‹ Compendium de médecine pratique, ou, Exposé analytique et raisonné des travaux contenus dans les principaux traités de pathologie interne (volume 2)Chapitre 15 sur 57 · KO · texte numérisé non relu

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Hawkins à seize; dans le cas de Hesse, il s'écoula d'abord , à la suite d'une ponction, vingt-sept livres de liquide; puis, pendant huit jours, l'ouverture donna issue à quatre livres de liquide par jour, et à l'autopsie, le kyste en contenait encore douze livres.

Une inflammation plus ou moins violente peut s'emparer du kyste : dans ce cas , le liquide qu'il contient se trouble, et se transforme en un pus séreux. Il peut se faire une hémorrhagie dans l'intérieur de la poche : le liquide est alors mélangé de sang.

Symptômes. — Marche. — Terminaison. — Diagnostic. — Tout ce que nous avons dit à propos des tumeurs hydatiques du foie s'applique aux kystes séreux de cet organe : les symptômes , la marche , les terminaisons, sont les mêmes; Hawkins a cité plusieurs exemples de kystes ouverts dans la cavité péritonéale, et prétend, ce qui est douteux , que le liquide peut être résorbé sans qu'il survienne d'accidents graves. On a vu un kyste qui communiquait avec le conduit hépatique (Acad. de méd., séance du 5 juillet 1825).

L'absence de frémissement et de bruits hydatiques sont les seuls signes négatifs qui puissent faire distinguer les kystes des tumeurs hydatifères ; le plus ordinairement, ce n'est qu'à l'aide d'une ponction exploratrice que Ton parvient à établir cette distinction : envisagé indépendamment des kystes hydatiques , le diagnostic des kystes séreux n'offre rien de spécial (voy. Extozoaires).

Causes. — Traitement. — Dans plusieurs cas, des kystes séreux du foie se sont développés après des coups, des chutes, des violences extérieures sur la région hépatique ; mais le plus souvent il est impossible de reconnaître la cause qui a pu présider à leur évolution.

Le traitement chirurgical est le seul qui puisse être efficace. Il faut ouvrir la tumeur d'après l'un des procédas opératoires que nous avons indiqués à propos ut* tumeurs hydatiques (voy. Entozoures), et pratiquer des injections irritantes , afin d'enflammer les parois du kyste, et d'empêcher la reproduction du liqui le \a\ docteur Hawkins a cité plusieurs obsenalions dans lesquelles la guérisnn aurait eu lieu après une simplr évacuation du liquide, au moyen d'une- ponction; mais ces laits ne sont ni assez nombreux ni asHv. en urinants pour renverser une loi justifiée par l'observation de tous les kystes qui se développent dans réeonomie, et que l'un de nous a plusieurs lois \enliee en étudiant les kystes du cou ( L. Fleury et Mai rlu ssau\. De quelques Lumens cnl,)\tcvs du ton, désignée* f"ir les noms de si ruina n,j:/o\fi , etc. ; in Arch. gCn. de méd, t. v, s'Tie m'', p. 1 J 7 .

B. À) fies renfermant différentes matières. - M. Pierquiu a trouve dans le Foie deux L\sles à pa-

rois fibreuses, très-dures, contenant chacun un gros calcul j de cholestérine ( Acad. de méd. , séance du 23 juin 1829). M. Louis a trouvé deux fois des kystes multiples, d'un petit volume, d'une à trois ligues de diamètre , d'une consistance faible , peu adhérents au parenchyme hépatique environnant, d'environ un millimètre d'épaisseur , contenant une matière verdàtre, comme pulpeuse. «Nous n'avons rencontré cette espèce de kyste, dit M. Louis, que dans le foie et chez les phthisiques»(itec7i. anatomico-pathol. sur la phthisie, p. 119).

Ces kystes, qui sont toujours d'un petit volume, ne peuvent être reconnus qu'à l'examen du cadavre.

Mélanose. — Ainsi que l'a dit Hope, la mélanose ne se développe que très-rarement dans le foie , et la science ne possède que quelques exemples de cette altération hépatiqne. Souvent on trouve de la mélanose dans l'estomac, les intestins, les poumons , le tissu cellulaire sous-cutané, dans le cerveau, en un mot, dans presque tous les organes de l'économie, sans que le foie en contienne (Andral, Arch. gén. de méd., t. x, série 1re,p. 389; Béhier, Arch. gén. de méd., t. m, 3e série , p. 286 ; Laennec, Traité de l'auscult. méd., t. h, p. 227 ). M. Martin Solon n'aurait point dû placer le foie parmi les organes dans lesquels la mélanose est surtout la plus commune {Dict. de méd. et de chir.prat., t. xi, p. 394).

La mélanose existe dans le foie sous ses deux formes, c'est-à-dire qu'elle s'y montre solide ou liquide. Les concrétions mélaniques sont enkystées ou non enkystées, de volume variable; suivant Carswell, elles peuvent atteindre un volume qu'on ne retrouve dans aucun autre organe. « Le foie est, après les poumons , dit le docteur Heyfelder , le seul organe où l'on trouve des tumeurs mélaniques enkystées, sujettes à se ramollir , à se vider, et à laisser après elles des excavations semblables à celles que produisent les tubercules pulmonaires» (Studien im Gcbietc der Heilivisscnschaft ; Stuttgard, 1838, t. i, p. 122); mais on sait que tous les auteurs n'admettent point le ramollissement de cette production morbide (voy. Mélanose). Les kystes sont tantôt adhérents au tissu hépatique environnant , tantôt ils peuvent être énuciéés avec la plus grande facilité.

Les caractères anatomiques de la mélanose du foie n'ont rien de particulier et seront décrits ailleurs (voy. Mélanose). Le tissu hépatique qui environne les productions morbides reste souvent à l'état sain; d'autres fois il est ramolli, gras, etc. ; le volume général de l'organe est quelquefois augmenté. Dans une observation remarquable, rapport e par M. Cruveilhier \ inat. pat h., liv. xxu), le foie, qui contenait un nombre eonsidérable de tumeurs mélaniques, avait de deux à trois lois son \olume naturel, et pesait environ huit livres.

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La présence de la mélanose dans le foie ne dérange ordinairement en rien les fonctions, à moins qu'elle ne détermine une gêne mécanique sensible, et il est impossible de la reconnaître pendant la vie; tout au plus pourrait-on la soupçonner, si des troubles hépatiques coïncidaient avec des tumeurs mélaniques apparentes à l'extérieur.

Ramollissement. — altérations anatomiques. — Le ramollissement du tissu hépatique se présente avec des degrés différents. Dans le premier , la diminution de consistance n'est appréciable que lorsqu'on presse le parenchyme du foie entre les doigts : on voit alors qu'il s'écrase avec la plus grande facilité ; dans le dernier, le foie est, pour ainsi dire, liquéfié : «11 présente un aspect semblable à celui qu'on lui donne par une macération prolongée. On trouve disséqués en quelque sorte , la trame celluleuse et son appareil vasculaire, dont les dernières extrémités, divisées comme les filaments d'une houppe, et privées de leur moyen d'union , flottent au milieu d'une pulpe rouge ou grise » (Andral, Anat. pathol., t. u, p. 595 ). Si on plonge le foie dans l'eau , dit M. Cruveilhier, on verra une disposition très-remarquable, et bien propre à révéler la structure de cet organe : ce sont des myriades de petites granulations jaunâtres, bien distinctes, bien disséquées, semblables à de petits grains de raisin desséchés , qui tiennent aux gros vaisseaux par des pédicules vasculaires. Entre ces deux états extrêmes, la diminution de consistance offre un grand nombre de degrés intermédiaires. M. Louis en a décrit un dans lequel le foie , sans être mou, est friable, a moins de cohésion que dans l'état normal , est moins humide , offre même un aspect aride, à la surface des incisions pratiquées dans sa masse (Rech. sur la gastro-entérite, t. i, p. 301-304).

La couleur du foie peut rester naturelle, mais le plus ordinairement elle est altérée -.elle est plus rougebrun lorsque le ramollissement est dû à l'hypérémie; grise lorsqu'il se rattache à une infiltration purulente ; souvent le tissu hépatique est pâle , décoloré , « il semble qu'il a cessé de donner passage à la matière colorante du sang, dont on ne retrouve plus de traces que dans les gros vaisseaux de l'organe» (Andral, loc. cit., p. 596 ).

Le tissu altéré n'a aucune odeur , circonstance qui réfute l'opinion cTAI;ercrombie, lequel pense que le ramollissement extrême du foie doit être regardé comme une véritable gangrène de cet organe.

Le volume du foie est ordinairement diminué; quelquefois il est resté naturel ; très-rarement il est plus considérable qu'à l'état normal.

Le ramollissement du foie est presque toujours général: M. Louis a noté, toutefois, qu'il était con-

stamment plus marqué dans le grand q;:e dans le moyen lobe ( loc. cit., t. i , p. 30 i ).

Symptômes. — Causes. — Traitement. — Le ramollissement du tissu hépatique ne donne lieu , pendant la vie, à aucuns symptômes qui puissent le faire reconnaître.

Les causes qui produisent cette altération sont nombreuses , et ne peuvent point toujours être saisies. On a prétendu que le ramollissement était toujours le résultat de l'inflammation ; mais depuis longtemps on a fait justice de cette assertion. Si l'on connaissait un état pathologique opposé à l'inflammation, dit M. Louis (ouvr. cité, p. 302), il conviendrait sans doute d'y rapporter celui qui nous occupe , puisque , dans la majoi ilé des cas , le foie est pâle , conserve son volume naturel, ou est plus petit que de coutume, est aride, et contient moins de liquide qu'à l'état saiu {loc. cit., p. 302). Ce n'est, en effet , que le plus rarement , que le ramollissement du foie est lié à une congestion sanguine, à une inflammation du foie. Cette altération se présente surtout dans la fièvre typhoïde, dans la dysenterie des pays chauds, dans certaines affections générales dont la nature ne nous est point encore connue, et qu'on désigne communément sous le nom de maladies putrides.

La médecine ne saurait opposer un traitement efficace au ramollissement hépatique.

Tubercules. — De la matière tuberculeuse peut se déposer dans le foie comme dans tous nos organes-, cependant on ne l'y rencontre que rarement chez l'adulte. «Les tubercules du foie sont très-rares chez l'adulte, dit M. Cruveilhier;je ne les ai jamais rencontrés dans les cas nombreux de phthisie pulmonaire, de phthisie abdominale , que j'ai eu occasion d'examiner» (Dict. de mèd. et de chir. prat. , t. vin, p. 329). Chez les enfants, au contraire, on voit assez fréquemment le foie rempli de petites granulations tuberculeuses du volume d'un grain de mil.

La matière tuberculeuse se présente dans le foie avec tous les caractères qui lui sont propres, et n'est, par conséquent, point difficile à reconnaître : cependant, dit M. Gruveilhier, on confond bien souvent avec l'affection tuberculeuse du foie de petits kystes multiloculaires ou uniloculaires , formés par les radicules des conduits excréteurs de la bile, et contenant de petits calculs ou un liquide teint par la bile. D'un autre côté, lorsque la matière tuberculeuse est ramollie, il faut prendre garde de ne point confondre les excavations qui en résultent avec les abcès phlegmoneux , et vice versa.

La présence des tubercules dans le foie ne se révèle par aucuns symptômes qui puissent la faire reconnaître pendant la vie : elle est d'ailleurs toujours

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liée à une phthisie pulmonaire , à une diathèse tuberculeuse dont les progrès amènent la mort des malades, avant que la lésion hépatique ait atteint un degré assez élevé pour déterminer, par elle-même, de grands troubles fonctionnels.

Ulcérations. — « Ultima morbi species ex solido «adventanshepati, ditBianchi, est solutio continui... «Varias hujus solutionis species, tumà causa interna, «tum ab externa productas offerunt authores. A causa « interna facta in hepatehsec solutio continui, velsim- «plex est erosio,vel ulcus... Ulcus hepatisest profunda, «et purulentain ejus partibus solutio, seuerosio, fre- «quenter ab abscessus pnecessione,hinc puris fodica- «tione, producta; sœpe absque apostemate, ab arlis «solum acerrimorum ibidem commorantium laticum «cuniculis» ( Historia hepatica, t. i, p. 135). Et ailleurs :

«Duplex hepatis ulcus est; alterum, quod suppu- «ratae inflammationi succedit, pure phlegmonis locum «occupante ,eumque, ac circumpositam visceris sub- «stantiam exedente : alterum quod citra inflamma- «tionem, ortamque ab hac ipsa suppurationem , a «virulento, causticoque per hepatis penetralia glis- «cente succo, in meracioris vini, aut alia qualibet «victus rationis intemperantia, in venerea, aut scor- «butica lue , in hectica , aut phthisica febre, in cali- «diori, acriorique rhumatismo , in insensili transpira- «tione, contumaciter constipata, in acerrimse bilis «dyscrasia, aliisque tandem in casibus contrahitur. «Primum velocius, et cum ingentibus turbis produ- «citur;jam ab ipso initio magnum, multamque vis- «ceris partem occupans; hiuc acutius, periculosius «et brevius , ut plurimum lethale : atque si diutiùs «persistât , in gangrsenam , atque sphacelum degene- «rans. Alterum clanculo, lenteque depascitur, prin- «cipio exile, neque post longum tempus increscens, «majorem, quam primum, salutis spem facit : quod «tamen si incuriose habeatur, tandem in immedica- «bile carcinoma, aut etiam in funestum cancrum non «minus convertitur» ( loc. cit. , p. 371 ).

Nous avons cité ce passage in extenso , parce qu'il montre assez bien quelles étaient encore les doctrines de Bianchi. Quant aux ulcérations du foie, on ne saurait aujourd'hui admettre leur existence : « L'examen attentif des faits, disent MM. Ferrus et Bérard ( Dictionnaire de médecine , t. XIII, p. 209), ne reconnaît encore aucun des traits caractéristiques de l'affection uleérative m bien décrite par Hunter. Partout l'érosion de la substance offre les traces de la dégénération de texture m l'a produite, et la phthisie hépatique ulcéreuse^ comme la phthisie ulcéreuse pulmonaire, n'est que le dernier terme de lésions organiques variée*.»

POLIE, s. f.

Dénomination* françaises et étrangères, —

Frénésie , manie, mal de lune , démence, allénation mentale , folie. Fr. — Âvoix, p.cma, rcapeteppoauvY), £xcppo'<7Uvw), 7?apacppovta, -7vapa<ppo'vr,<Jiç. Gr. — Insania , mania. Lat. — Mania, insania, demenza, malinconia. Ital. — Demencia , locura, melanconia. Esp. — Insanity, madness , mental derangement , aberration of mind , melancholy , lunacy. Angl. — Unsinnigkeit , Tollheit , ff^ahnsinn, Schwermuth, Mondsucht, Aberwitz. AH.-*— Gekheid , dolheid , onzinnigheid , maanziekte, mymering. Holl. — Maanedssyge , afsindighed. Dan. — Manadsraseri , ursinnighet. Suéd.

Synonymie suivant les auteurs, — Mavîa , TrocpxcppoauvYi, Hippocrate, Galien; Insania , Gicéron , Pline; Amentia , Gullen , Sauvages, Vogel , Sagar, Linné; Ecphronia , Good ; Morosis , Linné; Phrenitis apprêta. Sauvages; Delirium, Sauvages, Grichton; Panophobia , Linné; Vesania, Linné, Gullen, Parr; Demonomania , Sauvages, Sagar; Dœmonia , Linné; Melancholia , Sauvages, Boerhaave, Cullen, Linné, Vogel, Sagar; Mania melancholia , Young ; Alhymia , Vogel , Swediaur ; Mania , Boerhaave , Sauvages , Linné , Gullen , Vogel , Sagar, Swediaur ; Delirium maniacum, Hoffmann; Paraphrosyne, Linné; Mania univer salis , Young; Vesania mania, Parr; Chœraphrosyne , dementia , moria , Swediaur; Aliénation mentale, folie , Pinel , Esquiral,Leuret; Phrénalgic , phrénopathie, Guislain.

En abordant l'histoire de la folie , nous nous retrouvons en présence des difficultés qui se sont élevées devant nous lorsque nous nous sommes occupés de l'empoisonnement. L'étude de l'aliénation mentale constitue, à elle seule , une branche de l'art de guérir, et exige, pour être convenablement exposée, des développements que ne comporte point le cadre de notre ouvrage ; mais elle est , d'un autre côté , trop intéressante , et d'une application trop fréquente pour pouvoir être exclue du Compendium. Forcés , d'une part, de nous renfermer dans certaines limites , désireux, d'autre part, de ne point offrir à nos lecteurs un travail tronqué et inutile par son insuffisance , nous tâcherons d'éviter l'un et l'autre des deux écueils entre lesquels nous sommes placés. A cet effet, nous laisserons de côté, ou nous résumerons en peu de mots, certaines questions de psychologie, de physiologie , de phrénologie , auxquelles se rattache un grand intérêt sans doute, mais qui rentrent plutôt dans le domaine de la philosophie que dans celui de la médecine , et nous n'envisagerons notre sujet que du point de vue de la pratique. En agissant de la sorte, nous courrons risque , nous le savons bien , de mé- (onlenler, et certains spécialistes , et certains médecins qui pensent devoir rester entièrement élran gen à telle OU telle partie de leur art; mais les rc-

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proches contradictoires qui nous seraient adressés par quelques-uns ne nous feraient point perdre , nous l'espérons , l'approbation des hommes justes et sensés qui déjà, dans des circonstances semblables, nous ont soutenus de leur suffrage.

Définition. — Qu'est-ce que la folie? à quels signes peut-on reconnaître qu'un homme est fou? existet-il une limite précise entre l'état de raison et la folie? 11 est plus difficile qu'on ne le pense généralement de répondre à ces questions , et pour peu qu'on y réfléchisse , on ne tarde pas à reconnaître , avec J. Copland ( Dict. ofpract. med., part. vi,p. 433), qu'il sera toujours impossible de donner de l'aliénation mentale une définition satisfaisante.

Pour Gullen, «les vésauies ou folies sont des maladies où il n'y a ni pyrexie , ni affection comateuse , et qui consistent dans la lésion des fonctions intellectuelles » (Élém. de méd. prat., trad. de Bosquillon, t. m, p. 175).

« L'aliénation mentale, dit Georget, est une maladie apyrétique du cerveau , ordinairement de longue durée , presque toujours avec lésion incomplète des facultés intellectuelles et affectives, sans trouble notable dans les sensations et les mouvements volontaires , et sans désordres graves , ou même sans désordres marqués dans les fonctions nutritives et génératrices » ( Dict. de méd., t. xm, p. 251 ).

« Ce qui caractérise essentiellement l'aliénation mentale, suivant M. Foville, c'est un trouble des facultés intellectuelles , compliqué ou non de celui des sensations et des mouvements , sans altération profonde et durable des fonctions organiques » ( Dict. de méd. et de chir. prat., 1. 1 , p. 484 ).

« La folie , l'aliénation mentale , dit Esquirol , est une affection cérébrale , ordinairement chronique , sans fièvre , caractérisée par des désordres de la sensibilité , de l'intelligence , de la volonté » ( Des maladies mentales, etc., t. i, p. 5).

