‹ Compendium de la philosophie chrétienne comparée avec les doctrines des philosophes anciens et des philosophes modernes d'après SanseverinoChapitre 15 sur 119 · Or nous soutenons que les animaux supérieurs pos · texte numérisé non relu

Or nous soutenons que les animaux supérieurs pos

(1) Pour se tirer de cette difficulté, Flourens soutient que si les bêtes ne progressent pas dans leurs opérations c'est faute de réflexion et non par défaut de raison. C'est là une distinction sans portée ; car la réflexion accompagne nécessairement la raison. Quant à Buffon, qui accorde la réflexion aux bêtes et leur reftise l'intelligence, son opinion est encore plus absurde. Au reste, si les bêtes avaient le pouvoir de réfléchir, celles qui connaîtraient la supériorité de leurs forces sur les forces de l'homme se laisseraient-elles maltraiter par lui et réduire en servitude ?

6o COSMOLOGIE

sèdent toutes les facultés sensitives que Pan trouve che\ Vhomme. Il nous sera facile d^établir cette proposition par des preuves a priori et a posteriori.

236. D'abord, les bit es jouissent de cinq sens extérieurs. En effet, Tâme des bêtes est douée de sensibilité comme la nôtre ; or la sensibilité s'exerce chez l'homme au moyen de cinq sens externes. Donc les bêtes doivent avoir l'usage (les mêmes sens extérieurs.

237. En second lieu, la connaissance sensitive chez les animaux, a pour but, dit saint Thomas, la sustentation du corps ; car elle leur permet d'éviter ce qui pourrait leur nuire et de rechercher les choses nécessaires à leur subsistance. Mais, pour sustenter sa vie, l'animal, en outre des sens externes, a besoin des sens internes : du sens commun, pour connaître ses sensations et leurs différences ; de Vimagination, pour retenir les images des choses perçues et se les représenter ; de Vestimative^ pour appréhender les choses qui peuvent leur être utiles ou nuisibles ; de la mémoire^ qui leur sert à reproduire et à reconnaître les choses passées. Par conséquent, les bêtes doivent jouir de ces quatre sens internes aussi bien que des sens externes . V appétit sensitif accompagne nécessairement la connaissance sensitive, parce que l'animal incline naturellement vers les choses qu'il appréhende comme utiles et se détourne de celles qui lui paraissent nuisibles. Enfin, la/7«ma«ce locomotrice est inséparable de la vie sensitive complète. Donc toutes les bêtes qui jouissent de la vie sensitive complète doivent posséder aussi cette dernière puissance.

238. Ce que nous avons prouvé a priori Texpéricnce le confirme surabondamment. Pour ce qui tsiàts sensations externes, les Cartésiens eux-mêmes en admettent l'existence, ils croient seulement qu'on peut les expliquer par les mouvements physiques et mécaniques de l'animal. L'existence du sens commun n'est pas moins certaine ; car, si les bêtes ne sentaient pas leurs propres sensations et leurs différences; elles ne seraient pas capables, comme elles le sont, de distinguer les choses utiles des nuisibles.

239. Les rêves des bêtes prouvent manifestement qu'elles ne sont pas privées des opérations de \dL fantaisie. Celles de la mémoire sont encore plus faciles à constater. Les hirondelles,

DES BÊTES 6l

après un an d'absence, reviennent au même nid, et le poëte a pu dire des chèvres : Elles se souviennent de la bergerie et y reviennent d'elles-mêmes. Les bêtes ne sont pas davantage privées de V estimative ; car elles font de la différence, dit Genovese, entre leurs amis et leurs ennemis. Elles devinent si ranimai qui s'avance leur sera sympathique ou hostile ; si elles jugent quMl est de leurs amis, elles s^apprêtent à le recevoir avec mille caresses ; si au contraire elles jugent qu'il est leur ennemi, elles se courroucent, se préparant à la lutte, prêtes à livrer bataille si les circonstances l'exigent.

240. Les indices de Vappétit sensitifnt sont ni moins considérables ni moins fréquents. En effet, on les voit tour à tour s'efforcer d'atteindre les aliments et les autres choses nécessaires à leur vie, et se détourner des objets dangereux et nuisibles.

