DIFFÈRE DE L^AME RAISONNABLE
§§ I02. Si l'âme raisonnable est la forme substantielle du corps humain, il semble superflu de démontrer qu'elle en est aussi Vuni» que principe formel. — io3. Cependant nous allons discuter la même question sous cette autre forme : Le principe formel est 'il unique ou multiple en nous/ parce qu'elle a été vivement agitée à ce point de vue dans les temps modernes. Pag 3o-3i
ART. I. — Opinions des anciens et des modernes sur cette question
§§ 104. Uopinion d'Hippocrate n'est pas très-claire, celle de Platon est moins obscure, sans être entièrement certaine ; il paraît reconnaître l'existence de trois âmes : une âme raisonnable^ une âme irascible et une âme concupiscible . — io5. Cette doctrine, enseignée d'abord p^r PythagorCy s'était transmise jusqu'à Platon, d'après certains auteurs ; d'autres soutiennent que Platon n'a voulu désigner par là que les diverses puissances de l'âme. — • 106. Il est très-certain qu'Aristote n'admit qu'une seule âme dans l'homme : pour lui^ l'âme humaine est un principe à la fois végétatifs sensitif, intellectif et moteur. — 107. A l'exemple d'Aristote, les Stoïciens et les Néoplatoniciens défendirent l'unité du principe vivant dans l'homme ; mais ils la déduisaient des principes panthéistes de leurs divers systèmes. — 108. Quant à l'opi* aion qui admet un triple principe dans l'homme, elle eut pour défenseurs Pkilony Plutarque, et principalement Gâ(/t>n. — 109. La plupart des érudits protestants et rationalistes soutiennent que les anciens Pè« res de l'Église étaient partisans de la trichotomie^ système qui admet trois principes dans l'homme : un corps^ une âme et un esprit. Cette assertion est complètement erronée ; les Pères sont tous dichotomistes, et le 4* Concile général de Constantinople frappe d'anathème ceux qui admettent i^uA' âmes dans l'homme. — no. La doctrine de l'unité du principe formel et vital passa des Pères aux Scolastiques : Ockam est peut-être le seul qui l'ait attaquée ; cette doctrine fut confirmée par les conciles de Vienne et de Latran. — m. Au début de l'ère moderne l'ancienne doctrine est combattue par Cardan, Bacon et Gassendi. — 112. Descartes enseigne qu'il n'y a dans l'homme qu'une seule âme, mais il nie qu'elle soit le principe par lequel le corps vit et opère ; d'après lui, on ne peut attribuer à l'âme que ce dont elle a conscience; tout ce qui s'accomplit dans le corps se fait (ïaprès les lois de la mécanique, •— 1 13. La théorie mécanique de Descartes fut adoptée par un grand nombre de philosophes et de médecins ; le célèbre médecin Stakl sou« tint avec beaucoup de force la théorie de l'unité de principe dans l'homme. — 1 14. Pour combattre les systèmes qui placent dans Thomme plu* sieurs principes vivants, Stahl s'appuie principalement sur ce que tout autre principe que l'âme intellective étant privé de connaissance ne peut remplir le rôle qu'on lui assigne ; c'est pourquoi il enseigne avec 5ca* liger et Perrault que l'âme connaît toutes les opérations qu'elle prqduit et les divers organes du corps. -« 1 15. Cette controverse s'apaise
dans le XVIII* siècle^ où Ton ne rencontre d'autre théorie nouvelle que celle de Vhomtne double de Buffon ; la raison et les sens se trouvant en lutte perpétuelle ne peuvent dépendre, dit-il, d'un seul et même principe ; cette théorie a été réfutée par Condillac. — 1 16. Sur la fin de ce même siècle» Barthe^y de l'école de Montpellier, enseigna que tous les phénomènes du corps humain sont produits par un principe distinct, soit de l'âme raisonnable, soit des lois mécaniques ou chimiques des corps, il rappelle |7ri«ci/7e vital, — 117. A partir de 'cette époque, les philosophes et les médecins se divisent en Animistes et en VitaliS' teSy suivant qu'ils suivent la doctrine de Stahl ou les principes de Barthez. — 1x8. Le vitalisme fut adopté /en France par Técole de Montpellier et par un grand nombre de philosophes, dont les plus célèbres furent Maine de Biran et Jouffroy ; Vanimisme a été défendu pendant la même période par Tissot, Francisque Bouillier^ Charles, etc. — 119. En Allemagne, Vanimisme