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jets d'une certaine espèce. Matthey cite l'exemple d'un employé du gouvernement , à Vienne, qui ne volait que des ustensiles de ménage : il avaitloué deux chambres pour les y déposer, ne les vendait point , et n'en faisait aucun usage. Marc a connu un médecin dont la manie consistait à voler des couverts de table ; elle ne s'étendait pas à la soustraction d'autres objets (loc. cit. , p. 255).
Les femmes enceint s sont fréquemment atteintes de la keptomanie partielle , c'est-à-dire de celle qui ne s'exerce que sur une espèce déterminée d'objets.
1 0° Monomanie incendiaire. — Pyromanie de Marc. — Gomme toutes les monomanies , la pyromanie peut être instinctive ou raisonnante. Celte dernière est plus fréquente et mieux caractérisée : presque toujours elle est liée à Pex slence d'une autre monomauie (mon. religieuse, etc.). Érostratc, Jonathan Martin, qui mit le feu à la cathédrale d'York (voyez Marc, ouvr. cit. , t. n, p. 315), étaient des pyromaniaques. Les malheureux atteints de la monomanie incendiaire poussent quelquefois le désir , le besoin d'incendier jusqu'à mettre le feu à des objets qui leur appartiennent, jusqu'à se brûler eux-mêmes.
Malgré les recherches et les efforts de Henke , de Masius, de Klein, de A. Meckel, de Marc, nous de. vons dire que l'existence de la pyromanie n'est pas encore parfaitement établie : il est fort difficile de constater si l'incendiaire n'a été mu que par le seul désir d'incendier, et il faut reconnaître, avec Flemming , que trop souvent ce n'est que parce que les véritables motifs du crime ne pouvaient être découverts , que celui-ci a été attribué à un état morbide.
1 1° Monomanie homicide. — Il ne faut pas attribuer à la monomanie homicide les meurtres que commettent quelquefois les aliénés sous l'influence de déterminations soudaines. Un malade atteint de monomanie religieuse se persuade, en sortant d'un sermon, qu'il est damné : il rentre à la maison, et tue ses deux enfants pour leur éviter un sort pareil. Un aliéné entre en fureur et tue la première personne qu'il rencontre, automatiquement, pour ainsi dire, comme il aurait brisé un objet qui lui serait tombé sous la main ; un autre tue celui qu'il croit son ennemi. Uneérotomaniaque tenta plusieurs fois de tuer Esquirol , qu'elle prenait pour l'amant qu'elle armait, et qui méprisait son amour. Tous ces meurtres sont le résultat de troubles de l'intelligence, mais ils sont étrangers à la monomanie homicide. Dans celleci , le meurtre est commis uniquement pour obéir au désir, au besoin de tuer.
La monomanie homicide est instinctive ou raisonnante.
Dans la première, le monomaniaque ne présente aucune altération appréciable de l'intelligence ou des affections (monomanic sans délire): il est entraîné
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par un instinct aveugle, par quelque chose d'indéfinissable , qui le pousse à tuer ; il tue sans passion , sans motifs , sans délire, sans conscience (Esquirol). Une femme accouchée depuis dix jours éprouve tout à coup , et sans motif, le désir d'égorger son enfant; une servante , chaque fois qu'elle déshabille , pour le coucher, un enfant confié à ses soins, est prise du désir irrésistible de Téventrer ; un mère est poussée à couper le cou à celui de ses enfants qu'elle aime le plus tendrement ; un individu lit dans un journal les détails d'un meurtre commis sur un enfant, la nuit suivante il est éveillé en sursaut avec le désir de tuer sa femme (Esquirol).
Dans la monomanie homicide raisonnante , le meurtre est provoqué par une idée délirante ; le monomaniaque raisonne et prémédite l'homicide ; il est quelquefois frappé de l'horreur de l'acte qu'il va commettre , mais sa conviction l'emporte , après une lutte dont la violence est composée en raison de la force de l'impulsion et du degré d'intelligence et de sensibilité conservées. Un père immole son fils sur un bûcher pour obéir à la voix d'un ange qui lui. ordonne d'imiter le sacrifice d'Abraham ; une mère tue son enfant pour en faire un ange.
La monomanie homicide est souvent associée à une autre monomanie de laquelle elle dérive. Nous reviendrons sur ce sujet (voy. Causes).
