RELIE ENTRE ELLES LES CHOSES DE L^UNIVERS
ART. I. — Distinction^ inégalité et enchaînement des choses
§§ 276. La perfection de l'univers exigeait qu'il fût composé de natures nombreuses et diverses, — 277. Mais, s'il y a dans le monde des natures aussi diverses que nombreuses, il est certain aussi qu'i7 existe un certain ordre entre elles, — 278. Cette perfection des choses suit une sorte de progression ascendante^ — 279. Les Pères et les Scolastiques comparent l'ensemble des choses à une échelle qui s'élève, par degréSy de la plus infime créature jusqu'à Dieu. — 280. Les cinq principaux degrés de l'échelle sont la substance du minéral, la vie végé» tative de la plante, la vie sensitive de l'animal, la vie raisonnable de l'homme et la vie intellectuelle des pures intelligences. — 281. Si l'on ne tient compte que des choses visibles, V échelle des créatures contient seulement quatre degrés. — 282. Les diverses espèces de créatures se distinguent par des différences ou qualités essentielles qui sont pro-
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près à chacune» et s^accordent entre elles par le genre dont elles dépendent. — 283. Cette coordination des êtres a (donné lieu à diverses erreurs qu'il importe de combattre. Pag 73-76
ART. II. — Réfutations de diverses erreurs au sujet de
Venchainement des créatures
%% 284. La loi de continuité^ imaginée par Bernouilli et expliquée par Leibnitz, établit entre les choses un enchaînement tellement continu qu'il existerait toujours une espèce équivoque entre deux espèces dis^ tinctes, — 285. Les expériences de Trembley sur les jpo/)7>^s paraissent confirmer la loi de continuité; Bonnet enseigne que les êtres de Tunivers forment une ligne unique et continue qui va du minéral à l'homme, et que la continuité se fait par des espèces intermédiaires. — 286. Les philosophes allemands adoptèrent la loi de continuité; mais, tandis que les uns la regardent comme réelle^ les autres ne lui donnent qu'une valeur idéale,'^ 287. Gioberti suppose qu'il existe toujours entre deux genres contraires un genre moyen dans lequel les caractères opposés se réunissent ei s* identifient, — 288. i® Ces diverses théories sont en opposition avec les principes de la métaphysique : car les espèces équivoques de Leibnitz et les espèces intermédiaires de Bonnet répugnent absolument. — 289. 2® En outre, ces mêmes théories pèchent contre les principes les plus certains delà logique; car il est impossible que les essences de deux espèces s'identifient dans une espèce moyenne. — 290. S'il existait toujours une espèce moyenne entre deux espèces opposées, il faudrait admettre dans le monde un nombre infini d'espèces. — 291. La notion de genre intermédiaire ^ telle que l'entend Gioberti, n'est pas moins absurde. En effet, l'espèce intermédiaire àts logiciens ne réunit point les propriétés des espèces entre lesquelles on les voit figurer, comme l'espèce équivoque de Leibnitz. — 292. De plus, le genre moyen ne peut contenir en partie l'essence du genre supérieur et en partie celle du genre inférieur. — 293. La loi de continuité est également opposée aux observations des sciences expérimentales : i* L'observation constate, il est vrai, dans quelques espèces, une certaine gradation^ mais on- ne peut en inférer une loi générale ; ni le principe de raison suffisante de Leibnitz, ni le principe d'analogie de Locke ne nous obligent à cela. — 294. 2° On ne rencontre jamais, entre deux espèces, d'autres espèces équivoques ou intermédiaires. Entre l'homme et la bête, ni Vidiot de Locke, ni Vhomme-bête de Leibnitz, ni VÉthio^ pien de BUchner ne peuvent remplir le rôle d'espèce équivoque, — 295. Cette espèce équivoque n*existe pas même entre le végétal et la bête : le polype est un animal et pas autre chose. — 296. Locke tombe dans une erreur non moindre, lorsqu'il prétend qu'une série de natu^ res intelligentes s'élève de l'homme jusqu'à Dieu. — 297. Nous ajouterons que la loi de continuité se concilie très^bien avec les doctrines panthéistes. — 298. D'après certains philosophes, il existe un type unique de toutes choses dans l'univers, d'autres n'admettent Vunité de type que dans le seul règne animal ; dans l'un et dans l'autre système} l'espèce humaine est regardée comme le prototype. — 299. L'hypo-
