Quelques organicistes prétendent, il est vrai, que les
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organes existent tout formés dans le germe de Tanimal et qu^ils se développent insensiblement en vertu de la force vitale qui leur est inhérente. Mais^ lors même que Tembryon contiendrait les membres de Tanimal, comme il n'y a pas d'effet sans cause^ il faudrait encore recourir à un principe actif qui les eût formés dans Pembryon ; or ce principe ne pourrait présider à la formation des organes s'il n'était distinct de la matière du corps.
128. La théorie que nous venons d'exposer sur la génération du corps de Tanimal fut commune aux philosophes an- ^ciéns et aux philosophes du moyen âge ; combattue par Descartes et généralement abandonnée après lui, elle a été restaurée depuis par les Animistes et par les Vitalistes. Un fait digne de remarque et déjà observé par les ancien» (i), c'est que les jeunes bêtes sont poussées par instinct à certaines actions vitales avant même l'apparition des organes appropriées à cette sorte d'action. Or, comme cette impulsion ne peut provenir que du principe vital, il est manifeste que ce principe n'est pas une simple modification des organes.
129. La conservation de la pie dans l'homme nous fournit la troisième preuve. Il a été reconnu par une foule d'observations et d'expériences, i^ que les molécules dont les corps organiques se composent changent perpétuellement, la matière du corps se renouvelant en entier dans un laps de temps déterminé ; 2^ que, malgré ce remplacement perpétuel des molécules matérielles du corps vivant, la forme ou le type de l'animal reste toujours le même. Or, s'il en est ainsi, il est manifeste que le principe vital se distingue de la matière du corps ; car, s'il ne s'en distinguait pas, la forme ou le type de l'animal ne pourrait subsister tandis que toutes les molécules se renouvellent.
1 30. Enfin, les circonstances qui accompagnent la mort du corps humain en sont une autre preuve. En effet, on dit que le corps organique meurt lorsqu'il perd la vie ; nous le
(i) Lucrèce et Galien avaient déjà observé que le veau, par exemple, s'exerce à donner des coups de tête avant même que son front soit armé de ses cornes. Voici les vers du poète (De natura rerum^ lib. V, vers. 1084 et io35):
Comua nataprius vitulo quamfrontihus extent, lUis iratus petit, atque infensus inurget.
nommons alors cadavre. Or, si la vie était la conséquence naturelle de l'organisme, comme l'affirment les organicistes, on ne comprendrait pas pourquoi les organes sont privés de vie dans le cadavre, alors qu'ils restent matériellement les mêmes au moins pendant quelque temps.
ARTICLE TROISIÈME
Réfutation des Organicistes qui admettent plusieurs
principes vitaux
(Tom. III, pag. 111-122)
1 3 1 . Nous avons prouvé que la vie du corps humain devait être rapportée à un principe distinct de la matière ; nous ajoutons : // est faux qu'il y ait, dans le corps humain^ autant de principes vitaux que d^ organes.
i32. Bordeu, suivi par Fouquet, renouvelant en quelque sorte la théorie de Van Helmont, soutint qu'il y a dans chaque corps animé, outre la vie commune à tout le corps, autant de vies particulières que d'organes. Nous ferons simplement appel, pour réfuter ce système, à l'observation psychO' logique et à l'observation physiologique, i* S'il existait dans le corps humain autant de principes vitaux que d'organes, il y aurait par là même autant de sujets vivants qu'il y a d'organes corporels ; parce que des principes d'opérations qui ne se ramènent pas à l'unité de principe réclament plusieurs sujets d'opérations. Or le témoignage de la conscience nous dit qu'il n'existe au dedans de nous qu'un seul sujet des diverses opérations que nous exerçons au moyen de différents organes. Qui n'a constaté, en effet, qu'il n'existe en lui-même qu'un seul et unique sujet, lequel recueille les diverses sensations, perçoit leurs différences, imagine, respire, digère, et accomplit en un mot toutes les opérations vitales ? Il est faux par conséquent qu'il y ait dans notre corps autant de principes vitaux que d'organes.
1 33. Saint Thomas éclaircit cet argument par l'exemple des \oophytes. Lorsqu'on divise un zoophy te en plusieurs parties, chaque partie exerce les diverses opérations de la vie animale et de la vie végétative. Or cela n'aurait pas lieu si cha-* que organe de l'animal exerçait ks opérations qui lui sont
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propres au moyen d'un principe vital distinct des principes vitaux des autres organes.
