CHAPITRE PREMIER
ARTICLE PREMIER
Différence des corps vivants et des corps non vivants
(Tom. II, pag. 277-282)
5. Parmi les choses qui frappent nos sens dans l'univers, les unes ne se meuvent que sous l'impulsion d'un principe* extérieur^ par exempte, l^spierres^Veau; les autres se meuvent au contraire à! elles-mêmes en vertu d'un principe qui leur est propre^ par exemple, la plante, Vanimal. Nous appelons les premières des corps non vivants et les secondes des corps vivants,
6. Ainsi la vie consiste dans un certain mouvement. Aux yeux du vulgaire, le mouvement est l'indice de la vie, et la privation de tout mouvement l'indice de la mort.
n. Néanmoins, il appartient au philosophe et au savant de déterminer quel est le genre de mouvement qui constitue proprement la vie.
DE LA KATURB DBS CORPS 3
8. Od appelle pipantes toutes les choses qui se portent d^ elles-mêmes à quelque mouvement ou à quelque opération ; mats on ne peut donner ce nom à celles où Tobservation ne distingue ni opération ni mouvement.
9. En conséquence, i^ nous appellerons pipant tout corps qui se meut en vertu d^un principe intérieur; et non pipant^ tout corps qui ne se meut qu'en vertu d'un principe extérieur; 2* ce mouvement doit être entendu dans un sens large^ car il doit embrasser toute opération qui part d'un principe intrinsèque à Tagent.
10. La vie peut se considérer en deux manières : en tant qu'elle signifie Vêtre même de ce qui est vivant, c'est-à-dire la pie dans Vacte premier; ou bien en tant qu'elle signifie Vopération de l'être vivant, c'est-à-dire la pie dans Vacte second. Considérée sous le premier rapport, la vie suppose une substance capable de se mouvoir ou de se porter d'e//emême à quelque opération ; considérée sous le second rap* port^ elle désigne les opérations appelées pitales.
1 1 . Les Latins donnaient au principe de la vie le nom d'ànima^ âme^ qu'ils dérivaient d'aveiAoc^ souffle, soit parce que la vie des animaux est entretenue par ^inspiration et Vexpiration de l'air, soit parce que la respiration est le signe le plus certain de la vie. C'est pour cela qu'on appelle animés tous les corps vivants, et inanimés les corps privés de vie. Les corps vivants sont aussi appelés organiques et les corps non vivants inorganiques ; parce que ceux-là sont pourvus d'organes au moyen desquels ils produisent les opérations pitales conformes à leur nature^ tandis que ceux-ci en sont totalement dépourvus.
î2- Les corps vivants diffèrent des corps privés de vie : I* Par la structure de leurs parties; en effet, les premiers sont composés de parties disposées de manière à former divers organes propres à exécuter les opérations pitales ; au contraire, la structure des corps non vivants ne présente rien de semblable. 2* Par la forme; car les corps non vivants conservent leur nature et leurs vertus propres sous toutes les figures et sous le plus petit volume, tandis que les corps vivants ne peuvent ni exister ni exercer leurs fonctions sans une figure et un volume déterminés. 3^ Par la manière dont ils naissent et dont ils se perpétuent ; en effet, les corps vivants
naissent d'autres corps qui leur ressemblent et se perpétuent par la propagation successive de leur espèce ; il en est tout autrement des corps privés de vie, car ils sont formés par le concours fortuit de causes diverses et subissent de perpétuels changements. 4° Par leur mode de développement et de con* servation ; les premiers croissent peu à peu en vertu d'une force intérieure tt naturelle jusqu'à ce qu'ils aient atteint la perfection qui leur est propre ; ils réparent leurs pertes par l'assimilation d'autres éléments qu'ils convertissent en leur propre substance ; enfin la durée de leur existence est renfermée dans certaines limites marquées par la nature. Les seconds persévèrent d'eux-mêmes dans le même état ; s'ils croissent ou décroissent, ce n'est que par l'adjonction ou la suppression de certaines parties matérielles, et leur destruction est toujours due à l'action d'une cause étrangère.
j 3. Si des caractères aussi tranchés distinguent les corps vivants dQs corps privés de vie^ on peut juger quelle fut l'erreur de Thaïes, de Platon, des Stoïciens et de Straton, parmi les anciens; de Tournefort, de Paracelse, d'Agrippa, d'Henri Morus, de Robinet, de Spinoza, parmi les modernes ; et, dans ces derniers temps, de Sprengel, Virey, Schlégel, Tissot, etc., qui ont attribué une certaine vie à tous les corps.
14. Les corps privés dévie ne peuvent, comme tels, se diviser en plusieurs espèces ; mais les corps vivants se divisent naturellement en plusieurs espèces, parce que les opérations vitales et les facultés qui les produisent sont nombreuses et diverses.
