CHAPITRE QUATRIÈME — des bêtes
ART. I. — Si les bêtes ont une âme sensitive
§§ 217. Il y a trois opinions bien distinctes sur la nature des bêtes. — 218. Parmi les anciens, les Stoïciens en général regardaient les bêtes comme de pures machines ; Pythagore, Parménide, Porphyre etc., leur attribuaient Vintelligence ; Aristote, Plilon, Plotin ne leur accordèrent qu'une âme sensitive. — 219. Les Scolastiques, à l'exemple des Pères, adoptent l'opinion d'Aristote. — 220. Parmi les modernes, Descartes a ressuscité l'opinion des Stoïciens ; pour lui les bêtes sont de purs auto^
mates; Condillac, à l'exemple de Rorario et de Montaigne, accorde aux bêtes certaines facultés intellectuelles ; enfin Locke et Leibnitz adoptent, à peu de chose près, le sentiment d^Aristote. — 221. Les bêtes ne sont pas de purs automates et jouissent de la vie : si les bêtes étaient de pures machines, elles seraient soumises à des lois constantes et immuables. — 222. Les mouvements que Ton observe chez les bêtes sont le résultat d'un principe actif intrinsèque à Tanimal. — 223. 03ject, des Cartésiens : L'hypothèse de V automatisme des bêtes n'offre aucun inconvénient et sape le matérialisme et l'incrédulité. — 224. Rép, I® Dieu n'a pu créer des automates tels que seraient les bêtes dans Topinion de Descartes ; 2** loin d'enlever tout prétexte au matérialisme, Topinion de Descartes conduit à la fois au matérialisme et au scepticisme.— 225. Les bêtes ne sont pas de pures machines, mais leur âme est-elle intellectuelle^ ou bien est-elle purement sensitive? — 226. L'anatomie prouve clairement que Tâme des bêtes jouit de facultés sensi^ tives. — 227. L'examen de leurs opérations conduit à une conclusioxT identique. — 228. Mais, s'il est certain que les bêtes possèdent la faculté de sentir, il ne l'est pas moins qu'elles sont privées de raison. —
229. Frédéric Cuvier, Flourens et quelques autres prétendent à tort que diverses opérations des bêtes accusent une certaine intelligence. —
230. Si les bêtes étaient douées de raison, dit saint Thomas, elles ne feraient pas toujours les mêmes choses, et n'opéreraient pas toutes de la même manière. — 23i. Cela explique pourquoi les bêtes sont incapables de tout ^ro^rè5 et dé toux perfectionnement. —232. Si Ton accordait la raison aux bêtes, rien n'empêcherait de leur accorder aussi \^ parole. — 233. Donc les bêtes sont privées de toute faculté intellect tuelle. Pag SS^Sg
ART. II. — Des principales opérations des bêtes
§§ 234. Nous avons principalement en vue les bêtes chez lesquelles la faculté de sentir est le plus développée. — 235. Les animaux supérieurs possèdent toutes les facultés sensitives que l'on trouve chez l'homme. — 236. D'abord il est certain a priori que les bêtes doivent posséder les cinq sens extérieurs, — 237. On doit en Sire autant des sens internes : le sens commun, l'imagination, Vestimative^ et la mémoire, — 238. La même proposition peut être démontrée a poste-riori : Il n'y a de doute possible ni sur l'existence des sens externes^ ni sur celle ÔMsens commun. — 239. L'expérience prouve que les bêtes ne sont dépourvues ni de ïimagination^ ni de Vestimative, ni de la mémoire. — 240. Les indices de l'appétit sensitif sont très-significatifs également. — 241 . Enfin les bêtes jouissent de la faculté locomotrice. — 242. On voit maintenant ce qu'il faut penser d'une certaine doctrine qui accorde aux bêtes la conscience^ V intelligence^ le libre arbi" tre^ des habitudes et des mœurs : 1° Les bêtes sont privées de la conscience d'elles-mêmes ; 2** elles forment certains jugements sensibles ; ces jugements sont instinctifs et non pas comparatifs ; 3« chez les bêtes l'appétit n'est point libre, il est nécessaire ; 4^ si l'on prend le nom d'habitudes dans le sens propre, il est certain que les bêtes n'en sont
148 TABLE ANALYTIQUP
pas susceptibles ; 5^ ce n'est aussi qu'improprement que Ton peut attribuer des mœurs aux animaux sans raison. Pag 59*62
ART. m. — De la nature de rame des bêtes ^ de son origine
et de sa fin
§§. 243. Dans la bête, le même principe est à la fois végétatif et sensitif, — 244. L'examen de la structure organique du corps de la bête conduit clairement à cette conclusion. — 245. Le principe unique qui constitue la forme substantielle des bêtes, c'est le principe sensitif. — 246. Quant à la nature du principe qui végète et qui sent chez la bête, les opinions varient : pour Descartes, il est corporel et étendu ; Gassendi en fait un corps très-subtil. — 247. Les partisans de la métempsycose et les autres philosophes qui croyaient les bêtes douées de raison leur accordaient une âme spirituelle et immortelle,
— 248. D'après Wolf, les âmes des bêtes sont simples^ mais elles ne «ont ni spirituelles^ ni immortelles^ elles naissent par création et pé' rissent par anéantissement. — 249. Observations: 1** Les formes matérielles sont certaines formes dont les opérations n'excèdent pas la matière; les formes immatérielles qm contraire nedépendent pasde la matière dans leur être ; 2° les formes matérielles approchent plus ou moins de l'immatérialité^ suivant qu'elles sont plus ou moins assujetties à la matière. — 25o. Nous allons exposer et défendre la doctrine scolastique. — 25 1. i« Uâme des bêtes n'est pas matérielle à la manière des corps. — 252. 2« Cependant elle ne doit pas être considérée comme une forme immatérielle^ c'est-à-dire comme une forme qui subsiste par elle-même. — 253. 3° Mais, si l'âme des bêtes n'est point une forme subsistante, elle ne peut surpasser le genre des formes matérielles. — 254. 4** Néanmoins elle n'est pas matérielle de la même façon que les formes des choses inanimées^ ou que l'âme des plantes.
