‹ Compendium de la philosophie chrétienne comparée avec les doctrines des philosophes anciens et des philosophes modernes d'après SanseverinoChapitre 10 sur 119 · DES PROPRIÉTÉS DU CORPS 4I · texte numérisé non relu

DES PROPRIÉTÉS DU CORPS 4I

tion dont les molécules sont animées; les partisans du système scoJastique l'attribuent à une force supérieure à Tattraction, qui n'est autre que la forme ou le principe actif du corps.

iSy. Cest l'attraction moléculaire modérée par la forme qui est le principe de la cristallisation, i* L'attraction est sans doute la cause qui rapproche et agrège les molécules des corps ; mais cette agrégation ne suffit point, il faut de plus qu'elle se produise dans un certain ordre et d'après certaines lois. Par où Ton voit que la cristallisation est moins l'effet de l'attraction moléculaire que celui d'une autre force qui modère Tattraction et qui n'est autre que la forme.

2" Les formes cristallines sont nombreuses et diverses, mais elles peuvent se ramener à six tj^pes primitifs (i). Or, l'attraction étant de même nature dans tous les corps, elle ne saurait expliquer ni la fixité des types primitifs^ ni leurs variétés infinies. La cristallisation ne peut donc résulter de Tattraaion seule.

y Le corps composé qui passe à l'état de cristal prend une forme nouvelle qui ne ressemble en rien à celle des corps simples dont il se compose. Or cette forme nouvelle réclame une force différente de l'attraction.

4* Il est reconnu que les substances très fusibles et celles qui se vaporisent facilement se coagulent d'abord sous forme sphérique comme la cellule végétale, et ne prennent que peu à peu la forme polyédrique. Or l'attraction seule n'explique pas non plus cette transformation.

5^ Enfin le phénomène du dimorphisme nous conduit à la même conclusion. Car cette diversité de forme dans une me-me substance ne peut être Teffet de l'attraction moléculaire, parce que les molécules d'une même substance ont toujours la même nature et les mêmes propriétés.

i58. Le phénomène de la cristallisation a pour cause principale la forme ou le principe substantiel. D'abord la causede ce phénomène est dans le corps lui-même; on sait en effet que pour se cristalliser^ les corps doivent être soustraits à Tinfluence de toute cause étrangère et abandonnés à

(1) Ce sont le tétraèdre^le rhomboèdre^ V octaèdre à base carrée^ Toctaèdre à base rectangulaire, le prisme à base rhomboïdale et le prisme à base oblique non symétrique.

leurs propres forces. En OHtre, Vétendue ne peut être cette cause ; car l'étendue dérivant de la matière, est privée de Tactivité nécessaire pour produire le phénomène de la cristalii sation ; il reste par conséquent que ce soit la forme ou le principe actif du corps qui le produise.

ARTICLE CINQUIÈME

De Pactivité des corps

(Tom. II, pag. 389-394)

iSg. Dans V Ontologie nous avons démontré contre Malebranche qu'il ne répugne pas que les corps soient doués à^\mt certaine activité^ et, contre Leibnitz, qu'ils puissent agir les uns sur les autres. Nous allons examiner présentement si les corps jouissent en effet d'une certaine activité et s'ils sont capables de se modifier réciproquement.

160. Tous les corps jouissent d'une certaine activité. D'abord l'observation nous apprend que les corps placés dans certaines conditions produisent certains effets déterminés; par exemple, la cire se liquéfie en présence du feu, le ciel s'illumine au lever du soleil, l'eau désaltère, etc. Or tout nous porte à croire que les corps eux-mêmes sont la vraie cause de ces phénomènes, i® Il ne répugne pas, nous l'avons prouvé en Ontologie, que les corps agissent les uns sur les autres. 2"* Comme l'observe saint Thomas, ces effets se produisent constamment de la même manière, si rien n'y met obstacle. 3*^ Non-seulement nous sentons la chaleur, mais nous sentons aussi que cette chaleur vient du feu ; ce qui n'aurait point lieu si le feu n'était pas la vraie cause de la chaleur. 4^ Si les choses naturelles étaient privées de toute action, à quoi serviraient les formes et les forces qu'elles ont reçues delà nature ? Une hache qui ne couperait pas, dit saint Thomas, n'aurait pas besoin de tranchant. Donc les corps jouissent d'une certaine activité.

161. En outre, les divers phénomènes que Ton remarque dans les corps confirment très-bien cette doctrine. Par exemple, Y impénétrabilité ne se conçoit pas sans la résistance d'un corps s'opposant à l'action d'un autre qui fait effort pour occuper sa place. Or cette résistance est une action véri-

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