241. Enfin, l'expérience nous montre qu'elles exécutent divers mouvements soit pour atteindre leur proie, soit pour se soustraire à la poursuite d'un ennemi; elles jouissent aussi par conséquent d'une certaine force locomotrice.

242. Il nous sera facile maintenant d'expliquer les opérations sur lesquelles quelques auteurs se fondent pour attribuer aux bêtes la conscience, l'intelligence, le libre arbitre et même des habitudes et des mœurs.

i* Les bêtes étant dépourvues d'intelligence se trouvent certainement privées de la conscience d'elles-mêmes et de leurs opérations, quoi que Buffon en pense ; car il n'appartient qu'aux natures intelligentes de pouvoir se replier sur elles-mêmes^ par la réflexion pour en prendre connaissance.

2* Nous admettons volontiers que les bêtes forment certains jugements ; par les sens, elles jugent des sensibles propres, et par l'estimative, elles jugent de ce qu'elles doivent fuir ou poursuivre. Mais ces jugements sont instinctifs et non comparatifs. Comme l'instinct est naturel à l'animal, saint Thomas qualifie de naturels les jugements ainsi formés par les bêtes. Par leur moyen, dit-il, elles connaissent ce qui est vrai, sans toutefois le connaître comme vrai. Saint Basile en avait déjà fait l'observation : les bêtes exécutent, dit-il, en vertu d'une propemion naturelle et sans réflexion, ce que les hommes accomplissent par raison et après réflexion.

y Une autre conclusion à tirer de là c'est que leur appétit

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est nécessaire et nullement libre. Car l'appétit suit le jugement; or les jugements des bêtes étant nécessaires, leur appétit doit rêtre également.

4® Si Ton prend le nom à^habitudes dans le sens propre, il est certain que les bêtes n'en sont pas susceptibles. Car les habitudes s'acquièrent par la raison et les bêtes sont privées de la faculté de raisonner. Cependant Thomme peut cultiver certaines dispositions naturelles aux bêtes de manière à leur donner l'apparence d'habitudes. Mais nous chercherions vainement dans la bête une condition essentielle à toute vraie habitude, qui consiste en ce que celui qui la possède peut en^ user à son gré. Par conséquent les bêtes ne sont pas à proprement parler susceptibles d'habitudes.

5® Enfin, nous expliquerons en quel sens il peut être permis de dire que les animaux ont des mœurs ; car on sait que les naturalistes traitent des mœurs des animaux. Le nom de mœurs convient proprement, dit saint Thomas, aux actes libres pour lesquels l'homme acquiert une inclination particulière par suite de leur fréquente répétition. Mais, comme l'inclination à produire certains actes peut également provenir de la nature, on a pu par analogie appeler mœurs des animaux les opérations auxquelles leur nature propre les incline davantage. Au reste, ajoute-t-il, le nom de mœurs convient à ces opérations par comparaison plutôt qu^au sens propre, parce que les bêtes n'ont pas un véritable domaine sur leurs actes, c'est plutôt la nature elle-même qui les conduit, comme s'exprime saint Jean Damascène.

ARTICLE TROISIÈME

Nature de Pâme des bêtes^ son origine^ sa fin

(Tom. II, pag. 447-470)

243. Nous savons que les bêtes ont une âme et que cette âme est sensitive; il nous reste à examiner quelle en est la nature, l'origine et la fin. D'abord, dans la bête Je mêmeprin* cipe est à la fois végétatif et sensitif. En effet, comme le principe qui végète et qui sent, chez lanimal, est à la fois ce qui le constitue dans son espèce et ce qui lui fait produire des actes propres, il s'ensuit que ce principe doit en être la forme

substantielle. Or, dans tout composé naturel, comme nous l'avons établi plus haut, la forme est nécessairement mie. Il n^y a donc, dans les bêtes, qu'un seul principe qui est à la fois végétatif et sensitif.