ARTICLE SECOND
Exposé et réfutation du système atomique ou
mécanique
(Tom. II, pag. 282-288)
i5. Pour connaître la nature ou la substance des corps, il nous faut rechercher quels sont les principes essentiels dont ils se composent et qui en constituent les éléments. Car les corps sont des substances composées^et la substance composée consiste dans les principes qui entrent dans sa composition.
im LA NATURE DES CORPS b
i6. Les opinions des philosophes sur les principes ou éléments dont les corps se composent sont très-diverses. Le premier système qui se présente est Vatomisme ou système ato^ mique. On appelle ainsi la doctrine des philosophes soit anciens soit modernes qui prétendent que tout corps est composé d'autres petits corps nommés atomes f/J.
17. Épicure soutient Vatomisme à l'exemple de Leucippe et de Démocrite. Voici sa doctrine : Les principes des corps sont d'autres petits corps appelés atomes ou insécables^ parce que^ bien qu'ils soient eux-mêmes composés de parties, ils ne peuvent plus être divisés ; ces corpuscules échappent à la vue par leur petitesse, ils ont d'ailleurs, comme les autres corps, étendue^ figure, pesanteur^ etc. Les corps sont formés par la rencontre fortuite des atomes qui errent çà et là dans l'espace. La destruction des corps résulte de la désagrégation de ces mêmes atomes qui les avaient formés par leur union. Cette théorie d'Épicure était à peu près complètement oubliée, lorsqu'elle a été de nouveau soutenue avec diverses modifications par Gassendi (2), Descartes et Newton. Aujourd'hui elle compte encore un grand nombre de partisans (3) ; mais, comme ses défenseurs actuels n'accordent aux atomes^ à l'exemple de Gassendi, qu'un mouvement mécanique ou extérieur^ elle est également nommée ^^-
tème mécanique (4).
iS. De quelque manière qu^on l'entende, la théorie de Patomisme est absurde. En effet, soit qu'on les considère en eux-mêmes, soit qu'on les considère en tant qu'ils concourent à la formation des composés corporels^ les atomes ne peuvent être les principes constitutifs des corps.
{ I ) Ces corpuscules ne sont point appelés atomes parce qu'ils sont petits, mais parce qu'ils ne peuvent se diviser en d'autres plus petits. Car le mol atome vient de deux mots grecs, de « privatif et de rt>Ti», co«per^ et signifie insécable,
(2) Gassendi admet la théorie d'Épicure à la réserve de deux points qui sont opposés au dogme chrétien. Pour lui les atomes ont été créés et le mouvement leur a été communiqué par Dieu. D'où il suit que le monde n'est point le résultat du concours fortuit des atomes.
(3) Le savant P. Secchi était partisan de l'atomisme.
(4) Les physiciens appellent mouvement mécanique^ le mouvement produit dans les corps par une force extérieure ; ils donnent le nom de mouvement physique à celui qui provient d'une force inhérente au corps lui-même.
6 GOSMOLOeiB
19. I** Les atomes considérés en eux-^mêmes ne peuvent être les principes constitutifs des corps. Car, de l'aveu me* me des atomistes, les atomes sont étendus et possèdent une figure déterminée. Or tout ce qui possède étendue tx figure est formé de parties ; parce que Vétendue suppose des parties intégrantes et la figure indique une certaine disposition entre plusieurs parties. Mais il répugne que les principes constitutifs des corps soient eux-«mêmes composés^ par la raison que les principes constitutifs des corps doivent en être en même temps les principes premiers^ rôle que ne peuvent remplir des atomes composés de parties ; car il répugne qu'une chose soit en même temps principe et résultat, principium et principiatum, comme dit l'école (i).
20. a® De quelque manière qu'on les considère, les atomes ne peuvent constituer les corps. Et d'abord il est impossible que les atomes, s'unissent les uns avec les autres de manière à former les corps. Épicure et les anciens atomistes, Gassendi et ses partisans, enseignent que les atomes s'unissent en vertu d'un double mouvement, l'un perpendiculaire et l'autre oblique. Or ni l'un ni l'autre de ces mouvements n'explique le phénomène de la composition des corps. En effet, si les atomes sont entraînés par la gravité dans des directions perpendiculaireSj ils ne pourront se rencontrer s^ils suivent des lignes perpendiculaires différentes, parce que les perpendicu» lairessont parallèles entre elles; s'ils suivent la même perpendiculaire, ils ne pourront jamais s'atteindre, parce que l'intensité de la force motrice doit être égale pour tous. Quant au mouvement oblique ou de déclinaison des atomes, il ne s'expliquerait que dans le cas où les atomes venant à se rencontrer dans le mouvement perpendiculaire qui les anime, l'un ferait dévier l'autre de la perpendiculaire ; or nous venons de voir que cette rencontre est impossible. Par conséquent, bien loin de pouvoir se réunir en vertu d'un certain mouvement déclinatoire, les atomes ne sont pas même susceptibles de recevoir un pareil mouvement.
