FOL — 1Ô
suit-il qu'il ne faille pas tenir compte de la manière dont ce résultat est produit? Ne distingue-t-on pas deux causes différentes , quoique toutes deux puissent produire le même effet ? De ce que ces deux phénomènes peuvent exister simultanément , se remplacer et se combiner de mille façons chez le même individu, cela prouve-t-il qu'ils sont identiques ? Certes , si M. Àubanel pouvait nous démontrer que les hallucinations et les illusions sont semblables dans leur nature intime, nous ne balancerions pas à adopter son opinion. Mais se chargerait-il de nous fournir cette démonstration ?
Un malade croit entendre des voix parlant de lui ou lui adressant la parole , bien que le plus profond silence règne autour de sa personne , ou qu'il soit sourd; il croit voir un assassin devant lui , bien qu'il soit seul dans une chambre, ou qu'il soit aveugle; il croit sentir des odeurs suaves ou désagréables, bien qu'il soit éloigné de tout corps odorant : c'est un halluciné.
Un malade attribue aux aliments qu'il prend une saveur qu'ils n'ont pas ; il prend chaque nuage qu'il voit pour un corps d'armée ou pour un ballon ; les pas des personnes qu'il entend marcher lui paraissent être des pas de chevaux ; c'est un illusionné.
Entre ces deux hommes , n'existe-t-il donc , ainsi que le dit M. Aubanel, aucune différence essentielle, capable de légitimer la séparation que l'on a voulu établir entre les phénomènes que chacun d'eux e'prouve? Nous ne le pensons pas. Quelquefois les hallucinations , comme les illusions , dit M. Aubanel (loc. cit., p. 67), cessent lorsqu'on ferme les yeux ou les oreilles du malade. Ce fait très-exceptionnel pour les hallucinations, ne détruit point l'objection. En reconnaissant que, dans les deux ordres de phénomènes , l'intelligence , le cerveau , a une part active , il n'en est pas moins vrai qu'il existe cette différence capitale, que les illusions n'ont jamais lieu sans le concours des organes des sens , tandis que ceux-ci restent entièrement étrangers à la production des hallucinations. L'un a des hallucinations de la vue , bien que chez lui les deux nerfs optiques soient complètement atrophiés (Galmeil, Dict. de mèd., art. Hallucinations ) ; l'autre a des illusions de la vue qui n'ont lieu que lorsque les yeux sont ouverts. N'existet-il pas là une différence essentielle? Nous reviendrons sur ces considérations.
M. Aubanel ( th. cit., p. 12 ) a établi, dans l'étude des hallucinations , une division qui repose sur des faits incontestés , mais auxquels nous n'accorderons ni l'importance ni la signification qu'il leur a attribuées. M. Aubanel distingue une monomanie sensoriale dans laquelle «les hallucinations se rapportent toujours à une série régulière d'idées, et n'ont dans leur manifestation , ni le désordre, ni l'incohérence
FOL
qu'on trouve chez les fous , et une manie sensoriale «constituée par des hallucinations nombreuses et variées, lucides quelquefois, confuses le plus souvent , ayant toutes pour caractère commun d'être folles par elles-mêmes, c'est-à-dire^ incohérentes et désordonnées, comme le sont les actes et les paroles dans le délire de la manie» (loc. cit.).
La distinction tranchée établie par M. Aubanel nous ramènerait à cette division de la folie, en folie morale ou intellectuelle, et enfolie sensoriale, au sujet de laquelle nous nous sommes déjà expliqués. Ainsi que nous l'avons dit, les hallucinations, comme la monomanie, ne sont qu'un symptôme particulier de cette maladie si complexe , qu'on appelle folie ,- il est constitué par un trouble partiel de l'intelligence ; il existe à des degrés différents , il est plus ou moins grave ; il suit la marche de la maladie elle-même ; il est isolé ou réuni à un nombre plus ou moins considérable des autres symptômes de cette maladie; il varie , en un mot , suivant plusieurs circonstances , mais sans offrir dans ses caractères des différences sur lesquelles il soit permis de fonder une division quant à lui-même, et encore moins quant à la maladie à laquelle il appartient.
Ceci posé , étudions les hallucinations en ellesmêmes , ainsi que nous le ferons ici pour chacun des principaux symptômes de la folie.
Nous avons dit que l'hallucination était une fausse sensation, une sensation imaginaire : or, toute sensation se rattache nécessairement à l'un des organes des sens : de là des hallucinations de la vue, de Y ouïe, du goût, de X odorat, du toucher, et de la sensibilité. En nous servant de ces expressions , nous n'avons plus besoin de rappeler au lecteur le sens que nous leur attachons : il est bien entendu que, lorsque nous dirons hallucination de la vue, il s'agira d'une sensation à laquelle Yorgane de la vue est complètement étranger, d'une sensation fausse , d'un phénomène qui , ayant son origine dans le cerveau , est semblable à une sensation réelle, qui serait produite par l'impression déterminée par un objet extérieur sur l'œil d'un homme sain.
Hallucinations de l'ouïe. — Suivant Marc (ouvr. cit., 1. 1, p. 188), les hallucinations de l'ouïe sont les plus fréquentes , et se rencontrent au moins chez les deux tiers des hallucinés. Le plus ordinairement/ c'est une voix que le malade croit entendre, voix qui est celle de Dieu , d'un ange, d'un saint, du démon , ou d'une créature humaine , ou d'un animal quelconque; cette voix lui commande quelque chose, l'avertit, l'accuse, ou s'entretient avec lui, ou se fait simplement entendre. Un homme injustement accusé se coupe la gorge : guéri de sa blessure , il se croit déshonoré , et entend des voix accusatrices qui se servent alternativement de toutes les langues de l'Europe (Esquirol).
FOL
Un paysan prussien croit entendre un ange qui lui ordonne, au nom de Bien, d'immoler son fils sur un bûcher ( Hufeland ). Un homme entend sortir la voix de Dieu d'un disque lumineux apparu au milieu des nuages : il a avec l'Être suprême une conversation qui dure trois quarts d'heure ; il lui adresse des questions, en reçoit des réponses : dès ce moment, il se persuade qu'il est le Messie (Lélut). M. Leuret a rapporté un exemple fort remarquable d'hallucination de l'ouïe. Il s'entretenait avec une malade de la Salpêtrière ; cette femme répondait exactement à ses questions : lorsqu'il se taisait, elle continuait la conversation , et adressait , à des questions nouvelles qu'elle croyait lui être faites, des réponses qui n'avaient entre elles aucune liaison. — A qui s'adressent vos réponses? lui dit M. Leuret, je ne vous parle pas. — J'entends vos pensées, et je ne sais pas pourquoi (Fragm. psych. sur la Jolie , p. 153 et suiv.\
Numa, Socrate, le Tasse, Luther, étaient des imposteurs, ou avaient des hallucinations de l'ouïe.
Différents bruits sont perçus par les hallucinés. Ils croient entendre tinter des cloches, aboyer des chiens, trotter des chevaux; ils entendent le chant des oiseaux, une suave musique, des harmonies célestes , le bruit du tonnerre , etc.
11 est des hallucinés qui entendent des bruits qui sont produits au dedans d'eux-mêmes (hallucinations internes). Un malade a dans son cerveau des insectes ; il les entend pousser des cris aigus; d'autres fois il entend dans sa tête comme un petit carillon harmonieux (Aubanel, th. citée, p. 42 ). Nous n'en finirions pas s'il nous fallait énumérer toutes les perceptions de ce genre qu'ils accusent.
Hallucinations de la vue. — faisions. — Rien de plus variable encore que les objets vus par les hallucinés : ils voient «les tableaux les plus variés, les plus animés, le ciel ouvert ; ils contemplent Dieu face à face, assistent au sabbat , se réjouissent à la vue d'un beau tableau , d'un beau spectacle , de la présence d'un ami ; ils s'effrayent à la vue d'un précipice , de flammes prêtes à les consumer, d'ennemis armés pour les asiassiner,de serpents qui vont les dévorer» (Esquirol, ouvr. cit., t. i, p. 189). Un halluciné croit voir un char lumineux qui va l'emporter au ciel; il ouvre sa croisée, s'avance gravement pour monter sur le char, et se précipite. Un autre voit sortir des nues des figures hideuses et menaçantes (Marc). Celui-ci voit deux anges qui lui tiennent une eouronne sur la tête , et un ettfanl blond, l'enl'aiit Jésus, qui danse a\ee elle CLeurr! . Celui-là \oit des Spectres , des f'.mlô-
iii- . des Mfuelettes ,de* têtes de mon . etc. l'n mélancolique \<>\ ni soi i ii continuellement des abeilles de sa bouehe Ksquirol . kssez souveol les hallucinés voient
des èlres ou des objets qui n'existent pas dans la nature, et leur prêtent les formes l< ■> plus extraordinai-
re) L
res. Celui-ci voit des personnes comme faites de carton, et remplies de vent; celui-là, des êtres qui ont le don de pouvoir se rendre invisibles, se transporter dans l'air, etc.
Hallucinations du goût. — Les hallucinations du goût sont assez rares. Il arrive quelquefois cependant que les malades se figurent faire un bon repas , savourer des mets recherchés, des fruits délicieux; d'autres fois ils prétendent être affectés par des saveurs désagréables: «Celui ci croit mâcher de la chair crue, broyer de l'arsenic, dévorer de la terre; le soufre, la flamme embrasent sa bouche ; celui-là avale le nectar et l'ambroisie» (Esquirol).
Hallucinations de l'odorat. — Elles sont aussi rares que les précédentes, et se rapportent, tantôt à des odeurs agréables, tantôt à des odeurs fétides. Une malade prétend qu'il y a sous la Salpêtrière des souterrains dans lesquels on égorge une multitude d'hommes et de femmes ; elle sent chaque jour une odeur affreuse provenant de la putréfaction de tous ces cadavres enfouis sous la terre ( Leuret, ouvr. cit., p. 109). Une femme est frappée par l'odeur du charbon : elle croit qu'on veut l'asphyxier, et dès lors l'odeur du charbon la suit partout (Esquirol ).
Hallucinations du tact et de la sensibilité. — Les hallucinations du tact sont assez fréquentes, et il est des hallucinés qui sentent des aspérités, des pointes, des armes, qui les blessent et qui les déchirent, tandis qu'ils sont couchés mollement ; ils croient tenir dans leurs mains des corps qui n'y sont point. Un général croyait tenir un voleur, et secouait violemment ses bras comme s'il eût tenu quelqu'un qu'il eût voulu terrasser. Quelques monomaniaques croient qu'on les frappe , qu'on les bat , etc. ( Esquirol , ouvr. cit. , t. i, p. 190). Une malade sent sur toutes les parties de son corps grimper des chenilles et des araignées ( Marc); une autre sent des poignards qui lui sont enfoncés par des diables dans le corps (Leuret ). Un homme se sent saisir par le bras, et est conduit par une main invisible depuis l'église de Saint-Sulpice jusqu'à labulte Montmartre (Leuret). Un autre senteontinuellement des commotions qui lui sont imprimées par des manœuvres magnétiques ou électriques (Marc).
Sous le nom d hallucinations de la sensibilité , nous comprenons les phénomènes qu'on a appelés hallucinations internes ou des organes intérieurs. Un malade croit que son cerveau est la retraite d'un certain nombre d'insectes ; il les sent remuer, changer déplace , se mêler en tous les sens, se croiser de mille manières , et parcourir ainsi toutes les parties de sa tèle (Aubanel, loc. cit., p. 42). Un autre croit sentir dans une partie, quelconque de son eorps la présence d'un eorps étranger qui n'existe pas; eelui-ci rroit « '-prouver Av> douleurs atroces dans l'estomac, dans le ventre . dans la poitrine, etc.
FOL
Les hallucinations sont rarement bornées à un seul sens , et, le plus souvent , elles se combinent de diverses manières. Celles que Ton rencontre isolées sont , dans leur ordre de fréquence : les hallucinations de la vue , de l'ouïe , du toucher et de l'odorat ; celles de la vue et de l'ouïe marchent souvent ensemble ; celles du goût sont ordinairement liées à celles de l'odorat; celles du toucher, plus fréquemment que les autres, sont liées aux illusions viscérales ; enfin, on a vu trois , quatre, ou même tous les sens, être hallucinés chez les mêmes in lividus. Un malade entend des voix qui le menacent ; il voit en totalité ou en partie les personnes qui lui parlent; il sent ses persécuteurs le toucher, le pousser; leur haleine est fétide, et lui infecte le nez et la bouche (Lélut, Du démon de Socrate , p. 274 ). Un malade, enfermé dans une maison de santé, n'avait pas proféré une parole depuis plusieurs années, et sa seule occupation consistait à flairer et à lécher les murs de sa chambre, quelquefois pendant des heures entières, sans qu'on pût s'expliquer les motifs de cette action , qui, en raison de sa fréquence et de sa durée, avait laissé des empreintes profondes et nombreuses sur les cloisons en plâtre du lieu qu'il habitait. Marc , demandant un jour à un surveillant delà maison d'où provenaient les taches et les excavations à la fois sales et nombreuses qu'il apercevait sur les murs : «Vous appelez cela des taches sales et des excavations, s'écria le malade , vous ne voyez donc pas que ce sont des orangers du Japon ? Quels fruits délicieux , quelles couleurs, quelle odeur, quelle saveur admirable ! » ( Marc, ouvr. cit. , 1. 1 , p. 191.)
« Les hallucinations, dit Esquirol, sont ordinairement relatives aux occupations du corps et de l'esprit auxquelles se livrait l'halluciné, ou bien elles se lient à la nature de la cause même qui a produit l'ébranlement du cerveau. Une femme a lu des histoires de sorcières: elle est préoccupée du sabbat où elle doit assister, elle s'y voit transportée, elle voit toutes les pratiques dont elle a fasciné son esprit. Une dame lit dans un journal la condamnation d'un criminel : elle voit partout une tête ensanglantée, séparée du tronc, revêtue d'un crêpe noir Les hallucinations peuvent être encore des effets de la répétition volontaire ou forcée des mêmes mouvements du cerveau » (loc. cit., p. 197).
Dans ces différents cas, les hallucinations ne se rapportent qu'à une seule série régulière d'idées {monomanie sensoriale) , et n'ont dans leur manifestation ni désordre ni incohérence; elles s'allient à certaines monomanies , qu'elles précèdent ou suivent, étant ainsi tantôt causes, tantôt effets. Un homme voit toutes les nuits un ange qui lui commande de tuer son enfant; il ne tarde pas à être atteint d'une monomanie homicide. Un autre, affecté de
155 — FOL
monomanie erotique, est tourment^, au bout de quelque temps, par des hallucinations en rapport avec les idées dont il est préoccupé. La lypémanie, les monomanies religieuse, erotique, suicide et homicide, sont les formes d'aliénation mentale qu'accompagnent le plus fréquemment des hallucinations : de là , les hallucinations religieuses , démonomaniaques, etc., décrites par les auteurs.
D'autres fois , soit que les hallucinations débutent sous cette forme, soit qu'elles ne la revêtent qu'au bout d'un certain temps , et graduellement , les fausses sensations sont générales (manie sensorialc), irrégulières, se rattachent successivement, ou en même temps, à plusieurs idées délirantes.
L'état intellectuel des hallucinés varie, d'ailleurs, singulièrement , et Ton peut à cet égard adopter la division générale suivante, proposée par M. Aubanel.
1° Les hallucinés ont pleine conscience des phénomènes qu'ils éprouvent; ils les attribuent d'eux-mêmes à un jeu de l'esprit, à leur imagination malade. L'intelligence est parfaitement intacte, quelquefois même elle semble avoir acquis un degré plus élevé de perfection. « Il n'est pas rare, dit M. Leuret, qu'un halluciné ait le raisonnement meilleur que les autres hommes, meilleur qu'il ne l'avait lui-même avant son hallucination» (Fragm. psych. sur la jolie, p.l 40). MM. Lélut (Du démon de Socrate, p. 259), Bottex (Essai sur les hallucinations; Lyon, 1836), etc., ont rapporté de nombreux exemples d'hallucinations éprouvées par des sujets qui jouissaient de toute l'intégrité de leurs facultés.
2° Les hallucinés ne reconnaissent pas que leurs fausses sensations puissent se former sans l'intervention des organes des sens; toutefois, ils se gardent bien de subordonner leurs actes aux phénomènes qui les affectent.
3° Les hallucinés croient à l'intervention de fleurs sens et à la réalité des impressions extérieures qui leur arrivent.
Ces distinctions ne s'appliquent qu'aux hallucinations considérées isolément, sur un sujet , par exemple, chez lequel elles constituent à elles seules la maladie , et dans ce cas elles correspondent à trois degrés différents de cette maladie. La gravité des hallucinations, dit avec raison M. Aubanel, se déduit du degré de confiance que les malades accordent à leurs idées délirantes, et de l'extension de celles-ci. Lorsque les hallucinations sont réunies à d'autres symptômes d'aliénation mentale, elles sont, comme nous le verrons plus loin , subordonnées à celle-ci.
Les hallucinations sont intermittentes, irrégulières, quelquefois elles se manifestent indifféremment pendant le jour ou pendant la nuit; d'autres fois elles n'ont lieu que pendant la veille ou pendant le sommeil: dans cette dernière circonstance , les hallu-
FOL
FOL
cinations sont plus particulièrement appelées visions.
Sans rechercher jusqu'à quel point l'on doit considérer comme des malades affectés de visions , les sorcières, les inspirés, etc., dont l'histoire nous offre un si grand nombre d'exemples, sans essayer de rattacher à cetordre de phénomènes morbides les apparitions , les révélations , les rêves mystiques dont parle l'Écriture , nous nous bornerons à indiquer en quelques mots les caractères des hallucinations nocturnes.
« Il y a un certain nombre d'aliénés , dit M. Leuret (ouvr. cit., p. 246) , qui raisonnent le jour , en conformité de leurs idées et de leurs perceptions de la nuit : ils sont très capables d'apprécier avec justesse ce qu'ils voient pendant la veille, et s'ils ne mêlent à leur conversation aucun souvenir appartenant à leurs rêves, on trouve qu'ils ont l'esprit parfaitement sain. »
Quelquefois les visions ont lieu dès que le malade ferme les yeux , même sans dormir.
On a appelé incubes les hallucinations nocturnes dans lesquelles les malades se figurent être obsédés par un être humain ou surnaturel, visible ou invisible , lequel les tourmente , les frappe , les étouffe ( cauchemar ) , ou se livre sur eux aux manœuvres du libertinage le plus effréné. Saint Bernard rapporte qu'il y avait à Nantes une malheureuse femme que tourmentait un certaiu démon plein d'effronterie : ce diable lascif lui avait apparu sous la forme d'un démon de la plus belle figure ; il abusait d'elle dans le lit même où couchait son époux , et l'épuisait par un incroyable libertinage.
M. Leuret a voulu distinguer des hallucinations les inspirations passives. 11 établit cette distinction sur les considérations suivantes :
« L'inspiré passif et l'halluciné diffèrent en ceci: Chez l'halluciné, une pensée, dont il ne s'attribue pas la création, se produit, et, en se produisant, se formule par une impression : l'impression venue provoque une détermination , puis un acte de la volonté, soit pour obéir , soit pour résister. Chez l'inspire", l'acte suit immédiatement la pensée ; il n'y a pas, comme dans le cas précédent, l'intermédiaire d'une impression. L'halluciné entend des paroles et redit ces paroles parce qu'il veut les dire ; l'inspiré passif ne sait pas ;i l'a\anee M qu'il \a dire, les painlrs lui viennent à mesure qu'il les. dit, elles sont mises dans sa bouche par un esprit qui n'est pas le sien» ( ouvr. cit. , p. 270 ).
Nous ne nions pis que la distinction établie par
M. Leuret . , bien que sublile. n'ait une certaine importance poiu l'eiude psychologique de la Folie; mais nous ne feront que le mentionner dans notre travail , essentiellement consacré à la pratique.
Les psyehologistes ont cherché à rattacher les hallucinations à l'une ou l'autre de nos facultés: les uns les ont considérées comme un attribut de la mémoire ; l'halluciné , disent-ils, se rappelle certains objets, et il croit que ces objets sont présents; son délire se rapporte à une altération de la faculté déjuger ; les autres les ont regardées comme dérivant de l'imagination. Reid a combattu , avec raison , ces deux opinions :« L'imagination, dit-il, n'entraîne jamais à sa suite aucune croyance; elle ne renferme aucune idée d'existence ni de non-existence ; la sensation que j'éprouve me force à croire à son existence actuelle ; la mémoire de cette sensation produit la persuasion de son existence passée. Telle est la nature de ces opérations; ce sont des actes simples et primitifs: or, l'hallucination diffère de l'une et de l'autre, puisqu'elle entraîne avec elle l'idée de la présence d'un objet qui n'existe pas. »
Bornons-nous à dire que l'hallucination est un phénomène intermédiaire à la sensation et à la conception, une transforma lion spontanée de la pensée en sensations le plus souvent externes (Lélut, ouvr. cit., p. 262).
Trolblbs généraux de l'intelligence. — Nous avons dit que , lorsque l'intelligence n'est que partiellement troublée chez les aliénés , ceux - ci , en dehors d'un ordre d'idées assez limité, conservent l'intégrité de leurs facultés, et ne déraisonnent que lorsqu'on amène la conversation sur le sujet qui fait l'objet de leur folie , ou sur des sujets qui s'y rattachent plus ou moins directement; dans d'autres cas , cette délimitation du délire n'existe pas : l'intelligence a subi des troubles qui se révèlent dans presque tous les actes des malades , dans l'expression de presque toutes leurs idées.
Les troubles généraux de l'intelligence peuvent être considérés suivant qu'ils sont produits : a. par l'exaltation des facultés ; b par l'affaissement de ces mêmes facultés; ils doivent ensuite être étudiés : 1° quant aux facultés intellectuelles proprement dites ; 2° quant aux facultés affectives ; 3° quant aux passions et aux facultés morales.
a. Troubles constitués par l'exaltation des facultés. — Manie. — 1° Troubles des facultés intellectuelles proprement dites. — Les troubles généraux des facultés intellectuelles proprement dites sont extrêmement variés, et consistent principalement dans le désordre, l'incohérence des idée; et des combinaisons intellectuelles, le délire desconceptions. La conversation d'un aliéné offre souvent le mélange le plus extraordinaire de phrases décousues , sans suite , s;ins liaison, ayant Irait aux choses les plus étrangères les unes aux autres , et de raisonnements sensés : tout s'y trouve , « conceptions
FOL
FOL
extravagantes, idées bizarres, rapprochements d'ilées singulières, opinions ridicules, jugements faux par les principes dont ils émanent , propos décousus, succession rapide et plus ou moins incohérente d'idées, de jugements, de raisonnements; singulier mélange de conceptions raisonnables, d'opinions Fondées , de raisonnements suivis , de jugements sensés , de talents conservés, avec les résultats de la plus complète déraison » (Georget).
Il est impossible, comme on le pense bien , de dé- :rire , d'indiquer tous les phénomènes morbides qui, cians le langage ou dans les actes des aliénés , dénotent la lésion de l'intelligence : ce serait vouloir reproduire toutes les combinaisons possibles des mots , des idées que peut enfanter la pensée. Tâchons cependant , sans nous engager dans de stériles discussions physiologiques, sans rechercher jusqu'à quel point il est possible de séparer les divers éléments de l'entendement, à établir quelques divisions dans l'étude du délire maniaque , en nous laissant guider , comme le veut Pinel , « par certains caractères distinctifs manifestés par des signes extérieurs.»
On peut ranger dans une classe distincte les aliénés dont les paroles dénotent une lésion profonde de l'intelligence, tandis que leurs actes sont à peu près tous raisonnables; c'est le délire de l'intelligence propreprement dite : il est assez rare , mais on en a cependant cité plusieurs exemples. « Je connais deux personnes, dit M. Leuret, qui sont incohérentes quand elles parlent ou quand elles écrivent : leurs sentiments sont conservés intacts, leurs actions sont généralement suivies et bien ordonnées» (Fragm.psych., p. 28). Plusieurs divisions peuvent être établies dans cette première catégorie.
Il est des aliénés qui prononcent des mots, des phrases sans suite, sans lien , sans rapport avec leurs idées et leurs actions , qui répètent plusieurs fois le même mot , la même phrase, le même passage de musique, sans paraître y attacher le moindre sens (Esquirol); d'autres qui ne les répètent qu'un certain nombre de fois, toujours le même : «J'ai vu, dit M. Foville, une jeune fille qui ne pouvait rien dire sans le répéter immédiatement après, exactement dans les mêmes termes, avec les mêmes inflexions de voix ; ceci n'avait pas lieu seulement pour quelques paroles , mais pour des phrases très-longues. » Quelquefois les aliénés créent des mots qui n'ont aucune signification connue ou qu'on puisse deviner. « Je crois bien faire , écrivait une malade dont l'histoire est rapportée par M. Leuret, car je n'aurai pas d'obligation au sieur Personne, si les autres agents de change ne se remplacent pas , changeant les théâtres de campagnones serrent semé ma pantif par des malpomenades auxilier zigzag, etc.»U est des aliénés qui se créent tout un langage particulier; d'autres qui ne parlent d'eux-
mêmes qu'à la troisième personne, sans avoir perdu la conscience de leur individualité.
L'incohérence, chez d'autres aliénés, n'existe plus seulement dans les mots, mais dans les idées. Ici encore on peut établir une distinction.
Chez les uns {aliénés incohérents de M. Leuret), les idées , considérées isolément , ont de la force et de la justesse, mais elles se succèdent trop rapidement, elles sont privées d'une association régulière, s'accouplent au hasard , errent à l'aventure. Quelquefois on dirait qu'un lien nouveau s'est établi entre les combinaisons de la pensée, et fait comme adhérer les unes aux autres des idées de nature contraire. D'autres fois tous les désordres de la pensée paraissent pouvoir être attribués à un défaut d'harmonie entre Y attention, les perceptions et les souvenirs. Dans ce cas, «qu'un homme agisse puissamment sur l'esprit d'un maniaque , qu'un événement imprévu arrête son attention , le voilà tout à coup raisonnable, et la raison se soutient aussi longtemps que l'impression actuelle conserve assez de puissance pour soutenir son attention » (Esquirol, ouvr. cit., t. n, p. 14). Lorsque cette impression, assez forte pour fixer l'attention, n'existe pas, celle-ci se porte avec une rapidité étonnante d'un objet à l'autre, et l'aliéné exprime , sans chercher à les rallier les unes aux autres , les idées que lui inspirent les mille impressions diverses qu'il peut recevoir dans un court espace de temps.
L'incohérence des idées, chez les aliénés, n'est toutefois pas toujours aussi grande qu'on serait d'abord tenté de le croire : « Si on leur donne le temps de s'expliquer, dit M. Leuret, si on prend la peine d'examiner leurs écrits , on trouve parfois une interprétation naturelle à des choses qui, au premier aperçu, avaient semblé absurdes. Par des réticences calculées, ou par des élisions faites volontairement, ils rendent inintelligibles pour les autres les choses qu'ils comprennent très-clairement.» Il faut être prévenu de ces particularités, qu'une longue étude des aliénés peut seule faire découvrir.
Enfin il est des aliénés chez lesquels les idées en elles-mêmes sont fausses (conceptions délirantes), extravagantes, folles. C'est ici surtoutqu'il est impossible , non-seulement d'énumérer, mais de concevoir toutes les aberrations que peut subir l'intelligence humaine. On ne saurait classer les conceptions délirantes que peut enfanter un aliéné. Des observations , des exemples, pourraient seuls les faire connaître , et un millier de citations suffirait à peine pour en donner une idée. M. Leuret a toutefois cherché à les rapporter à trois chefs principaux : 1° aux choses psychiques; 2° aux objets extérieurs ou de la sensation ; 3° aux organes ou à la personnalité du sujet pensant (Fragm. psych. sur la folie j p. 446.) On peut, à la rigueur, adopter cette division en en retranchant toutefois les
FOL
idées fausses, se rapportant aux objets de la sensation, qui ne sont autre chose que les hallucinations.
Les idées fausses, relatives à la personnalité des sujets pensants, sont extrêmement fréquentes chez les aliénés : l'un croit avoir dans son ventre des évëques qui tiennent concile ; l'autre s'imagine être privé de sa tête, ou se plaint de la pétrification de quelqu'un de ses membres. Il y a des femmes, qui se croient changées en hommes et des hommes en femmes ; d'autres qui se croient transformés en bêtes. Un aliéné, convalescent dune fièvre, se croyait formé de deux individus, dont l'un était au lit, tandis que l'autre se promenait. Fore>tus a vu un malade qui répétait sans cesse: «La Bible est dans ma tète, ma tête est dans la Bible. — Où est votre père? demandait-on à une malade. — Je n'en ai pas,/e me suis née seule.
Il est un grand nombre d'aliénés qui perdent la conscience de leur individualité, qui se figurent être morts; presque toujours alors ils ne parlent d'euxmêmes qu'à la troisième personne. M. Leuret a vu une malade qui employait toujours celte phrase: «La persounede moi-même », en l'appliquant à la personne qu'elle avait été autrefois.
Une chose digne de remarque, c'est que l'incohérence se manifeste beaucoup plus dans les écrits des aliènes que dans leurs discours. Nous verrons plus loin le parti qu'on peut tirer de cette particularité pour le diagnostic de la folie.
Nous rangeons dans une seconde classe les aliénés dont les actes dénotent un trouble plus ou moins profond de l'intelligence , lequel n'existe ni dans leurs paroles, ni dans leurs idées.
Quelques auteurs ont nié l'existence de h folle sans délire, dont nous parlons; ils ont prétendu que tous les actes des aliénés étaient constamment conséquents, en rapport avec une conception délirante dont ils étaient le résultat. Georget lui-même, quoique moins exclusif, semble partager celte opinion : Chez presque tous les aliénés, dit-il, les actions sont parfaitement motivées; les actes les plus bizarres, les plus extravagants, sont fondés sur quelque raison particulière. Après leur guéri son, Us aliénés donnent les explications (Je leur conduite dans toutes les circonstances [Die t. de mcd., \. un, p. 208). L'observation a démontré d'une manière incontestable qu'il n'en était pas toujours ainsi. H est des aliénés qui se livrent a certain ailes, sans en avoir la volonté, d'une minière purement automatique; bien plus, il en est qui, souslriils pour ainsi dire à l'empire de la VOlûOté, ne semblent plus elle les m.iîlres di h in | (1 Ici min. liions, el sont enlr.iînes i\ des actes qu'eux-mènn- n prouvent par une puissance irrésistible : « Ils man lient, chantent, dansent, écrivent sans pouvoir s'en abstenir » Ksquirol . l>'aulrrs comind-
— FOL
tent sciemment, volontairement, les actes qui dénotent leur état morbide: mais la volonté, chez eux, n'est motivée par aucune conception délirante , n'est pas accompagnée du délire de l'intelligence proprement dit; c'est une sorte d'instinct, un délire de la volonté (Leuret). «On pense, dit M. Guislain, que toutes les actions des aliénés sont dues à des idées erronées, mais souvent elles se rattachent à un influx morbide de la volonté indépendant de la pensée ; elles sont imitatives » (ouvr. cit., p. 224). Un malade ne met des souliers que lorsqu'on lui en présente deux impairs; un autre ne passe le bras que dans une manche de son habit; un autre s'assied toujours à la même place; celui-ci épluche sans cesse; celui-là lacère tout ce qui lui tombe sous la main , sans aigreur ni violence; un autre manie des immondices, mange ses propres excréments; un sixième des aliénés, selon M. Guislain, est porté à se déshabiller. La malade observée par M. Foville , de laquelle nous avons déjà parlé, toussait deux fois, crachait deux fois, se mouchait deux fois, etc., et toutes ces actions doubles se ressemblaient exactement :« On pouvait se demander, dit à ce propos M. Foville, si toutes les actions soumises nécessairement à l'influence cérébrale n'étaient doubles , que parce que l'action des deux hémisphères n'avait pas lieu simultanément; mais j'ai actuellement sous les yeux une malade qui répète trois fois les mêmes choses » ( Dict. de méd. et de chir. prat., t. i, p. 496). 11 est des aliénés qui répètent leurs actes un nombre de fois plus considérable encore. Tous les actes dont nous venons de parler sont volontaires, mais ils ne sont en rapport avec aucune conception délirante.
Dans une troisième classe se placent les aliénés dont les idées et les actes dénotent l'aliénation mentale , et chez lesquels les actions sont presque toujours en rapport avec les conceptions délirantes. Un homme se croyait de beurre, et dans la crainte de fondre, il ne s'approchait jamais du feu. Un autre ne sortait jamais, parce que son nez lui paraissait si grand, que les passants auraient pu marcher dessus ; celui-ci n'ose rendre son urine dans la crainte d'occasionner un déluge. Une femme, croyant porter le inonde sur un doigt, n'osait le remuer dans la crainte de faire périr le monde; un malade, croyant que la surface de la terre était une lame de verre très-fine, ' au-dessous de laquelle se trouvaient des serpents, n'osait sortir de son lit, dans la crainte de casser ce verre et délie dévoré par les reptiles. Une femme se croN ail menacée d'une hémorrhagie: pour prévenir cet accidentelle restait immobile dans son lit, sans couverture, ne parlait que par signes, ne prenait ses aliments et ses boissons qu'à la glace, et se faisait mettre sur le ventre des linges trempés dans une
FOL
eau très-froide ; s'imaginant, en outre, que les garderobes l'affaiblissaient, elle faisait tous ses efforts pour ne pas en avoir.
Au milieu des désordres intellectuels donf nous venons de donner une idée, alors même que les troubles de l'entendement sont le plus graves et le plus étendus , certaines facultés conservent une intégrité parfaite , ou même acquièrent un développement qu'elles n'avaient point. Il en est ainsi pour la mémoire chez presque tous les aliénés; ils se rappellent toutes les impressions qu'ils ont reçues: «Dans les instants même où ils étaient le plus furieux ou le plus près de la nullité intellectuelle, dit Georget, ils se rappellent jusqu'aux paroles incohérentes qu'ils ont prononcées dans leur délire. » Un malade lit dans les cahiers de M. Leuret sa propre observation, et corrige quelques inexactitudes peu importantes relatives à ce qu'il avait dit l'avant-veille. «Combien on est loin dans le monde, et même parmi les médecins, dit M. Leuret, d'admettre une pareille lucidité chez les maniaques » ( Fragm. psych. , etc., p. 27). Les aliénés, dit Georget, n'oublient ni les bons ni les mauvais procédés dont ils sont l'objet; après leur guérison, ils comparent quelquefois le souvenir qu'ils ont de leur étal de délire , à celui que l'on conserve d'un rêve; l'on est étonné en apprenant les remarques qu'ils ont faites pendant leurs plus grands accès de folie.
D'autres facultés peuvent encore rester intactes. M. Leuret a vu une femme chez laquelle il existait une incohérence extrême des idées, et chez laquelle cependant les facultés de comprendre , d'observer, de juger, étaient restées intactes; tous les jours elle lisait son journal , et rien de ce qui s'y trouvait ne lui échappait. 11 est des maniaques chez lesquels certaines facultés intellectuelles acquièrent même du développement, «qui parlent et écrivent avec facilité, se font remarquer par l'éclat des expressions, par la profondeur des pensées, par l'association des idées les plus ingénieuses» (Esquirol, ouvr. cit., t. ii, p. 151 ). Un homme se figure être Louis XVI; quelqu'un lui ayant objecté qu'il était sans instruction , et que les rois savaient au moins lire et écrire, il se mit au travail , et en trois semaines il lisait et écrivait : c'était un autre aliéné qui lui donnait des leçons (Leuret, ouvr. cit., p. 96). Un maniaque, qui, pendant sa maladie, avait fait avec facilité un grand nombre de vers, déclara après sa guérison qu'avant d'être fou il lui eût été impossible de trouver deux rimes. «On trouve chez les aliénés, dit M. Foville, des musiciens, des peintres, des artistes de tout genre , parmi des hommes que leur éducation n'a pas préparés à la culture des arts; on trouve des poètes, ou du moins des rimeurs, parmi ceux qui ne savent même pas lire.»