244. Les physiologistes modernes ont constaté par de nombreuses expériences que les organes de la vie végétative et ceux de la vie sensitive sont si bien coordonnés entre eux chez l'animal qu'ils ne forment qu'un seul et même système organique. Or, cette coordination entre les organes de la sensibilité et les organes de la vie végétative dans un même système , organique et l'admirable correspondance des fonctions qui en résultent, ne pourraient s^expliquer si l'on n'admettait Vunilé du principe qui sent et qui végète chez Tanimal. ^ 245 . Mais, comme les bêtes tirent leur nature spécifique de ce qu'elles sentent et non de ce qu'elles végètent, il en résulte que le principe unique qui constitue leur forme substantielle, c'est le principe sensitif, ou, si Ton veut, le principe végétatif élevé à la dignité de principe sensitif. On ne peut nier, en effet, que le principe sensitifne l'emporte de sa nature sur le principe végétatif. Or, nous savons que la forme plus parfaite contient virtuellement tout ce qui est contenu dans les formes inférieures. Par conséquent, dans les bêtes, une seule et même âme, Vâme sensitive^ exécute au moyen de diverses facultés qui découlent de son essence, non-seulement les opérations de la vie sensitive, mais encore toutes celles de la vie végétative de l'animal.

246. Quelle est la nature de ce principe unique qui végète et qui sent ? Pour les Cartésiens^ les bêtes sont de purs automates dont le principe est une substance corporelle et étendue. D'après Gassendi^ les âmes des bêtes seraient des corps très-subtils tenant le milieu entre les corps grossiers et les esprits.

247 . Les Pythagoriciens et les autres partisans de la m^tempsycose, conformément à leur doctrine de la transmigration des âmes, soutiennent que les âmes des bêtes sont à la fois spirituelles et immortelles.

248. Un grand nombre d'auteurs suivent l'opinion de Wolfif: Les âmes des bêtes, disent-ils, sont simples sans être spirituelles; puisqu'elles sont simples, elles doivent naître par création et périr par anéantissement ; mais elles ne sont pas

immortelles, par la raison qu'elles ne sont pas spirituelles.

249. Quant aux défenseurs de la théone péripatéticoscolastique^ ils expliquent d'une autre manière la nature de lame des bêtes. ^Pour bien comprendre cette théorie, quelques observations sont nécessaires.

I® Vêtre matériel se dit autrement des substances complètes que de la forme qui n'est qu'une substance incomplète. On donne le nom de substances complètes matérielles aux corps qui étant constitués en acte, jouissent de retendue, de la divisibilité et des autres propriétés des corps. Mais les formes^ dont Vêtre réside dans la matière, sont appelées des formes matérielles; parce que, dit saint Thomas, elles n'ont Vêtre qu'en se concrétisant dans la matière et parce que leurs opérations ne surpassent pas les forces de celle-ci. Au contraire, les formes immatérielles ou spirituelles^ ne dépendant pas absolument de la matière, peuvent subsister après leur séparation d'avec elle, ce qui leur a valu le nom de formes subsistantes.

2* Entre Vêtre matériel entendu dans le premier sens et Vêtre immatériel^ c'est-à-dire entre le corps et Vesprit^ il n'y "a pas d'intermédiaire. Mais, si Vêtre matériel est pris dans le second sens, il comprend alors plusieurs espèces. Car, ces formes étant matérielles en ce qu'elles sont indépendantes de la matière dans leur être et dans leurs opérations^ elles approchent plus ou moins de l'immatérialité suivant qu'elles sont plus ou moins assujetties à la matière.

250. Ces observations présupposées, nous allons établir, avec les Scolastiques et les anciens Péripatéticiens, ces trois propositions: i® Sans être une forme subsistante, l'âme des bêtes n'est point matérielle à la manière des corps ; 2** bien que rame des bêtes soit une forme matérielle, elle est indivisible ; 3® comme les opérations sensitives dépendent d'organes corporels, l'âme des bêtes a son origine dans la puissance de la matière et périt après la dissolution du corps qu'elle anime. Ces trois propositions générales seront décomposées en plusieurs autres.

