Comme la première idée que l'esprit se fait de Diçii
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c'est de se le représenter comme VÊtre suprême^ nous traiterons dans ce chapitre de tout ce qui regarde sa grandeur infinie et son infinie perfection.
ARTICLE PREMIER
Lu nature de Dieu est infiniment parfaite
(Tom. III, pag. 5oi-5o6)
99. De la démonstration même de l'existence de Dieu, nous pouvons conclure quUl est la Cause première^ quUl ne dépend d'aucune autre cause et par suite qu'il existe par lui'' même et par la nécessité de sa propre nature. Mais, si Dieu est la cause première, sll existe par lui-même, il nous sera facile de prouver qu'il est aussi par lui-même infiniment parfait. Suivons Tordre des idées.
100. I® Dieu existe par la nécessité de sa propre nature. En effet, € tout ce qui peut être ou ne pas être « besoin pour exister que quelque autre chose lui donne l'existence, puisque de lui-même il peut indifféremment exister ou ne pas exister. Or ce qui donne l'existence à une autre chose lui est antérieur ; donc il existe quelque chose qui est antérieur à ce qui peut être ou n'être pas. Mais rien n'est antérieur à Dieu. Par conséquent Dieu n'est pas une chose qui puisse être ou ne pas être, mais il est nécessaire qu'il soit (i).
toi. 2® Dieu existe par soi. L'être nécessaire ne peut pas ne pas être, parce qu'il contient en soi la nécessité d'exister ; donc, si Dieu est nécessaire, il n*a pas et ne peut avoir de cause et conséquemment il existe par soi. En outre, les choses qui sont nécessaires, de manière que leur nécessité a une cause, ont une cause qui leur est antérieure. Mais rien ne peut être antérieur à Dieu. Par conséquent la nécessité de Dieu n'a pas de cause, et partant Dieu existe si nécessairement quMl est par soi et non par un autre (2) •
102. Gomme rien n'a le pouvoir de s'engendrer soi-même et de se donner l'être, il est manifeste que Dieu est par soi négativement, en ce qu'il n'est point par un autre ; mais il n*est point positivement par soi, ainsi que Descartes l'a cru (3).
(0 Opusc. IIL Compendium theolog,, c 6. (a) Opus. III, Comp. theolog.^ ibid.
(3) Réponses aux premières objections.
DE LA NATURE DE DIEU ^g
io3. D'où suivent deux importants corollaires: i* Dteu est sa propre essence. En effet, dans les choses dont Tessence se distingue de la chose elle-même (i), celle-là se rapporte en quelque sorte à celle-ci comme sa cause, parce que Tessence est ce qui constitue la chose. Or, Dieu étant le premier être, rien ne peut être sa cause. Dieu est donc sa propre essence.
1 04. 2* Dieu est son être^ c*est-à-dire Fêtre même subsistant. Dans les choses dont Vêtre diffère de l'essence, Vêtre se reconnaît une cause qui doit être cherchée dans quelque principe extérieur et non dans ses principes essentiels euxmêmes, parce que les choses qui reconnaissent une cause ne sont jamais leur propre cause. Or Dieu est la première cause efficiente et ne se reconnaît aucune cause. Donc Dieu est son être ou Têtre subsistant.
io5. La nature divine embrasse toutes les perfections possibles, i* Dieu est la première cause efficiente de toutes les choses qui existent ou peuvent exister. Or tout ce quUl y a et tout ce qu'il peut y avoir de perfection dans l'effet se trouve en acte dans la cause efficiente. Par conséquent les perfections de toutes les choses possibles doivent exister en Dieu. 2* Dieu étant Vêtre même subsistant par soi, rien de ce qui fait partie de la perfection d'être ne doit lui manquer, et partant Dieu a Têtre suivant toute sa perfection. Or avoir Vêtre suivant toute sa perfection» c'est avoir toutes les perfections ; car les perfections indiquant toutes un certain être^ par exemple la justice Vêtre juste, la sagesse Vêtre sage, etc., il est manifeste que là où se trouve plénitude d'être et Vêtre dans toute son étendue, là aussi doit se trouver toute perfection. Donc toutes les perfections se trouvent en Dieu.
106. Dieu est absolument infini, c'est-à-dire qu'on ne peut assigner de limites ni à son être ni à ses perfections, i* Les limites ne sont autre chose qu'un défaut d'être. Or Dieu, comme nous l'avons prouvé, possède Vêtre suivant toute sa perfection. Par conséquent on ne peut assigner de limite ni à Vêtre ni aux perfections de Dieu. 2* Tout acte et toute perfection sont renfermés dans certaines limites soit intrinsè-
(1) Cette distinction entre l'essence et l'existence existe danstQutcs les créatures, même dans les anges.
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quement par le sujet où ils sont reçus, car ce qui est reçu dans un sujet en reçoit la forme et la mesure ; soit extrinsiquement par la cause qui les produit. Or Vêtre et les perfecdons de Dieu ne sont reçus dans aucun sujet parce que Dieu, »>mme nous l'avons établi, est Vêtre même subsistant ; de plus, ils ne dépendent d^aucune cause. Par conséquent Dieu est infini dans son être et dans ses perfections (i).
ARTICLE SECOND
Opinions absurdes de certains philosophes sur Pinfiniti
de Dieu
(Tom. III, pag. 5o7-5i6)
107. Quelques anciens philosophes, au rapport de saint Thomas, admettaient que Dieu est infini quant â la puissance seulement, mais qu'il ne Test pas pour ce qui regarde l'essence.
108. Avant de réfuter cette erreur, disons en quel sens on doit prendre les mots de fini et dHinfini suivant qu^on les applique â la quantité ou à Pesssence. D'abord le mot fin se dit du terme de la quantité, par exemple du point qui termine la ligne. Mais appliqué à l'essence, il se dit de la différence qui détermine Fessence de l'espèce. Voilà pourquoi l'essence des choses est déterminée parleur définition. Or l'essence divine est appelée infinie parce qu'elle est déterminée par la négation de toute limite.
109. I* V essence de Dieu est infinie comme sa puissance. I* La puissance de Dieu, dit saint Bonaventure, ne peut être plus grande que sa substance; mais, si la puissance de Dieu est infinie, il est nécessaire que sa substance ou son essence soit également infinie. 2^ Si deux choses sont identiques et que l'une soit infinie, l'autre doit Têtre pareillement; or la substance et la puissance, l'être et le pouvoir sont identiques en
(i) On pourrait prouver que Dieu est le plus parfait des êtres par le consentement unanime des hommes : t Tous soutiennent à Tenvi Tcxcellence de Dieu, dit S. Augustin, et vous n'en trouveriez aucun qui appelle Dieu ce qui n'est pas le meilleur possible. C'est pourquoi, ils nomment Dieu ce quUls placent au-dessus de tout le reste » ; De doc* trina christiana^ lib. I, ch. VU. n. 7.