\ - FOL
La plupart des aliénés sont persuadés que tout ce qu'ils sentent, tout ce qu'ils pensent, tout ce qu'ils disent, est réel, juste et raisonnable; ils traitent de fous ceux qui ne partagent pas leur opinion à cet égard : rien ne peut ébranler leur conviction. D'autres comprennent parfaitement leur état, savent que leurs idées , que leurs actions sont extravagantes ; ils en ont honte , ils se cachent pour se livrer à leurs actes de folie, ils font tous leurs efforts pour rester raisonnables, et y parviennent quelquefois pendant un certain temps : dans le cas contraire, ils s'affligent, se désolent, maudissent la puissance inconnue et irrésistible qui les pousse à tenir une conduite dont ils sentent toute l'absurdité. M. Leuret parle d'une malade chez laquelle on remarquait une incohérence extrême d'idées et d'actions , et « qui se connaissait et . connaissait les autres , comme s'il n'y eût rien de changé dans son esprit.» Un jour, la bizarrerie de ses réponses ayant excité le rire d'un étranger :« Vous devriez respecter mon malheur, lui dit-elle; que Dieu vous fasse la grâce de ne jamais perdre la raison. »
Lorsque les désordres de l'intelligence ne sont point produits par une cause permanente , ils cessent, après avoir duré un temps plus ou moins long , pour se reproduire ensuite sous l'influence de causes occasionnelles. Celles-ci varient à l'infini : une impression quelconque, un mot, une consonnance , tout peut ramener l'explosion du délire. « On a rencontré des hommes, dit M. Leuret, dont les idées étaient si indissolublement liées aux sensations habituellement perçues par eux, que, ces sensations éloignées, les idées se perdaient, et cela en très-peu de temps.» Un exemple fort curieux, cité par Arétée, justifie cette assertion.
«Un charpentier, dit Arétée, était un habile ouvrier tant qu'il était chez lui ; il mesurait très-bien son bois, le taillait, l'aplanissait, l'assemblait parfaitement, traitait fort raisonnablement de ses ouvrages et de leur prix avec les architectes, enfin avait toute son intelligence, tant qu'il restait sur le lieu et dans le cercle de ses occupations; mais s'il allait sur la place publique, ou au bain , ou en quelque autre lieu, il soupirait d'abord profondément, en déposant les instruments de son état, rapprochait les épaules avec unesorte de frissonnement, et enfin commençait à déraisonner, et même à éprouver des transports d'une agitation plus ou moins vive, lorsqu'il avait perdu de vue son atelier et ses ouvriers. S'il y relournait vivement, il revenait à lui avec la même promptitude, taut il y avait de connexion et de sorte de parenté entre l'esprit de cet homme et le lieu dans lequel il s'exerçait d'une certaine manière.»
2° Troubles des facultés affectives. — Les facultés affectives peuvent se conserver intactes chez les aliénés. M. Leuret a vu une femme qui présentait
FOL
FOL
une grande incohérence dans les idées et dans les mois, et qui néanmoins était douce, sensible , polie pour tous ceux qui l'entouraient; elle aimait tendrement ses enfants, et leur écrivait des lettres qui commençaient toujours par des paroles raisonnables et affectueuses : «Je continue de vous donner de mes nouvelles, ne pouvant avoir des vôtres, mes chers et bons enfants»; puis arrivaient les mots incohérents, dénués de sens.
Quelquefois même les facultés affectives s'exaltent chez les aliénés. M. Leuret en fournit encore un exemple. «Elle aime si bien les enfants, dit -il en parlant d'une de ses malades, que, lorsqu'elle en voit , elle est avec eux d'une raison parfaite; elle ne dirait pas devant eux une parole décousue ou inutile; elle "cherche à les amuser, comme ferait une nourrice ou une mère. Vienne une grande personne, son incohérence reparaît» ( Fragm. psych. , etc., p. 30 ).
Le plus ordinairement il n'en est pas comme nous venons de le dire : les facultés affectives chez le plus grand nombre des aliénas, sont entièrement suspendues , ou même perverties : un oubli profond , une indifférence complète, remplacent l'amour et l'amitié. Les aliénés deviennent souvent méfiants, injustes, querelleurs , haineux , féroces ; ils voient des ennemis dans tous ceux qu'ils aperçoivent , et surtout dans les personnes qui leur donnent des soins, qui sont préposées à leur garde. Esquirol a parfaitement décrit ces diverses dépravations : «Tout excite les malades, tout les contrarie, tout les irrite; ils sont d'une susceptibilité extrême... Ils sont rusés, menteurs, effrontés, querelleurs, mécontents de tout, même des soins les plus affectueux; ils se plaignent sans cesse, et des choses et des personnes... Us injurient, ils calomnient , ils se plaisent à inventer le mal , à dénaturer les meilleures intentions: ils détruisent, ils déchirent... Ils rient du mal qu'ils font , de celui qu'ils voient faire... Le bouleversement de la raison et des affections détroit nécessairement le sentiment du juste et de l'injuste: le maniaque semble avoir abjuré toute idée de religion, tout sentiment de pudeur, tout principe de probité; ce bon fils, ce bon père, ce bon époux , méconnaissent les personnes les plus chères \ leur cœur, les repoussent avec dureté, avec < mportement... Les hommes les plus moraux, doués du caractère le meilleur, des mœurs les plus douces, delà conduite la plus régulière, m'ont avoué que des d'homicide les avaient tourmentés pendant leur délire... Gei déplorables impulsions n< gonl provorii p. ii la haine, ni par la colère... Biles sont ni inées . Fugaoi . étrangères m< me au délire , ne
produisent point au dehors, ni par les propos, ni par les actions » ouvr. cit., t. u, p. 151-157).
Le désordre d< I a ulù iffe ivi i t, poui E quiil. un caractère essentiel dr la iolie ; cet auteur pente
qu'il existe chez tous les aliénés , mais qu'il est seulement plus difficile à constater chez quelques-uns. Laissons encore parler , sur cette intéressante questions , un homme dont on ne saurait trop consulter la vaste expérience et la profonde sagacité.
«... Quelques aliénés semblent faire exception à cette loi générale, et conservent une sorte d'affection pour leurs parents et pour leurs amis; mais cette tendresse, qui est quelquefois excessive, existe sans confiance, sans abandon pour les personnes qui, avant la maladie , dirigeaient les idées, les actions des malades. Ce mari adore son épouse, mais il est sourd à ses avis, à ses prières : ce fils immolerait sa vie pour son père, mais il ne fera rien par déférence pour ses conseils , dès qu'ils auront son délire pour objet... Il est des aliénés dont le délire est à peine sensible; il n'en est point dont les facultés affectives ne soient désordonnées, perverties ou anéanties... Le retour aux affections dans leurs justes bornes..., est un signe certain de guérison... La diminution du délire n'est un signe certain de guérison, que lorsque les aliénés reviennent à leurs premières affections » (ouvr. cit., t. i,p. 16).
3° Troubles des passions et des facultés morales.— Dans le délire partiel, ordinairement relatif, comme nous l'avons dit , aux passions et aux facultés affectives et morales , l'un ou l'autre des sentiments , une des passions qui agitent le cœur de l'homme, acquiert un développement morbide , et constitue toute la maladie. Dans le délire général , chaque passion , chaque sentiment peut également prédominer, de manière à constituer au milieu de la manie une monomanie consécutive; mais ordinairement il n'en est pas ainsi : la plupart des passions sont excitées sans qu'aucune prédomine constamment sur les autres; l'aliéné est tour à tour le jouet de chacune d'elles ; il passe, et cela souvent dans un court espace de temps, de la gaieté à la tristesse, de la colère , de la fureur à l'indifférence.
Parmi les passions et les facultés morales qui sont le plus souvent exaltées chez les aliénés, on doit citer :
1° La joie. Les malades rient de tout , ou même sans motif; leur rire a un caractère particulier : il est éclatant, strident, comme convulsif : ils parlent haut et avec volubilité, gesticulent avec véhémence, marchent, courent dans tous les sens , sautent , dansent, en un mot, se livrent à toutes les manifestations de la joie la plus vive.
2° La tristesse. Les malades sont dans un état entièrement opposé à celui que nous venons de dédire : ils sont pensifs, sombres , silencieux , répondent à peine aux questions qu'on leur adresse; ils
restent souvent toute une journée assis à la même place, la tête cachée daus leurs mains; ils gémissent
FOL — 161
pleurent, donnent les marques du plus profond désespoir.
3° La crainte. Rien n'égale les frayeurs qu'éprouvent certains aliénés. Continuellement l'œil et l'oreille au guet , ils tressaillent au moindre bruit , s'enfuient à l'approche des personnes qu'ils sont le plus accoutumés à voir : un enfant , une mouche, leur fait peur. Ces frayeurs interrompent souvent leur sommeil, déjà si mauvais, soit qu'elles soient amenées par des rêves , soit qu'elles se produisent spontanément, sans cause aucune; le malade s'éveille en sursaut, et en poussant des cris; si on l'interroge, il répond : j'ai peur , sans pouvoir donner un motif à sa crainte. Du reste, presque tous les aliénés, alors même qu'ils n'éprouvent pas les frayeurs dont nous venons de parler , deviennent d'une pusillanimité remarquable, et se laissent facilement intimider , même pendant leurs accès de fureur.
4° L'orgueil et la vanité.
5° La haine et la vengeance. Souvent, sans aucun motif, les aliénés conçoivent une haine profonde pour quelqu'une des personnes qui les entourent, et quelquefois pour celle-là même qui leur prodigue le plus de soins : dans ce cas , il n'est pas de moyens qu'ils n'emploient pour lui nuire; ils semblent recouvrer toute l'intégrité de leurs facultés pour ourdir leur vengeance. «Quelquefois, dit M. Leuret, il y a tant de suite, et une si grande vraisemblance dans les accusations que certains aliénés portent contre les personnes qui ont des relations avec eux , que l'on court à chaque instant le risque d'être trompé. Des faits , en réalité les plus insignifiants, ils tirent des conséquences qui, pour être fausses , n'en ont pas moins toutes les apparences du vrai... 11 arrive <\ pendant que ces malades détruisent eux-mêmes ce qu'ils avaient mis le plus grand soin à établir. L'accusation, qu'une conception malveillante avait produite , est renversée par un retour à la raison , ou par une conception de nature opposée. » Du reste, il ne faut pas croire que ce soit toujours avec connaissance de cause, dans une intention méchante, que les aliénés agissent ainsi. «On serait injuste , si on leur savait mauvais gré du mal qu'ils peuvent faire lorsqu'ils sont dans la disposition d'esprit dont il s'agit; ils sont pénétrés de la vérité de ce qu'ils disent , et , dès qu'ils s'aperçoivent de l'erreur dans laquelle ils sont tombés, ils donnent toutes les satisfactions que l'on pourrait exiger d'eux s'ils avaient agi sciemment» (Leuret , Fragm. psych., etc., p. 69). D'autres fois la haine des aliénés est motivée : trop souvent encore ces malheureux subissent des mauvais traitements qu'ils n'ont point mérités: ils sont alors plus vindicatifs, ils conservent plus longtemps le souvenir des injustices qu'ils ont subies que s'ils étaient dans l'état de raison ; ils attendent avec per-
sévérance le moment de la vengeance, et lorsque celui-ci s'est présenté à eux , on est étonné de les entendre justifier leur conduite, en rappelant tous les détails d'un fait passé quelquefois depuis plusieurs années.
6° La colère, la fureur. — «Pas plus que toutes les autres déterminations du délire, dit Esquirol, la fureur n'est automatique chez les aliénés , dans ce sens que les furieux ne se livrent point sans motif à leurs emportements. C'est pour éviter quelque danger dont ils se croient menacés , pour résister à des contrariétés vraies ou imaginaires, ou enfin pour se venger de ceux qu'ils prennent pour leurs ennemis , que les aliénés se mettent en fureur» (ouvr. cit., 1. 1, p. 227). Ce que nous avons dit précédemment, et les paroles que nous avons empruntées à Esquirol luimême , montrent que cette proposition est trop absolue. Si la fureur des aliénés est souvent motivée par des faux jugements sur les personnes ou sur les choses , par une fausse sensation , par une conception délirante ; si elle n'éclate souvent que parce que l'aliéné croit avoir une injure à venger, un danger à éviter, un obstacle à vaincre, une douleur à repousser, un joug à secouer, un lien à rompre, parce qu'il est excité, contredit, taquiné par ceux qui l'entourent , il n'en est pas moins vrai que quelquefois la fureur est entièrement étrangère au délire, et paraît se manifester sous l'influence de certaines causes atmosphériques , de certains troubles de la digestion , ou de la circulation , ou de la menstruation chez les femmes, etc.
La fureur des aliénés est ordinairement expansive, quelquefois cependant morne et concentrée : tantôt les furieux conrent çà et là, se jettent sur tous ceux qu'ils rencontrent, sans être provoqués, éprouvent le besoin de briser, de déchirer, de battre , de tuer ; d'autres fois ils restent en place , gesticulent , vocifèrent, blasphèment, mais restent inoffensifs tant qu'on les laisse tranquilles ; il est impossible de se faire entendre d'eux, de les arrêter: «on dirait, dit Georget, une machine montée, qui ne peut s'arrêter qu'avec la cause qui la fait mouvoir.»
Les aliénés exercent leur fureur non- seulement sur les personnes qui les entourent, mais encore sur eux-mêmes, sur les animaux qui les approchent , sur des objets inanimés. «Une malheureuse femme , dans v l'excès de ses emportements, dit M. Calmeil, amputa une partie de sa langue, ses lèvres, plusieurs lambeaux de peau qu'elle crachait à la figure des autres malades, et l'on fut contraint, pour prévenir le retour de nouveaux accidents , de procéder à l'extraction de toutes les dents incisives. J'ai vu un maniaque furieux s'élancer vingt fois jusqu'au plafond de sa loge, saisir et mettre en pièces un chat qui opposait une vigoureuse résistance. Quelques furieux exercent leur
FOL
FOL
fureur sur les arbres, les murs, mordent la terre, etc.» {DU-!, de méd., t. xix, p. 123).
L'explosion de la fureur est souvent annoncée par des signes qu'il importe de connaître : quelques alie'nés accélèrent tout à coup leur mai che, gesticulent, crient avec plus de véhémence , profèrent une phasre, uu mot qu'ils ne prononcent jamais dans un autre moment ; chez d'autres, c'est le froncement des sourcils, les mouvements et l'expression des yeux, un tremblement dans les bras, la rougeur subite de la face, qui annoncent l'approche des accès.
Les accès de fureur reviennent à des intervalles plus ou moins rapprochés ; tantôt ils n'ont lieu que la nuit, tantôt ils se manifestent indifféremment la nuit comme le jour; le plus ordinairement ils sont irrégulièrement intermittents'; quelquefois ils sont périodiques.
La durée des accès varie beaucoup : tantôt elle n'est que de quelques instants à quelques heures, tantôt elle est de plusieurs jours à plusieurs semaines. Dans ce dernier cas, et lorsque la fureur est expansive, on a peine à comprendre que les forces physiques des malades puissent suffire à la dépense excessive qu'ils en font par la violence de leurs mouvements, de leurs gestes, de leurs vociférations , etc. Après l'accès, surtout lorsque celui-ci a duré longtemps, et qu'il a été violent, les malades tombent ordinairement dans une grande prostration, dans un profond accablement duquel il est difficile de les tirer; d'autres fois, sous l'influence des plus légères circonstances , les accès se succèdent avec une telle rapidité, que la fureur est presque continuelle.
La fureur maniaque est souvent dangereuse parce que les forces musculaires des malades sont considérablement augmentées, et parce que ceux-ci ne sont plus arrêtés, dans l'usage qu'ils en font, par aucune considération : ils frappent, mordent, tuent 1rs personnes qu'ils rencontrent, sans hésitation, sans pilié, sans crainte. «Ce qui rend les maniaques furieux si redoutables, dit Esquirol, c'est que le sentiment de lrurs fortes augmentées est soustrait aux calculs de la raison , c'est que plusieurs ont la conviction que leurs forces sont surnaturelles et indomptables : aussi , lorsqu'ils en fontusa^e, ils sont d'aut.int pins dangereux, qu'une idée de supériorité les domine, on qu'ils ont moins d'intelligence» ouvr. cit.,
t. h. p. 153 . Sous ce dernier point de vue, la fureur qui e^i i,i pins à craindre est celle des malades chez le quels la folie est compliquée (fépilepsie. La fureur
est plus redoutable en été OU pendant un froid rigou-
reui qu'au pi intemps el en automne.
Quelquefois la Fureur maniaque est indomptable; rien ne peut l'apaiser ou la contenir, rien ne peut ef-
fra\er les malades ou les ramener I la tranquillité;
d'autres fois !• eut subjuguer
lorsqu'on leur oppose un grand appareil de force à laquelle ils croient ne pas pouvoir résister avec avantage.
7° Les passions vénériennes. — Fréquemment chez les aliénés , surtout chez les femmes, les désirs vénériens sont violents , continus , insatiables; la vue d'un individu du sexe opposé au leur, jette ces malheureux dans une excitation extraordinaire; ils tiennent alors les propos les plus obscènes , se livrent à une foule de gestes indécents, découvrent leurs parties génitales, se dépouillent de leurs vêtements. La masturbation n'est toutefois pas aussi commune chez eux qu'on pourrait le croire: lorsqu'elle existe , elle constitue un symptôme funeste, plonge rapidement le malade dans l'épuisement, et rend la guérison impossible.
B. Troubles constitués par i affaiblissement des facultés. — - Démence. — 1° Troubles des facultés intellectuelles proprement: dites. — L'affaiblissement des facultés intellectuelles présente un grand nombre de degrés. 11 est quelquefois si faible, qu'on ne saurait le reconnaître en observant les actes des malades, ou en les jugeant d'après leur conversation ; il faut bien les connaître et les comparer soigneusement à eux-mêmes pour découvrir la maladie. Les opérations intellectuelles sont plus lentes, la mémoire ne va plus au-devant de l'expression, les pensées ne s'enchaînent plus aussi rapidement, mais il n'existe encore aucune lacune dans les idées : ce n'est que lorsqu'on fait écrire les malades qu'on s'aperçoit qu'ils oublient des lettres, des mots, que leur style n'est plus ce qu'il était auparavant. A un degré plus avancé, les malades ont de la peine à exprimer leur pensée : ils s'embrouillent dans leurs phrases, ne peuvent parvenir à les achever ; ils comprennent plus difficilement, leur imagination devient moins vive; ils sont moins habiles dans leur occupations intellectuelles ordinaires. Quelquefois une ou plusieurs facultés sont affectées avant les autres; les malades n'ont plus la mémoire des nombres, des temps , des localités, etc., tandis que l'intelligence reste intacte sur tous les autres points. Enfin se manifeste l'incohérence des idées , non plus ici parce que celles-ci se succèdent trop rapidement , ou qu'il s'est établi entre elles un lien nouveau, mais parce qu'aucune d'elles ne peut être achevée, et que leur lien naturel est affaibli, rompu. Les malades débitent des phrases, des mots sans suite ; leur attention n'étant plus assez forte pour leur donner une idée claire et vraie des objet , «ils ne peuvent ni comparer, ni associer les idées, ni abstraire... Dès lors, les idées. les plus disparates se succèdent indépendantes les unes des autres, elles se suivent sans liaison et sans motifs, les propos sont incohérents; les malades répètentdes mots, des phrases entières, sans y attacher de I sens précis; ils parlent comme ils raisonnent , sans
FOL
FOL
avoir la conscience de ce qu'ils disent: il semble qu'ils aient des comptes faits dans leur tête , qu'ils répètent, obéissant à des habitudes anciennes, ou cédant à des consonnances fortuites» ( Esquirol , ouvr. cit., t. u , p. 220). Ce désordre se manifeste surtout dans l'écriture ; les malades ne peuvent plus former le mot le plus connu et le plus familier, ils ne peuvent plus tracer UDe lettre.
Dans cet état, presque tous les aliénés ont àestics: l'un a toujours l'air de chercher quelque chose qu'il a perdu , l'autre écrit perpétuellement , celui-ci frappe nuit et jour dans ses mains , celui-là balance constamment son corps dans la même direction ; il en est qui sifflent, dansent, chantent pendant toute une journée ; plusieurs s'accoutrent de tout ce qu'ils trouvent , affectent un costume sale, bizarre.
La mémoire générale est'une des premières facultés lésées, et la lésion qu'elle éprouve est fort remarquable. Les malades oublient les impressions qu'ils ont reçues récemment, même celles qui leur viennent des choses qui touchent de plus près à leur existence; ils oublient ce qu'ils viennent de voir, d'entendre, de dire, de faire dans l'instant , tandis qu'ils conservent un souvenir très-vif des choses passées depuis longtemps. Est-ce bien là une lésion de la mémoire , se demande Esquirol , et ce phénomène ne se produit-il pas parce que les sensations étant très-faibles, les perceptions l'étant aussi, elles ne laissent point ou presque point de traces après elles?
La volonté est faible , et finit par être annihilée. «Les malades sont sans spontanéité; ils ne se déterminent pas , ils s'abandonnent, se laissent conduire ; leur obéissance est passive , ils n'ont pas assez d'énergie pour être indociles» (Esquirol ).
«Quelquefois , dit Georget, alors que l'affaiblissement intellectuel est déjà extrême , les malades ont encore quelques moments passagers d'excitation, pendant lesquels ils peuvent lier des idées, des raisonnements, et même écrire des lettres à peu près raisonnables; ils reconnaissent les personnes qu'ils ont vues , jouent encore très-bien au billard, aux dames , aux échecs , et satisfont tous leurs besoins. Des talents, celui de la musique, du dessin, par exemple, subsistent, à un degré très-élevé, au milieu de l'anéantissement des autres facultés. » Cet état est rare', et ne dure pas longtemps : les facultés intellectuelles finissent par être si complètement abolies, que les malades descendent au niveau de la brute , dont ils n'ont même pas l'instinct ; ils ne prononcent que des mots incohérents, inarticulés; ils ne comprennent plus aucune des questions qu'on leur adresse, et n'y répondent que par des non-sens, ou n'y répondent pas du tout, soit qu'ils oublient les signes du langage, soit que leur mémoire ne leur permette plus, à la fin
une phrase , de se rappeler l'idée qu'ils voulaient
exprimer en la commençant ; ils sont inhabiles à tout acte qui demande la moindre attention, la plus légère réflexion ; ils n'ont plus que quelques sensations isolées ; ils se méprennent sur l'origine et la nature des bruits, des sons qui les affectent ; ils ne jugent plus les distances, les qualités physiques des corps; ils perdent la conscience de leur individualité, le sentiment de leur propre conservation ; ils se montrent insensibles aux impressions du froid et du chaud ; plusieurs s'écorchent les doigts , la figure ; presque tous supportent sans se plaindre des plaies, des eschares ; ils mangent avec avidité des substances repoussantes, infectes; ils n'ont plus l'idée du danger, de la pudeur ; ils sont aussi insensibles aux bons traitements qu'aux privations : les choses de la vie semblent ne plus les regarder; ils sont réduits, en un mot, à l'état d'automates, de machines; quelques-uns tracent machinalement des lettres qui n'appartiennent à aucune langue. Ils paraissent être sans besoins , sans idées, sans désirs; leurs yeux sont ouverts sans regarder; ils n'écoutent pas et ne parlent point; ils resteraient la nuit comme le jour en plein air , si on ne les conduisait à leur appartement , à table , auprès du feu , dans leur lit. Les sujets en démence, dit M. Calmeil , se perdent dans leur appartement , dans leur dortoir; ils ne distinguent plus leur lit , les ustensiles affectés à leurs besoins. La plupart de ces malades, comme les idiots, satisfont à leurs besoins naturels dans leur lit ou dans leurs vêtements : ils pourriraient dans leurs excréments si on n'avait pas le soin de les nettoyer.
2° Troubles des facultés affectives. — Les facultés affectives subissent un affaiblissement proportionné à celui des facultés intellectuelles proprement dites : les malades « n'ont ni désirs , ni aversions , ni haine , ni tendresse ; ils sont dans la plus grande indifférence pour les objets qui leur étaient les plus chers; ils voient leurs parents et leurs amis sans plaisir, et s'en séparent sans regret» (Esquirol).
3° Troubles des passions et des facultés morales. — Les passions s'éteignent peu à peu , et finissent par devenir entièrement nulles ; les malades sont indifférents à tout. S'ils manifestent de la joie ou de la peine, c'est sans motif ; quelques-uns sont irascibles, mais leur colère ne dure qu'un moment. *
B. Troubles des fonctions sensoriales. — Esquirol , le premier, a appelé l'attention des médecins sur les troubles que peuvent offrir, dans la folie, les fonctions sensoriales : il leur a donné le nom d'illusions 3 et les a distingués des hallucinations. Cette distinction a été attaquée dans ces derniers temps, et nous nous sommes déjà expliqués à cet égard. Nous rappellerons seulement ici que , dans les hallucinations , il y a perception imaginaire alors que les sens ne fonctionnent pas, ou même n'existent
FOL
FOL
plus; tandis que, dans les illusions , il y a une impression actuelle, réelle, produite par un objet extérieur sur l'un des organes des sens , impression qui, en raison d'un état morbide du cerveau , est mal jugée.
«Trois conditions, a dit Esquirol, sont nécessaires pour la perception d'une sensation : l'intégrité de 1 organe qui reçoit l'impression , l'intégrité du nerf qui transmet l'impression , et l'intégrité de l'instrument qui réagit sur cette même impression. Les illusions des sens reconnaissent aussi trois causes : l'altération des sens, la lésion des nerfs de transmission, ou l'état anormal du cerveau» ( ouvr. cit., 1. 1, p. 204).
On a vivement critiqué cette proposition, et l'on a prétendu que les illusions ne reconnaissaient jamais d'autre cause que l'état anormal du cerveau. Nous concédons volontiers ce point, mais nous ne trouvons pas là un motif suffisant pour considérer les hallucinations et les illusions, comme des phénomènes de nature identique. Dans les unes comme dans les autres Terreur est due à une opération du cerveau , de l'intelligence : mais, dans les premières, le cerveau agit seul; dans les secondes, il n'agit que consécutivement , après qu'une sensation lui a été transmise par l'un des organes des sens. Cette sensation, dit-on, lui a été transmise régulièrement ; c'est lui qui la juge mal : nous le voulons bien ; mais , encore une fois , le cerveau n'agit que lorsqu'il a été impressionné par une impression réelle, et c'est là ce qui constitue le caractère essentiel du phénomène. Une impression réelle est la condition sine quâ non de la production des illusions ; elle n'existe jamais dans les hallucinations : dans celles-ci , l'erreur est entièrement indépendante des sens; dans celles-là, l'erreur a pour cause première une impression : elle cesse aussitôt que l'on interrompt cette impression en empêchant l'organe qui la reçoit de fonctionner.
Esquirol a distingué des illusions naissant des sens internes, et des illusions naissant des sens externes. 11 voudrait appeler les premières , illusions ganglionaires; les secondes, illusions des sens.
Cette seconde division ne doit être acceptée qu'avec restriction, et il ne nous semble pas qu'Esquirol l'ait établie sur ses véritables bas» s.
Une femme éprouve une douleur vive et continue au sommet du crâne : elle l'attribue à la présence d'un ver qui serait placé au-dessous du cuir chevelu. Voilà pour Esquirol une illusion des sens internes, «ne illusion jjanglionaire (ouvr. cit., t. i , p. 208). Pour nous, <• est tout autre chose: e'est une sensation ir|'(ulirremi ni transmise, régulièrement /xrnic et jugée, laquelle, par suile d'une eonceplion délirante, est attribuée, à une CauSê qui n'existe pas. La malade restent , juge la douleur telle qu'elle se
fait en effet sentir, elle ne se trompe que sur la nature de la cause qui la produit. Pour que cette erreur de jugement soit commise, il n'est même pas nécessaire qu'il existe un état morbide du cerveau : tous les jours on voit des personnes , jouissant de toute l'intégrité de leurs facultés, attribuer, par ignorance, par préjugé , par crédulité , les douleurs qu'elles éprouvent à des causes absurdes, impossibles.
Une femme , étant couchée sur le côté, sent battre ses artères temporales ; elle se persuade que son cerveau est liquéfié , et qu'il coule : c'est encore pour Esquirol une illusion ganglionaire. Pour nous, c'est une erreur qui peut être commise , dans l'état de raison, par une personne qui , sentant certaines pulsations , ignore qu'elle a des artères temporales dans lesquelles coule du sang, et que son cerveau ne peut se liquéfier. Chez une aliénée , ce peut être une conception délirante , provenant d'une sensation régulière.
Une aliénée pousse les hauts cris dès qu'on la touche du bout du doigt: «Vous me faites du mal, s'écrie-telle , ne me frappez pas. » Autre exemple d'illusion ganglionaire pour Esquirol {loc. cit., p. 206). Mais qui peut affirmer que , dans ce cas , la sensibilité ne soit pas exagérée , au point que la malade ressente , en effet, une vive douleur au plus léger contact?
Nous pensons , nous , que , d'après la définition qu'Esquirol lui-même a donnée des illusions, on ne peut admettre l'existence d'une illusion des sens internes , qu'autant que le malade se trompe , non sur la cause qui produit la sensation , mais sur la nature de cette sensation elle-même , c'est-à-dire qu'autant que cette sensation produit sur lui un effet autre que celui qu'elle doit produire. C'est ainsi qu'on peut attribuer à des illusions ganglionaires , l'étrange disposition qui permettait aux flagellants , aux convulsionnâmes, de trouver dans les plus affreuses tortures des sources d'ineffables délices ( voy. Boileau , Histoire des flagellants. — Carré de Montgeron , Sur les Miracles, etc., t. u, p. 49-50).
Les illusions des sens externes sont plus fréquentes et plus faciles à constater : elles peuvent se rapporter à chacun des sens.
Illusions de la vue. — Les malades attribuent aux objets qu'ils aperçoivent , une forme , un aspect tout différents de ceux qu'ils ont en réalité : l'un ramasse des cailloux qu'il croit être des caractères d'imprimerie, des diamants, des objets d'antiquité, d'histoire naturelle, etc.; l'autre prend pour des rats l'ombre projetée sur le parquet par les meubles de M chambre; celui-ci voit dans les personnes qui l'approchent , dans ses parents , dans ses amis , des inconnus ou des ennemis; pour celui-là, les nuages sont des ballons, des eorps d'année.
Illusions de l'ouïe. — Un malade entend du bruit:
FOL
FOL
il croit qu'on lui parle, et répond comme si des questions lui étaient adressées ; vous marchez avec la plus grande légèreté, il croit entendre les pas d'un grand nombre de personnes, le galop d'un cheval, etc.; vous parlez , il croit entendre l'aboiement d'un chien , le miaulement d'un chat , etc.
Illusions de V odorat. — Des odeurs agréables sont prises pour des odeurs fétides , et vice versa.
Illusions du goût. — Tantôt les malades trouvent une saveur exquise aux substances les plus repoussantes ; tantôt , au contraire , ils trouvent un mauvais goût aux aliments qu'on leur présente , et prétendent qu'on y a mêlé de la terre , du poison , etc.
Illusions du tact. — Les objets les plus unis semblent être garnis d'aspérités , de pointes , de bosselures ; la forme , la consistance des corps se montre toute différente de ce qu'elle est réellement (Esquirol , ouvr. cit., 1. 1, p. 202).
Sans être perverties, les fonctions sensoriales peuvent être exaltées, ou , au contraire, affaiblies. Tantôt tous les sens, mais principalement l'ouie et l'odorat, acquièrent chez les aliénés une finesse extrême ; ils perçoivent le bruit le plus léger, l'odeur la plus fugitive; tantôt les sens deviennent obtus , et les malades n'ont plus qu'une idée très-imparfaite des qualités physiques des corps.
G. Troubles de la sensibilité et de la motilité. — La sensibilité et la motilité peuvent être exaltées, perverties ou affaiblies.
Exaltation de la sensibilité. — Les malades deviennent excessivement impressionnables; les agents atmosphériques exercent sur eux une influence extraordinaire; une différence de quelques degrés seulement en plus ou en moins , dans la température , les fait cruellement souffrir. La sensibilité cutanée est extrême ; la douleur, qui , dans d'autres circonstances , eût été légère , devient intolérable ; souvent le plus léger contact détermine une souffrance vive : ces sensations douloureuses sont réelles, et ne doivent pas être rattachées à des illusions ; elles sont quelquefois provoquées par des impressions sensoriales : ainsi , une lumière trop vive , un bruit quelque peu intense deviennent des causes de douleur. Il est des aliénés qui restent continuellement plongés dans une profonde obscurité, parce que leurs yeux ne peuvent plus supporter , sans douleur , l'éclat du jour.
Perversion de la sensibilité. — On peut admettre que la sensibilité générale est pervertie chez les aliénés qui mangent avec avidité de la paille , de l'herbe, de la chaux, de la terre, des excréments, etc., chez ceux auxquels des impressions ordinairement douloureuses font éprouver un certain plaisir, ou auxquels , au contraire , des impressions ordinairement agréables causent de la douleur.
Affaiblissement de la sensibilité. — Les aliénés
supportent quelquefois impunément les extrêmes du froid et du chaud ; il est fréquent d'en voir qui restent pendant longtemps exposés presque nus à un froid excessif, sans en ressentir d'inconvénients. Quelques auteurs ont conclu, de faits semblables, que la faculté de supporter impunément le froid était générale aux aliénés. Esquirol s'est élevé avec raison contre cette assertion : « On n'a cessé de répéter, ditil , que les maniaques, dévorés d'une chaleur interne, pouvaient supporter le froid le plus rigoureux. Cette observation , trop généralisée, a été bien funeste aux aliénés... Il faut bien se garder de croire que tous les maniaques soient insensibles au froid. A la vérité, ils supportent une température froide plus facilement que les autres hommes , parce qu'ils font plus de mouvements , parce qu'il se dégage chez eux plus de calorique; mais il est certain qu'un froid trèsrigoureux les agite ; que pendant l'hiver, surtout à la fin des accès, les malades souffrent et meurent , si on n'a pas le soin de les garantir des rigueurs de la saison» (ouvr. cit., t. i, p. 153-155).
Souvent les aliénés paraissent avoir perdu toute sensibilité; on peut impunément les pincer, les piquer, leur faire éprouver la douleur la plus vive ; on en voit qui se mordent eux-mêmes , qui s'entament les chairs avec les doigts , avec un instrument quelconque, sans donner aucun signe de souffrance. «Je trouvai un jour un aliéné, dit M. Foville, l'index profondément introduit dans la bouche , et tellement serré entre les dents , qu'il fallut des efforts pour le retirer. Ce doigt était mordu jusqu'aux os dans plusieurs places : le malade n'en témoignait aucune douleur. » Les organes des sens participent quelquefois à cet état : il est des aliénés que la lumière la plus vive, le bruit le plus violent paraissent ne pas impressionner. Un malade , observé par M. Foville , se promenait pendant des heures entières dans une cour, les yeux constamment fixés sur le soleil : la vision n'était cependant nullement affaiblie, car, immédiatement après avoir fixé le soleil le plus ardent du mois de juillet, ce malade lisait dans un livre imprimé en caractères très-fins. Dans tous ces cas, la perte de la sensibilité n'est ni réelle ni permanente : elle n'a lieu que pendant les accès , lorsque toutes les facultés de l'aliéné sont concentrées sur un seul point ; elle cesse avec le paroxysme, et souvent même elle est alors remplacée par l'exagération de la sensibilité; le malade, que tout à l'heure on pinçait ou cautérisait sans qu'il parût s'en apercevoir , pousse maintenant des cris de douleur, alors qu'on le touche à peine.
La véritable paralysie du sentiment , chez les aliénés, accompagne toujours celle du mouvement , avec laquelle elle est en raison directe, sans toutefois jamais parvenir au même degré : lorsque celle-ci est arrivée à sa dernière période , les parties qui en sont le siège
FOL
FOL
conservent encore une sensibilité assez marquée. La paralysie du sentiment, chez les aliénés, n'offre d'ailleurs rien de particulier ; elle est plus ou moins étendue, plus ou moins prononcée, et se présente avec tous les caractères qu'on lui connaît.