(1) Les atomes^ dit le P. Romano, peuvent être adoptés en chimie comme la limite où s'arrête V analyse chimique; mais ils ne peuvent être considérés en métaphysique^ comme les principes constitutifs des corps, parce que les atomes étant eux-mêmes composée de parties, il appartient à la métaphysique d'en déterminer la composition.
21. Lors même que Ton accorderait que les atomes peuvent se rencontrer, cette rencontre ne suffirait pas pour constituer les corps, car tout corps doit posséder une certaine unité par soi^ c^est-à-dire être indivisible en acte tout en étant divisible en parties. Or cette sorte d\m\té par soi ne peut résulter du seul contact des atomes ; celui-ci pourrait former, si Ton veut, une masse corporelle,une agglomération de parties,mais il ne constituerait point Vuniié par soi qui appartient au corps individuel. Il est donc nécessaire, comme le remarque Leibnitz, quMl y ait dans le corps, outre l'étendue, une force primitive qui en ramène toutes les parties à Tunité.
22. D'ailleurs comment expliquer par les atomes seuls et la diversité des natures corporelles et leur propagation ? En effet, parmi les choses de la nature, il en est qui diffèrent substantiellement entre elles et qui se propagent par génération. Or ni la rencontre fortuite des atomes, ni leur groupement plus ou moins bizarre ou ingénieux, ne sont capables d'â:pliquer ce double fait. Car, d'après les atomistes modernes, comme diaprés les anciens, les atomes ont tous même substance, ils ne diffèrent entre eux que par la figure, la position, le mouvement, et autres qualités accidentelles. Or il est manifeste que de purs accidents n^expliqueront jamais ni la diversité substantielle des choses, ni la génération de nouvelles substances. Parce que l'effet ne peut contenir plus de perfection que sa cause totale et complète.
23. Nous laissons de côté les autres difficultés que soulève Patomisme, parce que ce système nous paraît peu digne d'un esprit vraiment philosophique.
ARTICLE TROISIÈME
Du système chimique
(Tom. II, pag. 289-292)
24. Le système chimique a beaucoup d'analogie avec Patomisme. Nous le résumerons en quelques lignes : i® Les corps se divisent en corps simples qu'on ne peut résoudre en d'autres hétérogènes, txtmpl^ : l hydrogène^ le/er; et en corps composés danç lesquels l'analyse découvre plusieurs substances hétérogènes^ par exemple, Veau^ le sel marin. 2^
Qu^ils soient simples ou composés, lés corps se divisent en parties distinctes appcléts molécules ; les molécules Aomo^ènes^ ou dont les éléments sont de même nature, forment les parties intégrantes des corps ; mais, si les molécules sont hétérogènes j elles en forment les parties constituantes ; ainsi les molécules identiques qui composent une masse d^eau en sont les parties intégrantes^ les molécules d'hydrogène et ai oxygène en sont au contraire les parties constituantes, parce que la nature spécifique de Teau résulte de leur combinaison . 3^ La force qui réunit les molécules iff/^^an/e^ des corps se nomme cohésion et celle qui unit les molécules constituantes a reçu le nom à^ affinité; le rôle que jouent ces deux forces entre les molécules des corps leur a valu le nom d'attraction moléculaire^ qu'il ne faut pas confondre avec l'attraction universelle. 4* Dans le corps simple on trouve seulement des molécules intégrantes, mais dans le corps composé on trouve des unes et des autres. 5° Les particules auxquelles on arrive par la décomposition des molécules intégrantes et qui sont indécomposables par les procédés dont la science humaine dispose, sont les atomes primitifs des corps. D'où ils concluent que les corps sont des agrégats de substances composées et que la diversité des corps provient de la diversité de leurs molécules constituantes ou des éléments simples.
25. Malgré les traits de ressemblance, ces deux systèmes diffèrent en deux points : Tun dérive la diversité des corps de la diversité de leurs accidents et Tautrede la diversité des éléments simples ; celui-là, tel du moins que Tentendent les atomistes modernes, dépouille les atomes de toute force propre, tandis que celui-ci met dans les atomes la force moléculaire dont nous avons parlé. Outre un grand nombre de chimistes, ce système compte parmi ses défenseurs les Pères Romano et Tongiorgi ; le P. Ramière paraît Tadopter en grande partie.
26. Le système chimique est aussi éloigné de la vérité que le précédent. En effet les corps simples auxquels aboutit lanalyse chimique sont eux-mêmes des corps, bien qu'ils ne puissent plus être décomposés en d'autres. Mais il répugne que les éléments constitutifs du corps soient eux-mêmes des corps ; car on est toujours en droit de se demander ce qui les constitue eux-mêmes. Donc les corps simples des chimis-
tes ne sont pas les éléments constitutifs des corps. En outre, la chimie, pas plus que les autres sciences physiques ou naturelles, ne franchit les limites de l'expérience ; or la question des principes constitutifs des corps ayant pour objet d^en déterminer Vessence appartient à la métaphysique et sort par conséquent des limites de l'observation.
