DE LA NATURE
§ 344. La disposition convenable des choses pour une même fin constitue Vordre de la nature ; et la marche constante et uniforme que l'on remarque en elles est le résultat des lois de la nature. Pag • . 92
ART. I. — Notions préliminaires sur Vordre de la nature
§§ 345. Le mot de nature pris dans son acception rigoureuse signifie Fessence considérée comme principe d'opération ; l'essence est la rai-' son spécifique des choses, mais la nature en indique la raison dynami^ que. — 346. Le mot nature signifie encore tantôt le principe d^ opéra" tion inhérent aux choses naturelles, tantôt les causes naturelles agissant en vertu d'une propension qui leur est inhérente, tantôt Vuniversalité des choses créées. — 347. On appelle naturel ce qui constitue la nature ou ce qui l'accompagne et la suit ; le surnaturel au contraire est ce qui surpasse les propriétés et les forces de toute nature créée. — 348. Gorollaires : i** Le naturel est donc tout ce que Dieu, comme créateur, accorde à la nature, en tant qu'elle est créée ; le surnaturel est tout ce qui surpasse cette condition de la nature; 2* Le surnaturel opposé au naturel doit être entendu dans un sens absolu et non dans un sens re" latif. — 349. Nous prendrons ici le mot nature pour Vuniversalité des choses créées et ce qu'elles réclament^ à l'exclusion de ce qui est au-dessus d'elles. — 35o. U ordre, considéré dans sa raison propre ou dans Tessence qui le constitue, peut être défini : La juste disposition de plusieurs choses relativement à leur fin. — 35 1. Il y a autant d'ordres divers qu'il y a de choses diverses entre lesquelles l'ordre peut être établi ; les principaux sont : l'ordre physique, l'ordre logique^ l'ordre moral et Vordre politique. — 352. Une autre division très-célèbre c'est la division de Tordre en naturel et en surnaturel. Pag .... 92-94
ART n. — Existence de Vordre naturel et possibilité de Vordre
surnaturel
§§ 353. Les Sceptiques et les Manichéens seuls nient l'existence de Vordre naturel. — 354. L'existence de Vordre surnaturel est au contraire niée par un grand nombre de philosophes modernes : par les Panthéistes, les Déistes, et par les Matérialistes.*- 355. Plusieurs anéan-
t54 table analytique
tissent le surnaturel par leurs systèmes, sans en nier ouvertement Fexis* tence : les Fatalistes, les Rationalistes, Gioberti. — 356. L'existence de Tordre dans le monde doit être prouvée par des arguments a priori plutôt que par des raisonnements a posteriori. — 357. 1° Si Dieu est l'auteur de Tunivers^Tordre existe nécessairement dans le monde ; 2® si toutes les choses de Tunivers concourent à former un système unique^ il existe un certain ordre dans le monde. — 358. Outre l'ordre géné^ rai, il existe plusieurs ordres particuliers.^^ SSg. Lai possibilité de Tordre surnaturel ne répugne ni du côte de Dieu^ ni du côté des créa' tures, ni du côté de l'ordre créé. Pag 95-97
ART. iii. — De la nature des lois physiques
§§ 36o. Nous dirons d'abord ce que sont les natures des choses ; nous parlerons ensuite de la nature des lois. — 36 1. Les natures des choses sont-elles contingentes ou sont-elles nécessaires ? Descartes, Hume, et Jean de Salisbury soutiennent que les natures des choses sont contingentes ; par un excès contraire, les Panthéistes, les Fatalistes et les Matérialistes les regardent comme absolument nécessaires. — 362 . C'est là une double erreur : car les choses sont contingentes ou nécessaires suivant qu'on les considère relativement à Dieu, ou en elles-mêmes. — 363. Ainsi les natures des choses sont nécessaires et immuables sous le rapport de leur essence ; il en est de même pour ce qui regarde leur énergie et leur puissance propre. — 364. Il y a deux espèces de lois physiques : les lois particulières, qui régissent les opérations des natures individuelles, et les lois générales, qui relient ensemble les opérations des natures diverses. — 365. Le monde est régi par des lois soit particulières soit générales ; 1° sans ces lois on ne concevrait pas Texistence de V ordre dans l'univers. — 366. 2** IJobservavation de la nature prouve manifestement la même vérité. — 367. 3° Le témoignage du genre humain en est une nouvelle confirmation. — 368. Ces lois sont-elles nécessaire^ ou sont-elles simplement contingentes ? Les Panthéistes, les Fatalistes, les Déistes et les Matérialistes sont pour la nécessité ; les Atomistes, les disciples de Descartes et de Locke nient que ces lois soient nécessaires et immuables. — 369. Ces deux opinions s'écartent 'également de la vérité ; car les lois de la nature sont immuables ou contingentes suivant la manière dont on les considère, — 370. On ne peut mettre en doute la constance des lois de la nature, soit qu'on les considère en elles-mêmes, soit qu'on les considère/?ar rapport 4 Z?/ew qui les a établies, Pag 97-101
