DU PANTHÉISME
452. Ce que nous avons enseigné plus haut sur la perfection infinie de Dieu va nous servir à réfuter les philosophes qui ont confondu la divine substance avec l'universalité des choses, comme il nous a servi à réfuter ceux qui nient l'unité de la nature divine.
ARTICLE PREMIER
Principales doctrines des Panthéistes
(Tom. III, pag. 775.794)
453. On désigne, sous le nom de Panthéisme C^J^ un système philosophique qui admet que tout ce qui existe ou peut exister, c'est-à-dire que l'universalité entière des choses, forme une substance unique appelée Dieu, en dehors de laquelle il n'existe plus rien.
464. Parmi les plus anciens philosophes, plusieurs professèrent le panthéisme. Pour ne parler que de l'Inde, presque toutes les écoles de ce pays furent plus ou moins imbues de cette erreur; mais la philosophie védanta, qui passait pour orthodoxe, parce qu'elle est conforme aux livres sacrés appelés Védas, enseigne ouvertement le panthéisme. Les philosophes védiques soutiennent en effet qu'il n'existe qu'un seul être infini nommé Brahma, et que les choses multiples et composées que l'on dit exister en outre ne sont que des fantômes de l'imagination. De là cette maxime de l'école pédi^
(i) Serm. LXXX, in Nat. Pétri et Pauli, c. 2. (2) Ce mot formé de sav tout et de Oeoc Dieuy indique tcès-bian la doctrine qu'il recouvre.
l6o THÉODICéE
que : Brahtna seul existe^ et tout ce qui tCest pas Bràhma n^est qu'une illusion de Vesprit humain. Pour expliquer plus clairement leur pensée, les auteurs de la philosophie védanta employaient diverses comparaisons. Brahma, disaient-ils, est comme une araignée éternelle qui tire continuellement de son sein la toile de la création et qui Ty ramène tour à tour ; elle est comme une masse d'argile dont les choses singulières sont autant de formes variées ; ou encore elle est comme un océan dont les choses créées sont les flots, Técume et les gouttelettes, lesquels, bien que distincts les uns des autres, ne se distinguent pas en réalité de Tocéan lui-même (i).
455. Cette école, qui remonte à une époque très-reculée, a conservé des partisans jusqu^à nos jours.
456. Parmi les Grecs, Técole éléatique, fondée à Élée dans la Grande-Grèce, par Xénophane, et dont les chefs principaux furent, après ce dernier, Parménide, Zenon d'Élée et Mélissus de Samos, paraît être la première qui ait adopté cette maxime philosophique : Tout est un et V Un est toutes cho' ses. Parménide enseigne qu'il ne faut pas se fier aux sens, mais à la raison seule ; or la raison dit que ce qui est n^a pas eu de commencement et n'aura pas de fin ; qu'il est un, parfait, immuable, infini ; que tout ce qui se nomme être a toujours été ou ne sera jamais ; car, de rien^ rien ne se fait. Observons que cette maxime, La pensée et son objet ne font qu^un^ dont les panthéistes modernes se donnent comme les inventeurs, est due à Parménide.
457. Telle fut aussi la doctrine des Stoïciens, qui enseignaient que Dieu est la forme informante du monde et qu'il est indissolublement uni à la matière.
458. Après que le dogme de la création qui exclut tout espèce de panthéisme, eut été promulgué par la prédication de l'Évangile, Técole néoplatonicienne, qui florissait alors à Rome et à Alexandrie, et plus tard à Athènes, fit les plus grands efforts pour soutenir le panthéisme expirant.Ses principaux chefs furent Plotin, Porphyre, Jamblique et Produs,
459. Nous donnerons seulement l'analyse de la doctrine de Plotin, dont la réputation surpassa celle des autres. D^a-
(i) Consulter Windisschmaon, De Theologumenis Vedanticorum^ Bonnœ i833.
JiV PANTHéiSME l6l
près lui, V Absolu est le principe de toutes choses, il est tout à fait un et simple ; il n'est ni une substance, ni une intelligence, mais il se confond avec Vêire absolu et avec la pensée absolue. Ce qui est ou peut être n'a jamais eu de commence? ment, il existe de toute éternité dans V Un ou dans V Absolu dont il découle par diverses émanations • De cet Un procède l'Intelligence absolue^ NoBç, Celle-ci est le principe de toutes choses, car elle est à la fois la pensée^ V objet pensé et le su^ jet pensant.
460. De rintelligence dérive VAme universelle. Celle-ci produit ensuite les divers ordres d'âmes et particulièrement Vâme humaine en contemplant leurs idées dans le sein de l'Intelligence dont elle émane.
461. L'âme humaine crée à son tour le monde sensible^ lequel est moins une réalité que le miroir de la réalité, ou l'image du monde intelligible.
462 . On voit d'après cet exposé que Plotin confond la gé. nération des idées avec la génération des choses et ne les distingue nullement Tune de Tautre.
463. L'école néoplatonicienne se fit aussi remarquer par son mysticisme philosophique, ainsi appelé parce qu'il enseigne que la connaissance parfaite des choses résulte de l'union mystique ou secrète de l'esprit humain avec Dieu. Voici comment l'explique Plotin : Les âmes humaines, dit-il, se trouvant en contact avec la matière sensible, éprouvèrent le désir de vivre dans des corps ; ce désir les ayant séparées de VAme universelle^ les a fait déchoir de leur condition et elles sont tombées dans le mal. Cependant cette passion pour le corps ne les ayant pas complètement détachées de l'Ame universelle, elles communiquent par son moyen avec M Intelligence et vivent d'une vie contemplative. L'âme comparant alots son état présent avec celui dont elle est déchue aspire à y remonter. Pour y parvenir, ce n'est pas assez pour elle de se dégager des sens, elle doit cesser même toute opération intellectuelle et de la dualité du sujet et de l'objet arriver à la simpli^ cité absolue, iicX^aiv, où elle entre dans Vunité et la simpli^ cité de Dieu ; et lorsque notre esprit est ainsi absorbé dans r Un ou V Absolu^ ne voyant plus rien ni en soi^ ni hors de soi^ elle perd toute conscience d'elle-même.