a toujours conservé de nombreux défenseurs, mais il s'y montre presque toujours sous la livrée du panthéisme ; GUnther, dans ces derniers temps, a propagé en Allemagne une nouvelle espèce de vitalisme qui attribue à une âme corporelle^ distincte de V esprit y les fonctions animales et végétatives. — 120. En Italie, le P. Ventura revint à la théorie catholique de l'unité de principe dans l'homme ; plus récemment la même doctrine a été défendue avec beaucoup de science et d'érudition par le P. Liber atore. — 121 . L'école de médecine de Paris a vu naître dans son sein un système tout nouveau : VOrganicisme ou le Solidisme. Il existe dans chaque organe, disent ses adeptes, certaines propriétés vitales, différentes des propriétés physiques et chimiques, d'oii résulte la vie unique et complète du corps vivant. — 122. Le système mécanique de Descartes conserve aussi des partisans, soit en Angleterre, soit en France, soit en.Âllemagne sur* tout ; il est connu sous les noms âHatromécanisme ou d*Iatrochimis* me, — 123. Nous réfuterons d'abord les systèmes opposés à Tanimisme» et,' après avoir établi la vérité de l'animisme aristotélico^scolastique, nous montrerons les erreurs dans lesquelles plusieurs animistes modernes sont tombés ; enfin nous répondrons aux principales difficultés soulevées contre l'animisme. Pag 3i-35
ART. II. — Réfutation des Organicistes qui n'admettent
qu'un principe vital unique
§§ 124. Les Organicistes de l'Académie de Paris soutiennent que le principe d'où émanent les actions vitales est distinct des forces chimiques et physiques du corps, et qu'il réside dans Vorganisme^ dont il constitue l'unité. — i25. Le principe des opérations vitales est distinct de l'organisme du corps ; on le prouve, 1** par la nature même du corps humain : car les molécules qui le composent ont besoin qu'un principe formel, distinct du corps, les agrège et les ramène à l'unité d'essence et de substance, — 126. 2*» Par la génération du corps hu' main ; de fait, si le principe vital était inhérent aux membres du corps, il suivrait leur formation au lieu- de la précéder ^ mais alors comment présiderait-il à leur formation ? — 127. Mais, disent quelques Organi-
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cistes, les organes existent tout formés dans le germe de Panimal; nous répondons que l'hypothèse n'est pas probable, mais, fût-elle fondée, il faut toujours admettre quelque principe actif qui ait présidé à leur formation, car il n'y a pas d'effet sans cause. — 128. La théorie que nous soutenons fut commune aux anciens Animistes et aux Scolastiques ; combattue par Descartes et généralement abandonnée après lui, elle a reparu avec les Vitalistes et les Animistes, qui enseignent également, que l'organisme du corps est produit par un principe de vie extérieur aux organes. — 129. 3* Par la conservation de la vie dans Phommet en effet, les molécules des corps organiques changent continuellement^ pendant que la forme subsiste, ce qui prouve que le principe actif qui détermine la matière à telle espèce de corps est distinct de la matière des organes. — i3o. 4** Par la mort du corps humain ; pourquoi la vie, si elle est la conséquence de l'organisme, abandonne-t-elle le corps humain avant la dissolution des organes ? Pag 33-38
ART. m. — Réfutation des Organicistes qui admettent plusieurs
principes vitaux
§§ i3i . La vie du corps humain doit être rapportée à un principe distinct de la matière du corps ; mais ce principe est-il unique, ou bien y en a-t-il autant qu'il y a d'organes ? — i32. Bordeu^ renouvelant la théorie de Van Helmont^ soutint que, dans chaque corps animé, il y avait^ outre la vie commune, autant de vies particulières que d'organes: cette théorie Qstlabsurde et contredite par la conscience, — i33. S. Thomas confirme cette preuve par cette considération : si la vie était inhérente aux organes, comment les diverses opérations de l'âme apparaîtraient-elles toutes ensemble dans chaque partie d'un zoophyte divisé en plusieurs tronçons ? -« 1 34. L'opinion de Bordeu se réfute aussi par Vobservation physiologique : car Vharmonie qui existe entre les différents organes du corps provient de ce que le corps forme un tout par soi et comme un organe unique : ce qui n'aurait pas lieu dans l'hypothèse de Bordeu.