Exaltation de la molilité. — Les mouvements acquièrent quelquefois , chez les aliénés , une énergie et une vigueur extraordinaires : ils sont brusques, étendus , violents , fréquents, presque continuels, surtout pendant les accès , sans toutefois cesser d'être réguliers , et plus ou moins en rapport avec les pensées et la volonté des malades. Ceux-ci marchent à grands pas , courent , gesticulent avec véhémence , crient, chantent à tue-tête, renversent, brisent tout ce qui leur tombe sous la main ; et cet état , après avoir duré un temps plus ou moins loug , cesse peu à peu , et tout rentre dans l'ordre lorsque le calme s'est rétabli dans les facultés intellectuelles. D'autres fois il a une durée fort longue : on l'a vu , lorsqu'il est en rapport avec une idée délirante prédominante , se proloDger sans interruption pendant des semaines , des mois , des années entières.
Perversion de la molilité. — Les mouvements, chez les aliénés , sont souvent irréguliers , désordonnés , indépendants de la volonté , sans relation avec le délire. Pour décrire avec ordre les différents troubles dont le système locomoteur devient alors le siège, nous adopterons en partie la division établie par M. Bayle ( ouvr. cit. , p. 51 G).
1° Agitation spasmodique. • — L'appareil locomoteur tout entier exécute sans cesse les mouvements les plus violents et les plus désordonnés. Les malades chantent , crient , vocifèrent , prononcent des mots inintelligibles, font entendre un bruit confus, inarticulé; ils s'agitent dans tous les sens, remuent la tète, la portent en avant , en arrière, lui impriment des mouvements de rotation , étendent et fléchissent les membre* , se roidissent , frappent, brisent, déchirent tous les objets qui leur tombent sous les mains. Souvent les muscles qui servent à la mastication et à la déglutition participent au désordre, et ces fonctions
deviennent difficiles, cl même impossibles. Celte agit.ili.u n'es! point toujours {;éncrale : elle peut cire
bornée à quelques parties , aux muscles de la face, i ceux d'un bras , d'une jambe : elle produit alors des lômei analogues aux convulsions névralgiques. M. Fovillea observé une aliénée, chez laquelle l'avantl\.\ . demi flécbj sut le ht as. était de temps en temps
ramené vivement vers le corps, qu'il frappait de petit! eouji> redoublé*, tandis que |a main était pendant»-.
L'agitation spasmodique des aliénés est continue ou périodique. Dans le premier cas , elle se prolonge sans interruption, depuis quelques jours jusqu'à plusieurs mois. Dans le second , elle ne dure que quelques neun s,
ou une journée tout au plus; mais elle se reproduit d'une manière régulière ou irrégulière, tantôt tous les jours, tantôt, et le plus souvent, tous les deux jours.
2° Grincements de dents. — «Ils sont quelquefois légers , et reviennent de temps en temps, à des intervalles plus ou moins longs ; d'autres fois ils sont beaucoup plus forts , plus fréquents, ou même continuels , et produisent un bruit très-fort. Dans ce cas , la plupart des muscles de la bouche sont dans un état convulsif , et lorsqu'on examine la région maxillaire, on trouve les masséters et les temporaux tendus et saillants sous la peau.*Cet état est accompagné d'une prononciation extrêmement embarrassée , et d'une grande difficulté dans la mastication et dans la déglutition» (Bayle, ouvr. cit. , p. 520).
3° Tremblements. — La tête , les membres inférieurs , et le plus ordinairement les membres supérieurs , sont agités par un léger tremblement fort incommode, bien qu'il permette aux malades de faire encore usage des parties qui en sont le siège; quelquefois ce tremblement est très-fort , les malades ne peuveut tenir un instant leurs membres en repos.
4° Convulsions. — Sous ce nom , on désigne des mouvements spasmodiques violents, non accompagnes de perle de connaissance. Les convulsions se présentent avec des formes très-variées : tantôt ce sont des flexions et des extensions alternatives et très-violentes des membres supérieurs et inférieurs; tantôt les jambes sont le siège d'un tremblement tel , que le.^ pieds, lorsque les malades sont levés, s'élèvent de terre , et tombent alternativement en frappant fortement le plancher; tantôt les membres supérieurs seulement sont agités de la manière la plus irrégulière , la tête éprouve des secousses latérales, ou d'avant en arrière, le tronc s'étend et se fléchit alternativement dans un sens ou dans un autre; tantôt, enfin, les convulsions s'étendent au système musculaire tout entier. Les convulsions durent d'une à plusieurs heures , reviennent à des intervalles plus ou moins longs; quelquefois elles sout périodiques , et affectent le type tierce.
5° Contractures. — Un ou plusieurs membres , la tète elle-même , sont le siège de flexions spasmodiques permanentes. La cuisse est fléchie sur le bassin, la jambe sur la cuisse, l'avant-bras sur le bras , la main sur l'axant-bras ; la tèle est inclinée eu avant, ou sur le côté; on sent les muscles fléchisseurs tendus , roides ci saillants ; si l'on veut ramener les parties à leur position naturelle , pu éprouve une grande résistance , qu'on ue peut vaincre que par des cl forts Irèsdouloureux pour les malades , et qui quelquefois
même demeurent inutiles.
6° Extensions tétaniques. — Ce sont des phénomènes entièrement semblables aux précédents, à l'ex-
FOL
FOL
ception que la contraction spasmodique , au lieu d'occuper les fléchisseurs, porte sur les extenseurs; les parties, au lieu d'être fléchies, sont fortement étendues , et présentent une rigidité extrême. Getétat peut s'étendre à tout le système musculaire , et alors on dirait un véritable tétanos.
Les différents phénomènes que nous venons de décrire peuvent se trouver réunis sur le même individu : «Il n'est pas rare, dit Bayle, de voir le même malade avoir des grincements de dents, des convulsions dans un des côtés du corps , le membre supérieur du côté opposé fléchi spasmodiquement,et le membre inférieur roide et étendu ; d'autres fois la tête et les membres supérieurs éprouvent des tremblements , tandis que les membres inférieurs sont dans un état de rigidité et d'immobilité complète ; on remarque assez souvent aussi une flexion du bras et de l'avant-bras, de la cuisse et de la jambe , accompagnée d'une extension de la main et du pied» ( ouvr. cit. , p. 523 ).
7° Attaques convulsives. — Les malades éprouvent tout à coup une perte plus ou moins complète de connaissance, et sont pris de tremblements qui se font sentir dans tout le corps, ou seulement dans un membre où dans la tête. Au bout d'un temps qui varie de quelques minutes à plusieurs heures, tous les symptômes cessent; quelquefois cependant , ou les convulsions se prolongent pendant plus ou moins de temps après que la perte de connaissance s'est dissipée, ou bien au contraire celle-ci persiste , tandis que les spasmes n'existent plus.
8° Attaques èpilepti formes* — Les malades tombent tout à coup, perdent complètement connaissance , et sont pris de secousses convulsives du tronc, de la tête et des membres. Ces secousses consistent en une alternative de flexions et d'extensions convulsives de tout le corps, courtes , fortes et saccadées. La durée des attaques varie depuis une jusqu'à dix minutes et plus ; quelquefois le sentiment revient aussitôt que les convulsions ont cessé ; d'autres fois , les malades restent plongés dans un état comateux pendant plusieurs heures , ou même pendant plusieurs jours. Ordinairement, aucuns symptômes précurseurs ne viennent annoncer l'invasion des attaques ; quelquefois , cependant , les malades éprouvent quelques heures, ou même un jour auparavant, de l'embarras dans la parole, dans la marche, etc. Bayle a vu un aliéné chez lequel les attaques étaient précédées d'une aura qui partait de la jambe et de la main droite, et se portait à la tête.
Ces phénomènes ont l'analogie la plus parfaite avec les attaques épileptiques proprement dites , et dans la plupart des cas où ils se manifestent, l'on doit admettre que l'aliénation est compliquée d'épilepsie.
Les forces musculaires sont considérablement augmentées, dans tous les troubles de l'appareil locomoteur que nous venons de décrire, à moins que ceux-ci ne soient accompagnés de la perte du sentiment. «On a vu des malades, dit Esquirol , supporter les poids les plus lourds , briser les liens les plus forts, et renverser plusieurs hommes qui cherchaient à les contenir... On en a vu passer plusieurs jours sans manger ni boire, et conserver toute leur énergie mueculaire. »
Affaiblissement de la motilité. — Paralysie
Paralysie des aliénés. — Paralysie incomplète des aliénés. — Paralysie générale des aliénés.
Les affections cérébrales qui viennent souvent compliquer l'aliénation mentale, exercent sur la motilité une influence qui n'offre rien de particulier, et que nous ne ferons qu'indiquer ici. Ainsi, lorsqu'il survient chez un aliéné une hémorrhagie cérébrale, un épanchement abondant dans les méninges ou les ventricules, un ramollissement aigu, etc., on observe dans les mouvements les troubles qu'y apportent ordinairement ces lésions , et dont l'étude ne se rattache pas à celle de la folie. Nous ne nous occuperons donc pas ici des différentes paralysies qui sont déterminées chez les aliénés par des complications , et nous ne décrirons que cette espèce particulière de paralysie, qui a reçu le nom de paralysie générale des aliénés, et qu'on doit regarder comme propre à l'aliénation mentale.
Pour ne pas être obligés de revenir plus loin sur la marche de la paralysie générale des aliénés , et pour bien faire connaître les caractères qui lui appartiennent,"nous allons étudier les phénomènes qui la constituent dans leur ordre le plus ordinaire de développement.
Les premiers signes par lesquels se manifeste la paralysie générale des aliénés sont habituellement fugaces, légers, et peuvent être facilement méconnus. La langue est, dans la plupart des cas, la première partie affectée; mais ce n'est que par une grande habitude que l'on reconnaît, dès le début, l'existence et l'importance des troubles qui existent dans ses fonctions, tellement ceux-ci sont peu prononcés. Tantôt il n'existe qu'une espèce de gêne qui oblige les malades à faire quelques efforts en parlant ; la voix n'est pas articulée aussi nettement , les paroles se font attendre : tantôt on observe un peu de lenteur, de difficulté dans la prononciation de certains mots, de certaines syllabes, de certaines lettres ; de l'hésitation , un bredouillement, un bégayement comparable à celui de l'ivresse. La difficulté de la prononciation porte surtout sur les finales des mots. Dans cet état, si on dit au sujet de tirer la langue, on n'observe pas habituellement de déviation notable ; la bouche , les
FOL
FOL
traits de la face, conservent leur rectitude naturelle ; quelquefois, cependant, il existe un léger strabisme.
Dans quelques cas , assez rares toutefois , tandis que la langue présente dans ses fonctions les désordres que nous venons de décrire, les membres inférieurs restent parfaitement intacts , ou exécutent même des mouvements plus énergiques qu'auparavant : «On observe quelquefois , dit M. Foville , au début de la paralysie générale, un besoin irrésistible d'agir. Un de mes malades , lorsqu'il a commencé à être attaqué de cette complication , ne pouvait rester en place ; il marchait du matin au soir avec une extrême rapidité. » Il ne faut pas cependant s'en laisser imposer par ces phénomènes, qui ne représentent pas toujours l'état du malade. 11 arrive que des aliénés font des courses rapides , frappent avec force la terre de leurs pieds ; mais, une minute après, dans un moment où ils sont tranquilles, ils tombent sur leurs talons. Un malade pouvait parcourir un espace de 100 toises avec une extrême rapidité; arrivé au terme, on le priait de revenir pas à pas, aussitôt il chancelait , et quelquefois tombait à la renverse.
Le plus communément les jambes sont intéressées en même temps que la langue. On observe une espèce de difficulté dans la marche; le malade paraît avoir les membres un peu roides; il se tient mal sur ses jambes , il les écarte , il ne marche pas droit , se dévie de son chemin, fait souvent des faux pas; s'il veut marcher vite , il est obligé de recourir à une succession d'élans qui donnent à la progression un air chancelant et cadencé ; s'il veut sauter , danser, il n'y a pas de rapports entre les résultats qu'il obtient et les efforts qu'il fait. Les mouvements sont faibles, mal assurés, confus , incertains. Ordinairement la faiblesse est égale dans les deux jambes ; quelquefois , cependant, une jambe semble être moins forte que l'autre , et le malade biaise en marchant.
Les membres supérieurs , chose remarquable , conservent leur force et leur mobilité, tandis que les jambes sont ainsi affectées ; la démarche est déjà trèsvacillante, que les mains paraissent encore être respectées par la paralysie. « Son t-elles réellementépargnées ? dit M. Calmeil ( De la Paralysie t considérée chez les aliénés ; Paris, 1820 , p. 14). 11 est à croire que si les bras étaient obligés de soutenir , comme le font les jambes, tout le poids du corps , on apercevrait de meilleure heure les premiers indices de la faiblesse qui finit par les atteindre; en effet, qu'on examine le paralytique au lit, quand il est couché sur e dos, quand ses membres pelviens n'ont pins à supporte! le tronc, il leur imprime tons les mouvements
qu'on exifje de lui , <:t n-s mouvements diffèrent
peu, pour rétendue, de ceux des membres thoraciques.»
Les muscles du dos, de la poitrine , les sphincters, sont respectés; et si quelques malades, dès le début de la paralysie générale , lâchent involontairement l'urine et les matières fécales, il faut, selon M. Galmeil, l'attribuer plutôt aux désordres de l'intelligence qu'à la paralysie.
Les symptômes que nous venons d'énumérer constituent le premier degré de la paralysie générale des aliénés.
Dans le deuxième degré , la prononciation est plus difficile , et nécessite la contraction de tous les muscles de la face. Le malade se reprend à plusieurs reprises pour certaines désinences ; il n'articule qu'après de grands efforts , et il faut, pour ainsi dire, deviner ce qu'il veut exprimer. «Quand l'aliéné est assis, et qu'on l'engage à marcher, il appuie les mains sur les côtés de la chaise , ou sur les bras de son fauteuil , et se soulève lentement : une fois debout , il ne s'élance pas sur-le-champ et avec assurance , mais , semblable à un enfant qui mesure ses premiers pas , on le voit chanceler, pencher à droite, à gauche; enfin il se hasarde et parcourt plus ou moins d'étendue, suivant la force qui lui reste» (Calmeil, ouvr. cit., p. 46).
Dans la progression , le malade vacille, fait à chaque instant des faux pas; ses genoux plient quelquefois tout à coup ; bientôt il ne peut plus se soutenir qu'à l'aide d'un bâton , ou en s'appuyant sur les meubles ou sur les mains ; lorsqu'on l'abandonne à lui-même, il chancelle et tombe.
Dans les membres supérieurs , la force des mouvements n'est pas encore diminuée; mais la précision n'est plus la même. «Si on demande à un de ces malades de serrer quelque objet, il le serre avec force ; mais s'il veut exécuter un travail un peu délicat , tailler une plume , enfiler une aiguille , il n'en viendra pas à bout ; il pourra même à peine boutonner ses vêtements. » Quelquefois , cependant , les bras sont roides, et n'atteignent qu'avec effort le sommet de la tête.
Les muscles du cou, de la poitrine, de l'abdomen, sont affaiblis ; la tête vacille au moindre mouvement, est penchée vers l'un ou l'autre côté; le menton tend à s'incliner sur la poitrine; les épaules s'affaissent, se voûtent, ne sont plus au même niveau ; le corps est mal en équilibre sur le bassin ; la vessie et le rectum sont quelquefois en partie paralysés.
Au troisième degré , tous les symptômes acquièrent une grande intensité : la prononciation est presque impossible; les malades n'articulent que des sons vagues , confus, dépourvus de sens; les traits de la face sont affaissés, les paupières sont à moitié fermées, les mâchoires écartées, les lèvres pendantes. Le malade ne peut plus se tenir debout; il retombe
FOL
FOL
pesamment dès qu'il essaye de se lever ; la progression est impossible. Plus tard , alors même qu'il est assis ou couché, l'aliéné ne peut plus ni soulever ni étendre les jambes : les membres supérieurs conservent toujours une plus grande liberté d'action que les membres pelviens, mais ils n'en sont pas moins presque complètement paralysés.
La paralysie s'étend quelquefois aux muscles qui servent à la déglutition : les aliments solides ne pouvant plus être poussés dans l'estomac, s'amassent dans l'œsophage, et compriment le larynx. «L'asphyxie est alors imminente, et tel aliéné paralytique qui était agonisant est rendu à la vie dès qu'on a débarrassé l'arrière-bouche et l'œsophage des substances qui n'étaient pas ingérées» (Esquirol,ouvr.cit., t.n, p. 279).
Le rectum se paralyse , et l'on observe, soit une incontinence des matières fécales , soit une constipation opiniâtre. Les matières , dit Esquirol , séjournent quelquefois pendant viugt ou trente jours sans que les malades se plaignent, et peuvent déterminer des accidents très-graves : il y a incontinence ou rétention d'urine , ou bien encore ce liquide s'écoule par regorgement.
Tels sont les caractères de la paralysie propre aux aliénés, la seule dont nous ayions dû nous occuper ici. Nous établirons plus loin (voy. Diagnostic) les signes à l'aide desquels on peut la distinguer de la paralysie produite par les différentes lésions encéphaliques qui viennent compliquer l'aliénation mentale.
D. Troubles de la circulation et de la respiration. — On a répété , et l'on répète encore tous les jours, que la folie est une affection apjrétique. On a considéré ce caractère comme essentiel , et on lui a attribué une si grande importance , qu'on l'a exprimé dans presque toutes les définitions qui ont été données de l'aliénation, et qu'on l'a fait servir, pour ainsi dire, de base au diagnostic différentiel de cette maladie. Quel est cependant l'état du pouls chez les aliénés?
Il existe un état fébrile bien prononcé dans presque tous les cas où la folie suit une marche aiguë : le pouls est presque constamment accéléré , dans la folie chronique, pendant les accès , lorsque les malades sont agités , dominés par une idée délirante , excitante, par une passion violente , par la fureur. En est-il de même habituellement pendant les moments de calme? En envisageant la folie d'une manière générale, abstraction faite de ses différentes formes, et en comptant les pulsations artérielles le matin, dans les jours de repos , Rush a trouvé le pouls accéléré chez les sept-huitièmes de ses malades. M. Foville, en observant le pouls sur soixante-deux malades pris au hasard , a trouvé pour moyenne 84 pulsations par minute. MM. Leuret et Mitivié, après avoir compté le
pouls pendant vingt-huit jours chez quatre-vingtneuf aliénés , ont obtenu une moyenne de 82 pulsations par minute. Suivant ces derniers auteurs , la fréquence du pouls varie dans les différentes espèces d'aliénation (voy. Formes de la folie). Mais dans celle où la fréquence du pouls leur a semblé être la moins considérable, la moyenne a encore été de 76 pulsations par minute (Leuret et Mitivié , De la fréquence du pouls chez les aliénés; Paris, 1832, p. 7 et 8).
La température exercerait une influence assez marquée sur le pouls. MM. Leuret et Mitivié ont trouvé une fréquence plus grande en été qu'en hiver ; ils ont encore compté un nombre plus considérable de pulsations chez les vieillards que chez les jeunes gens ou les adultes, chez les malades maigres et faibles que chez les malades forts et robustes.
On peut donc dire qu'en général le pouls est accéléré chez les aliénés : il est cependant des malades chez lesquels on observe une diminution sensible dans le nombre des pulsations artérielles ; chacune d'elles, grande et fortç, est séparée des autres par un intervalle considérable.
En raison des altérations que l'on rencontre si souvent dans le cœur des aliénés ( voy. pag. 136), l'exploration de cet organe fournit des signes importants : tantôt l'impulsion est considérablement augmentée ; tantôt les battements sont faibles , presque insensibles à l'oreille et au toucher ; tantôt ils sont tumultueux, irréguliers; tantôt on perçoit des modifications dans les bruits normaux; tantôt on entend des bruits anormaux. Tous ces symptômes varient , comme on le pense bien, avec la nature de l'affection cardiaque.
Nous avons vu (pag. 135) que les altérations de la plèvre et du poumon étaient également très-fréquentes dans la folie : l'examen de la poitrine des aliénés fait donc reconnaître souvent des symptômes qui sont en rapport avec celle de ces altérations qui existe chez le sujet que l'on observe.
E. Troubles de la digestion. — Les troubles des fonctions digestives sont généralement peu prononcées dans la folie , à moins de complications du côté des organes abdominaux. Quelquefois il existe de l'anorexie , la langue est blanche, la bouche pâteuse; mais ordinairement l'appétit se conserve, et les digestions restent bonnes. Dans d'autres cas, l'appétit est considérablement augmenté ; les malades mangent avec une voracité extraordinaire, et deviennent, pour ainsi dire, insatiables. Assez souvent on observe de la constipation ; celle-ci, comme nous l'avons dit, devient parfois opiniâtre lorsque le rectum est paralysé : dans ce cas, les digestions finissent par s'altérer , et les malades tombent dans l'amaigrissement et le marasme; d'autres fois les déjections alvines sont
FOL
FOL
involontaires. Quelques aliénas sont atteints d'une salivation habituelle et abondante, qui exerce une fâcheuse influence sur les fonctions de l'estomac. Des affectious gastro-intestinales peuvent être produites par certaines variétés du délire considéré en luimême : ainsi elles sont fréquentes chez les aliénés qui , dans la crainte d'être empoisonnés, ou par suite d'une conception délirante quelconque, se condamnent à une abstinence prolongée et presque complète, chez ceux qui avalent de la chaux , du plâtre, des substances exerçant un effet nuisible sur le tube digestif.
F. Phénomènes accessoires. — Parmi les symptômes accessoires de la folie se place en première ligne l'insomnie : celle-ci est quelquefois tellement opiniâtre, qu'on a vu des malades passer sans dormir des mois entiers, et même des années, au dire de quelques auteurs. 11 est , toutefois, des aliénés qui sont plongés dans un sommeil presque continuel, duquel on a beaucoup de peine à les arracher. Presque tous les aliénés éprouvent, d'une manière plus ou moins continue , de violentes céphalalgies. Les douleurs peuvent occuper tous les points du crâne : elles sont quelquefois périodiques.
L'habitude extérieure d'un aliéné offre presque constamment quelques caractères particuliers et remarquables, mais ceux-ci varient avec la forme symptomatique de l'aliénation. La face présente l'expression de la passion dominante, de la conception délirante principale , et finit par conserver , d'une manière permanente , l'empreinte qui d'abord ne lui était donnée que pendant les accès. Tantôt elle est animée , rouge, expressive, les yeux sont brillants ; tantôt elle est pâle , livide , sans expression, les yeux sont ternes, hébétés; tantôt elle est contractée , grippée, contournée, les yeux sont égarés. La conjonctive est ordinairement fortement injectée , la conque des oreilles est souvent d'un rouge intense; la coloration des joues n'est pas dans un rapport constant avec celle de ces deux parties: elles peuvent être d'un rouge écarlate , ou pâles et livides , avec le même degré d'injection de la conjonctive et de la conque de l'oreille (Foville).
La p» m cgi ordinairement chaude, sèche ou huiiiidr | la chaleur de la peau du front coïncide souvent avec le froid des extrémités.
La voix est souvent rauque , ce qui tient, à l'habitude presque générale qu'on! les aliénés de vociférer, de crier . de en uiter en plein aie i souvent pendant des journées enl ■
Il <• | des aliénés ehr/ lesquels te tissu adipeux prend un développement extraordinaire \ tous les
mufles , la plupart des viscères, §00! entoures d'une grande quantité de graisse; ce( étal d'obésité peut devenir monstrueux. ««La peau esl séparée des mus-
cles par une couche adipeuse générale, qui a quelquefois jusqu'à deux pouces d'épaisseur sur les parois du ventre ; les viscères thoraciques et abdominaux sont comme noyés dans des masses graisseuses énormes» (Bayle, ouvr. cit., p. 480).
Formes de la folie. — Nous venons d'étudier isolément tous les symptômes qui peuvent se manifester dans la folie; il nous reste maintenant à indiquer l'ordre dans lequel ils se succèdent, et les différentes manières dont ils s'enchaînent les uns aux autres , afin de tracer un tableau complet de la maladie. Mais parmi les symptômes de la folie , considérée en général, il eu est qui s'excluent réciproquement ; il en est qui obéissent à des lois d'association à peu près constantes ; il en est qui , tantôt demeurent complètement isolés , et tantôt se réunissent à d'autres manifestations morbides. Pour faire connaître complètement et convenablement les différents caractères sous lesquels peut se présenter l'aliénation mentale, il est nécessaire de tenir compte de ces circonstances : à cet effet , après avoir décrit isolément tous les symptômes de la folie , nous allons maintenant considérer les groupes que forment ces symptômes en se combinant entre eux. 11 nous restera à considérer ensuite comment, à leur tour, ces groupes se comportent les uns par rapport aux autres, et comment il faut les envisager dans leur ensemble, ou en particulier.
Sur quelle base doit-on établir la distinction des groupes que forment les symptômes de l'aliénation mentale? M. Foville, se fondant sur ce que trois ordres de phénomènes, sensations, combinaisons intellectuelles, mouvements, se succèdent dans l'action du système nerveux , et sur ce que trois ordres de symptômes exactement correspondants se montrent isolés ou réunis dans les maladies mentales , a suivi à cet égard une marche que nous avons déjà indiquée en partie (voy. p. 127). 11 a décrit , dans une première division : \ aliénation caractérisée exclusivement par des désordres intellectuels , moraux ou affectifs; dans une seconde division : la folie oll le délire est compliqué de désordres dans les perceptions ; et enfin dans une troisième division : la folie oh le délire est compliqué de désordres musculaires. On peut opposer à ce plan plusieurs objections, et la plus grave est celle que M. Foville a présentée lui-même. «On objectera peut-être, dit-il, que, dans celte distribution des maladies mentales, des cas différents se trouvent rapprochés, et des cas analogues éloignés les uns des autres.» Cet ordre serait certainement le
•illeur s'il reposait sur une base anatomique ou
nu
physiologique ; mais il n'en est pas ainsi, et ce
n'est encore ici, M. Foville en conviendra sans peine,
car la lauleen esl , non à lui, mais à la science ;ce
FOL
FOL
n'est encore ici , disons-nous , qu'une division fondée sur la symptomatologie. Nous l'avons déjà énoncé , dans l'état actuel des choses , on ne peut établir de distinctions que relativement aux manifestations extérieures de la folie , et dès lors il faut choisir parmi ces manifestations celles qui occupent le premier rang. M. Foville reconnaît que «les désordres intellectuels sont les plus constants, les seuls vraiment essentiels des maladies mentales. » Gomment dès lors ne pas fonder sur les différences capitales qu'ils présentent, dans certains cas , la distribution des maladies mentales ? Nous avons proclamé , avec M. Foville , qu'on ne pouvait considérer les variétés du délire comme des espèces différentes de maladies; mais il nous semble évident que si l'on veut distinguer dans la folie plusieurs/orme^ symptomatiques , on ne peut le faire qu'en se fondant sur ces variétés.
Un monomaniaque, aliéné déjà depuis quelque temps , a tout à coup des illusions ou des hallucinations (M. Foville comprend ces dernières dans les désordres des perceptions); au bout de quelques jours , ces phénomènes cessent et ne reparaissent plus. Dans laquelle de ses divisions M. Foville placera-t-il ce malade? A moins de n'appeler désordres musculaires que la paralysie générale 3 à laquelle nous attachons , comme on le verra , une valeur toute particulière, M. Foville serait dans le même embarras à l'égard d'un maniaque qui aurait éprouvé quelques mouvements convulsifs, ou même une paralysie partielle passagère.
Pour nous , c'est sur les variétés du délire que repose essentiellement la distinction que l'on doit établir dans les manifestations symptomatiques de la folie ; la monomanie, la manie et la démence, sont , comme on a déjà pu l'entrevoir, trois états essentiellement distincts , et Ton ne peut , sous prétexte de s'étayer sur une base physiologique qui n'a ici aucune valeur , leur accorder moins d'importance qu'à des phénomènes inconstants , irréguliers , se manifestant également dans les cas où les désordres intellectuels, les seuls vraiment essentiels , sont les plus différents.
C'est donc en ayant égard aux différences qu'offrent, dans la folie, les troubles intellectuels, cfue nous distinguerons ici : 1° les hallucinations ; 2° la monomanie ; 3° la manie ; 4° la démence simple. Pour nous conformer à l'usage, et sous le bénéfice des restrictions que nous avons déjà formulées ( voy. p. 127 ), nous décrirons encore 5° la démence avec paralysie générale , qui offre des caractères qui lui appartiennent exclusivement , et sur lesquels nous nous expliquerons plus loin (voy. Nature).
Après avoir décrit ces cinq états différents, nous
chercherons à démontrer qu'ils constituent véritablement cinq formes distinctes de la folie; puis nous chercherons à déterminer les rapports dans lesquels se trouvent ces formes , les unes par rapport aux autres.
1° Hallucinations. — « Les hallucinations , avons-nous dit (pag. 155 ) , sont ordinairement relatives aux occupations du corps et de l'esprit auxquelles se livrait l'halluciné. » 11 faut ajouter qu'elles ne se manifestent ordinairement que chez des sujets fortement préoccupés par une idée , par une passion. Le philosophe , plongé dans la méditation des lois qui régissent le monde et des mystères de la théologie ; le savant, absorbé par les abstractions mathématiques, par l'étude des sciences naturelles, etc.; l'industriel, dont le sort dépend du succès d'une spéculation , d'une entreprise ; l'artiste , dont la gloire est attachée à son œuvre ; l'homme en proie à un violent chagrin , à l'amour, à la passion du jeu : tels sont habituellement les sujets chez lesquels les sentiments et les idées se matérialisent et se transforment en véritables sensations externes. Bans ces différents cas, les hallucinations sont annoncées par des phénomènes intellectuels et moraux plus ou moins caractérisés. L'activité du système nerveux s'accroît et se pervertit, le sujet est irritable, toutes les impressions agissent sur lui avec une force extrême ; il est plus que jamais dominé par le sujet habituel de ses préoccupations. D'autres fois , les hallucinations, soit qu'elles soient produites par une cause qui a ébranlé le cerveau (voy. pag. 155) , soit qu'elles se manifestent sous l'influence d'une cause qui nous échappe , apparaissent tout à coup.
Ordinairement le malade n'éprouve d'abord que des hallucinations de la vue ou de l'ouïe , et celles-ci ne se rapportent qu'à l'objet de sa préoccupation ( monomanie sensoriale ) ; il a la conscience de la nature morbide des phénomènes qu'il éprouve, ou s'il croit à la réalité de ses sensation , il ne leur subordonne point ses actes. Les hallucinations n'ont lieu que la nuit. Toutes les fonctions s'accomplissent parfaitement ; les facultés intellectuelles sont dans un état d'intégrité parfaite ; la sensibilité , la motilité restent intactes.
Cet état, qui peut se prolonger pendant longtemps , n'altère en rien la santé générale, et diffère' en réalité fort peu de l'état de raison. «Cette forme du délire , dit M. Lélut ( Rech. des analogies de la folie et de la raison, p. 342), est quelquefois tellement isolée , et elle a si peu d'influence sur les déterminations, que , dans les cas de ce genre , elle ne semble point incompatible avec le libre exercice de la raison. »
Au bout d'un temps plus ou moins long, par l'effet de la répétition des phénomènes morbides et de
FOL
FOL
la continuation de l'état cérébral qui leur donne lieu , les hallucinations affectent plusieurs ou même tous les sens : elles se généralisent, deviennent nombreuses, variées , confuses , folles par elles-mêmes , se rapportent à toutes sortes d'objets (manie sensorielle ) ; le malade croit à la réalité de ses sensations , et leur subordonne ses actes ( voy. p. 153- 155).
Leshallucinations reviennent irrégulièrement aussi bien le jour que la nuit ; souvent elles sont accompagnées d'illusions (voy. pag. 164). Les facultés, pour tout ce qui ne se rattache pas aux fausses sensations , restent parfaitement intactes : aucuns désordres n'existent dans les mouvements , dans les fonctions digestives. Suivant MM. Leuret et Mitivié (mém. cité, p. 68), cette forme de délire serait celle dans laquelle la circulation présenterait les troubles les plus marqués : sur cinquante hallucinés, ces médecins ont constaté, en explorant le pouls , une moyenne de quatre-vingt-quinze pulsations par minute.
2° Monomanie. — Comme les hallucinations , la monomanie est annoncée par des prodromes ou débute brusquement. «En général , dit M. Galmeil ( Dict. de mcil., t. ix, pag. 154), le délire partiel couve, pour ainsi dire, plus ou moins longtemps déguisé à moitié , et demeure quelquefois caché pendant un certain nombre d'années.» Dans ce cas, on observe un changement remarquable dans le caractère, les goûts , les affections du malade : il néglige ses affaires , "il ne juge plus comme tout le monde des impressions, des avantages et des inconvénients des choses de la vie ; il n'obéit plus aux convenances sociales , et se crée une existence à part; il accorde une importance exagérée à certains faits, à certaines idées; il est bizarre, original. Enfin, un événement , une circonstance imprévue , occasionne un dernier ébranlement dans le système nerveux , et le délire éclate. D'autres fois la maladie se manifeste brusquement sous l'influence d'une cause déterminante.
Pendant les premiers temps de la maladie, la peau Ml chaude, brûlante, L'haleine fétide, la langue rouge , le ventre tendu, la constipation opiniâtre , l'urine rare, épaisse, le pouls accéléré. Suivant M.M. Leuret et >liti\ie. la moiiomanie doit être placée en troisième ligne parmi lef différentes formes de la Folie, relativement à la Fréquence <lu pouls, la moyenne <!• pulsations étant <!<• 84 par minuta toc, cit. ■ Lorsque !<• délire persiste , tous ees symptômes disparaissent ordinairement su bout de quelques jours , et l.i maladie peut sJon se prolonger pendant un grand nombre d'années sans que il santé générale son en rien troublée.
Connue nous l'avons <lit . li monofflanie est rai-
sonnante ou instinctive. La première détermine des actes qui sont la conséquence dîme association d'idées ; le malade ne déraisonne point , ses idées conservent leurs liaisons naturelles , ses raisonnements sont logiques , ses discours sont suivis , souvent vifs et spirituels : mais ses actions sont contraires à ses affections , à ses intérêts , aux usages sociaux, à ses habitudes , et à celles des personnes avec lesquelles il vit; cependant il n'agit jamais que par des motifs qu'il fait valoir pour se justifier : «On peut dire de ces monomaniaques , dit M. Esquirol , que ce sont des fous raisonnables... Par leur maintien , par leurs discours , ces malades en imposent d'ailleurs aux personnes qui ne les connaissaient point avant leur maladie, ou qui ne les voient que momentanément, tant ils savent se contenir et dissimuler »( ouvr. cit. , t. ir, p. 50). Dans la monomanie instinctive, les actes sont automatiques , ils ne sont précédés par aucun raisonnement; la raison peut même conserver toute son activité; elle peut même abhorrer l'acte que l'instinct commande, et pourtant elle ne peut s'y opposer ; souvent même elle est forcée de le favoriser, en suggérant les moyens de l'accomplir (Marc , ouvr. cit., t. i ,p. 245).
Dans l'un comme dans l'autre cas , le délire est partiel ; il n'est pas exactement circonscrit à un seul objet , à une seule idée , à un seul sentiment : il est des moments où tous les actes du malade témoignent d'un trouble dans l'intelligence , où il existe une véritable manie ; mais il est vrai de dire cependant qu'en général le monomaniaque montre une raison parfaite pour tout ce qui ne se rattache pas plus qu moins directement à la série d'idées sur laquelle s'exerce sa folie (voy. p. 144).
Le délire monomaniaque est habituellement continu , en présentant toutefois des paroxysmes irréguliers; d'autres fois il est irrégulièrement intermillent ou périodique. Dans les intervalles qui séparent les accès , le malade raisonne sainement sur tout ce qu'il a éprouvé , imaginé , senti , et se croit désormais à l'abri des phénomènes qui ont troublé sa raison.
Des hallucinations, des illusions , ordinairement en rapport avec l'objet du délire , viennent souvent tourmenter le monomaniaque.