Tantôt le monomaniaque tue , par suite d'une simple velléité de meurtre sans entraînement ; tantôt il est poussé par un désir très-vif qu'il combat : alors il s'établit une lutte violente, remplie d'angoisses; tantôt enfin l'impulsion est si violente, si instantanée qu'il n'y a point de lutte , et que le meurtre est immédiat.
« Ordinairement le malade frappe sans qu'aucun acte extérieur puisse faire pressentir l'excès auquel il va se livrer. L'acte accompli , il semble que l'accès soif fini. Quelques monomaniaques homicides paraissent comme débarrassés d'un état d'agitation et d'angoisses qui leur était très-pénible. Ils sont calmes , sans regrets , sans remords et sans crainte. Ils contemplent leur victime avec sang-froid; quelques-uns éprouvent et manifestent une sorte de contentement. La plupart , loin de fuir, restent auprès du cadavre ,ou vont ge déclarer aux magistrats, en dénonçant l'action qu'ils viennenl de commettre. LTn petit nombre, cependant, s'éloignent , cachent l'instrument, et dérobent les traces du meurtre» ( Esquirol , ouvr. cité, Lu, p. 105).
L'existena de la monomanie homicide a été l'objet de longues conl niée d'abord d'une manière
absolue, elle Fui établie en u les travaux de
Pinel, d'Esquirol . de Marc, de MM. Brierre de Boismoni Obi médico-légales fur la monomanie homicide; Pari
dico-l égale sur la folie ; aux Arch. gêner, de méd.; t. xv, lre série ) ; Gazauvieilh ( De la monomanie homicide ; aux Ann. d'hygiène publique , t. xvi , p. 121 ). Forcés de l'admettre sous la forme raisonnante , plusieurs auteurs continuèrent du moins à nier qu'elle pût être instinctive 3 et en 1818, Esquirol partageait encore cette opinion. Des faits incontestables ont démontré depuis la justesse de la division que nous avons établie.
Telles sont les monomanies les plus remarquables parmi toutes celles que peut faire naître un trouble partiel de l'intelligence. Nous ne parlerons pas ici de la mélomaniej de la métromanie, et de quelques autres formes de folie partielle, qui, quoique bien caractérisées, ne sont, pour ainsi dire, plus du domaine de la médecine.
11 est un trouble partiel de l'intelligence qui mérite une attention toute particulière, et qui a reçu les noms à? hallucination, de monomanie sensorialci de délire sensorial , de folie sensoriale.
Sauvages avait appelé hallucinations certains troubles des sensations produits par des lésions des organes des sens (berlue , tintoin , bévue); Sagar donne ce nom à certaines fausses perceptions; Linné, à des maladies de l'imagination. Esquirol, le premier , a donné au mot hallucinations un sens précis , et l'a appliqué à des phénomènes qui ne dépendent ni d'une lésion locale des sens, ni de l'association vicieuse des idées, ni d'un effet de l'imagination, mais uniquement d'une lésion particulière et encore inconnue du cerveau. Pour ce médecin , l'hallucination est un phénomène cérébral ou psychique 3 s' accomplissant indépendamment des sens , et consistant en des sensations externes que le malade croit éprouver j bien qu'aucun agent extérieur n'agisse matériellement sur ses sens. Nous ado[ tons cette définition, et, ainsi que presque tous les auteurs qui se sont occupés de la folie dans ces dernières années, nous pensons, avec Esquirol , qu'il faut séparer les hallucinations des illusions.
M. Aubauel , dans un travail récent , que nous aurons occasion de citer (Essai sur les hallucinations, thèse de Paris, 21 août 1839), a toutefois combattu cette manière de voir. A son avis, les hallucinations et les illusions sont deux choses tout à fait identiques et inséparables, «semblables, quant à leur effet, puisque , dans l'un comme dans l'autre cas , c'est un délire dont le résultat est une fausse sensation , semblables aussi dans leur nature intime. » D'ailleurs, ajoute M. Aubanel , ces deux phénomènes existent simultanément chez le même individu, se remplacent et se combinent de mille façons (th. cit., p. 6).
Aucune de ces raisons ne peut être regardée comme fondée. De ce que , dans l'hallucination comme dans l'illusion , le résultat est une fausse sensation , s'en-