DES PROPRIÉTÉS DU CORPS
table. Nous pourrions argumenter de même sur un grand nombre d'autres phénomènes que présentent les corps.
162. Ajoutons à cela les absurdités qu'entraînerait l'opinion contraire, i** L* ordre des choses dont résulte le système du monde disparaîtrait; car cet ordre repose sur les actions et les réactions réciproques des choses les unes sur les autres. 2* L'idéalisme triompherait ; car il en résulterait que les impressions que nous croyons recevoir du monde sensible seraient l'œuvre exclusive de Dieu. 3* Les sciences physiques et naturelles seraient anéanties ; car nous ne connaissons les choses créées que par leurs effets. Dieu seul les connaît a priori ; mais, si les corps sont privés de toute activité, ils ne peuvent être cause, ils ne peuvent produire d'effets d'aucune sorte. Leur nature nous serait par conséquent totalement inconnue.
i63. Les corps peuvent produire de nouvelles substances. Les Atomistes anciens et modernes, comme les partisans du système chimique, n'admettent pas cette proposition ; mais Aristote et les Scolastiques la soutiennent par de très-bonnes raisons.
164. 1® Nous avons appris par l'observation que le sent" blable est produit par son semblable. Or la ressemblance du corps engendré et du corps qui engendre ne consiste pas seulement dans la ressemblance des accidents, elle consiste surtout dans celle de la substance et de la nature ; car les accidents changent^ mais la substance ne change pas .
i65. 2^ Les formes jouissent d'une activité d'autant plus grande qu'elles sont plus parfaites ; or la forme substantielle est plus parfaite que la forme accidentelle ; mais les accidents corporels sont l'œuvre des formes accidentelles; donc les substances corporelles doivent être l'œuvre des formes substantielles.
166. On concevra facilement comment une substance corporelle peut en engendrer une autre, si l'on fait réflexion que Vactivité du corps n'est que le simple instrument de la forme substantielle, laquelle, comme nous l'avons expliqué, est le principe et la source de toutes les forces vives que le corps déploie. Or l'instrument rend l'effet semblable à la nature de la cause qui le met en œuvre. Ainsi, lorsqu'il arrive que l'action d'un corps transforme un autre corps en détruisant 54
forme et en la remplaçant par une nouvelle, il y a une véritable production de substance.
ARTICLE SIXIÈME
Si les qualités premières et les qualités secondes sont subjectives ou objectives
(Tom. II, pag. 395-403)
167. Avant de terminer ce chapitre, nous devons dire notre avis sur la controverse soulevée à propos de la célèbre division des propriétés du corps en qualités premières et en qualités secondes (i).
D'abord les qualités premières sont réelles, en d'autres termes ces qualités sont telles que nous les connaissons. En effet, i" ces qualités dénotent toutes quelque chose qui détermine Vétendue dans le corps ; par exemple, la quantité^ la figure^ le mouvement^ présentent l'étendue déterminée de diverses manières. Or, ainsi que nous l'avons prouvé, l'étendue existe dans les corps telle que nous la connaissons. Par conséquent les qualités premières des corps sont réelles et objectives. 2® Ceux qui nient la réalité objective des qualités premières des corps nient à plus forte raison la réalité objective de leurs qualités secondes^ ils sont donc forcés d'avouer que nous ignorons la nature du corps, puisqu'elle ne nous est connue que par ses qualités sensibles. Or cette doctrine conduit directement à l'idéalisme de Berkeley ou au scepticisme de Hume.
168. Pour ce qui est des qualités secondes^ nous ferons d'abord observer, i" qu'il s'agit de savoir non pas si les corps éprouvent eux-mêmes les sensations des qualités secondes^ mais s'il y a quelque chose dans les corps qui soit semblable à la sensation de chacune de ces qualités ; 2® qu'on ne résout pas la question en soutenant que si les qualités secondes
(i) Cette division remonte à Descartes. Suivant Locke, les qualités premières sont la solidité^ Vétendue, la, figure, le mouvement ^ le repos , et le nombre ; les qualités secondes dérivent des premières, ce sont la chaleur^ le froide la saveur^ les couleurs^ les odeurs, etc. Nous avons dit suivant Locke, parce que d'autres auteurs les énumèrent différemment.