134. 2* D'après tous les physiologistes, Vharmonie qui existe entre les divers organes du corps humain est telle quMl résulte de leur union un composé corporel formant un tout par soi et agissant en quelque sorte comme un seul organe. Or, si chaque organe, au lieu d'exercer certaines fonctions spéciales du même principe vital qui les f;i/orme tous, avait un principe vital qui lui fût propre^ le corps qui résulterait de leur réunion serait un tout par accident et nullement un tout par soi. II est donc faux que chaque organe jouisse d'un principe de vie qui lui soit propre.
i35. En outre, il est aujourd'hui reconnu psu* les physiologistes que les nerfs forment un système unique appelé système nerveux. Mais, si le système nerveux est unique, il est évident que le principe d'où les différents organes tirent leur vie doit l'être également, puisque les organes ne sont que des parties du système nerveux.
i36. C'est pourquoi nous sommes d'avis que Barthez, malgré son erreur, a bien mérité des sciences physiologiques en combattant les théories de Van Helmont et de Bordeu sur la multiplicité des archées et des principes vitaux.
li'j. Bordeu commit une autre erreur; persuadé que la vie consistait uniquement dans la sensibilité^ il enseigna que chaque principe de vie jouit d'une sensibilité particulière et possède des sensations propres, tellement qu'il y aurait autant de sensibilités spéciales et d'espèces diverses de sensations qu'il y a d'organes corporels en nous. Foùquet, l'un des disciples de Bordeu, nous apprend que les partisans de cette théorie singulière furent appelés sensibilistes. Avant de la discuter nous exposerons les opinions analogues de Haller et de Bichat.
1 38. D'après Haller, on trouve dans le corps humain deux facultés: l'une qui est placée dans les nerfs et par laquelle il sent, la sensibilité^ et l'autre par laquelle il se meut, l'irntabilité^ qui se trouve placée dans les muscles ; il ajoute que la vie réside dans ^irritabilité et non dans la sensibilité^ comme Bordeu l'avait cru. Bichat, de son côté, soutient que le corps humain jouit d'une double vie : l'une intérieure et organique qui préside à la nutrition, et l'autre extérieure
OU animale qui met le corps en relation avec les choses placées hors de lui ; ces deux vies se distinguent l'une de l'autre en ce que chacune possède une sensibilité et une irritabilité ou contractilité propres .
iSg. La réfutation de ces doctrines montrera de plus en plus combien est absurde Topinion des auteurs qui attribuent au corps hucpain une vie qui ne se distinguerait pas des différents organes du corps .
140. Et d^abord la théorie de Bordeu et des autres sensibilistes pèche sous plusieurs rapports : i^ ils font de la sensibilité Tapanage du corps seul^ tandis qu'elle n^appartient ni au corps seul ni à Tâme seule, mais à tout le composé humain ; 2® ils attribuent la sensibilité à tous les organes du corps humain, tandis qu^elle n'appartient qu'aux seuls organes des sens. Or, comme la sensibilité constitue Tanimai, il suivrait de la théorie de Bordeu que le corps humain serait un grand animal résultant de la réunion d'un grand nombre de petits animaux.
141 . En outre, cette théorie est très-éloignée de la doctrine que nous avons enseignée dans la Dynamilogie (7J, où nous avons*prouvé : i* que le principe de la vie sensitive est unique dans chaque individu et qu'il est distinct des organes ; 2* que ce principe acquérant des propriétés diverses dans les divers organes exerce différentes opérations sensitives ; 3^ que les organes sont seulement les instruments divers de l'âme raisonnable qui les informe.
142. Haller ne s'éloigne pas moins de la vérité que Bordeu lorsqu'il refuse la puissance vitale à la sensibilité pour l'attribuer à Yirritabilité seule ; car les opérations qui sont dépendantes de la sensibilité proviennent évidemment du même principe intérieur que celles qui sont sous la dépendance de Y irritabilité.
143. Il nous reste à parler de Bichat, que les médecins de l'école de Paris regardent comme leur dernier chef. Sa division de la vie en vie animale et en vie organique n'est fondée sur rien de solide ; car, bien qu'elles aient chacune des organes propres, ces deux vies présentent les mêmes phénomènes de sensibilité et de contractilité .
(i) Dynamilogie^ oh. II, art. 6.