On peut observer dans la monomanie presque tous les troubles que nous avons décrits plus haut , et qui sont relatifs aux facultés affectives, aux passions, aux facultés morales ( voy. p. 159-102), à la sensibilité , à la motilité (voy. p. 165-167) : les sens acquièrent souvent une grande finesse de perception; mais iei , on ne saurait plus considérer la monomanie dune manière générale, il faut tenir compte de ses différente! variétés.
Dans les lypcmanies ( religieuse, erotique), dans la
FOL
FOL
démonoinanie , dans l'autochirie , dans certaines monomanies homicides, les facultés affectives sont en partie anéanties ; la tristesse , la crainte , la haine, la colère , la fureur, agitent tour à tour les malades : «La fureur des monomaniaques est d'autant plus à craindre , dit M. Galmeil, qu'elle se manifeste comme par impulsion , qu'elle est soulevée par des motifs qui agissent puissamment sur l'esprit des malades, et qu'elle éclate presque toujours avant d'avoir été prévue. »
La sensibilité est exaltée ou concentrée sur un seul point : les mouvements sont presque nuls ou convulsifs , les attaques épileptiques sont fréquentes , l'appétit est nul ou dépravé, l'haleine fétide, la constipation opiniâtre ; les malades refusent souvent de manger, et tombent dans le marasme ; la peau est aride , sèche , comme tannée ; les yeux sont caves , sans expression , ou hagards ; la face est pâle , le sommeil presque nul, et toujours inquiet , troublé par des visions ; les pieds et les mains sont glacés.
Dans Paménomanie , dans la monomanie d'orgueil , les mouvements sont vifs , précipités , étendus ; le malades sont loquaces , expansifs ; l'appétit est souvent transformé en voracité, et l'estomac digère sans difficulté l'énorme quantité d'aliments que dévorent les aliénés ; la face est bouffie , colorée; les yeux sont animés, tous les traits expriment le contentement, la joie; l'aménomanie s'accompagne toutefois assez souvent de paralysie. Nous nous expliquerons plus loin sur ce fait.
Nous ne reviendrons pas sur les caractères qui appartiennent à chacune des variétés du délire partiel : nous les avons déjà indiqués ( voy. p. 146-152 ) ; disons seulement qu'en général , dans la monomanie , on n'observe aucuns désordres , ni dans la motilité , ni dans la sensibilité , ni dans les différentes fonctions; il n'en est autrement que lorsque la nature de l'idée délirante provoque ces désordres par ellemême : ainsi le théomane altère souvent sa santé par le jeûne, par les veilles , par les pénitences qu'il s'impose. Chez le monomaniaque furieux , le désordre des mouvements finit par donner lieu à des attaques convulsives , épileptiformes , etc.
Les monomanies peuvent se compliquer entre elles : « Toutefois , dit Marc , il y aura constamment une idée dominante , primitive; les autres idées , ainsi que les déterminations qui s'y rattachent, ne seront qu'accessoires.» Ainsi la monomanie suicide est souvent le résultat de la lypémanie ; la monomanie homicide peut être produite par la monomanie religieuse , etc.
3° Manie. — Plus souvent qu'aucune autre forme de la folie, la manie se déclare sans avoir été annoncée par aucun phénomène précurseur; cependant les cas de ce genre sont encore peu nombreux. La plupart des
maniaques se font remarquer depuis l'enfance par la bizarrerie de leurs inclinations, la pétulance de leur caractère, la fougue de l'imagination ; plusieurs avaient habituellement le sommeil court, inquiet, étaient sujets à la colère , à des accès de migraine : six mois , deux mois, quelques semaines, avant de tomber totalement dans le délire, les malades éprouvent une surexcitation des organes génitaux ; ils parlent avec plus d'aisance , de volubilité, que de coutume ; ils marchent beaucoup sans accuser de fatigue , l'air qu'ils respirent leur fait éprouver un sentiment de délice , les émotions sont poussées jusqu'à l'attendrissement, les dépenses se multiplient sans raison , le sujet se perd dans les spéculations, les projets de fortune, de voyages ; il s'irrite pour une contrariété légère (Galmeil, Dict. de médecine, t. xix , p. 132). Il survient de l'agitation , des terreurs paniques, des inquiétudes vagues , un état constant d'insomnie. « Quelques heures , quelques jours , quelques mois , avant l'explosion de la manie , dit Esquirol , il est des individus qui sont hypochondriaques , profondément mélancoliques ; il en est qui tombent dans une stupeur profonde , paraissent privés de tout sentiment , de toute idée ; ils sont sans mouvement, ils restent où on les pose; il faut les habiller, porter les aliments à leur bouche ; les traits de la face sont crispés , les yeux rouges et brillants. Tout à coup la manie éclate avec tout son délire, avec toute son agitation» ( ouvr. cit. , t. h, p. 146 ); il est d'autres individus qui éprouvent un grand bien-être, un contentement , une joie inexprimables.
Très-fréquemment la maladie est précédée de congestion cérébrale , de céphalalgies très-douloureuses. ?ïne\(Traité sur Valién. mentale, p. 142)a accordé une importance toute particulière aux symptômes abdominaux qui précèdent la manie ou accompagnent son début , et qui sont caractérisés par un sentiment de constriction dans le ventre, un appétit vorace , ou un dégoût marqué pour les aliments, une constipation opiniâtre , des douleurs intestinales : «Il semble , dit Pinel , que le siège primitif de la manie est dans la région de l'estomac et des intestins , et que c'est de ce centre que se propage, comme par une espèce d'irradiation , le trouble de l'entendement.» Nous reviendrons sur cette opinion ( voy. Nature ). Esquirol a vu des manies dont l'invasion avait été signalée par une fièvre gastrique, une fièvre typhoïde , une phlegmasie , des convulsions , des attaques épileptiques.
C'est dans la manie que se trouvent réunis en plus grand nombre , combinés des manières les plus différentes , tous les symptômes que nous avons décrits en étudiant 1° les troubles généraux dé l'intelligence , constitués par Y exaltation des facultés ( p. 155), 2° les troubles constitués ar Xcxallatio n ou ia
FOL
perversion de la sensibilité et delà mctilité (p. 165- 167).
Le caractère de la manie est , pour ainsi dire , de n'en point avoir: ce qui la constitue essentiellement , c'est le désordre, le défaut d'harmonie; les idées se succèdent avec une rapidité inconcevable, sans lien , sans suite, sans ensemble; les mots rappellent des images confuses , et sont prononcés sans qu'aucun sens leur soit attaché; l'attention est incapable de se fixer, mille impressions se la disputent. Dans l'espace de quelques minutes, le maniaque passe de la joie à la douleur , de la tristesse à la gaieté, de la fureur à l'indifférence , de l'agitation à la tranquillité ; il crie , il chante , il vocifère, puis garde un silence obstiné ; il court , il gesticule , il renverse , détruit tout ce qu'il rencontre , et tout à coup tombe dans un état d'apathie dont rien ne peut le tirer.
Le délire maniaque est général , et se montre chez le même individu dans un court espace de temps avec tous les caractères que nous lui avons assignés (p. 156); les hallucinations sont très-fréquentes chez les maniaques ; souvent certaines idées délirantes deviennent prédominantes de manière à constituer au milieu de la manie une monomanie plus ou moins caractérisée : ainsi il est des maniaques qui sont en même temps atteints de démonomanie, de lypémanie, etc.
Parmi les maniaques , les uns sont timides , craintifs , panophobes; les autres sont audacieux , et semblent avoir perdu le sentiment du danger.
Heinroth ,' Prichard , et quelques autres auteurs , regardent la fureur comme inséparable de la manie, et la proclament un symptôme constant , pathognomonique et durable, de cette forme de la folie. Les faits démontrent positivement que cette opinion est erronée. Esquirol , Marc, M. Calmeil , et beaucoup d'autres observateurs , ont vu des maniaques qui n'étaient jamais furieux ; il faut reconnaître toutefois qu'en raison de leur extrême susceptibilité , presque tous les maniaques sont très-irritables , entrent en fureur souvent pour le plus léger mot i 1 , parce qu'on les oblige ;'i changer de linge, h se rendre au Imiii , etc. , à la suite d'une hallucination . d'une illusion , (te. U fureur est plus fréquente elle/ les femmes que elie/ les hommes; ehe/ ees derniers , les montrent aussi a des intervalles plus éloigoéti Lorsque la fureur e^t continue , l'aliénation a été appelle par quelques auteurs, Jolie furieuse.
!h lucoup de maniaques sont crueh : lei uns le sont,
pour aiiiM dire , automatiquement , ne se doutent pas de la ci uaulé- de buis ae|(s; |64 auli es le sont avec connaissance de eau e. par suite d'une conception délirante , a\ee les BU il'iuies intentions du monde . et
justifient le* moyens par ta Bu : ainsi an aliéné Fait mourir un homme dans <! •
s'émouvoir, parce qu'il a la puissance de le ressusciter, et de lui procurer alors pour l'éternité d'ineffables jouissances; un autre égorge son fils pour lui procurer les avantages célestes du martyre.
Les facultés affectives sont presque toujours éteintes chez les maniaques.
L'état des fonctions sensoriales varie, tantôt la vue, l'odorat, l'ouïe acquiert une puissance extrême, tantôt, au contraire, tous les sens sont comme émoussés; les illusions sont très fréquentes chez les maniaques.
La motilité est presque constamment exaltée et pervertie dans la manie ( voy. p. 166). Presque tous les malades ont des mouvements convulsifs plus ou moins violents, plus ou moins étendus ; quelques-uns sont affectés de la chorée. Un grand nombre de maniaques ont des attaques d'épilepsie parfaitement caractérisées (folie éjjileptique ); il ne faut pas toutefois confondre les cas dans lesquels l'épilepsie est consécutive , apparaît chez des aliénés qui n'avaient jamais éprouvé aucun mouvement convulsif , avec ceux dans lesquels l'épilepsie est primitive, et semble avoir produit le dérangement des facultés ( voy. Causes ). Dans ces deux cas, au reste, l'épilepsie et la folie peuvent êti e considérées comme des maladies distinctes, dont chacune peut venir compliquer l'autre.
La sensibilité est tantôt exallée, tantôt elle est fixée sur un point , et semble a*voir abandonné tous les autres; souvent elle est pervertie. Si certains maniaques recherchent le froid , la plupart d'entre eux se plaisent , au contraire , dans une température trèsélevée, s'exposent à l'action des rayons solaires pendant des journées entières , et pendant les plus fortes chaleurs de l'été.
Le pouls varie suivant que le malade est tranquille ou agité , triste ou furieux , et il est fort difficile de dire quels sont , en général , ses caractères dans la manie. Suivant MM. Leuret et Mitivié , après les hallucinés, les maniaques seraient les aliénés chez lesquelson observerait la plusgrande fréquence du pouls: la moyenne constatée par ces observateurs a été de 00 pulsations par minute (méni. cit., p. 68 ). Les artères et les veines des maniaques prennent quelquefois \\\\ développement considérable, qui devient trèsapparent au cou, aux pieds , aux mains, surtout pendant les accès de fureur, ou à leur approche.
La respiration est accélérée pendant les paroxysmes d'excitation , naturelle ordinairement ; cependant , dit M. Calmeil, elle ne s'exécute librement qu'à la campagne, dans une prairie, dans un jardin 7 dans un espace \astc et bien aéré.
L'appétit est variable; en général , cependant, les
aliéné* mangent beaucoup, et digèrent avec me facilité extrême. Ll constipation est fréquente : « Presque tous les maniaques, dit M. Calmeil , rendent les
FOL
FOL
déjections alvines dans leurs vêtements, urinent dans leur lit , sans qu'on puisse attribuer ces accidents à la faiblesse des sphincters : les maniaques se salissent par oubli ou par calcul. » Quelquefois on observe de l'embarras gastrique, ou une légère irritation gastrointestinale. Beaucoup de maniaques , pendant les accès , laissent écouler une abondante quantité de salive fétide ; d'autres font tous les efforts et tous les mouvements d'un homme qui crache, et cependant ils ne rejettent rien : ce besoin , dit Esquirol , paraît tenir à un resserrement de la gorge où à la constriction des glandes salivaires. La sputation est un symptôme fréquent chez les maniaques et fort remarquable : quelques auteurs allemands prétendent qu'elle est le signe d'une affection du foie. Souvent elle est habituellement très-abondante, même chez des sujets très-maigres.
Les organes génitaux sont fréquemment excités dans la manie, surtout chez les femmes (voy. p. 162). Suivant quelques auteurs , l'urine des maniaques est abondante, limpide , et peu colorée.
• La peau est souvent chaude, sèche, aride; plusieurs maniaques cependant transpirent abondamment , et ont une sueur fétide.
En général , les maniaques maigrissent, les traits de la face s'altèrent , la physionomie prend un caractère particulier, elle est convulsive ; le maniaque est souvent méconnaissable.
Beaucoup de maniaques ne veulent souffrir aucun vêtement, déchirent ceux dont on les couvre, et s'obstinent à rester entièrement nus.
« Tous les maniaques sont enclins à la malpropreté: les uns répandent, avec un sentiment de plaisir, sur leur corps et sur leur figure , de l'urine, de la salive, des matières alvines...; les ouvertures du nez, des oreilles, sont oblitérées par de la viande, du pain mâché, des objets dégoûtants» (Galmeil).
Les symptômes de la manie ne sont point toujours également continus : ils reviennent souvent par accès , présentent des paroxysmes plus ou moins réguliers (voy. Marche).
4° Démence simple. — La démence simple est caractérisée par l'affaiblissement des facultés intellectuelles (voy. p. 162). Elle se manifeste.de différentes manières : quelquefois elle n'affecte d'abord qu'une seule faculté ou un petit nombre de facultés ; les malades perdent la mémoire des nombres, des temps, des localités, le courage, la prévoyance, le sentiment du juste et de l'injuste, etc. , en conservant d'ailleurs toute leur intelligence. Ce trouble est plus ou moins marqué; tantôt les facultés lésées sont conservées; elles sont seulement affaiblies, et cet affaiblissement ne se fait point toujours également sentir ( démence partielle incomplète ) ; tantôt elles sont entièrement abolies {démente partielle complète). Le plus ordinaire- I
ment , la démence, dès le début, affecte l'ensemble des facultés intellectuelles ( démence générale ) ; mais pendant plus ou moins de temps l'affaiblissement de celle-ci n'est que relatif et peu sensible : comparé à lui-même, dit M. Galmeil, le "sujet offre seulement moins de portée dans l'intelligence {démence générale incomplète).
De quelque manière qu'elle se soit développée , la démence finit par amener ïabolilion de presque toutes les facultés, et par jeter les malades dans un état voisin de l'idiotisme , et que nous avons déjà décrit ( Démence générale complète } voy. p. 163). L'affaiblissement graduel et incessant des facultés intellectuelles est quelquefois interrompu par des moments d'excitation: les malades offrent alors la plupart des symptômes de la manie ; leurs passions se réveillent , ils entrent en fureur; mais ces phénomènes n'ont qu'une courte durée, et sont suivis d'un affaissement extrême.
Les hallucinations, une monomanie, la manie, peuvent exister avec la démence ; toutefois , ces formes d'aliénation mentale étant essentiellement constituées par une exaltation des facultés, il est évident que les troubles qui les caractérisent ne peuvent qu'être passagers chez les déments ; ils se montrent sous la forme de véritables accès intermittents , irréguliers , après lesquels les malades retombent dans leur prostration intellectuelle ( voy. Marche).
On observe assez souvent chez les déments des convulsions, des attaques épileptiques (voy. Causes); mais ces désordres de la motilité sont de courte durée et suivis d'un affaiblissement considérable des forces musculaires ; la sensibilité est obtuse.
Le pouls est ordinairement lent : la moyenne, constatée par MM. Leuret et Mitivié, a été de 76 pulsations par minute.
Les fonctions de la vie organique conservent leur intégrité : l'appétit va jusqu'à la voracité, les digestions sont bonnes, les déjections alvines faciles, quelquefois liquides ; le sommeil est profond , prolongé ; les déments dorment souvent pendant une grande partie de la journée.
«La face est pâle, les yeux sont ternes , mouillés de larmes , les pupilles dilatées , le regard incertain u la physionomie est sans expression ; tantôt le corps est maigre, tantôt il est chargé d'embonpoint; la face est pleine, les conjonctives sont colorées» (Esquirol, ouvr. cité, t. n, p. 223).
Nous ne comprenons dans cet article ni la démence sénile , qui n'est point une maladie , ni la démence dypsomaniaque ( voy. Delirium tremens et Ivresse ).
5° Démence avec paralysie générale. — Cette dernière forme de l'aliénation mentale est raraetéri-
FOL
FOL
Si:e par l'affaiblissement des facultés intellectuelles et de la motilité. Elle se manifeste de trois manières différentes: tantôt, et le plus fréquemment, la lésion de l'intelligence précède celle de la motilité; tantôt, et le plus rarement, c'est le contraire qui a lieu; tantôt, enfin , l'intelligence et la motilité sont affectées en même temps.
La démence paralytique offre la réunion des symptômes que nous avons décrits en nous occupant de l'affaiblissement des facultés intellectuelles (voy. p. 162), de celui de la sensibilité (voy. p. 165), et de celui de la motilité (voy. p. 167). Ces trois ordres de symptômes marchent ensemble , et sont, les uns par rapport aux autres, dans un rapport direct, bien que la lésion de la seusibilité soit toujours, comme nous l'avons dit, moins prononcée que celle de la motilité.
M. Bayle ( ouvr. cité, p. 504 ) , a donné une fort bonne description de la démence paralytique : elle est trop longue, et nous exposerait à trop de répétitions pour que nous la reproduisions ici ; nous nous contenterons d'offrir au lecteur celle qu'a tracée M. Guislain , bien qu'elle ne soit pas parfaitement complète, et qu'elle ne s'applique pas avec une égale exactitude à tous jes cas de la maladie.
«L'aliéné se tient mal sur ses jambes, il les écarte et vacille en marchant; l'intelligence s'affaiblit progressivement , le malade présente un air stupide ; la langue s'embarrasse , la voix prend un timbre particulier; l'aliéné parle difficilement et bégaye; une roideur s'empare de ses membres, il pousse des cris , pleure parfois tout à coup ; il ne se trouve bien nulle part, veut constamment changer de place, court de .«aile en salle , l'œil ouvert , l'air égaré. 11 prétend qu'on le mord , qu'on le pince , qu'on le brûle ; une altération particulière se manifeste dans les traits ; la face est pâle, jaune, tachée de plaques rouges, souvent les lèvres sont boursouflées. Alors se déclare ordinairement la paralysie d'une jambe , d'un bras ; niais au bout de quelques jours le malade reprend l'usage de ses membres. Cette amélioration est cependant de courte durée ; la paralysie reparaît , se dissipe, el le manifeste de nouveau pour ne plus quitter h -malade. A cette époque du mal, il y a rigidité dans le* extrémités, contraction des avant-bras sur les bras , dei ïambes sur les cuisses , des cuisses sur le bassin ; parfois le tronc est tiraillé en avant, en arrière ou soi le OÔté. L'aliéné est dans l'impossibilité de se tenir debout . il DC quitte plus le lit; toute intelligence se perd, les idéesde relation s'évanouissent; plus de désirs, plus d'aversions, Les fonctions intellectuelles s'abaissent ainsi successivement. Le grincement des dents, les convulsions épilepu'ques , l.i paralysie du pharyni et des muscles de la respiration, se déclarent dans quelques cas. Des eschare*
gangreneuses se forment au dos, aux fesses ; elles se transforment en émonctoires , donnent issue à de la sérosité. Alors la paralysie disparaît momentanément : le gonflement des extrémités, les évacuations alvines involontaires, un amaigrissement général, une fièvre intermittente irrégulière, précèdent ordinairement la mort» (Guislain, ouvr. cité, p. 91).
Gomme on le voit , bien que la paralysie du mouvement aille toujours en augmentant, il se manifeste quelque fois des mouvements convulsifs , des contractures; ces phénomènes sont surtout fréquents pendant les derniers instants de la vie ; une certaine exaltation momentanée peut aussi se produire dans les facultés intellectuelles.
Les hallucinations sont très-rares dans la démence paralytique, et n'ont jamais lieu que dans la première période de cette maladie.
Presque constamment , la démence se complique de symptômes qui lui sont étrangers, et qu'il faut rapporter, tantôt à la monomanie, tantôt à la manie. Une monomanie quelconque peut donc être associée à la démence paralytique : les auteurs ont cité des déments qui étaient en même temps lypémaniaques , érotomaniaques , etc. Toutefois, l'aménomanie , et la monomanie d'orgueil , sont les deux monomanies que Ton observe le plus souvent ; elles sont même tellement fréquentes , que quelques auteurs les ont considérées à tort comme constantes , et comme constituant le premier degré de la démence paralytique. «Chez un très-grand nombre d'aliénés paralytiques , dit M. Galmeil (ouvr. cité , p. 326 ), l'affaiblissement de l'intelligence se trouve marqué , s'il est permis de s'exprimer ainsi , par un délire exclusif infiniment remarquable, et qui mérite d'autant plus d'attention , que très-souvent il a servi à diagnostiquer la paralysie générale, plusieurs mois avant son apparition. Les sujets sont dominés par ridée des grandeurs; ils s'imaginent posséder des millions, des villes, des provinces, des empires, des mondes ; enivrés de leur bonheur, ils s'abandonnent aux idées flatteuses qui les assiègent, laissent percer leur joie dans tous leurs traits , dans tous leurs mouvements , et rayonnent d'une gaieté tumultueuse.))
11 semble que cette monomanie soit instinctive, puisque les déments sont incapables de comparer leurs idées entre elles, de suivre un raisonnement; aussi il arrive souvent que, lorsqu'on leur adresse certaines questions, ils répondent d'une manière qui ne s'accorde nullement avec leurs idées de grandeur. Un malade, qui se disait roi de France et de Russie, répondait à M. Bayle , qui lui demandait quel était son état, qu il était marchand sur le port, à Dieppe.
Lamonomauie d'orgueil, comme tout autre délire exclusif, persiste rarement jusqu'à la dernière période de la démence paralytique; toutefois , quelques ma-
FOL
ladcs sont déjà réduits à l'état le plus misérable, qu'ils se persuadent encore être les hommes les plus heureux de la terre.
La manie est souvent réunie à la démence paralytique ; quelquefois elle débute en même temps que celle-ci; d'autres fois elle succède à la monomanie d'orgueil , et la remplace : la manie est continue ou intermittente; ordinairement elle perd de son acuité à mesure que la lésion des mouvements augmente; elle est beaucoup plus vaste pendant les deux premières périodes de la paralysie que pendant la dernière. Les déments paralytiques, atteints en même temps de manie, n'ont pas d'idées suivies : ils ne font entendre que des cris confus, des éclats de voix ou de chant, une espèce de bourdonnement; mais ils sont agités, entrent souvent en fureur, et ne peuvent être contenus qu'à l'aide des plus fortes camisoles.
Le pouls reste naturel pendant les premières périodes de la démence paralytique, l'appétit devient très- vif , dégénère souvent en une faim dévorante que rien ne peut satisfaire; quelques malades prennent un embonpoint graisseux extraordinaire. La sputation est aussi fréquente chez les déments, mais ici elle est l'effet de la paralysie ; les malades laissent continuellement couler de leur bouche, sans s'en apercevoir, une grande quantité de mucosité. Dans la dernière période de la maladie, il survient ordinairement un dévoiement abondant que rien ne peut arrêter; les sujets maigrissent rapidement , s'affaiblissent , tombent dans le marasme ; le pouls est petit et fréquent , la peau sèche , terreuse ; des eschares plus ou moins larges et profondes se forment sur diverses parties.
Nous venons de faire connaître les groupes que forment les symptômes de l'aliénation mentale en se combinant entre eux de certaines manières. Gomment doit-on considérer ces groupes ?
Quelques auteurs ont envisagé les hallucinations comme un symptôme secondaire , toujours lié à l'une ou l'autre des formes de la folie. Cette opinion ne saurait être admise : toutes les formes de la folie peuvent se combiner ensemble, et les hallucinations ne sont pas soustraites à cette loi. Mais, d'un autre côté, on a vu des aliénés qui, pendant quinze ans, vingt ans , et plus , n'ont jamais présenté d'autres symptômes de folie que des hallucinations. M. Lélut (ouvr. cité) a cité plusieurs exemples de ce genre. Les hallucinations constituent donc une forme d'aliénation mentale aussi bien que la monomanie.
La paralysie générale a été regardée comme une complication ; on a prétendu qu'elle n'était point nécessairement liée à la démence , et qu'elle pouvait se joindre à la monomanie, à la manie: «La paralysie, dit Esquirol (ouvr. cité, t. n, p. 276), complique toutes les folies, quelle que soit la forme du délire.»
L'observation ne justifie point cette assertion : on s'en est laissé imposer par les moments d'excitation qui ont quelquefois lieu chez les déments; ou bien dans les cas où la démence est.compliquée de monomanie on de manie, on n'a tenu tenu compte que de celle-ci , et l'on n'a point remarqué l'affaiblissement des facultés. Il faut se rappeler, d'ailleurs, que, dans la démence paralytique, la lésion des mouvements précède quelquefois la démence , et peut avoir acquis une assez grande intensité avant que la dernière soit facilement appréciable. Dans les cas de ce genre, lorsque la démence paralytique succède à la monomanie ou à la manie , on peut encore commettre l'erreur dont nous parlons ; mais une observation attentive, et les caractères ultérieurs de la maladie , ne tardent pas à la dissiper.
La paralysie générale entraîne nécessairement la démence, et Esquirol lui-même le reconnaît, car il ajoute, après la phrase que nous avons citée plus haut : « Si , en observant la manie , on démêle des symptômes de paralysie , quelque légers que soient ces symptômes , on peut hardiment pronostiquer que la démence succédera à la manie; il en sera de même de la monomanie , quel que soit le caractère du délire. »
Faut-il maintenant regarder comme des formes distinctes de folie, la démence simple, et la démence paralytique ? M. Guislain considère la paralysie comme un épiphénomène de la démence, se manifestant quatre fois sur sept (ouvr. cité, p. 325). Cette manière de voir est certainement soutenable; cependant, si elle était vraie, la paralysie précéderait-elle quelquefois la démence? la -démence simple pourrait-elle atteindre sa dernière période, celle où les facultés intellectuelles sont pour ainsi dire complètement abolies , sans qu'il y ait aucune lésion dans les mouvements? Pourquoi la paralysie entraîne-t-elle constamment la démence, tandis que la réciproque n'est point vraie? Ces considérations nous paraissent suffisantes pour justifier la séparation que nous avons établie.
Quelques auteurs ont prétendu que la monomanie, la manie, et la démence, constituaient trois degrés de la folie. L'observation renverse encore cette opinion. II est très-vrai que quelquefois ces trois formes d'aliénation se succèdent dans cet ordre, et que, sous lç point de vue de la symptomatologie et de l'anatomie pathologique , elles paraissent constituer trois degrés de la maladie ; il est très-vrai que la démence paraît souvent être le dernier terme de la folie, quelle que soit la forme de celle-ci. Mais il est un grand nombre de cas dans lesquels les choses se présentent sous un tout autre aspect. La monomanie peut se prolonger pendant un grand nombre d'années , avec une trèsgrande intensité , sans passer au second degré; il en est de même pour la manie. La démence se manifeste
FOL
souvent de prime abord, sans avoir été précédée de monomanie et de manie. Il est enfin une dernière objection qui est capitale : la monomanie, la manie, et la démence, peuvent se trouver réunies en même temps sur le même individu , ce qui ne pourrait avoir lieu si ces trois états représentaient trois degrés différents de la même maladie.
Bayle a prétendu que la méningite chronique offrait constamment trois périodes distinctes, trois degrés : 1° la monomanie ambitieuse; 2° la manie; 3° la démence paralytique. Les objections que nous venons de formuler se reproduisent ici , sans parler de celles qui peuvent être opposées à la partie pathogénique de cette opinion. «On s'est trompé , dit M. Galmeil (ouvr. cité, p. 333), en prétendant qu'il y a pour tous les sujets une période de monomanie, une période de manie, et une période de démence : il n'existe aucune règle fixe à cet égard.»
Enfin, on a considéré les cinq états que nous avons décrits comme des espèces différentes de folie. Nous avons déjà dit qu'on ne pouvait adopter une division aussi tranchée : pour distinguer des espèces, ri faut pouvoir les établir sur des bases solides , que ne fournissent ici ni l'anatomie pathologique, ni l'étiologie, ni même la symptomatologie.
Les hallucinations, la monomanie, la manie, la démence simple, et la démence paralytique, ne sont donc pour nous que des formes symptomatiques différentes de l'aliénation mentale; toutefois, nous verions plus loin que la démence peut être considérée sous un autre point de vue(voy. Nature).
Les formes que nous venons de nommer se comportent, les unes par rapport aux autres, de beaucoup de manières.
Dans quelques cas, très-rares d'ailleurs, elles se succèdent toutes les unes aux autres dans Tordre suivant lequel nous les avons énumér étf. Plus fréquemment une ou plusieurs d'entre elles manquent, et alors la succession est soumise à certaines règles. Lei hallucinations, la monomanie, et la manie, se succèdent indistinctement les unes aux autres : ainsi l'halluciné devient monomaniaque , ou le monomauiaque halluciné; la monomanie succède à la manie, on rec versa. Le plus ordinairement, cependant, la manie est consécutive. La démence simple succède a (h.i'Uiie fies trois premières formes, et surtout à la manie; mai> l>icn rarement la monomanie on la manie la remplace. La manie avec foreur succède à la
démence, dit Ksquirol, lorsque celle ci est le produit d'une médication trop adiré, au début de la
monomanie on (le li manie. La démence parah tique Mjcerde également a eh. h nue des formes de la folie, et surtout a la manie, mais elle cniefifue tin dernier
tel me, et ne < I | • . ( 'm Iqueloi.» les
I ■■i.i- V ! i ' >' in!-, an autres
d'une manière régulière. Esquirol a vu une malade qui était alternativement un an lypémaniaque, et un an maniaque.
Très-souvent les formes de la folie sont combinées entre elles. Le même malade peut avoir des hallucicinations, être maniaque, avoir uue idée délirante prédominante, et présenter un commencement de démence. Le plus ordinairement , cependant , la combinaison n'est que binaire ou ternaire. Les hallucinations s'allient à toutes les formes de la folie; on trouve fréquemment réunies la manie , la monomanie, et les hallucinations ; certaines variétés s'allient entre elles eu vertu d'un rapport de cause à effet : ainsi la lypémanie et la monomanie suicide, la monomanie religieuse et la monomanie homicide, etc.; la démence, simple ou paralytique, est la forme qui reste le plus souvent complètement isolée.
Enfin, et ceci a lieu dans la majorité des cas, la folie débute sous une forme qui persiste jusqu'à la fin, et qui se montre alors avec ses caractères les plus tranchés : le monomaniaque reste monomaniaque ; le maniaque reste maniaque , sans avoir primitivement été affecté de monomanie. La démence elle-même, simple ou paralytique, est beaucoup moins souvent consécutive que ne l'ont prétendu quelques auteurs; certainement , fréquemment elle succède à une autre forme de folie , et devient le dernier terme de la maladie, mais plus fréquemment encore elle se montre dès le début.
Ce que nous venons de dire ne s'applique pas toutefois aux hallucinations : celles-ci ne sont que rarement isolées.
Les différentes formes de l'aliénation mentale ne se présentent pas avec une égale fréquence : sur 1 ,556 aliénés observés par Esquirol à Charenton , on comptait :
715 monomaniaques;
545 maniaques;
29(5 déments, avec ou sans paralysie.
Marche de la folie. — La folie est aiguë, chronique , continue , rémittente , ou intermittente :
1° Folie aiguë. — Toutes les formes de l'aliénation peuvent suivre une marche aigue; cependant c'est dans la manie que celle-ci est la plus fréquente.
La folie aigue se manifeste ordinairement peu de temps après l'application de la cause déterminante qui a amené son explosion. Pendant quelques heures ou quelques jours , le malade éprouve du malaise , de l'anxiété, de la céphalalgie, de l'insomnie, de l'agitation; le d Tire éclate et offre la plupart des signes de I Vite phalite : perle de c iiri„isrance , cris , agitalion . prostration mu sculaii e . air égaré, turgescence
FOL — 179
des vaisseaux de la tète, langue chargée, sèche, aride, soif très-grande; quelquefois signes locaux de phlegmasie gastro-intestinale (Georget); le pouls est fréquent , plein ou déprimé. C'est dans la folie aiguë que se manifestent surtout la fureur et les convulsions, que l'on observe des symptômes concomitants étrangers au délire , et se rattachant à des complications phlegmasiques.
2° Folie chronique. — La folie chronique succède à la folie aiguë, ou se monlre tout d'abord avec ce caractère. Dans ce dernier cas, elle est précédée longtemps à l'avance par clés symptômes qui souvent sont méconnus ou mal appréciés. Pinel a vu cette période d'incubation se prolonger pendant quinze ans. «Dans plusieurs autres cas, dit-il, l'état maniaque ou mélancolique datait de quatre , six, dix , et même de quinze ou vingt années. » Le délire devient peu à peu de plus en plus caractérisé , ou bien il acquiert brusquement une grande intensité sous l'influence d'une cause souvent très-légère. Dans la folie chronique , on observe peu de symptômes étrangers au délire , aucune réaction n'est exercée sur les organes abdominaux, les digestions se conservent, le pouls n'est pas accéléré , la respiration est naturelle ; la fureur , les convulsions, sont plus rares.
Toutes les formes de l'aliénation peuvent suivre une marche chronique ; cependant c'est dans la monomanie que celle-ci est la plus fréquente.
3° Folie continue. — «La marche continue, dit avec raison Esquirol, n'est facile à saisir que dans les folies aiguës accidentelles , ou dans les aecès de folie intermittente. » On distingue dans le type continu trois périodes : la première, d'excitation , de réaction générale; la seconde, de délire isolé, sans symptômes concomitants ; la troisième est caractérisée par le déclin et la guérisou de la maladie, ou, au contraire, par la présence d'une forme d'aliénation incurable (démence paralytique ), ou par celle d'une complication terminale.
La folie continue est quelquefois interrompue par diverses circonstances. «Une influence très-puissante, dit Georget , est celle des maladies accidentelles : toutes les fois que ces dernières sont aiguës et assez intenses pour causer, chez d'autres individus, ce qu'on nomme délire aigu , ce phénomène remplace chez les aliénés le délire de la folie ; mais aussitôt la maladie accidentelle guérie , le délire aigu disparaît , et 1'aliénalion mentale revient telle qu'elle était auparavant. »
On ne peut guère assigner une marche continue à la folie, qu'en considérant la maladie d'une manièregénérale, et dans les cas où plusieurs formes se succèdent les unes aux autres , dans un certain ordre. Ainsi , si un monomaniaque devient successivement maniaque et dément, quelques auteurs disent que la folie a suivi
FOL
une marche progressivement continue, chaque forme représentant une période plus avancée, plus grave de l'aliénation. Par rapport aux différentes formes de la folie, envisagées isolémen-t, le type continu ne se montre guère que dans la démence paralytique , et encore ici n'est-il pas franc. Ainsi la maladie fait d'incessants progrès , mais souvent sa marche semble tout à coup arrêtée; il survient des moments d'amélioration , d'excitation , pendant lesquels tous les symptômes disparaissent: ces moments sont courts et sont bientôt suivis de phénomènes plus graves qu'auparavant : cependant ils se reproduisent de nouveau à différents intervalles, jusqu'à la fin. Dans d'autres cas la maladie fait tout à coup, brusquement, de rapides progrès. En général la démence paralytique est, parmi les formes de la folie , celle dont la marche, bien que continue, est la plus irrégulière. «Quelquefois, dit M. Galmeil, du soir au matin, et sans qu'on sache pourquoi , la paralysie générale augmente d'une manière effrayante. Aujourd'hui le malade se promène , la faiblesse des jambes est peu sensible , on comprend son langage, tout en apercevant la confusion légère qui y règne. Le lendemain, il ne peut faire un pas sans tomber; il lui est impossible d'articuler un seul mot.
