‹ Compendium de la philosophie chrétienne comparée avec les doctrines des philosophes anciens et des philosophes modernes d'après SanseverinoChapitre 99 sur 119 · Ce qui ajoute une grande force à ces arguments c'est · texte numérisé non relu

Ce qui ajoute une grande force à ces arguments c'est

(i) Contr. Gent , lib. III, c. 93 ; et De civif, Dei^ lib. V, c. i. (2) Contr. Gent, lib. III, c. 65 ; cf. I, q. CIII, a. 4 c.

128 THéODfCéE

que la conservation des choses, comme leur création, exige une puissance infinie ; or de même que les créatures n^ont pu, pour cette raison, se donner elles-mêmes l'existence, de même ne peuvent-elles persévérer à exister par elles seules.

369. Quoique les philosophes conviennent que le» créatures sont conservées par la puissance divine ; ils sont cependant divisés lorsqu'il s'agit d'expliquer la manière dont se fait cette divine conservation. Les uns sont partisans d'une conservation positive et directe; les autres, parmi lesquels Creusât, Bayle et Galluppi (i), réclament seulement une conservation indirecte et négative. D'après le premier mode de conservation. Dieu maintiendrait dans l'existence les êtres créés, au moyen d'un influx permanent ; d'après le second, les choses, après avoir été créées, persévéreraient à exister par leur propre vertu, dépendant de Dieu en ce sens seulement qu'il pourrait à chaque instant les détruire. Ainsi, dans l'hypothèse de la conservation directe, les choses retomberaient aussitôt dans le néant si Vinflux de l'action divine cessait un seul instant de les soutenir ; au contraire, dans l'hypothèse de la conservation indirecte^ l'anéantissement demanderait un acte /tositif de la divine volonté.

370. On doit admettre la conservation directe et positive, I* Les arguments par lesquels on démontre que les créatures ont besoin de la conservation divine pour continuer d'exister prouvent également qu'elles ont besoin d'une conservation/?o^i7«Ve et directe. Par conséquent les philosophes qui admettent la nécessité de la conservation divine sans admettre une conservation directe et positive se contredisent euxmêmes ; car ils adoptent en paroles ce qu'ils rejettent en réalité. En effet, les créatures n'existant point par elles-mêmesy elles dépendent de Dieu non-seulement dans leur existence, mais encore pour persister dans l'existence ; en d'autres termes, après avoir été créées par Dieu, elles tiennent toujours de lui Vêtre qu'elles en ont reçu. Voilà pourquoi, si Dieu ne leur octroyait continuellement Yêtrey elles retomberaient à l'instant même dans le néant. Or c'est précisément en cela que consiste la conservation positive et directe. Suivant la

(i) Crousat, Examen du Pyrrhonisme^ Sect. XI ; Bayle, Dictionn., art. Pyrrhon; Galluppi, Leff. etc., lez. XCIV.

DES ATTRIdirrS DIVINS RELATIFS I29

belle comparaison de saint Thomasi de même que pendant le jour Tair est éclairé à chaque instant par le soleil et retombe dans les ténèbres aussitôt que le soleil cesse de l'éclairer ; ainsi en est»il des créatures, elles reçoivent leur être de Dieu à chaque instant, et si Faction divine se retirait d'elles à un moment quelconque de la durée, elles retourneraient aussitôt dans le néant d^où elles sont sorties (i).

371. 2^ Tous les Pères sont partisans de la conservation positive. <c La puissance du Créateur, sa vertu toute-puissante, son omni'présence^ dit saint Augustin, est la cause qui soutient toute créature. Si une telle vertu se retirait un seul instant des choses qui ont été faites, leurs essences et leurs natures disparaîtraient sur le champ (2). » Cette vérité est si évidente, dit saint Anselme, que le doute n'est pas même possible. <c II ne peut être douteux pour aucun esprit sensé, ditil, que toutes les choses qui ont été faites ne soient redevables de leur vitalité et de leur permanence dans Vêtre à Celui qui les a tirées du néant et qui leur a donné Vêtre qu^elles ont (3). »

372. 3® Si les créatures persévéraient dans l'existence par leur propre vertu, elles ne pourraient être réduites au néant

