SI LE PRINCIPE VITAL DIFFERE DE L^AME RAISONNABLE 4I
144. De plus, cette division de la vie est absurde sous di* vers rapports : i^ parce que dans la notion d'animal se trouvent renfermées la notion de la vie extérieure ou de relation et la notion de la vie organique ou nutritive.
145. 2* Parce que les différences qu'il établit entre la sensi^ bilité animale et la sensibilité organique^ entre la contractilité animale et la contractilité organique, étant purement accidentelles, ne constituent pas deux vies d^une nature diverse.
146. D'ailleurs la plupart des physiologistes reconnaissent aujourd'hui qu'il n'existe qu'une seule sensibilité et une seule contractilité dans le corps humain et que de leur union résulte la vie unique de l'animal ; seulement bon nombre d'entre eux se trompent en ce qu'ils ne veulent pas que ce principe soit distinct des nerfs et des muscles.
ARTICLE QUATRIÈME
Réfutation du vitalisme et démonstration de V animisme
(Tom. III, pag. 1 22-1 36)
147. La vie du corps humain ne peut être rapportée, on l'a vu, ni aux lois mécaniques^ ni aux forces physiques ; elle ne réside pas non plus dans une force vitale inhérente aux organes ; il nous reste à décider si ce principe, qui est distinct des organes, n'est autre que Tâme raisonnable, ou s'il est distinct à la fois et de l'âme et du corps.
148. Le philosophe chrétien ne saurait douter que Y âme ne soit le principe vital du corps humain. Car, outre que cette doctrine a été définie dans le quatrième Concile général de Constantinople (i), cette proposition peut être regardée comme un simple corollaire de cette autre proposition, égale-
(i) 1 Quoique Tancien et le nouveau Testament enseignent que l'homme n'a qu'une seule âme, à la fois raisonnable et intelligente... ; cependant certains esprits, prêtant Toreille aux inventions d'hommes pervers^ en sont venus à une telle impiété qu'ils affirment impudemment que l'homme possède deux âmes et cherchent à confirmer cette hérésie par les raisonnements d'une folle sagesse. C'est pourquoi ce saint et universel concile, s'empressant d'arracher cette détestable opinion qui germe comme une très-parnicieuse zizanie,... élève la voix pour anathématiser les inventeurs de cette impiété, leurs fauteurs et tous ceux qui partagent leur manière de voir ; ■ Cf. act. VIII, can, II, apud Collet., vol. X, col. 638 et 639.
42 AITTHROPOLOGIS
ment définie par l'Ëglise, que l'âme raisonnable est la forme essentielle ou substantielle du corps humain. En effet, comme dans les choses la forme est le principe des opérations par là même qu^elle est le principe de Vêtre, dire que Tâme raisonnable est la forme essentielle ou substantielle du corps humain c'est affirmer qu'elle est le principe de toutes les opérations de ce même corps.
149. Mais, pour démontrer V animisme par des at^ments purement rationnels, nous avons à résoudre les difficultés des vitalistes plutôt qu'à fournir des preuves directes ; car Tunité du principe vital dans Phomme nous étant manifestée par le témoignage constant et habituel de la conscience et s^appuyant sur le témoignage de tous les hommes, les Vitalistes ne l'ont méconnue que parce qu'ils ont cru qu'elle était en contradiction avec les principes de l'anthropologie et de la psychologie.
i5o. Le principe vital n^ est pas distinct de l'âme raisonnable. En effet, à Texception d'un petit nombre de médecins et de philosophes, tout le monde, Barthez Tavoue lui-même, a toujours admis l'unité de principe dans Thomme. Observons le langage habituel de Phomme du peuple, il dit nonstultmtnt je pense^ je peux f mais je sens ^ je souffre ; et nonstnl^ment je pense^ je sens^je souffre^ mais encore ye mange^ je grandis j je cours. Or ces façons de parler et autres semblables qui sont habituelles à tout le monde indiquent su£&samment que les hommes regardent le principe qui pense en nous comme identique avec le principe qui sent et avec le principe qui végète. Donc la théorie scolastique est fondée sur le témoignage du genre humain.
i5i. Cette commune persuasion est fondée elle-même sur le témoignage de la conscience. En effet, chaque homme sent qu'il est le sujet unique qui pense^ qui veut et qui produit toutes ses opérations vitales ; or, si dans l'homme Pâme raisonnable était différente du principe qui sent et qui v^ète, l'homme ne sentirait pas qu'il est le principe unique de ces diverses opérations ; car chacun de ces principes substantiels aurait ses opérations propres et distinctes. Donc l'unité du principe vital dans l'homme s'appuie aussi sur le témoignage de la conscience.
i52. Nous empruntons à saint Thomas(i) trois arguments,
(I) I, q. LXXXVI» a. 3 c