«Ainsi , on s'était promis qu'il vivrait un, an, par exemple , et il succombe dans le cours du mois... Par une bizarrerie incroyable , il est au contraire des paralytiques qu'on juge condamnés à mourir dans un délai rapide, et dont le sort s'améliore très-promptement...La marche de la paralysie générale est pleine d'anomalies» (ouvr. cité, p. 340-341).
4° Folie>émittente. — Esquirol considère comme une rémission le passage d'une forme de délire à une autre forme : «Ainsi, dit-il, un aliéné passe trois mois dans la lypémanie , les trois mois suivants dans la manie , enfin, quatre mois, plus ou moins, dans la démence, et ainsi successivement, tantôt d'une manière régulière, tantôt avec de grandes variations» ( ouvr. cité, t. r, p. 78). Pour nous , ces phénomènes appartiennent à l'étude des lois suivant lesquelles les différentes formes d'aliénation se succèdent les unes aux autres , et nous ne reconnaissons une marche rémittente à la maladie, qu'autant que la même forme présente alternativement, dans les symptômes qui la caractérisent , des diminutions sensibles et des exacerbations. En envisageant les choses de ce point de vue plus restreint , il faut reconnaître que la folie , dans toutes ses formes, est très-souvent sinon presque toujours rémittente. Les rémissions sont ordinairement irrégulières, quelquefois régulières ; tantôt on ne peut se rendre compte des circonstances qui ramènent les exacerbations; tantôt celles-ci se manifestent sous l'influence de causes appréciables. «Il est des maniaques qui ne sont agités, violents, emportés, qu'à
FOL
FOL
certaines époques du jour, que dans certaines saisons, tandis que leur délire est calme et paisible pendant le reste du temps. Il en est dont la lypémanie ne décent plus profonde, plus accablante, qu'à des intervalles plus ou moins réguliers, tandis qu'habituellement elle offre tous les traits d'un délire fixe combiné avec les passions gaies» (Esquirol, ouvr. cité , t. i, p. 79). Esquirol a constamment observé une rémission très-marquée dans le courant du premier mois de la maladie : alors , dit-il , la folie guérit ou passe à l'état chronique.
5° Folie intermittente. — L'intermittence est régulière ou irrégulière : dans le premier cas , les mêmes circonstances ramènent des accès semblables , ayant le même caractère, la même durée, la même terminaison : les folies périodiques sont quotidiennes, tierces, quartes, mensuelles, annuelles; quelquefois plusieurs années séparent les accès. Dans le second cas, les accès se renouvellent à des intervalles variables ;dans des circonstances différentes, ils ont une forme, une durée , une terminaison différentes.
Dans les folies intermittentes, les accès éclatent quelquefois tout à coup ; d'autres fois ils sont annoncés par des prodromes, tels que céphalalgie, insomuieou somnolence , anorexie ou voracité, constipation , douleurs abdominales, rêves, idées bizarres, loquacité , entraînement irrésistible vers les plaisirs de l'amour , besoin de marcher , de siffler , changement dans le caractère.
Les accès périodiques se manifestent ordinairement sous la seule influence de la périodicité; les accès irréguliers sont, au contraire, souvent provoqués par des causes physiques ou morales : l'ivresse , l'écoulement menstruel, la grossesse, ramènent les accès; des maladies accidentelles ont le même effet : l'embarras gastrique, la constipation, l'épilepsie. «J'ai vu un militaire , dit Esquirol, éprouver trois accès de manie, après avoir pris chaque fois la maladie vénérienne. Une femme a eu deux accès après la même infection. » La colère, la frayeur, toutes les émotions vives ont une influence des plus marquées sur le retour des accès.
En général les accès se terminent brusquement et sans crise; d'autres fois ils ne cessent qu'après l'apparition de certains phénomène! que l'on considère comme critiques: l'écoulement des règles, une émission abondante de larmes, d'urine, une sueur copieuse, une épistaxis, etc. L'amaigrissement paraît 1 1< rcer sut l< a< ci i une influence critique fort remarquable :ceui ci oecessenl que lorsque le malade esl pour ainsi dur arrivé àuoéûl de marasme. "Il y i trenteans, dil BsquirolfOn prétendait que l'amaigrissement h. ni un effet de l'accès , el non sa terminaison critique; aujourd'hui, des faits bien constatés
de folie intermittente ne permettent plus de soutenir celte opinion. Madame B. a déjà eu plusieurs accès de manie : chaque accès cesse dès que la malade devient très-maigre : l'intermittence dure deux ans , pendant lesquels elle engraisse beaucoup , et , lorsqu'elle semble avoir atteint le summum de la santé, tout à coup le délire éclate et se prolonge pendant plusieurs mois; son intensité ne diminue que lorsque la malade commence à maigrir ; il ne cesse que lorsqu'elle est très- maigre. M... a eu un grand nombre d'accès de manie avec fureur; chaque accès dure quinze à vingt jours, et sa terminaison s'annonce par un grand et rapide amaigrissement , tandis que le retour des accès n'a lieu que lorsque le malade a repris beaucoup d'embonpoint» (Esquirol, ouvr. cité, t. i,p. 83). Malgré l'opinion si imposante d'Esquirol, nous ne regardons pas ces faits comme concluants.
La durée des accès varie depuis quelques heures jusqu'à quelques jours, et même plusieurs mois.
Ordinairement, pendant les intervalles qui séparent les accès , le retour aux idées , aux affections aux habitudes de la santé est complet ; quelquefois cependant, surtout lorsque les accès sont rapprochés, les malades conservent un peu d'agitation , de malaise, un léger trouble dans les idées.
La manie est beaucoup plus souvent intermittente que toute autre forme de la folie : la démence paralytique ne l'est jamais; la folie chronique, épileptique, compliquée , ne l'est que très-rarement.
Durée de la folie. — La durée de la folie varie suivant que la maladie est aiguë ou chronique , suivant la forme qu'elle revêt, suivant les anomalies qui traversent sa marche , suivant qu'elle se termine par la guérison ou par la mort, suivant les complications qui surviennent, etc. etc. On comprend par conséquent qu'il est presque impossible de rien dire de précis à cet égard.
Pinel , qui cite vingt-sept guérisons ayant eu lieu au deuxième mois, et vingt-quatre au troisième mois, avait placé le terme moyen de la durée de la folie entre cinq et six mois. Esquirol l'a fixé à un peu moins d'une année. Voici des tableaux qui font connaître les éléments sur lesquels ont été calculées ces données.
Sur 2,005 femmes mises en traitement à la Salpêtrière, de 1804 à 1813, sans avoir égard ni à l'ancienneté ni au caractère de la folie,
604 oui guéri dans la lre année.
402 — dans la 2e « 80 — dans la 3e « 4 1 — dans les 7 années suivantes.
872 n'ont pas guéri.
FOL
Sur 269 maniaques :
ont guéri dans le 1er mo
dans le 2e
dans le 3e
dans le 4e
dans le 5e
dans le 6e
dans le 7e
dans le 8e
dans le 9e
dans le 10e
après un an.
après deux ans
Suivant Georget, la durée moyenne du séjour des malades sortis guéris deBicêtre et de la Salpêtrière en 1 822 a été de 1 30 jours pour le premier établissement, et de 145 pour le second.
Ces moyennes ne s'appliquent guère qu'à la monomanie et à la manie, aux folies récentes, aiguës, non compliquées, curables. Des tableaux dressés dans le but de rechercher l'influence que la folie exerce sur la durée de la vie , montrent que les moyennes sont toutes différentes si l'on y comprend la démence simple ou paralytique , les folies chroniques compliquées d'épilepsie , etc. M. Desportes a constaté que , sur les aliénés qui se trouvaient dans sa division, à Bicêlre, au 1er janvier 1822 :
1 s'y trouvait depuis 56 ans.
3 s'y trouvaient depuis plus de 40 ans.
21 — depuis plus de 30 ans.
50 — depuis plus de 20 ans.
150 — depuis plus de 10 ans.
186 — depuis plus de 5 ans.
1 66 — depuis 2 à 5 ans.
180 — depuis 1 an.
A la Salpêtrière :
7 maladess'y trouvaient depuis 60 à 67 ans.
1 1 — depuis 50 à 60 ans.
17 — depuis 40 à 50 ans.
43 — depuis 30 à 40 ans.
153 — depuis 20 à 30 ans.
358 — depuis 10 à 20 ans.
445 — depuis 5 à 10 ans.
463 — depuis 2 à 5 ans.
229 — depuis quelques jours
à 1 an.
M. Desportes conclut que la durée moyenne delà folie est plus longue chez les femmes que chez les hommes : elle serait de 9 ans 5 mois et 1 1 jours pour les premières, et de 7 ans 4 mois 21 jours pour les derniers.
La durée de la démence paralytique varie eulic 8 mois et 3 ans ( Galmeil , ouvr. cit., p. 340 ). La durée moyenne de la monomanie est plus longue que celle de la manie.
Lorsque la folie est très-aiguë , elle peut avoir une durée très-courte ; on voit des aliénés succomber du cinquième au dixième jour de la maladie. — La folie peut-elle ne durer que quelques jours , que quelques heures ? des faits assez nombreux démontrent l'existence de h Jolie transitoire , passagère 3 temporaire , dénominations sous lesquelles nous ne comprenons pas le délire déterminé par livresse, ou par l'action d'une substance vénéneuse.
11 peut survenir, chez un individu jusque là sain d'esprit, dit Henke ( Médecine légale , 5e édit , § 271 ), un véritable accès de manie , qni dure peu de temps, et pendant lequel il est possible qu'il se livre aux actes les plus illégaux. Des observations incontestables ont prouvé, dans ces derniers temps, que de pareils accès ne durent quelquefois que peu de jours , qu'un seul jour, et même quelques heures seulement. Le plus souvent, ils dépendent de causes matérielles, comme, par exemple, d'un développement corporel , d'un travail d'évolution anormal , d'irritations diverses du tube digestif, d'un trouble dans l'excrétion menstruelle, etc. » La monomanie instinctive, et la manie, sont toutefois les seules formes d'aliénation mentale qui puissent se présenter avec ce caractère (voyez Marc, ouvr. cité, t. n,p. 473-495-507- 521 ).
Terminaison de la folie. — 1° Terminaison par la guérison. — La démence paralytique ne guérit jamais. La "démence simple , la folie épileptique ne guérissent que très-rarement. La lypémanie guérit moins fréquemment que les autres formes de la folie; la monomanie moins souvent que la manie. Pendant huit années , à Gharenton , les guérisons ont été aux admissions :: 1 : 3. Mais si du total des admissions on retranche les folies incurables , le rapport devient : : 1 :2, 33. Les 1 1/1 2e des guérisons s'obtiennent dans le courant des deux premières années de la maladie; elles deviennent d'autant plus rares que la maladie est plus ancienne. Suivant Esquirol la probabilité de guérison n'est guère que d'un trentième après la troisième année ; cependant on a vu des malades guérir au bout d'un temps fort long. Esquirol cite une jeune fille qui était en démence depuis dix ans , et trois femmes qui , étant en démence maniaque depuis leur première jeunesse , guérirent à leur époque critique. Pinel parle d'une maniaque qui guérit au bout de vingt-cinq ans.
Si on considère la guérison quant au sexe, on trouve que la monomanie guérit plus souvent chez les femmes , tandis que la manie offre des chances de guérison beaucoup plus favorables chez les hom-
FOL
FOL
mes. En général les guérisons sont plus nombreuses chez les femmes.
Si l'on considère la guérison quant à l'âge, on voit que l'époque la plus favorable est de 20 à 30 ans. «Passé cinquante ans, dit Esquirol , les guérisons sont rares.»
Si l'on considère les guérisons quant aux saisons , ou voit qu'elles sont rares pendant l'hiver, plus nombreuses au printemps, plus fréquentes encore en été, et enfla qu'elles atteignent le maximum pendant l'automne.
La guérison peut avoir lieu de deux manières différentes : tantôt elle s'opère lentement , graduellement, progressivement; tantôt elle survient tout à coup, brusquement, sous l'influence d'une cause appréciable, ou sans qu'il soit possible de constater l'influence qui l'a produite.
Lorsque la guérison s'opère graduellement, on observe une série de phénomènes que Georget a parfaitement décrits: «11 survient des rémissions , des intervalles lucides, comme des éclairs de raison et des rechutes plus ou moins multipliées ; bientôt le malade fait davantage attention aux objets extérieurs ; il songe à ses parents , il parle de ses occupations; reportant sa pensée sur ce qui lui est arrivé, il convient qu'il a eu la tête affectée; il se sent mal à l'aise; sa tête est douloureuse, ses membres sont fatigués; il lui reste quelques idées déraisonnables, son esprit est faible; la physionomie reprend son ancienne expression, le sommeil revient, les règles se rétablissent, si elles ne l'étaient déjà; enfin lorsque le malade a repris le goût et l'habitude de ses occupations ordinaires, est revenu à ses affections, a retrouvé son caractère, a cessé d'avoir d'injustes préventions, et a reconnu que ses idées , pendant le délire, n'étaient que des erreurs , il a recouvré l'usage <mtier de sa raison » ( art. cit.).
Lorsque la guérison a lieu brusquement, elle s'opère quelquefois, comme nous l'avons dit, spontanément , sans qu'il soit possible de la rapporter à une influence appréciable. Dans ce cas on doit craindre d'avoir affaire ;'< |HM Mil intermittente ; mais si la guéiison se maintient , on dit que la folie s'est terminée par résolution. D'autres fois la guérison est précédée par de* phénomènes qui ont été considérés comme des crises, et anvquels quelques tuteurs attachent une grande importance. «J'ai constamment I \<:. dit Kxjuirol , que la guérison des maladies mentales n'est que trompeuse on passagère, lorsqu'elle n'est point déterminée par quelques phénomène! ci itiqua i ohm . i it.. t. i , p I
lis (iii. il .ni> la folie, sont morales ou physiques: relie- -, i :onl philologiques on pal holojjiqijes.
1" Crises momies. -Luc joie lies-M\c, une grande frayeur, toute impression loi le, toute se-
cousse énergique portée aux affections, aux passions, à rinlelligeuee des malades, peuvent amener la guérison. Les exemples de ce genre sont assez fréquents; nous aurons occasion d'en reparler (voy. Traitement).
2° Crises physiologiques. — On a vu des folies être jugées par la première irruption des règles , par leur rétablissement, ou, au contraire, par leur suppression à l'époque critique des feaimes; par la grossesse, par la lactation , par une excrétion abondante de salive (Esquirol), par un écoulement abondant de larmes (Esquirol) , par l'excrétion spermatique , par le retour de la transpiration , par l'amaigrissement, ou, au contraire , par l'obésité , etc.
3° Crises pathologiques. — Quelles «ont les maladies , les circonstances, qui n'ont pas été placées parmi les crises de la folie : les fièvres continues ou intermittentes (Galien, Belgarrie, Esquirol), les hémorrhoïdes (Hippocrate, Celse, Boerhaave, Zacutus , Fr. Hoffmann), l'épistaxis, lamétrorrhagie, la leucorrhée, la blennorrhagie (Esquirol), les affections cutanées , la petite-vérole (Gardanne), les furoncles qui amènent une suppuration abondante , le rétablissement d'ulcères, d'évacuations habituelles supprimées; l'engorgement des parotides (Perfect, Pinel), des glandes sous-maxillaires (Esquirol); un ptyalisme abondant (Perfect, Rolfinck, Pinel , Esquirol), l'ablation d'un cancer du sein (Lafontaine, Lallemand), l'opération de la cataracte ; des vomissements ou des déjections alvines de matières muqueuses , jaunes , noires , poisseuses (Hippocrate , Lorry , Pinel); l'expulsion de vers intestinaux (Mead , Selle, Van Swieten , Esquirol); des abcès formés dans les membres, dans les fesses , dans les seins ; une fracture grave, une blessure (Jos. Frank), etc. «On peut classer les crises de la folie dans l'ordre suivant , dit Esquirol : les fièvres, les hémorrhagies , les phlegmasies gastriques, cutanées , celles du système lymphatique. »
Esquirol a accordé une grande valeur aux faits qui se rapportent à l'énuméralion que nous venons de faire , et il s'est attaché à appliquer la doctrine des crise? à la folie. Suivant cet illustre manographe, lorsque la folie passe à l'état chronique, lorsqu'elle devient incurable, c'est parce que la crise Be s'est pas opérée, ou qu'elle a été incomplète; «et l'on explique très-bien, dit-il, le défaut d'énergie delà réaction , l'imperfection des crises, et le passage de la folie à l'étal chronique , lorsqu'on réfléchi! que les causes les plus débilitantes , physiques et morales , vont les causes qui, dans le plus grand nombre des cas, prédisposent à celte maladie , et la provoquent; qu'il n'est pas de maladie dans laquelle les efforts critiques soient plus troubles par les anomalies nerveuses, par l'excessive sensibilité des malades» (ouvr. cité, t. i, p. 338-330)-
FOL
Nous ne discuterons pas ici des assertions qui se rai tachent à une doctrine sur laquelle nous nous sommes déjà expliqués ( voy. le Compcndium , t. n, p. 544 ). Nous ferons remarquer seulement que l'on peut opposer aux faits de crises , un nombre infiniment plus considérable de faits dans lesquels les mêmes phénomènes se sont produits, chez des aliénés, sans juger la folie ; que la plupart des phénomènes rangés au nombre des crises de la folie sont également placés au nombre des causes de la folie ; qu'il est à craindre que souvent l'on n'ait pris des folies intermittentes pour des folies jugées , et la cessation d'un accès pour une guérison complète.
Esquirol assure que tous les médecins qui ont observé des aliénés ont pu vérifier cette opinion d'Hippocrale, à savoir, que la folie est souvent jugée par la gale. En vérité ceci n'est pas fait pour justifier l'application de la doctrine des crises à la folie. La folie jugée par la gale, par une maladie pédiculaire, qui ne saurait agir que par dérivation, au moyen de l'irritation cutanée que détermine la présence des acarus!
Opposons d'ailleurs à l'imposante autorité d'Esquirol et à celle de M. Foville, qui partage entièrement l'opinion de ce médecin, l'autorité non moins recommandante deGeorget : «Dans presque tous les cas de guérison de folie, dit ce dernier, le passage du délire à la raison a lieu insensiblement et sans changement brusque et considérable dans l'organisme; nous pensons que les mouvements critiques n'ont point lieu dans la folie , ou du moins qu'ils ne s'y manifestent point d'une manière sensible , ce qui en résumé est la même chose » {Dict. deméd., t. xm, p. 231).
De quelque manière que se soit opérée la guérison , il importe de reconnaître si elle sera durable. On pourra l'espérer si le malade est complètement revenu à ses anciennes idées, à ses anciennes habitudes , à ses anciennes affections, à son ancien état de santé, si son sommeil est suffisant et paisible, s'il ne conserve aucun souvenir pénible de sa maladie, s'il peut en causer avec indifférence , s'il peut revoir sans répugnance les personnes qui l'ont soigné et les lieux où il a été traité : s'il est défiant de l'avenir sans exagération, s'il adopte sans pusillanimité les avis qui lui sont donnés pour la conservation de sa sauté. « Ces caractères sont si essentiels , dit Esquirol , que s'ils manquent, je me défie toujours de la guérison d'un aliéné, »
Il est des aliénés qui ne peuvent être guéris complètement, et qui conservent toujours dans le caractère et dans l'intelligence quelque chose d'insolite qui les fait paraître singuliers dans le inonde : ils sont d'une susceptibilité extrême ; ils sont très-raisonnables, mais néanmoins ils n'ont plus assez de tête pour reprendre leurs occupations premières.
183 — FOL
Suivant Esquirol , on peut compter ces individus pour un vingtième parmi ceux qui recouvrent la raison.
2° Terminaison par la mort. — La mortalité des aliénés varie suivant un grand nombre de circonstances.
Dans les hôpitaux de Londres et d'York, où l'on ne reçoit, en général, que des aliénés curables , on n'a compté que 676 décès sur 7,415 malades, tandis que sur 12,592 malades curables et incurables admis à Bicêtre , à la Salpêtrière et à l'Hotel-Dieu , 4,968 ont succombé î A Gharenton , où l'on ne reçoit guère que des folies anciennes , en prenant la moyenne sur des éléments fournis par sept années, la mortalité a été, à la population réelle :: 1 : 3,75, c'est-à-dire à peu près d'un quart. Suivant M. Calmeil , dans les asiles où l'on ne reçoit que des aliénés en traitement, il meurt à peine un malade sur 10,15, 20, ou même 25.
Pinel établit , pour la mortalité des aliénés, le rapport de 1 à 23 ; Raymond , celui de 1 à 14 ; Tenon, celui de 1 à 11 ; Esquirol, celui de 1 à 8, ou même à 6. En considérant la mortali'té relativement aux diverses formes de la folie , M. Galmeil a trouvé que dans la période d'acuité, pendant les quinze premiers mois de la maladie , il succombe plus de monomaniaques que de maniaques , et plus de maniaques que de déments ( Dict. de méd. ,t. u , p. 184 ). Sous ce même point de vue, la mortalité a été fixée delà manière suivante par Esquirol :
Mortalité de la manie , 1 sur 25
Mortalité de la monomanie ,1 — 16
Mortaljté de la lypémanie, 1 — 12
Mortalité de la démence ,1 — 3
Relativement au sexe, la mortalité est plus considérable chez les hommes.
Relativement à l'âge , la mortalité la plus élevée , pour les deux sexes, est de 30 à 40 ans ; celle des femmes est plus forte de 40 à 50; celle des hommes de 30 à 40; elle est plus forte chez les femmes que chez les hommes depuis 60 ans. En résumé, la mortalité est plus précoce chez les hommes , et infiniment plus forte dans l'âge avancé chez les femmes.
La mortalité est plus forte dans les deux premières années, depuis l'invasion de la maladie, que dans les années suivantes.
La mortalité est à son maximum en hiver, elle est moindre au printemps et dans l'automne; elle est à son minimum pendant l'été.
Les localités, le régime, le traitement auxquels sont soumis les aliénés exercent une puissante influence sur la mortalité. U meurt beaucoup moins d'aliénés aujourd'hui qu'autrefois; la mortalité est moins considérable en France qu'en Angleterre.
FOL — 184
La mort n'est presque jamais le résultat des lésions encéphaliques que l'on rattache à la folie : dans la démence paralytique, où ces altérations sont les plus constantes et les plus caractérisées, la mort est produite, daDS la majorité des cas , par les eschares, par la diarrhée colliquative , par le marasme.
Dans les autres formes de l'aliénation , la mort est toujours amenée par des complications terminales , que nous devons étudier dans ce paragraphe.
«Les maladies qui terminent le plus ordinairement l'existence des aliénés, dit Esquirol , sont l'inflammation des méninges , la fièvre cérébrale , l'apoplexie , les lésions organiques du cerveau, du thorax ou de l'abdomen. On peut compter 2/8 d'affections encéphaliques , abstraction faite de l'épilepsie et de la paralysie, au nombre des maladies qui tuent les aliénés; 2/8 de maladies du thorax; 3/8 de maladies de l'abdomen , en y comprenant les dévoiements colliquatifs, le marasme sans lésions organiques... Le scorbut est encore une des terminaisons les plus fréquentes de l'aliénation mentale.»
Voici , par ordre de fréquence , les maladies auxquelles ont succombé 27 7 aliénés observés par Esquirol :
Devoiement colliquatif, scorbut. 38
Lésions organiques du foie. ... 35
Apoplexie 33
Fièvre adynamique 32
Fièvre cérébrale 28
Phthisie . % 28
Fièvre lente nerveuse 25
Fièvre ataxique 14
Péritonite latente 13
Pleurésie 12
Hydropéricarde 11
Squirrhe du pylore 4
Epilepsie 4
Les lypémaniaques succombent souvent à la fièvre lente nerveuse , et à la phthisie.
Beaucoup d'aliénés meurent par accident, en obéissant à une eonception délirante, en refusant de manger ; plusieurs s'asphyxient en mangeant avec trop de précipitation ; beaucoup se suicident.
Les uns se tuent sans réflexion, sous l'influence d'une impulsion aveugle; les autres après avoir longtemps médité leur mort numomanic suicide)» quelques maniaque m tneot M voulant faire des tours de force ou d'adrCSSC; daulres si- brisent la tète, pour en Faire sortir le oorpi étranger qu'ils y (MON eut renferma. "Les maniaques, dit Esquirol, se tuent aussi, ;iu début de la maladie , poussés au désespoir
par l'affection moi. île qui a causé le délire, ou qui a coïncidé avec son explosion . le souvenir de celle af-
fection n'étant pas détruit par le délire , qui n'a pas encore envahi toute l'intelligence. Des malades se tuent aussi parce qu'ils ont le sentiment de la maladie qui commence , ce qui les plonge dans le désespoir. Il en est qui se tuent pendant la convalescence de la manie, désespérés des excès qu'ils ont commis , ou honteux d'avoir été fous. Enfin , faut-il l'avouer, il en est qui se sont tués en faisant des efforts pour se dégager des moyens maladroitement employés pour les contenir, ou pour s'échapper des lieux dans lesquels on les tenait renfermés» (ouvr. cité, t. i,p. 541 ).
Convalescence. — La convalescence des aliénés dure ordinairement de plusieurs semaines à un ou deux mois (Georget). Nous avons indiqué les signes auxquels on reconnaît qu'elle est franche (voy. p. 1 83). Les aliénés convalescents doivent être entourés des soins les plus minutieux et les plus continus. Il faut les soustraire à tout ce qui peut reproduire ou rappeler à leur souvenir la cause qui a déterminé la folie, à toutes les influences que l'on sait favoriser le développement de cette maladie, à toute impression morale vive, à toute excitation de quelque nature qu'elle soit. 11 faut les traiter avec égards et bienveillance , leur témoigner de la confiance, de l'estime , de l'amitié, leur inspirer de la sécurité relativement à leur état, et éloigner d'eux toute crainte de rechute : il ne faut pas leur parler souvent ou brusquement de l'époque où ils avaient perdu leurs facultés, mais il faut néanmoins les accoutumer peu à peu à en entendre rappeler toutes les circonstances avec indifférence, à s'en entretenir eux-mêmes sans émotion; à cet effet, on s'efforcera de leur persuader qu'ils n'ont pas été aliénés, que les symptômes qu'ils ont éprouvés se rattachaient à une maladie autre que la folie, qu'il est impossible qu'ils se reproduisent. Les aliénés convalescents doivent être placés dans un air pur , prendre un exercice modéré , éviter les excès d'alimentation, de boissons, de coït: il faut leur procurer des distractions variées, des occupations qui les amusent, qui les intéressent, sans exiger une grande contention d'esprit. La constipation doit être combattue avec soin. Si, pendant la convalescence, il survient une maladie qui ne peut inspirer aucune inquiétude, une affection cutanée, des hémorrhoïdes, des épistaxis, des furoncles , etc. , il est prudent de ne pas l'arrêter dans sa marche , et de lui laisser parcourir toutes ses périodes. Quelques médecins conseillent d'établir un exutoirc chez tous les aliénés convalescents.
Tous les praticiens qui ont observé des aliénés apprécieront l'importance des préceptes que nous venons de formuler, et qu'on est étonné de ne pas trouver dans les écrits publiés sur la matière.
/{('chutes , récidives, — Esquirol , s'efforça» l de soutenir la doctrine des crises appliquée à la lo-
FOL
lie , prétend que dans cette maladie on prend souvent des récidives pour des rechutes : selon lui , ces dernières n'ont lieu que 1 fois sur 1 0 malades. Pinel pense que les rechutes sont de 1/6; Desportes, qu'elles sont de 1/6 pour les hommes, et de 1/7 pour les femmes. Sur 546 admissions, Prichard a compté 68 rechutes (J. Copland., ouvr. cité, part, vi, p. 471).
Quoi qu'il en soit, les rechutes sont plus fréquentes dans la folie que dans la plupart des autres maladies, ce que Georget attribue : 1° à l'impossibilité de mettre le cerveau en repos ; 2° à la persistance habituelle des causes qui ont produit la folie ; 3° au peu de ménagements que Ton garde généralement à l'égard des aliénés convalescents.
Les rechutes sont moins fréquentes chez les riches que chez les pauvres, parce que l'on observe davantage, pour les premières , les règles que nous avons établies plus haut ; elles sont plus communes chez les hommes (Jos. Frank).
Quant à distinguer les rechutes des récidives , il faut, pour y parvenir, tenir compte de l'état des malades pendant le temps qui a séparé la deuxième invasion de la première, des circonstances qui ont présidé à la réapparition de la maladie , de la forme sous laquelle celle-ci se manifeste, etc.
La distinction n'est pas toujours possible , malgré tout le soin avec lequel on cherche à l'établir sur des considérations solides. Jos. Frank avoue avec naïveté, qu'il ne peut indiquer de quelle manière la convalescence vraie peut être distinguée des intervalles lucides qui peuvent exister dans la folie , à moins qu'un intervalle de plusieurs années n'aide le diagnostic. «Nous croyons seulement, ajoutet-il cependant , que le nombre de récidives de manies après la guérison serait beaucoup plus petit, si l'on tenait davantage compte de cette distinction. » Jos. Frank , comme on le voit, s'efforce , contrairement à Esquirol, d'augmenter le nombre des rechutes aux dépens de celui des récidives.
Diagnostic de la folie. — Nous ne nous efforcerons pas de démontrer longuement toute l'importance qui se rattache au diagnostic de la folie : Ja société, la famille, l'individu , la liberté , la justice , sont également intéressés à la question : suivant que la déclaration du médecin sera affirmative ou négative , un homme sera privé de ses droits les plus imprescriptibles , de ceux de disposer de ce qui lui appartient , et de sa personne, ou bien , au contraire , il continuera à jouir de sa liberté morale et individuelle ; il sera livré à l'échafaud comme un criminel, ou il sera soigné comme un pauvre malade.
Tout médecin pouvant être appelé à faire un rapport médico-légal sur la question de savoir si un homme est aliéné, ou s'il ne Test pas, nous ferons connaître, dans ce paragraphe, les précautions dont
185 — FOL
il doit s'entourer pour l'accomplissement de cette lâche difficile et délicate, et les dispositions qui lui sont prescrites par les lois.
Nous nous occuperons d'abord du diagnostic de la folie , considérée en général , puis nous établirons ce que le diagnostic offre de particulier relativement à chacune des formes de l'aliénation.
A. Diagnostic de la folie considérée en général. — 1° De la personne du médecin lui-même. — Nous avons montré (p. 125) combien il était souvent difficile de distinguer la folie de l'état de raison : pour saisir les nuances si délicates sur lesquelles repose cette distinction , lorsqu'elle est possible, il faut que le médecin appelé à prononcer ait l'esprit dégagé de toute opinion préconçue, qu'il ait de l'instruction et de la sagacité ; dans quelques cas, des connaissances spéciales lui sont même nécessaires. On a peine à comprendre que des hommes de mérite, d'ailleurs, aient pu soutenir «qu'un médecin d'un jugement sain est tout aussi compétent que le plus habile d'entre ses confrères, et que l'ignorant a même l'avantage d'être étranger à toute prévention scientifique. » C'est soutenir , dit Marc, que l'on est d'autant plus capable de bien juger un fait , que l'on s'est moins occupé de la science à laquelle il se rattache. Sans doute il est des cas dans lesquels les caractères de l'aliénation mentale sont tellement évidents , si bien établis par des preuves et des témoignages incontestables , que tout le monde est apte à les reconnaître ; mais il en est d'autres , plus nombreux qu'on ne le pense généralement, qui sont tellement obscurs, tellement difficiles, qu'ils ne peuvent être résolus «que par des hommes qui ont étudié toutes les formes de l'aliénation mentale , et possédant le souvenir des faits qui pourront servir de points de comparaison » (Marc, ouvr. cité, t. i, p. 1 7). Dans les cas de ce genre, le médecin qui n'a pas une grande habitude de voir des aliénés ne doit pas se prononcer; la gravité des suites que pourrait avoir sa déclaration lui fait un devoir d'avouer franchement son incompétence , et de réclamer les lumières d'un confrère plus expérimenté. Ces principes , qui d'ailleurs doivent diriger le médecin dans tous les actes de sa profession , ont une importance spéciale dans leur application à la folie , et nous avons dû les" rappeler.
Le médecin , avons-nous dit, doit avoir l'esprit dégagé de toute opinion préconçue : en effet, lorsqu'il s'agit d'aliénation mentale, les personnes qui entourent l'individu soumis à l'examen médical peuvent avoir tant de motifs pour imputer ou pour dissimuler la maladie , que le médecin doit se mettre en garde contre toutes les insinuations, les déclarations qui lui sont faites : il ne doit les accueillir qu'à titre de renseignements , les enregistrer,
FOL — 186
sans chercher tout d'abord à en apprécier la valeur ; ce n'est que lorsqu'il a recueilli tous les éléments de conviction que peut lui fournir l'observation directe, qu'il doit s'occuper à juger cootradictoirement ceux qui lui ont été donnés par le témoignage.
Une impartialité complète est , dans tous les cas , le devoir rigoureux du médecin , alors même que son jugement est invoqué dans une affaire criminelle , dans l'intérêt de la défense.
«Lorsque , dans un procès criminel , dit Marc , le médecin est consulté, il doit, en exposant son avis, se placer entre l'accusation et la défense , oublier si son opinion a été réclamée par le ministère public ou par le défenseur ; et lorsque ce dernier, dans l'intérêt de la défense , a cru devoir recourir à ses lumières , il doit gémir et se taire quand les éléments médicolégaux du procès fortifient l'accusation. Ce précepte est trop rarement suivi» (loc. cit. , p. 231 ).
Voici les dispositions législatives relatives à la personne du médecin.
Loi sur les aliénés , titre u , sect. i.
Art. 8. — Les chefs ou préposés responsables des établissements publics, et les directeurs des établissements privés et consacrés aux aliénés, ne pourront recevoir une personne atteinte d'aliénation mentale, s'il ne leur est remis :
1° Une demande d'admission , etc..
2° Un certificat de médecin constatant l'état mental de la personne à placer, et indiquant les particularités de sa maladie, et la nécessité de faire traiter la personne désignée dans un établissement d'aliénés, et de l'y tenir renfermée.
Ce certificat ne pourra être admis, s'il a été délivré plus de quinze jours avant sa remise au chef ou directeur, s'il est signé d'un médecin attaché à l'établissement, ou si le médecin signataire est parent ou allié, au second degré inclusivement, des chefs ou propriétaires de rétablissement , ou de la personne qui fe;a effectuer le platement.
2" De l'examen direct du malade. — Après s'être placé dans les conditions que nous venons de dire, le médecin doit procéder à l'examen de la personne supposer aliénée. Nous allons indiquer la marche qu'il doit .suivre, eu .supposant qu'il ait affaire au cas le plus difficile qui puisse se pi eseuler, c'està-dire a celui dans lequel la folie étant peu cararieris.r. on cherche a la dissimuler, ou à celui dans lequel la folie rst simulée ou imputée.
Le médeetfl doit soumettre la personne suspectée de folie à un ou plusieurs iutcrro^filoires : il lui adressée! d& question* nombreuses, variées , précipitées , m: i illai huit a d< s oi du jf d'idées dillercnls, de manière a ne p. es lui les ei le h uips de méditer, de préparer ses réponses. Kn agissant dil IVreiiunenl . en dirigeant l'interrogatoire, d'une manière suivie dans
FOL
le cercle annoncé des idées délirantes, on donnerait à celui qui voudrait se faire passer pour fou la facilité de répondre de manière à faire croire à son aliénation simulée, tandis que, au contraire, on fournirait à l'aliéné réel les moyens de dissimuler sa folie. «L'aliéné , dit Georget , qui sait qu'on l'observe pour statuer sur son état , peut prendre une infinité de précautions , répondre juste à toutes les questions, surtout s'il n'a pas une idée dominante, ou une passion exclusive. On a vu des aliénés, dans un état de démence très-avancé , dont il a été impossible de démontrer l'aliénation par ce seul examen. »
Pour éviter le doute que laisse souvent subsister l'interrogatoire, le médecin, lorsqu'il le peut, doit se présenter au malade, sous un prétexte ou un autre, en simple visiteur : il doit cacher sa profession, la mission qui lui est imposée , et engager une simple conversation. Dans cette conversation, il s'efforcera de s'assurer de l'état des sens , des perceptions , des idées , de la mémoire , de l'imagination, du jugement, de la volonté, des mouvements de l'âme, des envies, en un mot, de chacune des facultés intellectuelles , morales et affectives du malade ; puis , au bout de quelque temps , il fera tomber la conversation , comme par hasard, sur le sujet annoncé de la folie : il se gardera de contredire le malade ; il aura l'air, au contraire , de partager complètement sa manière de voir, ses craintes, ses défiances, et souvent, par ce moyen, il arrivera à reconnaître la maladie.
