — Il va sans dire que nous n'avons pas à revenir, parmi les phénomènes qui peuvent accompagner la perte de l'ouïe , sur ceux qui appartiennent aux maladies précédemment étudiées. Nous signalerons seulement ce qu'il y a de spécial pour la surdité elle-même, et les différences qu'elle peut offrir dans ses diverses manifestations.

Ici s'observent deux formes principales : tantôt le trouble auditif se complique d'une exaltation de l'ouïe et même d'une exaltatation de la sensibilité tactile du conduit auditif et de la caisse; tantôt , au contraire , la maladie est tout à fait in-

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dolente et les bourdonnemeots sont les seuls troubles fonctionnels qui accompagnent la sm dite.

Dans le premier cas, l'alieraiiun de l'ouïe, coïncidant avec une maladie appréciable, n'a pas besoin d'être étudiée à part et independainmeut de celle-ci. Dans le second, qui appartient surtout à la .surdité nerveuse, on observe les phénomènes suivauis. Si une seule oreille est prise, le malade reconnaît sa surdité aux boui-donnenients dont il est atteint, et à ce qu'il entend difficilement les personnes qui parlent à voix basse du côté de l'oreille malade , tandis qu'il entend distinctement avec l'oreille opposée. Beaucoup d'individus restent longtemps sourds d'une seule oreille, ou le sont plus de l'une que de l'autre.

Si les deux oreilles sont prises à la fois, voici ce qu'on remarque au début, et tant que la surdité reste incomplète : les bruits et le son de la voix sont perçus, mais à la condition qu'il soient solitaires, c'est-à-dire que le malade ne cause qu'avec une seule personne et que le son ne soit mélangé avec aucun bruit étranger. Si quelque autre bruit, tel que celui des voilures dans la rue ou d'autres personnes qui causent à haute voix dans la même pièce, intei'vient, le malade n'entend plus ou peid une grande partie des phrases ; veut-il écouter une conversation à laquelle plusieurs personnes prennent part à la fois, il n'entend qu'un bruit confus.

Les sourds cherchent souvent eux-mêmes à apprécier le degré de leur surdité en écoutant une pendide ou uue montre, et ils remarquent souvent que, si aucun bruit étranger n'a lieu, comme au milieu de la nuit, ils l'entendent mieux que si d'autres bruits se mêlent à celui de l'inslrument. Presque tous, au début, signalent un autre phénomène digne d'attention, c'est que la surdité est plus prononcée à certai^jes heures et certains jours que d'autres. En général , l'audition est meilleure le matin, au réveil, lorsque l'organe a été quelque temps reposé, que dans la journée et le soir, lorsqu'il est fatigue par les bruits de tout genre. Elle est meilleure encore daus les temps secs que dans les temps humides. Les fatigues corporelles, les chagrins et toutes les impressions morales, l'augmentent. Souvent enlin les différences sont inexplicables. Le malade a entendu hier le bruit d'une pendule à un mètre de dislance; aujourd'hui, sans cause connue, il ne l'entend plus qu'à quelques centimètres. A un certain moment il a entendu une personne qui parlait à voix basse ; un peu plus tard, il est obligé de lui faire élever davantage la voix.

On remarque souvent dans la surdité nerveuse un état de sécheresse remarquable du conduit auditif; le cérumen n'est plus sécrété, la mem-

brane perd son caractère semi-muqueux et se couvre d'un épiderme sec et farineux.

Lorsque la surdité est complète, on n'observe plus les alternatives dont il était question tout à l'heure, et les malades sont incapables de distinguer aucun bruit. Au re.ste, il est rare que la maladie arrive à ce degré: la plupart des sourds en- Undeul encore les bruits intenses et la parole à voix haute, et ce n'est qu'après un grand nombre d'années que quelques-uns en viennent à ne plus rien percevoir,

Diagnosiic. — Il porte sur deux points : 1° reconnaitre le degré de la surdité, 2° recounaitre son point de départ et sa nature.