thèse de Vunité de type pour tous les êtres de Tunivers est à la fois absurde et impie. — 3oo. L'hypothèse de Vunité de type pour le seul règne animal est contraire à la raison et aux observations des naturalistes les plus autorisés : i^ Par la raison, dont il est seul^doué, Thomme diffère essentiellement du reste des animaux ; 2^ Thomme ne saurait être le dernier terme auquel aboutit Vévolution embryonnaire ; 3** un même et unique embryon ne peut être le principe d'après lequel Thomme et les autres animaux sont formés ; 4^ les espèces diverses d'animaux ne peuvent résulter des pauses successives que ferait, dans sa marche, Vévolution de r embryon humain. — Soi. Les arguments tirés de Vanatomie des animaux, pour établir Vunité de type et Vunité de composition de tout le règne animal, manquent de solidité. — 3o2. Ob" ject. L'observation a constaté que Fembryon humain passe par toutes les formes animales, depuis la plus élémentaire jusqu'à la plus élevée. — 3o3. Rép, Cette prétendue ressemblance de Tembryon humain avec les formes des différents animaux est démentie par les observations de plusieurs savants physiologistes. — 304. Cette théorie de Vunité de type^ dans le règne animal, paraît en outre contenir un pur et grossier matérialisme. Pag 76«82
ART. III. — Du lien dynamique et du lien téléologique des choses
§§ 3o5. L'ordre cosmique^ ou Tordre de l'univers, est formé par la réunion du lien dynamique ou des causes efficientes et du lien téléolo^ gique ou des causes finales. — 3o6. U existence du lien dynamique est niée par les disciples de Malebranche et par ceux de Leibnitz ; quant au lien téléologique^ il est anéanti par tous ceux qui rapportent la formation du monde au concours fortuit des atomes, ou à la force inhérente à la matière cahotique. «- 307. Pour Malebranche, le lien cosmique résulte de V action immédiate de Dieu ; pour Leibnitz il se résume dans Vharmonie préétablie par Dieu entre les substances de l'univers. — 3o8. Le prétexte dont s'autorisent Malebranche et Leibnitz pour supprimer tout lien dynamique entre les choses n'est point fondé en raison. — 309. Outre cette preuve indirecte de l'existence du lien dynamique, il est facile de prouver directement que l'homme, les bêtes, les plantes et les corps inanimés eux-mêmes sont doués d'une certaine oc/iviï^. — 3 10. La preuve directe de Vaiciion mutuelle des choses de l'univers les unçs sur les autres n'offre pas de difficulté non plus. -— 3i I. Nier l'action mutuelle des choses ce serait tomber dans le Pyrrhonisme. — 3 12. Il nous reste à établir l'existence du lien téléo^ logique, «- 3i3. L'existence de ce lien est niée par les Atomistes et les Panthéistes, par Robinet et les autres Matérialistes des deux derniers siècles ; Bacon et Descartes avaient préparé la voie à cette opinion ; en« fin les Positivistes et VÉcole matérialiste allemande repoussent tout lien téléologique entre les choses. — 314. Son existence est au contraire reconnue par Platon et Aristote, par les Pères et les Docteurs scolastiques ; et, dans les temps modernes, par Leibnitz et les nombreux défenseurs des saines doctrines ; enfin par Bernouilli, Newton, Cuvier, de Blainville et les plus savants interprètes de la nature. — 3i5. L'im«
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portance exceptionnelle de cette question tient à ce qu'elle touche à la démonstration même de l'existence de Dieu. — 3i6. Les arguments a posteriori qui établissent Texistence des causes finales se tirent du spectacle de l'univers . — 3 17. L'argument a priori doit être disposé différemment suivant les adversaires : si Ton admet que Dieu a créé le monde, on doit reconnaître qu'il s*est proposé une fin en le créant. —
