‹ Compendium de la philosophie chrétienne comparée avec les doctrines des philosophes anciens et des philosophes modernes d'après SanseverinoChapitre 41 sur 119 · Par conséquent, Tunion substantielle de Tâme et du · texte numérisé non relu

Par conséquent, Tunion substantielle de Tâme et du

|i) Contr, Genu, lib. II, c. 56, n. i et a.

corps ne peut résulter, comme Tongiorgi l'affirme, de ce que Pâme se répand dans tout le corps et combine ses forces propres avec celles du corps.

87. En détruisant Tunion substantielle de Tâme et du corps dans rhomme, la théorie de Tongiorgi anéantit Vunité de nature et Vunité de personne. Car, ainsi que nous Pavons montré plus haut, l'unité de nature et l'unité de personne présupposent Tune et Tautre l'union substantielle de l'âme et du corps.

88. Nous voulons terminer cette discussion par ces quelques lignes de saint Thomas : « C'est en vertu d'une seule et même forme substantielle que tel individu est une substance, qu'il est un corps, un corps animé, ainsi du reste... Car la forme plus parfaite donne toujours à la matière ce que lui donnerait une forme moins parfaite et quelque chose en plus (i). »

89. La doctrine de Henri de Gand et de Scot soit en ellemême, soit de la manière dont l'explique le P. Tongiorgi, nous paraît en désaccord avec les définitions doctrinales des conciles précités, où il est dit que l'âme est par soi, essentiellement et immédiatement la forme du corps. Car d'après la théorie de ces docteurs l'âme ne serait la forme du corps que d'une manière médiate et accidentelle.

90. /*•« Objection. Henri de Gand : La forme ne peut donner aux choses un être opposé au sien propre ; or Vêtre de Pâme et Vêtre du corps, comme corps, sont mutuellement opposés ; donc Pâme ne peut être la forme du corps, considéré comme corps.

91. Réponse: Quoique Tâme et le corps, comme tel, soient deux natures diverses, cependant Pâme contenant en puis^ sance tout Vêtre que le corps possède en acte, il n'est pas impossible qu'elle lui communique son être. En outre. Pâme et le corps sont de diverse nature si on les considère chacun à part ; mais, entant qu^ils s unissent pour constituer l'homme, l'âme et le corps sont deux, parties d'une même nature.

92. :s^ Objection. Scot: L*âme ayant disparu, le corps humain reste un vrai corps ; donc il existe dans tout corps animé, outre la forme qui en fait un corps vivant^ une forme de corporéité qui en fait un corps.

(i) In lib. 11^ De Anim.j lect. L

Comment se fait l^union de l'ame avec le corps 2gf

g3. Réponse : Si Ton s'en tenait au seul témoignage des sens, le corps d*où Tâme s'est retirée paraîtrait appartenir encore à la même espèce que le corps vivant ; mais, si nous interrogeons la raison, les apparences font place à la réalité. En effet, la vie du corps organique dérive de son être^ parce que Yêtf'e est en chaque chose le principe de ses opérations. Donc le corps organique perd son être en perdant la vie ; mais il ne peut perdre son itre sans en acquérir un autre. Par conséquent le corps humain en perdant la vie perd son être de corps vivant et acquiert la forme nouvelle de cadavre ou de corps inanimé^ quMl n'avait pas auparavant.

94. Instance de quelques modernes : Dans le cadavre restent la même structure organique et les mêmes accidents que dans le corps qui est en possession de la vie ; or cette identité de structure organique et d'accidents ne peut s'expliquer par l'acquisition d'une forme nouvelle ; il est plus naturel de supposer que ce phénomène est dû à la forme de corporéité qui subsiste en lui après que l'âme s'est retirée.

95. Réponse: Cette identité de structure organique et d'accidents est purement apparente et matérielle ; la forme n'y est pour rien. Car, la;structure organique du corps humain et les autres accidents extérieurs de l'homme se rapportant à l'étendue seule^ l'identité de la matière suffît pour l'expliquer, sans qu'il soit nécessaire d'admettre en outre l'identité de forme.

96^ 3* Objection. Le P. Tongiorgi : L'Église a défini contre les disciples d'Averroès que Pâme raisonnable est la forme du corps, mais elle n'a pas défini qu'elle en fût la forme sub' stantielle (i).

97. Réponse: Il n'y a à.^ hérétique sans doute que la doctrine qui nie ouvertement que Pâme raisonnable soit la forme du corps ; mais on doit tenir pour fausse et dangereuse toute théorie qui explique l'union de l'âme et du corps d*une façon qui tend à éluder la doctrine de l'Église. Or la théorie du R Tongiorgi nous paraît avoir cette tendance, comme nous l'avons prouvé.

98. /''• Instance du même. L'Église s'est peut-être abstenue, dans sa définition, du mot substantielle, pour que les Sco* lastiques qui affirmaient que l'âme raisonnable est la forme

(i) Psycholog., lib. II, c. l, art. 3, § i85.

3o ANTHROPOLOGIE

substantielle du corps ne sMmaginassent pas qu'on avait défini leur opinion.

99. Réponse : La raison alléguée par le P. Tongiorgi est purement imaginaire. L'histoire des conciles de Vienne et de Latran ne dit rien qui puisse faire soupçonner ce motif; d'ailleurs ils ont défini que Tâme raisonnable est la forme du corps en des termes qui ne peuvent convenir qu'à la seule forme substantielle,

100. 2^ Instance. Les écoles catholiques, même après les définitions des conciles précités, ont continué à défendre leurs diverses opinions sans croire qu'elles avaient été condamnées ou approuvées ; bien plus, de nouvelles opinions ont surgi depuis, sans que l'Église ait élevé la voix pour les condamner.

10 1. Réponse: Ces considérations ne rendent pas meilleure la cause du P. Tongiorgi : i** Les diverses opinions des Scolastiques s'accordent à reconnaître que Tâme raisonnable est la forme du corps en ce sens qu'elle lui communique son être propre, tandis qu'il n'admet pas lui-même que l'âme puisse être appelée la forme du corps en ce sens ; 2** il est contraire à la vérité historique qu'aucune école ne s'appoie sur la définition de ces conciles pour soutenir son opinion, car tous les défenseurs de l'opinion aristotélico-scolastique la regardent comme fondée sur cette définition ; 3* Pie IX a condamné dans ces derniers temps l'opinion de Giinther et de ses disciples, précisément parce qu'elle portait plus ouvertement atteinte à la doctrine de ces conciles.

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