‹ Compendium de la philosophie chrétienne comparée avec les doctrines des philosophes anciens et des philosophes modernes d'après SanseverinoChapitre 91 sur 119 · DE LA NATURE DE DIEU 4I · texte numérisé non relu

DE LA NATURE DE DIEU 4I

Dieu ; donc, puisque le pouvoir divin est infini, l'être divin et Tessence divine le sont au même titre (i).

1 10. 2^ Vinfiniti de Dieu ne peut consister en ce que son pouvoir s'étend à Vinfini (2). i* Dieu est infini dans son es* sence, parce que son essence, n'étant pas limitée à quelque perfection déterminée, comprend en elle-même la perfection dans toute son étendue. 2® La puissance finie s'étend elle* même à l'infini d'une certaine manière ; par exemple, la vertu du soleil est capable de faire germer une infinité de plantes, car elle n^est jamais épuisée. Mais l'infinité de Dieu doit être mesurée non diaprés les objets auxquels sa puissance peut s'étendre, mais d'après la bonté intrinsèque #t la perfection de sa nature.

111. Z^ Nulle perfection ri est incompatible avec V infini. Robinet déraisonne lorsquUl soutient que l'intelligence, la sagesse, la justice, etc., répugnent à la notion d'infini, sous prétexte que ces perfections ayant une connexion métaphysique avec notre nature imparfaite, renfermeraient toujours une certaine imperfection. Sans doute Tessence de l'homme réclame ces perfections, mais il ne suit nullement là de qu'elles soien constituées par l'essence de l'homme ; car, si l'âme n'a pas Vêtre par elle-même, à plus forte raison ne possède-t-elle point par elle-même ses perfections.

112. 4^ Dieu ri est pas infini en ce sens seulement que nous ne pouvons lui assigner des limites^ comme l'affirme Thomas Hobbes. Car, entendue en ce sens, l'infinité de Dieu serait purement relative à notre intelligence bornée ; tandis que Dieu, comme nous l'avons prouvé, est infini suivant son essence^ parce que son essence n'est pas limitée à quelque perfection particulière.

1 1 3. L'opinion de Hobbes n'a rien de commun avec ce que dit saint Thomas que Dieu est fini pour lui-même. Ce qui veut dire, dans la pensée du saint Docteur, que Dieu est proportionné à son intelligence comme un objet fini est proportionné à la nôtre, mais il ne veut pas dire que Dieu se conçoit lui-même conmie quelque chose de fini.

1 14. 5" Vinfinie miséricorde de Dieu ne répugne pas avec

(i) In lih, 1 Sefit,, Dist. XLIII,a. i,q. 2.

(2) Telle paraît être ropinion de Locke, Essai sur V entend, hum., liv, Hch. 17.

4^ THÉODIcCe

sa justice infinie. L^effetde la miséricorde, dit saint Thomas, n^est pas contraire à la justice, il est en dehors. Si la justice de Dieu est infinie, ce n^est pas qu'il ne pardonne jamais ; il suffit pour que la divine justice soit sauvegardée que Dieu ne pardonne jamais sans des motifs dignes de sa sagesse et au préjudice des droits d'autrui. Loin de détruire la justice divine, la miséricorde en est comme la plénitude (i).

1 15. Suivant Hegel et les autres Transcendantalistes allemands, auxquels on doit joindre Vacherot et Renan, Dieu ou l'Absolu, comme ils rappellent, serait infini ou indéterminé, mais ne serait rien de réel ou de personnel. Car ces philosophes faisant consister la personnalité dans la conscience et regardant celle-ci comme Tacte par lequel un être se connaît comme déterminé et distinct de tout aatre, refusent à l'infini la conscience et la personnalité, parce que, disent-ils, Tinfini est en dehors de toute détermination (2).

1 16. 6* Dieu n'est pas infini de la manière dont Pexpliquent les Transcendantalistes. D'abord il est faux que la personnalité consiste dans la conscience (3)^ et que la conscience soit incompatible avec la nature infinie de Dieu. Mais, comme la difficulté repose sur le sens que ces philosophes donnent aux mots indéterminé, indétermination^ nous allons les expliquer. Il y a deux sortes d'indéterminations, Tindétermination privative et Tindétermination négative. La première se dit d'un être qui n'étant ni telle chose ni telle autre en acte peut cependant devenir telle chose en acte ou telle autre. La seconde au contraire se dit de l'être absolu qui étant Vétre par soi et subsistant ne peut être déterminé par aucun

autre. ,

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