— i35. Il est reconnu aujourd'hui que le sjrS' tème nerveux est unique; mais, si le système nerveux est unique, le principe d'où il tire sa vie doit l'être également. — i36. Malgré son système dualiste^ Barthez a bien mérité des sciences physiologiques en rejetant la multiplicité des archées de Van Helmont et des principes vitaux dit Bordeu. — 137. Une autre erreur de Bordeu ce fut de croire que chaque principe de vie jouit en nous d'une sensibilité particulière et de sensations propres. — 1 38. Haler distingue deux facultés dans le corps humain : la sensibilité qui réside dans les nerfs^ et Virritabi^ lité qui réside dans les muscles; d'après lui, la vie consiste dans l'irrifabilité et non dans la sensibilité, comme Bordeu l'avait cru. Bichat distingue une double vie dans le corps humain : une vie intérieure ou organique et une vie extérieure ou animale^ qu'il appelle encore vie de relation ; chacune de ces deux vies possède une sensibilité et une irritabilité ou contractilité propre, — 139. L'opinion de ceux qui attribuent au corps humain une vie qui ne se distinguerait pas de la ma* tière de ses organes est absurde. — 140. La théorie de Bordeu et des
autres sensibilUtes pèche sous plusieurs rapports : i^ ils font de la setisibilité l'apanage du corps seul, tandis qu'elle appartient à Tâme et au corps réunis ; 2® Ils attribuent la sensibilité à tous les organes du corps humain, tandis qu'elle convient aux seuls organes des sens, — 141. Nous avons démontré dans la Dynamilogie : 1® que le principe de la vie sensitive est unique dans chaque individu, et qu'il est distinct des organes ; 2^ que ce principe, acquérant diverses propriétés dans les divers organes, exerce diverses opérations sensitives ; 3<> mais que les organes ne sont que les instruments divers de l'âme raisonnable qui les informe. — 142. Haller ne s'éloigne pas moins de la vérité lorsqu'il refuse la puissance vitale à la sensibilité pour l'attribuer à Virritabilité seule. — 143. La division de la vie en vie animale et en vie organique de fiichat est purement imaginaire, — 144. Eln outre, elle^est absurde: 1° parce que la vie animale renferme en elle-même la vie organique ou vie nutritive , — 145. 2° Parce q^e les différences qu'il établit entre la sensibilité animale et la sensibilité organique^j entre la contractilité de la vie animale et la contractilité de la vie organique ne constituent pas deux vies de nature diverse. — 146. La plupart des physiologistes reconnaissent aujourd'hui qu'il n'y a qu'une seule sensibilité et une 5eu/6 contractilité dans le corps humain. Pag 38-41
ART. IV. — Réfutation du Vitalisme et démonstration
de l'Animisme
§S 147. La vie du corps humain ne réside pas non plus dans une force vitale inhérente aux organes. — 148. Le philosophe chrétien ne peut douter que Tâme ne soit la forme substantielle du corps et son principe vital, — 149. Nous établirons d'abord la vérité de l'animisme, nous répondrons ensuite aux difficultés des Vitalistes. — 1 3o. La plu« part des philosophes et des médecins ont toujours admis^ avec le commun des hommes, Tunité de principe dans l'homme ; tous disent : Je marche^ je digère^ comme ils disent : Je sens^je connais, je conçois^ je veux, — 1 5 1 . Cette persuasion commune à tous les hommes est fondée snr le témoignage de la conscience. — i52. Arguments de saint Thomas : 1° Si le principe substantiel qui conçoit ^ qui veut^ qui sent et qui végète dans l'homme n'était pas unique, Vêtre complet de l'homme ne serait pas unique non plus. — 1 53. Si deux âmes entraient dans la constitution de l'homme, il en faudrait une troisième .^mt les ramener à l'unité. — 154. Les Vitalistes croient sauver l'unité de l'homme en disant qu'elle résulte de ï association des deux principes et que l'un est subordonné à Vautre ; mais cette unité ne serait pas substantielle, — i55. 2^ Si l'homme était composé de deux principes formels, il s'ensuivrait, ou bien que l'animalité serait énoncée seulement par accident de l'homme, ou bien que la notion d'homme serait contenue dans la notion d'animal: deux conséquences absurdes. — i56. 3° S'il y avait deux âmes dans l'homme, les opérations de l'une ne seraient jamais entravées par les opérations de l'autre. -« 157. S'il y avait dans l'homme deux principes substantiels distincts et divers, les opérations de l'un ne pourraient appartenir à l'autre* -— i58. En supposant qu'il existe un