— 2 55. Toute forme est indivisible en soi^ mais elle peut être divisible par accident^ c'est-à-dire à raison de la matière qu'elle informe. — 256. I* L*âme des bêtes supérieures n'est pas divisible à la manière d'une quantité; 2^ elle n'est pas divisible non plus par accident, ou à raison du sujet étendu qu'elle informe. — 257. Ces explications font suffisamment comprendre pourquoi les formes des choses inanimées^ les âmes des plantes et des animaux imparfaits et même les âmes se divisent par accident. — 258. Pour les animaux inférieurs^ qui vivent encore après leur division en plusieurs parties, on doit admettre qu*il existe en eux plusieurs âmes en puissance^ bien qu'il n'y en ait qu'une en acte avant la division. — 259. Sur Vorigine et la fin de l'âme des bêtes, l'opinion de Wolf doit être re jetée ; car l'origine de l'âme des bêtes doit être rapportée à la génération et non à la création. — 260. Ainsi l'âme sensiiive des bêtes est tirée de la puissance de la matière.
— 261. La génération vient de l'âme comme cause principale, elle 5e continue dans le fœtus par la vertu formatrice qu'elle y a déposée. Des générations spontanées. — 262. La théorie de la préexistence des germes^ adoptée par plusieurs Physiologistes modernes, n'est pas fondée ; elle est rejetée d'ailleurs par la plupart des physiologistes. — 263.
1* Cette tbëorie détruit la notion même de genCJralion ; 2° elle est con* treditepar Vobservation et V expérience, — 264. Le germe est semblable en puissance et non en acte à l'être qui le procrée, mais la ressemblance augmente à mesure que les organes se développent. — 265. Leibnitz crut que la théorie de la préexistence des germes était confirmée par les observations microscopiques de Leenwenhock ; des observations subséquentes ont détruit cette erreur. - 266. L'âme des bêtes ne peut survivre à la dissolution du corps, — 267. L'opinion des philosophes qui ont cru à la transmigration de Tâme des bêtes d'un corps dans un autre est donc absurde. — 268. Quant à la manière dont elle prend fin^ nous répondons qu'elle ne périt ni par anéantissement ni par dissolution^ mais elle se corrompt par accident, lorsque la corruption dissout le composé animal. — 269 . Object, de Wolf : L'opinion des Scolastiques ouvre la voie au matérialisme. — 270. En effet, l'opinion des scolastiques ouvre la voie au matérialisme en ce qu'elle enseigne que l'âme des bêtes possède la connaissance sensitive, bien qu'elle soit matérielle. — 271. Rép, Nous avons dit que l'âme des bêtes était matérielle y en ce sens qu'elle dépend totalement de la matière dans son existence et dans ses opérations, mais elle n'est pas matérUlle en ce sens qu'elle soit divisible comme la matière, — 272. ire InS" tance. Si la connaissance sensitive convient à l'âme des bêtes on ne saurait dire qu'elle répugne aux autres formes matérielles. — 273. Rép\ Quoique l'âme des bêtes soit matérielle, elle surpasse beaucoup les autres formes matérielles ; on ne peut donc raisonner a pari, — 274. 3« Instance, L'âme des bêtes est corporelle comme la vertu qui la produit ; on ne peut dire par conséquent qu'elle diffère des autres formes corporelles. — 275. Rép, L'âme des bêtes est produite par une forme corporelle comme cause instrumentale et non comme cause principale il n'est donc pas nécessaire qu'elle ressemble à cette vertu corporelle. Pag 62-72