Le nom de métempsycose désigne la théorie qui en
(i) 2>ynamilogie^ ch. X, art, 7, S 777 et suiv. (2) Discours de la conformité etc., $$ 2, 3, 4.
DE l'immortalité DE L'aME HUMAINE I49
seigne la transmigration des âmes d^un corps dans un autre; et parce que cette théorie suppose que l'âme cesse de vivre dans le premier corps pour recommencera vivre dans un second, ainsi de suite, cette théorie est aussi appelée palingé^ nésie^ c'est-à-dire régénération.
556. La métempsycose était généralement admise chez les Égyptiens, les Chaldéens et les autres peuples de l?Orient ; on la trouve ouvertement enseignée dans tous les systèmes philosophiques de Tlnde. Cest de là que Pythagore, Empédocle et Platon Timportèrent en Italie et en Grèce. Tous ceux qui enseignent que les âmes avaient été primitivement créées sans corps, devaient aussi enseigner le dogme de la transcorporation des âmes, comme s'exprime saint Thomas. Suivant ces philososophes, l'âme se dépouillerait d'un corps pour s^unir à un autre corps, à peu près comme on quitte un vêtement pour en prendre un autre. Suivant la doctrine de Platon, des astres où ils vivaient heureux dans la contempla* tion de la vérité, les esprits ont été précipités dans des corps humains en punition d'une faute qui nous est restée inconnue; ceux qui mènent dans ces corps une vie honnête retournent dans les astres pour y mener une vie heureuse, mais ceux qui y mènent une vie déréglée sont enfermés dans des corps plus grossiers^ et s'ils ne mettent pas fin à leur vie sensuelle, ils prendront la forme des bêtes dont les mœurs ressemblent le plus aux leurs, ainsi de suite jusqu'à ce qu'ayant renoncé à leurs passions grossières, ils retournent enfin à leur premier état de perfection. Empédocle, allant plus loin que Pythagore et Platon, crut que les âmes humaines pouvaient passer même dans les arbres et les plantes.
557. Après de longs siècles, cette doctrine a été renouvelée de nos jours par Pierre Leroux et les autres partisans du progrès indéfini. On la retrouve aussi dans les écrits plus récents du docteur Remy, de Michelet (i), de Reynaud et d'André Pezzani.
558. Nous ne perdrons pas beaucoup de temps à réfuter une erreur si monstrueuse ; elle est en effet si absurde que
(i) Dans son livre intitulé Le fetfp/é, cet auteur pousse Textrayagance jusqu'à reconnaître une sorte de parenté entre les hommes et les animaux sans raison et donne fréquemment à ceux-d le nom de fr^es.
1 5o ANTHROPOLOGIE
plusieurs ont cru que la doctrine des Pythagoriciens était purement allégorique.
559. // nepeut se faire que Pâme de rhomme transmigre de son corps dans un autre, i^ La différence numérique des âmes dépend de la différence numérique des corps dont elles sont Its formes; mais les corps sont divers entre eux ; donc les âmesi.sont aussi diverses entre elles que les corps qu^elles informent. Par conséquent il ne peut se faire qu'une seule et même âme informe successivement divers corps.
560. 2® Si la même âme informait successivement divers corps engendrés, il s'ensuivrait que le même homme serait engendré plusieurs fois, soit que Thomme consiste, comme le veut Platon, dans Tâme seule et que le corps n^en soit que rinstrument, soit que Tâme soit la forme substantielle du corps ; car, Vunité de même que Vêtre étant inséparable de la forme^ les choses dont la forme est numériquement la même sont identiques par le nombre. Or il n'est pas possible que le même homme soit engendré plusieurs fois. En effet, qui dit génération ou corruption dit changement de substance; ainsi, dans les choses qui sont engendrées et dans celles qui se corrompent, la substance ne reste pas la même par le nombre, tandis qu'elle ne change pas dans les choses qui passent simplement d'un lieu dans un autre. Il est donc absurde que Pâme qui informe aujourd'hui tel corps transmigre ensuite dans un autre pour Vinformer à son tour.
56 1. y Les formes doivent être proportionnées à leurs propres matières ; car elles sont entre elles comme la puissance est à l'acte. Or l'acte correspond toujours à une matière propre. Donc l'âme ne peut s'unir successivement à plusieurs corps (i).
56^. La transmigration des âmes humaines dans les corps des bêtes est encore plus absurde, i^ Les bêtes et les hommes diffèrent d'espèce ; or, comme les espèces sont immuables, il est absolument impossible que les âmes humaines deviennent les âmes de certaines bêtes.