ANTHROPOLOGIE l65
principe vital distinct du corps et de Tâme, quelle en est la nature d'après les Vitalistes ? — i Sg. Les uns le regardent comme matériel ^d'au" très le tiennent pour immatériel^ d'autres enfin ne se prononcent pas ^ur sa nature. — 160. i** Ceux qui reconnaissent l'existence d'un principe vital dans l'homme et qui avouent n'en point connaître la nature, se contredisent eux-mêmes. — 161. 2° S'il est matériel^ il est privé de vie ; comment pourrait-il la donner ? S'il est immatériel, il survit à la dissolution du corps, ce qui est un autre inconvénient. Pag . • 41-45
ART. V. — Comment Vâme est le principe des opérations vitales
§§ 162. L'âme raisonnable produit-elle par la raison et avec con» science l'organisme du corps et les opérations vitales ? — i63. Descartes avait enseigné que toutes les opérations de l'âme se ramènent à la pensée; or l'âme n'a pas conscience de ses opérations vitales, ajoutèrent les Vitalistes ; donc elle n'en est pas le principe. ^164. Stahl et Perrault admettaient la maxime de Descartes, mais rejetaient le fait allégué par les Vitalistes : Tâme, d'après Perrault, produit les actions vitales par l'intelligence et la volonté^ l'habitude seule empêche qu'il en ait conscience ; Stahl veut que l'âme les produise par la raison intuitive^ ce qui ferait qu'elle n'en conserve pas le souvenir. — ^ i65. Bouillier soulient que l'âme construit l'organisme de son corps et en produit les opérations vitales par instinct, mais qu'elle les connaît au moyen d'un sens intérieur, le sentiment de la vie, — 166. L'opinion de S. Thomas et des Scolastiques est tout autre. — 167. D'abord les opérations vitales sont des opérations naturelles et non des opérations rationnelles, •— 168. Ainsi, 1** l'âme n'est point la cause de l'organisme de son corps ou de ses opérations vitales par sa raison; car elle lui communique un être purement naturel qui est Vêtre végétatif. — 169. Object, de Perrault et de Stahl : L'organisme a une^n particulière, et un ordre admirable règne entre ses parties. Donc l'âme en est la cause par sa raison. — 170. Rép, Les causes naturelles agissent pour une^n spéciale ;7ar instinct et sans connaître pour quelle fin elles opèrent, ce qui n'empêche pas qu'e//^5 n'atteignent les fins que Dieu leur a prescrites. — 171. 2® L'âme n'a pas la conscience proprement dite de ses opérations vitales, parce que l'âme n'a conscience que des opérations qui sont cognitives par elles-mêmes, ou qui partent de la connaissance. — 172. 3° Uhabitude ne peut rendre instinctives des op'érations primitivement volon^ taires ou rationnelles ; l'explication de Stahl irait à prouver que l'âme n'a pas conscience non plus de ses intellections. — 173. 4^ Si l'on attribue quelque autorité au principe de Descartes, on est contraint de nier l'existence dans l'âme de plusieurs opérations intell ectives et volontaires dont nous n'avons pas conscience. — 174. Cependant Vâme possède une certaine connaissance expérimentale de l'organisme de son corps et de ses opérations. — 175. Il n'est pas facile de définir comment l'âme acquiert cette connaissance et jusqu'où elle s'étend. — - 176. 1® L'âme nous paraît acquérir la connaissance habituelle de ses opérations J7arce qu'elle est présente à son corps d^une manière permanente ; cette connaissance s'acquiert surtout par le tact passif qui est répandu
l66 TABLE ANALYTIQUE