11 est aisé de voir qu'aucune de ces définitions ne donne une idée exacte de la folie. Que faut-il entendre par les mots de troubles , de perversion, de désordre des facultés intellectuelles? Quelle valeur doit - on rigoureusement leur attacher? L'esprit de l'homme diffère tellement d'individu à individu , il est si variable , si facilement impressionné par une foule de circonstances extérieures , par les sensations, par les passions , qu'il est impossible d'établir pour les facultés intellectuelles un type en dehors duquel celles-ci cesseraient d'être dans leur intégrité. «11 ne m'a pas été possible, quoi que j'aie fait , dit M. Leuret, de distinguer, par sa nature seule, une idée folle d'une idée raisonnable. J'ai cherché, soit à Charenton , soit à Bicêtre , soit à la Salpêtrière , l'idée qui me paraîtrait la plus folle ; puis , quand je la comparais à un bon nombre de celles qui ont cours

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dans le monde , j'étais tout surpris et presque hon" teux de n'y pas voir de différence» [Fragments psychologiques sur la folie, p. 41 ). Ge qui est trouble ici, est là un état physiologique : «A son point de départ, et dans les dispositions mentales qui en sont la cause prédisposante , occasionnelle, ou organique , la folie est encore de la raison , comme la raison est déjà de la folie» (Lélut, Du démon de Socrate, p. 324). Appellera-t-on/ow l'homme qui, dominé par une pensée pour ainsi dire exclusive, apporte dans tout ce qui ne se rattache pas à elle une bizarrerie, une singularité souvent poussée fort loin : «Quoi de plus analogue à la manie chronique, dit M. Lélut (loc. cit., p. 350), que les habitudes de la plupart des compositeurs d'un yrai talent, peintres, poètes, musiciens, savants même, surtout en ce qui est relatif à l'objet et au moment de leurs inspirations?» Appellera- t-on/<?M l'homme qui, sous l'empire d'une passion violente , se livre à des actes d'une véritable extravagance? A notre état normal lui-même, «n'avons-nous pas tous, dans notre organisation morale , quelque habitude plus que bizarre , quelque manie dont il nous serait difficile de nous rendre compte, et plus difficile encore de nous débarrasser» (Lélut, loc. cit., p. 352). «Avec les mêmes idées, a dit M. Leuret, on peut être regardé comme sage ou comme aliéné : cela dépend du temps dans lequel on vit , du caractère et du degré d'instruction des personnes dont on est entouré. L'homme est la mesure de tout, notre raison est la mesure de la folie des autres.» Que de considérations de temps, de lieu, de préjugés, de mœurs, d'éducation à peser, avant de décider qu'un homme est fou ou a été fou ! Ouest donc, encore une fois, la limite précise qui sépare l'état de raison de la folie? Laissons répondre M. Lélut , qui a traité avec soin et talent cette intéressante question. «Qu'un homme soit toute sa vie, dit-il, en dehors de la règle commune par la bizarrerie de ses manières, de ses opinions, de sa conduite, ou de certaines parties de tout cela , qu'il ne fasse rien , ne dise rien, ne pense rien comme tout le monde, qu'il agisse ainsi par vanité , par orgueil , par timidité, par prudence, par un composé de ces divers sentiments, ou enfin par une excentricité qui ne s'explique que par elle-même , si la chose ne va pas plus loin , si l'homme excentrique et bizarre n'est que cela, c'està-dire s'il ne pense, parle, et agit, en définitive, que comme nous avons tous pensé , parlé , et agi dans quelques instants de notre vie, nous concevons cet état, nous le plaignons , nous nous en offensons peut-être, mais nous ne lui donnons pas, nous ne devons pas lui donner le nom de jolie, par prudence autant que par vérité; nous ne le devons pas surtout quand il s'agit d'appliquer une telle qualification à l'état intellectuel d'un homme auquel une grande

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portée d'esprit doit faire pardonner des distractions quelquefois amusantes, d'un homme qui ne serait pas grand peut-être dans ce qui est de son génie, s'il n'était bizarre, et quelquefois même ridicule, dans ce qui est des petites choses de la vie.

«Qu'un homme encore soit , sans relâche , sous l'influence d'une passion intellectuelle, c'est-à-dire, d'une idée fixe, qu'il la poursuive à travers toutes les phases successives de l'existence, dans toutes ses positions si variées, et souvent si contraires, qu'il en oublie parfois l'observation des devoirs ordinaires, ceux du citoyen, du père, de l'époux même, si son organisation est forte, ou que les circonstances ne soient pas trop défavorables, que le but puisse être atteint, ou semble devoir l'être bientôt, sa raison pourra ne pas fléchir, et il ne faudra voir dans cette excentricité... qu'une tension périlleuse de l'esprit... qui ne saurait, sans une injuste imbécillité, être taxée de folie.

«... Mais il ne faut pas non plus se le dissimuler, le génie, porté ainsi jusqu'à ses extrêmes limites, usant d'un instrument trop tendu, et s'y abandonnant à toute la violence ou à toute la profondeur de ses inspirations, le génie est bien près de cet état déplorable dont on lui a quelquefois donné le nom. Un pas de plus, et l'intervalle est franchi; et, au lieu de Galilée, vous avez Cardan ; au lieu d'Alexandre, Mahomet ; au lieu de Melanchton, Luther ; au lieu de Platon, Socrate» (Du démon de Socrate, p. 144-148). Ici nous dirons à M. Lélut que, s'il est possible de démontrer que^Socrate,que Pythagore, qu'Empédocle, que Mahomet, que Rousseau, que Luther, présentaient réellement quelques-uns des symptômes de l'aliénation mentale, on ne saurait donner le nom de fous à des hommes que l'admiration de la postérité a élevés sur le piédestal consacré au génie : il faut au moins trouver pour eux une autre dénomination. Mais, on le voit, le point de démarcation n'a pas été, et ne sera probablement jamais établi d'une manière précise : il faut se contenter de resserrer le plus possible les limites entre lesquelles il doit se trouver.

M. Lélut a entrepris cette tâche. Après avoir étudié «les états physiologiques qui, dans ce qui n'a pas d'être la raison , se rapprochent le plus des diverses formes et des divers degrés de l'aliénation mentale»; après avoir montré que la joie, la colère, la peur, le désespoir, l'amour, l'ivresse, nous portent à des tctci désordonnés, comparables, sinon semblable. ,1 ceux auxquels se livreat les aliénés; après avoir établi que, dans le délire des passions comme dais le

délire de la Mie. le désordre eommenee par le côté

inouï ou arrectil de L'intelligence, M. Lélui recherche s'il n'existe pas une dissemblance constante entre ces deux états, et il la Formule ainsi :

« En dernière analyse, les caractères de l'état de

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raison qui a le plus d'analogie avec la folie , c'est-àdire de la passion , sont un trouble moral partiel , existant avec conscience de la part de l'individu qui l'éprouve, ayant une cause extérieure actuelle , et se traduisant par une erreur sur les intentions seules, et par l'association trop rapide et la nature trop exclusive des idées.

« Ceux de la folie sont un trouble moral plus ou moins général et complexe , existant sans conscience de la part de l'individu qui l'éprouve, ayant lieu spontanément, ou sans cause extérieure actuelle , et se traduisant par une erreur , non-seulement sur les intentions , mais encore, et surtout, sur l'identité et l'existence des personnes et des choses , et enfin par la désassociation des idées. »

Le rapprochement de ces caractères différentiels conduit M. Lélut à définir l'aliénation mentale un trouble des passions et de la volonté, sans conscience et sans cause extérieure actuelle, accompagné d'un vice dans l'association des sentiments et des idées 3 et de transformation de ces manifestations intellectuelles en sensations (/?<?cherches des analogies de la folie et de la raison. Lélut, du Démon de Socrate , Mémoire m, p. 321).

Nous adopterons cette définition, qui est bien préférable à toutes celles qui ont été données; mais qui néanmoins, comme on le verra, ne s'applique point encore à toutes les formes de l'aliénation mentale.

Division. — Sans parler de quelques auteurs anciens qui confondaient encore sous le même nom des affections entièrement étrangères à l'aliénation mentale, telles que la boulimie, le tintement d'oreilles, i'hypochondrie , etc.; un grand nombre de divisions ont été apportées dans l'étude de a folie.

Gullen , refusant, bien à tort, de rattacher les hallucinations à l'aliénation mentale , établit la classification suivante :

A. Manie ou folie universelle, a. Manie idiopathique: 1° manie mentale, ou produite parles affections de lame; 2° manie corporelle, qui est l'effet d'un vice manifeste du corps; 3° manie obscure, ou sans cause appréciable, b. manie symplomalique.

B. Mélancolie ou jolie partielle, a. Panophohie. b. Demonomanic. c. Délire mélancolique. d. Erotomanie. e. Aoslalgie. f. Mélancolie nerveuse.

Pinel a décrit quatre espèces de folie: 1" la manie ou folie générale; 2" la mélancolie ou folie partielle; 3" la démence; 4° l'idiotisme. Le docteur Rush a divisé la folie en : • A. Folie partielle , 1° tristimania ( mélancolie ,

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hypochondrie ) ; 2° amenomania (délire , gaie).

B. Folie générale : 1° mania ou délire général , avec propension à la fureur; 2° manicula , délire moins violent , chronique; 3° manalgia ou torpeurgénérale, 4° dissociation (démence); 5° fatuité (idiotisme ).

Le docteur Burrows admet six espèces de folie : 1° le délire, delirium t remens ; 2° la manie , manie puerpérale ; 3° la mélancolie, suicide; 4° V hypochondrie; 5° la démence; 6° C idiotie.

Le docteur Prichard a distingué : A.une Jolie morale, et B. une folie intellectuelle. Celle-ci est subdivisée en : 1° monomanie , 2° manie , et 3° démence.

Jos. Frank réduit à dix les espèces sous lesquelles se montrent toutes les manies bien caractérisées : 1° manie hypochondriaquc ; 2° manie chimérique ; 3° manie gaie ; 4° manie mélancolique ; 5° manie fantastique; 6° manie erotique; 7° manie furieuse ; 8° démence ; 9° idiotisme ; 10° manie chaos.

M. Guislain admet huit modes de folie : 1° la lupérophrênie (de Xuwipoç, triste, et cppyiv , esprit) ou mélancolie des anciens; lypémanie d'Esquirol; 2° l' hyper phrénic (de uivsp, au-dessus, outre, outré, et cpprv, esprit) ou manie; 3° la paraphrénie (de irapa, à côté , de travers, et cppviv , esprit) ou folie; 4° l hyperplexic (de o-sp , au-dessus, et 7rX-/iHiç, étonnement) ou extase; 5° t hypers pasmie (de DTrsp, au-dessus, et <77ra&>, je tire) ou convulsions, épilepsie, dause de saint Weith ; 6" iidéosynchysie ( de k&fc* , idée , et cuv^um; , confusion ) ou délire, hallucinations; 7° ianacoluthie (de ava- KoXouô'.a, incohérence) ou rêvasserie; 8° la noasthénie ( de voo;, intelligence, et aaôevta, faiblesse) ou démeuce.

Ces modes sont subdivisés en un grand nombre d'espèces, de variétés, etc.

Esquirol ramène toutes les formes de la folie à cinq genres : 1° lypémanie ou mélancolie des anciens ; 2° monomanie ; 3° manie ; 4° démence ; 5° idiotie.

M. Foville admet quatre espèces d'aliénation mentale : la manie , la monomanie , la démence et Yidiotie, et il les considère successivemeut dans trois divisions différentes , suivant que les désordres intellectuels existent : 1° sans lésion de la sensibilité ni des mouvements; 2° avec lésion de la sensibilité ; 3° avec lésion des mouvements.

Georget a admis la division de M. Esquirol en y ajoutant la démence aiguë; toutefois, il semble réduire toutes les formes de l'aliénation mentale aux trois espèces suivantes : manie, monomanie et démence.

On a encore divisé l'aliénation mentale en folie

morale ou intellectuelle , et en folie sensoriale ; mais si les hallucinations existent quelquefois sans autres troubles marqués de l'intelligence, elles ne sauraient néanmoins être considérées comme formant une classe distincte : elles-ne sont évidemment que l'un des symptômes qui peuvent se manifester dans l'aliénation mentale, et doivent d'ailleurs, comme nous le verrons, être rapportées à l'intelligence et non aux sens. Les illusions n'ont lieu que par l'intervention des organes des sens , mais elles n'en supposent pas moins l'existence d'une lésion cérébrale , et s'accompagnent presque constamment de troubles intellectuels.

Ces divisions ont toutes pour base les caractères que présente le désordre de l'intelligence, et c'est pour cela qu'elles ne sont pas acceptables. Les lésions de l'intelligence se présentent avec un nombre infini de modifications, et, en suivant la marche de J. Frank, par exemple, on pourrait facilement établir, non pas dix espèces de folies , mais une centaine. La division de Pinel, qui est la plus simple , n'est pas à l'abri de cette objection ; et d'abord il faut commencer par en retrancher l'idiotie, qui est le résultat d'un vice congénital, et qui n'appartient nullement, ainsi que l'ont fait remarquer Prichard et plusieurs auteurs modernes, à l'aliénation mentale. La démence, comme nous le verrons, offre des caractères particuliers très-tranchés; mais c'est justement en raison de ces caractères qu'on est conduit à se demander s'il faut la comprendre dans la dénomination de folie. Nous reviendrons plus tard sur ce sujet ; mais db^ l'abord nous devons prévenir le lecteur que ce n'est que pour nous conformer à l'usage suivi par tous les auteurs qui ont traité la matière, que nous nous sommes décidés à placer la démeuce, dans cet article, au nombre des formes de l'aliénation mentale. La division de la folie en monomanie et manie est-elle plus satisfaisante? Assurément on ne peut nier que souvent le trouble de l'intelligence ne porte plus particulièrement sur un certain ordre de faits et d'idées, tandis que, dans d'autres circonstances, il s'étend à toutes les opérations del'espiit; mais cela n'a jamais lieu d'une manière absolue et complète : vingt années d'observation n'ont jamais permis à M. Lélut de constater une monomanie pure dans la rigueur du mot; jamais le désordre de l'intelligence n'esf exactement borné aux fondions qui sont relatives à un seul ordre de faits. Est-il possible d'établir une division sur la prédominance, chez l'aliéné, d'idées tristes ou gaies, lorsqu'on voit le même malade passer de la joie au désespoir, de celui-ci à uu état d'indifférence qui le rend insensible à toute émotion , sans motifs, dans la même journée , sans. présenter d'autres phénomènes en rapports avec ces divers états? M. Foville a bien senti la valeur des objections

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qu'on peut opposer à ces divisions : « La base commune de tou'es ces divisions, dit-il , la simplicité ou l'étendue du délire, et son caractère particulier, estelle solide? Sont-ce véritablement des espèces différentes de maladie, ces états qui se succèdent les uns aux autres , alternent si souvent chez le même individu , et qui, dans bien des cas , ont une physionomie si douteuse, si mobile, qu'ils ne rentrent exactement dans aucune division des auteurs?... Les différences propres à chacune de ces espèces nous semblent plus convenables pour caractériser des variétés que des espèces» [Dict. de méd. et de chir. prat., 1. 1, p. 506). Georget, M. Galmeil, ont également reconnu l'impossibilité d'établir une division sur les caractères symptomatiques de la folie: «On rencontre , dit le premier , une foule d'espèces intermédiaires qui établissent un passage insensible d'un genre à un autre; souvent même il se présente des cas qu'il est assez difficile de classer positivement.» Le second est encore plus explicite: «Les signes propres à une espèce se trouvent souvent confondus avec ceux d'une autre, et, du mélange, il résulte un ensemble qui quelquefois ne ressemble en rien aux descriptions qui se trouvent dans les livres et qu'on ne peut faire entrer dans aucune des divisions jusqu'ici reconnues.»

M. Foville a cherché à établir une division basée sur «des considérations physiologiques assez exactes pour nous conduire ensuite plus loin , en dirigeant mieux les recherches anatomiques»; mais on a vu qu'il n'en a pas moins conservé les quatre espèces décrites par Pinel , et cela sans fonder sa division sur une base plus solide.

M. Parchappe , comprenant qu'une bonne division des maladies mentales ne pouvait être fondée que sur l'anatomie pathologique , s'est efforcé d'en établir une sur cette base. Ayant cru reconnaître que les lésions de l'encéphale présentaient des caractères différents très - tranchés , en rapport avec certaines formes symptomatiques de la folie, il a distingué les espèces suivantes : 1° folie aiguë monomaniaque; 2° folie aiguë maniaque; 3° Jolie aiguë mélancolique ; 4° folie paraly tique ; 5° Jolie chronique; 0° Jolie épileplique. Assurément cette division ne laisserait rien à désirer si à chacune de ces six espèces correspondaient , ainsi que le pense M. Parchappe, des altérations anatomiques qui lui appartinssent exclusivement. Mais, eu est-il ainsi ? Nous ne le pensons pas: les tentatives de M. Parchappe sont sans doute fort louables, et pourront peut-être conduire un jour à un résultat positif; mais l'anatomie pathologique ne nous paraît pas pouvoir, dans l'état

actuel de la icience, servir de bâte il une classification

des maladies mentale*. Lorsque nous aurons examiné cette question avec tout le soin qu'elle mérite,

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le lecteur partagera , nous le croyons , notre opinion à cet égard.

Nous venons d'énumérer les différentes divisions qui ont été introduites dans l'étude de l'aliénation mentale ; nous avons montré qu'aucune d'elles n'était complètement satisfaisante ; nous avons indiqué les principales objections qui pouvaient leur être opposées: «Si l'on possédait, dit M. Foville, des données exactes et complètes sur les différents états organiques qui constituent les maladies mentales, il serait facile de faire disparaître toutes ces difficultés ; mais la science n'est pas encore arrivée à ce degré de perfection.» En admettant, avec M. Foville, que les progrès ultérieurs de l'anatomie pathologique pourront conduire à la détermination des altérations qui appartiennent à l'aliénation mentale considérée dans son ensemble, nous ne sommes pas sûrs que l'étude de ces altérations puisse jamais, alors même qu'elle serait arrivée à ses dernières limites , rendre facile la division de cette maladie en espèces distinctes. C'est ici que, pour développer notre pensée , nous devrions aborder des questions physiologiques, psychologiques et phrénologiques , dont le cadre et le but de notre ouvrage ne comportent point l'exposition. Nous nous bornerons à dire que, dans notre opinion , on ne parviendra probablement jamais à démontrer que les facultés intellectuelles ou affectives peuvent être complètement isolées les unes des autres, que les troubles de l'intelligence portent constamment, à des degrés différents, sur l'ensemble des fonctions intellectuelles, et que, par conséquent, l'anatomie pathologique ne pourra conduire à établir des espèces qui n'existent d'ailleurs pas rigoureusement dans les manifestations symptomatiques de la folie.

Nous n'avons pas cherché à établir une division dans l'étude de l'aliénation mentale; et si notre travail a le désavantage de ne point offrir des jalons, des tètes de chapitres destinés à faciliter aux esprits étroits ou paresseux l'étude d'un sujet, aux dépens de la vérité, il a, nous le croyons, le mérite d'être l'expression fidèle des faits. Plus que personne, nous aimons à donner à nos descriptions une forme didactique, et même scolastique, mais c'est à la condition qu'elles soient justifiées par l'observation. 11 faut éviter avec autant de soins une division apportée dans des choses qui doivent rester réunies, qu'une généralisation fondée sur le rapprochement de faits non comparables.

Nous savons fort bien qu'il existe de grandes différences entre la monomauie et la manie ; nous savons qu'on ne saurait, avec quelques auteurs, considérer les états morbides qui correspondent à ces dénominations comme des degrés différent» d'une même maladie ; mais nous pensons aussi qu'en l'absence de

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toutes connaissances positives sur la physiologie du cerveau, et sur les causes organiques qui, dans la folie, déterminent le trouble de ses fonctions, on ne saurait se fonder , pour établir des espèces morbides distinctes , sur des circonstances symptomatiques qui ne peuvent tout au plus servir qu'à caractériser les formes différentes sous lesquelles peut se présenter l'aliénation mentale.

Voici le plan auquel nous nous sommes arrêtés. Après avoir établi qu'il est des aliénés dans le cerveau desquels on ne rencontre aucune espèce de lésion , nous étudierons : A les altérations anatomiques qu'on a rencontrées chez les aliénés, et , sous ce nom, nous comprendrons tous les sujets atteints de folie, quelle que soit la forme symptomatique de celle-ci. B. Nous rechercherons si, parmi ces altérations, il en est qu'on puisse regarder comme propres à l'aliénation mentale , et nous examinerons en même temps si ces altérations peuvent être divisées , quant à leurs caractères anatomiques et à leur siège , en groupes distincts, correspondant à des formes symptomatiques, également distinctes les unes des autres , d'aliénation mentale.

