DD PANTHÉISME
mon fut le fondateur, faisait aussi ouvertement profession de panthéisme.
478. Quoique cette école ait disparu comme association publique, plusieurs de ses anciens membres ont publié depuis diverses élucubrations panthéistes. Pierre Leroux se fit particulièrement remarquer par sa haine antichrétienne. Uécole socialiste des Fourriéristes ou Phalanstériens^ qui eut pour instituteur Charles Fourrier, se rattache aux mêmes doctrines. Lamennais, dans son Esquisse d'une philosophie^ s'efforce d'établir un panthéisme tempéré : Il n'y a, dit-il, qu'une seule substance à la fois finie et infinie ; les choses singulières sont autant d'émanations de Dieu, dont elles représentent les principales propriétés : la Puissance f V Intelligence et V Amour.
479. Enfin les Positivistes^ qui ne reconnaissent d'autre Dieu que \^ Nature sensible et tous ces philosophes qui, passant de rhégélianisme au matérialisme dynamique^ proclament que Dieu ne se distingue pas de cette matière essentiel-' lement active dont les forces intimes produisent tout ce qui existe, professent un mélange de doctrines qui constituent un vrai panthéisme matérialiste (i).
ARTICLE SECOND
Rlfutation généraU du panthéisme
(Tom. III, pag. 794-812)
480. De l'exposé qui précède, nous pouvons conclure que les divers systèmes de panthéisme s'accordent à établir que toutes les choses qui existent^ quelque nombreuses et contraires qu'elles paraissent, ne sont cependant quun seul et même être qu'ils appellent Dieu. Mais ils différent sur plusieurs points: l'Sur la nature de cet être unique ou de cette unique substance; car suivant les uns c'est l'Absolu existant en acte qui embrasse en soi tout ce qui existe, suivant les autres c'est quelque chose qui est impersonnel et comme en puissance se cons:ituant et se perfectionnant lui-même par des mouvements saccessifs et indéfinis. 2^ Sur la nature des
I) Voir VAnthropàogie^ ch. V, art. i, §§ 268 et 269.
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modes qu'ils attribuent à cette substance unique ; car celui-ci les considère comme réels bien qu'ils ne soient pas distincts de la substance divine, et celui-là les regarde comme des phénomènes ou des formes apparentes sous lesquelles se manifeste V Absolu. 3** D'après la manière dont ils dérivent les choses singulières de Punique substance ;'car suivant quelques-uns la production du monde est une émanation transitive de la divine substance, suivant les autres elle consiste dans une évolution immanente perpétuelle et nécessaire de cette même substance.
48 1 . Parmi les principales erreurs de notre époque condamnées dans le Sjrllabus^ Pie IX énumère le panthéisme, et dans la constitution dogmatique De Fide catholica promulguée dans la IIP session du concile œcuménique d» Vatican, contre les diverses formes du panthéisme, il a sanctionné deux canons qui frappent d'anathème cette erreur. Voici le premier : « Si quelqu'un dit que Dieu et toutes les choses n'ont qu'une seule et une même substance ou essence, qu'il soit anathème. » Le second est ainsi conçu : <s Si quelqu'un affirme que les choses finies, soit corporelles, s^it spirituelles, ou du moins les spirituelles, émanent de la'substance divine; ou que la divine essence devient toutes choses par la manifestation ou révolution d'elle-même; ou enfin que Dieu est l'être universel ou indéfini qui en se déterminant constitue l'universalité des choses, distinguée en genres, ei espèces et en individus, qu'il soit anathème (i). »
482. Nous allons d'abord démontrer l'absurdité du panthéisme considéré en général, nous ajouterois ensuite quelques observations soit contre le mysticisme panthéiste, soit contre les diverses formes de panthéisme.
483. I. Le panthéisme est cont7^edit par V expérience. En effet, I® d'après mon expérience intime, je suis très-certain qu'il existe en moi un sujet pensant qui possède une personnalité et une conscience m'étant tellement propres que je ne puis les communiquer à un autre sans les détruire ; car, si mes pensées et mes modifications pcuvaient être con-
(i) Constitutio dogroatica, De Fide Catholica,csLp, I, De Deo remm omnium creatore, can. 3° et 4^ Par une erreur egrettable, tout le second membre de ce dernier canon ainsi que le not individus qui figure dans le troisième, ont été omis dans la traducfon qu'en donnent les Eléments de la philosophie chrétienne.
