PLAIES PAR ARMES A FEU
pillaires, soit par quelque grosse artère dépendant de la carotide. Uoyer rapporte l'observation d'un malade qui, dix jours après s'être tiré un coup de pistolet dans la bouche, mourut d'une hémorrliagie par celte cavité. On trouva, à l'autopsie, que le saiij;- avait été donné par la maxillaire interne. Chez un malade de Dupuyiren (loc. cit. , p. 252), qui .succomba de la même manière, i'hémorrhagie avait été fournie par l'artère vertébrale , la balle s'était arrêtée entre la deuxième et la troisième vertèbre cervicale.
Traiteinenl. — La première indication est, comme dans les autres plaies par armes à feu, de rechercher le corps étranger, et si l'on a lieu de penser qu'il n'a été ni avalé ni rejeté au dehors , de faire des tentatives pour l'extraire. On n'y parvient pas lorsqu'il est logé dans les vertèbres ou l'apophyse basilaire; mais on peut le retrouver lorsqu'il est fixé dans le sinus ou dans quelque autre partie du squelette de la face. S'il est possible de le saisir et de l'amener sans grands efforts et sans causer des délabrements, rien n'est plus simple que cette opération. Mais si la balle est placée ou enclavée de telle sorte, que l'extraction ne puisse être faite à moins d'emporter une large pièce osseuse , ou d'ébranler davantage les fragments d'une fracture , il vaut mieux l'abandonner à elle-même, et attendre qu'elle se détache par les seuls efforts de la nature, à la suite de l'élimination des os qni l'enclavent. C'est ainsi que les choses se sont passées dans une observation de ]\L Baudens (clinique des plaies d'armes à feu), celle d'un capitaine de spahis qui , après un coup de feu reçu au-dessous de l'os malaire, avait une balle logée au milieu des fragments d'une fracture coiiiminutive de la mâchoire supérieure ; comme on n'aurait pu la retirer qu'en amenant avec elle un fragment volumineux , le chirurgien avait pris le parti delà laisser en place; quelques jours après , elle tomba dans la bouche, et fut retirée par le malade lui-même.
Si le projectile n'était pas encore sorti , et que plus tard, après l'achèvement de la consolidalion , il entretînt une fistule du sinus maxillaire du genre de celles dont nous avons parlé à la page 106 , il serait possible d'en faire l'extraction sans s'exposer aux mêmes délabrements qu'au début.
On essayera de prévenir les accidents inflammatoires du côté de l'encéphale par un régime sévère, les émissions sanguines, les purgatifs, et
en prévenant , autant que possible , les grandes émotions morales.
Il importe, une fois la suppuration établie, de faire souvent des injections dans la bouche soit avec de l'eau de guimauve, soit avec de l'eau chlorurée , afin d'entiainer le pus et les eschares ; on engage le malade à se gargariser fréquemment, aussitôt que l'état des parties lui permet de le faire. Si les injections étaient trop douloureuses , on pourrait les remplacer par des nettoyages faits avec un pinceau trempé dans un des liquides précédents.
Lorsqu'on a constaté une fracture avec mobilité des fragments , on doit faire tous ses efforts pour immobiliser ces derniers soit avec la fronde, soit au moyeu des fils métalliques ou des autres appareils dont nous parlerons à l'occasion des fractures des mâchoires ; mais, dans les cas où les lèvres, la langue, et les parois de la bouche ont été lésées, il est à peu près impossible de satisfaire à celte indication, parce que les moyens contentifs pourraient, en tenant la bouche fermée, empêcher le gonflement des parties qui s'enflamment, augmenter même leur inflammation, et enfin s'opposer aux loiions dont il vient d'èire question. On ne peut guère s'occuper de la fracture qu'après la disparition de la période inflammatoire et l'élimination des parties molles mortifiées.
On surveillera les séquestres et on les extraira à mesure qu'ils deviendront mobiles.
Si une hémorrhagie secondaire avait lieu, on pourrait essayer de l'arrêter à l'aide du tamponnement ou du cautère actuel , et mieux encore , avec des boulettes de charpie imbibées de perchlorure de fer, et maintenues le plus longtemps possible sur le point d'où le sang paraît s'échapper. Si nous en jugeons d'après ce que nous avons observé dans d'autres régions, la compression de la carotide primitive, pendant les cinq ou six premières minutes de l'application du perchlorure, serait un adjuvant utile, en empêchant les caillots d'être expulsés et leur donnant le temps de prendre de la consistance.
Ces moyens peuvent suffire lorsque le sang est fourni par les petits vaisseaux de la région ; mais ils seraient probablement insuffisants, si l'on avait affaire à la lésion des grosses artères. En pareil cas, on devrait comprimer d'abord, avec les doigts, successivement les deux carotides, et, après avoir bien constaté quelle est celle dont la compression arrête le mieux l'hémorrhagie, en pratiquer la ligature.
MALADIES DES LÈVRES