Réponse: Prétendre qu'il est nécessaire de concevoir
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un instant où Dieu a posé les choses hors de lui-même serait supposer qu'il existe dans Téternité une suite continue àHnstants ; or cette supposition est absurde: i® parce que ce serait confondre l'immobile éternité avec le temps qui est formé en effet dlnstants successifs ; 2^ parce que ce serait admettre Texistence du temps avant la production du monde et du temps lui*même.
489. 3^ Instance. Si Ton ne pouvait assigner Tinstant où Dieu a créé le monde, on ne pourrait distinguer la création de la conservation.
490. Or Tune indique la production d'un nouvel être^ tandis que Tautre marque la persévérance dans l'être d'un être déjà existant.
49 1 . Réponse : La différence que Ton met entre la création et la conservation^ renferme une y reit pétition de principe. Car les philosophes qui sont d'avis que le monde a pu être créé de toute éternité nient absolument que l'idée d'une certaine nouveauté d'être soit contenue dans Tidée de création ; pour eux, la conservation est une seule et même action avec la création, si on les considère en Dieu ; car, en vertu delà même action, Dieu accorde Té/re aux créatures et les fait persévérer dans Vêtre. Si on considère la conservation dans les choses créées, elle suppose, il est vrai, la création, mais elle ne lui est pas chronologiquement postérieure, parce que les choses ont besoin d'être conservées parla même qu'elles existent.
492. 2* Objection. L'éternité est tellement propre à Dieu qu'elle répugne absolument à la création.
493. Réponse: Il est certain que l'éternité e^^en/teZ/e qui exclut toute succession ne peut convenir à la créature ; mais une éternité imparfaite et participée qui est susceptible de succession ne lui répugne nullement d'après Boëce et saint Thomas.
494. 3* Objection . Si le monde existait de toute éternité, il faudrait admettre l'existence en acte d'une multitude infinie ; ce qui répugne.
495. Réponse: On peut concevoir une multitude infinie comme simultanée ou comme successive. Quant à la première, nous admettons avec saint Thomas qu'elle est impossible ; mais, pour soutenir la possibilité de la création ab œtemoy
;de l'origine du monde 129
il n^est pas nécessaire d'admettre que l'existence en acte d'une multitude infinie simultanée, est possible. Pour ce qui est d'une multitude infinie successive^ rien h^empêche, diaprés le même saint docteur» d'en admettre la possibilité. Car une multitude infinie composée d'éléments dont l'un succède à Tautre, est en réalité toujours finie ; elle évite par conséquent les écueils contre lesquels la multitude infinie en acte vient se heurter.
496. 4* Objection* Si le monde était créé ab œtemo^ chaque jour, un jour nouveau s'ajouterait aux jours infinis déjà écoulés ; or ce conséquent est absurde.
497. Car il s'ensuivrait que l'infini serait capable d'accroissement et qu'un infini pourrait être plus grand qu'un autre infini; ce qui est absurde.
498 . Réponse : L'infini simple est sans doute incapable de toute augmentation, mais il n'en est pas de même d'un infini relatifs qui n'exclut pas toute limite. Car rien ne s'oppose, dit saint Thomas, à ce qu'on ajoute quelque chose à un infini du côté par où il est fini. En supposant que le temps, par exemple, fût éternel, il serait éternel a parte ante, mais il serait fini a parte post ; car le présent est la limite du passé.
499. Après avoir montré que les arguments par lesquels on attaque la possibilité de la création ab œtemo n'ont pas une valeur démonstrative» nous allons exposer l'argumentation de saint Thomas. S'il était possible de démontrer rigoureusement que le monde a dû commencer d'exister, cette démonstration se tirerait de la nature de la cause, c'est-à-dire du côté de Dieu^ ou de la nature du monde, ou de la nature de Faction créatrice. Or elle ne peut se tirer d'aucun de ces trois chefs. Et d'abord, du côté de Dieu; car Dieu étant la cause instantanée et la cause libre du monde, il n'est pas nécessaire qu'il précède le monde par son éternité ; il a donc pu créer le monde, à son gré, de toute éternité ou dans le temps, puisque l'effet de toute cause instantanée peut exister simultanément avec sa cause. Secondement, du côté du monde ; en effet, quoique la durée soit un accident des choses créées, celles-ci n'exigent par elles-mêmes et de leur propre nature aucun genre déterminé de durée ; on doit par conséquent juger de la durée qui leur convient non d'après leur nature, mais d'après la puissance de Dieu qui leur donne l'existence ;
or Dieu oyam pu tout aussi bien crééer le monde ahœtemOy que le créer dans le temps^ Tune et Tautre durée peut égale» ment lui convenir. Enûn, du côté de Paction créatrice ;ce\leci exige sans doute que les choses soient faites du non-être ou du néants mais elle n'exige pas qu^elles soient laites après le nofihêtre^ c'est-à-dire qu'elles passent du non^être à Vêtre^ comme d*un terme à un autre. Par conséquent le philosophe manque de point d^appui pour démontrer d^une manière ri^ goureuse ce démonstrative que le monde a dû être créé dans le temps.