27. De plus^ les corps simples auxquels aboutit l'analyse du corps composé n'existent point en acte dans celui-ci, c'està-dire n*y existent point en vertu d'un principe/orwc/ qui leur soit propre, mais ils sont changés en une substance nouvelle en vertu d'un autre principe formel. Or, s'il en est ainsi, on voit clairement que les corps simples qui font partie du corps composé n'en sont que les principes matériels ou passif Sy et qu'ils ont besoin d'un principe formel ou actif qui les dispose à constituer le corps. Par conséquent les éléments chimiques ne constituent point par eux-mêmes le corps composé (i).
ARTICLE QUATRIÈME
Du système dynamique
(Tom. II, pag. 294-302)
28. On donne le nom de système dynamique à la théorie des philosophes qui enseignent a priori que tout corps est composé de substances simples qu'ils appellent monades ou unités.
29. Ce système dont on trouve des vestiges dans P3rthagore a été exposé et soutenu par Leibnitz. G>nvaincu qu'il ne pouvait y avoir de substance composée, Leibnitz soutint que les principes ou éléments des corps sont des substances simples
(i) La majeure de cet argument n'étant pas admise par plusieurs auteurs, nous allons la démontrer, i* Les chimistes reconnaissent que les propriétés des corps simples sont tout autres que celles des corps qu'ils composent. Or cette différence ne peut provenir que des principes divers qui déterminent la nature des choses, parce que les' propriétés dérivent de la nature. 2^ Les molécules des corps simples adhèrent avec tant d'énergie les unes avec les autres dans le corps composé qu'elles ne se trouvent jamais Tune sans l'autre. Or il est impossible d'expliquer ce fait par une sorte de compénétration des corps simples, car les corps sont naturellement impénétrables. Il faut donc admettre (lao3 le corps composé 1^ présence d'un principe formel.
rétendue suppose le phénomène de la continuité ; or ce dernier ne peut être produit par des éléments inétendus. Car ces éléments sont contigus ou distants; sMls sont contigus, ils se confondent ; s'ils sont distants les uns des autres, comme ni les éléments, ni les composés qu'ils forment ne sont étendus, il en résulte que le phénomène de la continuité manque de tout fondement. 2** Boschowich dérive Y attraction qui attire les molécules et la répulsion qui les empêche de se confondre de la diversité de distance que les molécules gardent entre elles. Or, si la plus ou moins grande distance peut être cause qu'un effet augmente ou diminue, elle ne peut faire qu'il en résulte un effet complètement opposé. Par conséquent le phénomène de la continuité demande une autre explication que celle de Boschowich. 3* Des éléments qui s'attirent et se repoussent mutuellement agissent à distance. Or l'action à distance est impossible. Car tout agent doit être contigu à la chose sur laquelle s'exerce son action immédiate (i).
ARTICLE CINQUIÈME
Du système aristotélico^scolastique
(Tom. II, pag. 3o3-323)
34. Le système aristotélico-scolastique est aussi appelé système de la matière et de Isl forme; parce que les philosophes qui l'ont enseigné soutiennent que tout corps est composé de deux principes, l'un passif appelé matière et l'autre actif wppelé forme.
35 . La théorie de la matière et de la f orme ^ ébauchée d'abord par Platon, fut bientôt après complétée par Aristote. Elle est aussi adoptée par les Stoïciens, par Plotin et par le plus grand nombre des Pères, par saint Augustin en particulier. Enfin, les Docteurs du moyen âge, Tont complétée et perfectionnée. Dans les temps modernes, Leibnitz, après avoir passé successivement du système atomique au système
(i) Kant, dont la théorie est géne'ralement adoptée par les philosophes allemands et par quelques philosophes français, entre autres par de Rémusat et Javary, remplace le dynamisme de Leibnitz et de Boschowich par un autre dont on peut voir l'exposé et la réfutation dans les Éléments^ tom. II. pag. 3o2, not. 2.
DE LA NATURE DES CORPS l3
djrnamiqucy finit par se ranger au système de la matière et de
la forme. Actuellement cette théorie compte de nombreux partisans en Italie comme en France et en Allemagne. Le P. Liberatore Va défendue avec beaucoup de talent et Barthélémy Saint-Hilaire avoue qu'elle est bien supérieure aux théories de Descartes et de Leibnitz.