Nous tracerons ensuite la description symptomatologiquede la folie. Ici se présentait une nouvelle difficulté. Pour suivre la marche adoptée par les auteurs, nous devions nous borner à décrire séparément les différentes formes de la folie ; mais nous avons trouvé qu'en agissant de la sorte, il nous serait impossible d'étudier complètement certains phénomènes qui peuvent se rencontrer chez tous les aliénés, et qui demandent à être considérés pour eux-mêmes; nous avons pensé ensuite que ce serait encore établir une séparation trop marquée entre « des classifications fondées uniquement sur la manifestation d'un seul ordre de symptômes , et qui n'embrassent même pas tous ces faits, puisqu'il existe des exemples intermédiaires où le délire change de forme , pour ainsi dire , à chaque instant» (Georget, Dictionnaire de mèd., t. xiii, p. 265, 266). Georget, préoccupé des mêmes idées, n'a évité qu'à moitié ces objections , en distinguant les caractères de l'aliénation mentale en généraux et en spéciaux. Nous avons préféré suivre le plan de M. Foville [Dictionnaire de méd. et de chir. pratiques, 1. 1, p. 486), en lui donnant toutefois plus d'extension.

Nous décrirons isolément les troubles qui , dans la folie, considérée en général, peuvent se manifester: 1 ° dans les fonctions intellectuelles ; 2° dans les fonctions sensoriales ; 3° dans la sensibilité et la motilité; 4° dans la circulation et la .respiration ; 5° dans la digestion ; 6° enfin , nous indiquerons certains phénomènes qui ne peuvent être envisagés que comme accessoires. Après avoir étudié ainsi séparément , pour eux-mêmes, ces différents groupes de symptômes,

nous dirons les différentes manières dont ils s'ench.iînent, se succèdent les uns aux autres, et là trouvera tout naturellement place l'énumération des différentes formes symptomatiques de la folie. Nous décrirons, à titre de variété , la folie puerpérale.

Cette marche nous exposera peut-être à quelques répétitions ; mais elle seule pouvait nous permettre , ce nous semble], d'être complet et de ne point sacrifier l'observation à la théorie.

Anatomie pathologique. — Il est incontestable qu'il est un certain nombre d'aliénés , dans le cerveau desquels l'examen le plus attentif ne peut faire découvrir aucune espèce de lésion ; tout au plus est-il possible de dire, quelquefois, que l'encéphale est pâle , comme anémié. Ce fait important a été reconnu par les anatomistes les plus habiles; nous nous occuperons des inductions qu'on en a tirées, lorsque, après avoir étudié les différentes altérations qui , dans la grande majorité des cas , d'ailleurs, existent dans les organes des sujets atteints de folie , nous aurons à rechercher quelle est la cause prochaine de l'aliénation mentale ( voy. Nature).

A. Altérations que l'on rencontre chez les aliénés.

I. Crâne. — La conformation congénitale du crâne présente-t-elle quelque chose de particulier dans l'aliénation mentale? Pinel admit qu'il y avait certains vices de conformation qui étaient liés avec un état d'aliénation mentale, et surtout avec la démence; Esquirol , Georget ont vu le crâne être irrégulier chez un assez grand nombre d'aliénés; Spurzheim prétend que la conformation de la tête peut être une prédisposition à la folie partielle, et que, dans les monomanies , il y a ordinairement développement excessif de la partie du cerveau qui est l'organe de la faculté aliénée , et par conséquent de la saillie osseuse correspondante. Cette dernière assertion, soutenue par les partisans de Gall , est combattue par la plupart des médecins qui se sont occupés de l'aliénation mentale : elle se rattache plutôt à la phrénologie qu'à l'étude de la folie , et nous ne pouvons pas la discuter dans cet ouvrage. Bornons-nous à dire que nous la repoussons, et que sur 220 aliénés, Greding n'en a vu que 16 qui avaient le front étroit et les tempes déprimées.

Les os du crâne peuvent être plus ou moins épaissis (hypertrophie) , ou, au contraire, amincis , injectés ou exsangues , ramollis , éburnés , poreux, diploïques, creusés par des excavations produites ellesmêmes par des végétations, des tumeurs développées dans les membranes encéphaliques. 11 peut exister des fractures , une carie , une nécrose.

IL Méninges, a. Dure-mère. — La dure-mère est quelquefois très-adhérente à la boîte osseuse; elle peut être épaissie, indurée, ossifiée dans des points plus ou moins nombreux, ou injectée, amincie, perforée par des végétations développées sur l'arach-

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noïde. La faux du cerveau, la tente du cervelet, peuvent offrir les mêmes altérations; elles adhèrent intimement aux hémisphères cérébraux, au cervelet.

Bertolini a trouvé des épanchements de sang entre la dure-mère et le crèue, des épanchements séreux entre le cervelet et sa tente ; Greding a vu fréquemment des concrétions polypeuses dans le sinus longitudinal.

b. Arachnoïde. — L'arachnoïde est quelquefois simplement hypérémiée, injectée; mais plus ordinairement elle offre des traces plus manifestes d'inflammation ; dans d'autres cas, elle est anémiée.

« Presque constamment, dit M. Parchappe (Rech. sur l'encéphale , 2e Mém. , Des altérations de l 'encéphale dans l'aliénation mentale; Paris, 1 833, p. 94), on trouve dans la cavité arachnoïdienne, au moment où Ton incite les membranes, et surtout lorsqu'on enlève l'encéphale , après avoir coupé la moelle, une quantité plus ou moins considérable de sérosité, qui se colore en rouge par son mélange avec le sang provenant des vaisseaux ; mais les cas où cette sérosité forme une collection assez considérable pour constituer une altération pathologique sont rares, et ne diffèrent en rien de ce qui s'observe dam» les autres maladies.» Hablam, Neumann, Greding ont toutefois constaté plusieurs fois une véritable hydropisie arachnoïdienne; Bayle a trouvé, dans un cas, douze onces de sérosité accumulée sur la région supérieure du cerveau.

On rencontre fréquemment des hydropisies ventriculaires plus ou moins considérables : i'épauchement a lieu ordinairement dans les ventricules latéraux; mais il peut également avoir lieu dans le troisième ventricule, dans le quatrième (Greding), et même dans le cinquième (Bertolini).

On trouve souvent, dans la cavité arachnoïdienne, des fausses membranes qui ont été bien décrites par MM. Bayle, Calmeil et Lélut : te dernier auteur les a di usées en fibrino-albumineuses, fibr'mo-sanguines, albumino-sanguines, gélatino-sanguines, et fibriiii -u>e.s. Ces fausses membranes peuvent être organisées ou aon organisées: elles. sont toujours conleuues dans la cavité arachnoïdienne; elles occupent surtout la partie con\ exe et antérieure des hémisphères cérébraux; elles adhèi eut, soit à la face interne du feuillet p.ni.t.il de la méuinge, soit à la face externe du feuillet Mscéral Lélut, Mém. sur les fausses membrane* de l'ara< liuoïdv cérébrale . Klles ont une épaisseur qui fâria depuis celle d'une toile d'araignée jusqu'à une drmi-ligiu- . une ligne, el même deux lifjiirs. CetlC 1 1» iissrur n'est pal la même fais tous les point - ; eJkl Ml pins cou. ski iab!e sur la eonwxile dr li«niis|.he;e>. el v.i in di niuu anl a mesure qu'on s'approche de la bas«- du ci a ne.

L'ara< -humlr e.f MBtesl épaissie ri opaque. «Celle

altération, l'une des plus fréquentes, dit M. Parchappe , ne se présente pas dans tous les cas avec les mêmes caractères : l'épaississement peut exister sans l'opacité ; l'opacité , au contraire, suppose l'épaississement» (loc. cit., p. 88).

L'épaississement s'opère dans le feuillet viscéral de l'arachnoïde , et présente plusieurs degrés qu'on ne peut guère apprécier que par l'opacité et la ténacité de la méninge : cette ténacité est quelquefois telle , qu'on enlève en une seule pièce la plus grande partie de l'arachnoïde, entraînant après elle la pie-mère intermédiaire aux circonvolutions.

L'épaississement est rarement général. « Presque toujours il correspond à la convexité des hémisphères, et rarement il intéresse toute l'étendue de cette convexité. Dans presque tous les cas où l'épaississemeut est étendu et continu, l'altération n'existe que dans les deux tiers antérieurs des hémisphères. Dans les cas où l'épaississement n'est que partiel et interrompu, il a son siège au niveau des anfractuosités de 1» convexité, qu'il suit dans leurs flexuosités, et principalement au niveau de la grande anfi actuosité désignée sous le nom de scissure de Syhius. Souvent, dans les cas d'épaississemenl partiel, le siège exclusif de l'altération est la portion de membrane correspondante à chaque scissure de Sylvius» ( Parchappe, loc. cit., p. 89).

L'épaississement offre des degrés différents, et peut être très-considérable. Bayle a vu l'arachnoïde acquérir une épaisseur égale à celle «de la plèvre, du péricarde, de la dure-mère, ou même des parois de l'estomac.

«Ces ép:iississementsde l'arachnoïde, dit M. Lélut, ne me paraissent point être le résultat de l'incorporation de pseudomembranes au feuillet cérébral de l'arachnoïde; ils siègent toujours, ainsi que j'ai eu souvent occasion de m'en convaincre par des dissections très-attentives, en dehors de cette membrane, et sont dus à une sorte de dépôt de matière albumineuse à sa face externe ou cellulaire» (Mém. sur les fausses membr. de, iarachn. céréb. , p. 31). Bayle avait déjà émis une opinion analogue.

L'arachnoïde est souvent couverte de petites aspérités (granulations) arrondies, Sphériques , spongieuses, du volume d'un grain de sable à celui d'Un grain de moutarde, d'une tête d'épingle, d'une lentille ( Morgagui ). Kn promenant le doigt sur la membtane, on trouve sa surface rude, inégale, comme chagrinée. Ces g: anul. liions ont quelquefois leur siège sur la sui f,i(c libre de l'arachnoïde cérébrale, vers le milieu de la convexité des hémisphères; mais bien plus fréquemment elles sont parsemées en nombre très-considerable sur l'arachnoïde des quatre cavités cérébrales | lia y le).

On reneontie assez souvent, dans l'arachnoïde,

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des ossifications plus ou moins étendues, plus ou moins nombreuses, des excroissances tuberculeuses (Bertolini), des végétations. Tous les prolongements arachnoïdiens peuvent être le siège de ces altérations. Haslam a trouvé les plexus choroïdes dans un état vésiculeux ; Bertolini a vu ces plexus injectés, hydatiformes , adhérents aux cornes d'Ammon, durs, ossifiés partiellement; le même auteur a noté l'injection, l'induration de la toile choroïdienne, son adhérence aux couches optiques , aux tubercules quadrijumeaux, et à la voûte à trois piliers.

Bertolini a constaté plusieurs fois l'existence d'un épanchement de lymphe gélatineuse entre l'arachnoïde et la pie-mère; Abercrombie parle souvent de fausses membranes interposées entre l'arachnoïde et la pie-mère : «Cet auteur, dit M. Lélut, a mal vu, ou s'est mal exprimé: il n'y a pas de place là pour une fausse membrane ; il ne peut s'y épancher qu'un liquide plus ou moins concret , ou plutôt d'apparence plus ou moins concrète» (Mém. cité, p. 27).

L'arachnoïde contracte quelquefois des adhérences avec elle-même, à l'aide de fausses membranes, de lames cellulaires plus ou moins serrées. Ces adhérences, qui se rencontrent le plus souvent dans la grande scissure, à l'endroit où elle n'est point occupée par la faux, sont assez rares. Bayle en a trouvé à peine huit à dix fois sur cent.

Une fois sur huit environ (Bayle), lorsqu'il existe des fausses membranes , on trouve un épanchement sanguin dans la cavité de l'arachnoïde : il a ordinairement son siège entre la face externe des exsudations et la face externe de la dure-mère , à la voûte du crâne , sur les apophyses d'Ingrassias , ou dans les fosses de la base du crâne. La quantité de sang est, en général, peu considérable ; cependant Bayle l'a vue s'élever à deux onces. Le sang est ordinairement pris en un caillot rougeâtre, noirâtre, ou tirant sur le jaune. Les épanchements sont ti ès-rares ( six fois sur cent. — Bayle ) lorsqu'il n'existe pas de fausses membranes.

Des épanchements purulents peuvent enfin avoir lieu dans la cavité arachuoïdienne.

c. Pie-mère. — La pie-mère présente fréquemment, chez les aliénés, des altérations qui doivent être étudiées avec soin*

Hjpèrèmie. — Lorsque la mort a été causée par une congestion cérébrale, la pie-mère est hypérémiée avec l'encéphale tout entier. Alors on aperçoit, sur toute l'étendue de la méninge, des arborisations vasculaires qui donnent à la membrane une teinte rouge, violette, ou même noirâtre. Mais l'hypérémie de la pie-mère peut aussi exister seule, indépendamment de toute hypérémie de la substance cérébrale: elle est alors partielle, et a pour siège le plus ordinaire les parties supérieures et latérales de cliaque

hémisphère dans les deux tiers antérieurs; ce sont les plus gros vaisseaux , ceux qui serpeuteut à la surface du cerveau, au niveau des anfractuosités, sous l'arachnoïde , qui sont distendus par le sang. L'arachnoïde ne participe presque jamais à l'injection de la pie-mère (Bayle).

M. Parchappe a décrit une troisième espèce d'hypérémie de la pie-mère, bien distincte des deux précédentes.

« L'arachnoïde cérébrale , avant d'être détachée , offre des rougeurs arborisées, plaquées et pointillées, qui souvent ont été rapportées, pour leur siège, à la surface externe de l'arachnoïde, et qui sont réellement dues à une injection sous-arachnoïdieune, probablement à l'injection du feuillet de la pie-mère qui est accolé à cette membrane au niveau du pli des circonvolutions.

«Lorsqu'on détache les membranes de la surface cérébrale dans la région où existent ces rougeurs, on peut s'assurer que les petits vaisseaux qui, de la pie-mère, se rendent dans le pli des circonvolutions, sont hypérémiés; et, en outre, la membrane détachée , ordinairement un peu épaissie , offre une coloration uniforme d'un rouge vif, qu'on n efface pas en l'essuyant... C'est à cette altération que j'ai cru devoir donner le nom d'ecchymoses sous-arachnoïdienues... Les ecchymoses , toujours partielles , se montrent souvent dans la région moyenne de la partie latérale des hémisphères, en avant, en arrière , au niveau de la scissure de Sylvius » (Mém. cité, p. 90).

Adhérences. — La pie-mère est naturellement adhérente à la surface cérébrale; il ne faut donc admettre un état pathologique que lorsque l'adhérence est considérable , et que la méninge est en outre épaissie ou injectée : « Tout porte à croire, dit M. Parchappe (Mém. cité, p. 1 1 2), que l'adhérence de la pie-mère à la surface cérébrale succède à l'ecchymose sous-arachnoïdienne avec injection pointillée de la couche corticale. »

L'adhérence peut coïncider avec une infiltration de la pie-mère : dans ce cas l'union de la méninge et du cerveau est moins intime; lorsque l'on arrache celle-là, on ne perçoit point l'espèce de frémissement que l'on sent alors que la pie-mère n'est point œdématiée.

L'adhérence de la pie-mère coïncide fréquemment avec le ramollissement de la couche corticale du cerveau, et cette dernière altération peut faire croire à une adhérence qui n'existe pas. En effet, sans que l'union naturelle entre la pie-mère et le cerveau soit augmentée, la diminution de consistance de celui-ci fait que, lorsque l'on arrache la méninge, on eutraîne avec elle des petits flocons de substance grise. Il ne faut pas s'en laisser imposer par celte disposition.

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L'adhérence peut exister non-seulement entre la pie-mère et le cerveau , mais encore entre les lobes et les circonvolutions de celui-ci.

Infiltration séreuse. — On a décrit, sous le nom d'infiltration séreuse de la pie-mère, une altération constituée par un épanchement de sérosité dont le siège paraît être le tissu cellulaire qui sépare la méningine de la méningette : jamais, en effet, on ne trouve réellement infiltré le prolongement de la piemère qui revêt les anfracluosités, bien que la sérosité paraisse surtout être abondante au niveau de ces mêmes anfractuosités.

La sérosité est limpide , soulève l'arachnoïde, et lui donne un aspect gélatineux : elle constitue une espèce d'œdème analogue à celui qui se forme sous la membrane muqueuse du larynx et sous la plèvre pulmonaire, dans certaines maladies (Bayle); elle s'épanche ordinairement au niveau des deux tiers antérieurs de la convexité des hémisphères- Il est très-rare de trouver une infiltration séreuse à la base du cerveau ou à la partie postérieure des hémisphères. Tantôt l'infiltration est uniforme , tantôt elle est beaucoup plus considérable dans certains endroits : la sérosité s'accumule dans quelques anfractuosités , qu'elle dilate, en même temps qu'elle resserre les circonvolutions voisines. Au niveau de l'épanchement , la pie-mère est ordinairement injectée , et l'arachnoïde épaissie.

L'infiltration séreuse peut faire croire à un œdème du cerveau lorsque l'on pratique une incision dans cet organe de dehors en dedans , la sérosité pénétrant immédiatement, et à mesure, dans l'intervalle laissée par l'instrument tranchant, et baignant les parois de la substance cérébrale divisée. Pour éviter cette erreur, il suffit de pratiquer une section en sens contraire (Parchappe, loc. cit., p. 93).

La pie-mère peut aussi être infiltrée de pus ou de sang.

Bertolini a trouvé quelquefois les enveloppes de la moelle injectées et adhérentes.

Dans la description que nous venons de faire , nous avons particulièrement insisté sur les altérations qu'on a spécialement rattachées à la folie : quant à celles qu'on rencontre chez les aliénés, mais qui ne diffèrent eu rien des lésions qui appartiennent à la méningite , c'est à l'histoire de cette dernière affection que nous renvoyons le lecteur.

III. Encéphale» — L'encéphale offre souvent, • Im/ 1rs aliéné*, de* altération! qui méritent une attention particulière, en raison de la valeur qu'on y a attachée. .Nous les décrirons avec soin , nom contentant d'éntimérer les lésiOM nombreuses qui peuvent se présenter, nak nii, dam leurs caractères anatomique , n'ont rien de particulier.

a. Atrophie des < u< omoluttons cirehrales. —

Le volume des circonvolutions peut être diminue. Cette atrophie est fort difficile à constater, et passe souvent inaperçue , à moins qu'elle ne soit très-considérable.

Les circonvolutions sont amincies ; elles ont moins de hauteur du fond de l'anfracluosité à leur bord libre; leur surface offre des dépressions linéaires, des enfoncements irréguliers, qui laissent dans leurs intervalles des bosselures; quelquefois « l'atiophie des circonvolutions a lieu surtout vers leur sommet: elles se terminent alors par une extrémité anguleuse qui semble avoir été pincée entre les doigts; ou bien c'est surtout vers leur base que la perte de substance s'est fait sentir, et elles paraissent pédiculées » (Foville, Dict. de méd. et de chir. prat., t. i, p. 538). L'atrophie peut être poussée à un point que les circonvolutions disparaissent pour ainsi dire complètement : quelquefois elles sont remplacées par une vaste lacune remplie de sérosité. Par suite de l'élévation moins considérable des circonvolutions , les anfractuosités sont moins profondes et comme béantes; dans les cas les plus caractérisés, elles n'existent réellement plus, et ne sont qu'indiquées par des sillons superficiels.

L'atrophie des circonvolutions est surtout fréquente dans les régions frontales des hémisphères ; elle rend les lobes antérieurs plus étroits, plus courts et plus pointus : « Chose digne de remarque , dit M. Foville, elle occupe souvent d'une manière symétrique trois à quatre circonvolutions situées de chaque côté de la suture sagittale, en dedans de la bosse pariétale. »

La diminution de volume peut s'opérer aux dépens des deux substances cérébrales; mais le plus souvent c'est surtout aux dépens de la substance grise , qui est réduite à une lame extrêmement mince , tellement mince , selon M. Parchappe , que l'on aperçoit quelquefois au travers la substance blanche. M. Foville l'a vue manquer presque entièrement au fond des circonvolutions.

