V impénétrabilité est cette propriété par laquelle
tout corps exclut les autres corps de la place quUl occupe. Les Grecs l'appelaient àevrtTtiiviQc, résistance^ et quelques modernes la nomment solidité.
146. Tout corps est naturellement impénétrable. En effet, la quantité a pour résultat de distribuer la substance corporelle en parties, ou de lui donner V étendue ; or ce résultat serait impossible si chaque partie n^occupait un espace propre et n'excluait les autres de celui qu'elle occupe. Ce que nous disons d'une partie doit se dire aussi de tout le corps ; car le corps est au lieu tout entier ce que la partie du corps est à ta partie du lieu. Par conséquent, de même que chaque partie du corps exclut les autres de la portion d'espace qu'elle occupe, de même chaque corps, par cela seul qu'il est distinct de tout autre, doit occuper un espace qui lui soit propre et en exclure tous les autres. L'expérience confirme le raisonnement ; car chacun a pu constater que nul corps ne peut occuper la place d'un autre s'il ne l'a d'abord chassé de la place qu'il occupe.
147. V impénétrabilité suppose dans les corps une certaine force de résistance. Car le corps a besoin de déployer une certaine énergie pour exclure les autres corps de la place qu'il occupe. Mais cette action d'un corps qui en repousse d'autres ne peut se concevoir sans admettre en lui une certaine force de répulsion ou de résistance.
148. Ajoutons encore quelques observations: i" Quoique V impénétrabilité se distingue de la force de résistance comme l'effet se distingue de la cause, on les confond pour l'ordinaire en les désignant l'une et l'autre sous le nom commun de solidité. 2^ La force de résistance peut être considérée relativement au lieu et relativement au corps lui-même. Car, de même qu'elle est cause que tout corps repousse les autres du lieu qu'il occupe, de même empêche-t-elle que le corps ne confonde son étendue avec celle des autres. Bien plus, la première relation dépend de celle-ci ; car le corps s'oppose à ce que tout autre occupe le lieu où il se trouve, par là même qu'il s'oppose à ce que tout autre corps confonde son étendue avec la sienne. 3* Quoique l'impénétrabilité dérive de la matière, cependant la forme n'y est pas étrangère ; la force de résistance ne peut dériver en effet que d'un principe actif.
DES PROPRIÉTÉS DU CORPS Sq
149. Néanmoins il peut se faire j en vertu de la toutepuissance divine^ que deux ou plusieurs corps se compénèr trent et occupent le même lieu (i). En effet, i** l'impénétrabilité convient au corps, nous l'avons vu, à raison de la quantité. Or, de même que la quantité ne requiert pas que le corps possède en acte les trois dimensions, de même Pimpénétrabilité ne requiert pas absolument que le corps soit actuellement impénétrable (2) .
i5o. 2^ L'impénétrabilité des corps résulte de ce que leurs dimensions n'ayant pas la même situation dans Tespace, ils se distinguent par le lieu que leurs parties occupent.Or Dieu, qui est la cause première de toutes choses, peut conserver les effets des causes secondes, chacun dans son être propre, sans les causes elles-mêmes. Par conséquent Dieu peut conserver leurs dimensions à deux corps, quoique ces deux corps occupent le même lieu en se compénétrant l'un l'autre (3).
i5i. Objection de Locke. Si deux corps se compénétraient ils ne formeraient plus qu'un seul corps.
Réponse : Puisque Dieu peut conserver les effets des causes créées sans la présence de leurs causes, il peut faire, en vertu de sa toute-puissance, que deux corps se compénètrent tout en conservant leur être propre. Par conséquent, bien que deux corps qui se compénètrent ne se distinguent point par le lieu qu'ils occupent, ils se distinguent néanmoins en ce que chacun conserve Y être qui lui est propre.
ARTICLE QUATRIÈME
De la figure des corps
(Tom. II, pag. 383-388) 1 52 • Après avoir étudié les propriétés qui, dans le corps.
(i) Tous les docteurs du moyen âge, sauf Durand et quelques autres, admettent cette doctrine. Dans les temps modernes, elle a été rejetée par Locke et par les Déistes et les Athées du dernier siècle.
(2) Nous savons par la Sainte Écriture que le fait de la compénétratlon des corps s'est produit quelquefois ; par exemple, lorsque Jésus- Christ, après sa résurrection, entra dans le Cénacle, les portes étant fermées.
(3) La question de savoir si un corps peut exister en plusieurs endroits à la fois, nous Tavons traitée dans TOn/o/o^ie, § 325 et suivants.
dérivent du principe matériel ou passifs nous devons étudier celles qui dérivent du principe actif ou formel^ et dont les principales sont la^gure et V activité.
i53. Va figure est comme la qualité de la quantité ; car on appelle figure ce qui limite extérieurement les corps.
154. La figure est la première des propriétés qui dérivent du principe actif ou formel. Car elle est à la forme substantielle ce que la quantité est à la matière.
i55. x" Tout corps possède une certaine figure. En effet, puisque tout ce qui existe dans la nature est déterminé, il doit en être également ainsi de retendue de chaque corps. Mais pour concevoir une certaine étendue comme déterminée, il est nécessaire de la concevoir comme renfermée dans certaines limites. L'expérience confirme le raisonnement, car on n'ajamais rencontré de corps qui ne fût compris dans des limites déterminées.
2^ La figure des corps provient de leur principe formel. La matière peut recevoir telle quantité ou étendue que Ton voudra, comme elle peut concourir à constituer n'importe quelle substance corporelle. Or, de même que la forme détermine la matière à constituer telle substance particulière, de même doit-elle déterminer la quantité à recevoir telles limites ou telle figure particulière. Par conséquent la forme perfectionne la quantité ou retendue par le moyen de la figure, comme elle perfectionne la matière en ce qu^elle en est Pacte essentiel.
3** Les figures sont aussi diverses que les diverses espèces de corps. On constate particulièrement ce fait pour les corps vivants, tels que les plantes et les animaux, mais on peut également l'observer dans les minéraux lorsqu'ils passent de rétat liquide ou gazeux à l'état solide. Cest pour cela que, d'après les Péripatéticiens commed'après les Physiciens modernes, la figure est l'un des caractères les plus sûrs que nous ayons pour distinguer les différents corps.
i56. Il nous reste à exposer la controverse soulevée par quelques philosophes modernes au sujet de la cristallisation. On appelle cristaux les formes polyédriques régulières que prennent un grand nombre de corps en passant de Fétat liquide ou gazeux à l'état solide. Les partisans du système chimique attfibuent ce phénomène à la seule force d'attrac-