25 1. i"* V âme des bêtes n'est point matéHelle à la ma^ nière des corps. En effet, tout corps est étendu et tout ce qui est étendu est composé de matière et de forme. Or l'âme des bêtes est la forme et non le composé de matière et de forme

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loi-même. Elle n'est donc pas un certain corps. En second lieu, le corps diffère du principe qui le fait vivre et sentir ; car, s^il n'en différait pas, tout corps devrait vivre et sentir par cela seul qu'il existe. Il est donc nécessaire Jd'admettre, dans la bête, outre le corps, la présence d'une âme comme principe de ses opérations vitales et sensitives. {

252. 2* Bien que Tâme des bêtes ne soit point un corps, elle n'est pas cependant une forme' immatérielle et subsistante. La nature de chaque chose^ dit saint Thomas, nous est connue par ses opérations. Mais telles sont les opérations des bêtes qu'elles ne peuvent s'exercer que dans le corps et par le corps. Par conséquent, l'âme des bêtes dépend du corps même pour ce qui est de son être. Nous en concluons qu'elle n'est pas une forme immatérielle et subsistante ; car l'âme des bêtes n'accomplit aucune opération par elle-même : toutes ses opérations sont l'œuvre du composé.

253. 3* Si 1 ame des bêtes n'est pas une forme subsistante, elle ne surpasse pas le genre des formes matérielles. Car la forme qui n'est pas subsistante par elle-même n'a pas un mode d'existence qui diffère du mode d'existence de son sujet. D'ailleurs, si Tâme des bêtes était une forme subsistante, ainsi que l'âme humaine, sa connaissance, comme celle dej'homme, aurait aussi Vimmatériel pour objet. Or l'expérience prouve que la connaissance des bêtes ne s'élève pas au-dessus des;choses sensibles. Donc l'âme des bêtes ne surpasse point le genre des formes matérielles.

254. 4^ Néanmoins, Pâme des bêtes n^est pas matérielle comme la forme des choses inanimées ou comme celle des plantes. En effet, la connaissance sensitive surpasse nonseulement les opérations des choses inanimées, mais encore les opérations de l'âme végétative. Car celles-ci, dit saint Thomas, s'exercent au moyen d'organes corporels et par la vertu de qualités corporelles; au contraire, si la connaissance sensible exige certaines qualités corporelles, ce n'est point, ajoute notre saint docteur, parce que l'opération de l'âme sensitive provient de telles qualités, elles sont uniquement requises pour que l'organe soit bien disposé. En outre, la raison de la connaissance et la raison de la matière sont l'opposé J'une de l'autre. Or la faculté de sentir reçoit les espèces des choses sensibles avec leurs conditions matérielles, mais elle

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les reçoit sans la matière^ Par conséquent» de même, que rame intellectiTe est immatérielle parce qu^elle dégage l'espèce et de la matière et des conditions matérielles qui l'indbvidualisent^ de même Tâme sensitive qui reçoit les espèces des choses sensibles sans la matière^ mais avec leurs conditions singulières et individuelles seulement^ approche beaucoup de Pimmatérialité, bien qu'elle ne soit pas, à proprement parler 9 une forme immatérielle (i).*

255. Nous avons observé ailleurs que la /orme considéfvée. en elle*mêmej ou d^unt manière abstrait^f était conçue conv» me indivisible. Il s'agit de savoir présentement si l'âme des bêtes considérée non plus in abstracto^ mais considérée en. acie% et en tant qu^elle informe le corps d'un animal est bien réellement indivisible.

