‹ Compendium de la philosophie chrétienne comparée avec les doctrines des philosophes anciens et des philosophes modernes d'après SanseverinoChapitre 40 sur 119 · COMMENT SE FAIT L^UNION DE L^AME ATEC LE CORPS · texte numérisé non relu

COMMENT SE FAIT L^UNION DE L^AME ATEC LE CORPS

69. Le philosophe catholique ne doit pas ignorer que cette doctrine est confirmée par renseignement de T Église. En e£fet le concile de Vienne déclare hérétique quiconque oserait affirmer que « Tâme humaine ou Pâme intellective n'est point par soi et par essence la forme du corps humain (i). » Le concile de Latran a défini directement que Pâme intellective « est vraiment, par elle-même et essentiellement la forme du corps humain.^» Dans ses Lettres encycliques à Parçhevêque de Cologne, Pie IX déclare également que « Tâme raisonnable est par soi la forme vraie et immédiate du corps. » Ainsi, tandis que dans ces définitions la théorie scolastique se trouve enseignée en propres termes, tous les systèmes des philosophes modernes s'y trouvent condamnés.

70. Plusieurs philosophes catholiques répondent à cet argument que ces conciles et Pie IX n'ont voulu ni définir la théorie scholastique ni condamner toutes les opinions contraires à cette théorie. Mais, si Ton examine attentivement les paroles que nous avons citées, on se convaincra facilement qu'elles ne diffèrent en rien de la théorie scolastique et partant que toutes les opinions qui la contredisent sont en opposition avec la doctrine catholique.

71 . Genovese dit que le concile de Vienne (2), en définissant que Vâme est la forme du corpSy ne détermine pas la manière dont elle Yinforme et dont elle lui donne la vie. Le concile ne dit pas seulement que Tâme est la forme du corps ; sans dire avec les Scolastiques qu^elle en est la iovxnt substantielle, il parle d'une manière équivalente, car il ajoute qu'elle en est la forme jp^r soi et par essence, ou essentiellement.

72. Corsini prétend de son côté que par ces mots, per se et essentialiter^ les conciles de Vienne et de Latran ont uniquement voulu dire que Tâme raisonnable est le principe de toutes les opérations spirituelles de l'homme, sans rien décider au sujet des opérations corporelles. Il est au contraire manifeste que ces conciles ont voulu dire par là que l'âme communique son être au corps et compose avec lui une substance complète unique ; mais, si le corps reçoit son être de rame raisonnable, il est nécessaire que les opérations végé-

(j) Clémentines^ De summa Trinitate et Fide catholica. (2) Sess. VIII, Constit. Apostolici regiminis.

tatives, appelées corporelles par Corsini, soient produites à la fois par le corps et par rame raisonnable elle-même.

ji. Il est facile^ dans la théorie scolastique, d'expliquer comment Pâme agit sur le corps et le corps sur rame. En effet, puisque, dans cette théorie, Tâme est la forme substantielle du corps, il s'ensuit que Vêtre de l'âme et du corps est unique, et comme l'opération suit Vêtre, d'après la maxime de r École, il en résulte que Tâme et le corps doivent naîu^ rellement influer l'un sur l'autre. En outre, comme Târae est la forme substantielle du corps, elle doit être le principe intrinsèque d'où le corps tire sa vertu d'opérer, et par suite elle doit être aussi, de concert avec le corps, le sujet des puissances au moyen desquelles le corps produit ses opérations. Or, si rame est le principe d'où le corps tire sa .vertu d'opérer, et si ce n'est pas le corps tout seul, mais tout le composé humain qui est le sujet des puissances au moyen desquelles le corps exerce ses opérations, il est nécessaire non-seulement que l'âme puisse mouvoir les membres du corps à l'opération, mais encore que les opérations du corps refluent d'une certaine manière sur l'âme. Enfin, pour la même raison, c'està-dire parce que l'âme est la forme substantielle du corps, les facultés supérieures et les facultés inférieures de Thomme s'unissent toutes sans exception dans l'essence de Pâme comme dans leur racine. Or l'union simultanée de nos facultés dans une même racine exige que leurs opérations aient une mutuelle influence les unes sur les autres. Par conséquent, si Ton admet la théorie scolastique sur les principes constitutifs de rhomme, on doit admettre également que Tâme a le pouvoir d'agir sur le corps et que le corps peut agir sur l'âme (i).

