CHAPITRE HUITIÈME — de la perfection du monde
§§ 3oo. Les opinions sur la perfection du monde peuvent se ramener
à trois : Les uns veulent que le monde soit imparfait ; les autres qu'il soit le plus parfait possible ; enfin les troisièmes soutiennent que le monde est parfait en son genre^ sans être le meilleur possible. — 3oi. Les Athées et les Manichéens, partisans de la première opinion, seront réfutés dans la Théodicée ; présentement nous examinerons si le monde est le meilleur possible au sens des Optimistes. Pag. . . 1 3o
ART. I. — Histoire abrégée de V Optimisme
§§ 5o2. Avant Leibnitz, VOptimisme fut professé par Platon et Plotin, dans l'antiquité ; dans le moyen âge, par Abélard et Wichef, enfin il l'a été par Malebranche dans les temps modernes. — 5o3. Pour Leibnitz, le monde est le meilleur des mondes possibles, parce qu'il manifeste les perfections divines autant que le permet la nature des choses créées ; il apporte deux arguments a priori à Tappui de son système : le premier est tiré de Vinfinie perfection de Dieu et le second est fondé sur le principe de raison suffisante. — 504. Pressé par ses adversaires, Leibnitz finit par rattacher l'opinion de l'optimisme à la théorie du progrès continu. — 5o5. Solidement réfuté par Bayle et par Clarke, Voptimisme rencontra néanmoins de nombreux partisans, dont Wolf est le plus connu ; il a été ressuscité de nos jours par Francisque Bouillier. Pag i3o-i3i
ART. II. — Réfutation de VOptimisme
§§ 5o6. Notre but est uniquement de réfuter ceux des partisans de \' optimisme qui reconnaissent que le monde a été librement créé par Dieu ; ceux qui le dérivent du panthéisme seront réfutés ailleurs. — 507. // répugne qu'il y ait un monde qui soit le meilleur possible : i» parce que la série des mondes possibles est infinie. — 5o8. 2» parce que, s'ils entendent par Ih le monde le meilleur dans tous les genres de perfections, ils tombent dans le dualisme; s'ils veulent parler du monde le meilleur sous certains rapports seulement, leur théorie croule d'ellemême. — 309. 3« parce que, si le monde créé était le meilleur des mondes, il devrait manifester la bonté Divine de la manière la plus parfaite possible, ce qui est absurde. — 5 10. Bouillier croit sortir d'embarras en disant que ce monde est le meilleur possible^ en ce sens seulement qu'i7 progresse dans son ensemble du bien au mieux à Vin» fini ; mais ce monde étant toujours fini , il ne sera jamais le meilleur possible. — 5ii. En outre le progrès continu à l'infini, que Leibnitz et Bouillier attribuent au monde, est une pure fiction. — 5 12. Outre qu'il est absurde en soi^ l'optimisme conduit ^ de funestes conséquences : d'abord il impose des limites à la puissance divine. — • Si 3. Si Dieu a créé le meilleur des mondes, sa puissance est épuisée» — 514. L'opinion de Leibnitz ouvre la voie à l'opinion d'Abélard et de Wiclef, qui affirment que Dieu ne peut faire que ce qu'il a fait, — 5 1 5. Enfin l'optimisme assujettit Dieu à une tri^ pie servitude, comme dit Bayle. — 5 16. i» Dieu est contraint de créer tel monde plutôt que tel autre.— 5 17. 2^ Dieu est contraint de créer le monde. — 5 18. 3^ Il est contraint d'organiser le monde et de le
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gouverner par tels moyens déterminés à l'exclusion de tous les autres. — 5 19. Baylc a donc raisoii de dire que l'optimisme assujettit Dieu k un fatalisme plus que stoïque, — 5 20. i^ Object. de Leibnitz : Si Dieu n'avait pas créé le meilleur des mondes possibles, il eût agi sans raison suffisante. — bii. Rép, Dieu, il est vrai, n'a pu créer le monde sans raison, mais cette raison doit être cherchée en Dieu et non dans la perfection plus ou moins grande des créatures. — 522. 2« Object. de Leibnitz : Si Dieu n'avait pas créé le monde le plus parfait, il aurait dérogé à sa bonté et à sa sagesse infinies. — 523. Rép, Puisque la notion d'un monde plus parfait que tous les mondes possibles répugne. Dieu ne déroge ni à sa sagesse ni à sa bonté en ne créant pas le meilleur des mondes ; d'ailleurs nous sommes d'avis que Dieu devait créer un monde qui i^l parfait en son genre. — 524. Object. de Malebranche : Ce monjde est le meilleur possible s'il a un prix infini. Or en l'unissant à Dieu, son auteur, le Verbe fait homme lui a donné un prix infini. —525./?^. L'optimisme de Malebranche est cow/raire soit aux principes d'une saine philosophie^ soit aux enseignements de la théologie catholique, Pag. , i3i-i35