(i) I, q. CIV, a. I c. S. Bonaventure développe ainsi cette doctrine : a Comme il s'agit d'une créature, elle reçoit Vêtre d'un autre qui la fait exister^ tandis qu'elle n'existait pas auparavant ; d'où il suit que Vêtre ne lui appartenant pas en propre, elle n'est pas un acte pur. D'autre part, comme elle est mélangée de possibilité et partant variable et changeante, elle manque de stabilité et par suite elle ne peut subsister sans la présence de celui dont elle a reçu Vêtre. On peut la comparer à l'empreinte d'un sceau sur un corps liquide, et dont la forme s'elSface en le retirant. En outre, comme la créature a été produite du néant, elle est sans consistance, et comme ce (jui est privé de consistance ne peut s'appuyer sur soi-même, il est nécessaire que toute créature soit soutenue par la présence de la vertu divine ; car il en est de la créature comme d'un corps pesant que l'on abandonnerait dans l'air qui est fluide et sans consistance, ce corps tomberait aussitôt s'il n'était soutenu ; il en serait de même de la créature » : In lib. I Sent.^ Dist. XXXVII, p. I, a. 1, q. I resoL

(2) De Genesi ad litt., lib. IV, c. 12, n. 22.

(3) Monologium^ c. 1 3. Tous les théologiens soutiennent cette opi* nion, qui est enseignée en propres termes par le concile de Trente: « De même que toutes les^choses ont été faites par labonté, la sagesse et la suprême puissance du Créateur, de même si la Providence perpétuelle de Dieu ne les assistait et ne les conservait par la vertu qui les a créées dès le principe, elles retomberaient aussitôt dans le néant ; c'est ce que l'Écriture déclare lorsqu'elle dit : Comment quelque chose pourrait-il persévérer, si vous ne l'aviez voulu? » Pars I, n. XXI.

l3o TR^ODICIÎE

que par une action positive ; d'où il résulterait que le néant serait l'effet d'une action positive de Dieu : ce qui est éyidemmen( absurde.

273. Pour éclaircir parfaitement ce sujet, nous ajouterons encore ces deux observations: i* « La conservation des choses ne se fait point par une nouvelle action, elle n^est que la continuation de l'acte créateur (i) » ; car Dieu les conserve! chaque instant dans Vêtre au moyen de Taction même par laquelle il les a créées. Ce qui revient à dire que Dieu cause et produit Vêtre dans les choses créées aussi longtemps qu'elles existent.

374. %'^ On voit par là dans quel sens doit être entendue cette maxime fréquemment employée par les Scolastiques et dont Leibnitz ajeconnu lui-même lajustesse-: La conservation n'est que la création continuée. Galluppi, à l'exemple de Bayle, l'interprète en ce sens que les créatures retombent à chaque instant dans le néant, mais retournent de nouveau à Pexis* tence par une création nouvelle ; d'où il conclut que cette maxime est absurde parce qu'elle détruit complètement la liberté de la volonté humaine. Galluppi attribue à tort une telle opinion à de si grands Docteurs. Car, dans la pensée des Scolastique3^ cette maxime signifiait que les êtres contingents o|it le même besoin de la volonté divine pour continuer d'exister qu'ils eurent pour commencer; que l'action pariaquelle Dieu a voulu de toute éternité l'existence de certaines choses est la même qui les fait persévérer un certain temp3 dans l'existence ; que le même acte de la voloné divine qui les conserve suffirait à les créer, si elles n'existaient pas encore ; et enfin que, si cet acte cessait de les soutenir, leur existence cesserait en même temps. Ainsi, par cette maxime, les Scolastiques exprimaient très-heureusement le dogme de la conservation positive.

375. i^ Objection. Les causes créées produisent désœuvrés qui continuent à exister sans qu'elles soient continuellement soutenues par la main qui les a produites ; à pli^s forte raison, les choses qui ont été faites par Dieu, la plus parfaite et la plus efi^cace des causes, n'ont pas besoin de son assis* tance continuelle pour continuer à exister.

(i) I, q. CIV, a. I ad 4.