Ce qui reste de substance grise offre presque constamment, dans sa consistance et dans sa coloration, des altérations qui sont d'ailleurs très-variables.

b. Altérations de la substance grise. — 1° Injection pointilléc. — Cette altération , décrite par M. Parchappe (loc. cit., p. 95), accompagne presque toujours les ecchymoses sous-arachnoïdiennes. La superficie de la couche corticale offre , dans un espace plus ou moins circonscrit, une multitude de petites ponctuations rouges, dues à des gouttelettes de sang suintant à la surface cérébrale. Lorsqu'on essuie cette surface , les ponctuations ne disparais- 81 ni pal complètement : l'injection est bornée à la surface; en enlevant avec le bistouri une lame : mince de couche corticale, toute altération disparaît.

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Quelquefois, avec l'injection, coïncide un ramollissement qui ne dépasse point les limites de celle-là.

2° Altération de couleur. — Quelquefois , aussitôt qu'on a enlevé les membranes qui recouvrent les circonvolutions, la couche corticale présente une couleur rouge très-foncée , approchant de celle d'un érysipèle : cette couleur est encore plus prononcée dans l'épaisseur de la substance corticale ( Foville ). D'autres fois la superficie de la couche corticalea conservé sa couleur naturelle , et ce n'est que lorsqu'on pénètre dans l'intérieur qu'on aperçoit une coloration morbide qui peut varier depuis le rose jusqu'au lilas foncé, et dont la teinte est tantôt uniforme, tantôt inégale, offrant l'aspect de marbrures nombreuses. « Cette coloration , dit M. Parchappe , peut être également répandue dans toute la substance grise cérébrale et cérébelleuse , ou être bornée à la couche cérébrale, ou à une seule place de cette couche, ou enfin à des portions plus ou moins circonscrites de la couche , et dans ce cas être disposée par plaques ou par couches minces. »

Lorsque la coloration est d'un lilas foncé et qu'elle accompagne le ramollissement de la partie moyenne de la couche corticale , elle peut communiquer , par transparence, à travers la portion externe , un reflet rose à la surface (Parchappe).

Les altérations de cou'eur dont nous venons de parler sont surtout prononcées dans les régions frontales des hémisphères; viennent ensuite les lobes temporaux, puis les régions supérieures, et enfin les régions postérieures du cerveau.

La substance grise peut être décolorée; cette altération est difficile à constater. En examinant la couche corticale à la surface d'une coupe pratiquée dans son épaisseur , on voit que le plan externe est d'une couleur grise , et le plan interne d'une couleur jaune moins foncée que dans l'état normal. Quelquefois la décoloration est telle, que la substance grise ne peut plus être distinguée de la blanche : il n'existe entre elles aucune ligne de démarcation.

3° Altération de consistance. — Ramollissement. — La substance grise présente deux espèces de ramollissement bien distinctes. M. Foville a bien décrit la première ; M. Parchappe a surtout étudié la seconde.

La surface des circonvolutions est très-brune , trèshumide , d'une mollesse diffluente , cède au plus léger contact : des lotions à grande eau suffisent pour la faire disparaître , et il ne reste à sa place qu'un enfoncement dont le fond est constitué par la substance blanche ; toute l'épaisseur de la substance grise est également altérée. Le ramollissement n'est point toujours général; il est quelquefois circonscrit dans une étendue peu considérable et brusquement limité.

M. Foville considère , comme suite de ramollisse-

ments partiels de cette espèce, une altération que lui et M. Galmeil ont rencontrée quelquefois, et qui consiste dans l'absence complète de la substance grise, dans une étendue circulaire de la grandeur d'un demipouce à un pouce. Les bords de cette perte de substance sont taillés presqu'à pic ; le fond en est lisse , blanc, ferme, et ne semble pas être autre chose que la substance blanche. Celle-ci peut être à l'état normal , avoir augmenté , ou , comme la substance grise , diminué de consistance (Foville, loc. cit., p. 539).

M. Parchappe a décrit longuement la seconde espèce de ramollissement, auquel il donne le nom de ramollissement de la partie moyenne de la couche corticale , et qu'il prétend n'avoir été rencontrée jusqu'à présent que dans le cerveau des aliénés. Cette dernière assertion doit nous engager à reproduire avec détails la description tracée par l'habile anatomiste que nous venons de nommer.

« La couche de substance grise qui enveloppe la substance fibreuse du cerveau est constituée par deux plans immédiatement juxta - posés dans la plus grande partie de l'étendue du cerveau , séparés par une bandelette blanche , interposée dans les circonvolutions qui terminent en arrière le lobe postérieur.

« Dans l'état normal , les deux plans de la couche corticale ne se distinguent que par une différence de coloration qui devient plus tranchée au contact de l'air. Le plan externe a une couleur gris de perle plus pure , plus foncée ; le plan interne a une couleur gris jaunâtre, gris blanchâtre, plus terne et plus claire. Le plan interne a uue épaisseur plus grande , la ligne qui le sépare de la substance blanche a quelque chose d'indécis , de non arrêté ; il semble que les deux substances se fondent l'une dans l'autre , sur la limite intermédiaire. L'existence de ces deux plans ne peut être, dans l'état normal, mécaniquement constatée ; elle est seulement apparente aux yeux.

« Le ramollissement morbide paraît avoir son siège au point de jonction des deux plans , ou plutôt dans la, portion interne du plan externe. »

La pie-mère adhère ordinairement, en plusieurs points des hémisphères , à la surface du plan externe , et lorsqu'on la détache dans ces points, elle entraîne des plaques plus ou moins étendues de la couche corticale , plaques dont l'épaisseur varie , mais qui ne dépasse jamais celle du plan externe. La surface dénudée est rugueuse , mamelonnée , d'un gris sale , souvent saignante, et offre à peu près l'aspect d'un ulcère.

Si, avec le manche du scalpel , on soulève les bords qui limitent la surface dénudée par suite de l'enlèvement des membranes , on enlève des plaques analogues , et les nouvelles surfaces dénudées sont entièrement semblables à celle que nous venons de décrire. « On s'assure ainsi que l'enlèvement des plaques

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par les membranes , est moins dû à la force de l'adhérence de la membrane à la surface cérébrale , qu'à la diminution de la cohésion de la couche corticale dans sa partie moyenne, diminution de cohésion qui est telle que l'action méemique !a plus faible détermine la séparation du plan externe dans le point où il est plus mou. »

Quelquefois l'altération existe sans aucune adhérence de la pie-mère.

« Dans des cas rares, la surface de la couche corticale est ferme , et paraît même plus ferme que dans l'état naturel. Si, avec le manche du scalpel, on entame la surface de cette couche, et si on soulève les bords de la division, on détermine , avec une grande facilité , une décortication tout à fait analogue à celle qui se produit dans les cas précédents. A l'aide de ce procédé, on constate l'existence du ramollissement moyen de la couche corticale , dans des cas où celte altération passerait tout à fait inaperçue, si l'on n'avait recours à ce mode d'examen. »

La couche corticale est souvent , en même temps que ramollie, hypérémiée , rose , lilas , violacée ; d'autres fois la couleur n'est point altérée.

Les régions où ce ramollissement est le plus fréquent et a le plus d'étendue , sont : l'extrémité des lobes antérieurs, les parties inférieures et latérales des lobes moyens , la partie de la convexité des hémisphères qui longe les faces de ses deux tiers antérieurs, la substance grise de la corne d'Ammon et celle des corps striés (Parchappe, Mém. cit., p. 96-100).

Induration. — C'est la partie la plus superficielle de la couche corticale, alors que la partie moyenne est affectée de ramollissement, qui offre quelquefois une iuduration remarquable, dans une épaisseur uniforme et peu considérable : la substance indurée forme une espèce de membrane lisse en dehors, tomenteuse en dedans, d'une couleur plus pale qu'à l'état sain , quelquefois tout à fait blanche. Celte espèce de membrane est-elle une production nouvelle ? i ésulle-t-elle d'un simple changement dans la texture de* parties ? enfin, n'est-elle due qu'à l'exagération d'une disposition normale? M. Foville pense que la seconde supposition e.-t la seule admissible.

4" altérations de texture. — «11 arrive souvent, dit M. Foville, que les vaisseaux si tenus, qui, dans l'état sain, pénètrent la substance corticale, ont acquis un volume assez considérable pour qu'une section bien nette laisse voir béant* des canaux nombreux, dans lesquels pourrait pénétrer lam effort une épingle ordinaire. Quelquefois aussi la Consistante de ces eaUl Semble augmenter en raison inverse de (die de la substance corticale elle-même, et le bistouri qui la <Ji\isc pousse devant lui n-^, vaisseaux, qui se laissent plus racijenjenl déraciner que diviser»

foc. ( it., p. .535 ).

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c. altérations de la substance blanche. — 1° Altérations de couleur. — La substance blanche présente souvent l'aspeat sablé , lequel résulte de l'injection des vaisseaux d'un certain volume; d'autres fois elle est marbrée , et sa coloration varie du rose au violet. Le sang paraît être combiné avec la pulpe cérébrale ; mais, à l'aide du microscope, on voit qu'il est contenu dans les dernières ramifications vasculaires.

L'injection de la substance blanche ne coïncide pas toujours avec celle de la substance grise ; il existe quelquefois , sous ce rapport , entre les deux substances, une différence' inverse et réciproque»

La substance blanche peut être plus pâle que de coutume , d'un blanc resplendissant ; d'ordinaire elle est en même temps indurée.

2° Altérations de consistance. — La substance blanche peut être modifiée dans sa consistance, de deux manières différentes.

Tantôt le cerveau présente son volume naturel; placé sur un plan horizontal , il conserve sa forme et ne s'affaisse point; les membranes et les ventricules sont à l'état normal, mais la substance blanche a subi une induration extrême : elle offre une consistance qui surpasse celle de muscles bien frais , et qui , au dire de quelques auteurs , peut être comparée à celle du fibro-cartilage. Cet état coïncide souvent avec la couleur blanche resplendissante dont nous avons parlé.

Tantôt le cerveau est flasque, il se déforme, s'aplatit aisément; il a perdu une grande partie de son volume ; les hémisphères sont réduits aux deux tiers , à la moitié, au quart même de leur épaisseur normale ; les ventricules sont dilatés , mais la substance blanche résiste au scalpel : il semble que l'on coupe du caoutchouc ou plusieurs morceaux de peau superposés. Si on en enlève une couche très- mince, et qu'on la tire en sens opposé , elle ne se déchire qu'après un effort assez grand; si on ne poussait pas la traction jusqu'à produire la déchirure , le morceau de cerveau, abandonné à lui-même, reprend ses premières dimensions par un retour élastique. Il est presque impossible de séparer les fibres cérébrales les unes des autres, il semble que chacune d'elles a contracté des adhérences morbides avec les fibres voisines.

3° Altérations de rapports. — M. Foville a encore décrit en ces termes une altération qu'il dit avoir rencontrée che/. beaucoup d'aliénés :

« Je crois avoir démontré, dit-il, que la substance blanche du cerveau , la masse fibreuse des hémisphères, résultent de la superposition de plusieurs plans distincts, différemment contournés daûs la misse commune du cerveau, appliqués les uns sur les autres, et réunis au moyen d'un tissu cellulaire

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très-fin.. Des manœuvres bien dirigées en produisent aisément la séparation avec une parfaite netteté.

«Les différents plans du cerveau, faciles à séparer l'un de l'autre dans l'état sain , ne peuvent plus l'être chez beaucoup d'aliénés ; tous les efforts qu'on peut faire à cet égard , n'aboutissent qu'à leur déchirure.

«C'est entre le plan que j'ai appelé du corps calleux, et celui de l'hémisphère , que cette adhérence morbide se rencontre le plus souvent.»

L'impossibilité de séparer ces plans du cerveau coïncide avec tous les genres d'induralion , mais elle existe aussi dans des cas où il n'y a pas d'augmentation de consistance, dans des cas même où la consistance des parties est évidemment diminuée (Foville, loc. cit., p. 541-543). 11 faut objecter à cette description , quelle repose sur un point d'anatomie normale qui n'est point résolu : l'existence des plans décrits par M. Foville est loin d'être généralement admise.

4° Altérations de texture. — MM. Esquirol et Foville ont vu quelquefois la substance blanche parsemée d'une multitude de petites cavités capables de loger un grain de millet , de chenevis , ou même un pois, à parois lisses et blanches, et contenant un liquide limpide. Une section pratiquée dans un cerveau ainsi altéré présente une grande ressemblance avec l'aspect de certains fromages.

Ces petites cavités, dit M. Foville, ces petites collections séreuses, ont-elles succédé à de nombreux épanchements sanguins? Gela est possible; mais jamais elles ne m'ont offert cette couleur jaunâtre, vanille claire, que les kystes apoplectiques, même anciens , offrent si souvent.

d. A Itérai ions des ventricules latéraux. — Souvent les ventricules latéraux contiennent une quantité plus ou moins considérable, de sérosité: lorsque celle-ci est très-abondante, les ventricules sont distendus, dilatés, soit que la sérosité les remplisse, soit qu'elle n'en occupe qu'une certaine partie. Mais les ventricules peuvent être dilatés sans altération delà membrane ventricuJaire, sans hydropisie. Cette dilatation est quelquefois telle , que les ventricules ont perdu leur forme allongée et infléchie pour prendre uue forme ovalaire.

Les parois des ventricules peuvent être ramollies, indurées (Bertolini), altérées; enfin les ventricules peuvent être le siège d'un épanchement sanguin.

e. Altérations diverses du cerveau. — On a observé plusieurs fois que le cerveau répandait une odeur fétide, bien qu'il ne présentât aucune trace de gangrène ou de putréfaction. Il peut être le siège d'une congestion sanguine, qui, selon M. Guislain, existe plutôt dans les vaisseaux d'un certain calibre que dans les capillaires. Selon cet auteur, l'engorge-

1 ment veineux se présente :: 1 : 2; celui des gros vaisseaux, :: 1 : 4 ; les ecchymoses , les extravasalions sur les membranes, :: 1 : 1 1 ; et la congestion lie de vin , :: 1 : 87. Parfois le cadavre offre des traces de deux engorgements différents : les méninges sont surtout remarquables , à l'occiput , par la couleur noire de leurs vaisseaux engorgés, tandis que les vaisseaux des régions temporales s'offrent sous l'aspect d'arborisations d'un rouge vif. L'engorgement peut-être si considérable, que, lorsqu'on coupe la substance cérébrale, le sang ruisselle ( Traité sur les pkrênopathies , p. 69-73). Il existe quelquefois une infiltration séreuse considérable: «Je l'ai trouvée assez abondante , dit M. Foville, pour qu'il fût permis d'appeler du nom & œdème cérébral ces cas particuliers.» Le cerveau peut être frappé de gangrène dans une étendue plus ou moins considérable; il peut contenir des tumeurs de diverses natures, fibreuses, tuberculeuses, cancéreuses, hydatiques, cystiques, des foyers apoplectiques. Les artères cérébrales présentent quelquefois un encroûtement cartilagineux ou calcaire.

Certaines parties de l'encéphale sont quelquefois le siège d'altérations auxquelles plusieurs auteurs ont accordé une valeur toute particulière: la glande pinéale peut être ramollie, indurée, sableuse, partiellement ossifiée , plus grosse ou plus petite que dans l'état normal ; le pont de Varole a offert les mêmes lésions (Bertolini). Le poids du cerveau a également occupé les auteurs : Meckel avait annoncé que le cerveau des aliénés était plus léger que celui des individus morts en état de raison; MM. Leuret, Mitivié et Parchappe ont constaté le contraire; M. Lelut n'a pas trouvé de-différence appréciable.

f. Altérations des nerfs. — M. Foville a trouvé plusieurs fois les nerfs olfactifs durs, coriaces, et en même temps aussi transparents que la gélatine. M. Parchappe a vu les nerfs optiques indurés, atrophiés. Chez une malade observée par M. Foville, et qui, jusqu'aux derniers moments de sa vie, avait été tourmentée par d'horribles hallucinations de la vue , les nerfs optiques étaient durs, demi-transparents dans la plus grande partie de leur épaisseur; à travers cette masse demi-transparente se dessinaient des tract us blancs.

IV. Organes thoraciques. — Les plèvres et les poumons, dit Georget, sont souvent affectés de phlegmasies chroniques : les plèvres offrent des adhérences , des éruptions, des fausses membranes; contiennent des liquides séro-purulents ou sanieux; les poumons présentent des tubercules, des masses indurées , des abcès, des cavernes, des atrophies (Dict. deméd. , t. xui, p. 301 ). D'après l'auteur que nous venons de citer, plus de la moitié dès aliénés seraient atteiuts de phthisie pulmonaire, et les trois quarts

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offriraient des lésions organiques du poumon. M. Foville a trouvé, surtout au bord antérieur de la base de cet organe, des petites cavités gangreneuses. Sur soixante-dix-sept malades, Bertolini a trouvé vingtdeux fois des épanchements dans les cavités des plèvres.

Le cœur est le siège d'altérations très-fréquentes , contrairement à l'assertion de Georget (loc. cit.). « La proportion d'hypertrophie du cœur qu'on rencontre chez les aliénés , dit M. Foville ( loc. cit., p. 555), est vraiment prodigieuse. Les cinq sixièmes de ceux dont j'ai fait l'examen anatomique depuis trois ans , offraient quelque affection organique du cœur ou des gros vaisseaux.» Qomberg dit avoir constaté des altérations du cœur chez les cinq septièmes de ses malades. Copland a observé la dilatation passive des cavités , et le ramollissement de leurs parois. Sur 77 malades, Bertolini a trouvé vingt-deux fois des épanchements dans le péricarde.

V. Organes abdominaux. — La muqueuse du tube digestif est quelquefois injectée , enflammée , ramollie, épaissie, ulcérée. M. S. Pinel Ta vue, sur 269 aliénés, présenter 51 fois des traces d'inflammation. Prost , Perchai , M. Guislain , ont également fréquemment observé des lésions analogues , soit dans l'estomac , soit dans l'intestin grêle ou le gros intestin.

Esquirol a souvent observé un déplacement du colon transverse qui devient oblique , ou même perpendiculaire; son extrémité gauche se porte vers le pubis, et se cache quelquefois derrière la symphyse (Esquirol, Des maladies mentales, t.'i, p. 640). Cette disposition a été observée par Bergman , Muller, Annesley , M. Guislain. D'après Georget , elle doit être attribuée un relâchement des replis du péritoine. D'autres fois elle reconnaît pour cause une constipation longtemps prolongée, ou, au contraire, selon J. Copland, une diarrhée asthénique, la dysenterie. Percival , Bergman ont vu le colon rétréci considérablement dans toute son étendue , ou alternativement rétréci et dilaté. Les ganglions mésentériques sont souvent hypertrophiés et indurés ( J. Copland).

Contrairement à une opinion anciennement accrédité»' , 1rs recherches de MM. Esquirol, S. Pinel, Guislain Foville, Georget, ont démontré que le foie est rarement malade chez les aliénés. La dégénération graisseuse a toutefois eié observée un certain

nombre <1<- lois. Il CSl a^se/. fréquent de rencontrer «h Calculs biliaires (Uni U vésicule du fiel ou dans le canal hépatique. Enfin Bonel , Schulze, Marcard ,

Oberteui'ler, l'iilcul, Jours. lYru\al, Powell , Stark,

ont trouvé différentes lésions dans le pancréas, la rate, les ofaires, la matrice) etc.; mais elles ne sont

jamais qu'accidenteili >.

Les altérations encéphaliques que^nous avons étudiées se montrent rarement isolées , et, selon M. Parchappe, il existe entre elles des associations qu'on peut considérer comme naturelles, en ce qu'elles sont très-fréquentes et à peu près constantes dans les cas analogues. Les principales sont les suivantes :

L'hypérémie de la pie-mère, avec dilatation et épaississement des vaisseaux ; l'épaississement étendu avec opacité de l'arachnoïde; l'infiltration de la piemère, les adhérences de la pie-mère à la couche corticale avec le ramollissement étendu de la partie moyenne de la couche corticale.