par tout le corps. — 177. 2"" Pour la même raison, Tâme possède également la connaissance habituelle des opérations vitales. — 178. 3** L'âme possède aussi une certaine connaissance actuelle de ces mêmes opérations, au moyen du tact passif. — 1 79 . Elle ne connaît pas les actes spéciaux par lesquels elle exerce chacune de ses opérations vitales. — 180. Il n'est donc pas nécessaire d'admettre un sens vital particulier ayant pour objet de percevoir ces opérations Pag. . • . 43-49
ART. VI. — Réfutation des arguments directs des Vitalistes
§§ 181. Nous réfuterons d*abord les arguments directs des Vitalistes et ensuite leurs arguments indirects*'^ 182. /re Object, Ockam, Gassendi, etc. : Un seul et même principe ne peut produire des effets de nature diverse. — i83. Rép. P Si ce principe opère au moyen de diverses puissances ou facultés, rien n'empêche qu'il ne produise des effets de nature diverse. — 184. 2® L'âme est une forme qui surpasse la capacité de la matière qu'elle informe ; c'est pourquoi elle exerce certaines facultés sans le secours des organes corporels. — i85. 3"* Les facultés de Tâme sont opposées en ce sens seulement que Pune est plus parfaite que l'autre, — 186. 2e Object, Tous les Vitalistes: Rien ne peut être opposé à soi-même ; or, dans l'homme, l'appétit sen^ sitif lutte contre V appétit raisonnable, — 187. Rep, Loin d'être en contradiction avec l'animisme, cette lutte en prouve la vérité : 1^ Les actes des deux appétits ne sont pas opposés sous le même rapport. — '
188. D'alleurs leur opposition est accidentelle et non substantielle,'^
189. 2^ Cette lutte /7rot/v^ l'animisme^ puisqu'elle ne pourrait exister si les deux appétits n'appartenaient pas au même sujet. — 190. Sans elle, plusieurs points de morale naturelle et de morale révélée seraient inexplicables. — 191. 3^ Object. Flourens : Il y a dans Tanimal autant de principes divers d'opérations que d'organes divers ; or l'organe de la vie diffère de l'organe de l'intelligence. — 192. Rép. i» Flourens 51//^ pose à tort que toutes les facultés de l'homme résident dans des orga^ nés propres y les facultés intellectuelles comme les autres. — 193. L'âme est le vrai principe et le vrai sujet de toutes les facultés de l'homme, soit seule, soit de concert avec le corps, — 194. 2® Les faits observés par Flourens ne sont pas tellement certains qu'il soit possible d*en déduire une théorie d'anthropologie rationnelle ; d'ailleurs, il est absurde de vouloir déterminer Vorgane de Vintelligence chez l'homme par des expériences faites sur les bêtes. — ^ 195. Instance, L'intelligence seule disparaît si l'on enlève les deux hémisphères du cerveau, et la vie cesse entièrement si l'on enlève la moelle allongée ; donc la vie et l'intelligence sont deux principes divers. — 196. Rép. 1° Si la vie et l'intelligence sont deux principes divers, pourquoi l'intelligence disparaît-elle avec la vie ? — 197. 2° Ce qui explique pourquoi l'homme perd quelquefois de son vivant Vusage de l'intelligence c'est que Pâme ne s'unit point au corps comme sa forme^ par son intelligence, "^ igS, 3** La vie ne cesse pas chez l'homme quoique l'usage de l'intelligence soit suspendu, parce que les facultés végétatives qui donnent la vie au corps de l'animal ne relèvent pas de l'intelligence. — 199. -^« Object. Haller,
ANTHROPOLOGIE lÔy
Barthez, Flourens : On trouve des mouvements vitaux dans un cadavre électriséf dans un membre récemment amputé, etc. ; donc Tâme n*est pas le principe des opérations vitales. -— 200. Ré]p. \^ Les mouvement qu'on observe dans ces circonstances ne sont pas des actes vitaux, car 1/5 ne partent pas d'un principe interne à l'animal. — 201^ 2^ Si le principe de vie restait dans le corps après que râme> s'est retirée, il produirait en lui tous les effets qu'il est naturellement capable de produire ; or cela n'a pas lieu. — 20a. 5« Object. Lordat : Si l'intelligence et la vie appartenaient à un seul et même principe dans l'homme, elles subiraient en lui les mêmes vicissitudes ; or, l'intelligence croît, tandis que la vie décline. — 2o3. Rép, L'âme ne communiquant pas la vie au corps en tant qu'elle est intelligente, il n'est pas étonnant que l'intelligence ne subisse pas absolument les mêmes vicissitudes que le corps. — 204. 