On ne peut douter de la constance des lois de la na
(i) On voit, d'après ce qui précède, que la nécessité dont nous parlons n'est pas telle que Topposé soit absolument impossible ; elle consiste seulement en ce que, si les choses Naturelles opèrent suivant leur nature, elles ne peuvent opérer que d'après ces lois.
DE l'ordre et des LOIS DE LA NATURE lOI
turcj soit qu^on les considère en elles-mêmes^ soit que nous les considérions par rapport à Dieu. En effet, envisagées en elles-mêmes, les lois naturelles résultent des propriétés essentielles des choses, dès lors que nulle cause étrangère n'y met obstacle. Or les propriétés essentielles des choses sont nécessaires comme les natures qu'elles modifient. Donc les lois qui en résultent sont pareillement nécessaires. Nous devons également tenir pour certain que Dieu ne modifie pas arbitrairement les lois qu'il a établies dans le monde. Car tant que Dieu conserve aux choses ce qui constitue leur nature propre, il conserve par là même les lois qui découlent de ces natures . Il faut admettre seulement, comme nous le disons ci-dessous, que Dieu peut quelquefois, pour des raisons trèssages, suspendre les lois de la nature.
ARTICLE QUATRIÈME
De la notion du miracle et de ses différentes espèces
(Tom. II, pag. 542-552)
37 1 . D'après les Pères et les Scolastiques, le miracle est un fait surnaturel^ extraordinaire et sensible. Cest un fait surnaturel^ parce que le miracle surpasse les forces de toute nature créée, de telle sorte qu'il ne peut être produit par aucune créature ; extraordinaire^ parce qu'il se produit en dehors du cours ordinaire des choses ; et sensible^ c'est-à-dire d^une nature telle qu'il se manifeste au dehors par lui-même ou par ses effets (i). II est facile de comprendre, d'après la fin des miracles, pourquoi les miracles doivent avoir ces trois caractères. En effet, si Dieu fait des miracles, c^est toujours pour rendre témoignage à la vérité ou à la vertu. Or, il est évident qu'un fait qui n'aurait pas ces trois caractères, ne pourrait être apporté en témoignage soit pour confirmer une vérité^ soit pour manifester la vertu de quelque envoyé de Dieu (2).
(i) C'est pour cela que Tunion hypostatique du Verbe avec la nature humaine^ la transsubstantiation eucharistique, la justification du pécheur et la glorification du juste, ne sont pas proprement des miracles, bien qu'elles soient Tœuvre exclusive de la puissance divine.
(2) Rousseau soutient qu'il est impossible de savoir si un fait est
37a. Nous allons exposer la division des miracles telle que la donnent les philosophes et les apologistes chrétiens ; notre définition en deviendra de plus en plus claire.
373. Avec saint Thomas, nous pouvons distinguer trois degrés dans les miracles. Il y a des faits qui sont miraculeux quant à la substance^ c'est-à-dire considérés en euxmêmes, c'est le degré le plus élevé ; d'autres faits sont miraculeux quant à leur sujets c'est-à-dire relativement au sujet dans lequel ils se produisent, c'est le second degré ; enfin les faits qui sont miraculeux quant au tnode^ ou dans la manière dont ils arrivent, forment le degré inférieur . Cette division des miracles, quoad substanttam, quoad subjectum^ quoad modum^ nous paraît préférable à toutes les autres.
374. Le fait miraculeux quant à la substance est celui qui par son essence surpasse les forces de toute nature créée, tellement que nulle cause créée n'est capable de le produire. La compénétration des corps qui eut lieu soit le jour de la résurrection, lorsque Notre-Seigneur sortit du tombeau sans soulever la pierre qui en fermait l'entrée, soit lorsqu'il pénétra dans la chambre où se trouvaient ses disciples, les portes étant fermées, est un miracle de ce genre ; car, tout corps étant naturellement impénétrable, aucune force créée ne peut opérer la compénétration de deux corps. Un fait est miraculeux quant au sujets s'il surpasse toutes les forces de la nature, non par essence, mais à raison du sujet dans lequel il s'opère ; certaines créatures pourraient absolument le produire, mais elles ne le peuvent dans le sujet où il se produit. Ainsi Tanimal
vraiment miraculeux, sous prétexte que, les lois de la nature ne nous étant pas toutes connues, il nous est impossible de savoir si tel effet surpasse ou non les forces de la nature. Mais, bien que les lois de la nature ne nous soient pas toutes connues, on ne peut en conclure qu^il nous est impossible de constater si tel fait surpasse ou ne surpasse pas les lois de la nature. Car on ne donne le nom de miracle qu'à des faits en opposition avec une loi naturelle parfaitement connue. Or, s'il est vrai que les lois de la nature ne nous sont pas toutes connues, il en est certainement plusieurs, de l'aveu de Rousseau lui-même, qui nous sont connues manifestement. Donc il nous est possible de constater si tel fait est ou n'est pas miraculeux. Il peut se faire, dira-t>on, qu'un fait en opposition avec telle loi connue de la nature soit conforme à telle autre restée ignorée jusqu'ici. Cela ne peut être ; car il répugne absolument qu'il y ait, dans la nature, des lois véritablement opposées. Ce serait admettre en effet dans le mondo deux ordres de choses dont l'un serait la destruction de l'autre.