1° Le degré de la surdité est habituellement indiqué par le malade lui-même, et se juge par la facilite plus ou moins grande avec laquelle il dit percevoir les sons, et par l'intensité du bourdonnement qui accompagne la dureté de l'ouïe. Pour l'apprécier ligoureusement et avoir un terme de compai'aisiin qui perraetlede constater les changements ultérieurs, on se .sert de la montre, que l'on place à uue certaine dislance de l'oreille, jusqu'à ce qu'on ait trouvé la limite à laquelle les battements sont entendus et au delà de laquelle ils cessent de l'être. Dans l'état naturel, celte distance est de plus de vingt centimètres; daus la sui'dité incomplète, elle est de dix, de huit, de six centimètres , et quelquefois moins. Ce moyen suffit habituellement pour se rendre compte de l'iutensité de la maladie, et on ne se sert plus guère des instruments spéciaux nommés acoumèires, dont nous avons indiqué l'emploi pour la surdi-mutité.

2° Pour reconnaitre le point de départ et la nature de la maladie, il faut se livrer aux diverses explorations qui ont été mentionnées dans les articles préci'dents. On ronmience par examiner le conduit auditif et par voir s'il contient un corps étranger, un bouchon de cérumrn , un polype, une accumulation de matière épidermique mélangée avec du pus concret ou avec du cérumen, comme cela a lieu dans l'eczéma. On regarde et on s'informe s'il y a ou non un écoulement purulent. Dans les cas oîi rien de ce qui précède n'existe, on recherche encore avec les yeux seuls, et, au besoin, en s'aidant du spéculum , si le conduit présente quelque part une étroitesse du genre de celles qui ont été indiquées à la page 453. Enfin l'on a encore, dans cette exploration, à tenir compte de la sen.sibiliié du conduit et de la quantité du cérumen. La surdité symptomatique est accompagnée souvent d'hypereslhésie et de sécrétion abondante, taudis que dans la surdité nerveuse on trouve

SURDITÉ ACQUISE

une sécheresse de cette partie, par suite de ia suppression de la sécrétion cérumineiise.

Quand on constate un écoulement de pus, ii est très-probable que la surdité se lie à une otite interne purulente, et alors on fait de suite les explorations signalées aux pages 457 et 458 pour reconnaître s'il y a une perforation de la membrane du tympan. On fait aussi le calhétérisme de la trompe pour rechercher si ce conduit est perméable ou non. On a soin d'ailleurs, surtout lorsqu'il s'agit d'un enfant, d'examiner attenliveraent les amygdales, le pharynx et les fosses nasales, afin de savoir si la surdité n'est pas entretenue par une compression des trompes ou par une inflammation propagée des cavités voisines vers ces conduits.

Lorsqu'on a reconnu l'une ou l'autre des lésions précédentes et qu'on est autorisé à expliquer par elle la surdité, il y aà chercher encore si l'affaiblissement de l'ouïe s'explique seulement par les changements physiques que l'on rencontre ou s'il n'y a pas un affaiblissement concomitant du nerf acoustique. On ne peut être éclairé sur ce dernier point qu'après avoir débarrassé les parties de toutes les causes d'obstruction. On fait donc préalablement l'ablaiion des corps étrangers, des polypes, des bouchons cérumineux, et même, s'il y a lieu, celle des amygdales ; on enlève le pus au moyen de colon porté avec une pince dans le fond du conduit , ou , au besoin, avec une ou deux iujeclious; et, quand on ne voit plus aucun obstacle au passage des ondes sonores, on recherche si les battements de la montre sont perçus à la même distance ou à une distance plus grande qu'auparavant ; on demande d'ailleurs au malade s'il entend mieux. Lorsque l'audition parait en effet meilleure, on a lieu d'espérer que le nerf acoustique est resté intact. Si, au contraire, elle est la même qu'avant les dernières manœuvres, on doit craindre la coïncidence d'une surdité nerveuse.

Dans les cas oîi l'on n'a rien trouvé d'appréciable du côté de l'oreille externe, delà membrane tympanique, delà caisse, des amygdales, etc., on doit penser qu'il s'agit d'une surdité nerveuse, et déterminer, s'il est possible, la nature de cetle dernière. Ou pourra croire qu'elle est cérébrale s'il s'agit d'un enfant qui ait eu des convulsions ou d'un adulte chez lequel soient survenus depuis quelque temps des élourdissements, des troubles de la vue, de la céphalalgie, en un mot, tous les symplômes qui indiquent un état congestif ou une Imminence de ramollissement de l'encéphale. On pourra la considérer comme acoustique et essentielle ou asthéuique, s'il n'y a eu à aucune époque de phénomènes inflammatoires, si

l'on ne trouve aucune maladie dans les parties accessibles de l'oreille ni dans le crâne, si enfin on remarque la sécheresse du conduit auditif.

