‹ Compendium de la philosophie chrétienne comparée avec les doctrines des philosophes anciens et des philosophes modernes d'après SanseverinoChapitre 43 sur 119 · L'opinion qui reconnaît trois âmes dans Thomme eut · texte numérisé non relu

L'opinion qui reconnaît trois âmes dans Thomme eut

(i) Voici le témoignage de Cicéron: t Platon, dit-il, imagina trois âmes ; il plaça la principale, ou la raison^ dans la tète comme dans la citadelle et voulut que les deux autres lui obéissent, savoir Tâme iraS" cible et Tâme concupiscible^ quUl place en divers lieux i Tâme irascible dans la poitrine et Fâme concupiscible dans les entrailles ; » Qj , Tuscul.^ lib. I, c. 10.

pour principal défenseur dans l'antiquité, outre Philon et Piutarqre, le mcJecin Galien.

log, La plupart des érudits protestants et rationalistes soutiennent que les anciens Pères de TÈglise furent presque tous partisans de la trichotomie^ système qui admet trois principes dans l'homme : un corps ^ une âme et un esprit. Mais c^est à tort; car, à l'exception d'un très-petit nombre (i), ils sont tdus partisans de la dichotomie^ qui ne reconnaît dans l'homme que Vâme et le corps. Il nous suffit de nommer saint Justin, Athénagore, TertuUien et saint Irénée. Après que les ApoUinaristes et les Manichéens se furent emparés de la trichotomie pour confirmer leurs hérésies, la dichotomie fut solidement défendue par un grand nombre de saints Docteurs (2), et le quatrième concile général de Constantinople frappa d'anathème ceux qui admettent deux âmes dans rhomme.

iio. La doctrine de Tunité d'âme ou de principe vital passa des saints Pères aux Scholastiques. Après les travaux d'Albeft le Grand et de saint Thomas, elle régna exclusivement dans l'école (3) et fut enfin définie, comme on l'a vu, par les conciles de Vienne et de Latran.

111. Au commencement de Tère moderne, Tancienne doctrine se maintint dans toutes les écoles, malgré les attaques de Cardan, de Bacon et de Gassendi ; mais, à partir de Descartes, la controverse prit des formes nouvelles, que nous allons indiquer.

112. Descartes enseigne qu'il n'y a dans l'homme qu'une seule âme ; mais il nie qu'elle soit le principe en vertu du-

(i) La trichotomie est attribuée principalement à Clément d'Alexandrie, à Origène et à Tatien. Sans doute Clément attribue parfois deux âmes à Thomme, mais on trouve dans ses œuvres de nombreux passages dans lesquels il ne parle que de l'âme et du corps. Origène est plus ouvertmeent favorable à la trichotomie. Cependant, après avoir exposé les deux opinions, il semble pencher parfois vers celle qui fait de Vâme et de V esprit un seul et même principe. Pour ce qui regarde Tatien, indépendamment de Vâmey il admet sans doute dans Thomme un esprit^ mais sous ce nom il parle de Vesprit de Dieu qui habite dans Thomme juste, et nullement d'un principe faisant partie de la nature humaine.

(2; Par exemple, S. Athanase, S. Grégoire de Nysse, S. Basile, Némésius, Théodoret, S. Jérôme, S. Ambroise, S. Augustin, Gennadius, etc.

(3) Guillaume Ockam fut presque seul à reconnaître deux âmes distinctes dans rhomme.

SI LE PRINCIPE VITAL DIFFERE DE l'aME RAISONNABLE 33

quel le corps vit et opère. Vpici son raisonnement : On ne peut attribuer à l'âme que ce dont elle a conscience ; or l'âme n^a pas conscience des opérations corporelles ; donc elle n'en est pas le principe.

1 1 3. La théorie mécanique de Descartes fut adoptée par un grand nombre de philosophes et de médecins. Sans parler de Cudworth, de Leibnitz et d'autres auteurs, le célèbre docteur allemand Stahl soutint avec tant de force la théorie de Tunité du principe vivant dans l'homme, qu'il a mérité de lui donner son nom (Stahlianisme).