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sidérées comme des faits de conscience qui ne me sont pas exclusivement personnels, ma conscience disparaîtrait aussitôt. Or le panthéisme détruit toute distinction entre un sujet et un autre. Donc le panthéisme est condamné par l'expérience interne. 2^ Nous éprouvons des sentiments d'amour, de reconnaissance, d'aversion, etc., qui tous se rapportent à un sujet distinct de nous-mêmes. Or Texistence de ces sentiments démontre Tabsurdité d'un système qui nie cette distinction. 3* L'expérience prouve qu'il y a certaines choses qui ne nous sont pas inhérentes, qui agissent sur nous et plus d'une fois sans nous et contre nous (i). Donc il existe certaines choses distinctes de nous et de nos modifications, et ces choses sont des substances ; car ce qui n*étant pas une substance existe seulement dans une autre ne peut quelque chose que par cette chose en quoi elle subsiste^ c'est-à-dire par la substance elle-même.
484. IL Le panthéisme est opposé à la raison, i' Suivant la théorie panthéiste, les hommes n'ont tous qu'une même intelligence et, comme la volonté suit l'intelligence, les hommes n'ont aussi qu'une volonté ; par suite, il existe seulement un être doué d'intelligence et de volonté et toutes les intellections et les volitions humaines appartiennent à lui seul. Or les intellections et les volitions des hommes sont diverses, car un autre connaît ce que j'ignore et ignore ce que je connais ; il veut ce que je ne veux pas et ne veut pas ce que je veux ; ce qui me plaît lui déplaît, etc. Mais n'est-il pas absurde qu'il n'y ait aucune différence tntvc les hommes dans les choses suivant lesquelles fV^ se diversifient les uns des autres ? 2® Les différences qui diversifient les diverses espèces de choses, telles que la pensée et Vétendue^ sont opposées entre elles. Par conséquent, dans l'opinion des Panthéistes, des modes ou des manifestations opposées devraient se trouver simultanément dans un seul et même sujet. Encore une fois, peut-on imaginer rien de plus absurde ?
485. Pour concilier l'unité de l'Être avec la variété des choses, les Panthéistes disent que cet Etre unique est indéterminé et illimité et qu'il se détermine lui-même, lorsque, dan» chacune des formes sous lesquelles il paraît, il se nie et se pose en quelque sorte des limites à lui-même.
(i) Voir la IXynamihgie, ch. X, art. 2, passim.
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486. Mais cotte explication est absurde. En efiTet, VÊtre des Panthéistes est conçu comme ce qu'il y a de plus abstrait et de plus idéale ou comme quelque chose de très concret et de très réel. SU est conçu de la première manière^ il est vrai que tous les autres concepts, comme on Ta vu dans VOntO" logie(i)^ se ramènent au Concept d'^/re;)d'où il |suit que dans chacune des formes par lesquelles rJ?/rr f<m^«e se détermine, d'après les Panthéistes, la raison <Vêtre se trouve contenue ; mais, si la raison <Vêtre se trouve contenue dans chacune de ses formes, il répugne que chacune d'elles soit une certaine négation de Têtre. Ajoutons à cela que dans Vêtre^ considéré comme être, il ne peut y avoir et l'on ne peut concevoir ni négation ni privation^ parce que Tune et Tautre sont un véritable non^-être^ ou un néant. Si Têtre unique des Panthéistes est conçu de la seconde manière, il est impossible de concevoir comment ce qui contient tout êtretn acte se pose des limites et se nie lui-même dans les diverses formes sous lesquelles il se développe. Car si, dans les diverses formes sous lesquelles il apparaît, il se donnait à lui-même des limites, il serait à la fois limité et illimité. Illimité^ parce qu'il comprend en luimême tout Vêtre ; et limité^ parce|que les formes sous lesquelles il se développe le limitent. Or ces deux choses sont incompatibles dans le même suj et, puisqu'elles sont la négation l'une de l'autre. Si donc l'être unique se niait ou se limi' tait^ dans les diverses formes sous lesquelles il se manifeste, il se détruirait lui-même.
487. Comme la nature suprême possède, avec l'être, la vie, le sentiment et la raison, il est manifeste que toute nature approche d'autant plus de cette nature suprême qu'elle possède un plus grand nombre de perfections. Mais, dans le système des Transcendantalistesy les choses se passent tout autrement. Car, l'Absolu se limitant lui-même en se manifestant, il s'ensuit que plus l'Absolu se manifeste dans une chose, plus cette chose reçoit de limites et se trouve par conséquent tmparfaite : ce qui répugne absolument.
488. De cette assertion des Panthéistes que Dieu est Vêtre de toutes choses résultent plusieurs conséquences évidemment absurdes. Il en résulterait en effet, i"" qu'au lieu d'eus-
(i) Ontologie^ cb. II, art. 2, § 37 <