La palingénésie aboutit à la destruction de Pâme
(i) L'histoire de Nabuchodonosor ne doit pas nous embarrasser. Car, d'après tous les interprètes, ce prince resta toujours vraiment homme ; $'il est dit qu'il fut changé en bête, c'est qu'il devint semblable à la bête par ses instincts grossiers et ses passions brutales pendant le temps fixé par la divine justice en punition de son orgueil.
l52 ANTHROPOLOGIE
par la manière dont elle explique son immortalité, i* Si Tesprit humain se perfectionne, comme Plotin l'enseigne, en ce qu'il va se transformant peu à peu dans TAbsoIu, il s'ensuit qu^au terme de la perfection de l'esprit humain, toute distinction disparaît entre TAbsoIu et lui. Donc la palingénésie de Plotin aboutit à la destruction de Tâme.
568. 2® Ou bien Tesprit humain diffère de l'Absolu et en est, par exemple, une parcelle détachée, comme disaient les Stoïciens ; ou bien il n'en diffère pas et n'est autre chose que r Absolu même se développant en quelque manière et se manifestant sous certaines formes, comme disent les Panthéistes modernes. Si Ton adopte la première hypothèse, Tesprit humain disparaît complètement ; car Tesprit humain ayant une nature finie, tandis que la nature de l'Absolu est infinie, il est évident que l'esprit humain ne peut être absorbé dans l'Absolu sans dépouiller sa nature propre et revêtir celle de l'Absolu même. Or dépouiller sa propre nature, qu'est-ce autre chose que disparaître et périr absolument.
569. Si Ton admet que l'esprit humain est TAbsolu même, sa transformation aboutit alors au néant absolu. En effet, comme l'Absolu embrasse tout Vêtre^ on ne peut lui opposer que le Néant absolu, qui exclut toute espèce à* être. Par conséquent, si l'esprit humain est l'Absolu même, il doit se détruire lui-même dans cette sorte de régénération*
570. D*où il suit que la palingénésie de ces philosophes détruit complètement Pimmortalité de Vâme. Nous avons vu, en effet, que le propre de l'âme est d'être quelque chose de subsistant ; or subsister c'est exister en soi-même^ et non exister dans un autre. Par conséquent, soutenir que l'âme est absorbée dans V Absolu^ revient à dire qu'elle perd son être propre, c'est-à-dire qu'elle n'est pas immortelle*
571. Les Rationalistes assimilent faussement à la jt^a/ti^nésie de Plotin la doctrine de l'auteur des livres Aréopagiti* ques, dans le passage où il dit : Vesprit humain parvenu à la simplification est absorbé dans la nuit de la divine lu-mière. Par ce mot de simplification, l'auteur de ces livres ascétiques a voulu signifier la ressemblance de l'esprit humain avec Dieu et nullement sa complète unification avec lui. De fait, plus l'âme, en parcourant les divers degrés de la vie illuminative, se détache des choses sensibles pour se tourner vers
DE l'immortalité DE L^AMB HUMAINE l53
Dieu et s'attacher uniquement à lui, plus il approche de la simplicité infinie de Dieu. La simplification donc il parle n^est par conséquent, comme il s'exprime, « qu'une divine participation à la parfaite simplicité de celui qui est .souverainement simple (i). » Si, par ce mot de simplification^ l'auteur avait voulu signifier V identification avec Dieu^ il n'aurait pas dit que Dieu amèi)e ceux qui se tournent vers lui au degré de simplicité dont chacun est capable. Car, dans l'hypothèse de V identification^ la simplification serait la même pour tous, c'est-à-dire absolue et non relative, ou diverse, suivant la capacité de chacun.
572. On ne peut dire non plus que, suivant PÂréopagite, Pâme est détruite par son union avec Dieu, ou du moins qu'elle perd sa personnalité^ sous prétexte que Vâme est absorbée^ comme il dit, dans la nuit de la divine lumière» De fait^ comme la connaissance et l'amour de Dieu perfectionnent l'âme , bien loin que Tâme absorbée par Dieu soit détruite, elle retire au contraire de cette espèce d^absorption toute la perfection dont elle est capable.
573. En voilà assez sur V Anthropologie. Saint Jean Da-* mascène la résume toute entière dans ce passage : <c Ainsi donc, l'âme est une substance vivante, simple et incorporelle ; par sa nature même, elle échappe aux yeux du corps ; immortelle, elle est douée de raison et d'intelligence ; ayant sous sa dépendance un corps pourvu d'organes, elle lui communique la vie, la croissance, le sentiment et le pouvoir d'engendrer; son esprit n'est pas différent d'elle, il en est seulement la partie la plus subtile : il est pour l'âme ce que l'œil est pour le corps. Douée du libre arbitre, elle possède la faculté de vouloir et d'agir. Enfin elle est variable, en ce sens que sa volonté peut éprouver divers changements par là même qu'elle est créée (2). »
{i) De cœlesti hierarch.^ c. I, § 2.
(2) Defide orthodoxa^ lib II, c. 12.
FIN DE l'anthropologie
INTRODUCTION
§§ I. U Anthropologie est la science de l'homme; Thomme par ses propriétés corporelles et spirituelles est comme Vanneau qui unit la nature visible avec la nature invisible. — 2. Dans cette étude, composée de huit chapitres, nous joindrons V observation au raisonnement, P. i