Quelques auteurs, ^ fondant sur ce que l'âme hu
(1) I, q. LXXV, a. 5 c.
DB l'immatérialité DE l'AME HUMAINE Io3
maine est une forme immatérielle qui exclut de son concept toute espèce de matière, en ont conclu que cette âme était la même pour tous les hommes. Nous prouverons, contre Averroès et les autres partisans du Monopsychisme^ qu'il existe autant d'âmes distinctes qu'il y a d'individus, et partant qu*il n'y a pas d'Orne universelle dans le monde.
396. Suivant Averroès, Tâme intellective est la même chez tous les hommes, parce que Fintellect est une certaine substance séparée qui se manifeste dans chaque homme s'unissant à lui par les fantômes de Timagination.
397. // existe autant d'âmes distinctes qu'il y a d'hommes, i^ L'immatérialité de Tâme humaine n'exige pas que Pâme humaine soit la même dans tous les hommes . En effet, sans dépendre de la matière, Tâme humaine incline naturellement vers le corps comme vers le complément de son espèce ; or, comme la matière constitue le principe d'individuation, les âmes diffèrent numériquement entre elles en ce que chacune aspire à s'individualiser dans un corps différent.
398. 2® L'unité de Pâme intellective pour tous les hommes est contredite parla raison. Car l'homme reçoit son unité du principe qui Vinforme en lui donnant Yêtre. Mais, si ce principe informateur était le même pour tous les hommes, les hommes ne seraient pas distincts les uns des autres. Il y a par conséquent autant d'âmes que d'hommes.
399. 3^ L'expérience repousse également l'opinion des Afonopsychites. Diaprés ces philosophes, l'intelligence séparée dégagerait des fantômes de Timagination, par son intellect agents les espèces intelligibles et les percevrait ensuite par son intellect possible. Or cette théorie est contredite par le témoignage de la conscience, qui atteste que nous sommes et la cause et le sujet de nos intellections^
400. Pour expliquer ce fait expérimental, les Monopsychites répondent que les fantômes, au moyen desquels les âmes s'unissent ou se continuent^ comme ils disent, avec l'intellect séparé^ sont cause que chaque homme jouit d'une intellection propre. Mais cette explication est insuffisante. En effets ce par quoi deux choses se continuent doit être le même dans l'une et dans l'autre ; or l'espèce intelligible telle qu'elle existe dans le fantôme diffère beaucoup, comme nous l'avons prouvé ailleurs, de cette même espèce telle qu'on la retrouve dans l'intellect possible.
401. En supposant que tous les hommes s^ unissent par continuité avec l'intellect /?o^^f^/e au moyen des espèces qui sont dans leis fantômes, on ne peut expliquer comment chaque homme obtient la connaissance des choses. Car les espè* ces'fantômes d^Averroès diffèrent des espèces intelligibles que rintellect ac/f/* en dégage. Or, si Tintellect actif c{\à\ abstrait des fantômes les espèces intelligibles, si l'intellect /^o^^i/ qui les reçoit, si les espèces qui sont les intermédiaires de Tintellection se trouvent hors de Thomme et qu'il n^y ait dans celui-ci que le fantôme d*où les espèces intelligibles sont tirées, il est manifeste que, dans Punion de la fantaisie avec Tintellect actif, l'homme joue le rôle d' objet connu et non celui de sujet connaissant.
402. Quoique l'espèce intelligible et la puissance intellective soient le double moyen par lequel l'homme arrive à Tintellection des choses, cependant la puissance intellective seule se rapporte proprement à l'âme. Or, d*après Averroès, la puissance intellective ne réside pas dans Thomme. Par conséquent rhomme n'est pas un sujet capable de connaître.
403. Enfin, cette opinion fut condamnée par Léon X dans le Concile général de Latran, tenu sous son pontificat : « Avec l'approbation de ce saint Concile, dit-il, nous condamnons et réprouvons tous ceux qui disent que l'âme intellective est unique dans tous les hommes (i). »
ARTICLE SEPTIÈME
Examen du Phrénologisme
(Tom. m, pag. 3o5.3i7)
404 . Nous ne terminerons pas ce chapitre sans avoir dit quelques mots du Phrénologisme, qui n'est, sous plusieurs rapports, qu'une métamorphose du Matérialisme.
405. Dès la plus haute antiquité, les qualités extérieures de rhomme furent regardées comme un indice de ses qualités morales. Homère dépeint Achille, Agamemnon, Ulysse, autrement qu'il ne décrit Thersite. Les observations faites par Empédocle, Platon, Aristote, Hippocrate et Galien sur l'art
(i) Coneilior. collect, re^., t. XXXIV, pag. 333, Parisiis 1644.
DE l'immatérialité DE L^ÂME HUMAINE Io5
depronostiquer les qualités de Tâmepar les traits du visage et la forme extérieure du corps devinrent si importantes quUl en naquit une science conjecturale à laquelle on donna le nom de Physiognomonie. On cite comme particulièrement versés dans cette science, au moyen âge, Tarabe Avicenne et Albert le Grand.
406. Dans leXVP siècle, le napolitain Jean- Baptiste Porta publia un recueil des observations de ses devanciers, auxquelles il joignit les siennes propres. Peu d^années après, un autre italien, Cornélius Ghirardelli, publiait à Bologne un ouvrage rempli d'érudition sur le même sujet. On trouve aussi, dans les livres de Montagne, de Bacon, de Leibnitz, d'Ernesti, du médecin Lachambre, de Herder, d'utiles réflexions sur la Physiognomonie.
407. Sur la fin du XVIII* siècle, Lavater essaya d'élever la physiognomonie à la hauteur d'une vraie science. Il crut que le type de la beauté extérieure devait exactement correspondre au type de la beauté intérieure^ et que la perfection du corps humain consistait dans la juste proportion et l'accord de toutes ses parties. A peu près vers la même époque, Camper ayant remarqué que Vangle facial variait sensiblement d'un peuple à l'autre, s'imagina qu'on pourrait apprécier par la mesure de cet angle le degré d'intelligence de l'homme. Pour construire Vangle facial^ Camper tirait une ligne du trou de l'oreille à la partie inférieure des narines et en menait une autre de la partie la plus proéminente du front à la partie alvéolaire où s'implantent les dents de la mâchoire supérieure. Cette seconde ligne forme, en coupant l'autre, l'angle facial. Or l'expérience prouverait, d'après Camper, qu'il existe une proportion constante entre le plus ou moins d'ouverture de cet angle et le degré d'intelligence ou de sagacité instinctive chez les différents peuples et même chez les diverses espèces d'animaux. Mais Blumenbach estime que la variété de génie départi à chaque homme doit être appréciée d'après le développement plus ou moins considérable du crâne. En se fondant sur ce caractère, il distingue trois principales races d'hommes, la race caucasienne^ la race éthiopienne et la race mongolique ; et deux races intermédiaires, la race malaise et la Ta,ct américaine.