DBS ATTRIBUTS DIVINS RELATIFS l3l

376. Réponse : Cette conséquence n^est pas légitime, parce qu'il y a une grande différence entre les causes secondes et la cause première. En effet, les causes secondes ne produisent pas Vêtre lui-même, elles produisent seulement certaines manières d'être ; Dieu, au contraire, donne Vêtre même aux créatures, ce qui est cause qu'elles dépendent de lui non-seulement pour ce qui est de leur création, mais encore pour la conser« vation de Vêtre reçu. Cela montre précisément que Dieu est la plus parfaite et la plus efficace des causes, puisqu'il existe seul par lui-même et que les autres choses ne peuvent exister sans lui (i).

377. Saint Bonaventure répond ainsi à cette objeirtion : « Si les œuvres de la créature persévèrent dans leurs principes constitutifs et dans leur propre substance, c^est qu^elles ne dépendent pas, sous ce rapport, de l'action persévérante de ^ouvrier ; mais il en est autrement des œuvres de Dieu, il les produit dans leur entier, d^où il suit qu'elles en dépendent totalement et qu'elles ne peuvent se conserver sans son aide (2). y^

378. ;2* Objection. Toutes les choses naturelles tendent vers Vêtre ; elles peuvent donc persévérer dans Vêtre ou V existence sans avoir besoin du secours divin pour cela.

379. Réponse : « Quoique chaque chose désire sa propre conservation, elle désire d^être conservée par sa cause et non par elle-fnême (3) » ; or la cause de la conservation des choses c^est Dieu, comme nous l'avons prouvé.

ARTICLE SIXIÈME

Du concours divin

(Tom. III, pag. 717-726)

38o. Telle est l'efficacité de la divine Providence qu'il n'arrive rien dans le monde qui ne puisse lui être rapporté. Ainsi

(i) Voir S. Thomas,/n /16. /5eiif.,Dist. XXXVII, q. I,a. 1 soL,etibid. ad 3. « Après avoir achevé sa construction, dit S. Augustin, Tarchitecte se retire et son œuvre reste debout ; mais il en est autrement du monde, il ne pourrait subsister l'espace d'un clin d'œil si Dieu lui retirait son appui » ; De Genesi ad litt., lib. IV^ c. 12^ n. 22.

(2) In lib. II Sent., Dist. XXXVII, a. 1 , q. 2 ad arg.

(3) Qq, dispp., De Pot., q. V, a. i ad i3.

1 32 TH^ODICI^

non«seulement Vêtre des choses, mais encore tous les effets produits par les créatures relèvent du souverain domaine de Dieu. Or la dépendance des créatures^ dans leurs actes, de l'action de la divine volonté, constitue le concours divin ; on peut en conséquence le définir : Uacte par lequel la divine volonté influe d^unc manière efficiente (i) sur toutes les actions qui appartiennent à l'ordre naturel (2).

38 1 . On distingue deux sortes de concours : un concours médiat qui consiste en ce que Dieu conserve aux créatures les forces dont elles ont besoin pour agir ; un concours immé' diat qui consiste en ce que Dieu, opérant comme cause première avec la créature qui opère comme cause seconde, pro duit un même effet avec elle. Ce dernier est appelé concours immédiat^ parce que Dieu contribue immédiatement par son action à l'existence de Teffet : ce qui lui a fait donner le nom de concours simultané, sous lequel il est également désigné dans r École.

382. Quant au concours médiat, personne ne met en doute qu^il ne soit nécessaire aux créatures pour chacun de leurs actes ; nous avons donc uniquement à rechercher si les créatures n^ont pas besoin en outre, pour agir, d^un concours di* vin immédiat ou simultané.

383. Les créatures ont besoin du concours immédiat de Dieu dans toutes leurs actions. Nous allons prouver cette proposition contre Durand, Pun des rares théologiens qui pensent que Dieu concourt seulement d'une manière médiate aux actions des créatures, en tant quMl leur conserve toujours la faculté d'opérer qui leur fut départie dès le principe (3).

i*^ Tout ce qui possède la raison d*être a Dieu pour auteur immédiat ; car, Dieu étant le premier Etre, il donne

(i) Nous disons d'une manièTe efficiente, pour indiquer qu'il s'agit d'un concours physique tel que serait celui d'un agent. Ce concours ne doit pas être confondu avec le concours morale qui consiste à influer sur une action par prière, conseil^ exhortations, menaces.

(2) Qui appartient à l'ordre naturel, disons-nous, parce que les actes surnaturels des créatures réclament un secours spécial et surnaturel appelé grâce.