36. Pour expliquer la composition des corps, les Scolastiques ont soigneusement distingué leurs causes intrinsèques universelles àt \tms CBxxsts particulières ; car toute substance matérielle peut être considérée d'une manière générale en tant qu'elle est un corps, et d'une manière particulière en tant qu^elle constitue tel corps individuel. Considéré de la première façon, le fer, par exemple, ne se distingue pas des autres métaux; mais, considéré de la seconde façon, il se distingue par des propriétés particulières de toutes les autres substances minérales. Or les Scolastiques donnèrent le nom dejprincipes aux causes générales des choses et le nom d^éléments aux causes particulières des corps. Ainsi la matière et la forme sont les principes généraux de toutes les choses de l'univers, et Vhydrogène et Voxygène sont les éléments particuliers de ïeau^ par exemple.
37. Nous rappellerons ici que l'on nomme principe tout ce dont une chose tire de quelque manière son origine^ et que la cause se dit seulement du principe qui produit Vêtre de quelque chose. Par conséquent la notion de principe est plus générale que celle de cause.
38. On appelle éléments les particules extrêmes auxquelles se divisent les corps dissous sans pouvoir se dissoudre ellesmêmes en d'autres plus petites. D'après saint Thomas, l'élément possède trois caractères distinctifs : i** rien ne lui est antérieur^ et il fait partie intégrante de la constitution des corps ; 2* il reste virtuellement^ sinon en acte^ dans tous les composés dont il fait partie ; 3** il est la dernière molécule à laquelle un corps peut être réduit par l'analyse.
39. Ajoutons encore ces quelques observations : i® les principes et les élérfients sont les causes intrinsèques des
(1) Nous disons que les principes et les éléments du corps en sont les causes intrinsèques^ pour les distinguer de la cause efficiente et à% la cause ^noie qui n'en sont que les causes extrinsèques»
14 C08M0L0GIC
corps (i) : les uns, Cdiusts générales et éloignées; les mxns^ causQs particulières et prochaines ; 2® bien que les éléments perdent leur ^rut^ particulière dans les composés corporels et prennent celle du composé, ils en restent cependant le pria* cipe matériel ou la matière; y la question métaphysique de la constitution des corps regarde leurs csiusts générales et non leurs causes particulières, parce que l'investigation de cellesci appartient aux sciences physiques et non à la métaphysique des sciences. %
40. Un double principe substantiel concourt à la constitution du corps : Tun passifs d'où naît leur étendue^ et Pautre actifs d^où naît leur activité. On donne à celui-ci le nom de forme^ et à celui-là le nom de matière première (i).
41. Expliquons d'abord celle-ci. Suivant qu^on la considère, la matière est appelée matière première ou matière seconde. On nomme matière première, la matière considérée en soi, c^est-à-dire indépendamment de toute^orme et en tant qu^elle est capable de recevoir une forme quelconque. La matière seconde est la matière considérée avec laforme qu'elle a reçue et qu'elle conserve sous les diverses figures que Part ou la nature peuvent lui donner. C'est la matière première et non la matière seconde qui concourt, comme principe substantiel j à la constitution du corps ; car la matihvt seconde suppose un corps déjà constitué par l'union d'une^rwe avec Isl matière première. Les Scolastiques, à l'exemple d'Aristote, ont donné de celle-ci une double définition, l'une affirmative et l'autre négative, que nous ferons également connaître.
42. La matière, dit Aristote, est quelque chose qui par soi-même n est ni essence, ni quantité, ni rien qui soit capable de déterminer un être. Cette définition négative fait assez voir que la matière ^première est moins un être déterminé qu'un être en puissance capable d'une détermination queU conque.
(i) Il est bon d'observer que la plupart des philosophes grecs, contrairement à ce qui se pratique aujourd'hui, ne confondaient pas la matière avec le corps; ils désignaient Tune par le mot vmt et l'autre par le.mot 0^»A*«, parce qu'ils regardaient la matière comme quelque chose ^incorporels «>»>«rov, et enseignaient que le corps est composé de la matière, fV», et de la /orme^ f*f^f», ou dela^uaiiï^. iriw'rtr*, qualitate, comme traduit Ctcéron.
DE LA NâTURB des CORPS l5
43. Le même Aristote domie de la matière cette défini^ tion positive : La matière est le sujet primitif de chaque chose^ ce qui la constitue intrinsèquement dans son essence. Elle est, en effet, le sujet dé toutes les formes qui pourront successivement la déterminer ; elle en est le sujet primitif, car elle ne se rapporte à aucun autre sujet antérieur ; elle constitue intrinsèquement l'essence de la chose dont elle est l'un des principes^ ce qui la distingue des causes efficiente et finale qu'on nomme extrinsèques^ ainsi que des propriétés purement accidentelles qui modifient diversement l'essence sans la constituer.
44. On peut combiner ensemble ces deux définitions et dire que la matière première est quelque chose qui par soi^ même se trouve privé de toute essence et de toute propriété^ mais qui est en puissance pour recevoir toute espèce d'essence ou de propriété.