Les ecchymoses sous-arachnoïdiennes avec l'injection pointillée dé la substance corticale, avec ou sans ramollissement.

La dilatation des ventricules, avec ou sans hydropisie , s'associe presque constamment à l'atrophie des circonvolutions; le plus souvent, à ces deux altérations se joignent l'infiltration séreuse delà pie-mère, la décoloration de la couche corticale et la dureté des deux substances.

« Les diverses altérations de l'encéphale offrent encore un autre rapport important à connaître, dit M. Parchappe, c'est celui de leur succession. »

Sous ce point de vue elles peuvent être classées dans l'ordre suivant :

Hypérémie de la pie- mère, ecchymoses sousarachnoïdiennes, injections pointillées de la surface corticale, avec ou sans ramollissement.

Épaississement et opacité de l'arachnoïde , adhérence de la pie-mère à la couche corticale.

Coloration rose , lilas , violette , de la couche corticale, ramollissement étendu de la partie moyenne de la couche corticale.

Induration de la couche corticale, des deux substances cérébrales.

Décoloration de la couche eorlicale.

Infiltration séreuse de la pie-mère , dilatation des ventricules, atrophie des circonvolutions.

« Plusieurs de ces altérations paraissent soumises à une loi de succession encore plus absolue , et semblent n'être qne les phases diverses d'une lésion organique fondamentale. Ainsi se trouveraient enchaînées dans leur développement successif les altérations suivantes :

« Ecchymose sous-arachnoïdienne, injection pointillée , ramollissement superficiel de la couche corticale, adhérence de la pie-mère à la couche corticale, induration , état chagriné de la surface corticale. » (Parchappe, Mèrtï.fit., p. J 08-1 10.)

M. Parchappe n'a-t-il pas été trop absolu dans rétablissement de ses lois de l'association et de la succession des altérations de l'encéphale dans l'aliénation mentale? C'est l'opinion des auleurs qui n'accordent

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pas à l'anatomie pathologique , dans la folie , toute la valeur que lui attribue l'habile médecin de Rouen.

B. Parmi les altérations que nous venons d'énumérer , en est-il qu'on puisse regarder comme propres à l'aliénation mentale P Ces altérations peuvent-elles être divisées quant à leurs caractères anatomiques et à leur siège, en groupes distincts, correspondant à des formes symptomatiques d'aliénation mentale t également distinctes les unes des autres P

Cette question , la plus importante qui puisse se présenter dans l'histoire de la folie , a été l'objet de longs débats, et a reçu des solutions fort différentes, que l'on peut ramener toutes à deux doctrines principales ainsi résumées :

1° Les altérations que peut présenter l'encéphale des aliénés ne sont point constantes et n'offrent aucuns caractères qui permettent de les considérer comme propres à l'aliénation mentale.

2° L'encéphale des aliénés offre constamment, après la mort, des altérations caractéristiques qui sont la cause organique du trouble fonctionnel.

Avant d'exposer les faits et les arguments sur lesquels ont été fondées l'une et l'autre de ces propositions, nous allons mettre sous les yeux du lecteur un tableau qu'il sera utile de ne point perdre de vue ; pour qu'on en saisisse bien la valeur , nous devons toutefois faire connaître la manière dont nous avons procédé pour l'obtenir.

Nous avons compulsé les auteurs qui ont indiqué numériquement et avec précision les altérations qu'ils ont constatées chez les aliénés dont ils ont fait l'autopsie (Morgagni, Greding , Haslam , Neumann , Bertolini, Parchappe ); nous avons pris note des altérations les plus importantes , de celles auxquelles on a attaché la plus grande valeur, et nous sommes arrivés aux résultats qu'on va lire. Le chiffre des morts n'est point le même pour toutes les altérations, parce qu'une lésion aperçue par un auteur a pu échapper à l'autre , lui être inconnue ou avoir été négligée par lui ; pour pouvoir se prononcer , son absence devrait être positivement annoncée. De ce qu'une lésion n'est point indiquée dans un tableau nécrologique , nous n'en avons donc point conclu qu'elle n'existait chez aucun des sujets compris dans ce tableau ; nous l'avons laissée de côté , et nous n'avons tenu compte que des faits positifs , sans pouvoir leur opposer les faits négatifs. De cette manière, notre tableau n'a point toute l'importance qu'il aurait eue si nous eussions pu réunir des matériaux mieux disposés , mais il est aussi exact que possible. En attendant des statistiques plus rigoureuses, il faut bien se contenter de ces données approximatives. Expliquons, par un exemple, la valeur de ce tableau

qui doit être bien comprise par le lecteur. De ce que , d'une part, on voit dans notre tableau que sur 234 aliénés , on a trouvé 289 fois des altérations des os du crâne, et, d'autre part, que sur 81 aliénés, on a trouvé 65 fois une hypérémie- des membranes du cervelet, il ne faut pas conclure que ces deux lésions se rencontrent chez les aliénés avec une fréquence presque égale : il faut considérer ces deux rapports isolément, et se rappeler qu'une lésion anatomique échappe à celui dont elle n'a pas fixé l'attention, alors qu'elle existe en réalité, tandis qu'elle se montre souvent alors qu'elle n'existe réellement pas, à celui qui est préoccupé de sa fréquence et de son importance.

Sur 334 sujets, on a trouvé 289 fois diverses altérations des os du crâne.

Sur 73 sujets, on a trouvé 42 fois des concrétions polypeuses dans le sinus longitudinal.

Sur 277 sujets, on a trouvé 46 fois des ossifications de l'arachnoïde.

Sur 482 sujets, on a trouvé 153 fois des épanchements dans la cavité archnoïdienne,

Sur 493 sujets , on a trouvé 319 fois un épaississement avec ou sans opacité de l'arachnoïde.

Sur 468 sujets, on a trouvé 168 fois des corpuscules dans l'arachnoïde.

Sur 131 sujets, on a trouvé 36 fois des ecchymoses sous-arachnoïdiennes.

Sur 249 sujets, on a trouvé 106 fois une hypérémie ou une inflammation de la pie-mère.

Sur 216 sujets, on a trouvé 83 fois une infiltration de la pie-mère.

Sur 2 1 2 sujets , on a trouvé 76 fois des adhérences de la pie-mère avec la couche corticale.

Sur 92 sujets , on a trouvé 74 fois une hypérémie des membranes du cerveau.

Sur 81 sujets, on a trouvé 65 fois une hypérémie des membranes du cervelet.

Sur 212 sujets, on a trouvé 50 fois une atrophie des circonvolutions.

Sur 286 sujets , on a trouvé 194 fois diverses altérations de couleur ou de consistance de la couche corticale.

Sur 1 79 sujets , on a trouvé 1 9 fois une hypérémie de la substance blanche.

Sur 493 sujets, on a trouvé 262 fois une hydropisie des ventricules latéraux , avec ou sans dilatation.

Sur 81 sujets, on a trouvé 46 fois une injection des plexus choroïdes.

Sur 196 sujets , on a trouvé 109 fois une hydropisie , avec dilatation du troisième ventricule.

Sur 196 sujets, on a trouvé 110 fois une hydropisie du quatrième ventricule.

Sur 81 sujets, on a trouvé 12 fois une hydropisie du cinquième ventricule.

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Sur 131 sujets, ou a trouvé 61 fois une bypérémie de l'encéphale.

Sur 35 1 sujets , ou a trouvé 158 Lis de la dureté du cerveau.

Sur 368 sujets, on a trouvé 158 fois de la mollesse du cerveau.

Sur 277 sujets, on a trouvé 181 fois diverses altérations de la glande pinéale.

Sur 39 sujets, on a trouvé 4 fois une odeur fétide du cerveau.

Revenons à l'appréciation de la valeur pathologique des altérations encéphaliques dans l'aliénation mentale, et reprenons les deux propositions que nous avons formulées plus haut.

1° L'encéphale des aliénés offre constamment, après la mort, des altérations caractéristiques qui sont la cause organique du trouble fonctionnel.

Les anciens plaçaient dans certaines altérations du foie la cause prochaine de quelques formes de la folie ; de nos jours encore plusieurs auteurs ont tenté de démontrer quelle pouvait résider dans l'un ou l'autre des organes abdominaux : c'est en cherchant à déterminer le siège de la folie que nous examinerons cette opinion ; ici nous ne nous occuperons que des lésions encéphaliques.

Morgagni (1 760) était porté à regarder comme la cause de la folie, certaines altérations de la glande pinéale, et plus encore la dureté de l'encéphale.

Meckel, en 1764, avait été frappé dans ses recherches par, l'augmentation de consistance de la substance cérébrale chez les aliénés, et Sœmmering (1769 subordonna aux divers degrés de cette consistauce les divers modes de l'exercice des fonctions cérébrales; mais ce n'est qu'Arnold qui, en 1782, plaça positivement la cause prochaine de la folie dans uue modification de la densité de la substance médullaire, et des parties du cerveau au moyen desquelles l'âme est liée au corps; Greding (1790) accorda une grande valeur à la trop grande épaisseur des os du crâne, et prétendit avoir rencontré celte disposition 77 lois sur 100 aliénés; Chiarurgi(1793) défendit la doctrine d'Arnold , en admettant toutefois une lesiou vitale primitive.

Portai 1804 ne balance pas à croire que les di- 0 m .tl.nlii:.s de l'esprit sont les effets des mêmes altérations dans le cerveau, le cervelet, la moelle allongée, la moelle épinière: «Gela a été si constamment observé, dit-il, que j'aimerais mieux croire à Tiusuffisain •• d< g£f m n*. si je ne découvrais aucune cause moi bifique dans le cerveau , que de croire que la maladie de l'esprit a pu exister sans aucun désordre physique dans et- vîscèrt, ou dans quelques-unes de ses appartenais* »» Cours 'l'anal., nutl., t. iv . Mais Portai énumerc un grand nombre d'altérations, sans

s'expliquer sur la valeur qu'il attache à chacune d'elles, et Ton sait combien les asserlious de Portai sont souvent peu motivées.

Gall (1810) rattacha à la folie l'atrophie du cerveau, l'ossification de ses vaisseaux, l'épaississement des méninges, des os du crâne; toutefois, il reconnut que dans l'aliénation il y avait une lésion vitale qui précédait la lésion organique, et il admit encore que la folie pouvait être produite par une prédominance organique. Spurzheim compléta la doctrine de Gall.

Dubuisson [Traité des vésanies 3 1816) établit une distinction : il admet des manies idiopathiques} dans lesquelles les méninges, le cerveau, offrent différentes altérations, et des manies sympathiques , dans lesquelles on ne trouve aucune lésion, ni du crâne, ni du cerveau, ni de ses enveloppes.

M. Lallemand (1820-1834), dans ses recherches sur l'encéphale , s'est occupé de déterminer le rôle que jouent les altérations de cet organe dans la folie, et il a émis les opinions suivantes :

On n'observe jamais le délire dans les inflammations du cerveau exemptes de complications; ce symptôme appartient spécialement aux inflammations de l'arachnoïde. Toutefois, cette membrane n'est pas le siège du délire , tout symptôme étant l'altération d'une fonction, et ne pouvant être produit que par l'organe qui exécute cette fonction ; mais il est impossible que l'arachnoïde soit enflammée sans que la surface du cerveau qui est en contact avec elle en soit affectée; mais son tissu n'en étant point altéré, il résulte seulement de ce voisinage l'exaltation des fonctions intellectuelles.

Quand l'inflammation a sou siège dans la substance même du cerveau, il y a paralysie des fonctions intellectuelles, comme il y a paralysie des mouvements volontaires (t. i, p. 246, 247).

En résumé , les altérations des méninges appartiennent aux formes de la folie dans lesquelles les fonctions cérébrales sont exaltées ( monomanie , manie); les lésions de la couche corticale et des différentes parties de l'encéphale appartiennent aux formes de la folie dans lesquelles les fonctions cérébrales sont plue ou moins abolies (démence).

En 1822, MM. Délaye, Pinel-Graudchamp et Foville émirent des idées qui depuis ont été reproduites et développées par le dernier de ces auteurs. Elles peuvent se résumer ainsi :

Dans la folie, les dérangements intellectuels sont liés aux altérations aiguës ou chroniques de la substance corticale ; les altérations des mouvements ( folie paralj tique, démence ai ce paralysie) sont liées aux lésions de la substance blanche.

A la même époque , dans ses lUelierehcs sur l'arachnitis chronique, etc. /'ans 1 822), puis dans deux ouvrages consacrés aux maladies encéphaliques

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(Nouvelle doctrine des maladies mentales; Paris. 1825; — Traité des maladies du cerveau et de ses membranes ; Paris, 1826), Bayle enseigna que la monomanie, la manie et la démence n'étaient que trois périodes d'une seule et même affection , la méningite chronique.

« La plupart des aliénations mentales, dit Bayle, sont le symptôme d'une phîegmasie chronique primitive des membranes du cerveau.

« Tantôt cette phîegmasie a son siège sur la surface externe ou libre de l'arachnoïde cérébrale , et sur le feuillet arachnoïdien de la dure-mère ; et tantôt elle commence par la pie-mère, qui s'injecte plus ou moins , et par la face interne ou adhérente de l'arachnoïde cérébrale, d'où elle peut s'étendre plus tard à sa face externe, et quelquefois même à son feuillet arachnoidien. Elle affecte presque toujours, dans ces deux cas , l'arachnoïde ventriculaire. » Les lésions constantes de la folie sont l'opacité de l'arachnoïde, les granulations de cette membrane, l'hydropisiedela cavité arachnoïdienne et des ventricules, l'infiltration de la pie-mère» ( Traité des maladies du cerveau, etc., p. 471).

Bayle reconnaît toutefois : « que quelques aliénations très-rares dépendent d'une irritation spécifique ou sympathique du cerveau ;

«Qu'un certain nombre de monomanies et de mélancolies tiennent primitivement à une lésion profonde et durable des affections morales, et à une erreur dominante, qui maîtrisent plus ou moins la volonté des malades , et deviennent ainsi la base du délire exclusif.»

Cependant ces espèces d'aliénations, dont l'origine est purement mentale , produisent sur le cerveau et ses dépendances certains effets qui , à leur tour, deviennent cause de certains symptômes : « Il y a ainsi réaction du moral sur le physique, et du physique sur le moral» ( Traité des mal. du cerveau , efc, p. 24, 25).

En 1835, MM. Bouchet et Cazauvieîlh ( De l'épilepsie considérée dans ses rapports avec ^aliénation mentale; in Arch génér. de méd.) , en étudiant spécialement la folie épileptique, s'efforcèrent de démontrer : 1° c< que l'altération qui représente l'aliénation mentale était une inflammation, soit aiguë, soit chronique, de la substance grise superficielle; 2° que l'altération qui représente l'épilepsie était une inflammation chronique de la substance blanche. »

En 1833, M. Scipion Pinel {Physiologie de l'homme aliéné; Paris ) a cherché à établir : 1 " que la cérébrie aiguë [manie furieuse) et la cérébrie partielle ( monomanie, manie sans délire , mélancolie ) étaient dues à une irritation aiguë générale ou partielle du cerveau , caractérisée par la coloration

rouge de la couche corticale, d'abord plus ferme, puis ramollie, et par l'injection de h substance blanche : état d'irritation qui peut passer à celui d'inflammation proprement dite avec ramollissement djffluent ; 2° que la cérébrie chronique (démence , imbécillité) était due à une irritation chronique du cerveau , caractérisée par l'induration des deux substances grise et blanche.

A la même époque , M. Bouisson ( Clinique de la maison des aliénés de Montpellier ; Montpellier, 1833 ) rapporte la paralysie générale des aliénés h l'accumulation lente d'un liquide séreux dans les ventricules latéraux , dans l'arachnoïde extérieure , ej. entre les circonvolutions cérébrales. M. Bottex annonce que, chez les individus atteints de démence et de paralysie générale , il avait trouvé presque constamment la substance corticale ramollie et adhérente aux méninges; il rapporte la manie à une irritation ou à une inflammation des méninges et de la superficie du cerveau ; la démence à une phîegmasie chronique méningienne ou cérébrale. Il admet des folies (monomanies) dans lesquelles on ne trouve point de traces d'altération organique après la mort ( Ou siège et de la nature des maladies mentales ; Lyon, 1833). M. Étoc-Demazy ( De la stupidité considérée chez les aliénés ; Paris, 1 833 ) rattache la stupidité , considérée par lui comme une complication de la manie et de la monomanie , à un oedème des hémisphères cérébraux , avec aplatissement des circonvolutions et tension de la dure-mère.

M. Guislain exprime ainsi le mode inflammatoire de l'encéphale dans l'aliénation mentale.

« Exaltation -nerveuse d'abord, dans le plus grand nombre des cas; ensuite congestion interstitiaire , dilatation vasculaire, état variqueux des capillaires, irritation des tissus , inflammation secondaire chronique; décomposition, désorganisation du tissu; exsudations albumineuses , séreuses , adhérences, opacité des membranes ( Traité sur les phrénopathies , Bruxelles, 1833, p. 101 )». Il semble, d'après cela, que pour M. Guislain les altérations organiques chez les aliénés sont consécutives à un état d'exaltation nerveuse. »

En 1834, M. Belhomme [Considérations sur l'appréciation de la folie, etc., Paris } attribua à une méningo-cérébrite aiguë ou chronique, la manie, la mélancolie , la démence simple ou paralytique : il admet que les monomanies étaient des névropathies : dans tous les cas de folie paralytique , il existait un épaississement avec opacité de l'arachnoïde.

M. Délaye attribua la paralysie générale des aliénés à trois sortes d'altérations encéphaliques : 1° endurcissement de la substance blanche; 2° infiltration et adhérence des méninges ; 3° atrophie de la substance cérébrale avec une grande quantité de sérosité

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remplissant les ventricules et les intervalles des circonvolutions.

En 1836 , M. Ferrus , dans ses leçons cliniques , reproduites par M. Dugast dans la Gazette médicale, a résumé ainsi ses recherches anatomo-pathologiques sur les aliénés.

Dans la manie , la monomanie , les hallucinations : turgescence du cerveau, densité augmentée, reflet rougeâtre à la section.

Dans l'hypochondrie , la mélancolie avec penchant au suicide : sorte de retrait, décoloration, mollesse excessive , œdème de la substance cérébrale. Dans la stupidité : infiltration séreuse de la piemère, œdème et mollesse excessive de la substance cérébrale.

Dans la démence et la paralysie générale : altérations diverses des méninges , de la substance grise , atrophie partielle des circonvolutions, hydropisie des ventricules , kystes , tumeurs , etc.

En 1838 , M. Parchappe a publié, sur les altérations de l'encéphale dans l'aliénation mentale 9 un mémoire important dans lequel , après avoir résumé et apprécié toutes les recherches anatomo-pathologiques des auteurs qui l'ont précédé , il expose les résultats de ses propres observations. Nous allons donner une analyse détaillée de cet ouvrage remarquable, le plus complet et le plus précis qui ait été publié sur l'importante question qui nous occupe.

M. Parchappe commence par établir que plusieurs causes se sont opposées pendant longtemps à la découverte des altérations encéphaliques , propres à l'aliénation mentale, et du rapport de causalité qui unit ces altérations organiques aux lésions fonctionnelles: ainsi , l'imperfection de l'anatomie pathologique , la difficulté d'instituer des recherches sur une grande échelle , le défaut d'une bonne méthode d'observation et de généralité.

M. Parchappe se demande ensuite: «Y a-t-il une ou plusieurs altérations de l'encéphale qu'on puisse considérer comme une condition essentielle de l'aliénation mentale ?» Et il répond : Non.