(3) S. Augustin parle de certains philosophes qui pensaient de même. D'après eux, a Dieu avait seulement fait le monde, les autres choses avaient été faites par le monde lui-même, comme Dieu l'avait régie et ordonne ; mais Dieu n'opérait plus rien lui-même b ; De Genesi adlitt., lib. V,c. 20, n. 40

DES ATTRIBUTS DIVINS RELATIFS l33

principalement l'être aux choses. Or tous les effets des créa* tures possèdent la raison d'être. Il est donc nécessaire que tous sans exception dépendent immédiatement de Dieu. Nous allons présenter cet argument sous une autre forme : Lorsque les créatures produisent quelque chose, elles touchent d'une certaine manière à la raison d^être. Or la raison <Vêtre^ comme Teffet le plus universel, est Teffet propre de la plus universelle des causes, c'est-à-dire de Dieu. Donc les créatures, dans leurs actions, touchent en quelque manière à Peffet propre de Dieu. Mais la cause qui produit Teffet propre d'une cause plus excellente qu'elle-même, n'agit que sous l'influence de celle-ci. Par conséquent Dieu concourt immédiatement à toutes les actions des créatures (i).

2^ L'effet dépend 'immédiatement de celui par l'action de qui il existe; c'est pourquoi, siTeffet de la cause créée, lequel dépend immédiatement de la créature, ne dépendait que médiatement de Dieu, il dépendrait plus de la cause seconde que de la cause /première; or ce conséquent est absurde. Ce qui donne une nouvelle force à cette preuve c'est que, « Dieu étant la première cause de toutes choses, sa vertu est en chaque chose ce qu'il y a de plus immédiat. Mais, comme il est lui-même sa propre vertu, il est non-seulement un principe immédiat d'opération en toutes choses, il opère même immédiatement en chacune d'elles (2). »

3^ Si l'on n'admettait que le concours médiat^ les créatures auraient encore reçu de Dieu la faculté d'agir, mais elles se suffiraient à elles-mêmes pour l'exercer ; or, comme les

|i) Qq, dispp,. De Pot, q. III, a. 7 c.

{2) In lib. I Sent., Dist XXXVII, q. l, a. i ad 4. • La vertu du premier agent est la plus immédiate de toutes *, ajoute dans le même endroit le Docteur Séraphique ; ce qu'il explique ainsi : a Supposons les causes A, B^ C, disposées de manière que la cause C soit la dernière qui exerce l'opération, il est maniieste que C exercera l'opération par sa propre vertu. Mais ce pouvoir lui vient de la vertu B, et antérieurement de la vertu A. C'est pourquoi, si l'on demande pour quelle raison la vertu C opère, on doit répondre : par sa propre vertu. Si Ton poursuit, comment opère-t-elle par sa propre vertu ? c'est, ajoute-t-on, par la vertu de la cause B, ainsi de suite, jusqu'à ce qu'on arrive à la vertu de la première cause. • Il dit dans un autre endroit : « Dieu opère intimement et immédiatement dans toute opération de la créature, parce que la volonté de Dieu est la cause première et la cause suprême de toutes les espèces de choses et de tous leurs mouvements » ; In lib. II Sent., Dist XIV, p. i, a. 3, q. I resol.

i34 THÉODicés

créatures se perfectionnent par i'exerdce légitime de leurs &cultes, elles deviendraient meilleures et plus parfaites sans aucune influence de Dieu : conséquence absurde et impie. On doit admettre par co nséquent que Dieu concourt immédiate' ment à chacune des actions de la créature.

384. Mais pour bien comprendre la nature de ce concours^ il faut tenir compte des observations suivantes :

i^ Le même effet n'est pas attribué à Dieu et aux créatures c comme s'il était produit en partie par Dieu et en partie par l'agent naturel, mais il est tout entier de Tun et de Pautre, quoique d'une manière différente ; de même qu'un même effet est attribué tout entier à l'instrument et tout entier à Tagent principal (i). » Ainsi l'effet procède tout entier et de Dieu et de la créature, non toutefois comme de deux agents du même, ordre^ mais comme d'un j!7remter a^ienf et d'un agent secondaire (2).