3 18. Si l'adversaire n'admet pas que Dieu soit l*auteur de Tunivers, on lui prouvera que chaque créature agit naturellement pour une fin. —
319. A ceux qui admettent les causes efficientes, nous dirons : nier les causes finales c'est nier toutes les autres. — 3 20. L'existence des causes finales démontrée, il est facile d*en déduire l'existence du lien téléolO' gique, — 321. Il est nécessaire que les choses de ce monde se rapportent à une cause finale unique qui soit placée hors du monde. — 322. Résumé de la discussion précédente. — 323. Elst-il vrai que les causes efficientes et les causes finales nous soient totalement inconnues ? Leur recherche peut-elle nuire au progrès des sciences naturelles ? — 324. Tout homme qui ne fait pas profession de scepticisme doit reconaître qu'il est possible de s'élever des choses qui tombent sous les sens à la connaissance de celles qui leur échappent. — 325. Pour ce qui regarde les causes efficientes^ plusieurs savants, Herschell entre autres, ont flxé les indices qui permettent de constater le rapport de causalité qui peut exister entre deux phénomènes. — 326. La connaissance des fins par lesquelles les choses s'enchaînent, n'offre pas de plus sérieuses difficultés. — 327. Cette démonstration est encore plus facile en présence d'adversaires qui admettent que Dieu est Vauteur de tout ce qui existe. — 328. L'histoire des sciences naturelles confirme manifestement les preuves que nous venons de donner. — 329. .L'opinion qui prétend que l'investigation des causes efficientes et finales est nuisible au progrès des sciences natutelies est absolument fausse : i<> La chose est évidente pour ce qui regarde les causes efficientes. «^ 33o. Il faut en dire tout autant des causes finales, — 33 1. Argument général comprenant toutes les preuves développées plus haut. ■— 332. /« Object. Bacon et Descartes : Les phénomènes de la nature doivent être expliqués par leurs causes prochaines et non par leurs causes éloignées, — 333. Rép, La connaissance des causes finales ou éloignées des phénomènes est précisément très-utile pour nous faire découvrir les lois et les principes mécaniques qui les produisent. — 334. 2« Object, Descartes : Par l'investigation des causes finales on arrive à connaître le pourquoi des choses, mais ce qu'il importe d'en connaître, c'est le comment. — 335. Rép, Personne n'en disconvient, et s'il importe aussi de rechercher lepotrrquoi des choses, c'est qu'il peut conduire le Phisicien à découvrir^ ou au moins à mieux connaître comment elles sont. — 336. 3^ Object, Descartes : C'est une témérité de rechercher les fins des choses. — 337. Rép, Il n'est pas téméraire du tout de rechercher les fins que Dieu s'est proposées, s'il les a mises lui-même à notre portée. — > 338. 4» Ob' ject. Bacon : I^schercher les fins pour expliquer les phénomènes, c'est recourir aux hypothèses. — > 339. Rép, II est faux que l'on soit obligé de recourir aux hypothèses, si l'on recherche la fin des choses ; d'aîl-
leurs Ton a vu en logique Vutilité que Ton peut tirer des hypothèses elles-mêmes. — 340. 5* Object, Buffon : Recourir aux causes ^««to pour expliquer les phénomènes de la nature, c'est supposer que dans la nature tout se fait pour quelque cause morale ; ce qui est ridicule. — 341. Rép. Les choses naturelles sont les causes physiques de leurs effets, elles n'en sont pas les causes gnorales ; car la cause morale est celle qui connaît la fin de son acte. — 342. 6^ Object. Deluc : La recherche des causes finales a pu favoriser l'athéisme. — 343. Rép. C'est le contraire qui a lieu : l'argument que l'on en tire pour prouver l'existence de Dieu est le plus à la portée de toutes les intelligences. P. 83-91