« En effet,dit-il, il n'y a pas une seule des altérations constatées qui se soit rencontrée dans l'universalité des cas; bien plus, il n'en est que trois qui aient été trouvées dans la majorité. On pouvait , a priori, compter sur ce résultat. Les pathologistes qui ont cherché cette altération, une, essentiellement caractéristique de l'aliénation mentale, auraient pu s'épargner une déception ; ceux qui ne l'on pas trouvée, une erreur ; ceux qui ont cru la découvrir... Ce que l'on peut raisonnablement espérer, c'est de parvenir à distinguer, parmi les aliénations mentales, les espèces qui se Caractérisent à la lois, et par la constance des symptômes, e! par la constance des altérations» [foc. (if., p. 73).

L'inconstance des altérations pathologiques de l'encéphale dans l'aliénation mentale , l'absence de toute altération , sont une réfutation suffisante des opinions qui ont attribué l'aliénation mentale exclusivement à une seule altération morbide du cerveau (méningite chronique, méningo-cérébrite, induration du cerveau , etc. ). Mais ces faits ne prouvent point que les altérations encéphaliques, chez les aliénés, ne sont qu'un accident de la maladie, conséquence, ou complication.

Il existe des altérations communes à l'arachnitis , à l'encéphalite, et à l'aliénation mentale; mais il y a aussi pour la folie des altérations propres, distinctes , qui n'existent pas dans les autres maladies.

Parmi les altérations qu'on rencontre chez les aliénés, il en est qui doivent être considérées comme purement accidentelles. Ce sont les suivantes :

Ramollissement partiel des deux substances cérébrales.

Hémorrhagie de la pie-mère, de l'arachnoïde , de la substance cérébrale.

Épaississement de l'arachnoïde ventriculaire. Encroûtement cartilagineux et calcaire des artères cérébrales.

Kystes hémorrhagiques du cerveau.

Odeur putride exhalée par le cerveau.

Végétations de l'arachnoïde cérébrale.

Atrophie et induration des nerfs optiques et des tubercules quadrijumeaux.

Kystes tuberculeux de la pie-mère.

Il est des altérations qui, bien que se retrouvant dans les maladies autres que l'aliénation mentale , paraissent pourtant avoir un rôle dans cette maladie. Ce sont les suivantes :

Épaississement et opacité de l'arachnoïde. Hypérémie de la pie-mère, du cerveau.

Ecchymoses sous-arachnoïdiennes.

Infiltration séreuse de la pie-mère.

Hydropisie arachnoïdienne.

Dilatation des ventricules latéraux , avec ou sans hydropisie.

Enfin , il est une classe d'altérations qui ne se rencontrent avec les mêmes caractères que dans l'aliénation mentale, et qui, pour cette raison, doivent être considérées comme essentielles. Ce sont les suivantes :

Ecchymoses sous-arachnoïdiennes et injection pointillée, partielle, de la surface corticale, avec ou sans ramollissement.

Ramollissement étendu de la partie moyenne de la couche corticale

Adhérence de la pic-mère à la surface cérébrale. Coloration rose,lilas, violette, de la couche corticale.

I Décoloration de la couche corticale.

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Atrophie des circonvolutions.

Dureté du cerveau (loc. cit., p. 69-87). Les différences qui existent dans les altérations encéphaliques , constatées chez les aliénés après la mort, motivent la division de l'aliénation mentale en espèces distinctes [loc. cit., p. 111).

Voici maintenant les résultats que fournit l'anatomie pathologique, quant à ces espèces distinctes.

1° Dans la folie aiguë monomaniaque (monomanie), les altérations pathologiques de l'encéphale sont nulles. Tout porte à croire que la prédominance organique d'une portion de l'encéphale a une part principale dans la production de ce délire partiel. La prédominance fonctionnelle est peut-être suffisante pour le déterminer.

2° Dans la folie aiguë maniaque (manie simple) et (fans la folie aiguë mélancolique (mélancolie), les altérations de l'encéphale ont un caractère aigu qui les rapproche de celles qui caractérisent les phlegmasies aiguës de la périphérie de l'encéphale.

Ce sont : l'hypérémie de ia pie-mère et de la couche corticale cérébrale , des injections partielles du tissu sous-arachnoïdien , avec injection pointillée, et quelquefois ramollissement de la couche corticale. L'épaississement des méninges est rarement général et considérable.

Ces altérations sont ordinairement plus prononcées dans la forme mélancolique.

On ne peut révoquer en doute l'existence d'une espèce de folie aiguë maniaque dans laquelle il n'existe pas d'altération encéphalique propre , susceptible d'être anatomiquement démontrée , et dans laquelle le trouble des fonctions cérébrales est déterminé sympathiquement par l'état morbide d'un organe autre que le cerveau. Toutefois, cette espèce de folie ne peut pas durer longtemps sans que, par le fait de sa durée, elle ne se transforme en folie aiguë ordinaire , idiopathique , l'encéphale passant de cet état de sur activité physiologique, dont les caractères anatomiques nous sont inconnus, à cet état positivement morbide , qui a ses altérations propres et caractéristiques.

3° Dans la folie chronique simple (démence simple), les altérations encéphaliques diffèrent complètement de celles qui prédominent dans les espèces aiguës de la folie , et dans la folie paralytique. Les altérations sont : la diminution du volume des circonvolutions, surtout dans les lobes antérieurs avec décoloration de la couche corticale , et induralion de la couche corticale , de la substance blanche ou de$ deux substances. L'infiltration de la pie-mère et l'hydropisie ventriculaire , correspondant ordinairement , pour l'intensité , à l'agrandissement des anfractuosités , et à la dilatation des ventricules , ont une étroite connexion avec l'atrophie cérébrale.

4° Dans la folie paralytique ( démence avec paralysie générale), l'altération essentielle du cerveau est le ramollissement de la partie moyenne de la couche corticale; le plus souvent la surface corticale a contracté des adhérences multipliées avec la piemère , qui est épaissie et infiltrée.

Dans la forme aiguë , la couche corticale est hypérémiée, colorée en rose, lilas, violet, et l'on trouve en outre , le plus ordinairement , les altérations de la folie aiguë : ecchymoses sous-arachnoïdiennes , avec injection pointillée de la surface corticale.

Dans la forme chronique , la couche corticale est décolorée , amincie ; on ne trouve pas de traces des lésions de la folie aiguë , et il y a atrophie des circonvolutions.

5° Dans la folie épileptique , les altérations paraissent se rapprocher de celles de la folie simple, et, dans les cas assez nombreux où la paralysie générale s'est associée à la folie et à l'épilepsie , les altérations essentielles à la folie paralytique se rencontrent constamment.

Telles sont les conclusions du travail de M. Parchappe. Disons-le de suite , de nombreuses objections peuvent leur être opposées.

Les recherches de M. Parchappe démontrent que certaines altérations encéphaliques existent chez certains aliénés.

Mais ces mêmes altérations se rencontrent chez des sujets qui n'ont offert aucun symptôme d'aliénation mentale.

De l'aveu de M. Parchappe, ces altérations n'existent pas chez les monomaniaques, c'est-à-dire chez ceux qui sont atteints de l'une des formes symptomatiques les plus importantes de la folie.

De l'aveu encore de M. Parchappe , ces altérations peuvent manquer dans la manie simple, c'est-à-dire dans la forme symptomatique , qui constitue, pour ainsi dire, à elle seule, la folie proprement dite. Lorsqu'elles existent, elles se rapprochent des altérations qui caractérisent les phlegmasies aiguës de l'encéphale.

Ces altérations sont presque constantes dans la folie chronique ; mais dans cette forme de la folie , elles peuvent être considérées, de l'aveu encore de M. Parchappe , comme consécutives , comme des effets des troubles fonctionnels.

Enfin, ces altérations ne sont constantes, essentielles, caractéristiques, que dans la folie compliquée de paralysie , et dans ce cas elles se rapportent évidemment à la complication et non aux troubles de l'intelligence.

Dans des recherches récentes, M. S. Pinel attribue la stupidité (démence aiguë) à un œdème cérébral, lequel, ainsi que l'a fait observer M. Rochoux , paraît n'être autre chose que l'infiltration séreuse de la

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pie-mère que nous avons décrite ( Bull, de l'Jcad. de méd., t. vi, p. 89).

2° Les altérations que présente l'encéphale des aliénés ne sont point constantes, et n'offrent aucuns caractères qui permettent de les considérer comme propres à l'aliénation mentale.

Morgagni avait déjà fait valoir à l'appui de cette assertion quelques-unes des propositions sur lesquelles s'appuient les auteurs contemporains. Ainsi , il dit avoir constamment rencontré dans le cerveau des aliénés une augmentation de consistance, mais il n'en conclut pas que cette altération soit essentielle à la folie, parce qu'il l'a rencontrée chez des ind'uidus non atteints de folie [De sedib. et caus. morb.; de morbis capitis, îib. 1, 5).

Haller se tient également dans le doute, parce qu'il n'est pas très-rare de ne rencontrer aucune altération dans le corps des maniaques et des insensés ; parce que l'on ne peut saisir aucun rapport certain entre une altération déterminée de l'intelligence et une lésion défnie d'une partie encéphalique ; parce qu'enfin les lésions cadavériques observées dans deux maladies contraires, la phrénésie et la démence, ne diffèrent pas sensiblement (Elementa physiologiœ, t. v, lib. 17,sect. 1, §17).

L'élude anatomo-pathologique de la folie fut ensuite, pour ainsi dire, abandonnée jusqu'à Pinel, et c*est à ce célèbre nosographe que nous devons l'impulsion qui, dans ces derniers temps, a produit tant d'importants travaux. Quant à la question qui nous occupe, Pinel la résolut comme Hailer, se fondant sur ce que les lésions indiquées ne se retrouvent pas dans tous les cerveaux d'aliénés, et se rencontrent à la suite de maladies différentes de l'aliénation mentale.

Growlher (Practical remarks on insanity Lond., 1811} a trouvé si souvent le cerveau des aliénés parfaitement sain, qu'il ne peut croire que la folie puisse être rattachée à une altération organique.

Esquirol s'est attaché à démontrer par les propositions suivantes le silence de l'auatomie pathologique quant à la folie.

« Les vices de conformation du crâne ne se rencontrent que chez les imbéciles , les idiots , les crétins.»

«Les lésions organiques de l'encéphale et de ses enveloppes, n'ont été observées que sur des aliénés dont la folie était compliquée de paralysie, de con- \ unions, d'épilepsie, ou dont la maladie à laquelle ils ont succombé avait des symptômes analogues à ces complications.

■ Les épanchements sanguins, séreux, lymphatiques, qu'on rencontre dans la ca\ilé crânienne, sont des e/Jets de la folie , ou mieux de la maladie à laquelle ffft < ombent Ici aliénée.,

a Toutes les lésions organiques observées chez les aliénés se retrouvent dans d'autres sujets qui n'ont jamais déliré.

«Beaucoup d'ouvertures de corps d'aliénés n'ont présenté aucune altération quelconque.

« La pathologie nous montre chaque partie de l'organe encéphalique altérée, suppurée, détruite sans lésion de l'entendement. »(Dict. des sciences méd., t. xvi, p. 215; 1816).

Dix-neuf ans après avoir écrit ces lignes , l'opinion d'Esquirol était encore la même , malgré tous les efforts que l'on avait faits pour l'ébranler.

«En définitive, disait ce médecin, les recherches cadavériques faites dans ces deux grands établissements ( la Salpêtrière et Charenton) sont restées jusqu'ici stériles pour la détermination des conditions matérielles du délire » (annales d'hygiène et de méd. légale. Notice sur Charenton, 1835).

Georget s'est rangé aux opinions de son maître , en annonçant toutefois que la cause prochaine de la folie avait nécessairement son siège dans le cerveau.

« Toutes les altérations que nous avons observées sur les aliénés, à la Salpêtrière, dit ce judicieui auteur, sont consécutives au développement de la folie. Les altérations du crâne et du cerveau, beaucoup plus fréquentes dans cette maladie que dans toute autre, dont plusieurs sont liées à la production d'affections secondaires, telles que la paralysie, l'irritation cérébrale chronique , etc., sont très-vraisemblablement des suites plus ou moins immédiates de la cause prochaine des désordres cérébraux primitifs. Les altérations des organes thoraciques et abdominaux ne dépendent que des circonstances produites par l'état mental, le genre de vie, etc.» ( De la Folie; Paris, 1820).

Quelques années plus tard , Georget reconnut que certaines altérations décrites par MM. Lallemant, Mitivié, Ramond, Délaye, Foville, Pinel-Grandchamp, existaient en effet souvent dans le cerveau des aliénés; mais il n'en persista pas moins dans sa première opinion (D/ct. de méd., art. Folie, lreédit., 1824).

M. Falret, en 1822 ( Traité de l'hypochondrie et du suicide), admet une doctrine entièrement semblable à celle de Georget : nous verrons que plus tard il est un peu revenu sur ses premières assertions.

En 1820, M. Galmeil [De la paralysie considérée chez les aliénés), étudiant spécialement là folie paralytique, a formulé les conclusions suivantes : « Les altérations trouvées dans le crâne des aliénés morts dans un état de paralysie générale, n'expliquent pas suffisamment les symptômes observés pendant la vir.

«On est forcé d'avouer l'insuffisance de ces altérations, en iéfléehis.^aot qu'elles ne sont pas couslanles,

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et qu'elles se trouvent chez des sujets non paralytiques. »

En 1831 , M. Combe [Observations on mental dérangement; Edimbourg, 1831), rapporta que le docleur Grawford, de Dublin, avait trouvé le cerveau sain chez la plupart des insensés morts en peu de jours d'une maladie aiguë non cérébrale.

En 1836, M. Lélut a publié sous le titre de : Inductions sur la valeur des altérations de l'encéphale dans le délire aigu et dans ta folie, un ouvrage remarquable dont nous allons essayer de faire connaître l'esprit.

M. Lélut étudie séparément les altérations que Ton rencontre dans les cas de délire aigu, de manie aiguë, de manie chronique, de démence avec paralysie générale , et il établit les propositions suivantes :

Dans la manie aiguë , trois aliénés au plus sur vingt succombent à une phlegmasie méningo-céphalique. Dans tous les autres cas, le cerveau et ses Membranes n'offrent aucune altération explicative, appréciable , des symptômes de la manie.

Ni le cerveau, ni ses enveloppes n'offrent d'altérations spéciales et constantes dans la manie aiguë qui n'a pas passé à l'état d'encéphalite. Loin de là , on les trouve toujours aussi sains que cela doit avoir lieu dans ces limites variables et élastiques de l'état dit normal.

Si quelquefois la membrane , quelle qu'elle soit, qui tapisse l'intérieur des ventricules, offre des granulations blanches, ces altérations ne peuvent en aucune manière se rapporter à l'état de manie aiguë , puisqu'on les trouve dans des cas où il n'a existé aucune affection cérébrale appréciable.

La rougeur, le défaut de cohésion de la substance grise, les marbrures plus ou moins violacées de la blanche, un léger accroissement de vascularité ou de fermeté de l'une ou de l'autre substance, n'ont pas une valeur plus grande , car ces lésions ne se retrouvent même pas dans les cas de manie aiguë les plus continûment et 'les plus irrémissiblement mortels.

Le délire maniaque, dans des cas divers, acquiert plus de violence, appelle l'irritation, se change en délire aigu, en phlogose du cerveau, en une véritable encéphalite, et c'est à celle-ci, qui est toujours consécutive, qu'il faut rattacher les altérations que l'on trouve alors dans le cerveau et les méninges.

Dans la manie chronique , près de la moitié des sujets n'offre aucune altération appréciable du cerveau ou de ses membranes ; rien qu'on ne puisse trouver dans le premier cerveau venu , supposé sain, et surtout non maniaque.

La manie chronique s'accompagne souvent d'un 8Utcro3t d'action, d'un état d'irritation des facultés \

intellectuelles; il n'est donc pas étonnant que cet état d'irritation se réfléchisse dans ces membranes et y laisse pour traces de légères affections chroniques , telles que leur épaisseur, leur opacité, leur blancheur, leurs granulations.

La substance cérébrale n'offre d'altérations se rattachant à un état aigu, que dans le cas où l'individu atteint d'une manie chronique meurt par l'effet d'une maladie aiguë de l'encéphale , ou par celui d'une affection aiguë du cœur, ou des poumons , ayant apporté un obstacle à la circulation cérébrale.

Dans le tiers à peu près des cas de manie chronique, le cerveau offre des altérations chroniques plus ou moins générales, quelquefois tout à fait locales ; mais ces altérations ne doivent être considérées que comme le résultat, l'exagération sans doute trèsmatérielle, très-organique, qui donne lieu à cette forme de la folie, mais qui n'est point appréciable à nos sens.

La manie chronique et la démence simple, ne sont donc point occasionnées par la phlegmasie d'apparence soit aiguë, soit chronique du cerveau, et surtout de sa substance conticale , non plus que par l'adhérence inflammatoire de plans fibreux cérébraux qui sont tout ce qu'il y a de plus problématique.

11 est une lésion qu'on pourrait, avec plus d'apparence de fondement, quoique avec tout aussi peu de vérité , regarder comme la cause de la folie chronique, c'est l'atrophie du cerveau. Mais cette atrophie est analogue à celle qui se fait dans la vieillesse, et que l'on peut constater sur un grand nombre de vieillards. Dans la folie chronique , en effet , non-seulement le cerveau a pensé mal, d'une façon pervertie, mais il a pensé vite^ trop vivement, trop profondément. De là est résultée pour lui une vieillesse anticipée et l'atrophie sénile qui s'y rattache,

Enfin, dans la démence avec paralysie générale, comme dans la manie aiguë , comme dans la manie chronique et la démence simple, il peut n'exister, après la mort, aucune trace appréciable d'altération du cerveau ou de ses enveloppes. Toutefois , ce n'est pas le cas le plus ordinaire , et il est juste de dire que, dans la grande majorité des cas, on rencontre diverses altérations, telles que retrait du cerveau, induration ou ramollissement de la substance, épanchement séreux dans la cavité de l'arachôoïde , etc. Mais ces lésions ne sont encore ni constantes., ni exclusives, et ne sauraient par conséquent être considérées comme la cause organique de la maladie.

La plupart du temps l'aliéné paralytique n'arrive pas au terme de sa vie sans subir une inflammation de l'encéphale et de ses membranes. Cette phlegmasie n'est point, comme on l'a dit, bornée aux enveloppes de l'organe ou à ta surface de ses eircou-

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Voîu'Jons; elle peut envahir et envahit même le plus ordinairement toute l'épaisseur du cerveau.

#M. Lélut termine son travail par les conclusions suivantes, que nous reproduisons textuellement :

1 « On rencontre de nombreuses altérations du cerveau et de ses enveloppes dans les maladies mentales , c'est-à-dire dans le délire et dans la folie, et surtout dans certaines formes extrêmes de cette dernière; mais dans aucune d'elles ces altérations ne sont ni constantes ni exclusives.

2° « Il va sans dire que les altérations plus ou moins locales et tout à fait grossières du crâne , du cerveau et de ses membranes , ne sauraient en aucune façon être considérées comme la cause prochaine du délire ou de la folie. Elles peuvent donner lieu, sans doute, à l'état délirant ou fou; mais elles ne constituent pas cet état, et souvent elles n'en sont que l'exagération , l'effet , la transformation.

3° « Ce qui peut davantage être donné comme se rapprochant de la cause prochaine du délire et de la forme la plus aiguë de la folie , ce sont les lésions inflammatoires du cerveau et de ses tuniques. Mais ces altérations ne sont pas encore et ne sauraient être cet état , qui leur est antérieur , et peut même tuer sans les produire.

4° « Pour ce qui est des formes chroniques de l'aliénation mentale, avec ou sans trouble des mouvements , les conditions du cerveau qui se rapprochent le plus de leur cause prochaine sont , sans aucun doute , la phlegmasie chronique de la substance et de ses membranes , son atrophie , son induration , lesquelles doivent s'accompagner de variations dans sa pesanteur spécifique. Mais ces altérations ne sont pas non plus la cause prochaine de ces formes de la folie, parce qu'elles n'y sont ni constantes, ni exclusives, et qu'elles ne surviennent évidemment que dans la période déjà avancée de la maladie. »

Enfin , tout récemment, en 1840 , M. Leuret a soumis à une nouvelle appréciation pathogénique, à une appréciation éclairée, consciencieuse, rigoureuse, les altérations encéphaliques que l'on rencontre chez les aliénés.

