‹ Compendium de la philosophie chrétienne comparée avec les doctrines des philosophes anciens et des philosophes modernes d'après SanseverinoChapitre 34 sur 119 · CHAPITRE SEPTIÈME. — de l'origine du monde · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME. — de l'origine du monde

ART. I. — Opinion des philosophes sur Vorigine du monde

§§. 396. Les opinions des anciens sur l'origine du monde peuvent se ramener à quatre : La première fut professée par les Hylozoïtes, par les Âtomistes et Platon ; elle admettait non Téternité du monde, mais Vétemité de la matière, — 397. La seconde soutient que le monde a toujours existé dans Tétat où il se trouve aujourd'hui ; Âristote en fut le principal défenseur. — 398. La troisième opinion est celle des Pères et des Docteurs scolastiques : ils enseignent que le monde n'a pas toujours existé^ et qu'il a été fait du néant, ex nihilo. — 399. Enfin les Néoplatoniciens enseignent, pour concilier les opinions précédentes, que le monde a été créé par Dieu de toute éternité, — 400. Opinions des modernes: Descartes soutient que le monde est formé parle con'cours des atomes, mais il ajoute, pour rester chrétien, que Dieu est Vauteur de la matière et de ses lois. — 401. D'autres veulent ou bien que le monde ait toujours existé^ ou qu'il se soit développé peu à peu en vertu d'une force inhérente à la matière ; d'Holbach est pour la première hypothèse, et BUchner pour la seconde ; d'après les Panthéistes, le monde n'est qu'une émanation de Dieu même. — 402 . Origène enseigna que le monde a été créé de toute éternité; Robinet, Voltaire, Montesquieu et Cousin suivent à peu près l'opinion d'Origène. — 4o3. Emile Saisset dit que le monde a été créé par Dieu, et qu'il est néanmoins infini dans le temps et dans Vespace, mais d'une infinité re/ative, Pag iio-iii

ART. n. — Démonstration de la théorie chrétienne

§§ 404. La création telle que la Bible nous la raconte et que l'ont expliquée les Pères et les Docteurs est seule conforme à la raison. — 4o5. Preuve indirecte: Des cinq hypothèses que l'on peut faire, celles qui sont contraires à la théorie chrétienne sont absurdes ; l'hypothèse panthéiste sera réfutée dans la Théologie naturelle, — 406 . Quant à celles de Platon et d'Aristote, elles font la matière immuable et néces' saire, ce qui répugne. — 407. Si la matière était incréée, Dieu n'aurait eu aucune action sur elle. — 408. En outre, si la matière n'avait pas été faite par Dieu, rien n'aurait pu sortir d'elle. — 409. Enfin la puissance de Dieu ne serait pas infinie, s'il avait eu besoin d'une matière préexistante pour opérer. — 410 . Il est encore plus absurde que le monde ait été formé par la rencontre fortuite des atomes. -^411. Même en les supposant incréés, les atomes sont impuissants à former chaque chose et le monde avec l'organisation qu'il présente. — 412. i* Les atomes ne peuvent produire ni les qualités que nous observons dans les corps, ni la variété des natures corporelles. — 4i3. 2« Ni, a/or-* tiori^ les êtres doués de raison, ou de quelque faculté cognitive quelconque. — 414. 3* Enfin, Inorganisation du monde ne peut être l'œu-

