Nous avons démontré que Dieu est la cause efficiente
(i) Ici encore, il ne s'agit que de la simple possibilité; car, suivant l'observation d'Estius, on irait contre la foi si Ton affirmait que, dans la création du monde^ Dieu s*est servi d^un instroment.
1 1 2 THéODICéE
du monde et qu'il l'a produit par création. Voyons si Dieu n'en serait pas également la^n ou la cause finale f/J.
320. Dieu, dont la sagesse est infinie, a dû se proposer une fin en créant le monde. D'abord, parce qu'il appartient à tout être intelligent et sage de ne rien faire sans but arrêté; ensuite, si Dieu ne s'était proposé aucune fin dans la création du monde, l'existence du monde serait sans raison suffisante; ce qui répugne à la sagesse de Dieu.
321. Mais, tandis que les créatures agissent pour une fin, en ce qu'elles poursuivent le bien ou la perfection propre qui leur manque, Dieu, dont la bonté est par elle-même infinie» n'agit point pour une fin dans le but d'acquérir une perfection qui lui manquerait.
322. Quelle fin Dieu s^ est-il proposée dans la création du monde ? Cette question présente deux sens ; car on peut s'enquérir de la raison ou du motif qui a pu déterminer Dieu â créer le monde, ou bien demander à quelle fin Dieu a destiné son œuvre.
323. A la question entendue dans le premier sens nous répondrons que cette raison n^est autre que la divine Bonté elle-même f laquelle a porté Dieu à communiquer ses perfections aux créatures. Car, ainsi que nous l'avons prouvé ci-devant (2), la divine Bonté est la seule raison pour laquelle Dieu veut tout ce qu'il veut hors de lui.
324. Mais, comme la divine Bonté ne dépend en aucune façon des choses qui se rapportent à elle comme à leur fin, soit pour ce qui est de leur être^ soit pour ce qui regarde leurs perfections^ Dieu ne communique point sa bonté à autrui afin d'en retirer quelque avantage pour lui-même ; s'il fait cette communication c'est uniquement parce qu'il est convenable que celui qui est la source de toute bonté communique à d'autres de sa propre plénitude. Or communiquer ainsi à autrui de sa plénitude, sans prétendre à aucune rémunération, c'est faire acte de pure libéralité (3).