45. Il sera facile de comprendre ce qu'est la /orme d'après ce que nous avons dit en Ontologie des divers genres de causes.
46. Comme notre dessein est uniquement de déterminer les principes constitutifs des choses, nous ne parlerons ici que àts formes substantielles et même de celles-là seulement qui ont leur être dans la matière. Nous laisserons de côté par conséquent les formes accidentelles et les formes substan-^ tielles séparées.
47. La matière étant par elle-même indifférente à constituer tel corps plutôt que telautre, il est nécessaire qu^elle soit déterminée par un autre principe. Ce principe n'est autre que la forme substantielle dont nous parlons, et que Ton a définie : Vacte premier de la matière (ij. Dans cette définition, le mot acte distingue la forme de la matière, car la matière est un principe purement passif ;. en disant que la forme est Tacte premier, nous la distinguons et de Vacte d^existence par lequel la chose reçoit non plus son essence mais son être
(1) On peut comparer la matière première à un bloc de marbre informe. De même que celui-ci ne possède d'al)ord aucune forme artistique, mais peut recevoir les formes les plus variées sous le ciseau de l'artiste ; de même la matière première, dépourvue par elle-même de toute essence et de toute propriété, peut recevoir toute espèce d'es* sence ou de propriété au gré de la forme qui viendra la déterminer*
l6 COSMOLOGIE
actuel^ et des formes accidentelles qui modifient de diverses manières Tessence déjà constituée ; enfin par ces mots Vacte de la matièrey la forme est distinguée des substances séparées ou des anges, qui sont des formes subsistantes^ ou des ac" tes sans matière^ parce qu'elles ne sont pas destinées à infor^ mer des corps.
48. Disons maintenant comment la matière et la forme concourent à la production du corps, i* La matière étant indifférente à recevoir toute espèce de forme, Informe ayant pour effet de déterminer la matière, et le corps étant le résultat de leur union, il s'ensuit que la matière et h forme concourent à la production du corps, celle-là comme une certaine/7i<25^â»ce et celle-ci comme un certain acte.
49. 2" La matière concourt à la production du corps commt principe passif et Informe comtn^ principe actif. En effet, on nomme principe actif et par quoi une chose est ce qu'elle est, et principe passif cette chose qui devient ce qu'elle est par l'action d'une autre. Or tel est le rôle de la matière et de la forme dans tous les composés corporels.
50. 3* De la matière et de la forme résulte p<2r ^oz et sans le concours d'aucun autre principe un corps individuel. De fait, ce par quoi telle chose est un être est aussi ce qui en fait une chose individuelle. Or c'est par la forme que chaque chose est en acte; donc le corps individuel doit résulter de l'union d'une/orme avec la matière.
5 1 . Jusqu'ici nous avons parlé du corps substantiel considéré en soi^ c'est-à-dire indépendamment de Vêtre qu'il a dans la nature des choses ; il nous reste à le considérer en tant qu'il reçoit Vêtre ou Inexistence dans la nature, et en tout qu'il l'a déjà reçu .
52. Si nous le considéron sentant qu'il existe déjà tout constitué dans la nature, le corps ne se compose pas d'autres principes substantiels que ceux indiqués, savoir la matière et la forme^ réunis immédiatement. Nous ajouterons seulement deux observations.
I® Dans la nature des choses, ni la matière du corps ne peut exister sans la forme j ni la forme sans la matière. II répugne en effet qu'un acte existe dans la nature sans la chose dont il est Vacte ; pareillement, il répugne d'admettre l'existence d'une chose qui soit seulement en puissance. D'où il suit
que les notions de matière et déforme, si on les considère l'une sans Tautre, sont des notions purement a^s^ratïej auxquelles rien ne correspond dans la nature des choses.
53. 2** En outre, la matière et la forme alunissent dans le corps de telle sorte que la matière est déterminée par la
forme et la forme est limitée par la matière. En effet, la matière étant privée par elle-même de toute essence et de toute qualité, elle peut dès lors recevoir telle essence que Ton voudra. Or c'est la forme qui la détermine à telle essence ou espèce particulière. La/orm^, de son côté, acquérant les propriétés individuelles au moyen de la matière qu'elle t^j/brme, elle ne représente plus une simple nature ^^c(/f^»e, mais elle constitue un certain individu. Ainsi Inhumanités pu la forme humaine^ détermine la matière qui est en Socrate à constituer un homme ; mais la même matière aurait pu être déterminée par r animalité à constituer une bête^ par exemple Bu^ céphale. D'autre part Vhumanité est limitée par la matière à signifier Socrate, en ce qu'elle est déterminée dans Socrate par des conditions matérielles qui ne peuvent convenir à aucun autre homme.