2^ Au sujet de l'unité d'action produite par Dieu et la créature, nous ferons observer que l'action de la créature/considérée relativement à l'action divine, en est une certaine participation et un certain effet, mais considérée relativement à la puissance créée elle est une action et non un effet. Quant au concours divin, si on le considère comme action immanente de Dieu, il est en lui comme sa volition et sa substance ; mais, si on le considère comme action ad extra, il est un effet de Dieu avec lequel l'action de la créature constitue une chose unique et indivisible.

3® Le concours immédiat est diversement expliqué par les auteurs. Il y en a qui soutiennent qu'il est seulement simuU tanéy mais d'autres prétendent qu'il est simultané et prévenant à la fois. D'après les premiers. Dieu agit avec la créature de telle sorte qu'il Vaccompagne en l'aidant, mais sans la prévenir; d'après les seconds, il aide la créature pendant l'action, et de plus il la prévient et la meut physiquement à l'acte (3). Ainsi, suivant ces derniers, non-seulement Dieu

(i) Contr. Gent, lib. Uly c. 70.

(2) I, q. CV, a. 5 ad a, et Contr Gent, lib. III, c. 70.

(3) Ce concours prévenant est également connu sous le nom de pré* motion physique. Goudin l'explique avec beaucoup de clarté dans le passage suivant : « La prémotion physique ou la prédétermination^ dit*il, est un influx de la cause première reçu immédiatement, non

DES ATTRIBUTS DIVINS RELATIFS l35

donne et conserre les vertus actives aux causes secondes^ et concourt simultanément avec elles à la production des effets, mais encore il les applique ou les meut physiquement à l'action. Notre but n^est pas de traiter ici cette question ; nous montrerons seulement que, de quelque manière qu^on Texplique, le concours divin assure la liberté de nos actes» bien loin de la détruire. En effet, si l'on admet seulement le con-^ cours simultané^ la chose est manifeste; car, suivant ses défenseurs, Dieu offre aux causes libres un concours indifférent dont elles peuvent se servir à leur gré pour produire tel ou tel acte. Par conséquent le concours simultané ne -meut pas la cause libre à choisir un parti plutôt que l'autre; il Taide seulement, lui laissant dlailleurs pleine liberté d^agir comme elle Tentend. Quant aux philosophes qui sont partisans de la prémotion physique^ ils raisonnent ainsi : La volonté promue agit et se détermine elle-même comme cause prochaine et déterminante, Dieu Taidant comme premier agent et premier déterminant ; or il n'est pas essentiel* à la liberté que la volonté agisse d^elle^même et se détermine comme une cause première qui ne dépend pas d^uné cause supérieure, il suffit qu^elle agisse comme une cause prochaine qui est appliquée à Tacte par le premier moteur. Par conséquent la prémotion

dans les e£Fets, mais dans les causes secondes, par lequel Dieu leur communique l'efficacité actuelle^ les meut et les applique non pas seulement d'une manière objective et morale par l'attrait ou la persuasion, BOfiis d'une manière physique et active au moyen d'une inclination et d'une application intérieure, en leur inoculant cette activité dernière que suit infailliblement l'action ; ce qui lui a valu le nom de motion physique. Mais, parce que cette motion et cette application de la vertu active h l'action est antérieure par nature à l'action elle-même, comme le moyen est antérieur à la fin, la cause à l'effet, c'est pour cela qu'elle est appelée prévenante ou prémotion. » Un peu plus loin, le même auteur dit encore : • De même que Dieu, comme premier Etre, dispense continuellement à chaque chose Vêtre même, qui est la dernière actua* lité dans l'échelle de Vêtre et cela par un influx physique et prévenant;... de même aussi, comme première cause, il influe dans chaque chose sur Vacte même qui est la dernière actualité dans l'échelle des opérations, en poussant activement les puissances opératives à agir chacune suivant sa nature et sa condition... Ainsi nous appelons prémo' tion cet influx physique et cette application par lesquels Dieu rend agissantes dans l'acte second les causes secondes, par lesquels il fait passer les facultés actives du repos à l'exercice, et donne à toute chose son actualité définitive ; Philos. Juxta inconcussa D. Thomœ dogmata,, t IV, part. III, q. IV art., 2, et art. 4.