( 256. i*^ Vâme des bêtes n^est pas divisible à la^ façon, d^une quantité. Car cette sorte de divisibilité convient seulement aux corps> et ne doit pas être attribuée par conséquentà Pâme des bêtes qui est la forme d'un corps, mais qui n^estnulv lement un corps (2)^

2* Uâme des bêtes les plus parfaites n^est pas] divisible même par accident^ c'est-à-dire à raison du sujet étendu qu'elle. informe. Et de fait les seules formes qui soient susceptibles d'-être divisées par accident^ ce sont celles qui informent la matière d^une façon divisible, c'est-à-dire de telle sorte que la forme reste dans chacune des parties, même après leur séparation du tout qu'elles composaient. Or ce n'est pas de cette manière que l'âme informe les animaux supérieurs. En effet, un corps est informé par Tâme d-une manière indi* visible, lorsque ce corps étant composé de plusieurs membrea qui ont chacun leur raison d'être distincte de la raison d'être du tout^ ces membres sont cependant liés entre|[eux de telle façon qu^ils ne peuvent, séparés du tout, exercer leurs opéra^ tions. propres. Car ces organes ne pourraient être liés entre

(1). Ce. qui fait dire à saint Thomas que Fâme des bètes.peut d'un^ certaine lufinière être appelée. esfnV. Sa ipt Grégoire le Graod et saint Bernard se servent quelquefois de cette expression ô!esprit en parlant de'râmé des bêtes, pour signifier la force motrice et indiyisible qni les aoinxe.

(2) Ce point sera plus lof^guemeQt expliqué d^os V Anthropologie^ où nous établirons que Tobjet de la.connfiissapcs se^isil^lq nç. pourrait être perçu par un principe étendu et divisible.

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de cette sorte s^ils ne dépendaient d^un principe indivisible et unique. Or telle est Torganisation des animaux supérieurs ; on sait, en effet, que si on les divise en plusieurs parties, la vie disparaît complètement, où la partie la plus notable seule conserve quelques opérations vitales. Par conséquent l'âme les informe comme un prihcipe indivisible (i).

267. 3* Au contraire, les formes des corps inanimés, les âmes des plantes et celles des animaux imparfaits ^sont divi^ siblts par accident. Les corps inanimés peuvent se diviser en parties d'espèce semblable, comme on le voit par les minéraux. Mais, puisque les parties sont semblables entre elles ^ et semblables au tout, il est naturel que la forme spécifique du minéral reste en chaque partie après sa séparation du tout. Quant à Tâme végétative^ comme elle occupe le dernier rang parmi les âmes, elle n'exige pas une grande diversité dans les parties du végétal ; ce qui fait que Tâme du tout peut se conserver dans certaines de ses parties. Nous disons la même chose des animaux imparfaits qui, divisés en plusieurs tronçons, constituent autant d'individus distincts qu'il y a de parties. Car l'âme de ces animaux étant d'un ordre inférieur, die n'exige pas, dans les membres qu'elle anime, une grande diversité. Telle est la doctrine de saint Thomas.

258. Écoutons le même saint docteur expliquant de quelle manière doit s'entendre cette divisibilité des bêtes. Dans les animaux annelés. dit-il, lesquels vivent encore après qu'on les a divisés en plusieurs tronçons...., il existe une seule âme en acte^ mais il y en a plusieurs en puissance. D'où il arrive que, si leur corps est divisé en plusieurs parties, dans chaque partie vivante une âme commence à exister en acte (2). Il est

(1) Gardons-nous d'ei) conclure qu'elle est spirituelle comme Tâme humaine. Car cette indivisibilité ne vient pas de ce que Fâme des bêtes est une forme qui ne dépend point de la matière ; elle vient uniquement de ce qu'elle informe le corps d'une manière indivisible, se comportant relativement à ses diverses parties comme elle ferait pour un seul et unique organe.

(2) Il faut savoir que les Zoologistes divisent les animaux en verte' bréSy en anneléSj en molusques et en joophytes . Les vertébrés ont un squelette intérieur soutenu par une colonne formée de petits os appelés vertèbres. Les annelés sont privés de squelette intérieur, ils ont pour les soutenir une peau divisée par des rugosités transversales sous forme d'anneaux, par exemple le bombyx ou ver à soie. Les molusques ne possèdent ni squelette intérieur, ni tunique extérieure ; ils sont or-

évident qu'il ne peut y avoir, dans le corps d^un animal ainsi constitué, qu'une seule âme en acte ; parce que. là où Ton ne trouve qu'un seul animal, il ne peut y avoir en acte qu^un seul principe formel. Mais, si le corps est divisé en plusieurs parties, en chaque partie une âme commence aussitôt à exister enacte^ par la raison que chacune des partiesientre lesquelles lecorps se trouve divisé possède des organes qui suffisent à Tentretien de sa vie. Nous avions donc raison de dire qu^il y a plusieurs âmes en puissance dans certains animaux, mais qu'il n'y en a jamais qu'une qui soit en acte. .