1 14. La principale raison sur laquelle Stahl s'appuie pour rejeter les divers systèmes qui placent dans l'homme, outre rame intellective, une autre âme ou même deux, c'est que celles-ci étant privées de connaissance, elles ne peuvent ni diriger les mouvements du corps, ni produire quoi que ce soit qui ne puisse être l'œuvre de la matière. Mais, pour ne pas contredire Descartes, qui avait proclamé que Tâme ne peut être le principe que des opérations qu'elle connaît^ il enseigna que l'âme connaît toutes les opérations et tous les organes du corps. Elle n'en posséderait cependant, suivant son expression, qu'une connaissance obscure^ purement instinctive et sans conscience (i).

I i5. Cette controverse s'apaisa dans le siècle suivant. Une se produisit en effet dans le XVIIP siècle aucune théorie nou<^ velle, sauf la théorie de Y homme double de Buffon (2). Le célèbre zoologiste, frappé de la lutte ardente qui existe dans l'homme entre les appétits sensuels et la raison, crut qu'elle ne pouvait s'expliquer sans reconnaître en lui l'existence de deux âmes, Tune spirituelle et l'autre toute matérielle. Condillac a donné de cette théorie une réfutation qui n'est pas sans mérite (3).

1 16. Sur la fin du même siècle, cette controverse fut reprise avec une nouvelle ardeur ; Barthez (4), de l'École de Montpellier, à l'exemple de Bordeu, qui l'avait précédé dans la même Faculté de médecine, enseigna que tous les phénomènes du

(i) Theoria medica vera, Physica^ sect. I, memb. III, § 3.

(2) Discours sur la nature des animaux,

(3) Traité des animaux^ Impart, ^ch, 3.

(4) Nouveaux éléments de la science de l'homme.

corps humaia sont produits par un principe sut generis qui diffère soit de l'âme raisonnable, soit des lois mécaniques des corps, soit de leurs forces physiques, et auquel il donna le nom dt principe vital. Mais, tandis que Bordeu avait placé dans chaque organe un principe particulier de ses opérations vitales, Barthez fit dépendre d^un principe unique tous les phénomènes de la vie» sans décider s'il se distingue réellement du corps ou s^il est seulement Tune de ses propriétés.

117. A partir de cette époque les médecins et les philosophes se divisèrent sur cette question en Animistes et en Fttalistes. Les premiers soutiennent avec Aristote et le docteur Stahl que Vâme raisonnable est le principe de tous les phénomènes de la vie ; les seconds, au contraire, soutiennent avec Barthez, qu'il existe dans Thomme, outre Tâme raisonnable et le corps, un principe de vie qui préside à tous les phénomè* nés vitaux.

118. Le vitalisme fut adopté, en France, par les médecins de Montpellier et particulièrement par Lordat et ses élèves ; les principaux philosophes français, tels que Maine de Biran et Jouffroy, l'adoptèrent également. Cependant IV nimisme y compta aussi de.zélés défenseurs ; il suffit de citer Tissot et Bouillier qui ont écrit de savantes dissertations sur cette controverse.

119. En Allemagne, l'animisme a toujours conservé depuis Stahl de nombreux partisans ; mais il s'y montre presque toujours sous la livrée du panthéisme. Dans ces derniers temps, Giinther a proposé, dans ce même pays, une nouvelle espèce de vitalisme qui attribue à une âme corporelle^ distincte de Vesprit^ les fonctions animales et végétatives.

120. En Italie, le célèbre P. Ventura entreprit, dès Tannée MDCCCXXVIII, la restauration de la théorie catholique de l'unité du principe vital dans l'homme d'après la doctrine de saint Thomas. Plus récemment le P. Liberatore, dans son livre Del composto umano^ a défendu la même doctrine avec autant de science que d'érudition. D'autres en grand nombre n'ont pas tardé à les suivre.

121. Dans ces derniers temps, l'École de médecine de Paris a vu naître un nouveau système auquel on a donné le nom d^Organicisme owàtSolidismeÇi). Ses défenseurs, persua-

(i) Ce système est appelé organicisme parce qu'il fait dépendre les

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