6^ Object. Lordat : Si le principe des opérations intellectuelles et des opérations vitales était le même, les enfants ressembleraient à leurs parents par les qualités intellectuelles et morales^ comme ils leur ressemblent par les qualités physiques ; or, cela n'est pas. — 2o5. Rép. Le principe et le fait contenus dans les prémices de cet argument sont également faux. — 206. 7* Object. Lesègue : On doit rejeter une théorie absurde et impie ; or l'animisme a ce caractère. — 207. En effet, il faudrait dire que l'âme produit toutes les œuvres basses et seryiles quî s'accomplissent dans le corps. — 208. Rép. Ce qui suit nécessairement •la nature d'une chose ne peut être indigne de cette chose ; or les opérations vitales sont produites par l'âme raisonnable, non pas en tant qu'elle est raisonnable, mais en tant qu'elle est le principe qui donne la vie au corps. -« 209. Instance : Faire de l'âme raisonnable le principe des opérations vitales, c'est la rabaisser au rang de la bête. — 210. Rép, Dans la série des êtres créés, la nature inférieure est toujours contenue virtuellement dans la nature supérieure ; donc, sans perdre sa nature intellectuelle, l'âme raisonnable peut communiquer à son corps Vêtre sensitif et Vêtre végétatif. Pag 49-55
ART. vu. — Réfutation des arguments indirects des Vitalistes
§§ 211. 1^6 Object. Si l'âme était la forme substantielle du corps, elle serait étendue et divisible comme lui. — 212. Rép. Nous avons démontré que toute forme substantielle .était simple et indivisible par soi, bien qu'elle soit divisible par accident et dans les plantes et dans les animaux imparfaits ; à plus forte raison elle est simple et indivisible chez l'homme. — 21 3. Instance : L'âme ne peut déterminer le corps à produire les opérations vitales, à moins qu'elle ne se mêle avec le corps, et qu'elle ne s'étende et ne se divise comme lui. — 214. Rép. 1^ L'âme et le corps ne s'unissent pas à la manière de deux substances qui, par leur combinaison, en forment une troisième, différente des deux composantes ; mais ils composent une substance unique en ce que l'âme informe une matière privée de toute forme. — - 2i5. 2^ L'âme humaine^ considérée comme substance intellectuelle, est indivisible et simple puisqu'elle exerce ses opérations intellectuelles sans organe corporel considérée en tant qu'elle anime le corps, elle est pareillement simple
l68 TABLE ANALYTIQUE
et indivisible, car la vie ne se divise pas. — 216. 2e Object. Si rime est le principe qui constitue le corps, il s'ensuit que Tâme est de la même nature que le corps ; mais le corps est divisible ; donc. — 217. Rép. Il existe entre l'âme et le corps une convenance de proportion, parce que la forme substantielle se rapporte à la matière comme Pacte à la puissance ; mais il n'y a pas entre eux convenance de nature. — 2 iS. 3^ Object. L'âme produit les opérations matérielles du corps; mais tout effet matériel suppose une cause matérielle ; donc l'âme se* rait matérielle. -^219. Rép. L'âme produit les opérations du corps, non en tant qu'elles sont matérielles, mais en tant qu'elles sont vitales. — • 220. Comment l'âme, qui est la forme du corps, produit-elle les opérations intellectuelles et vice versa?— 221. i^ L'âme étant la forme du corps j7ar sa substance^ il n'est pas nécessaire que toutes ses opérations s'accomplissent par l'intermédiaire du corps. — 222. 2^ Comme l'âme humaine contient, dans un seul et même principe, les perfections réunies de toutes les autres choses, elle se trouve capable de communiquer à rhomme, outre la vie intellectuelle, Vêtre corporel^ Pitre végétatif et Vêtre sensitif.'^ 223. Pour éclaircir cette doctrine, nous pouvons citer l'exemple des nombres et des ^^g-i/re;.* les nombres varient, mais le nombre supérieur contient tous les nombres inférieurs ; il en est de même des figures : le pentagone^ par exemple, contient le quadrilatère et le triangle. — 224. 4» Object. Si l'âme était, la forme du corps, elle périrait avec lui. ^^ 22 5. Rép. L'âme, comme nous l'avons* dit, est la forme substantielle du corps, mais de manière à ne point dépendre absolument de celui-ci. Pag S5»bj