11 discute, dans autant de paragraphes séparés, la valeur que l'on doit accorder 1° au degré d'épaisseur des os du crâne ;12° aux lésions des méninges; 3° à l'injection sanguine , ou hypérémie du cerveau ; 4° à l'hypertrophie ou à l'atrophie du cerveau ; 5° à l'œdeux; du cerveau ; 6° aux altérations de la densité du < < i \eau ; 7" aux altérations dans la couleur du cerveau; 8° aux adhérences des méninges avec les circonvolutioDi cérébrales ; 9° aux granulations de la surface des ventricules cérébraui; 10° aux adhérences anormale des plans fibreui du cerveau.

Nous ne pouvons suivre M. Leuret dans les déve-

loppements qu'il a donnés à cette importante partie de son travail. Nous nous bornerons à rappeler qu'il a montré :

1° Que les auteurs qui croient pouvoir attribuer la folie à une altération anatomique donnée , sont loin de s'accorder entre eux. Ainsi Greding dit avoir constaté, sur 100 malades, 77 fois l'épaississement des os du crâne ; sur le même nombre de malades, Haslam n'a constaté cette altération que dix fois. L'état normal des os du crâne est noté 3 fois sur 100 par Bertolini, et 81 fois sur 100 par Haslam. L'hypérémie du cerveau est notée 43 fois sur 100 par M. Parchappe, 14 fois sur 100 par Bertolini , etc.

2° Que certaines altérations n'ont que des caractères mal établis ; qu'elles sont contestables. Ainsi, dans les cas cités d'hypertrophie du cerveau , il aurait fallu établir que l'augmentation de volume de cet organe ne tenait pas à la plénitude de ses vaisseaux , à la présence dans son tissu d'une certaine quantité de sérosité ; or, cette recherche n'a pas été faite. Ainsi, l'on ne s'enîind pas sur ce que l'on appelle un cerveau dense et un cerveau mou, si ce n'est dans les cas extrêmes, etc.

3° Que la valeur attribuée à certaines altérations est déduite de rapports numériques donnés par des faits trop peu considérables, de telle sorte qu'un résultat vient souvent infirmer le précédent. Ainsi, M. Parchappe a déduit la moyenne du poids normal du cerveau , à l'état sain, de treize observations pour les hommes ; de neuf observations pour les femmes ; la moyenne pour constater l'atrophie du cerveau est établie sur ces observations ; «c'est évidemment trop peu de l'un et de l'autre côté , dit M. Leuret, et j'ai d'autant plus de raison de regarder ces nombres comme insuffisants , que M. Parchappe , lui-même , donne ailleurs des moyennes complètement différentes des premières. »

4° Que toutes les altérations rattachées à la folie se rencontrent sur des sujets qui n'ont jamais déliré.

5° Que de l'aveu de tous les auteurs , il est des aliénés dans le cerveau desquels on ne trouve aucune altération.

6° Que les lésions qui se rencontrent fréquemment chez les aliénés, et auxquelles on peut accorder quelque valeur, n'existent que sur les sujets chez lesquels la folie est compliquée de paralysie. «Faut-il donc répéter sans (cesse, et à tout le monde, s'écrie, avec raison M. Leuret, que pour décider si une lésion appartient à la folie , il faut au moins qu'on la trouve dans les cas de folie simple, dans les cas d'aberration mentale , isolée de toute altération dans la sensibilité ou dans les mouvements? Quoi! les formes anatomiquesdonl ou parle appartiennent à la folie compliquée de paralysie ; elles se mon tien I seulement dans les cas ou ces deux affections sont réunies ; on ne les ren-

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contre jamais quand la folie est simple, et l'on en conclurait qu'elles sont particulières à la folie! » ( Leuret , Du traitement moral de la folie ; Paris , 1840.)

Dans le long chapitre que nous venons de consacrer à l'étude analomo-pathologique de la folie, nous avons décrit les principales altérations que l'on rencontre chez les aliénés, et nous avons montré les différentes manières dont ces altérations ont été envisagées par les auteurs. Après avoir rempli cette partie graphique et historique de notre tâche , il nous reste à nous résumer et à tirer, à notre tour, des conclusions du rapprochement de toutes ces opinions contradictoires. Quelque- périlleuse que soit une tentative de ce genre, nous ne reculerons pas devant elle, et nous formulerons nettement notre opinion. Toutefois, cette opinion et les considérations sur lesquelles nous l'appuierons , se rattachant spécialement à la pathogénie de l'aliénation mentale , c'est dans une autre partie de cet article que nous devons envisager cette importante question (voy. Nature ).

Symptomatologie. — Ainsi que nous l'avons dit, nous allons commencer par envisager les différents symptômes de la folie en eux-mêmes, indépendamment de toute idée de succession , d'association , et dans Tordre que nous avons indiqué.

A. Troubles de l'intelligence. — Les troubles de l'intelligence, dans la folie, se présentent sous des formes et à des degrés très-différents : «Ces désordres , dit M. Foville , sont aussi nombreux que les combinaisons possibles de la pensée , aussi diversifiés que nos passions , notre éducation , nos préjugés nos penchants, nos affections.» L'on peut répéter, avec Esquirol, que nul ne pourrait se flatter d'avoir observé et de pouvoir décrire tous les désordres intellectuels qui caractérisent la folie, même dans un seul individu.

C'est à cet ordre de symptômes que Ton a donné le nom de délire. On a divisé celui-ci en général et en partiel ; on l'a divisé en trois classes , suivant qu'il se rapportait aux facultés intellectuelles, aux facultés morales , ou aux facultés affectives ; on l'a divisé en aigu et en chronique; on l'a divisé suivant que les facultés étaient perverties, exaltées, ou affaissées, oblitérées , abolies ; enfin , c'est sur la nature du délire qu'ont été fondées presque toutes les divisions des maladies mentales.

L'intelligence peut être troublée à un degré si faible , qu'il soit fort difficile de décider si les phénomènes que l'on observe doivent être rapportés à un état morbide. Les malades éprouvent un affaiblissement dans leur mémoire , ils ont des distractions, des absences; les opérations de l'intellect sont plus difficiles, plus lentes; ils deviennent inhabiles à toute occupation sérieuse, ils sont apathiques , tristes, mo-

roses, taciturnes, hypocondriaques. Quelquefois il existe un état entièrement opposé, les malades sont impérieux , irritables , actifs; ils se livrent avec ardeur à une étude , à une occupation quelconque ; ils parlent avec feu, gesticulent,- s'irritent à la plus légère contradiction; « ils s'expriment quelquefois avec élégance, dit Bayle, et trouvent des aperçus piquants, ingénieux, dont ils auraient été incapables dans leur état de santé parfaite. »

11 n'y a pas encore ici de délire proprement dit : c'est un état qui n'est plus la raison , qui n'est pas encore la folie. M. Lélut l'a fort bien décrit. «Ces dispositions, dit cet auteur, suivant le langage ordinaire , sont , dans le mode moral ou affectif, une irritabilité extrême , une sensibilité excessive , qui donnent lieu à des illusions et à toutes les erreurs de jugement qu'elles traînent à leur suite; ce sont des appétits y des goûts , des désirs bizarres et exclusifs , des passions mauvaises , désordonnées, un entraînement, une irrésistibilité dansles actes. Et dans le mode intellectuel , c'est un manque d'attention qui donne lieu à de la distraction et à une apparence d'insensibilité aux impressions venues du dehors; c'est une association vicieuse du sentiment et des idées, qui produit des singularités , des disparates , de V incohérence dans les discours , ou bien une association trop rapide de ces actes intellectuels, qui occasionne, dans le langage , de la confusion et des ellipses inintelligibles» (JRech. des analogies de la folie et de la raison, loc. cit., p. 324).

A un degré plus avancé , l'état morbide est plus caractérisé : il y a évidemment un trouble pathologique de l'intelligence, lequel se manifeste, soit dans les paroles , soit dans les passions du sujet. Ge trouble est partiel ou général , et nous allons l'étudier isolément sous ces deux formes.

Troubles partiels. — La lésion de l'intelligence ne porte que sur un certain nombre d'objets , que sur une certaine série d'idées, ordinairement relatives aux facultés morales et affectives ; sous tous les autres rapports, les facultés semblent être parfaitement intactes; les malades, tant qu'on ne les amène pas au sujet qui fait l'objet de leur folie, paraissent être entièrement sains d'esprit. Il y a plus , partant d'un principe faux, ils en tirent des conséquences très-justes , et font preuve d'une puissance de raisonnement qu'ils ne possédaient pas auparavant. Pour soutenir son idée fausse , pour en démontrer la vérité, l'aliéné déploie souvent une logique, une perspicacité, une vivacité d'esprit dont il eût été incapable alors qu'il jouissait de toute l'intégrité de ses facultés. M. Leuret parle d'un malade qui , sur les objets mêmes de son délire, émettait des propositions si bien enchaînées, des récits accompagnés

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d'une telle vraiseml^ance, et des raisonnements si spécieux , que le plus habile pouvait y être pris.

Les auteurs ont fait de cet état une espèce distincte de folie, à laquelle ils ont donné les noms de folie partielle , de monomanie ( Esquirol) , de monopathie (Guislain). On ne saurait établir une distinction aussi tranchée : le délire, bien que partiel , comme nous l'avons dit, n'est jamais exactement circonscrit, et cela, par la raison que, dans le cœur de l'homme, comme dans son intelligence, tous les sentiments, toutes les passions, toutes les affections, toutes les idées, se lient, s'enchaînent les uns aux autres. A l'état pathologique ce lien n'existe pas moins : le délire est plus marqué relativement à une idée, à un sentiment ; mais il se fait également sentir, quoiqu'à un degré moindre, dans l'expression de tous les sentiments , de toutes les idées qui se rattachent, d'une manière plus ou moins médiate, à l'objet principal de l'aliénation mentale , et dès lors le cercle s'étend beaucoup plus qu'on ne l'a dit dans certaines descriptions. « La monomanie , dans son état le plus simple, dit M. Foville, est excessivement rare; le nombre des malades qui ne délirent que sur un seul objet est infiniment petit, à côté du nombre de ceux que l'on appelle monomaniaques. On confond souvent dans cette dénomination tous les insensés qui ont une idée dominante habituelle. Je n'ai vu que deux monomaniaques qui méritassent rigoureusement ce nom , et encore ces deux malades éprouvaient par intervalles un délire plus ou moins étendu» (loc. cit., p. 511 ). MM. Lélut et Leuret, dans leur vaste pratique , nous ont dit n'avoir jamais rencontré une monomanie proprement dite.

Pour faciliter nos descriptions , et pour nous conformer à l'usage, nous conserverons le nom de monomanie ; mais il sera bien entendu que nous n'entendons point désigner par ce nom une espèce distincte , mais seulement une forme symptomatiipœ remarquable de folie, de même que sous le nom de délire partiel, nous n'entendons point un délire exactement limité à un seul objet, mais seulement un délire qui ne s'étend point à toutes les opérations de l'intelligence, et qui est caractérisé par la prédominance d'une idée, d'un sentiment ou d'une passion.

Le (1 lire partiel de l'intelligence peut porter sur une Idée; mail le plus souvent, comme nous l'avons dit , il porte sur une faculté morale ou affective, sur une passion. L'objet de ce délire peut variera l'infini, «puisqu'il n'est p.is une idée, une sensation, un soninir. un penehant, une disposition de l'âme, » qui

M puisse en Faire le sujet. On conçoit donc qu'il soit

impossible, non-seulement dedéeriie, mais de prévoir toutes les nionomanics. Nous allons étudier rapidement les plus remarquables.

1° Monomanie ambitieuse. — Monomanie d'orgueil. — Les malades éprouvent un besoin insatiable de richesses , de puissance , de titres , d'honneurs; ils finissent par s'imaginer qu'ils sont roi , empereur , général victorieux , prophète , Dieu. Ils marchent lentement, la tête haute, le regard assuré; ils ont la parole brève, impérieuse; ils commandent, et exigent de tous ceux qui les environnent les marques du plus profond respect; ils s'isolent, dédaignent la société de leurs compagnons d'infortune, se plaignent quelquefois d'être forcés de vivre au milieu d'eux. « Souvent, dit M. Galmeil, les sujets atteints de monomanie vaniteuse s'éloignent de leur famille, de leurs amis, de leurs proches, dont les conditions de fortune leur paraissent blessantes pour leurs prétentions ( Dict. de méd. , art. Moinomamb , t. xx, p. 139). Ils se drapent dans leurs vêtements, ils fabriquent des épauleltes, des couronnes, des décorations, etc., et se couvrent de ces indices de leurs dignités. Us prennent le costume, les manières des personnages historiques qu'ils se persuadent être; ils racontent comme leurs propres actions celles qui ont illustré ces mêmes personnages. Nous avons vu un aliéné qui croyait être l'empereur Napoléon , et qui racontait à tous ceux qui l'approchaient la bataille de Marengo , celle de ses victoires dont il était le plus glorieux. Un autre était Duguay-Trouin, et ne parlait que de batailles navales. « Celui-ci , dans son ridicule orgueil , croit posséder la science de Newton, l'éloquence de Bossuet,et exige qu'on applaudisse aux productions de son génie , qu'il débite avec une prétention et une asssurance comiques» (Esquirol, loc. cit. , p. 2). M. Leuret a rapporté , dans szs Fragments psychologiques sur la folie , p. 308 , un exemple fort remarquable de monomanie d'orgueil, que nous regrettons de ne pouvoir reproduire ici.

2° Monomanic joyeuse , gaie ; monomanie proprement dite ( Esquirol) ; mori a de Sauvages ; aménomanie de Rush. — L'idée dominante du délire peut être gaie , excitante. Les malades s'imaginent être riches , puissants , heureux ; ils parlent , ils rient sans cesse. On peut affirmer sans exagération, dit M. Calmeil , qu'ils sont ivres de joie, de contentement, de bonheur , et que la vie s'écoule pour eux dans une sorte d'enchantement et de béatitude que rien ne parvient à troubler. Quelquefois cependant l'aménomaniaque a des idées mélancoliques inspirées par le sujet même de sa folie; mais elles ne durent, jamais longtemps.

3° Monomanic triste ; mélancolie des anciens; mélancolie ,i\ee délire, de Pinel : lypémanie d'Es- (jiiirol; lupérouhrénie deGulfftaîn; tristimanie de Rush; Trûbsinn des Allemands; sadness des Anglais. — La tristimanie a pendant longtemps été confondue avec Phypoehondrie Les malades sont tris-

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tes, taciturnes, accablés, sombres, assiégés d'idées tristes, de pressentiments funestes : l'un s'imagine avoir éprouvé un grand malheur , et se livre au désespoir; l'autre se croit coupable des crimes les plus atroces : il s'en accuse, et voit se dresser devant lui les instruments des plus affreux supplices. Les malades cherchent la solitude, pleurent, gémissent, se refusent à tout mouvement, à tout travail , restent couchés ou assis dans la même position pendant des heures entières, la tête inclinée sur la poitrine. Ils sont ombrageux, méfiants; ils ont peur de tout, ils se croient environnés d'ennemis; ils refusent les aliments qu'on leur présente, dans la crainte d'être empoisonnés. «Ce malheureux, jour et nuit, a l'œil et l'oreille aux aguets : l'obscurité ,1a lumière, le silence, le bruit, le mouvement, le repos, tout l'épouvante, le terrifie; il a peur de lui-même. Que de terreurs imaginaires dévorent les jours et les nuits du lypémaniaque! » (Esquiroî , loc. cit., p. 3). En effet, les iypémaniaques dorment peu ; s'ils s'assoupissent, ils ont un sommeil agité, tourmenté par des rêves affreux, des cauchemars. 11 en est qui répètent sans cesse : J'ai peur. Mais de quoi? — Je n'en sais rien, mais/a/ peur. Leur extérieur, toutes leurs actions dénotent une terreur profonde, de laquelle il leur est imposible de triompher. On a donné à cet état le nom de pano phobie.

La lypémanie présente , dans l'ensemble de ses symptômes , deux différences bien marquées : tantôt la sensibilité générale est exaltée, tantôt la sensibilité est concentrée sur un seul point. Dans le premier | cas , les malades sont irritables , d'une susceptibilité , d'une mobilité extrêmes : tout les impressionne. «Ont-ils quelques sujets de crainte, ils sont terrifiés; ont-ils quelques regrets, ils sont au désespoir; éprouvent-ils quelques revers, ils croient tout perdu : tout est forcé, tout est exagéré dans leur manière de sentir, de penser et d'agir... La cause la plus légère produit les plus douloureux effets» (Esquiroî, loc. cit.; p. 413). Dans le second cas , la sensibilité étant concentrée sur un seul point, semble avoir abandonné tous les autres organes : le corps est impassible à toute impression, l'esprit n'est occupé que d'un seul objet.

Tantôt, la raison n'étant lésée que sur un seul point, les facultés intellectuelles sont intactes sur tous les autres, et lelypéinaniaque les emploie à se fortifier dans son délire : il accumule les arguments pour justifier sa folie ; on ne peut jamais lui persuader qu'il se trompe; sa volonté est inébranlable, rien ne peut en triompher, ni le raisonnement, ni les menaces. J'entends bien ce que vous me dites y répondait un mélancolique à Esquiroî, vous avez raison, mais je ne puis vous croire. Tantôt, l'esprit des mélancoliques est dans une sorte d'état cataleptique: ils saisis-

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sent et conservent les idées qu'on leur suggère , et l'on peut changer leur manière de voir presque à volonté, pourvu que les idées nouvelles aient quelque rapport avec la passion dominante (Esquiroî, loc. cit.,

Quelquefois les lypémaniaques ont la conscience de la fausseté , de l'absurdité de leur manière de voir ; ils s'aperçoivent qu'ils déraisonnent , ils en conviennent, ils en gémissent ; mais une force occulte , irrésistible , les ramène sans cesse, malgré eux , dans le délire (lypémanie raisonnante d'Esquirol). Du reste, les lypémaniaques ne sont jamais déraisonnables dans la sphère des idées qui caractérisent leur délire: ils partent d'une idée fausse , de principes faux; mais tous leurs raisonnements, toutes leurs déductions , sont confirmes aux règles de la pins sévère logique (Esquiroî, loc. cit., p. 421).M.Calmeil(art.cit.) considère comme une variété de la lypémanie une monomanie caractérisée par la prédominance d'un sentiment excessif d'humilité. Les malades se condamnent à remplir L:s fonctions les plus humbles, les plus repoussantes; la condition la plus basse est encore trop bonne poureux : «Le propriétaire d'un riche domaine, dit M. Calmeil, exigeait qu'on l'appelât le pauvre Jacques ; à chaque instant il demandait à prendre la place d'un garçon de ferme, qu'il traitait avec un respect et des égards extraordinaires. Son épouse n'était plus à ses yeux qu'une dame élevée par sa position de fortune, et dont il n'osait même pas réclamer humblement la protection)) (Dictionnaire de médecine,

4° Monomanie suicide.

colia anglica de Sauvage

Autorhiria. — Melan- — Il ne faut pas confondre le suicide monomaniaque avec la mort volontaire que se donne l'homme dont l'esprit est égaré par une violente passion , ou celui qu'un grand malheur, la misère, etc., ont conduit au dégoût de la vie. Voici quelques caractères différentiels qu'il ne faut pas oublier, bien que ce soit surtout par l'étude de l'état mental de l'individu , et non par la considération de l'acte en lui-même, qu'on puisse généralement arriver à établir la distinction dont nous par^ Ions.

Le suicide monomaniaque n'est entouré d'aucunes circonstances capables de le motiver : il est prémédité ; il s'exécute lentement; s'il n'est point consommé, il se renouvelle ordinairement une ou plusieurs foi».