«Lorsqu'une personne est traitée comme aliénée, et qu'elle prétend ne pas être folle, on lui demande quels motifs on pourrait avoir de la persécuter; et alors , soit qu'elle divague sur-le-champ , en invoquant des motifs invraisemblables ou ridicules, soit qu'elle parle un langage raisonnable, on recueillera dès cet instant de précieux renseignements. Si un aliéné, croyant être roi, se plaint de ce qu'on l'enferme pour le dépouiller de sa couronne, le doute sera éclairci ; si, au contraire, un individu se plaint avec calme, et à différentes reprises, de ses proches, s'il indique les motifs intéressés pour lesquels ils prétendent le faire passer pour fou , ce langage raisonnable, du moins en apparence, doit laisser dans le doute, et provoquer de plus amples informations» (Georget , art. cité).
11 ne faut pas oublier, en effet , qu'il est beaucoup d'aliénés qui raisotmcnl leur folie, qui exposent leurs idées délirantes avec art , qui les appuient sur des déductions logiques, qui les justifient par des motifs juste» en apparence, qui , en nu mol, savent cous. r\ei tous les dehors de la raison.
I)ans la conversation, comme dans l'interrogatoire, que la folie soit simulée ou dissimulée, il faut > elioicer de surprendre le malade ( nous donnerons
FOL
FOL
ce nom, pour abréger, à la personne suspectée dV lie'nation) , de lai arracher une de ces réponses qui échappent involontairement en devançant le temps de la réflexion , de le dérouter, de l'amener à se contredire, à détruire par une assertion celle qu'il a faite précédemment , etc.
Lorsque rien , dans les paroles du malade , ne dénote l'aliénation mentale, il faut prier le sujet d'écrire une lettre, un mémoire sur sa position , etc. : souvent l'aliéné , qui a su conserver toutes les apparences de la raison dans des conversations multipliées et variées, manifeste sa folie dès les premières lignes qu'il écrit. Nous verrons plus loin que l'écriture des aliénés peut même souvent, à elle seule, faire connaître la forme de folie dont le malade est atteint. Si toutes ces investigations n'ont pas amené un résultat certain , ou si l'on a lieu de penser que la folie est simulée , il faut placer le malade dans certaines conditions favorables à la manifestation de la vérité. A cet effet, on devra 1° soumettre l'individu suspect à une longue observation ; 2° l'observer tandis qu'il pense être seul, et. à l'abri de toute observation ; 3° lui donner l'occasion de s'entretenir avec des étrangers de l'un et l'autre sexe , et tenir un compte exact de ses conversations; 4° lui accorder la permission d'aller dans des lieux publics, et observer si ses actes sont raisonnables et en rapport avec ses idées. — ( Observation suivie.)
Rappelons, à ce propos, qu'il est des aliénés «dont les paroles dénotent une lésion profonde de l'intelligence , tandis que leurs actes sont à peu près tous raisonnables»; tandis qu'il en est d'autres, atteints de folie sans délire, chez lesquels les actes «dénotent un trouble plus ou moins profond de l'intelligence , lequel ne se manifeste ni dans les paroles ni dans les idées» (voy. p. 157-158 ).
11 ne suffit pas d'interroger l'état intellectuel da malade , il faut encore interroger son état physique. La considération de Xâge , du sexe, du tempérament , peut fournir des données utiles (voy. Causes). La physionomie mérite une attention spéciale : elle a, chez les aliénés , une expression particulière qu'il n'est pas facile de simuler, et que saisit facilement celui qui l'a observée plusieurs fois; le maintien, le geste, ne sont pas sans quelque valeur diagnostique: «Le plus grand nombre des aliénés, dit Marc, se fait remarquer par un maintien , par une allure , par des gestes plus ou moins en rapport avec la forme de la lésion intellectuelle dont ils sont atteints, et souvent l'aliéné qui parviendra à dissimuler sa maladie dans la conversation la laissera apercevoir dans son maintien (ouvr.cit.,t. i , p. 357).
Marc n'attache aucune importance aux inductions que l'on pourrait tirer de l'état du pouls chez les aliénés réels ou simulés (loc. cit., p. 345 ). Nous croyons
que c'est aller trop loin ; la fréquence du pouls est une probabilité contre la simulation. Quand m re cherche l'objet du délire, «les discours qui accélèrent un pouls déjà fréquent tiennent de bien près aux idées qui préoccupent l'esprit. 11 y a des aliénés dont on ne parvient jamais à rien tirer qui apprenne dans quel état se trouve leur esprit. Sont-ils privés de sensations, de réflexion; sont-ils sous l'influence d'une idée qui les domine , d'une puissance qui leur défend de parler ou d'agir , l'exploration du pouls permettra de distinguer ces deux états : il sera ralenti dans le premier, accéléré dans le second. » Ces observations de MM. LeuretetM4tivié ( mém. cit., p. 69) nesont pas sans valeur.
On explorera l'état de la sensibilité, celui des excrétions et des sécrétions habituelles , et surtout celui de la menstruation chez les femmes; le canal digestif devra être examiné avec soin (voy. Causes).
L'état du sommeil est important à connaître : il faut observer le malade pendant la nuit , et il faut que les localités soient disposées de manière que le lit ou le gîte soit assez éclairé pour qu'on puisse constater les mouvements du malade, percevoir jusqu'à sa respiration , en un mot , pour qu'on puisse l'entendre et le voir de près , sans cependant en être vu.
On tiendra compte des antécédents du malade, qui fournissent souvent des données précieuses.
« Toutes les fois, même dans une enquête judiciaire, qu'il y a possibilité de démontrer l'existence de la disposition héréditaire, elle suffît presque seule pour établir la réalité d'une lésion de l'entendement , ou du moins pour affaiblir considérablement la vraisemblance d'une simulation» (Marc, loc. cit., p. 285).
A cet égard , il ne faut pas perdre de vue les remarques qui se rattachent à l'hérédité, considérée comme cause de folie ( voy. Êtiologie ) ; il faut se rappeler aussi que le plus souvent les désordres de l'intelligence se manifestent chez l'aliéné à peu près vers la même époque de la vie, et sous la même forme qu'ils s'étaient déclarés chez les personnes dont il les a hérités.
Il faut s'informer si le malade aies passions vives, si celles-ci ont subi de grandes secousses , si elles ont été contrariées , comprimées ; l'investigation portera principalement sur l'amour, la jalousie , le chagrin , la frayeur, la crainte, la colère , le fanatisme, l'orgueil, l'ambition, l'envie; on s'informera si le sujet a abusé des plaisirs vénériens , s'il s'est livré à l'onanisme, ou si , au contraire , il a gardé une longue continence ( voy. Êtiologie ).
«On conçoit facilement , dit Marc, quels traits de lumière ces recherches peuvent répandre sur l'appréciation de la réalité de la folie , et sur l'imputabilité des actes qu'elle peut déterminer : mais , à cet effet , il est nécessaire de juger avec beaucoup de
FOL
FOL
soin et de discernement leur influence dans chaque cas individuel, de bien examiner si cette influence a pu être aidée d'autres circonstances; enfin, de constater si la forme générale et spéciale du désordre mental est en rapport avec la nature de la passion qui l'a fit naître» ( loc. cit. , p. 31 0 ).
L'appréciation de l'influence de X éducation et de la profession peut quelquefois répandre du jour sur le diagnostic de l'aliénation mentale.
Il faut connaître le degré d'instruction, l'aptitude intellectuelle de l'individu antérieurement à la maladie mentale réelle, simulée ou prétextée: «Il est facile, dit Marc , qu'il faut sans cesse citer lorsqu'on s'occupe du diagnostic de la folie , il est facile de saisir toute l'importance de ce précepte. Existe -t- il, par exemple, du doute, de l'incertitude sur la réalité d'un désordre mental, il devient indispensable de savoir si le degré d'instruction de la personne soumise à l'examen médico-légal permet de supposer qu'elle aura pu puiser dans les livres les connaissances nécessaires pour peindre telle ou telle forme d'aliénation mentale, et si elle possède assez de finesse d'esprit pour soutenir convenablement son rôle. A-t-on, au contraire, affaire à un individu dont l'esprit n'est pas cultivé, fût-il naturellement très-rusé, on ne pourra pas supposer qu'il aura étudié , dans les observations des médecins , les caractères de la folie qu'il manifeste ? Mais , outre cette considération , combien ne sont pas essentielles les conséquences qu'on peut tirer de l'éducation, ainsi que des occupations morales et physiques habituelles , mises en rapport avec la forme du désordre mental , sur lequel il s'agit de statuer» {loc. cit., p. 31 1 , 312).
Il y aura une probabilité contre la simulation , si l'individu exerce une profession qui exige une grande contention d'esprit , une vie sédentaire , etc. ( voy. Étiologie ).
Les habitudes hygiéniques du malade doivent être prises en considération ; on s'informera surtout s'il a fait abus de boissons enivrantes.
Enfin il ne faut pas oublier de s'enquérir de Yétat de santé antérieur du sujet, des maladies qu'il a faites, des médications qu'il a subies, etc.
Pour bien apprécier la réalité de la folie, il ne suffit donc pas de constater la situation actuelle du sujet; il faut , en outre , examiner toute sa vie , ses actes à diverses époques, rechercher les causes monta et physiques qui ont pu agir sur lui. De celte manière la réunion d<s faits suffit quelquefois pour établir une opinion . uni qu'on puisse préciser le
nombre et la nature de ceux qui font prononcer le
jugement.
Lorsqu'il I épuisé inutilement lOUS les mo\ens
Fournis par l'examen du sujet, est-il des cai où le médecin puisse ou doive nu me recourir à des
voies de rigueur, et surtout à des moyens douloureux, pour arriver à un diagnostic assuré ?
Cette question importante a été diversement résolue. Nous pensons , avec Marc , « que si un sentiment d'humanité doit diriger, sans exception , les actes du médecin , il faut cependant que ce sentiment soit raisonné, et que sa vivacité ne l'emporte pas sur les considérations qui peuvent le modifier en faveur de l'intérêt général» ( loc. cit. , p. 375 ).
Nous ne pouvons entrer ici dans tous les détails de ce point de médecine légale; nous dirons seulement que toutes les fois que la société ou la famille a un grand intérêt à la découverte de la vérité , que cette découverte peut servir à constater l'innocence d'un individu sur lequel pèse une grave accusation , il est permis au médecin , il est de son devoir, lorsqu'il a épuisé tous les autres moyens d'investigation , de chercher à assurer le diagnostic à l'aide de moyens rigoureux.
Les moyens douloureux seront employés dans les mêmes circonstances , mais seulement dans les cas où la réalité de la maladie exclurait la sensibilité de perception, et dans ceux où ces moyens seraient indiqués comme propres à guérir la maladie, si elle étaitréelle : il est bien entendu que, dans aucune circonstance , les moyens employés ne doivent être illicites, cruels, ni capables d'aggraver la maladie si elle était réelle.
3° Des éléments fournis au diagnostic parle témoignage. — Enquête. — La première information que doit prendre le médecin appelé à constater l'état mental d'un individu, est celle qui consistée s'enquérir de l'intérêt que peut avoir cet individu à feindre l'aliénation mentale ; il faut ensuite recueillir avec soin tous les renseignements qui sont fournis sur les paroles et les actes du malade , sur ses antécédents , sur toutes les circonstances qui se rattachent à sa personne , à sa famille , etc. , et que nous avons énume> rées plus haut. Les informations doivent être prises auprès des parents, des alliés, des instituteurs, des amis, des domestiques , des voisins du malade; il faut aussi interroger les ennemis du malade et des personnes qui ont déposé. En effet , les témoins peuvent être intéressés à faire passer le sujet pour fou, ou, au contraire, à dissimuler sa folie: il faut donc recueillir avec soin les témoignages contradictoires. On ne saurait prendre à cet égard assez de précautions : il faut écrire toutes les réponses, toutes les assertions, tous les récits des personnes qui portent témoignage; il faut interroger chacune de ces personnes en pu culier ; il faut l'interroger plusieurs fois , et lui poser la même question de différentes manières; il faut rechercher ensuite si de la comparaison des assertions successives du même individu , et de celle des assertions de tous les témoins , il ne naît pas des invrai-
FOL
— 189 — FOL
scmUances, des contradictions. En général, Une faut pas accorder une grande valeur diagnostique aux déments fournis par le témoignage : «11 faut plus, dit Jos. Frank , s'en rapporter aux faits qu'aux paroles.»
Lorsqu'un médecin expérimenté a employé convenablement tous les moyens d'investigation que nous venons d'énumérer, il parvient ordinairement à établir un diagnostic positif ; il est cependant des cas, encore assez nombreux, où, malgré tous ses efforts , il reste plongé dans le doute. Georget , avec sa lucidité ordinaire , a rangé tous les cas de ce genre sous les chefs suivants :
1 ° Individus réputés raisonnables se rapprochant des aliénés sous certains rapports.
a. Les individus qui ont l'esprit borné ou faible , dont les connaissances sont peu étendues ou imparfaites , et qui , pour ces raisons , peuvent avoir le jugement le plus faux , les idées les plus bizarres j les opinions les plus ridicules.
b. Les imbéciles , qui n'ont de jugement et de raison que bien juste pour se conduire dans les actes ordinaires et faciles de la vie , mais qui n'ont point assez de discernement pour apprécier les motifs de toutes leurs actions.
c. Les individus qui passent dans le monde pour être des esprits superficiels , brouillons , distraits , pour être doués d'une imagination vive , mobile, déréglée , impossible à tenir en repos , pour avoir des idées bizarres , singulières, des manières de voir particulières et extraordinaires, des manies, des lubies , des travers dans l'esprit , pour être amis du merveilleux.
d. Les individus dominés, égarés, par des penchants impérieux , d'un caractère emporté , difficile , surtout si leurs passions ne peuvent être dirigées , ni par les lumières de la raison , ni par les préceptes d'une bonne éducation; les personnes dominées par une sorte d'instinct sans lésion de l'entendement ( folie sans délire ).
e. Les aliénés guéris qui conservent seulement quelque chose de leur maladie , et restent susceptibles, inattentifs , irritables, etc.
f. Les individus surpris à chaque instant par des terreurs paniques, agités par des inquiétudes sans sujet, tourmentés par un état de perplexité et d'indécision continuel.
g. Certaines femmes enceintes qui ont des envies, certaines femmes nerveuses qui ont des désirs bizarres , les femmes chez lesquelles la menstruation amène des changements dans le caractère , les hystériques , les hypochondriaques.
2° Aliénés conservant assez de bon sens pour paraître raisonnables.
a. Les individus chez lesquels la folie se développe d'une manière lente et imperceptible, et qui sont sous l'influence de cette maladie souvent long-temps avant qu'on s'en doute.
b. Certains monomaniaques.
c. Certains maniaques.
d. Les individus atteints du premier degré de la démence primitive.
e. Les individus qui dissimulent leur folie.
f. Les individus qui n'ont qu'une folie de courte durée , produite par l'ivresse ou l'épilepsie.
g. Les individus qu'on observe pendant les intervalles lucides qui séparent les accès de l'aliénation mentale intermittente.
A cette dernière catégorie se rattache un point de diagnostic fort important en médeciue légale : le sujet est-il responsable des actes qu'il a commis pendant un intervalle lucide, quelle qu'ait été la durée de celui-ci? Pour répondre à cette question il faudrait pouvoir mesurer le degré de résistance que la volonté peut opposer aux déterminations, pendant l'espace de temps qui sépare deux accès de folie ; or, cela n'est pas possible rigoureusement , et cette appréciation doit être abandonnée à la conscience des juges. Les considérations suivantes ne seront toutefois pas sans valeur.
1° Plus les accès d'aliénation mentale auront été rares , courts et éloignés les uns des autres , plus il y aura de probabilité en faveur de l'intégrité mentale de l'inculpé , pendant l'exécution de l'acte incriminé, surtout si les intervalles lucides présentant de la périodicité , l'acte a été commis à une époque peu rapprochée de l'invasion habituelle des accès.
2° 11 importe d'avoir égard à la forme de l'accès précédent d'aliénation mentale. Si cet accès s'est caractérisé par une exaltation maniaque de peu de durée, et que l'action qui s'est effectuée pendant l'intervalle lucide offre le même caractère , il y a lieu de présumer qu'elle a été due à une récidive.
3° 11 faut rechercher les causes qui ont produit les accès précédents et s'informer si elles se sont reproduites immédiatement ou peu de temps avant l'action qui a donné lieu à l'enquête.
4° 11 faut comparer la nature de l'acte avec les motifs qui ont pu le déterminer; rechercher s'il existe une corrélation suffisante entre eux, si la détermination offre quelques rapports avec les caractères et la nature du délire qui se sont manifestés à d'autres époques , si enfin ces motifs sont proportionnés à la gravité de l'acte (Marc, ouv. cité, t. n, p. 495).
Lorsque, dans l'un des cas précités, le médecin
FOL
FOL
ne peut se prononcer avec connaissance de cause , il doit conclure à la non-existence de la folie , surtout lorsque celle-ci est imputée. Cette déclaration n'a aucun inconvénient, puisque, ou bien le sujet a sa raison , ou bien il est aliéné , mais il ne l'est pas assez pour nuire à sa personne ou à ses semblables.
Sans doute il est des cas où l'intérêt des familles, de la société, exige qu'un malade soit séquestré, interdit, etc., alors même que sa folie ne peut être rigoureusement établie ; mais nous croyons que , dans des circonstances semblables, le médecin doit laisser à l'autorité le soin de prendre les mesures convenables , et ne pas exercer une influence qui ne serait point fondée sur ses convictions médicales. Nous avons vu trop de victimes de h Jolie imputée, il y a eu trop de malheureux qui sont devenus fous sous l'influence d'une imputation de folie portée contre eux, pour que nous puissions avoir une autre manière de voir. 11 est à regretter que le législateur n'ait point tenu compte, à cet égard , des propositions éminemment sensées et conciliatrices de Georget (voy. le Dict. de méil., t. xm, p. 317).
Dans la législation actuelle, la réclusion d'un aliéné n'est légale que lorsqu'elle a été autorisée par un jugement d'interdiction. Les séquestrations arbitraires font encourir les peines les plus sévères. ( Code pénal, art. 341-344).
Dans un procès criminel, la négation à'une folie méconnue peut entraîner une condamnation injuste et inhumaine. Le médecin doit alors exprimer son doute, le motiver avec soin , et demander que le sujet soit mil en observation suivie.
B. Diagnostic spécial de chacune des formes de l'aliénation mentale. — 1° Diagnostic des hallucinations. — Les hallucinations peuvent rester ignorées pendant fort long -temps lorsqu'elles n'exercent aucune influence sur les actes de l'halluciné, et que celui-ci, ayant la conscience de la nature des phénomènes qu'il éprouve, se garde bien d'en parler, et évite avec soin tout ce qui pourrait révéler son état (voy. p. 155). Ouelquelois même l'halluciné se livre à des aetes déraisonnables qui lui sont dictés par ses hallucinations, m.iis celles-ci sont encore méconnues, parce qu'il ne fait point connaître les mollis de M conduite : Botj . !«' malade dont nous avons rapporté l histoire voy. p. 155), et qui avait des hallucinations de tous les sens, a Kehé pendant plusinn> aiiiins kl UMKt de H chambre , sans qu'on ait pu se rendre compte d'une détermination aussi extraordinaire hu général, cependant . dit Mare , plus une action MU insolite et lu/an»', plus il deviendra \riiM'inldal»le qu' elle Mil de l'influence d'une hillueiu ilion.
Les •: s rêves
ordm Wm tB4 1 '!'» ell<.- lotit -m I C prit une impre.,-
sion profonde , et restent clairement gravées dans la mémoire : «Chez celui qui rêve, dit Esquirol, les idées de la veille se continuent pendant le sommeil , tandis que l'halluciné achève son rêve quoique tout éveillé. »
Les hallucinés diffèrent des somnambules en ce que , dans le plus grand nombre des cas, ils se rappellent tout ce qu'ils ont éprouvé , tandis que ceux-ci ne se souviennent de rien.
Les hallucinations diffèrent de l'extase, en ce que, dans celle-ci, l'innervation est concentrée sur un seul point, et toutes les fonctions sont suspendues, excepté l'imagination. Chez l'halluciné, au contraire, toutes les fonctions s'accomplissent : il suffit de l'action augmentée du centre de la sensibilité»
2° Diagnostic de la monomanie. — 11 est facile de comprendre , d'après les caractères que nous avons assignés au délire partiel ( voy. p. 145) , que, de toutes les formes de l'aliénation mentale , la monomanie doit être celle dont le diagnostic est entouré des plus grandes difficultés. C'est ici que l'on ne saurait toujours tracer la limite qui sépare l'état de raison de la folie , et qu'il est nécessaire de ne négliger aucune des sources diagnostiques que nous avons indiquées au commencement de ce paragraphe. M. Galmeil pense qu'il existe toujours des nuances dans les perceptions de la sensibilité viscérale, de la sensibilité extérieure, de la sensibilité morale; dans les appétits instinctifs, les actes, la tenue du sujet; dans la manière dont il règle le sommeil et la veille, ses distractions , ses heures de travail , ses repas; des nuances dans la nature de ses goûts actuels, et même dans l'état fonctionnel des organes étrangers à l'innervation, qui suffisent, lorsqu'on les observe réunies sur une personne qui ne présentait auparavant rien de semblable , pour justifier pleinement le diagnostic dune folie spéciale et partielle. «Mettez , dit-il, l'individu en opposition avec lui-même, comparez ce qu'il pense , ce qu'il dit , ce qu'il fait, avec ce qu'il a fait, dit et pensé jusque-là : s'il approuve ce qu'il blâmait le plus, s'il loue ce à quoi il aurait rougi de songer tout bas ; s'il a cessé de dormir, parlant , discutant sans cesse lorsqu'il était enclin au sommeil, sobre de paroles et de discussions; s'il est débarrassé de maux de tête , de gastralgies qui n'étaient point ordinaires, ou qui revenaient autrefois souvent; s'il digère mieux et plus vite que d'habitude; si le flux menstruel est supprimé; si, enfin, de fâcheuses impulsions compliquent ce qu'on peut appeler le délire du moral, n'hésitez pas à sanctionner par votre jugement l'existence de la folie» (Dîct. de méd., art. iMojouvMi:, t. \\ , p. 158).
Il est eertain que l'exislenee de ees nuances est d'un I;i\iimI poids pour le diagnostic; mais que de degrés dans ces nuances, que de d'il acuités pour les apprécier.
FOL
FOL
Les véritables aliénés , atteints de monomanie raisonnante , s'irritent ordinairement lorsqu'on les traite de fous, et cherchent à défendre la justesse des idées qui les dominent ; les faux aliénés ne repoussent pas avec autant de force l'imputation de folie. Dans la monomanie instinctive, il existe souvent des signes de congestion cérébrale : la face est rouge , les veines sont gonflées, les carotides battent avec force , les yeux sont brillants et injectés , le malade éprouve de l'irritation avec anxiété. Cet état est remplacé , lorsque l'impulsion a été satisfaite, par de l'affaissement , de la stupeur.
C'est surtout pour arriver au diagnostic de la monomanie qu'il faut épier les discours, le maintien du malade, en le mettant en rapport avec des personnes intelligentes qui devront paraître étrangères aux investigations dont il l'est l'objet. Marc conseille de provoquer un léger degré d'ivresse chez l'individu suspect de simulation. Le sommeil offre, chez les monomaniaques , les plus précieuses indications : c'est en effet chez les malades atteints de cette forme de folie , qu'il est le plus souvent agité , troublé par des hallucinations; fréquemment le malade révèle en dormant, l'objet de son délire.
C'est encore chez les monomaniaques surtout qu'il faut observer si les paroles, les idées et les actes s'accordent ensemble ; si non-seulement le but que veut atteindre le malade est raisonnable, mais encore si les moyens qu'il emploie pour arriver à ce but sont raisonnables , soit qu'on les considère dans leur ensemble, soit qu'on les considère isolément ; une circonstance caractéristique , dit Marc , c'est l'appréciation des motifs qui font agir le malade ; chez le véritable monomaniaque , on peut dire que plus la manifestation est grave, plus le motif en est futile.
Malgré les plus minufieuses et les plus habiles investigations, le médecin n'en restera pas moins souvent dans le doute : cela arrivera surtout , 1° lorsque le sujet manifestera seulement des idées bizarres , ses actes restant parfaitement raisonnables ; 2° lorsque au contraire le sujet se livrera à certains actes singuliers, motivés par un trouble de l'intelligence trop faible ou trop bien déguisé pour pouvoir être constaté ; 3° dans la monomanie instinctive ; 4° dans la monomanie simulée; 5° enfin , lorsque le sujet a agi sous l'influence d'une violente passion.
A cette dernière division se rattachent les deux questions suivantes :
a. Une passion violente peut-elle être considérée comme étant un accès de monomanie ?
b. Une passion dominante et exclusive peutelle exciter momentanément, c'est-â-dire durant sou existence feulement, rtn état d'alunaiion mentale?
Georget répond aux deux questions par la négative : il convient que, par l'effet d'une passion , Yesprit peut être subjugué , la volonté privée de toute liberté ; mais il ne regarde pas ces motifs comme suffisants pour admettre qu'il y ait alors/o/*> temporaire.
Assurément nous savons combien ces points sont délicats , combien la société et la justice sont intéressées à ce qu'ils ne soient point résolus de manière à fournir à l'homme une excuse toute prête pour ses plus grands crimes ; combien il est difficile de poser des limites, de s'appuyer sur des données de quelque valeur, dans des questions où tout encore est mystère pour notre intelligence et pour nos connaissances : mais, malgré ces considérations et malgré l'imposante autorité de M. Crfila, qui prétend que «l'opinion qui assimile les effets des passions à ceux de l'aliénation mentale est erronée et dangereuse, en confondant deux états différents, en plaçant sur la même ligne l'immoralité et le malheur , les assassins et les aliénés » (Taifé de méd. légale; 1 836, 1. 1, p. 503), nous ne pouvons cependan t nous défendre d'opposer au jugement de Georget les objections qui se présentent à notre esprit. Le monde , les magistrats, ne confondent pas le misérable qui a médité la mort de sa victime pour s'emparer d'un peu d'or, avec le malheureux qui poignarde sa maîtresse dans un transport de jalousie, et le médecin n'établirait pas entre eux une différence admise par le Code pénal hri-même (art. 310, 321, 324). Les passions qui se sont exercées d'une certaine manière , pendant quelque temps, sont les causes les plus fréquentes et les plus puissantes de la folie persistante , et une passion qui est portée tout à coup à son plus haut degré de violence, ne pourrait faire naître une Jolie temporaire. En émettant une pareille assertion , n'est-ce pas substituer une futile question de temps , de durée , à l'une des plus importantes questions de pathogénie , de physiologie , et de psychologie qui puisse se présenter? Le bon sens publie reconnaît , admet un état d'égarement momentané de ta raison, déterminé par un transport passionné, et le médecin , alors qu'il ignore encore la cause prochaine de la manie la mieux caractérisée , se refuserait à voir dans cet égarement une folie tempo-' raire ?
M. Orfiîa reconnaît qu'il y à un grand trouble dans l'esprit lorsqu'il est agité par la colère, tourmenté par un amour malheureux , égaré par la jalousie , accablé par le désespoir , anéanti par la terreur , perverti par le désir impérieux de la vengeance 3 etc. ; que souvent alors l'homme n est presque plus maître de lui, que sa rai s en est égarée, que ses idées sont en désordre, ch'il E»t commk m vov ; il avoue que les
FOL — 192
passions violentes affaiblissent considérablement la liberté morale , maîtrisent puissammejit la volonté , et peuvent quelquefois la forcer comme irrésistiblement à exécuter certains actes. Voyons quels sont les motifs sur lesquels se fonde M. Orfila pour se refuser à considérer cet état comme une folie temporaire, comme une monomanie instinctive passagère : 1° Dans tous ces cas, dit M. Orfila , Yhomme ne perd point connaissance des rapports réels des choses. La réponse est facile : il ne perd point cette connaissance d'une manière absolue; s'il avait le temps de réfléchir et l'esprit libre, elle ne lui ferait point défaut; mais, dans ce cas, les rapports réels des choses n'ont pas le temps de se présenter à son esprit ; ils ne peuvent pas se présenter à son esprit, car celui-ci est troublé et exclusivement dominé par la passion.
2° L'homme peut exagérer son malheur , mais son malheur est réel 3 et s'il le porte à commettre un acte criminel , cet acte est parfaitement bien motivé. Nous avouons ne pas comprendre la valeur de cette seconde objection. La folie persistante elle-même est souvent produite par un malheur réel , et presque tous les actes des aliinés sont parfaitement motivés, si ce n'est dans la monomanie instinctive.
3° La folie est plus ou moins indépendante de la cause qui l'a produite ; elle existe d'elle-même; les passions cessent avec leur cause. Ceci ne fait qu'exprimer la différence qui existe entre la folie persistante et la folie temporaire.
4° Les passions violentes obscurcissent le jugement, mais ne le faussent point par des illusions et des chimères, comme on en observe dans la folie. 11 est des formes bien caractérisées de folie dans lesquelles on n'observe point d'illusions; quant aux chimères, il faudrait d'abord définir cette dénomination, et il est impossible de soutenir ensuite que l'homme aveuglé par la passion ne soit pas en proie à une foule d'idées absurdes, extravagantes, etc.
.'>" Les passions violentes excitent momentanément des sentiments de cruauté, mais ne causent l'oint cette perversion morale profonde qui porte l'aliéné à immoler, sans motif, l'être qu 'il client le plus. Ici encore M. Orfila démontre que les passions \. mutes ne peuvent déterminer une folie raisonnante, chronique! persistante ; mais il ne prouve h dlemenl qu'elld ne peuvent donner lieu à un folie instinctive , aiguë, temporaire. Quant à la seconde
partie de la proposition, on i peine i comprendre qu'elle ail pu être Formulée par M. Orfila : ce n'est presquejamaii tant motif<sy& l'aliéné immole L'être qu'il chérit le plue.
i il est diverse! espèce! de fous ou d'insensés . i dit M. Bellart dans l'un de ses plaidoyers : ceui que la
FOL
nature a condamnes à la perle éternelle de leur raison, et ceux qui ne la perdent qu'instantanément par l'effet d'une grande douleur, d'une grande surprise, ou de toute autre cause pareille. Il n'est de différence entre ces deux folies, que celle de la durée; et celui dont le désespoir tourne la tête pour quelques jours ou pour quelques heures , est aussi complètement fou, pendant son agitation, que celui qui délire pendant beaucoup d'années.»
Cette proposition mérite un sérieux examen , et le médecin qui chercherait à l'approfondir acquérerait peut-être un jour autant de droits à la reconnaissance publique que celui qui, en établissant l'existence de la monomanie homicide instinctive , a arraché tant de victimes à la justice des hommes.
Le lecteur nous pardonnera , nous l'espérons, cette digression , qui nous a semblé se rattacher aussi bien à la pathogénie de l'aliénation mentale qu'à la médecine légale.
Exposons maintenant en peu de mots les considérations diagnostiques qui se rattachent spécialement à quelques-unes des plus importantes variétés de la monomanie.
a. Diagnostic de la lypèmanie. — La lypémanie ne peut guère être confondue qu'avec l'hypochondrie. Voici les différences qui permettront de distinguer ces deux affections l'une de l'autre.
La lypèmanie est souvent héréditaire : elle se montre chez les sujets d'un tempérament mélancolique; elle est fortifiée par les vices de l'éducation , et par des agents qui agissent sur le cerveau, sur la sensibilité, l'intelligence; les causes qui la produisent sont le plus ordinairement morales; elle est constituée par un délire , par des idées contraires à la raison , qui sont entretenues par une passion triste, débilitante ou oppressive , par une association vicieuse d idées.
L'hypochondrie est le plus souvent l'effet de causes physiques qui modifient l'action de l'estomac, qui troublent les fonctions digestives : il n'y a point de délire , ou , du moins , il n'est relatif qu'à la santé de l'individu: celui-ci s'exagère ses souffrances, il est sans cesse préoccupé, effrayé des dangers qu'il croit menacer sa vie ; il y a dyspepsie.
h. Diagnostic de la monomanie suicide. — Nous avons déjà fait connaître en partie les caractères distinclifs de la inonomanie suicide (voy. page 147); nous allons en faire ici une nouvelle énumération plus complète, parce que des opinions différentes ont été émises à ce sujet. Les uns considèrent tout individu qui se tue comme privé de l'usage de sa raison, du moins au moment qui précède l'acte suicide; les autres nient que le suuïde soit jamais un acte de folie.
«Ces deux opinions, dit avec raison M. Orfila, sont également erronées parce qu'elles sont trop exclusives.
FOL
Le suicide dicté par des illusions de l'esprit, des craintes chimériques ou des chagrins imaginaires, est un acte évident de folie; mais le suicide fondé sur des motifs réels, tels qu'un revers de fortune, la perte d'un objet aimé, etc., n'est plus un acte d'aliénation mentale» (loc. cit., p. 508).
Voici les considérations sur lesquelles doit reposer le diagnostic.
Le malade atteint de monomanie suicide se tue pour des motifs si légers ou si peu réels , qu'on ne peut établir aucun rapport entre eux et l'acte si grave qu'ils déterminent.
Le suicide monomaniaque est souvent produit par des affections organiques , des maladies du cerveau , des altérations qui entravent la liberté de la circulation ou de la respiration ; il est très-fréquemment le résultat d'une monomanie primitive , de la lypémanie, de la monomanie erotique , de la monomanie religieuse: la disposition héréditaire, une vie sédentaire, contemplative, les passions sédatives, les divers excès, les excès vénériens, l'onanisme, la chasteté absolue, y prédisposent.
Plus le mode matériel choisi par le suicide est insolite , douloureux , cruel , plus on doit croire à un dérangement des facultés intellectuelles. Il faut avoir égard toutefois à l'impossibilité dans laquelle a pu se trouver le suicide de choisir une mort plus douce.
Ces diverses circonstances peuvent le plus ordinairement être appréciées dans la monomanie suicide chronique; mais dans la monomanie suicide aiguë «lorque la propension au suicide naît brusquement, et acquiert tout à coup assez d'intensité pour provoquer aussitôt l'acte funeste, il est, dans le plus grand nombre des cas , presque impossible de statuer sur la véritable situation d'esprit de celui qui l'a exécuté» (Marc, ouvr. cit., t. n, p. 167).
«Il est des individus, dit Esquirol, des aliénés, et plus particulièrement des monomaniaques , qui , animés par divers motifs , tantôt pour obtenir ce qu'ils désirent, tantôt pour affliger leurs amis, tantôt par caprice, feignent de se tuer» (ouvr. cit., t. i,p. 574).
Dans la monomanie suicide simulée, les sujets menacent sans cesse de mettre fin à leurs jours; lorsqu'ils font une tentative , ils s'arrangent de manière à ne pas se faire grand mal , et à ce qu'on vienne à leur secours. Les véritables monomaniaques suicides , au contraire , parlent peu de leur funeste propension , recherchent la solitude pour exécuter leur projet, et souvent ont même, pour pouvoir l'accomplir, recours à la ruse.
Le suicide peut être supposé, imputé; mais les considérations qui se présentent ici appartiennent exclusivement à la médecine légale.
c. Diagnostic de la monomanie erotique. — Lorsque l'érotomanie se présente avec les caractères
que nous lui avons assignés ( voy. p. 150), c'est-àdire lorsque la passion tendre du malade reste concentrée sur un seul objet , réel ou imaginaire , et qu'elle ne dépasse pas les bornes de la décence , le diagnostic est facile; il est, au contraire, très-difficile lorsque l'érotomanie est compliquée d'aidoiomanie : dans ce cas, dit Marc , le seul principe qu'il soit possible de formuler est que le degré d'enchaînement moral devra être mesuré sur la nature plus ou moins insolite , extraordinaire, des actes du sujet et sur les manifestations intellectuelles qui les accompagnent.
