Enfin, la lumière de l'Évangile ayant dissipé les té
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nèbres de la philosophie païenne, l'erreur monstrueuse du panthéisme disparut complètement. En effet, sauf les Arabes, chez lesquels la philosophie d^Aristote était parvenue, altérée par les commentaires du sufisme Ci) et du néplatonisme, sauf quelques juifs sectateurs de la Kabale (2), le panthéisme n'était plus professé nulle part.
465. Dans tout le moyen âge, on rencontre trois philosophes, Scot Erigène, Amaury de Chartres, et David de Dinan, qui poussèrent les doctrines réalistes jusqu'au panthéisme. Ce vice a été reproché aux philsophes de cette école, nonseulement par Bayle,deRémusat, Schmidtet Hauréau, mais encore par les Conceptualistes et par les Nominalistes du moyen âge.
466. Au XIV* siècle, Frère Eckart enseigna une espèce de mysticisme qui a beaucoup d'affinité avec le panthéisme moderne. Les erreurs du célèbre Dominicain furent condamnées par le pape Jean XXII dans la bulle In agro Dominico^ publiée en 1 33o. Frère Eckart doit être considéré comme le vrai inspirateur d'Hegel. En parlant du mysticisme de maU tre Eckart, divers rationalistes modernes enveloppent à tort, dans la même réprobation, plusieurs autres mystiques de la même époque, tels que Tauler, Suso et Ruysbrock, dont la doctrine peut cependant très-bien se concilier avec les ensdgnements de la foi et de la saine philosophie, comme Bossuet (3) l'a clairement démontré (4).
(1) Le sufisme ou sofisme est une secte musulmane fondée en Perse, le second siècle après l'Hégire. Sa doctrine se résout dans une sorte de mysticisme philosophique. Il enseigne que Tâme s'élevant par la contemplation jusqu'à Dieu, finit par s'unir si parfaitement avec lui, qu'elle perd la conscience d'elle-même et s'anéantit complètement en Dieu. Cet état de Pâme constitue, d'après eux, la disparition de la disparitiom ou l'anéantissement, comme ils rappellent.
(2) La doctrine philosophique de la Kabale^ ou Kabbale, prit naissance chez les Juifs, environ deux cents ans avant Jésus-Christ; voir Franck, La Kabbale, ou la Philosophie religieuse des Hébreux.
(3) Instruction sur les divers états d'oraison ; tr. I, liv. I, § 1-8.
(4) Le mysticisme catholique ne doit pas être confondu avec le mys^ ticisme philosophique dont nous venons de parler. Le mysticisme chrétien, d'abord enseigné et exposé par les Pères conformément à la doctrine de la sainte Écriture, reçut une forme scientifique au XI* siècle, dans les écrits de Hugues et de Richard de St-Victor et prit le nom de Théologie mystique^ comme l'Aréopagite l'avait appelle. Celle-ci enseigne que l'union mystique avec Dieu, qui est le privilège, en cette vie, d'un petit nombre de saintes âmes, est une faveur surnaturelle dont
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467. Ddns ks temps modernes, Banich Spinoza, qui naquit à Amsterdam au XVII<» siècle, passa du judaïsme i la reli* gion chrétienne et finit par ne professer aucune religion, a jeté les fondements d'un nouveau panthéisme dans son Ethica geometrico more demonstrata (i). Voici un aperçu de sa doctrine : Tout ce qui existe est substance^ attribut, ou mode. Sous le nom de substance^ il faut entendre ce qui est en soi et se conçoit par soi-même (2) ; V attribut est ce que nous concevons comme constituant l'essence de la substance, et le mode se dit de toute modification pouvant afifecter les attributs eux-mêmes. De ces définitions, Spinoza conclut qu'il ne peut exister ni deux ni plusieurs substances ayant même attribut ; parce que, s'il existait deux ou plusieurs sub* stances, il serait impossible de les distinguer. Il conclut de
Dieu gratifie ces âmes, et que Tesprit humain parvient à cette union par des actes de foi, d'espérance et de charité. D'où Ton peut conclure que f la Théologie mystique^ comme dit le P. Cordier, est surnaturelle aussi bien dans sa substance que dans sa méthode ; car ses principes, ses moyens, sa fin et la manière d'y tendre surpassent absolument les forces de Tordre naturel » (Isagoge ad mysticam Theologiam, Prsf. ad Opéra. S. Dion.,Areop., vol. I, Parisiis 1644) ; tandis que le mysticisme philosophique attribue tout cela aux seules forces de la nature. Le mysticisme catholique procède d'après la méthode psychologique ; car Tâme s'élève à cet état surnaturel par des considérations afieaives sur les divers genres de créatures, comme par autant de degrés, en conunen* çant par les choses sensibles (voir S. Bonaventure, Itinerarium mentis ad Deum, c. i et c. 2) . Nous reconnaissons cependant que certains théologiens du moyen âge et des temps modernes ont altéré le mysticisme catholique en y introduisant des maximes fausses ou dangereuses, d'où naquit un pseudo-mysticisme ou mysticisme hétérodoxe. Nous avons cru devoir faire cette observation, parce que la plupart des Rationalistes modernes ne mettent aucune différence substantielle entre le mysticisme philosophique, le mysticisme chrétien orthodoxe^ et le mysticisme chrétien hétérodoxe,
(i) Giordano Bruno de Noie, en Campanie, fut le précurseur de Spinoza et des autres panthéistes allemands.