Marche , durée, pronostic. — La surdité a toujours une marche très-lente : elle augmente peu à peu, et reste habituellement slalionnaire pendant des années , en présentant , quelle que soit son origine, les alternatives d'augmenlation et de diminutiuu que nous avons mentionnées.

Celle qui est due à un changement physique appréciable par nos sens peut guérir tout à fait ou au moins s'améliorer, tandis que celle dont nous ne voyons pas l'origine et que nous sommes obligés de considérer cumme nerveuse, reste le plus ordinairement au-dessus des ressources de l'art et constitue une infirmité.

Traitement. — Toutes les fois que la surdité parait liée à quelque lésion de l'oreille, le Iraitemeut s'adresse i\ celte lésion même.

Sans revenir sur des poinis qui ont été suffisamment développés dans les chapitres précédenls, rappelons, en peu de mots, les indications qui servent de base à la thérapeulique, et Tordre suivant lequel doivent être employés, dans ces circonstances, les moyens dont elle dispose. Débarrasser le conduit auditif du cérumen ou des autres corps qui peuvent l'obstruer, tel doit être le premier soin du chirurgien. L'absence d'un cerliu'u nombre de dents a-t-elle entraîné le rapprochement anormal des mâchoires et par suite la déformation et le rétrécissemeul du conduit auditif externe , il est nécessaire de faire remplacer les dénis absentes par des dents artificielles , afin de restituer aux parties leur disposition, et au conduit son diamètre, sa forme et sa direction. Les amygdales exercent-elles sur la trompe une compression nuisible , il faut les enlever. Y a-t-il des raisons pour soupçonner l'obstruction de ce conduit soit par du mucus, soit par du tabac, ainsi qu'on l'observe quelquefois chez des priseurs, soit par le fait même du gonflement de ses parois, on en pratique le calhétérisme. Dans ce cas, le malade doit être prévenu qu'il sera nécessaire de répéter l'opération tous les deux ou trois jours, et d'en prolonger l'usage pendant plusieurs mois. S'agit-il d'une surdité entretenue par la perforation de la membrane du tympan, on commence par débai'rasser, au moyen des injections, la caisse tympanique des concrétions qui peuvent s'y être amassées , puis on essaye la membi'ane artificielle de Toynbee ou l'obturateur avec une plaque de coton mouillé renouvelée tous les jours. Ici encore ce n'est qu'à la longue , après de

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nombreux tâtonnements, et au prix des soins les plus minutieux, qu' on arrive à un résultat satisfaisant.

Il faut bien le savoir d'ailleurs, â quelque variété de surdité qu'on ait affaire, le traitement demande beaucoup de temps et une extrême patience : tantôt c'est l'iuflammation qui se réveille par l'usage même des moyens thérapeutiques, et à laquelle il faut laisser le temps de se calmer ayant de continuer; tantôt c'est l'amélioration, péniblement obtenue, qui diminue ou disparait tout à coup et sans cause apparente, au grand désespoir du médecin et du malade; heureux encore si, après toutes ces alternatives, on parvient à obtenir une guérison même incomplète.

Quant à la surdité nerveuse , lorsqu'elle paraît être d'origine cérébrale, elle réclame, comme les maladies de l'encéphale lui-même, les saignées, les révulsifs sur le canal intestinal, les vésicatoires , le séton à la nuque, etc. etc.

Lorsqu'elle est essentielle, elle peut être soumise à un traitement curatif ou à un traitement palliatif. Le premier consiste dans l'emploi de divers moyens excitants , tels que les vésicatoires volants autour de l'oreille, les injections d'éther dans la trompe d'Eustache, les attouchements du pharynx, par la fosse nasale correspondante au côté malade, avec une solution ammoniacale. On a encore conseillé l'électricité en appliquant un des conducteurs sur l'apophyse mastoide ou la région temporale, et l'autre dans le conduit auditif; mais il faut bien que ce dernier moyen n'ait pas fourni des résultats très-henreux , car il est rarement employé aujourd'hui, malgré la prédilection qu'on parait généralement avoir pour l'excitation galvanique appliquée au traitement des paralysies. La guérison de celte sorte de surdité est encore plus diflicile à obtenir que celle des surdités symptomatiques : c'est pourquoi il ne faut , dans ces cas, ni trop espérer ni ti'op promettre.