(i) Écoutons saint Thomas: t Suivant Tordre de la nature, à cause de l'union qui existe entre les puissances de Pâme dans une même essence, et à cause de Tunion de Tâme et du corps dans Vêtre unique du composé humain^ la puissance supérieure et le corps lui-même influent mutuellement l'un sur l'autre et se communiquent leur surabondance. De là vient qu'à la suite d'une appréhension de l'âme, le corps peut éprouver quelquefois de la chaleur ou des frissons, revenir à la santé ou tomber malade et aller jusqu'à mourir; car certaines personnes sont mortes de joie, de tristesse, ou d'amour. Réciproquement, les modifications du corps influent sur l'âme. On sait en effet que l'âme unie au corps participe à la complexion de celui-ci, pour ce qui est de la folie, delà docilité et autres manières d'être. De même, les puissances supérieures influent sur les inférieures ; par exemple, un acte éner-

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ARTICLE SEPTIÈME

Opinions de Henri de Gand^ de Scot et de Tôngiorgi

sur cette question

(Tom. III, pag. 63-8 1)

74* Tout en admettant, suivant la doctrine des conciles de Vienne et de Latran, queTâme est la forme du corps, le P. Tôngiorgi nous paraît s^éloigner ensuite de cette doctrine dans Texplication qu^il en donne ; mais, comme il reproduit les idées de Henri de Gand et de Scot, nous discuterons leurs opinions en même temps que la sienne. D'après saint Thomas et la plupart des docteurs scolastiques, Tâme est tellement la forme du corps que le corps reçoit tout son être de rame et quMl n'y a pas d'autre forme que Tâme dans Thomme. Au contraire, Henri de Gand (i) et Duns Scfot (2) soutinrent que dans le corps, en outre de la forme qui Tanime, il existe une forme plus élémentaire qui le constitue d'abord dans Vêtre corporel, forme à laquelle Scot donna le nom de corporéité.

75. Le P. Tôngiorgi, suivant la pensée de Scot, enseigne aussi que la matière informée par Tâme, ce n'est pas la matière première^ mais un corps organique ; par conséquent le corps humain, comme corps, posséderait d'après lui un être propre, distinct de Vêtre que Tâme lui communique.

76. Le système de Henri de Gand et de Scot ne peut être défe?idu ni en lui^même^ ni de la manière dont le P. Ton-giorgi Va modifié.

77. Et d'abord ces philosophes admettent de nom l'union substantielle de l'âme et du corps en la supprimant défait. Car, si le corps est déjà constitué avant son union avec l'âme, celle-ci s'ajoute à lui comme une forme accidentelle et

gique de la volonté peut soulever la passion dans l'appétit sensitif, et une profonde méditation peut ralentir ou même arrêter tout à fait les fonctions de la vie animale. Les puissances inférieures influent aussi sur les puissances supérieures ; par exemple, la .violence ;des passions qui ont leur siège dans Tappétit sensitif obscurcit parfois la raison et lui fait juger comme absolument bonne la chose que la passion convoite ; » Qq. dispp. De Ver., q. XXVI, a. 10 c.

(1) Quodlib. /, q, 2 et 5.

(2) In lib. IV, Sentent.^ Distinct. XI, q. 3, a. 2.

partant elle ne compose point avec lui un tout substantiel et unique.

78. Cette argumentation porte surtout contre Scot et Henri de Gand, qui admettent que Tunion de Tâme et du corps est substantielle en ce que Pâme est la forme substantielle du corps. Car, si Tâme s^unit au corps comme sa forme substantielle, on ne peut admettre aucune forme de corporéitê dans le corps ; parce que Vêtre substantiel étant unique en chaque chose, toute forme qui vient s'ajouter au corps déjà constitué dans son être n'est plus qu'une forme accidentelle.