1 36 TH^ODICÉE

physique laisse pleine et entière la liberté de la volonté humaine. Voici comment ils établissent que, bien qu^elle soit mue par Dieu, la volonté ne laisse pas d'être libre : Dieu, di« sent-ilsy meut chaque chose suivant que sa nature l'exige; or, la manière d'agir de la volonté consiste à se déterminer librement dans le choix des biens particuliers ; donc la volonté agit librement même sous la prémotion divine. Peu importe que la volonté prémue doive opérer conformément à la prémotion ; cela montre sans doute l'infaillibilité de la prémotion divine, parce que Tintention de Dieu ne peut être frustrée, mais cela n'implique aucune nécessité.

4® On ne doit pas conclure de ce que Dieu influe sur toutes les opérations de la créature qu'il est l'auteur du péché ; car, ainsi que l'enseigne saint Thomas, <c l'effet de la cause efficiente défectible se ramène à la cause efficiente indéfectible pour tout ce qu'elle a d'*entité et de perfection, mais non pour ce qu'elle a de défectible. » Voici l'exemple quUl donne : <K Tout ce qu'il y a de mouvement dans la claudication vient de la force motrice du boiteux, mais la déviation de la marche vient du vice de la jambe et non de la force motrice ellemême. Ainsi en est-il du péché, tout ce qu'il contient é*entité et d'activité se ramène à Dieu comme à sa cause ; quant à ce qu'il y a de défectueux en lui, il n'a pas Dieu pour cause, mais il doit être rapporté à la défaillance de la cause seconde (i). »

385. Telle est aussi la réponse des philosophes qui admettent la prémotion physique. Dieu, disent-ils, prévient la vo-

(i) I, q. XLIX, a. 2 ad 2. Ailleurs il s'exprime ainsi : « Coopérer au mal c'est incliner vers une action en tant que cette action sert de sujet à une certaine difformité morale : ce qui la rend mauvaise. Or ce genre de coopération ne peut nullement convenir à Dieu. On ne doit pas dire par conséquent que Dieu coopère au mal, bien qu'il soit la cause de l'action dans laquelle le mal se trouve impliqué, sous prétexte qu'il donne à l'agent Vêtre, le pouvoir, et le faire, et tout ce qu'il y a de po* sitif dans l'acte ; » In lib. Il Sent, Disi. XXXVII, q. II, a. 2 ad 2. Cf. ibid. ad 5. S. Augustin s'exprime de même : f Le péché n'a pas été fait par Dieu. C'est évident ; car le péché est néant et les hommes deviennent néant lorsqu'ils pèchent ; • In Joann, Evang, c, /, tract. I, n. 1 3. Ailleurs s'adressantà Dieu : • Cela seul qui n'est pas, dit-il, n'est point de vous, tel est le mouvement de la volonté s'éloignant de vous qui êtes, pour se porter vers ce qui estjinférieur ; parce qu'un tel éloignement est une défection et un péché ; » Confess., lib. XII, c. 1 1, n. ii.

DE l'uNITIÎ de dieu iSj

lonté et la meut à Faction mauvaise, non en tant qu^elle est mauvaise, mais en tant qu^eile est une action.

386. Objection. Si quelqu'un aide sciemment quelqu'un au* tre à commettre une mauvaise action, il coopère à l'action mauvaise et Taction doit lui être imputée ; de même, si Dieu coopère au péché, il semble que le péché lui est imputable.

386\ Réponse: Saint Bonaventure, qui s'est posé à lui-même la difficulté, y répond ainsi : La parité n'existe pas ; on ne doit point aider son prochain à faire le mal, d'abord rien n'y oblige, et de plus une loi expresse le défend. Mais la coopération de Dieu aux actions mauvaises doit être considérée autrement. I* Il convient à la divine libéralité de faire lever le soleil sur les justes et sur les pécheurs, et de ne refuser à personne la première perfection qui est Y être; 2® la divine Providence doit tout gouverner de manière que chaque chose puisse exercer son acte propre ; 3® Dieu possède la connaissance et la puissance nécessaire pour tirer le bien du mal. En conséquence, Dieu a des raisons particulières pour coopérer à l'action du pécheur, et partant la malice du pécheur ne doit pas lui être imputée (i). Nous reviendrons sur cette difficulté dans le chapitre suivant, lorsque nous traiterons du Manichéisme.

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