DES PROPRIÉTÉS DU CORPS 4S
ne sont pas dans les corps telles que nous les sentons, il se trouve en eux cependantjune aptitude réelle à les produire ; ni Descartes ni Locke ne le nient.
169. Ajoutons encore ceci : i<* Il ne faut pas confondre Vimpression que l'objet sensible fait sur nos organes avec la perception sensible que nous avons de cet objet; 2** les qualités secondes peuvent être considérées absolument, c'est-à-dire abstraction faite de leur action sur nous, ou relativement^ c'est-à-dire sans les séparer de cette action.
170. i® // existe une certaine ressemblance entre les qualités secondes considérées absolument et Vimpression qu'elles produisent sur les organes des sens, Cest un fait d'expérience, lorsque les qualités secondes se transmettent d^un corps inanimé à un corps animé, et réciproquement, elles sont reçues par l'un et par l'autre d'une manière identique. Qui ne sait, par exemple, que la chaleur matériellement considérée est la même dans les corps animés que dans les corps inanimés ? Si j'approche ma main du feu, non-seulement je sens en elle la chaleur, mais si je la touche avec Tautre main, je sens qu'elle est chaude de la même manière que le serait un objet inanimé. Il en est de même des autres sensations: ainsi la lumière peint les objets sur la rétine de nos yeux comme dans /a chambre obscure des physiciens.
171. 2® Entre les qualités secondes absolument considérées et la perception sensible fil ri existe aucune ressemblance de nature^ il existe seulement une certaine ressemblance de représentation. Il est à peine nécessaire de prouver la première partie de cette assertion ; car les qualités secondes^ telles qu'elles existent dans le corps, sont évidemment corporelles; au contraire, les perceptions sensibles doivent être incorporelles comme la substance qu'elles modifient. Mais, entre les qualités secondes et les perceptions sensibles, il existe certainement une ressemblance de représentation^ parce que ces qualités concourant, comme causes efficientes, à leur perception par Tâme, la perception doit se rapporter à elles et les représenter.
172. Tirons de cette doctrine ces deux corollaires: D'abord, les qualités sensibles existent sinon en acte au moins e;f puissance dans les corps auxquels nous les rapportons ; car il existe en eux quelque chose qui a la vertu de les produire dans nos organes.
173. En second lieu, bien qu'elles soient des modifications de notre âme, les sensations ne sont pas uniquement subjectives^ comme l'enseignent Berkeley et David Hume, parce quMl existe réellement quelque chose dans les objets qui leur correspond et qui en est la véritable cause.
1 74. 3<* Enfin, si Von considère les qualités secondes relativement à nos sens^ il est indubitable qu^ elles ressemblent à nos perceptions sensibles. En effet, comme nos sens sont naturellement destinés à recevoir les espèces des objets sensibles, les espèces doivent exister dans les sens telles que ces objets les y produisent. Or les perceptions sensiti ves sont produites dans rame par les espèces sensibles. Il existe par conséquent une certaine ressemblance entre les qualités secondes considérées relativement à nos sens et les perceptions sensibles elles-mêmes.
175. ï^ Objection. Il n'y a pas de ressemblance possible entre le corporel et Tincorporel ; Or les sensations, étant des modifications de l'âme, sont incorporelles, tandis que les qualités des corps sont corporelles ; donc il n'y a pas de resremblance possible entre ces deux choses.
1 76. Réponse : Entre le corporel et l'incorporel il n'existe sans doute aucune ressemblance de nature, mais il existe une ressemblance de représentation, comme nous l'avons expliqué dans la Dynamilogie, D'ailleurs, de quelque manière que l'on explique ce fait^ il est indubitable que l'âme qui est incorporelle et simple perçoit les corps et l'étendue.
ij-j. 2^ Objection. Dans l'obscurité les corps sont privés de toute couleur ; or la couleur est une qualité seconde ; donc les qualités secondes n'ont pas dans les corps une existence réelle.
178. Réponse : D'abord, le fait indiqué n^cstpas exact, s'il s'agit des corps lumineux par eux-mêmes ; car on les voit mieux encore la nuit que le jour. En outre, comme la lumière du soleil est blanche, et que les corps qui la réfléchissent nous apparaissent de diverses couleurs, il est nécessaire qu'il existe en eux quelque chose qui soit capable de la modifier. Par conséquent les couleurs ne sont pas purement subjectives.
179. 3* Objection. Entre la sensation et la qualité seconde^ il n existe aucune ressemblance. Il n'y a nulle ressemblance, par exemple, entre la piqûre d'une aiguille et la douleur que
Ton éprouve si la pointe de Taiguille pénètre dans le doigt. 180. Réponse : La douleur est l'effet de la piqûre, elle n'en est pas la représentation. Quant à l'aiguille, sa représentation ou resseniblance nous est fournie par la vue et par le toucher et non par la douleur.