ART. IV. — Des miracles et d'abord de la notion du miracle
et de ses diverses espèces
§§ 371 . Le miracle est un fait surnaturel^ extraordinaire et sensible : la fin que Dieu se propose dans le miracle exige que le fait miraculeux ait ces trois caractères. — 372. La division des miracles éclaircira cette définition. — 373. On peut diviser les miracles en trois classes : les miracles quoad substantiam^ les miracles quoad subjectum et les miracles quoad modum, -^ 374. La première classe renferme les miracles
COSMOLOGIE l55
qui surpassent par leur essence les forces de toute nature créée; la seconde classe comprend les faits qui surpassent les forces naturelles du sujet où ils dopèrent ; la troisième comprend les faits qui surpassent la nature dans la manière dont ils se produisent. — Z'jS. Les faits mira« culeux du premier et du second degré s^appellent encore des miracles secundum rem, ceux du troisième conservent le nom de miracles quoad modum. — 376. Ces genres de miracles peuvent être les uns et les au« très au-dessus de la nature, contre la nature, ou en dehors ide la nature. •^ 377. Le merveilleux ne doit pas être confondu avec le miracle ; le fait merveilleux est celui dont la cause est occulte et qui semble repugner au sujet où il se manifeste. — 378. Benoît XIV a tracé les règles à suivre pour discerner les vrais miracles des faits purement merveil" leux, — 379. Les fausses définitions des miracles sont dues, les unes aux Incrédules, les autres à certains Apologistes chrétiens. — 38o. La définition du miracle donnée par Spinoza et celle de Locke doivent < être principalement signalées. — 38 1 . Il est visible que Spinoza confond le vrai miracle avec le fait simplement merveilleux ; la définition de Locke mérite le même reproche* — 382. Parmi les fausses définitions des Apologistes chrétiens, celle ô!Houteville doit attirer surtout notre attention. — 383. Cette définition du miracle est fausse et conduit à la négation du miracle lui-même. Pag 101 -io5
ART. V. — De la possibilité des miracles
§§. 384. La possibilité des miracles est rejetée par les Panthéistes, par les Déistes et les Incrédules des deux derniers siècles, par Jules Simon et Saisset, par les Rationalistes et par les Positivistes français et allemands. — 385. Il y a miracle soit lorsque Dieu réalise dans les choses quelque effet que la nature ne peut produire, soit lorsqu'il empê" che un effet qui devrait suivre naturellement Faction d'une cause na« turelle. — 386. Or personne ne peut douter que Dieu ne puisse opérer dans les choses ces deux genres d'effets. — 387. L'ordre qui existe dans le monde est l'œuvre de la volonté libre de Dieu ; rien donc ne s'oppose à ce que Dieu opère certaines choses en dehors de cet ordre. — 388. i»"* Object. Les lois générales sont des décrets divins ; or il ne peut rien arriver contre les décrets de Dieu. — 389. Rép, Dieu, qui est l'auteur libre de la loi générale et des effets qui en dépendent, peut soustraire quelque effet à cette loi, sans suspendre la loi elle-même. — 390. Instance : Les effets des décrets divins suivent la condition des décrets eux-mêmes. •—> 391. Car les effets sont la conséquence nécessaire de ces décrets. — 392. Par la raison que Dieu veut les choses comme elles existent, de même qu'il les conçoit comme elles sont. — 393. Rép. La connaissance et le vouloir ne se distinguent ni entre eux ni de Vê" tre divin ^ si on les considère en Dieu ; mais le vouloir divin^ considéré par rapport aux choses de la nature, diffère et de la science divine et de Vêtre divin. — 394. 2« Object. S'il existait des miracles, les lois de la nature ne seraient pas immuables. Or il répugne, soit du côté de Dieu soit du côté de la créature, que les lois de la nature varient. —
l56 TABLE ÂNALTTIQUE
395. Rép. Il ne répugne ni du côté de Dieu ni du côté des créatures que les lois particulières changent io6-iio