259. 11 nous reste à déterminer ce qu'il y a de plus probable sur l'origine de l'âme des bêtes et sur la manière dont elle s'éteint. On sait que Wolff et quelques autres philosophes font remonter l'âme des bêtes à une création immédiate. Prouvons, suivant la doctrine des Pères, que Vâme des bêtes est produite par génération. Nous résumons l'argumentation de saint Thomas. Une chose commence à exister par création^ si elle est tirée du néant ; elle commence à exister par génération^ si elle est tirée d'une matière préexistante. Mais l'origine de chaque chose doit correspondre à sa manière d'être ou à! exister. Or, si l'origine des formes subsistantes doit être attribuée à la créatioUi parce que ces formes ne dépendent pas de la matière et surpassent même tout l'ordre des choses matérielles ; de même, les formes qui ne sont pas subsistantes et dont Yêtre dépend complètement du corps et ne s'élève pas absolument au-dessus des principes matériels, ces formes, disons-nous, doivent tirer leur origine d'une matière préexistante. Telle doit être par conséquent l'origine de rame des bêtes.

260. En outre, les âmes des bêtes n'étant pas subsistantes, elles existent, dit saint Thomas, à la manière des autres formes corporelles ; c'est-à-dire que Yêtre convient plutôt à tout le composé substantiel qu'il ne leur convient à elles-mêmes. Mais il en est de la production comme de Yêtre^ elle se dit du composé substantiel /?roii<t> plutôt que de l'âme. Or, dans les choses qui appartiennent à Pordre matériel, le composé substantiel résulte d'une certaine transformation de la ma-

dinairement protégés par une coquille. Le ^oophyte ou animal'plante^ comme le polype^ présente Tapparence d'une plante plus encore que celle d'un animal.

tîère, qui consiste en ce que la forme est tirée de la matière. C'est donc de la puissance de la matière que Tâme des bêtes est tirée.

261. Si vous demandez comment cela peut se faire, saint Thomas vous répond : Uâme des bêtes est produite dans le fœtus par l'action de la vertu formatrice que Tâme de l'animal qui engendre lui communique, et non par l'action du corps ou par celle d'un fragment de Pâme du père. En efiFet, d'après tous les Scolastiques, la génération vient de Pâme comme de sa cause principale; mais, comme l'âme ne peut agir à distance sans un intermédiaire, elle a besoin pour produire cette âme nouvelle d'un instrument ou d'une certaine vertu. Cette vertu^ qui passe de l'âme dans le germe de l'animal ou delà plante, est admise par plusieurs physiologistes modernes, entre autres par le célèbre Blumenbach, sous le nom presque identique de nisus formativus. Saint Thomas en donne cette raison d'analogie : De même, dit-il, que dans l'opération nutritive la matière est transformée et totalement changée par l'âme, de même par la vertu formatrice la matière se transforme et l'animal est engendré (i).