(2) Spinoza emprunte à Descartes cette notion de la substance d'où il dérive toute sa philosophie. En effet, Descartes enseigne (Les principes de laphilos.^ 1" part., § 5i) que « lorsque nous concevons la substance, nous cqncevons seulement une chose qui existe en telle façon qu'elle n'a besoin que d'elle-même pour exister. » Aussi l'opinion générale des historiens de la philosophie c'est que Spinoza déduisit son panthéisme des principes de la philosophie cartésienne. Voir Tennemann, Histoire de la philos. ; De Gerando, Histoire de la philos, moderne ; Cousin, Du Vrai^ du Beau et du Bien ; Sigwart, Des rapports du spinosisme avec la phiL cartésienne ; Ritter, De V influence que Descartes a exercé sur le développement du scepticisme.
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là qu^une substance ne peut être produite par une autre substance, et que sa nature est telle que son essence implique l'existence. Mais toute substance est nécessairement infinie ; car, si elle était finie, elle serait déterminée par une autre de même nature ou de même attribut^ ce qui répugne.
468. II était facile de déduire de ces principes qu'il n'existe qu'une substance et que cette substance est Dieu. D^abord^ Dieu existe nécessairement ; car Dieu est substance^ et il appartient à la nature de la substance d'exister toujours. Eu outre, aucune autre substance ne peut ni exister ni se concevoir en dehors de Dieu. Car premièrement^ Dieu étant formé d^attributs infinis, aucune substance ne pourrait exister sans avoir quelque attribut commun avec lui, ce qui est absurde comme on Ta vu ; secondement, on ne pourAiit concepoir une autre substance que Dieu sans la concevoir existante, puisque toute substance existe de sa nature. Donc, en dehors de Dieu, aucune substance ne peut ni exister ni être conçue. Mais, comme en dehors de la substance, il n y a que des attributs et des modes et que les attributs ne se distinguent pas de la substance, il est manifeste que toutes les choses qui existent doivent être des modes ou des modifications des attributs divins. En outre, tout ce qui existe est corps ou pen^ sée^ et Vétendue et la pensée sont des attributs infinis de Dieu. D^où il suit que les choses étendues et les choses pensantes sont des modes ou des modifications de retendue et de la pensée infinie de Dieu.
469. De toutes ces^propositions ou définitions, Spinoza conclut qu'il n^existe qu'une substance dans la nature des choses, substance absolument infinie; et que toutes les choses singulières, soit pensantes, soit corporelles, n^en sont que des modifications diverses.
470. Sauf deux ou trois adhésions, le Spinozisme fut repoussé par tous les écrivains, soit protestants, soit catholiques, de l'époque. Mais, après la publication des premiers ouvrages de Kant sur la philosophie transcendantale^ le panthéisme ne tarda pas à faire invasion en Allemagne, où il conserve encore aujourd'hui de nombreux partisans.