54. Mais, si nous considérons le corps en tant qu'il reçoit Vêtre substantiel dans la nature, il faut, en outre de la ma-iière et de la, forme, un troisième principe par lequel la matière soit rendue apte à recevoir une forme nouvelle. En effet, les formes corporelles étant engendrées par transformation, c'est-à-dire par le passage d'une forme en une autre, il est évident qu'elles ne peuvent être engendrées autrement qu'en perdant la forme qu'elles ont pour en acquérir une nouvelle ; parce qu'il répugne que deux formes existent simultanément dans le même composé. Or ce qu'une chose n'a pas, mais qu'elle est naturellement apte à recevoir, se nomme priva-tion.
55. Voyons ce qu'est la génération et en quoi elle diffère de \a création et de ^altération. Une chose peut commencer à exister de deux manières : elle peut sortir toute entière du néants ou être tirée de la matière. La première origine a lieu par création et la seconde par génération. Ainsi le monde a été créé par Dieu en ce que Dieu, alors que rien n'existait, a fait par sa toute-puissance que les choses dont se compose le monde ont commencé d'exister; au contraire, la
l8 COSMOLOGIE
cendre est engendrée par la combustion du bois, en ce que, la combustion finie, la forme de la cendre a remplacé la forme du bois.
56. Si Faction par laquelle une chose est totalement tirée du néant est appelée création^ sa réduction totale au néant se nomme anéantissement. D'autre part, si Pacte d'extraire une forme de la matière se nomme génération ^la séparation d'une forme d'avec la matière qu'elle informait s'appelle corrzf^/f on ou destruction. Par exemple, si Dieu réduisait le monde au néant, on dirait qu'il Vanéantit ; au contraire, lorsque le feu s'étant éteint la cendre a remplacé le bois, on dit que le bois a été détruit.
57. Observations, i^ La matière ne pouvant exister sans aucune forme, il s'ensuit qu'elle ne peut perdre la forme qu'elle a sans en acquérir une autre ; ainsi la destruction d'un composé suppose la formation d'un autre, et réciproquement. Ce que l'école exprimait en ces termes : La génération d'un corps suppose la corruption d'un autre corps^ ou Xa corruption d un corps suppose la génération d'un autre. 2® La génération et la corruption sont le propre exclusif du cornposé et ce n'est qu'à raison du composé qu'elles conviennent à la forme et à la matière.
58. Enfin, la génération diffère de V altération. Car, outre les formes substantielles, il y en a de pyiitment accidentelles^ qui modifient diversement les choses déjà constituées. Or de même qu'un changement de forme substantielle produit la génération d'une chose et la corruption d'une autre, de même le changement de la forme accidentelle des choses produit \t\xi altération (j).
ARTICLE SIXIÈME
Oà Von 4émontre la vérité du système scolastique
(Tom. II, pag. 324-338)
59 . Après avoir exposé la théorie scolastique sur la composition des corps, nouis allons démontrer cette proposition :
(i) Si je convertis des grains de blé ea farine, si je brise un vase de cristal, si je donne diverses formes à un morceau de cire, je produis dans ces substances divers changements accidentels que j'appelle alté^
La manière dont les corps naissent et périssent prouve la vérité de la théorie scolastique.
60. A peu près tous les philosophes reconnaisseat que trois principes concourent à la formation des corps : la ma^ tière^ la privation et Isl forme. En effet, de quelque manière qu^on l'explique, Torigine des choses est nécessairement conçue comme un certain passage du non-être à Pêtre. Or ce passage suppose un être qui est acquis, un non-être qui est abandonné, et un sujet qui passe du non-être â Vêtre ; mais Yêtre acquis n'est autre que la forme^ le non-être est évidemment une certaine privation, et le sujet qui reçoit Vêtre n'est autre que la matière. Voilà donc les trois principes qui concourent à la formation du corps ; deux desquels, la ma-^ tière et laformcj subsistent seuls après sa production.
61. La privation^ signifiant le non-être^ a pour tout le monde la même signification, c'est pourquoi nous n'^n parlerons pas davantage . Mais les notions d^être et de sujets ou de forme et de matière, suivant le langage des péripatéticiens, n'ont pas la même signification pour tous les philosophes.
62. Car les uns expliquent l'origine du nouveau corps par la simple altération de l'ancien^ tandis que les autres admettent que l'origine du corps nouveau est due à la production d'une nouvelle substance^ c'est-à-dire â une vraie gêné' ration. La première opinion est commune aux partisans de Vatomisme et aux défenseurs du système chimique ; la seconde est| au contraire, adoptée parles philosophes qui veulent que tout corps soit composé de deux principes substantiels^ la matière et Isl forme. En effet, d'après les Atomistes^ l'origine du corps serait due à l'arrangement des atomes dans un nouvel ordre, qui leur donne une figure et des propriétés nouvelles; par exemple, VeaUy suivant qu'elle s'échauffe ou se refroidity se transforme en vapeur ou en glace. Les Chimistes soutiennent que les molécules des corps simples, celles de Thydrogène et de Voxygène^ par exemple, en se combinant sous rinfluence de Vaffinité chimique, acquièrent des pro-
taXîons ; mais, si le pain est transformé en chair par4e travail de la digestion, si le bois est transformé en cendre ou en acide carbonique par l'efGet de la combustion, il y a destruction de la substance du pain et du bois et génération d'une autre substance.
priétés toutes nouvelles, de telle sorte qu'elles présentent à nos sens les apparences d'une substance tout autre.
