‹ Compendium de la philosophie chrétienne comparée avec les doctrines des philosophes anciens et des philosophes modernes d'après SanseverinoChapitre 67 sur 119 · ORIGINE DE L^AME HUMAINE · texte numérisé non relu

ORIGINE DE L^AME HUMAINE

460. En outre, l'idée de peine implique la connaissance de la faute pour laquelle on est châtié, surtout si la peine est infligée pour Tamendement du coupable. Mais si, comme on le suppose, à raison même de son union avec le corps, Tâme oublie ce qu'elle a fait dans une vie antérieure, l'homme n^aurait aucune connaissance des fautes commises avant l'union. D'où il suit que cette punition serait injuste et même complètement inutile.

461. Enfin, on ne peut déduire la préexistence de l'âme ni de ce que le corps a été créé four l'âme, ni de ce que l'âme est immortelle. La première raison prouve seulement que rame a dû précéder le corps dans Vintention de son auteur ; car, bien que dans Tintention la fin précède les moyens, elle n'est cependant obtenue qu'en dernier lieu. La seconde raison ne prouve rien, parce que Tâme n'est immortelle qu'a* près avoir été créée.

462. On objecte que la perfection de l'univers exigeait que les âmes fussent créées dès le commencement du monde. La perfection essentielle du monde, répond saint Thomas, réside dans les espèces et non dans les individus. Or Tespèce hu* maine a été créée dès le commencement (i).

463. Admettre la création successive des âmes, dit Reynaud, c'est rendre Dieu témoin et complice de toutes les générations criminelles. Dans l'action criminelle dont il s'agit, répond le même saint Docteur, on doit distinguer entre ce qui appartient à la nature et ce qui appartient à la volonté désordonnée de l'homme. Or, Dieu coopère à l'œuvre de la nature qui est bonne, mais il ne coopère en rien à l'action déréglée de la volonté humaine (2).

464. Il n'est pas nécessaire non plus de recourir à la préexistence des âmes pour expliquer les misères de cette vie. Ces misères ont leur utilité par elles-mêmes ; car elles nous enseignent que cette vie n'est pas la fin dernière de l'homme, elles nous rappellent la faute de notre premier père, et d'ailleurs l'âme trouve la perfection de sa nature dans son union avec le corps, comme nous l'avons expliqué.

ment parce que l'union de l*ftme avec le corps est considérée par eux comme un mal.

(i) Contr. Gent.^ lib. II, c. 84.

(2) I, q.CXVIII,a. 2ad5.

465. Reynaud commet une grave erreur lorsqu'il affirme que la théorie de la préexistence des âmes n*a jamais été condamnée par l'Église. Car elle est très-eiplicitement condamnée par le premier canon de Tédit de l'empereur Justinien contre les erreurs d'Origène, canon qui fut ensuite approuvé par le V* Concile général, II* de Constantinople.

466. // est absurde que les âmes créées toutes ensemble dès le commencement aient été enfermées dans des corpus' cules organiques, i^ L'opinion de Leibnitz détruit la vraie notion de la génération. En effet, la génération de Tanimal est constituée par Tunion de l'âme et du corps ; mais, si Famé était unie à un corps organique dès Torigine du monde, la génération de Tanimal serait très-ancienne, et ce qu^on appelle de ce nom se bornerait à procurer l'accroissement d'un corpuscule animé depuis longtemps.

467. 2^ Ou bien les kaits qui préexistent dsixisl^s corpuscu-, les organiques sont purement sensitives^ ou bien celles-là seules que Dieu prévoit devoir être un jour des âmes humaines sont douées de raison. Or ces deux hypothèses imaginées par Leibnitz sont absurdes l'une et l'autre. D'abord la première ; car les formes substantielles n'étant capables ni de plus ni de moins, l'addition d'une perfection nouvelle produirait une autre espèce de forme^ comme l'addition de l'unité produit un autre espèce de nombre. Si donc les âmes étaient d'abord purement sensitives et que Dieii leur accordât ensuite la raison, il s'ensuivrait cette conséquence absurde qu'une seule et même forme appartiendrait à diverses espèces. Quant à la seconde hypothèse^ elle est tout à fait opposée aux lois de l'analogie, dont Leibnitz faisait tant de cas. En effet, l'analogie exige que si une seule de ces âmes qui préexistent, dit-on, dans des corpuscules organiques est douée d'intelligence, toutes celles de la même espèce en jouissent aussi. Leibnitz a beau dire que les âmes privées de raison ne sont pas destinées à informer des corps humains ; les grains qui servent à l'alimentation des animaux et qui ne sont pas destinés à germer se distinguentils de ceux qui doivent germer et fructifier un jour ?

468. Cette doctrine de Leibnitz nous paraît contraire à l'enseignement de l'Église. Car, le V* Concile de Latran, célébré sous Léon X, frappe d'anathème tous ceux qui dans la suite nieraient que les âmes raisonnables soient multiples

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