471. Bien qu'ilmontre beaucoup d'éloignement pour le panthéisme, Kant professa des doctrines qui lui frayèrent la voie. Car il entreprit de démontrer que les notions de Dieu^
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du monde et du moi sont des formes subjectives de notre entendement, dont la raison théorique est impuissante à démontrer Vobjectivité. Si l'esprit humain arrive à la connaissance de cette objectivité^ ce n'est qu'à la faveur de la raison pratique^ c'est-à-dire par une sorte d'instinct et de foi natu-^ relie et non par la science elle-même (i).
472. La méthode qui avait conduit Kant de Texamen au doute et du doute à la foi ne fut point suivie par ses successeurs. Ceux-ci, adoptant ce principe de l'école néoplatonicienne que nos idées ne se distinguent pas des choses et que le sujet qui pense et Vobjet de la pensée sont identiques^ en tirèrent facilement les deux formes principales du panthéisme. Car ou bien ce quelque chose en quoi s'identifient le moi et le non^moi n'est autre que le sujet pensant lui-mêmei ou le moi^ et tout le reste tst purement phénoménal ; ou bien ce quelque chose n'est rien de subjectif ni de relatifs mais quelque chose ^objectif et dabsolUf à la fois principe du sujet et de Pobjet. De ces deux systèmes, Fichte embrassa le premier et Schelling le second.
473. Fichte affirme en effet que le moi non pur^ ou le moi avec conscience de soi, le non-moi ou le monde^ et Dieu lui-même ne sont que des poses ou des créations du moi pur j ou du moi sans conscience de lui-même, du moi infini et indivisible (2). Son système fut appelé autothéisme, parce que l'homme se fait Dieu, et pan-égoïsme^ parce que tout est renfermé dans le moi. Schelling enseigne, au contraire, que Dieu est V Absolu ou le principe de V identité absolue^ c'està-dire ce en quoi les choses et les idées, le sujet et Pobjet^ le moi et le non-moi^ sont absolument identiques. D'après lui V Absolu seul existe et les autres choses ne sont que les for^ mes diverses sous lesquelles il se manifeste. Ainsi Y Identité absolue^ ou Dieu^ se manifeste par révolution continue d'ellemême sous les différentes formes de matière et d' esprit ^ d'objectif ti de subjectif de réel et d idéal; et ces formes qui^
hors de VIdentité absolue^ se distinguent entre elles d'une manière apparente ou phénoménale^ ne sont qu'une même
(1) Voir l'exposé du Kantisme dans la Dynamilogie, ch. VII, art. 3 §§ 5o3 et suiv. , et ch. X, art. VIII, §§ 780 et suiv.
(2) Voir pour plus de détails la Dynamilogie^ ch. Vil, art. 3, § 5 10.
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chose dans VIdentiti absolue où elles ont une eadsience véritable et réelle.
474. Hegel ne s^en tint pas là. Non-seulement il confond le sujet pensant et Vobjet pensé, il prétend quUls sUdentifient avec W pensée elle-même» diaprés ce double principe que Tout ce qui est réel est idéal et Tout ce qui est idéal est réel {ij. Par conséquent ce qui embrasse toutes les autres choses» ce n'est ni le sujet ni Tobjet» mais la pensée ou Pidée^ c'est-à-dire Vidée-Être, laquelle, d^abord absolue et indéterminée, se développe ensuite d'après certaines lois' appelées moments et produit le moi^ le monde et Dieu (2).
4^5. Christian Krause professa une autre forme de panthéisme. D'après lui, VEsprit et la Nature expriment diversement l'essence de l'Être infini, le monde existe en Dieu, et Dieu est l'unité et l'identité de l'Esprit et de la Nature.
476. Le panthéisme fut introduit en France par Victor Cousin ; ses dénégations n'ont point détruit la réalité des faits. Car il enseigne que Dieu est unique et multiple^ éternité et temps ^ espace et nombre^ le plus haut degré de Vêtrt et le plus bas^ fini et infini ^ qu'il est à la fois Dieu, nature tt humanité ; lorsqu'il crée le monde» il le tire de lui-même et non du néant, et la création n'est que Vépolution et Tappa^ rition de Dieu dans le monde ; la création est nécessaire^ parce que Dieu étant cause absolue ^ il ne peut pas ne pas créer ou se manifester, et comme il est cause infinie^ cène manifestation sera constante et infinie ; d'où il suit que Dieu crée nécessairement et toujours.