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vre des atomes. — 41 5. La théorie chrétienne est donc la seule hypothèse qui soit capable d'expliquer l'origine du monde. — 416. Preuve directe : Les choses dont le monde se compose n'ont pas Vêtre par soi ; donc elles reçoivent Vêtre d'ailleurs. — 417. Les choses reçoivent leur être de Dieu par création, — 418. Lors même que le monde, comme le veut Platon, aurait été tiré d'une matière in forme ^ il faudrait encore admettre que la matière informe a été tirée du néant par la puissance divine. — 419. Il est manifeste que Dieu ne peut être ni la cause matérielle du monde, comme l'enseigne David de Dinant, ni la cause formelle^ comme le soutient Amaury de Chartres. — 420. Au contraire, Dieu est la cause exemplaire du monde, comme il en est la cause efficiente. — 421. Il nous reste à réfuter les objections des philosophes qui nient la possibilité de la création, ou qui prétendent qu'il est impossible de la démontrer. — 422. /»*« Object. D*après l'axiome : Exnihilo^ nihilfit; donc. — 423. Rép, L'axiome est vrai en ce sens que le néant ne peut être ni la cause efficiente ni la cause matérielle du monde ; mais le mot création signifie simplement la production d'une chose, dans l'être, suivant toute sa substance^ c'est-à-dire sans matière préexistante^ ou ex nihilo, — 424. 2« Object, La création ne pourrait être qu'une action transitive ; or l'action transitive répugne. — 425. Car l'action transitive exige un sujet où elle puisse passer. — 426. Rép, L'action exige un sujet si elle est successive ; mais elle ne réclamefaucun sujet préexistant, si elle est instantanée: or telle est l'action créatrice. — 427. Object. de Gioberti : L'homme possède la connaissance de la création par Vintuition de Vêtre créant les existences et non par démonstration. — 428. Rép. Il est controversé si les anciens ont eu quelque idée de la création, mais il est faux qu'elle ne puisse être démontrée. — 429. Preuve de l'object. La création n'est susceptible d'être démontrée ni a priori ni a posteriori,'^ ^Zo, En effet, la démonstration a priori est impossible, parce que Dieu étant la cause libre du monde, l'existence du monde n'en résulte pas nécessairement ; la démonstration a posteriori est impossible aussi, parce que l'esprit doit se dépouiller de la connnaissance du monde avant toute démonstration, mais celle-ci manque alors de fondement. — 431. Rép. i« Gioberti fait confusion : Rechercher si Dieu est la cause du monde, n'est pas la même chose que rechercher s'il en est la cause créatrice : la démonstration, soit a priori soit a posteriori^ de cette dernière assertion suppose la démonstration de la première. — 432. 2° Cette observation faite, nous répondons: L'argument dont se sert Gioberti pour attaquer la démonstration a priori est plus étendu dans la conclusion que dans les prémisses. — 433. 3** L'argument par lequel Gioberti essaie d'établir que la démonstration a posteriori est impossible, pèche aussi en plusieurs points. — 434. Notre démonstration écarte tout danger de panthéisme. — 435. Object, de l'auteur anonyme : Là création ne peut se prouver qu^indirectement ou par V absurde; or cette preuve ne donne pas la raison scientifique de la chose. — 436. Il est faux que la création ne puisse être prouvée que par des preuves indirectes; d'ailleurs, les preuves indirectes donnent également une connaissance cer-

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taine et incontestable. —437. Instance : La démonstration directe est impossible. — 438. Dans cette sorte de démonstration la conclusion se déduit toujours de principes antérieurement connus, principes absolus ou contingents, — 439. Or la conclusion qui établit la création du monde ne peut se déduire ni de principes absolus ni de principes contingents. — 440. Rép. L'objection oublie Thypothèse oiila conclusion est tirée de prémisses dont l'une est absolue et Tautre non-absolue ou contingente, — 441. Object. du P. Ventura : La création est une idée infinie ; donc Tesprit humain ne peut la concevoir. — 442. Rép. L'acte créateur est infini en soi^ mais il n'est pas infini dans son objet ; d'ailleurs il y a une différence essentielle entre connaître Vexistence d'un acte et avoir la compréhension de cet acte. — - 443. Instance : Si la création n'a pas été connue par les Platon et les Aristote, c'est qu'elle n'est pas à la portée de la raison humaine. — 444. Rép, Nous avons vu qu'il est controversé si Platon et quelques autres païens n'ont pas eu quelque idée de la création ; quoi qu'il en soit de cette controverse, il est certain que, la création une fois connue^ elle a pu être démontrée par de solides arguments. Pag 111-120

ART. m. — Réfutation des philosophes qui affirment la nécessité

de la création

§§ 445. Le monde a-t-il été créé de toute éternité, ou bien a*t-il été créé dans le temps ? — 446. C'est un dogme défini par l'Église, que le monde a été créé dans le temps; mais le philosophe chrétien doit établir que ce dogme n'est contredit par aucun principe rationnel. — 447. On peut démontrer, soit directement soit . indirectement^ qu'il n'est pas nécessaire que le monde soit créé ab œterno, i^ Dieu n'agit pas en venu d'une nécessité quelconque dans la production des créatures ; il n'est donc pas nécessaire que la créature existe de toute éternité,