Le suicide monomaniaque diffère encore du suicide maniaque : un aliéné se figure tout à coup qu'il a un corps étranger dans le crâne , et il se fend la tête pour le faire sortir: voilà un suicide maniaque dû à une idée délirante accidentelle. Un aliéné entend continuellement une voix intérieure qui lui crie Tuetoi! tue-toi! un autre se persuade que Dieu lui ordonna de mourir sur la croix , et cette idée le pour-

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suit sans cesse; un autre se tue pour échapper aux ennemis dont il se croit sans cesse poursuivi : voilà des suicides monomaniaques dus à la nature de l'idée dominante et raisonnée du délire.

«J'ai questionné, dit Esquirol, un grand nombre de lypémaniaques qui avaient fait des tentatives de suicide. Tous m'ont assuré qu'ils étaient entraînés à la mort volontairement, qu'ils y pensaient même avec plaisir ; tous ont ajouté qu'ils étaient dans un état, ou physique ou moral, tel, que rien n'était plus affreux que cet état , qui leur semblait devoir être éternel, et que la mort s'était offerte à eux comme le seul moyen de s'en délivrer» (loc. cit., p. 597 ). Tel est le véritable caractère du suicide monomaniaque, lequel a toujours lieu avec conscience, réflexion et volonté motivée par des idées délirantes. Lalypémanie, l'érotomanie, et le délire ascétique, sont les monomanies qui portent le plus fréquemment au suicide ( Falret, De Chypochondrie et du suicide ; Paris, 1822, p. 141 ).

Dans le suicide ordinaire, si nous pouvons nous exprimer ainsi , le genre de mort dépend ordinairement du hasard, de la profession de l'individu, et des instruments de mort qu'elle lui met entre les mains; dans le suicide monomaniaque, au contraire, les malades choisissent quelquefois l'instrument qui doit terminer leur existence, et n'en veulent point d'autre, après avoir délibéré sur les divers genres de mort, et les avoir rejetés par divers motifs souvent bizarres.

Le suicide monomaniaque est ordinairement accompli dans le but : 1° De se soustraire à un état auquel la mort semble préférable : à cet égard il est assez remarquable que les malheureux qui se croient au pouvoir du démon , et dévoués aux flammes éternelles , se tuent souvent pour se soustraire aux tourments qu'ils endurent , au risque d'avancer le moment de la vengeance divine; «opposition étrange, dit Esquirol, entre les idées et les déterminations : Comment, disais-je à un jeune homme, vous craignez d'être damné, et vous voulez, en vous tuant, hâter le moment du supplice éternel dont la pensée vous désespère. Ce simple raisonnement ne pouvait entrer dans sa tête. Les individus qui craignent d'être damnés sont horriblement malheureux : les maux qu'ils redoutent, mais qu'ils ignorent, ont nécessairement moins d'action sur eux que les maux qu'ils endurent; le désespoir l'ait oublier L'ayenir » (foc. cit., p. />18, 519 . 2° D'acquérir une félicité suprême: un homme entend une voii divine qui le convie à venirjouirdes joies célestei : il têtue. 3° D'obéir à une injonction supérieure. 4° Quelquefois 1rs monomaniaques se suici (li ni pour échapper par uni- moi I volontaire à une mort

ignominieuse, cruelle, <•!<■• Une femme s'imagine être poursuivie par des espions chargés de la traîner en justice; elle redoute d'être punie du dernier supplice ;

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elle se tue. Une autre s'imagine qu'on cherche sans cesse à l'empoisonner; elle se tue. 5° 11 est des înonomaniaques qui se tuent par suite de considérations qui leur sont personnellement étrangères. Une femme s'imagine qu'elle vit aux dépens des personnes qui l'environnent, en s'appropriant les sucs nutritifs des aliments qu'elles prennent: à chaque moment elle examine leur figure , et si elle aperçoit une pâleur inaccoutumée , elle se reproche amèrement la perte de leur fraîcheur; elle se persuade qu'elle finira par occasionner leur mort: cette idée la porte a attenter à ses jours, et elle renouvelle un grand nombre de fois ses tentatives (Falret, loc. cit., p. 143). Dans tous ces cas, la monomanie suicide est raisonnante; elle peut être instinctive . «J'ai éprouvé dans ma jeunesse, dit Marc, un état semblable, mais périodique. Jouissant, d'ailleurs, d'une santé parfaite, je fus atteint, pendant trois ans, vers l'automne, d'un sentiment d'anxiété accompagné d'un désir indéfinissable de terminer mon existence, au point que je fus obligé de prier un de mes amis de me surveiller pendant la durée de ces accès, qui, après s'être prolongés pendant plusieurs jours , se terminaient chaque fois par un saignement au nez» (De la folie considérée dans ses rapports avec les questions médico-judiciaires; Paris, 1840, t. n , p. 162). Tantôt la propension au meurtre de soimême se développe brusquement dans toute sa force , tantôt elle naît lentement , et persiste pendant plus ou moins de temps avant que le malade attente à ses jours.

5° Monomanie furieuse. — Tobsucht, Tollhcit 3 Rascrey, ÏVuth, des Allemands. — Madness des Anglais. — L'idée dominante du délire peut être de nature à provoquer la colère du malade. Il est des monomaniaques qui se croient sans cesse poursuivis par des hommes qui les accablent d'injures et de coups, et qui entrent en fureur contre ces ennemis imaginaires; il en est qui se croient victimes d'une grande injustice , et que celte idée entrelient dans une exaspération extrême. Les monomaniaques furieux se livrent à tous les actes que provoque une violente colère : ils brisent, déchirent tout ce qui les entoure ; souvent on ne peut les approcher sans danger, et l'on est obligé quelquefois de les enchaîner.

H ne faut pas confondre la monomanie furieuse avec h fureur dans laquelle entrent souvent les aliénés , et dont les accès peuvent se montrer dans toutes les (ormes de la folie : celle-ci est due à des circonstances variables, accidentelles, et non à une idée délirante, prédominante, toujours la même.

6° Monomanie religieuse. — Ascétisme* — Les malades atteints de monoinanie religieuse ont des idées délirantes qui varient si lui le dogme que chacun d'eux professe, les interprétations qu'il leur

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donne, les conséquences qu'il en tire : « Le protestant, dit Marc, devient fou, parce qu'il se croit prophète ; le catholique , parce qu'il se croit damné.» Les uns se croient en communication directe avec Dieu, le Saint-Esprit, la Vierge , les anges , etc. ; ils ont des visions, des apparitions, des révélations; ils se persuadent être Dieu , le Messie , tel ou tel prophète, tel ou tel saint. Une malade se disait tellement saturée de grâce, qu'il suffisait de s'approcher d'elle pour en prendre une partie ; elle se gonflait au point de faire péter ses robes et même sa peau. Les autres , pour se rendre dignes de la sainte mission qui leur est confiée, pour expier de prétendus péchés, pour mériter le ciel , ou pour arracher leur corps à l'enfer, se livrent sans cesse à l'exercice des pratiques religieuses les plus sévères : ils se condamnent au jeûne , s'infligent des pénitences, et souvent des pénitences corporelles cruelles.

Cette forme de la monomanie religieuse a reçu les noms de monomanie religieuse contemplative (Marc) ou de théomanie (Esquirol). Elle s'accompagne ordinairement d'idées graves et tristes (mélancolie religieuse , lypémanie religieuse)-, quelquefois, au contraire, d'idées gaies et excitantes.

«La théomanie, dit M. Calmeil, est remarquable par l'exaltation excessive de l'enthousiasme religieux. Le théomane , rempli de la conviction qu'il représente Dieu sur la terre, se persuade que son omnipotence lui permet de gouverner la nature et les éléments, qu'il est appelé à régénérer l'espèce humaine, à peupler de bienheureux le séjour céleste; comme il croit pouvoir lancer le tonnerre, faire tomber la pluie, il peut aussi, dit-il, immoler des milliers d'hommes, pour les ressusciter ensuite à son gré» (loc. cit., p. 143).

On a appelé démonomanie ou cacodémonomanic (Esquirol ) une autre forme de la monomanie religieuse, dans laquelle les malades sont sous l'influence d'une idée délirante, relative aux démons et à l'enfer. Ici encore une sous-division a été établie.

Il est des malades qui croient être possédés du démon , ou qui se figurent être le diable lui-même. «Il y a un million d'années que je suis la femme du grand diable, disait une malheureuse démonomaniaque à Esquirol; je m'entends avec lui, il couche avec moi, et ne cesse de me dire qu'il est le père de mes enfants. Mon corps est un sac fait de la peau du diable, et plein de crapauds, de serpents, et d'autres bêtes immondes, qui sont des diables. Je n'ai pas besoin de manger : tout ce qu'on me donne est empoisonné ; je serais morte depuis longtemps , si je n'étais pas le diable. Il y a plus de vingt ans que je ne suis allée à la selle. En me donnant au diable, j'ai été contrainte de lui vouer mes enfants. »

«Le diable a emporté mon corps , disait un autre;

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je n'ai point de figure humaine, je brûle, mon haleine exhale le soufre, je ne mange ni ne bois, parce que le diable n'a pas besoin de tout cela... Je vivrai des millions d'années» (Esquirol, loc. cit., p. 495, 499). Nous avons vu un démonomaniaque qui s'était adapté une paire de cornes formidables, et une énorme queue qu'il ne quittait jamais.

Il est une autre classe de démonomaniaques : ceuxci ne sont pas actuellement au pouvoir du diable , mais ils sont convaincus qu'ils iront en enfer pour expier des crimes imaginaires, dont ils ne peuvent éviter le châtiment. Ces malheureux sont eu proie à un désespoir horrible; ils ont sans cesse devant les yeux le spectacle des tortures infernales. Ainsi que nous l'avons dit , ils attentent souvent à leurs jours , quelquefois même à ceux des autres.

L'histoire de la monomanie religieuse , appliquée à l'explication de certains faits historiques, offre un très-grand intérêt. M. Leuret a établi les nombreux rapports qui existent entre les aliénés et un grand nombre de saints: il a rappelé que la plupart des ordres religieux doivent leur établissement à des visionnaires qui avaient reçu dans leurs visions les règles imposées par eux à leurs disciples; il a montré que les règles de conduite tracées dans un grand nombre d'ouvrages mystiques conduisent à la perte de l'intelligence. Nous ne pouvons le suivre dans cette attachante étude, et nous renverrons le lecteur aux Fragm. psjrchol. sur la folie , p. 327.

A la démonomanie se rattachent la sorcellerie et la zoanthropie. Dans la première, les malades s'attribuent une puissance surnaturelle, qu'ils ont acquise par suite d'ua pacu* avec les esprits infernaux. Dans la seconde , ils se croient transformés en différents animaux, en loup (Ijcanthropie), en chien (cjrnanthropie ) ; ils laissent croître leurs cheveux , leur barbe , leurs ongles ; ils marchent à quatre pattes , aboyent ou hurlent, s'enfuient dans les bois, se nourrissent de viande crue, d'herbe, etc. C'est surtout dans les temps anciens et dans le moyen âge que 1 on trouve des exemples fréquents de ces espèces de folie. Nabuchodonosor, condamné par la vengeance céleste à paître , pendant sept années , l'herbe des champs, sous la forme d'un bœuf, n'était qu'un lycanthrope. Les progrès incessants de la civilisation' ont rendu la zoanthropie et la sorcellerie non simulée de plus en plus rares.

7° Monomanie narcisse. — On a appelé monomanie narcisse le délire partiel caractérisé par la prédominance des sentiments vaniteux, de l'amour de soi, et principalement des idées de coquetterie. Cette monomanie , fréquente chez les femmes , se rencontre également chez les hommes. On voit des individus d'un âge avancé , des vieillards , se teindre les cheveux , la barbe , les sourcils , porter des postiches de

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toutes sortes, se couvrir le visage de rouge el de blanc, se teindre les mains et les ongles, avoir une toilette ridicule. Presque toujours ces nouveaux Narcisse ont de grandes prétentions sur le beau sexe ; ils veulent être aimés pour eux-mêmes, inspirer des graudes passions ; ils s'imaginent que toutes les femmes sont éprises d'eux; ils n'accordent leurs faveurs que très-difficilement, à de très-jeunes filles seulement, une femme, selon eux, ne méritant plus d'hommages lorsqu'elle a dépassé vingt ans.

8° Monomanie érotiq'ie. — Erotomanie. — Il ne faut pas confondre f erotomanie avec l'aidoiomanie ( Marc , ai£ouw, parties honteuses , uavia, manie , fureur génitale de Buisson. — Satyriasis et nymphomanie). Dans la première, tous les troubles parlent de l'intelligence, les organes génitaux n'y participent point; dans la seconde, ce sont les organes reproducteurs qui sont primitivement affectés, et, lorsque l'intelligence se trouble, c'est par suite de la réaction exercée par eux sur l'encéphale. L'érotomaniaque est le jouet de son imagination; la nymphomane et le satyriaque sont victimes d'un désordre physique.

L'érotomaniaque est en proie à un amour violent, romaues ;ue, mais chaste : «Il ne désire, ne songe pas même aux faveurs qu il pourrait prétendre de l'objet de sa folle tendresse ; quelquefois même son amour a pour objet des êtres inanimés. Alkidias, de Rhodes, est pris de délire erotique pour la statue de Gupidon . de Praxitèle» [Esquirol, ouvr. cité, t. u , p. 33). Tantôt cet amour s'adresse à un être imaginaire, tantôt il s'adresse à une personne qui l'ignore, ou qui ne peut ou ne veut le partager; tantôt, enfin, cet amour est partagé, mais des obstacles s'opposent à l'accomplissement de ses d-'sirs.

Les érotomaoiaques sont ordinairement très-loqua es: ils parlent sans cesse de leur amour; ils sacrifient tout à leur passion, parents, amis , fortune, convenances sociales, ils s'oublient en quelque sorte eux-mêmes pour vouer à l'objet de leur amour un culte pur, souvent secret. Fréquemment ils ont des hallucinations qui les mettent en commmunication avec la personne aimée: ils obéissent alors aux ordres qu'ils s'imaginent en recevoir, aux caprices qu'ils lui prêtent; ils sont Frappés d'admiration pour les qualité! physiques ou morales qu'ils lui attribuent. Ils «prouvent avec violence toutes les pussions qui accompagnent l'amour, la crainte, fesp rir, la jalousie , l.i fureur.

[Vautres fois le> érolomanes sont plongés dans une profonde tristesse lypémanie erotique] : ils sont taciturnes, mélancoliques, el tombent rapidement dans le marasme fièvre erotique de Lorry ).

Les érotomanes ne sortent jamaii des borne! <!«• [a

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décence vEsquiiol), à moins que leur folie ne soit compliquée d'aidoiomanie.

11 est d'autres monomanies morales qu'il est fort difficile de décrire ; elles affectent surtout les sentiments, les penchants , les instincts : « Elles se reconnaissent aux changements qui s'opèrentdansles goûts, les manières, les habitudes du sujet. Des malades , autrefois bons , généreux , attachés aux principes de la charité, à ieurs devoirs d'époux , de fils, de père , de citoyen , des malades auparavant timides , retenus, circonspects , remplis de bienveillance pour leurs semblables, deviennent tout à coup égoïstes, durs , méchants, acariâtres, querelleurs, pervers, injustes envers leurs parents et leurs amis... Ces individus ne présentent aucune incohérence dans les idées et dans les raisonnements. Calculant avec autant de finesse que de ruse leurs moindres déterminations, ils règlent leurs discours et leurs actes d'après la disposition actuelle de leur âme, inventent mille raisons spécieuses pour justifier les traits les plus noirs , les actions les plus infâmes et les plus coupables »(Calmeil , loc. cit., p. 1 44 ). Les monomanies morales ne sont point toujours portées aussi loin ou aussi coupables. Dans tous les cas, il faut prendie garde de ne point les confondre avec l'hypochondrie, ou une perversité à laquelle l'aliénation mentale reste entièrement étrangère.

Il nous reste à parler de quelques monomanies qu'on pourrait appeler criminelles , et dont l'existence a soulevé de longs débats entre les médecins et les légistes. Sans entrer dans tous les détails que comporte cette importante question, qui se rattache plus spécialement à la médecine légale , et sur laquelle d'ailleurs nous reviendrons (voy. Diagnostic), sans nous occuper des doctrines phrénologiques qui se rattachent à ce sujet , nous dirons seulement ici qu'il n'est plus permis aujourd'hui de douter que certaines actions criminelles ne soient dues à un véritable état morbide de l'intelligence. Cette assertion ne saurait être contestée; toutefois, comme il in^orte qu'elle ne devienne point pour le crime un encouragement et un moyen d'impunité , ce n'est qu'avec uneextrême réserve que Ton doit procéder, alors qu'il s'agit d'en faire l'application.

9° Monomanie du vol. — Kleptomanie de Marc (de*Xo-e(o, je vole , cl y.avta, manie); — Klopémanie de Malthey (de xXoweta, le vol ). Les exemples si fréquents de vols commis par des personnes qui sont placée! dins une position de fortune aisée ou opulente, qui neretirent aucun profil de leurs larcins, qui dan! toutes leurs relations sociales étrangères à leurs l'une te penchant, apportent la plus rigoureuse probité, les vol! commis par certaines femmes enceintes, mettront hors de doute l'existence de la kleptomanie.

Les journaux ont fait connaître, il y a peu de temps , l'histoire d'une jeune fille qui dérobait à ses maîtres tous les objets qui lui tombaient sous la main , et qui allait ensuite les jeter dans les lieux d'aisance, ou sous les portes cochèi es des voisins (Arch. gèn. de mèd., t. ix, 3e sér. , p. 419 ).

Il ne faut point attribuer à la kleptomanie les vols que commettent certains aliénés : ceux-ci volent accidentellement, sous l'influence d'une impression fortuite, machinalement pour ainsi dire; ils volent ouvertement, grossièrement : les kleptomanes sont , au contraire ,sans cesse poursuivis par l'envie de voler; ils méditent longtemps leur action coupable ; ils s'entourent ordinairement de toutes les précautions possibles , ils volent en filous adroits.

Des individus passionnés pour des objets d'une certaine espèce (chiens , livres rares, antiquités , etc. ) volent quelquefois ceux qu'ils ne peuvent se procurer, soit qu ils soient d'un prix trop élevé, soit que le possesseur ne veuille pas s'en dessaisir. On sait les vols qu'à une certaine époque la passion des tulipes fit commettre dans les Pays-Bas : «11 est bien entendu, dit Marc, que lorsque de pareilles déterminations ne sont ni précédées ni accompagnées du moindre indice qui puisse permettre de supposer un dérangement de la raison, rien ne peut atténuer leur criminalité; cependant plus le but du vol dét end d'un goût à la fois bizarre et passionné , plus la valeur de l'objet soustrait est au-dessous de la fortune du voleur, et plus on doit devenir attentif à l'ensemble de la situation intellectuelle de l'inculpé ( ouvr. cit , t. u, p. 248 ).

Le kleptomane vole quelquefois tout ce qui lui tombe sous la main. Matthey [Recherches nouvelles sur les maladies de l'esprit ; Paris, 1816 ) rapporte qu'une jeune demoiselle, née de parents riches et de noble extraction , douée d'un bon caractère et d'un esprit sain , éprouvait habituellement le besoin de s'emparer des objets de toute espèce qui frappaient sa vue. Elle tenait en réserve un grand nombre de mouchoirs, de dés, de fichus, de bas, de gants, qu'elle avait enlevés à ses compagnes. Ses larcins venaient-ils à êire découverts , elle ne cherchait point à les dissimuler ; elle témoignait par ses larmes le repentir et la honte que sa conduite lui faisait éprouver; elle promettait de résister à l'avenir à cet odieux penchant. Retirée dans sa chambre , elle priait Dieu avec ferveur de la soutenirdans ses résolutions; tnaisPoccasion venait bientôt les détruire. Lavater parle d'un médecin qui ne sortait jamais de la chambre de ses malades sans leur dérober quelque chose , et qui ensuite n'y pensait plus. Le soir, sa femme visitait ses poches , et y trouvait des clefs, des ciseaux, des dés à coudre , des couteaux , des cuillères , des boucles , des étuis , et les rendait aux propriétaires.

D'autres fois les kleptomanes ne volent que des ob

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