Le traitement palliatif, le seul dont on puisse disposer dans les surdités nerveuses qui ont résisté aux autres moyens, consiste dans l'emploi des cornets acoustiques.

On désigne sous ce nom des instruments destinés à augmenter l'intensité des sons et à en rendre ainsi la perception possible ou plus facile. Ces instrumeuls sont disposés de manière à rassembler et à faire arriver dans le fond du conduit auditif une quantité d'ondes sonores supérieui'c à celle que pourrait recueillir la conque , et construits avec des substances élastiques, qui augmentent, par leurs vibrations propres, celles de l'air qui les traverse.

La plupart des cornets acoustiques peuvent se

ramener par la pensée à un type unique , c'est-àdire à un tube ouvert aux deux bouts , évasé par l'une de ses extrémités, effilé par l'autre, sorte d'entonnoir dont la partie large recueille les ondes sonores, tandis que la partie étroite les introduit dans le conduit auditif ; mais ils présentent quelques différences dans la nature de la substance qui les forme ainsi que dans les détails de leur configuration.

Parmi les substances le plus généralement employées dans leurconstruction, figurent,d'une part, le fer-blanc battu, la tôle écrouée, l'argent, qui renforcent beaucoup le son , mais lui font perdre de sa netteté en le masquant par un retentissement plus ou moins fort ; et de l'autre, la gomme élastique, le bois , la corne, l'étain, matières qui se distinguent par des qualités opposées, c'est-à-dire qu'elles renforcent moins le son, mais ne l'obscurcissent pas par un retentissement dû à l'excès de leurs propres vibrations. Aux surdités très- prononcées conviennent les substances du premier ordre, tandis que les autres sont préférables pour les malades atteints de surdités médiocies ou légères.

Les variétés apportées dans la disposition des cornets acoustiques sont destinées soit à renforcer les sons, soit à rendre les instruments plus commodes pour le malade et pour ceux qui l'cntoiireut.

On renforce les sons en multipliant dans l'appareil les surfaces sur lesquelles peuvent se réfléchir les ondes sonores, et en variant, autant que possible, le degré d'inclinaison de ces surfaces. La forme spiroïde , avec décroissance progressive de la cavité iufundibuliforme, a été plus souvent qu'aucune autre employée dans ce but : plusieurs coquilles univalves, appartenant à la classe des enroulées, des purpurifères, telles que les vis, les buccins, les cônes, sont des cornets acoustiques naturels très-retentissants, et il suffit, pour les faire servir à l'usage qu'on se propose ici, d'ouvrir le sommet de leur spire et d'y ajuster un tube propre à être introduit dans le conduit auditif. D'autres cornets ont été construits avec plusieurs segments d'une sphère ou d'un tube conique réunis en faisceaux et communiquant entre eux.

Tous les cornets acoustiques, mais particulièrement ceux qui présentent des sinuosités multipliées, font entendre un murmure ou mugissement sourd et continu, dû au mouvement vibralile de l'air contenu dans le tube ; dans le but d'amoindrir ce murmure et de rendre en même temps moins éclatante la résonnance des sons, on euduit l'intérieur des cornets d'un vernis de peinture, on y introduit un ou plusieurs flocons de coton, ou l'on dispose près du pavillon une cloison en baudruche, sorte de

SURDITÉ ACQUISE

tympan artificiel, propre à amortir les oudes sonores.