(1) Il convient d'exposer sommairement ici la question des généra^ fions spontanées. Un grand nombre d'anciens philosophes, et Aristote surtout, suivi par les Pères et les Scolastiques, ont cm que certains animaux pouvaient naître de la corruption et sans l'intervention d'aucun germe. Cette opinion était généralement admise, lorsque Redi, à la fin du XVII* siècle, essaya de la renverser au moyen de nombreuses expériences. A partir de cette époque, elle fut universellement rejetée par les Zoologistes. Mais, sans parler du célèbre Buffon, cette théorie fut de nouveau défendue, à la fin du XVIII* siècle, par MuUer, Lamark, de Blainville et par d'autres naturalistes. La controverse a été reprise et vivement agitée tout récemment au sein même de VAcadémie des Sciences de Paris, où l'ancienne théorie, défendue par Pouchet, trouvait dans Pasteur un savant adversaire. Il est facile de voir par ce simple exposé que les faits de génération spontanée, cités parles savants, doivent être d'une nature telle qu'ils laissent place au doute et à la discussion. Devant la raison, la théorie des générations spontanées n'offre aucun inconvénient si on l'explique comme l'ont fait les Pères et les Scolastiques. Mais il est bon de savoir que Moleschott et BUchner, chefs de l'école matérialiste moderne, à l'exemple des athées et des matérialistes du dernier siècle, ont soutenu cette théorie en ce sens que certains animaux seraient produits de la matière inorganique parles seules forces physiques ou chimiques de celle*ci. Or, comme la théorie des générations spontanées ainsi entendue est réellement favorable au matérialisme, il n'est pas étonnant que les écrivains spiritualistes l'aient combattue avec beaucoup de vigueur* Quant aux saints

262. Cependant, quelques auteurs prétendent que l'ani«mal existe tout formé, dans le germe, bien quHl ne soit pas possible, à raison de leur petitesse, d'en distinguer les diverses parties. D'après ces physiologistes, la génération de l'animal ne serait que révolution de ses petits membres déjà renfermés dans le germe. Cette opinion, connue sous le nom de théorie de la préexistence^ détruit la notion même de génération et se trouve d'ailleurs contredite par des observations certaines.

203. Et d'abord, la théorie de la préexistence détruit la notion de génération elle->mème. En effet, qui dit génération dit production d^un être nouveau. Mais, si Tanimal était tout formé dans le germe, la génération procurerait son développement, elle ne serait pas la produaion d^un être nouveau. D'ail* leurs cette théorie est contredite par Texpérience. Ainsi, certains animaux, par exemple la salamandre^ ont la faculté de reproduire un membre perdu. Or ce fait serait inexplicable dans la théorie de la préexistence ; car, si Tanimal n'avait pas la faculté de produire un nouvel animal tout semblable i luimême, à plus forte raison ne pourrait-il reproduire un membre disparu.

264. Ainsi donc, le germe de l'animal, comme celui delà plante, est semblable en puissance seulehient et non en acte à l'être qui le procrée, et cette ressemblance augmente jusqu'à ce qu'elle soit complète.

265. Leibnitz, s'appuyant sur les observations de Leenwenhbck,$prétendit que le germe était composé d'une infinité d'animalcules microscopiques. Mais des expériences nouvelles plus exactes ont prouvé que le germe n'est autre chose qu'une

Pères, et aux Scholastiques, ils crurent que la matière inoi^anique était capable de produire certains animaux infimes, parce qu'ils supposaient que Dieu avait donné ce pouvoir à la matière inorganique, mais ils n'ont jamais dit que la matière tenait ce pouvoir de sa propre nature. Par conséquent, outre que la théorie des générations spontanées ne se trouve pas contredite par des faits suffisamment constatés, elle n'est pas non plus favorable au matérialisme, si on l'explique à la manière des Scolastiques et des Pères. Mgr Henri Sauvé, Recteur de l'Institut catholique d'Angers, a exposé avec beaucoup d'érudition l'opinion de saint Augustin et de saint Thomas sur ce point dans un article publié sous la signature Barrier^ dans le journal le Monde^ numéros des II et 12 septembre 186 5.

DBS BÊTES 7'

masse delhilah^ qni présente, il est Vrar/ntte structaffe organi« <|ue, mais compléteÂient privée de vie.

266. Les âmes des bêtes ne survivent pas au cotps qu'elle!^ animent. L'âme des bêtes, comme nous Tavons prouvé, ne subsiste point par elle-même, son être consiste tout entîefr dans'son uMon avec le corps. Par conséquent, Tâmedôit disparaîlre^après la dissolution'du corps qu'elle animait. De plus, Popération suit l'être^ comme dit la maxime ; si donc Pâme de la bête Survivait à son corps, elle devrait conserver quelqu'une de ses opérations. Or les opérations des bêtes étant toutes inséparables des organes, il est évident qu'après là dissoluttan des organes, leur âme n'a plus de raison d'être.