L'érotomanie peut être simulée. Dans ce cas les sujets font semblant d'être frappés d'une tristesse profonde , de propension au suicide , ou bien ils se livrent à des extravagances.
Dans la première supposition , les sujets dévoilent facilement la cause de leur chagrin ; et affectent même souvent d'en instruire beaucoup de personnesils oublient aisément leur tristesse dans les distractions ; ils ne présentent aucuns troubles généraux • leur pouls n'est pas accéléré par la présence de l'objet soi-disant aimé. Les véritables érotomanes, au contraire , ne parlent ordinairement de leur passion qu'avec une extrême réserve ; aucune distraction ne peut les arracher à leur préoccupation amoureuse qui exerce une influence sensible sur certaines fonctions ( amaigrissement , pâleur de la face , altération des traits, anorexie, insomnie, etc.): le nom de l'objet aimé prononcé devant eux suffit pour les jeter dans un trouble extrême.
Dans la seconde supposition , les sujets feignent ordinairement* une manie qui ne s'allie jamais à la véritable érotomanie, et qui en est tout au plus quelquefois la conséquence tardive (Marc ouvr. cit t u p. 21 8). "• ' '
d. Diagnostic de la monomanie du vol.
Lorsque l'individu qui a commis le vol présente un dérangement quelconque, bien constaté, des facultés intellectuelles , le crime ne saurait lui être imputémais la kleptomanie est presque toujours instinctive' et, dans ce cas, le diagnostic est difficile. 11 faut alors considérer la position sociale de l'individu , sa moralité, la valeur de l'objet soustrait comparé à son état de fortune , l'usage qu'il a fait de cet objet , le profit ' qu'il en a retiré. Ainsi, si une personne riche, jusquelà d'une probité irréprochable , vole un objet de peu de valeur, duquel elle ne tire aucun profit , qu'elle laisse caché dans un coin , ou qu'elle détruit , jette donne presque aussitôt, l'existence de la kleptomanie' devient très-probable. L'aveu spontané du voleur la restitution de l'objet volé, ou de sa valeur, l'influence constatée des eauses générales de folie, rendront la monomanie presque certaine.
La kleptomanie peut-elle être produite par l'état
FOL
FOL
de grossesse? La réponse doit être affirmative lorsque la soustraction frauduleuse est accompagnée de l'une ou de l'autre des circonstances que nous avons énumérées.
Dans tous les cas , il est une foule de circonstances desquelles il faut tenir compte. Ainsi une personne très-riche peut voler un objet de très-peu de valeur, si elle est possédée par une sordide avarice. Le voleur se débarrasse quelquefois de l'objet volé, parce qu'il sait qu'il a été vu opérant la soustraction fraudaleuse, etc.
e. Diagnostic de la monomanie incendiaire. — Nous ne pouvons rapporter ici tous les débats auxquels a donné lieu l'existence de la pyromanie ( voy. Marc, ouvr. cit., t. u, p. 304 ). Nous nous contenterons de rappeler, d'après Henke , les circonstances sur lesquelles doit reposer le diagnostic de la monomanie incendiaire instinctive.
1° La pyromanie se manifeste le plus ordinairement chez des jeunes sujets , depuis la douzième jusqu'à la vingtième année. Elle est plus fréquente et plus précoce chez les filles.
2° S'il existe, en général , des symptômes, des indices d'un développement irrégulier , des signes de mouvements critiques marqués , au moyen desquels la nature cherche à parfaire l'évolution , ils devront être saisis en faveur de l'inculpé.
3° S'il a existé avant l'exécution de l'acte incendiaire des symptômes de développement dans l'appareil génital , comme , par exemple, chez les jeunes filles, des efforts de menstruation, ces symptômes méritent la plus grande attention; ils rendront d'autant plus vraisemblable l'existence du la pyromanie, qu'ils seront étayés des symptômes dont il va être question.
4° 11 faut surtout fixer l'attention sur les signes qui peuvent résulter d'un trouble dans le système circulatoire sanguin et dans les fonctions du système nerveux.
5° L'absencede signes positifs d'un désordre mental , aiusi que la présence de ceux qui paraîtraient établir l'intégrité de la raison , ne devront pas dérouter ou égarer le médecin.
Masius ajoute qu'il faut soigneusement noter,
6° Si , avant l'acte incendiaire , il n'a pas existé une sorte de passion du feu , une sorte de propension à regarder le feu , à en approcher.
7° Si peu de temps avant l'acte incendiaire , le sujet n'a pas été témoin d'un vaste incendie.
Suivant le même auteur, les signes négatifs de la pyromanie sont ;
1° La nostalgie;
2° Un tccèfl de cp)èr€ violent et brusque;
:•," La haine et h joif de U vengeance ;
4° L'envie . qui fréquemment porte le >eie féminin à incendier.
En général , l'existence de la pyromanie ne doit être admise que lorsque , en outre des circonstances précédentes , on peut l'établir sur l'absence bien constatée de tout intérêt, de tout motif réel ayant pu porter le sujet à commettre l'acte incendiaire.
«Il peut cependant se présenter des cas, dit Marc (ouvr. cit. , t. ii , p. 31 2), où, à un motif soupçonné, ou même reconnu, d'incendier, se joignent des circonstances atténuantes, qui permettent de penser qu'un dérangement physique a pu déterminer une monomanie instinctive , et que, sans elle , le crime n'aurait pas eu lieu. Cette complication est très-difficile à constater, et, dans le doute, l'humanité prescrit d'adopter l'opinion la moins défavorable à l'accusé.» f. Diagnostic de la monomanie homicide. — 11 n'est pas de forme d'aliénation mentale qui ait autant occupé les médecins et les légistes que la monomanie homicide : on le conçoit facilement.
Dans la monomanie homicide raisonnante , le meurtre est provoqué par une conviction intime, maisdélirante , par un raisonnement faux , par un motif avoué et déraisonnable ; il est accompagné par des signes manifestes de délire partiel de l'intelligence ou des affections. La monomanie homicide raisonnante est presque toujours produite par une monomanie primitive , dont elle n'est que le résultat , qu'un des symptômes : ainsi les lypémaniaques, les érotomanes , les théomanes, tuent souvent pour obéir à leurs convictions; quelques malades atteints de monomanie suicide tuent pour encourir la peine des homicides , et se faire ainsi délivrer d'une vie qu'ils n'ont pas le courage de s'ôter eux-mêmes. Dans tous ces cas , le diagnostic ne présente ordinairement aucune difficulté ; il se rattache, d'ailleurs , non au meurtre envisagé en lui-même, mais à l'affection mentale primitive par laquelle il a été provoqué.
Le diagnostic de la monomanie homicide instinctive est le seul que nous devions établir ici avec soin. A cet effet , nous ne pouvons mieux faire que de rapporter les observations faites par Esquirol sur les malades observés par lui.
Tous, ou presque tous les sujets atteints de monomanie homicide instinctive , dit-il , étaient d'une constitution nerveuse, d'une grande susceptibilité; plusieurs avaient quelque chose de singulier dans le caractère , de bizarre dans l'esprit.
Tous, avant la manifestation du désir de tuer, étaient incapables de nuire; ils étaient doux, bons, honnêtes , et même religieux.
Chez tous , comme chez les aliénés , on a remarqué un changement de la sensibilité physique et morale, de caractère, de manière de vivre.
Chez tous , il est facile de fixer l'époque du changement dont nous venons de parler, celle de l'explosion du mal , celle de sa cessation.
FOL
Des causes physiques ou morales assignables ont presque toujours déterminé cette affection.
Lorsque cet état persiste assez longtemps, et que les individus dominés par l'impulsion au meurtre sont observés avec soin , on constate que cet état , comme le délire chez les fous , est précédé et accompagné de céphalalgie , de maux d'estomac , de douleurs abdominales , que ces symptômes précèdent l'impulsion au meurtre, et qu'ils s'exaspèrent lorsque cette funeste impulsion devient plus énergique.
La présence des objets choisis pour victimes, la vue des instruments propres à accomplir leur horrible désir, réveillent et augmentent l'impulsion au meurtre.
Presque tous font avant ou après des tentatives de suicide, tous invoquent la mort, quelques-uns réclament le supplice des criminels.
Aucun n'avait de motifs quelconques pour vouloir la mort de ses victimes, choisies ordinairement parmi les objets de ses plus chères affections.
Pendant l'intermittence, ou lorsque le désir du meurtre a cessé , ces malheureux rendent compte des plus petits détails. Nul motif ne les excitait \ils étaient entraînés , emportés, poussés par une idée, par quelque chose , par une voie intérieure.
Les monomaniaques homicides sont isolés , sans complices qui puissent les exciter par leurs conseils ou leurs exemples. Les monomaniaques homicides immolent le premier être qui se rencontre sous leurs pas, Après le meurtre, ils deviennent calmes ; ils ne cherchent pas ordinairement à se cacher; quelquefois satisfaits , ils proclament ce qu'ils viennent de faire, et se rendent chez le magistrat.
3° Diagnostic de la manie. — La manie peut être méconnue à son début, lorsque le délire, quoique général , est peu caractérisé : dans ce cas , il ne se présente rien de spécial. Le médecin doit employer, pour arriver à reconnaître la maladie, tous les moyens d'investigation que nous avons indiqués en nous occupant du diagnostic général de la folie.
Lorsque la manie débute brusquement sous une forme très- aiguë , elle peut être confondue avec une méningite , et alors l'erreur est difficile , souvent impossible à éviter pendant les premiers moments ; ce n'est que la marche ultérieure de la maladie qui peut assurer le diagnostic.
«La manie, à son début, dit Esquirol , présente quelquefois tous les symptômes des fièvres graves ; aussi le diagnostic à cette époque de la maladie n'estil pas toujours facile» ( ouvr. cit. , t. u , p. 1 73). Il l'est cependant davantage dans ce cas que dans le précédent , car ici les antécédents , les commémoratifs, ont souvent une assez grande valeur diagnostique , tandis que la manie et la méningite peuvent l'une et l'autre se manifester tout à coup sous l'influence des mêmes causes déterminantes.
195 — FOL
De quelque manière que la manie débute , elle ne tarde pas à se caractériser, et dès lors le diagnostic devient facile.
La manie peut être simulée. Pour découvrir la fraude, on tiendra compte des considérations spéciales suivantes.
Le vrai maniaque a les yeux rouges , étincelants , saillants, les pommettes colorées , les veines de la face et du cou gonflées ; il présente une altération des traits et un amaigrissement remarquables lorsque la maladie dure depuis quelque temps ; ces symptômes ne peuvent être imités.
Le faux maniaque montre toujours quelque hésitation dans renonciation d'idées disparates : «On remarquera surtout chez lui qu'il affectera de répondre d'une manière absurde, incohérente, aux questions qu'on lui fera, et qu'il s'arrêtera ensuite, tandis que, dans la règle , il suffira d'adresser au véritable maniaque une phrase plus ou moins complexe pour qu'il prenne texte de là, pour se livrer à tous les désordres de la pensée» (Marc, ouvr. cit. , 1. 1, p. 480 ).
Chez les maniaques il y a souvent, au milieu du délire général, prédominance d'une ou de plusieurs idées : cela ne se retrouve pas chez le maniaque simulé.
Le maniaque répond quelquefois juste à une ou une plusieurs questions ; le faux maniaque ne le fait jamais.
Les maniaques ont souvent des hallucinations, des illusions, etc.: «Un maniaque simulé, à moins qu'il n'ait acquis des connaissances spéciales sur les maladies de l'intelligence, ce qui jusqu'à ce jour ne s'est pas encore 'vu , simulera tant bien que mal la manie , mais sans autre complication» ( Mare ).
Le sommeil des vrais maniaques est souvent interrompu, agité, souvent presque nul : «Chez un faux maniaque, le contraire a lieu, et cela d'autaut mieux, que pendant lajournée il aura multiplié davantage ses efforts pour paraître agité, et même furieux» ( Marc).
4° Diagnostic de la démence simple. — Le diagnostic de la démence simple peut être difficile dans la démence commençante , lorsque l'incohérence des idées est encore peu sensible ; dans la démence partielle incomplètejorsquela démence est encore peu avancée et compliquée d'hallucinations qui portent le malade à des actes qui doivent faire croire à l'existence de la manie. La démence simple peut rester méconnue pendant quelque temps lorsqu'elle n'est point primitive, et qu'elle se manifeste chez des individus déjà atteints d'une folie dont les symptômes masquent alors les premiers signes de l'affaiblissement des facultés.
Dans ces différents cas , Y épreuve écrite est le plus sûr moyen d'arriver au diagnostic. Gomme nous Pavons dit ( voy. p. 102), quelques lignes suffisent
FOL
FOL
souvent pour trahir l'état du sujet; il faut se rappeler aussi que, dans la démence incomplète, les malades raisonnent souvent juste au début d'un entretien , mais que si on prolonge celui-ci, les facultés lésées ne tardent pas à s'épuiser : la démence apparaît alors.
La démence ne saurait être confondue avec l'imbécillité. L'imbécile n'a jamais eu l'entendement ni la sensibilité assez développés ; le dément a perdu une grande partie de ces facultés , mais il les a possédées dans leur plénitude. Le premier ne vit ni dans le passé ni dans l'avenir ; le second a des souvenirs, des réminiscences. L'imbécile commet des actes , tient des propos qui tiennent de l'enfance ; les paroles, les actes des déments portent l'empreinte de leur état antérieur. L'imbécillité n'est jamais partielle, bornée à une ou plusieurs facultés; elle n'est jamais la conséquence d'une secousse morale brusque et vive.
La démence diffère essentiellement de l'idiotie: celle-ci est congénitale, générale. Les idiots n'ont jamais eu ni mémoire ni jugement ; leur conformation extérieure ne laisse aucun doute sur leur organisation intérieure.
La démence peut être simulée. Voici quelques considérations spéciales qui serviront à faire découvrir la fraude.
Les faux malades imitent plutôt l'imbécillité que la démence. Ils répondent de prime abord aux questions qu'on leur adresse, d'une manière tout à fait absurde , incohérente , et peu en rapport avec leur état général.
Si l'on répète plusieurs fois la même question au véritable dément , si on fixe son attention, si on aide sa mémoire , on finit quelquefois par obtenir une réponse juste; le faux dément exagère l'incohérence des idées, et ne répond jamais juste.
Les véritables déments ont le sommeil profond ; ils dorment souvent une grande partie de la journée.
« Enfin , dit Marc , si , d'une part , la démence était simulée , elle ne pourrait l'être assez longtemps pour résister à une observation de tous les jours , pendant plusieurs semaines, et même plusieurs mois; d'une autre part, la vraie démence ne reste pas stationnaire , elle augmente le plus ordinairement, de manière à se caractériser par des symptômes qui finissent par mettre hors de doute sa réalité» ( ouvr. cit., t. i, p. 433).
.V Diagnostic de la démenée paralytique. — l! (-si loi! important, pour le pronostic surtout, de constater les premiers lignes <!<■ Is démence paralytique; mais le diagnostic n'est pas toujours facile.
Lorsque l'affaiblissement des Facultés intellectuelles semanireste avant celui de la motilité \<>\. p. 1 70) , on don croire au développement d'une démence simple, «i l'on ru- peu! que craindre l'apparition ultérieure de I* p ralysie; cette crainte sera,
toutefois , d'autant plus fondée que le malade aura des idées de grandeur (voy. p. 176).
Les premiers symptômes de la paralysie sont toujours très-peu caractérisés , et exigent de la part du médecin une grande habitude des aliénés, pour être reconnus ; la difficulté augmente lorsque la démence paralytique n'est point primitive : les symptômes déjà existants de folie masquent alors souvent, pendant quelque temps , les lésions de la motilité. 11 faut se rappeler aussi que la paralysie disparaît quelquefois brusquement , pour reparaître ensuite avec plus d'intensité : ces rémissions ne doivent pas en imposer au médecin. Nous ne reviendrons pas ici sur les signes qui peuvent faire reconnaître la paralysie dès son début (voy. p. 1 67).
Lorsque la paralysie générale des aliénés est bien caractérisée , peut-elle être confondue avec la paralysie que déterminent quelquefois chez des individus atteints de démence simple différentes lésions? M. Galmeil a traité celte question avec de longs développements : il a comyaréte paralysie des aliénés avec le rhumatisme , avec la paralysie partielle, produite par l'oblitération d'une artère ou une altération d'un plexus , d'un cordon nerveux ; avec la congestion cérébrale, avec l'hémorrhagie locale du cerveau, avec l'hémorrhagie simultanée, récente ou ancienne, des deux hémisphères ; avec le ramollissement aigu de l'encéphale, considéré dans les différents points qu'il peut occuper; avec le ramollissement aigu de la moelle allongée , de la portion cervicale de la moelle épinière ; avec l'encéphalite aiguë générale , avec le ramollissement chronique, avec les tumeurs cancéreuses du cerveau , les tumeurs fibreuses développées dans le crâne , etc. (De la Paralysie considérée chez les aliénés } p. 342-361). Nous ne pensons pas devoir reproduire ici ce diagnostic différentiel étendu : le lecteur pourra l'étudier dans l'ouvrage que nous venons de citer, et il en conclura que la marche, les caractères de la paralysie des aliénés , et les commémoratifs, suffiront, dans presque tous les cas, pour rendre toute erreur impossible.
«Les tremblements, dit cependant M. Galmeil , m'ont parfois jeté dans une grande incertitude; j'ai eu sous les yeux des vieillards aliénés dont la voix était tremblante , dont la tète et les mains étaient continuellement en mouvement, dont la démarche était comme cadencée, et qui, du reste, jouissaient d'une bonne sauté; une maladie accidentelle mettait fin à leurs jours, avant que la lésion des mouvements se Fût accrue, et je me demandais s'ils avaient présenté les symptômes propres;» la paralysie générale qui débute.»
Le diagnostic est impossible à établir lorsqu'on est appelé auprès d'un malade sui lequelon n'obtient
FOL
FOL
aucuns renseignements , dont les membres sont privés de mobilité , et dont l'intelligence est tellement affaiblie, qu'on ne peut obtenir une seule réponse propre à mettre sur la voie.
Pronostic de la folie. — Ce que nous avons dit à propos des terminaisons de la folie ( voy. p. 1 8 1 - 1 84), suffit pour indiquer les éléments que peut fournir au pronostic la considération de l'âge , du sexe des malades , des saisons , etc. Nous nous bornerons ici à reproduire les propositions qu'une longue expérience a permis à Esquirol de formuler.
La monomanie et la lypémanie guérissent lorsqu'elles sont récentes, accidentelles.
La manie guérit plus souvent que la monomanie et la lypémanie.
La démence aiguë guérit quelquefois , la démence chronique très-rarement, la démence paralytique jamais.
La folie héréditaire guérit , mais les rechutes sont plus à craindre que pour la folie accidentelle.
La folie chronique guérit difficilement, surtout après la deuxième année ; elle guérit avec d'autant plus de difficulté , que les causes prédisposantes ont agi longtemps avant l'explosion du délire.
Quelque ancienne que soit l'aliénation mentale, on peut en espérer la guérison tant qu'il existe des dérangements notables dans les fonctions de la vie de nutrition.
Les causes morales qui agissent promptement sont une circonstance favorable de guérison; mais si leur action a été lente , on guérit difficilement.
Les excès d'étude qui jettent dans la folie doivent faire craindre qu'on ne guérisse pas, surtout lorsque avec ces excès il y a eu des écarts de régime.
Les folies causées ou entretenues par des idées religieuses, par l'orgueil , guérissent rarement.
Les folies entretenues par des hallucinations sont très-difficiles à guérir.
Les folies dans lesquelles les malades jugent trèsbien leur état offrent beaucoup de difficultés, si elles ne guérissent promptement.
Lorsque les aliénés ont recouvré l'intégrité des fonctions assimilatrices, l'appétit , le sommeil , l'embonpoint , etc. , sans diminution du délire , on doit peu compter sur la guérison.
Lorsque la sensibilité des aliénés est tellement affaiblie , qu'ils peuvent fixer le soleil , qu'ils ont perdu le goût et l'odorat, et qu'ils restent impassibles à toutes les intempéries , ils ne guérissent pas.
La folie est incurable lorsqu'elle est la suite du scorbut , de l'épilepsie ; la complication , avec ces maladies , conduit inévitablement à la mort (Esquirol, ouvr. cité, 1. 1, p. 11 4).
A ces propositions nous ajouterons les suivant es
La monomanie d'orgueil , surtout lorsqu'elle est consécutive , doit faire craindre la démence paralytique.
On doit bien augurer , dans la manie , de la cessation de la fureur , de la loquacité , de la jactitation , des hallucinations , à moins que ces symptômes ne disparaissent que pour faire place à ceux de la démence simple ou paralytique.
L'irrégularité de la marche de la démence paralyque expose souvent à de grandes méprises le mémédecin qui veut fixer l'époque probable de la mort.
Les relevés statistiques que nous avons donnés à propos de la durée de la folie ( voy. p. 181 ) montrent que si le pronostic est très-grave, quant à la mort, dans certaines formes de folie, il n'est grave que quant à la guérison, dans d'autres formes.
Complications. — On croit assez généralement que la folie prévient le développement d'autres affections , et qu'à l'exception du délire auquel ils sont en proie, les aliénés jouissent d'une bonne santé; c'est une grave erreur : on rencontre sur les aliénés toutes les maladies qui atteignent les sujets que la raison n'a point abandonnés , on les rencontre comparativement beaucoup plus fréquemment , parce que les fous sont soumis à l'influence d'une foule de causes morbifiques liées à leur délire. « Les monomaniaques, dit M. Galmeil, contractent des maladies incidentes , parce qu'ils restent des jours , des semaines , des mois entiers debout ou accroupis dans un coin , sans faire de mouvements , transis , urinant à dessein dans leurs vêtements , s' abandonnant à l'onanisme ; les maniaques , parce qu'ils marchent nu-pieds dans la boue , restent nus et hors du lit pendant une partie de la nuit; les déments, parce qu'ils croupissent dans leurs déjections , respirent un air infect , parce qu'on est obligé de les attacher» {Dict. de méd., art. Aliénés, t. ii, p. 185).
Est -il des complications qu'on doive regarder comme particulièrement liées à la folie ? L'épilepsie nous semble être la seule qu'on puisse envisager ainsi : elle est tantôt consécutive , tantôt primitive , et , dans le dernier cas, elle doit être rangée au nombre des causes de la folie. Nous reviendrons sur ce sujet (voy. Nature).
« On observe sur les aliénés , dit M. Galmeil , une série de phénomènes qui semblent indiquer , ou que leurs liquides s'altèrent, ou que plusieurs points de l'organisme contractent, tantôt simultanément , tantôt l'un après l'autre , mais à des distances rapprochées , les mêmes dispositions pour une même maladie. » Pour justifier celte assertion , M. Galmeil cite deux exemples : l'un , de diathèse purulente; l'autre ,
FOL
FOL
de diathèse gangreneuse ; mais rien ne preuve que Ja folie ait eu quelque influence sur le développement de ces di athèses.
M. Calmeil parle encore d'un état maladif difficile à bien caractériser 3 qui parait, général, et qui se montre chez un certain nombre d'aliénés. Le malade est en proie à l'agitation la plus vive, il parle avec volubilité , sans suite, il paraît obsédé par des hallucinations ou des illusions; sa figure est altérée , ses yeux sont rouges, chassieux , extrêmement vifs , ou tout à fait ternes, il exhale une odeur repoussante, le pouls est fréquent , la peau brûlante, la soif vive ; il existe une expuifion continuelle ; aussitôt que l'aliéné porte un liquide à ses lèvres, il le repousse avec une sorle de précipitation, dont il lui est impossible de se rendre maître : sa langue, ses lèvres, deviennent fuligineuses ; enfin , il succombe du cinquième au dixième jour, et souvent l'autopsie des organes ne donne pas l'explication de ces funestes accidents. «On peut, si on le juge convenable , ajoute M. Calmeil , qualifier cet état de délire aigu.» Nous pensons que celte qualification est, en effet, la véritable, et nous ne rangeons pas en conséquence, ainsi que l'a fait M. Calmeil , l'état décrit ci-dessus , au nombre des complications de la folie ( voy. Durée).
En général les maladies incidentes des aliénés ne présentent rien de particulier dans leur siège, dans leur nature, etc.; quelques considérations spéciales se rattachent toutefois à leur marche, à leur diagnostic, à leur pronostic, et à leur traitement.
La marche des affections qui viennent compliquer la folie est essentiellement chronique; les phénomènes qui les caractérisent ne se développent d'une part qu'avec une extrême lenteur, et del'-autre, les aliénés semblent opposer une grande résistance aux troubles fonctionnels qu'ils déterminent, de telle sorle, qu'on voit des malades vivre pendant plusieurs années en présence de désordres qui emporteraient promptement un homme non aliéné, lequel éviterait soigneusement ce qui peut lui nuire, et s'entourerait de tous 1rs genres de secours. Peut-être , dil M. Calmeil, estil permis d'attribuer eclle particularité à la perveriou , a l'affaiblissement ou au défaut total de sensibilité" qui accompagnent les maladies mentale.0. Dfl comprend linUm-mr que ces considérations doivent exerc» t sur le pronostic.
|C diagnostic des maladies incidentes des aliènes ilouic de (Mandes dillicultcs : les fous se phi - Client rarement . dissimulent les m.ihdies qu'ils ont , (eignciil celles qu ils n'ont pas, accusent ■* descm le dérangement d'un OrgâtM quand ils s\i|»ercoi\eul qu'en réalité un autre esl affecté, expriment des s,nsitions qu'ils nYproimnt pas. Combien emoïc di • alises d erreur pour le diagnostic | Del troubles Irrs-
graves peuvent être produits dans la respiration , dans la circulation par le délire tout seul , tandis que des lésions graves n'exercent presque pas de réaction sensible sur les différentes fonctions. Le faciès, l'habitude extérieure ne fournissent presque aucuns signes. «Comment, dit M. Calmeil, explorer la poitrine sur un aliéné qu'il faut maintenir, qui agite ses membres , qui couvre par des éclats de voix les signes que réclame le diagnostic , et que doivent fournir l'application de l'oreille et la percussion ?
Deux ordres différents de considérations se rattachent au traitement des maladies incidentes des aliénés. Lorsque l'affection est grave, offre un danger sérieux, il est urgent de la combattre immédiatement par tous les moyens indiqués par la thérapeutique à l'égard des malades ordinaires. Le délire exerce bien, dans beaucoup de cas , une influence dont il faut tenir compte, mais on ne peut formuler aucune règle générale ; la conduite du médecin doit varier avec des circonstances que lui seul peut apprécier. Lorsque l'affection incidente est bénigne , qu'elle ne compromet nullement la vie du malade , la plupart des manographes conseillent de la laisser suivre sa marche naturelle : «Sans examiner la doctrine des crises, dit M. Calmeil, nous pensons qu'il vaut mieux entretenir que supprimer les affections chroniques, dont le danger est nul, et qui se manifestent pendant la période où les maladies mentales sont encore curables. »
Voici l'énumération des maladies incidentes que l'on rencontre le plus fréquemment chez les aliénés.
1° Le scorbut. — Son développement est favorisé par la mauvaise distribution , l'insalubrité , l'humidité des établissements d'aliénés, par la malpropreté des malades , par la mauvaise alimentation ; il attaque surtout les lypémaniaques. M. Calmeil l'a observé à un très-haut degré sur des fous chargés d'embonpoint, et qui, du reste, paraissaient doués de la meilleure constitution.
2° La phthisic pulmonaire. — Souvent elle est méconnue pendant longtemps, tant sa marche est insidieuse; le poumon gauche seul est affecté plus souvent que le droit : «En prenant des aliénés phthisiques au hasard , le plus grand nombre appartient à la démence ; si l'on opère uniquement sur les malades dont la folie est récente, la phthisie est plus répandue parmi les lypémaniaques. »
.;" La pneumonie. Bile est ordinairement latente. Le malade continue à manger, a se promener, et si un accident termine son existence, on trou\e une hcp.iiisalinn de tout un poumon qui n'a pas été soupçonnée pendant la vie. Le poumon gau< 'lie s'enflamme plus souvent que le droit; les deux poumons s'enflamment beaucoup plus souseut qu'un poumon
seul.
FOL
FOL
4° La pleurésie. — Elle est ordinairement chronique et Jateute; on trouve quelquefois des pseudom3inbranes qui tapissent toute la cavité de la poitrine.
5° La péricanlite.—yi. Calmeil a souvent trouvé delà rougeur, des fausses membranes, sur l'intérieur du péricarde , sans jamais avoir soupçonné ces lésions pendant la vie.
6° Différentes altérations du cœur. — Le coeur est tantôt plus petit , tantôt plus volumineux qu'à l'état sain , hypertrophié ou aminci , avec ou sans dilatation , enflammé , etc.
7° La gastrite. — Elle est fréquente chez les maniaques dont le délire est aigu, chez les monomaniaques qui ont de fausses sensations du goût et de l'odorat , qui refusent de prendre de la tisane et des aliments , qui mangent des substances corrompues , qui se condamnent à une longue abstinence: il faut donc nourrir ces derniers avec la sonde œsophagienne , tandis qu'il faut mettre à la diète les aliénés chez lesquels la gastrite est déterminée par une autre cause.
8° Le cancer de l'estomac.
9° L'entérite. — On l'observe à tous les degrés d'intensité; elle est souvent chronique : les malades mangent beaucoup , digèrent promptement , et rendent à chaque instant des selles liquides ; leur langue est glabre et rouge.
10° La colite. — L'inflammation se développe tantôt sur un petit nombre de points, tantôt dans toute l'étendue de la muqueuse du colon , du cœcum et du rectum. Elle passe souvent à l'état chronique; chez les monomaniaques, elle s'accompagne ordinairement de constipation.
11° La dysenterie. — Elle se montre épidémiquement dans les établissementsd'aliénés à des intervalles plus ou moins rapprochés; elle est toujours trèsdifficile à guérir.
12° Différentes altérations du foie. — L'hépatite , l'état gras , le cancer, des tubercules , etc.
13° La néphrite. — > Elle Se manifeste presque exclusivement sur les aliénés atteints de démence paralytique.
14° La cystite. — Elle se montre dans les mêmes circonstances que la néphrite.
1 5° Le cancer de la matrice.
16° Les productions fibreuses de l'utérus.
1 7° Hérysipèle. — 11 se développe fréquemment d'une manière énidémique dans les établissements d'aliénés, couvre tout le corps; souvent il est ambulant.
18° Les furoncles , C anthrax. — Us se développent aussi épidémiquement, donnent lieu à des suppurations abondantes, à des décollements.
19° Les eschares. — Elles se manifestent quel-
quefois dans la folie aiguë , mais le plus ordinairement dans la démence paralytique : elles sont inflammatoires ou gangreneuses.
20° Enfin on a encore observé chez les aliénés des fièvres intermittentes simples , la fièvre typhoïde } le choléra , différentes affections cutanées , V angine } la bronchite , etc.
Nous avons emprunté les matériaux de ce paragraphe à M. Calmeil , dont les différents articles sur l'aliénation mentale doivent être rangés au nombre des meilleurs que l'on puisse rencontrer dans les dictionnaires. Voici comment ce médecin évalue la fréquence des maladies incidentes les plus importantes chez les aliénés :
La colite se rencontre sur x/^ La phthisie pulmonaire sur y5
La pneumonie sur !/5
Le cancer de l'utérus sur y5
Les productions fibreuses de
l'utérus sur */8
Petitesse du cœur sur !/10
La péricardite sur */15
Le cancer de l'estomac sur V^
Le cancer du foie sur y2o
Les tubercules du foie sur \
Le cancer du cerveau sur 1/i
Le cancer du rectum, de la
des aliénés.
prostate sur
lA
Variété de la folie. — Folie puerpérale. — La folie puerpérale se manifeste après l'acouchement, pendant l'allaitement , ou immédiatement après le sevrage.
Elle est assez fréquente. Esquirol estime qu'elle est au nombre total des aliénés : : 1 : 1 1 , ou : : 1 : 1 0 ; la proportion est même plus forte si l'on retranche les femmes qui ont passé l'âge de cinquante ans. La folie puerpérale qui survient après l'accouchement est plus fréquente dans la classe riche ( : : 1 : 7 ); celle qui survient pendant ou après l'allaitement est plus commune dans la classe pauvre ; la première est plus fréquente que la seconde. Le danger de perdre la raison diminue à mesure que les femmes s'éloignent de l'époque de l'accouchement.
Sur 76 femmes atteintes de folie puerpérale observées par Esquirol ,
21 sont devenues aliénées du 5e au 15e jour après l'accouchement.
1 7 sont devenues aliénées du 1 5e au 60e jour.
1 9 ont perdu la raison depuis le 2e ou le 3e mois jusqu'au 12e, pendant l'allaitement.
19 sont devenues folles immédiatement après le sevrage.
«L'ouverture des corps des accouchées ou des
FOL
FOL
nourrices qui ont succombé après avoir été aliénées plus ou moins longtemps, dit Esquirol, n'offre rigoureusement rien de particulier , rien qui puisse faire connaître la cause matérielle de cette aliénation, ni en découvrir le siège» (ouvr. cit., t. i, p. 244). Une opinion populaire attribue la folie puerpérale à une métastase laiteuse. Les anciens auteurs ont accrédité cette erreur, et Levret assurait encore qu'on avait trouvé du lait dans le crâne des malades. Les progrès récents de l'anatomie pathologique ont démontré qu'il n'existait pas plus de lait dans le crâne des femmes qui ont succombé à la folie puerpérale , qu'il n'en existe dans l'abdomen des femmes mortes de péritonite puerpérale. Les nouvelles accouchées , les nourrices sont d'une susceptibilité extrême; elles sont placées sous l'influence de la diathèse laiteuse, et offrent ainsi plus de prise aux agents extérieurs. Il n'existe entre la lactation et la folie puerpérale pas d'autre rapport de cause à effet que celui-là.
La folie qui suit la couche est quelquefois annoncée, même pendant la grossesse, par des pressentiments sinistres , de la tristesse, des inquiétudes exagérées ou mal fondées; d'autres fois elle éclate tout à coup. Au début, ces malades ont la peau chaude, souple, huuiide, le teint pâle, la langue blanche, les mamelles flétries; l'abdomen n'est ni tendu ni douloureux; le pouls est petit, faible, concentré; quelquefois il y a une douleur très - vive à la tête , à l'utérus. Les lochies coulent mal . sont peu abondantes, ou se suppriment ; dans quelques cas, assez rares d'ailleurs, elles n'éprouvent aucune modification : Esquirol les a vues une fois revêtir le caractère héuiorrhagique. Le lait devient moins abondant, perd de ses qualités nutritives , le nourrisson refuse le sein ; quelquefois la lactation reste satisfaisante, et se continue avec avantage pour l'enfant.
La folie qui éclate pendant et après l'allaitement ne présente rien de spécial; «cependant le faciès des malades a quelque chose de particulier qui les fait reconnaître» (Esquirol).
Voici les proportions dans lesquelles se sont présentées les différentes formes d'aliénation, sur 92 malades observées par Esquirol :
Manie. . .
Monomanie Démence .
49 fois.
L» étirée de la folie puerpérale est courte, sur"..:
malades, 3k ont guéri dam les six premier! mois, 15
«ii moiu > de dtUl ;in>, 2 aprèfl ddUl .in.s.
Li terminaison t l souvent heureuse : on guérit phhs de la moitié des maladi
La folie puerpérale se juge par le rétablissement des lochies , par la sécrétion et l'évacuation du lait, par la leucorrhée abondante , par des déjections alvines muqueuses , quelquefois sanguinolentes , par le retour des menstrues supprimées depuis la grossesse, par des suppurations sous-cutanées, très-rarement par la grossesse (Esquirol ).
