Si l'on suppose que l'union de l'âme avec le corps
(1) Chap. I, art. a, § 10 et suivants.
(2) Contr. hœres.y lib. Il, c. 33, n. 3.
ne s'est pas produite dès le principe parce qu^elle n^ est pas naturelhy il faut alors expliquer comment elle a pu néanmoins avoir lieu. Or, des deux raisons que Ton a alléguées, savoir la volonté de Pâme ou une cause étrangère, aucune n'est admissible. Car, si Pâme n'a aucune disposition naturelle pour s^unir avec le corps, c'est qu^elle n*a sans doute aucun besoin de lui ; comment donc aurait-elle voulu s'unir avec lui ? La seconde non plus ; parce que, si cette union n'est Tœuvre ni de la nature ni de la volonté, mais qu'elle soit l'effet d'une cause étrangère, il faut convenir qu'elle a été imposée à Tâme par la violence. Or, comme tout ce qui s'impose violemment à la nature lui est contraire, cette union serait par conséquent contre nature : ce qui est évidemment absurde.
458. Pour la même raison, Vâme n^a pas été enfermée dans un corps en punition de quelque crime . En effet, la peine est opposée au bien de la nature, c'est pour cela qu^on l'appelle un mal ; si donc l'union de l'âme avec le corps est une peine, elle n'est pas un bien pour la nature ; or Thypothèse ne peut être faite, car cette union est certainement vou lue par la nature, puisque c'est à cela que se termine la génération naturelle (i).
459. Il suivrait de cette opinion que les lois puniraient injustement du dernier supplice les grands criminels. Car, si rame a péché dans une vie antérieure et qu'elle soit enchaînée au corps en expiation de ses fautes, pourquoi, dit saint Cyrille d'Alexandrie, la loi les punit-elle de mort ? Ne serait-il pas plus rationnel de les laisser vivre longtemps dans la prison de leur corps que de les délivrer en les faisant mourir ? L'absurdité de cette conséquence prouve mieux que tous les raisonnements que l'âme n'est pas enfermée dans un corps comme dans un lieu de supplice en punition de fautes commises dans une vie antérieure (2).
(i) Contr. Gent., lib. II, c. 83* Saint Thomas argumentant contre des philosophes qui admettaient la vérité des Écritures ajoute : a II suivrait encore de là que l'entité humaine ne serait pas bonne suivant la nature. Cependant Dieu dit, après avoir créé Thomme : Dieu vit tourtes les choses qu'il avait faites et elles étaient très-bonnes* » Gen.^ c. I, V. 3i.
(i) Lib. I, In Joann.^c. IX, n. 6. Pourquoi donc, dira peut-être quelqu'un, les saints regardent-ils le corps comme une prison ? C'est parce j^ue l'homme ne peut atteindre le souverain bien en cette vie, et nulle-