79. D'après le P. Tongiorgi, l'union de Fâme et du corps est aussi substantielle, mais ce n'est point parce que l'âme est la forme substantielle du corps, c*est parce que la substance de l'âme compénètre la substance du corps de telle sorte que les forces du composé humain résultant de cette compénétration diffèrent des forces de l'âme et des forces du corps.

80. Cette explication nous paraît absurde : i^ parce que la compénétration n'est possible qu'entre des substances corporelles ; 2* parce que cette compénétration ne peut se faire naturellement ; 3° parce que, si elle avait lieu, Pâme et le corps ne formeraient plus deux substances distinctes, comme le soutient Tongiorgi.

81. En outre, l'explication du P. Tongiorgi détruit l'union substantielle de l'âme et du corps ; car, si malgré leur compénétration l'âme et le corps restent des substances distinctes, chacune d'elle conserve son être propre ; or, entre deux choses dont chacune conserve son être propre, il n'y a pas d'union substantielle possible ; si quelque union s'établit entre elles, cette union est purtmtnt accidentelle.

82. L'union substantielle de l'âme et du corps ne peut naître non plus de ce que l'âme se répand dans la substance du corps et combine ses propres forces avec les siennes de manière qu'il en resuite des forces nouvelles différant des unes et des autres. Car il faudrait pour cela que les substances d'où dérivent ces forces formassent par leur union une substance complète unique. Or le P. Tongioi^i rejette cette union substantielle.

83. D'ailleurs ces forces nouvelles ne peuvent exister sans un sujet auquel elles adhèrent; or dans l'hypothèse du P. Tongiorgi ce sujet fait complètement défaut. En effet, il repu-

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gne d'attribuer ce rôle soit à la seule substance de Tâme soit à la substance seule du corps ; car on ne peut attribuer à une substance des forces qui ne découlent pas exclusivement de son essence . On ne peut non plus l'attribuer aux deux réunies, puisque, d'après l'auteur, ces deux substances restent distinctes et ne s^unissent point de manière à former une substance unique. Mais, si V(9n ne trouve rien dans l'homme qui puisse être le sujet de ces. forces, leur existence doit être niée ; parce que toute propriété, toute force, réclame nécessairement un sujet.

84. La combinaison des forces de Fâme avec celles du corps supposerait par conséquent la combinaison des substances elles-mêmes. Mais, comme Tobsefve saint Thomas, une telle combinaison entre l'âme et le corps est impossible ; car les choses qui se combinent subissent une certaine a//^ration ; or Tâme qui est immatérielle n'est pas susceptible de s'altérer (i) ; ainsi donc l'âme et le corps ne peuvent ^e combiner tn^tmblt pour former la substance unique deThomme.

85. Pour éclaircir sa théorie, le P. Tongiorgi fait observer que, dans les combinaisons chimiques, le composé acquiert des propriétés nouvelles qui n'ont aucune analogie avec celles des substances simples composantes. Mais cet exemple compromet sa théorie au lieu de la servir ; parce qu'il n'admet pas que les substances simples en se combinant entre elles produisent des composés ayant une substance unique. Par conséquent, lors même que nous accorderions à l'auteur que dans l'homme les forces de l'âme se combinent avec celles du corps, il ne pourrait pas en conclure que Tâme et le corps s'unissent suivant la substance, ou essentiellement^ comme il s'exprime. De plus, le P. Tongiorgi ne nie pas que l'âme ne soit immédiatement la forme du corps. Mais, si l'âme et le corps ne s'unissaient, comme il l'enseigne, que par leurs qualités^ l'âme ne pourrait s'appeler Ifa forme immédiate du du corps, par la raison qu'une chose ne peut être la forme immédiate d'une autre, à moins qu'elle ne s'unisse avec elle, non-seulement suivant Vopération^ mais encore suivant Vêtre.

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