— 448. 2^ Si Dieu était la cause nécessaire du monde, cela proviendrait, ou bien de ce qu'il l'a produit par nécessité de nature^ ou bien de ce qu'il Ta créé âiune volonté nécessaire et non d'une volonté libre. Or ces deux hypothèses sont inadmissibles. — 449. La démonstration indirecte se tire de la réfutation des arguments adverses. — 450. !»"« Object, Si Dieu avait créé le monde dans le temps, il aurait changé. — 45 1 . Car il aurait passé de la puissance à Vacte. — 452. Rép, En Dieu Yaction ne se distingue pas de Vessence ; lorsque Dieu crée, il produit un effet nouveau, mais il ne produit pas une action nouvelle ; la nouveauté de l'effet ne prouve donc pas que Dieu ait changé. — 453. ire Instance : Le terme d'une action éternelle doit être éternel comme elle. — 454. Rép. Rien n'empêche que l'action divine ne soit étemelle et que l'effet de cette action n'existe qu'au moment précis voulu par Dieu.

— 455. 2e Instance ; Si Dieu a créé le monde dans le temps,!il est devenu créateur et roi dans le temps ; il a donc changé. — 456. Rép. Les relations de créateur et de roi qui existent entre Dieu et les créatures sont réelles pour celles-ci, mais elles sont purement logiques en Dieu.

— 457. 2« Object. Si le monde avait été créé dans le temps, il faudrait dire que Dieu existait avant le monde, ce qui est absurde. — 468. Car

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il suivrait de là que Dieu existerait lui-même dans le temps ^ et que le temps a existé avant les créatures. — 469 . Rép, Si nous disons que Dieu a existé avant le monde, ou que le monde a commencé d'exister après Dieu, ce n^est pas que nous placions le temps en Dieu, mais c'est parrimpuissancejoù nous sommes de nous exprimer autrement — 460. 3* Object. Dieu étant infiniment bon doit réaliser ce qu'il y a de meilleur; or l'existence étemelle du .monde vaut n^ieux que son existence dans le temps ; donc. — 461. Rép, Cette objection est fondée sur Vop' timisme et sur la possibilité de la création ab œterno : deux points dont l'un est absurde^ et dont l'autre est au moins controversé, — 462. 4» Object. Si Dieu a créé le ifionde dans le temps, il s'est reposé ptn'^ dant toute l'éternité, et il a créé le monde dans un temps plutôt que dans un autre sans raison suffisante, ce qui est absurde. — 463. Rép. Ces deux conséquences ne découlent nullement de la doctrine qui enseigne que le monde n'est pas éternel. — 464. De ce que Dieu a créé le monde dans le temps, on n'est pas forcé de conclure que Dieu était en repos avant la création du monde. — 465. On devrait dire que le monde a été créé avec le temps et non qu'il a été créé dans le temps ; on pourrait même dire sans erreur que le monde a toujours existé. — 466. 5« Object, Bersot et Saissct : Une cause en acte de toute éternité doit, de toute éternité, produire son effet. — 467. Rép. Si cette cause est libre^ elle n'est pas contrainte de produire son effet ab œterno, — 468. 6^ Object, Saisset : Lés défenseurs de la création éternelle n'attribuent au monde qu'une éternité relative ; ils évitent ainsi les inconvénients que présenterait Véltvmxé absolue du monde. — 469, Rép, Les arguments que Ton oppose à la création ab œterno repoussent la nécessité de l'éternité relative du monde tout autant que la nécessité de son éternité absolue, — 470. Nous réfuterons dans la Théodicée l'opinion des philosophes qui, à l'exemple de Cousin, déduisent l'éternité de la création de sa nécessité, Pag 121-125