L'ua des coruets les plus anciens et les plus usités est un tube long de 20 ou 30 centimètres, qui a la l'orme d'une corne d'abondance, c'est-àdire dont l'embouchure, en partie évasée, est recourbée en haut de manière à s'offrir à la bouche des persoimes qui veulent converser avec le malade, tandis que la petite extrémité , recourbée en sens inverse , est placée dans le conduit auditif. Ainsi construit en fer-blanc ou en corne, l'instrument remplit assez bien l'indication, mais il a l'inconvénient d'être gênant par son poids et disgracieux par son volume. Dans un autre modèle, qui est plus récent, le tube, replié deux fois et adossé à lui-même, se trouve avoir beaucoup moins de longueur, et est par conséquent plus portatif et moins désagréable à l'œil. D'autres fois le métal est disposé comme celui d'un tirage de lorgnette, de telle façon que l'appareil peut être encore plus facilement placé dans la poche que le précédent. Nous avons vu employer depuis quelques années un appareil dans lequel le pavillon et l'extrémiléauriculaire scmt reliés par un tube flexible en caoutchouc, plus ou moins long, et qu'on porte facilement dans toutes lesdirections. Rien de plus commodeque l'emploi de cet appareil; pour converser avec un sourd, il suffit en effet de saisir l'eutonnoir et de le portera sa bouche; il n'est pas nécessaire, comme avec les autres cornets, de se rapprocher de la personne avec laquelle on se met en rapport, de se pencher vers elle, et d'élever fortement la voix ; la conversation peut s'établir à distance, sans fatigue, sans déranger les assistants , à voix basse et presque en confidence.

Quels que soient les avantages de ce dernier appareil, il partage avec les précédents l'inconvénient de ne pouvoir être dissimulé au moment où l'on s'en sert, et de ne s'appliquer qu'à une seule oreille. Or on a imaginé d'autres cornets qui satisfont à cette double indication : ils consistent en deux conques artificielles , réunies entre elles par une tige d'acier qui passe sur le haut de la tête , et pourvues d'un tube en ivoire qui s'avance dans le conduit. Une fois placé, l'instrument tient seul sans qu'on y porte la main , et les femmes , à l'usage desquelles il a été .spécialement inventé, peuvent le cacher sous le chapeau, le bonnet ou les cheveux. Ces sortes d'appareiLs, n'étant pas pourvus d'un réceptacle aussi large que la plupart des autres, ne renforcent pas autant les sons , et sont en conséquence d'une utilité beaucoup moindre.

Nous ne saurions terminer cette revue sommaire des cornets acoustiques sans parler des efforts tentés par quelques praticiens pour faire arriver à l'oreille du sourd les sons par une autre voie que le conduit auditif. Jorissen et Winkler avaient conseillé déjà l'usage de lames métalliques trèsminces, qui, placées entre les dents, transmettent les vibrations sonores à la fois par la trompe d'Eustache et par les os de la tête. Itard, reprenant et développant celte idée, a converti cet instrument en une espèce de porte-voix en bois de 6 à 6 centimètres d'épaisseur, dont une extrémité, taillée comme le bec d'une clarinette, est saisie par les dents du malade, tandis que l'autre, évasée en forme de pavillon, reçoit la bouche de l'interlocuteur.

Malgré les soins qu'on a, surtout depuis quelques années, apportés à la construction des cornets acoustiques, ces instruments sont encore bien imparfaits. Ce qu'ils font gagner au sou en intensité, ils le lui fout perdre en netteté, et le rendent, au delà d'une certaine limite de force, tout à fait confus. Les malades qui ont recours à cet ordre de moyensse trouvent donc dans cette fâcheuse alternative ou d'employer des cornets trop faibles, qui ne donnent pas au son une intensité suffisante pour qu'il soit facilement perçu , ou d'en employer de trop forts, qui le rendent°confus et le masquent par un murmure vibratoire. De ces deux inconvénients, c'est le dernier qui menace surtout les malades, parce qu'ils éprouvent le désir bien naturel d'user, autant que possible, de ce qu'ils ont conservé de leur faculté auditive. Il ne faudrait au contraire user qu'avec un extrême ménagement des organes affaiblis. Les demi-sourds, dit M. Méuière, ont le tort de vouloir trop entendre : ils exigent de leur oreille un travail hors de proportion avec le peu d'énergie vitale qu'elle a conservé ; au lieu d'en soutenir la force par un exercice modéré, ils répuisent par une action trop vive ou continue. En conséquence, il conseille aux personnes affectées d'une surdité commençante ou légère d'employer seulement la main placée derrière le pavillon de l'oreille, qu'elle relève et pousse en avant; c'est là, suivant lui, le meilleur auxiliaire de l'ouïe, parce qu'il est souvent efficace et n'est jamais nuisible. Les cornets métalliques au contraire donnent aux sons un éclat dangereux et produisent des vibrations stridentes, qui usent promptement ce qui reste de sensibilité au nerf acoustique. Il faut donc doimer la préférence aux appareils les moins énergiques et ne passer que par degrés insensibles à ceux qui ont plus de force.

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