267. La doctrine de la transmigration dés âmes des bêtes est donc inadmissible. De fait, pour que l'âme des bêtes pût survivre à la dissolution du corps qu'elFe anhne et en inf^* mer un autre, il fondrait qu'elle subsistât par elle-même et qu'elle fût capable de produire quelque opération sans le secours d^ucun organe corporel ; or, nous l'avons vu, ni Tnàe ni l'autre de ces deux propriétés ne lui conviennent.

t68. Vâme des bêtes se dissaut par ^accident lorsque se dissout le composé qù*eHe anime. Les choses prennent fin, avons-nous dit (i), par anéantissement ou par dissolution. Mais Pâme des bêtes ne peut périr de la première façon, sôit parce que Dieu n'anéantit rien, soit parce que l'anéantissement, ou la réduction au non-être^ né se dit que des choses qui ont l'être par elle^-mêmes ; or Vêti^e de l'âthe des bêtes n'est pas distinct de Vêtre du composé dont elle fait partie. Elle ne peut périr non plus par une dissolution proprement dite; caria dissolution, comme là génération, ne se dit, â proprement parler, que du composé substantiel. Il reste donc qu'elle se corrompe par accident^ lorsque la corruption a dissout le composé qu'elle informait. Les choses corruptibles périssent, dit saint Thomas, lorsque leur matière reçoit une autre forme avec laquelle la précédente est incompatible.

s6g. Objection de Wolf. L'opinion des Scolastiques sur l'âme deÀ bêtes doit être rejetée^ parce qu'elle ouvre la voie au matérialisme.

270. Telle est en effet la conséquence d'une opinion qui attribue la connaissance sensitive à un être matériel.

(i) Voir ci-dessus, { 56.

271. Réponse : Cette objection repose sur le double sens du mot matériel (i). En effet, Tâme des bêtes ne doit pas être appelée matérielle en ce sens qu'elle soit corporelle et divisible, mais en ce sens seulement qu'elle est une forme dépendant de la matière. Or, bien que Tâme de la bête soit matérielle dans ce dernier sens, elle l'emporte tellement sur les autres formes corporelles, qu'elle approche de très-près de rimmatérialité des formes subsistantes. On voit par là combien cette opinion s'éloigne du matérialisme. Car celui-ci enseigne que tout corps, ou toute forme corporelle quelle qu'elle soit, est capable de s^élever à la connaissance sensible ; tandis que Tâme des bêtes, à laquelle seule nous attribuons ce pouvoir, n'est pas un corps et n'appartient pas à la même espèce que les autres formes corporelles.

272. /*** Instance. Quoique l'âme des bêtes l'emporte sur les autres formes corporelles, cependant elle n*en diffère pas d'une manière essentielle. Si donc la connaissance sensitive ne répugne pas à celle-là, elle ne doit pas non plus répugner à celles-ci.

273. Réponse: La différence des formes, suivant saint Thomas, tient à ce que l'une est plus parfaite que Tautre et la diversité des opérations tient à la diversité des formes qui différencient les espèces des choses. Par conséquent, de ce que la connaissance sensitive convient à une forme matérielle, on ne peut conclure qu'elle convient à toutes.

274. 2e Instance. Bien qu'elle soit plus parfaite que les au* très formes corporelles, Tâme des bêtes est cependant produite par une vertu corporelle. Mais tout ce qui est ainsi produit est corporel. Donc l'âme des bêtes ne diffère pas essentiellement des autres formes corporelles.

275. Réponse : L'âme de la bête est produite par une vertu corporelle comme cause instrumentale^ mais nullement comme cause principale. Dans la génération de l'animal, dit saint Thomas, la vertu du germe dispose la matière à recevoir la forme, mais c'est la vertu de l'âme qui la lui donne. Cette réponse est suffisamment claire d'après ce qui précède.

(1) Voir, sur le double sens que comporte ce mot, le § 259.

DE l'enchaînement DBS CHOSES DANS L'uNIVERS jZ

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