ART. IV. — Si le monde aurait pu être créé ab œterno

§§ 471. Si Dieu a pu créer le monde abanernOy il est impossible de prouver par la raison seule que la création du monde n'est pas éternelle. — 472. Saint Thomas et plusieurs autres Docteurs soutiennent la possibilité de la création ab œterno ; Albert le Grand, saint Bonaventure et un grand nombre d'autres nient cette possibilité ; Scot et Ockam regardent Topinion de saint Thomas comme la plus probable, — 473. Les Pères et les autres auteurs chrétiens, semblent nier la possibilité de la création éternelle. — 474. Les modernes soutiennent en général l'impossibilité de la création ab œterno ; le P. Tongiorgi Ta soutenue naguère avec beaucoup d'énergie ; cependant plusieurs Scolastiques, Wolf et quelques-uns de ses disciples restent fidèles à l'opinion de saint Thomas. — - 475. Nous donnerons d'abord les raisons probables qui semblent établir que la création a dû se faire dans le temps ; nous discuterons ensuite les arguments des adversaires de saint Thomas. — 476. Les raisons probables reposent sur la tradition.^ sur Vhistoire et sur le peu d'ancienneté de& sciences et des arts. —' 477. Le

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premier argument repose sur Vopinion des anciens Sages et sur la tradition des peuples les plus anciens. — 478. Le secondfargument est fondé sur les monuments de V histoire sacrée et de Vhistoire profane, — 479. Les caractères de nouveauté que présentent les sciences et les arf5 fournissent le troisième argument. — 480. Nous allons répondre maintenant aux arguments des adversaires de saint Thomas. — 481. — i»"« Object, Tout ce qui a été fait doit avoir un commencement de durée ; or le monde a été fait ; donc. — 482. Rép, La création étant une action in5tantanée et non une action successive^ il n'est pas nécessaire que Dieu soit antérieur au monde par la durée. —483. /»*« Instance, Le monde, qui est Teffet de cette action instantanée^ a dû avoir un commencement ,de durée. — 484. Parce qu'il a reçu Vêtre après le non^être. — 485. Rép» Cela est vrai de la création telle qu'elle existe ; mais la création, ou la production ex nihilo, n'exige pas absolument que le monde ait reçu Vêtre après le non-être : cette expression ex nihilo signifie seulement que Vêtre n^a été tiré d'aucune autre chose. — 286. 2e Ins^ tance : L'expression ex nihilo signifie proprement que ce qui est créé reçoit Vêtre après le néant, — 487. En effet, lorsque Dieu crée les choses, il les pose hors de lui-même: ce qui suppose qu'elles n'existaient pas auparavant. — 488. Rép. Cette supposition est absurde : i® parce qu'elle confond l'cternitc avec le temps; 2° parce qu'elle admet l'existence du temps avant la création des choses. — 489. 3* Inst. : Si l'on ne pouvait assigner l'instant où Dieu a créé le monde, il n'y aurait aucune difiElé-* rence entre la création et la conservation, ce qui est absurde. '— 490. Car la création dénote un être nouveau, tandis que la conservation indique un être déjà existant, — 491. Rép, : Cette différence que l'on établit entre la création et la conservation est une vraie pétition de principe ; en effet cette notion de l'acte créateur est rejetée par les Thomistes. — 492. 2^ Object, Si le monde existait de toute éternité, on pourrait dire qu'il est éternel, ce qui répugne à toute créature. — 493. Rép, Dans toute hypothèse, V éternité essentielle répugne à la créature, mais l'éternité imparfaite qui est susceptible de succession ne lui répugne pas. — 494. 3* Object. Si le monde existait ab œtemo, il faudrait admettre l'existence d'une multitude infinie. — 495. Rép. S'il est vrai qu'il ne peut exister une multitude inûnie simultanée, il est au moins douteux qu'une multitude infinie successive répugne. — 496. 4e Object, Si le monde avait été créé ab œterno^ il s'ajouterait chaque jour un jour nouveau aux jours déjà écoulés, ce qui est évidemment absurde. — 497. Il suivrait de là que l'infini serait capable d'accroissement et qu'un infini pourrait être plus grand qu'un autre. — 498. Rép, L'infini simple est certainement incapable d'augmentation, mais l'iniini relatif peut recevoir quelque addition du côté par où il est fini. — 499. Argument de S. Thomas : L'impossibilité de la création ab CBterno ne provient ni du côté de Dieu^ ni du côté du monde, ni du côté de r action créatrice elle-même, Pag i25-i3o

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