63. Suivant ces philosophes, Vêtre ou la forme acquise dans la génération des corps consisterait uniquement dans Y arrangement des atomes ou dans la combinaison chimique des molécules de corps simples. Quant à la matière ou sujet qui reçoit ainsi un nouvel être^ elle serait une substance complète en son genre, mais ne possédant par elle-même d'autre propriété sensible que V étendue et la figure.
64. Au contraire, Aristote et les Scolastiques, persuadés que les corps diffèrent entre eux par la forme et que celle-ci en est le principe substantiel^ enseignent que le corps nouveau résulte de ce que Tancienne substance périt et fait place à une nouvelle.
65. Par conséquent, la controverse sur les principes constitutifs des corps peut être ramenée à cette question: La production des corps est-elle le résultat d'un changement accfdentel ou le résultat d'un changement substantiel? Si elle consiste dans un changement substantiel^ comme nous le prouverons ci -dessous^ la théorie aristotélico-scolastique est seule conforme à la vérité.
66. I* C'est un fait d'expérience que le corps composé a des propriétés tout autres que les corps simples dont il se compose ; par exemple, les propriétés de Veau n'ont rien de commun avec les propriétés de Vhydrogène et de Yoxygène qui entrent dans sa composition. Or des propriétés différentes et opposées ne peuvent appartenir à une seule et même substance. Donc les corps composés sont d'autres substances que les corps simples dont ils sont formés. Par conséquent, c'est en vertu d'un changement substantiel qat les corps naissent et se corrompent.
67. 2^ D'ailleurs, telle est la persuasion commune. Tout le monde croit, en effet, que le changement qu'éprouvent, par exemple, le bois et la cire, lorsqu'ils sont convertis en cendre et en fumée, diffère essentiellement de celui qu'ils éprouvent lorsqu'ils changent seulement d'état ou de figure .
68. Le fait de la transformation substantielle des corps une fois reconnu, il est facile de concevoir comment les trois principes que nous avons appelés» avec Aristote et les Scolastiques, matière^forme et privation^ concourent à la généra-
tion du corps. Pour ce qui regarde la matière^ il est nécessaire d^admettre ces trois points : i** Il reste dans le corps engendré quelque chose de Tancien corps ; car, sMl n'en restait rien, l'ancien corps serait anéanti et non transformé; 2^ ce quelque chose qui reste est une pure puissance^ qui, n'ayant aucune forme particulière, peut recevoir indifféremmeùt toute espèce de forme ; 3® enfin, la substance du nouveau corps doit être tirée de ce qui reste de l'ancien, sans quoi le nouveau corps serait tiré du néant ou créé, au lieu d'être simplement engendré. Or ce quelque chose de l'ancien corps qui reste dans le nouveau, ce quelque chose d'où la substance du nouveau corps est tirée et qui peut recevoir toute espèce de forme, c'est ce que les Scolastiques ont appelé matière^ à l'exemple d'Aristote.
69. Les transformations purement accidentelles présentent des caractères tout différents. Par exemple, si je donne la forme cubique à une boule de cire, la figure de la cire change mais la substance reste absolument la même.
70. Passons au second principe ou à la^rme. Si, dans la génération des corps, un principe matériel ou passif est requis, un principe actif ou formel n'est pas moins nécessaire. En effet, pour engendrer une chose, il faut un principe qui la fasse passer dans une espèce déterminée, qui la distingue de toutes les autres, et duquel émanent toutes ses propriétés. Or la matière n'est pas ce principe ; car elle ne peut ni déterminer l'espèce puisqu'elle n'est qu'ew puissance^ ni la distinguer des autres puisque son concept signifie ce qui est commun à toutes les espèces, ni être la source de ses propriétés puisqu'elle est un principe passif Comme on le voit, pour remplir le rôle àt forme ou di^acte de la matière^ ce principe doit être essentiellement actif.
71. Cette forme, d'ailleurs, ne vient pas du dehors, elle est tirée de la matière elle-même, c'est-à-dire de sa puissance ou de sa capacité pour toute espèce déforme. En effet, comme la matière est indifférente à recevoir toutes les formes, elle doit les contenir toutes en puissance. Or ce qui est contenu e« /7ttî>sance dans un autre a besoin d'être tiré de la chose qui la contient pour exister en acte. Donc la forme est tirée de la puissance même de la matière.