‹ Compendium de la philosophie chrétienne comparée avec les doctrines des philosophes anciens et des philosophes modernes d'après SanseverinoChapitre 71 sur 119 · Cette immortalité renferme trois choses: i* L'âme · texte numérisé non relu

Cette immortalité renferme trois choses: i* L'âme

(i) Mais on dit plus communément qu'une chose est immortelle ror grâce^ lorsque la nature de cette chose n'exigeant pas une perpétuelle durée, elle est néanmoins perpétuellement conservée par un effet de la

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délivrée des liens du corps doit continuer toujours à exister ; 2® elle doit continuer aussi à exercer les opérations qui sont conformes à sa nature, sans cela son existence consisterait dans une sorte de torpeur qui serait plus voisine de la mort que de la vie ; 3^ elle doit conserver la conscience d^elle-même et le souvenir de ses états précédents, sans quoi elle commencerait une autre vie plutôt qu'elle ne continuerait Tancienne, et de plus, elle ne serait capable ni de récompense ni de châtiment.

ARTICLE SECOND

Opinion des philosophes sur Vimmortalité de Pâme

(Tom* III, pag. 359-369)

479. Diaprés Cicéron, le premier philosophe qui ait enseigné l'immortalité de l'âme ce fut Phérécide de Scyros; quelques autres attribuent cet honneur à Thaïes de Milet. Mais on doit tenir pour certain que la tradition sur le dogme de l'immortalité de l'âme remonte à nos premiers pères. Thaïes et Phérécide avaient pu par conséquent le recevoir aussi par le canal de la tradition .

480. Tout le monde sait que Pythagore, Socrate, Platon et les plus illustres philosophes, admettent d*un commun accord Timmortalité de l'âme. Un grand nombre d'auteurs ont cru qu'Aristote, au contraire, la rejetait ; mais, avec Albert le Grand, saint Thomas et la plupart des Scolastiques, nous sommes d'avis que le philosophe de Stagire n'a nulle part soutenu que Tâme n'était pas immortelle.

481. Tous les philosophes qui ont enseigné que l'âme est corporelle devaient logiquement affirmer qu'il ne reste rien de Phomme après la mort. Épicure est communément considéré comme le premier théoricien du matérialisme. Lucrèce adopta sa doctrine et Ta exposée en vers élégants dans son poème De natura rerum. On cite encore Pline l'ancien, qui écrit dans son Histoire naturelle : « Dieu ne peut ni donner l'éternité aux mortels, ni rappeler les morts à la vie. »

bonté divine. C'est de la sorte, c'est^-dire par grâce^ que les corps ressuscites seront immortels, quoique les corps soient corruptibles et mortels par nature.

DE l'immortalité DE L^AME HUMAINE lîg

482. Certains hérétiques appelés Thnétopsychites (i) avaient embrassé la doctrine d^Épicure sur ce point. Ils enseignaient que l'âme humaine partage le sort de Tâmedes bêtes.

483. Cette erreur a été renouvelée dans les temps modernes par Hobbes, Toland, Voltaire et quelques physiologistes du XVIIP siècle.

484. Dans ce siècle, outre les médecins imbus du matérialieme physiologique ou phrénologique, les disciples de Schelling et d^Hégel, en Allemagne, et les partisans du progrès indéfini en France, ont attaqué chacun à sa manière le dogme de rimmortalité de l'âme. Quant à Schelling et Hegel, quoiqu'ils n'aient rien enseigné de contraire à ce dogme, leur si- Jence seul les fit justement soupçonner d'avoir méconnu l'immortalité des esprits. Mais leurs successeurs, Oken, Strauss, Feuerbach, Michelet, nièrent sans réticence l'immortalité des âmes. Il est incroyable tout ce qu'ont écrit dans ces derniers temps contre ce dogme fondamental de la philosophie les disciples d'Hegel qui rédigeaient les Annales allemandes sous la direaion d'Arnold Ruge. Strauss y déclare que le dogme de l'immortalité de Pâme est le dernier ennemi qu'il reste à terrasser sur le terrain de la science spéculative. Leur opinion, qui est à peu près la même pour tous, et qui découle des principes du panthéisme, peut se résumer en ces quelques lignes : La vie de tout ce qui existe est unique, elle est infinie, universeHe et divine. Tous les hommes possèdent une parcelle de cette vie unique ; après la dissolution du corps^ elle se replonge aussitôt dans la vie universelle. D'où il suit que les hommes perdent la conscience d^eux-mêmes et le souvenir de leurs actions passées ; en d'autres termes, ils sont dépouillés de leur propre personnalité. Cette théorie diffère à peine par les mots de celle qui était répandue chez les anciens sous le nom de palingénésie ou de régénération^ et dont les Stoïciens et le néoplatonicien Plotin furent les auteurs principaux.

485. Les partisans du progrès continu^ disciples pour la plupart de Fourrier ou de Saint-Simon, soutiennent la

(1) Ce nom formé de Ov7)to<t^ mortel^ et de ^"^yi, âme^ indique très bien la doctrine qu'ils professaient sur Tâme humaine.

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même erreur. Citons seulement Pierre Leroux et Alphonse Esquiros(i).

486. Sans révoquer en doute l'immortalité de l'âme, quelques philosophes scolastiques ont cru qu'on ne pouvait la démontrer par des arguments purement rationnels. Scot en particulier déclare que ces arguments prouvent la. probabilité de ce dogme^ mais ne le démontrent pas d^une manière apodictique. Dans ces derniers temps, le baron de Berlepsch a soutenu la fnême opinion. Pomponace de Mantoue enseignait que d'après la philosophie Tâme est mortelle, mais qu'elle doit être tenue pour immortelle d'après renseignement de la théologie. Nicolas Perrault partageait ce sentiment, car il pensait que la connaissance de l'âme est au-dessus de la science humaine. A ces auteurs, il faut joindre Locke, Leclerc et Meyer. Cousin avoue que l'immortalité de Tâmc se démontre par des arguments certains, mais il ajoute qu^il n^est pas également certain que Tâme, après la mort, jouisse ,de Tusage de ses facultés et doive recevoir des peines ou des récompenses. Enfin, Dugald-Stewart et Galluppi, conviennent que les divers arguments que Ton apporte en faveur de Pimmortalité de l'âme constituent une solide démonstration, si on les considère dans leur ensemble, mais ils n'attribuent qu^une force relative à chacun d'eux pris à part.

ARTICLE TROISIÈME

Vâme humaine est intrinsèquetnent immortelle

(Tom. III, pag. 369-387)

487. Avant de discuter les opinions des philosophes que nous venons de citer en dernier lieu, nous allons exposer les arguments que Ton a coutume de présenter pour établir que l'âme est intrinsèquement et extrinsèquement immortelle.

488. Vâme est intrinsèquement immortelle; pour démontrer cette proposition, il nous suffira d'établir que l'âme est incorruptible de sa nature.

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