La mortalité , dans la folie puerpérale , n'est que
Etiologie de la Jolie. — A. Causes prédisposantes. — 1° Hérédité. — La disposition héréditaire est une des causes les plus importantes de la folie : selon Esquirol ,| elle] est de l/6 chez les pauvres ; chez les riches , la proportion serait plus forte. Souvent encore elle échappe aux investigations , parce qu'on ne peut obtenir aucun renseignement. Sur 14,362 aliénés admis dans divers établissements, l'influence de la prédisposition héréditaire a pu être constatée 1,682 fois.
La folie est plus souvent transmissible par la mère que par le père; les enfants qui naissent avant que leurs parents aient été fous sont moins sujets à l'aliénation que ceux qui sont nés après ; il en est de même de ceux qui ne sont aliénés que du côté du père ou de la mère , comparativement à ceux qui naissent de père et de mère aliénés , ou ayant des parents des deux lignes dans le même état ( Esquirol , ouvr. cit., t. i,p. 65).
2° Sexe.— Plusieurs auteurs ont prétendu que la folie était beaucoup plus fréquente chez les femmes que chez les hommes. En 1802 Pinel établit la proportion : : 2 : 1 ; en 1807 et 1810, Esquirol arriva à celle de : : 7 : 5; à l'hospice deLuke, elle est : : 3 : 2; à York : : 3 : 4. Ces chiffres n'ont que fort peu de valeur, parce qu'ils diffèrent beaucoup d'établissement à établissement, de pays à pays. Ainsi, dans l'hospice de Pcnsylvanie on trouve 2 hommes pour 1 femme. Les hommes l'emportent en nombre dans toute l'Allemagne. Dans les Pays-Bas , selon M. Guislain , le nombre des femmes est à celui des hommes : : 34 : 29; aux États-Unis, on trouve, au contraire , selon Earle , 4,510 hommes pour 2,481 femmes.
En réunissant les statistiques fournies par Esquirol, Guislain , Parchappe , Ferrus, Leuret, Burrows, Pritchard , Bonacossa , Earle, etc., nous sommes arrivés aux chiffres suivants. Sur 60,318 aliénés se trouvent 31,580 hommes et 28,738 femmes.
Il faut conclure , avec M. Parchappe, que «rien ne prouve encore que les femmes soient plus exposée! à la folie que les hommes; que le rapport de la fréquence entre les deux 8exe8 varie d'un pays et même d'une localité à l'autre» ( Rcch. statist. sur les causes de V aliénation mentale, 1839, p. 56).
Relativement à la forme de l'aliénation mentale, h considération ik* sexos peut faire établir quelques
FOL
FOL
faits particuliers : ainsi la pyromanie, l'érotomanie , sont plus fréquentes chez les femmes ; la lypémanie , la monomanie homicide, sont plus communes chez les hommes , etc.
3° Age. — L'âge, dans l'étude des causes de l'aliénation mentale, doit être considéré de deux manières : relativement au nombre total des aliénés; relativement à la population des différents âges.
Le maximum d'admission pour les deux sexes se rapporte à la période de 30 à 39 ans. La période de 20 à 49 ans comprend la grande majorité des aliénés: sur 14,267 aliénés, 9,485 lui appartenaient.
La période de 20 à 39 ans fournit le plus grand nombre d'hommes; celle de 30 à 49 ans, !e plus grand nombre de femmes. Sur les 14,267 malades précités, âgés de 20 à 49 ans, on comptait :
3,298 hommes âgés de 20 à 39 ans.
3,187 « âgés de 30 à 49 ans.
3,200 femmes âgées de 20 à 39 ans.
3,429 « âgées de 30 à 49 ans.
La folie est donc plus précoce chez l'homme que chez la femme.
Voici , du reste , un tableau fourni par M. Parchappe.
Admissions.
Hommes.
Femmes.
Total.
au-dessous de 20 ans
de 20 à 29
de 30 à 39
de 40 à 49
de 50 à 59
de 60 à 69
de 70 à 79
De 80 ans et au-dessus
Quant à l'âge relativement à la population , MM. Esquirol et Leuret, d'après un relevé de 12,869 aliénés , sont arrivés aux conclusions suivantes :
« Plus l'homme avance dans la vie, plus il est exposé à la perte de la raison , mais avec des chances différentes relativement aux âges.
«Il y a moins de fous de 20 à 30 ans, comparativement à la population de cette époque de la vie ; il y en a plus de 30 à 40 ans, quoique la population ait déjà diminué; et néanmoins le nombre des fous est moins élevé comparativement à la population dans les âges suivants : de 40 à 45 ans , la population est diminuée , et le nombre relatif des fous augmente à raison de cette même diminution ; il en est de même de 45 à 50 ans ; l'augmentation relative du nombre des fous est plus marquée encore de 50 à 55 ans; de
70 à 75 , et de 75 à 80 , le nombre des aliénés relatif à la population est énorme.
«Ainsi, quoique numériquement, et d'une manière absolue, il soit vrai de dire qu'il y a plus d'aliénés de l'âge de 30 à 40 ans qu'avant et après cette époque de la vie , on se tromperait si l'on en tirait la conclusion qu'à cet âge l'homme est plus exposé à perdre la raison.»
Il faut se rappeler que dans, leurs relevés, MM. Es quirol et Leuret ont compris la démence sénile ; M. Debouteville a d'ailleurs contesté l'exactitude de ces résultats , et il leur a opposé le tableau suivant :
Epoques de l'existence.
de 30 à 34 ans.
de 40 à 44 de 35 à 39 de 45 à 49 de 25 à 29 de 50 à 54 de 60 à 64 de 55 à 59 de 20 à 24 de 65 à 69 de 75 à 79 de 70 à 74 de 15 à 19 de 10 à 14 de 5 à 9
Fréquence relative de la folie à chaque âge
De nouvelles statistiques renverseraient peut-être celle-ci: «Cependant, dit M. Parchappe, ce qui est incontestable, c'est que les résultats de M. Debouteville sont conformes à ce que l'observation de l'influence des causes déterminant es de l'aliénation mentale ferait admettre à priori,, à savoir, que l'âge qui peut constituer une prédisposition à l'aliénation mentale doit être celui où les causes ont naturellement une plus grande activité , c'est-à-dire l'âge des passions et des excès» (Joe. cit., p. 40 ).
Considéré relativement à la forme de l'aliénation mentale , l'âge présente quelques conditions particulières.
La pyromanie est la folie de l'enfance. Henke, Masius, établissent qu'elle se manifeste presque exclusivement sur des sujets âgés de 9 à 20 ans. La monomanie et la manie se rencontrent dans la jeunesse , la lypémanie dans l'âge mûr, la démence dans l'âge avancé.
L'âge auquel les accouchées et les nourrices sont plus sujettes à la folie puerpérale est de 25 à 30 ans ; c'est aussi l'âge de la plus grande fécondité.
4° Tempérament. — 11 n'est pas facile de dire quelque chose de précis à cet égard. Suivant Esqui-
FOL
FOL
roi , les sujets d'un tempérament sanguin, qui ont les cheveux noirs, sont maniaques et furieux; ceux qui ont un tempérament lymphatique, les cheveux blonds, les yeux bleus, sont maniaques, mais leur folie passe facilement à l'état chronique , et dégénère en démence; ceux qui sont d'un tempérament nerveux , qui ont les cheveux et les yeux noirs , sont plus souvent lypémaniaques.
5° Etat civil. ■ — M. Parchappe est\e premier qui ait cherché à déterminer d'une manière précise l'influence de l'état civil sur le développement de la folie. Voici les résultats auxquels il est arrivé.
Considéré d'une manière absolue , l'état civil offre tes proportions pour cent suivantes :
Aliéner.
Deux sexes.
Hommes.
Femmes
Célibataires.
Veufs.
Non mariés.
Mariés.
Comparant ensuite ces proportions de nombre avec les proportions de nombre correspondantes dans la population qui a fourni les aliénés, M. Parchappe obtient ce tableau :
Aliénés
Deux sexes .
Hommes.
Femmes.
Célibataires.
Veufs.
Non mariés.
Mariés.
11 résulte de là :
1° Que le nombre des célibataires remporte parmi les fous des deux sexes , surtout parmi les hommes ;
2° Que le nombre des mariés, plus faible, esta peu près égal dans les deux sexes ;
3° Que le nombre des veufs , beaucoup plus faible, l'emporte de beaucoup parmi les femmes ;
4° Que le célibat et le veuvage peuvent être considérés comme une prédisposition à la folie dans les deux sexes , mais que le célibat paraît prédisposer à peu près «'gaiement l'homme et la femme, tandis que le veuvage prédispose plus l'homme; de sorte que l'éi.it de mariage l^l pour l'homme plus que pour la Femme un préservatif contre la folie ( Parchappe, loc. cil. , p. V.i-52 ).
fi° Profession. — L'influence des professions est peu connue. Esquirol ^émis les propositions suivantes, qu'on aurait de la peioe a justifier par des chiffres.
«La Fréquence de h Folle ési toujours en rapport .iwt les proressioDi qui rendent l'homme plus dépendant dis viciSSitudèl sociales : aiiiM les riches , les hommes dï.fat , le- militaires, les négociants , sont plus sujets à cette maladie.
« La vie sédentaire est la condition la plus ordinaire des individus qui sont atteints de folie.
«Le changement brusque d'état, le passage d'une vie active à une vie inoccupée, conduisent à la folie.
«Les professions qui exposent l'homme à l'ardeur du soleil , aux vapeurs du charbon , des oxydes métalliques , favorisent le développement de la folie : ainsi les laboureurs , les cuisiniers , les boulangers , les mineurs , les ouvriers qui travaillent le cuivre j le plomb , sont dans ce cas» ( Esquirol , ouvr. cit., t. i, p. 44-46 ).
Suivant Marc , la folie est rare chez les sujets dont la profession exige un grand exercice corporel , une grande dépense de forces musculaires.
Nous ne reproduirons pas les statistiques qui ont été données par les auteurs, relativement aux professions, considérées comme causes prédisposantes de folie; elles ne conduisent à aucun résultat de quelque valeur.
7° Habitudes hygiéniques. — Les veilles, les excès de table , l'habitude de l'ivrognerie , l'abus des infusions opiacées, aromatiques, les excès vénériens, le libertinage, prédisposent à la folie. Suivant Parent-Duchàtelet {De la Prostitution dans la ville de Paris , 1836 , t. i , p. 262) , V2o des aliénées admises à la Salpêtrière ont été filles publiques. Cet exemple n'est pas concluant : en général, l'influence des causes que nous venons d'énumérer est encore inconnue.
8° Causes physiologiques physiques. — L'établissement et la cessation de la menstruation , la grossesse , favorisent le développement de la folie. La première dentition, dit Esquirol , en causant des convulsions aux enfants , prédispose à la folie.
9° Causes physiologiques morales. — Les sujets qui sont dominés par une violente passion , par l'avarice , l'amour, l'ambition, etc., sont prédisposés à la folie ; la plus légère cause déterminante amène chez eux l'explosion du délire. Quelquefois de fortes impressions reçues dans le premier âge sont des causes éloignées de folie. Enfin, les femmes qui , pendant leur grossesse, ont éprouvé une violente commotion morale , donnent souveut le jour a des enfants que la plus légère cause rend aliénés ( voy. Esquirol , ouvr. cité, t. i , p. 67).
10° Causes pathologiques. — Les convulsions de l'enfance, les chutes sur la tète, même dès le premier âge , les désordres de la menstruation , les troiihles des sécrétions et excrétions habituelles, la méningite, lYneéphalile , les fièvres graves, l'hystérie , l'hypochondric , l'épilepsie, les irritations gastro-intestinales, l'abus de certains médicaments, de l'opium, des narcotiques, des mercuriaux, etc., prédisposent à la folie. Hippocrate avait dit que les femmes chez lesquelles du sang s'échappe par les
FOL
FOL
mamelles sont menacées de inamie. L'observation n'a pas confirmé cet aphorisme ; on a vu des femmes qui avaient une déviation des menstrues par les mamelles, des nourrices dont les seins engorgés répandaient du sang , sans que, dans ces cas , la folie se soit manifestée.
Nous retrouverons parmi les causes déterminantes de la folie les agents que nous venons d'énumérer dans les quatre ordres précédents de causes prédisposantes.
11° Saisons. — La science possède , quant aux saisons , un nombre considérable de faits authentiques, qui permettent d'établir des lois incontestables.
Le maximum de fréquence de l'aliénation correspond au mois de juin ou de juillet; le minimum au mois de janvier ou de février.
De la première époque à la dernière , le nombre des admissions diminue progressivement ; de la dernière à la première il augmente.
Si l'on compare les six mois les plus chauds ( d'avril à septembre ), aux six mois les plus froids (d'octobre à mars), on trouve une différence considérable en faveur des premiers.
La fréquence de la folie est donc en raison directe de l'élévation de la température.
Voici les chiffres qui conduisent à ces proportions :
Sur 16,857 aliénés,
1,164 le sont devenus en janvier.
en février.
en mars.
en avril.
en mai.
en juin.
en juillet.
en août.
en septembre.
en octobre.
en novembre.
en décembre.
Les six mois les plus chauds en ont donc fourni 9,259 | les six mois les plus froids 7,698.
Considérés séparément, par établissement, les faits conduisent, sans exception, à des résultats analogues.
La lune , comme le croyaient les anciens , a-t-elle quelque influencesurledéveloppeinent de la folie ?De nombreuses recherches, faites dans ces derniers temps n'ont jamais pu faire constater cette influence. S'il est vrai que les aliénés sont plusagités au plein delalune, Esquirol pense que c'est uniquement en raison de la clarté plus grande que répand l'astre. M. Arago a émis
la même opinion dans une intéressante notice consacrée à l'appréciation de l'influence lunaire (Annuaire du Bureau des longitudes, 1833).
12° Climats. — «En restreignant l'influence du climat , dit M. Parchappe , à celle de son élément essentiel , la température, il serait assez naturel dupliquer aux climats la loi trouvée pour les saisons...; mais, d'un climat à l'autre, les autres circonstances varient, et l'influence de la température, qui n'est que secondaire , peut se trouver , et se trouve en effet effacée. »
Les chiffres les plus contradictoires ont , en effet, été donnés, soit pour les différents climats, soit pour le même pays. Ainsi , on a prétendu que la folie était plus fréquente en Angleterre qu'en France; et, d'après Gulius, la proportion serait, pour le premier pays, de 1 sur 666, tandis qu'elle ne serait, pour le second, d'après Esquirol, que de 1 sur 1,000; mais d'après Burrows, la proportion en Angleterre ne serait que de 1 sur 2,000.
La folie , dit M. Dubois (d'Amiens) , est plus fréquente dans le nord-ouest de l'Europe; mais dans ces contrées il y a autre chose que l'influence du climat; là , il est donné aux hommes d'arriver à la fortune , aux honneurs , au maniement des affaires de l'Etat, par la puissance de leur intellect; il en résulte que l'énergie mentale est sans cesse excitée : combien dès lors le moral des hommes n'y éprouvet-il pas de secousses , et combien conséquemment les causes d'aliénation n'y sont -elles pas nombreuses et puissantes ( Traité de pathologie générale } t. i,p. 36).
Nous renvoyons au mémoire de M. Parchappe (loc. cit. y p. 45) , pour les tableaux statistiques qui ont été donnés relativement aux climats.
13° Mœurs. — Les mœurs publiques et privées ont une influence incontestable sur la fréquence et sur la'forme de la folie : pour peu qu'on étudie cet ordre de causes, on ne tarde pas à reconnaître que les idées dominantes de chaque époque , de chaque pays, que les révolutions sociales produites par les secousses politiques , par les grandes découvertes scientifiques, etc., ont imprimé leurs caractères à l'aliénation mentale. Lorsque les Romains eurent épuisé toutes les jouissances du luxe et du libertinage , le suicide devint très-fréquent ; à la naissance du christianisme, il y eut beaucoup de lypémanies religieuses , qui reparurent à l'époque des discordes religieuses excitées par le calvinisme; l'époque des croisades fit naître des monomanies erotiques ; l'ignorance du moyen âge multiplia la démonomanie. Les mœurs de l'Italie y rendent la monomanie religieuse et l'érotomanie très-fréquentes : «En Angleterre, dit Esquirol, où se trouvent réunis tous les travers , tous les excès de la civilisation , la folie est
FOL
FOL
plus fréquente que partout ailleurs... Les mœurs moins dépravées des Anglo-Américains sont une des causes pour lesquelles il y a moins d'aliénés chez eux qu'ailleurs.» La folie est moins fréquente dans les campagnes que dans les villes: là, on observe des monomanies religieuse ou erotique; ici, des lypémanies, des monomanies d'orgueil.
14° Civilisation. — On a souvent répété que la fréquence de la folie était en raison directe des progrès de la civilisation , et l'on a menacé l'Europe , et surtout la France, d'une effrayante augmentation du nombre des aliénés. Il y a peu de fous, a-t-on dit , en Turquie , en Russie, etc.: c'est parce que ces pays sont sous le joug du despotisme, qui étouffe les lumières et comprime les passions. Suivant M. de Humboldt, on ne connaît pas la folie parmi les indigènes de l'Amérique du Sud; il en est de même, selon Rush , pour les sauvages de l'Amérique du Nord.
Cette question mérite un sérieux examen. M. Brierre de Boismont, après s'être livré à de longues recherches, et se fondant principalement sur la prédominance des causes morales sur les causes physiques , dans le développement de la folie , est arrivé aux conclusions suivantes :
1° L'aliénation est d'autant plus fréquente, et ses formes plus diverses, que les peuples sont plus civilisés, tandis qu'elle devient d'autant plus rare qu'ils sont moins éclairés.
2° L'augmentation des aliénés suit le développement des facultés intellectuelles, de l'industrie, etc.
3° Le rapport des aliénés à la population est d'autant plus considérable, que les nations ont atteint un plus haut degré de civilisation ; le chiffre de la population n'a point une influence immédiate sur le développement de la maladie , puisque de grandes capitales, des nations très -peuplées, ne contiennent qu'un petit nombre de fous ( De l'influence de la civilisation sur le développement de la folie; m /finales d 'hygiène publique, avril 1839, p. 241- 29.5).
Esquirol (ouvr. cit., t. i, p. 49), MM. Dubois (d'Amiens^, Parchappe, etc., ont énergiquement combattu cette doctrine.
"Rien de moins fondé, dit M. Parchappe, que l'opinion qui fait de l'aliénation mentale une maladie de b civilisation... Dire que le nombre des aliénés est
en raison directe deî progrès de la civilisation , c'est dire que le perfectionnement de l'étal social est une cause prédisposante de l'aliénation mentale; c'esl avancer une opinion que les f.iiis n'ont pas prouvée, et que la raifon repousse» loc.cit., p. 62 ■■•
Voici les [principales objections qui peuvent être adressées i IL Bi ierre de Boismont :
1° il n'est pas prouvé que le nombre des aliénés
augmente suivant un rapport plus grand que l'accroissement de la population.
2° On compte un plus grand nombre d'aliénés , parce que la maladie est mieux connue , parce qu'on s'en occupe davantage , parce que les préjugés des familles s'effacent, parce que les aliénés se concentrent dans les grands établissements.
3° L'influence de la civilisation doit ressortir du rapport connu entre le nombre des aliénés et le chiffre de la population dans divers pays. Or, en classant les pays d'après cette considération , le maximum de civilisation appartiendrait à la Norvège , et le minimum au Piémont!
4° Il est une foule de causes qui produisent la folie , et qui sont absolument indépendantes de l'état de civilisation.
5° On n'a pas tenu compte des causes déterminantes qui varient avec les différentes époques.
6° On n'a pas distingué ce qui appartient réellement à la civilisation de ce qui doit être attribué à l'agglomération des hommes et à l'accumulation des richesses. Ces deux dernières circonstances sont toujours une cause de corruption dans les mœurs , et celle-ci est en effet une des causes les plus actives de la folie.
7° Les excès sensuels, l'ivrognerie, sont les causes les plus fréquentes de la folie: or, les progrès de la civilisation doivent de plus en plus faire disparaître cet ordre de causes.
Si la civilisation exerce une influence sur le nombre des aliénés , c'est par le développement qu'elle imprime à l'activité cérébrale, par l'impulsion qu'elle donne aux intérêts de fortune et de réputation.
En résumé , dit M. Parchappe , les progrès de la civilisation ont une influence complexe sur le nombre des aliénés qu'ils tendent à accroître par certains de leurs éléments , et à diminuer par d'autres.
Que serait , en définitive , la résultante de ces forces diverses , à supposer que le progrès de la civilisation eût conduit l'état social aussi près que possible de la perfection ?
Je ne doute pas que le résultat définitif ne fut une diminution du nombre des aliénés , parce que le progrès social doit avoir pour résultat d'augmenter l'instruction, l'aisance, la moralité, de diminuer les habitudes vicieuses , de maîtriser les passions(/oc. cit., p. 65).
Nous n'ajouterons rien à ces considérations , dont personne ne pourrait contester la justesse.
On a prétendu que la folie était la maladie des gens d'esprit, et qu'une grande richesse d'organisation cérébrale constituait une prédisposition à l'aliénation : ceci est une erreur. Si l'on a vu des hommes de génie devenir fous , c'est qu'à une imagination très-vive, à une grande exaltation, à une
FOL
grande mobilité dans les idées, ils associaient de grands écarts de régime , auxquels leur organisation les exposait plus que les autres hommes; c'est que des causes déterminantes puissantes ont agi sur eux.
«L'homme, dit M. Parchappe, dont les facultés intellectuelles, énergiques et complètes sont bien équilibrées , supporte , sans que sa raison fléchisse, et les revers de la fortune, et les injustices des hommes, et les chagrins, et les déceptions de toute espèce, quoiqu'il ressente dans toute leur plénitude les souffrances inhérentes à la vie ; tandis que, dans les organisations médiocres ou défectueuses , dont les facultés incomplètes ou disproportionnées sont également impuissantes à maîtriser les passions , et à triompher de la douleur, la raison succombe au premier choc. »
B. Causes déterminantes.— 1° Causes physiques. — a. Causes hygiéniques. — Un froid excessif, une chaleur brûlante, du moins dans les pays tempérés , pourraient , au dire de quelques auteurs, produire la manie. Sur 14 femmes, chez lesquelles des causes physiques avaient déterminé la folie puerpérale , 1 0 fois c'est l'impression du froid qui a causé la maladie; les excès vénériens, l'onanisme , sont des causes déterminantes fréquentes de folie ; l'abus des liqueurs alcooliques est regardé par la plupart des médecins comme une cause puissante ; Fodéré , Georget , pensent qu'on a singulièrement exagéré son influence: «En Angleterre, dit ce dernier, on buvait autrefois au moins autant qu'à présent , et cependant le nombre des aliénés s'y est accru d'une manière prodigieuse depuis quelque temps ; en France, on est infiniment moins ivrogne de nos jours, et cependant les fous s'y multiplient continuellement »; l'influence que l'ivrognerie exerce sur l'encéphale se traduit d'ailleurs par des symptômes qui n'appartiennent pas, en réalité, à la folie (v. Deliriumtremens). Suivant Hebreard, la folie est assez souvent déterminée (27 fois sur 1000) par des émanations malfaisantes, métalliques, méphitiques, par la vapeur du charbon. Les veilles insolites produisent la folie ; mais à leur influence se joint presque toujours celle d'aulres causes. b. Causes physiologiques. — Au rapport de Henke et de Masius , le travail d'évolution organique serait par lui-même une cause déterminante de pyromanie. Esquirol cite l'exemple d'une femme qui , dans deux grossesses , devint aliénée le premier jour de la conception; l'accès ne dura chaque fois que quinze jours. Nous pensons que les conditions physiologiques ne peuvent jamais être que des causes prédisposantes de folie, c. Causes pathologiques. — Les inflammations encéphaliques , les coups , les chutes sur la tête , ne déterminent que rarement l'aliénation mentale. Les désordres menstruels , la suppression d'un écoulement habituel , du flux hémorrhoidal , d'un ul-
206 — FOL
cère , la disparition d'un exanthème , ont été placés parmi les causes déterminantes de la folie. Ici encore nous ne voyons que des causes prédisposantes, et ces phénomènes doivent le plus ordinairement être considérés plutôt comme des effets que comme des causes de la maladie. De ce que , dans la folie puerpérale , le lait , les lochies , se suppriment ou diminuent quelquefois, de ce que les symptômes de l'aliénation se manifestent quelquefois immédiatement après le sevrage , les anciens auteurs avaient cru pouvoir établir qu'il se faisait dans les cas de ce genre une métastase. L'opinion du lait remonté , comme cause de folie , est encore populaire. Les cas dans lesquels on voit le lait ou les lochies se supprimer brusquement sans que la folie éclate , ceux dans lesquels la folie puerpérale se manifeste sans que la sécrétion lactée et l'écoulement des lochies éprouvent le moindre trouble, l'impossibilité de constater par l'examen du cadavre la présence de lait dans le crâne (voy. p. 200), ne permettent plus d'adopter cette manière de voir. Pendant et après l'accouchement et l'allaitement , la femme est dans un état de susceptibilité qui la rend plus dépendante des influences extérieures, des causes morales : c'est ce qui explique le développement assez fréquent de la folie chez les accouchées et les nourrices. Quant à la suppression du lait et des lochies, c'est ici un effet et non une cause. Pinel a considéré les inflammations gastro-intestinales comme pouvant produire la folie : il est assez difficile de se prononcer à cet égard. «Je crois avoir constaté , dit M. Galmeil ( Dictionnaire de médecine , art. Manie, t. xix, p. 123 ), que les cas où le développement des lésions gastro-encéphaliques est simultané sont les plus ordinaires ; mais comme il arrive que le ventre est déjà très-malade lorsque la folie est encore peu marquée , l'on conçoit l'opinion de ceux qui considèrent la manie comme un résultat symptomatique d'un état inflammatoire du canal intestinal. D'un autre côté , comme le cerveau est presque toujours légèrement surexcité plusieurs semaines avant que l'aliénation mentale soit dans toute son évidence , l'on peut soutenir avec quelques avantages que la phlegmasie intestinale s'est établie par la réaction de l'organe de la pensée sur l'appareil de la nutrition.» Cette dernière hypothèse est celle à laquelle nous nous rangeons le plus volontiers. Les fièvres graves , les vers intestinaux , la syphilis , ont été placés sans plus de certitude parmi les causes déterminantes de la folie. L'épilepsie est une cause manifeste et puissante d'aliénation. Au début , les attaques qui la constituent sont souvent suivies de troubles passagers des fonctions intellectuelles ; mais lorsque la maladie se prolonge , les épileptiques finissent par devenir maniaques, et, plus fréquemment encore, déments. L'association de l'épilepsie et de l'aliénation est tellement fréquente ,
FOL
FOL
que quelques auteurs en ont tiré des conclusions que nous examinerons plus loin ( voy. Nature ).
2° Causes morales. — Toute impression morale vive peut devenir une cause déterminante de folie. Georget énumère dans l'ordre suivant les perturbations qui exercent l'influence la plus marquée et la plus commune : les excès d'étude , l'exaltation de l'imagination produite par des lectures , des spectacles, des conversations , des sociétés , le désir non satisfait de l'union des sexes, l'amour-propre blessé , l'orgueil humilié , la colère , la frayeur, l'excès de zèle et les scrupules religieux , les terreurs de conscience excitées par des prédications effrayantes, l'amour contrarié, les revers de fortune, le passage subit de l'aisance à la misère, des grandeurs et du pouvoir à l'abaissement, la jalousie, les contrariétés et les chagrins domestiques , la honte, les remords, la pudeur outragée, l'ennui.
L' imitation estune cause déterminante fort remarquable de certaines monomanies raisonnantes ou instinctives. La monomanie religieuse , l'érotomanie, la monomanie suicide, la pyromanie, et la monomanie homicide , sont les formes de folie qui se propagent le plus ordinairement par l'influence de cette cause. L'ï~ mitation s'exerce de différentes manières ; tantôt c'est par voie d'épidémie ; dans ce cas, les idées qui constituent l'objet de la folie se généralisent, deviennent prédominantes pendant une époque plus ou moins longue, entrent dans les mœurs, et la maladie atteint un nombre considérable d'individus. Les monomanies épidémiques sont raisonnantes; les monomanies religieuses, erotiques et suicides, sont celles qui se développent le plus fréquemment de cette manière. D'autres lois l'imitation est contagieuse: la folie est raisonnante ou instinctive, et n'atteint qu'un petit nombre d'individus; la pyromanie et la monomanie homicide se propagent surtout par cette voie. L'imitation contagieuse se produit dans des circonstances di\ erses. Tantôt c'est l'exemple qui l'a fait naître : un aliéné voit tuer un cochon , il va égorger un homme Gall , .S'///- les /onctions du cerveau, etc., t. i\, p. I 99 ; UD homme assiste au supplice d'un criminel , il est lajsj tout à coup du désir le plus véhément de tuer.
L;i publicité' donnée à certains actes, les narrations que l'on en [ait , éveillent .souvent le désir d'en commettre un semblable. Ksquirol , M. Lucas (Surl'imiifitum contagieuse , thcsr.de l'-'iis, 1833) , rapportent des exemples qui ne permettent aucun doute
a .cl égard, et qu'ils ont obsenes après |c pinces d'Henriette Cornirr.
Quelque foi 8 ce désir esj éveijjé par une circon-
>1.jii<t l/i tuile, lue dame d'un rang ti<\--c!e\ é, ayant
eu la curiosité de visiter le lieu ou Papavoine avait
CQminil son crime, lut prise, a I m I aul même de ino-
nomanie homicide ( Bertrand , in le Globe 3 t. iv, p. 4).
Après avoir indiqué d'une manière générale les causes déterminantes de la folie, il nous reste à étudier la fréquence relative de ces causes les unes par rapport aux autres , suivant la forme de la folie , et suivant le sexe.
1° Fréquence relative des causes déterminantes de la folie les unes par rapport aux autres. — On a d'abord cherché à apprécier la fréquence relative des causes morales et des causes physiques ; mais les chiffres les plus contradictoires ont été donnés à cet égard par les auteurs.
Les causes morales ont été considérées comme les plus fréquentes par Pinel ( 464 c. m. contre 219 c. p.);parHebreard(544 cm. contre 465c. p.); par Georget, MM. Voisin, Falret, Guislain (202 c. m. contre 120 c. p. ) ; mais Bertolini a trouvé un nombre égal pour les cames morales et physiques , et la prédominance de ces dernières a été soutenue par Esquirol ( 730 c. p. contre 490 c. m. )? MM. Saviart et Desportes ( 7.377 c. p. contre 1,601 c. m. ); les chiffres de ces derniers constatent même une différence qu'on a de la peine à comprendre.
M. Parchappe, convaincu avec raison que des différences aussi notables ne devaient pas pouvoir exister lorsque la science possède un nombre si considérable de faits , s'est demandé si elles ne devaient pas être imputées au défaut, pour les recherches de ce genre, d'une direction uniforme , bien établie , et il lui a été facile de démontrer que de nombreuses défectuosités pouvaient être reprochées à toutes ? et à chacune des statistiques fournies par les auteurs. Dans les unes, le nombre total des observations, celui des causes inconnues, est déterminé; dans les autres, on n'eu a pas tenu compte : des causes prédisposantes ont été rangées parmi les causes déterminantes ; les dénominations de causes manquent de précision , etc. «Eu résumé , dit M. Parchappe, les documents ne reposent point suides faits certains et comparables, double caractère qu'ils devraient offrir pour qu'on pût en tirer des inductions réellement scientifiques.»
M. Parchappe s'est efforcé de se mettre à l'abri de toute source d'erreur , et après avoir apporté dans ses recherches toute la i igueur possible , il est arrivé à constater que les causes morales l'emportent en fréquence sur toutes les autres causes déterminantes réunies. Le rapport est le suivant :
Sur 385 aliénés,
243 causes morales , 63 sur 100.
142 causes de toute nature, 37 sur 100.
lal
«Je ne doute pas, dit M. Parchappe, que ce lésulue doive être confirmé par toutes les leeherches
FOL
qui seront faite avec une suffisante exactitude» ( loc. cit., p. 17).
Dans la folie puerpérale , les causes morales sont aux causes physiques : : 4 : 1 .
En étudiant l'influence des différentes causes considérées isolément , on trouve les deux statistiques suivantes: 9,561 malades, observés à la Salpêtrière et à Bicêtre,ont permis d'établir les rapports ci -dessous :
207 — FOL
Malgré le nombre beaucoup moins considérable de faits sur lesquels repose cette dernière statistique, nous ne balançons pas à la mettre au-dessus de la précédente, pour l'exactitude probable des rapports.
En groupant toutes ces causes , pour en former des classes principales, on trouve les rapports suivants :
Causes organiques cérébrales.
Excès sensuels.
Causes organiques non cérébrales *
propres à la femme Famille et affections.
Fortune.
Amour.
Causes externes.
Causes organiques non cérébrales,
communes aux deux sexes.
Réputation.
Conservation.
Religion et conscience.
Excès intellectuels.
Patrie.
34 sur 100.
385 aliénés, observés à l'hospice de Saint-Yon, à Rouen , ont fourni des rapports différents :
Excès sensuels. 1 9 sur 1 00.
Famille et affections. 1 8 —
Abus des boissons alcooliques.
Fortune.
Conservation.
Amour contrarié.
Revers de fortune.
Chagrins domestiques.
Amour.
Perte d'une personne aimée.
Causes organiques cérébrales.
Frayeur.
Causes organiques non cérébrales ,
propres au sexe féminin.
Religion et conscience.
Réputation.
Suite de couches.
Colère.
Dévotion exaltée.
Inquiétude à propos d'intérêt d'argent.
Jalousie.
Chagrin à propos d'atteintes à la réputation.
Causes organiques non cérébrales,
communes aux deux sexes.
Excès intellectuels.
Gauses externes.
Patrie.
Causes morales. 63 sur 100
Excès intellectuels et sensuels. 20 —
Causes organiques. 15 — Causes externes. 1 —
2° Fréquence relative des causes déterminantes de la Jolie par rapport au sexe. — Le sexe exerce une influence remarquable sur l'ordre de fréquence des causes déterminantes de la folie. Pour ne point multiplier ici les tableaux statistiques , nous nous contenterons de reproduire ceux de M. Parchappe, c'est-à-dire ceux auxquels on doit accorder le plus de confiance.
Hommes. Femmes.
55 sur 100 71 sur 100.
Les dix causes les plus fréquentes de l'aliénation mentale se classent ainsi :
Hommes.
1° Abus des boissons alcoo liques.
Causes morales.
Excès intell, et sensuels.
Causes organiques.
Causes cérébrales.
Causes inconnues.
Femmes.
1° Chagrins domestiques.
2° Revers de fortune.
3° Perte d'une personne aimée.
4° Suite de couches.
5° Amour contrarié.
6° Abus des boissons alcooliques.
7° Frayeur.
8° Jalousie.
9° Dévotion exaltée.
10° Colère.
2° Revers de fortune.
3° Perte d'une personne
aimée.
4° Frayeur.
5° Idiotisme.
6° Chagrins domestiques.
7° Colère.
8° Dévotion exaltée.
9° Amour contrarié.
10° Inquiétudes à propos d'argent.
3° Fréquence relative des causes déterminantes de l'aliénation mentale par rapport à la forme de la jolie. — «Ce serait une étude d'un grand intérêt , dit M. Parrhappe, que celle qui conduirait à apprendre jusqu'à quel point les causes déterminantes de la folie ont de l'influence sur les formes de l'aliénation mentale; mais cette question est encore. insoluble. D'une part, les espèces symptomatiques de la folie ne sont pas rigoureusement et incontestablement déterminées; d'autre part, les recherches manquent.»
FOL
FOL
Pinel établit que les causes morales entraient pour 00 sur 100 dans la manie, pour 88 sur 100 dans la mélancolie , pour 56 sur 100 dans la démence. Rsquirol est arrivé à des résultats contradictoires : il établit que les causes morales entraient pour 59 >ur 100 dans la manie, et pour 56 sur 100 dans la mélancolie. Pour M. Parchappe , les causes morales entrent pour 64 sur 100 dans la manie, pour 77 sur 100 dans la lypémanie , pour 50 sur 100 dans la démence paralytique.
M. Parchappe donne ensuite, quant aux causes considérées isolément, le tableau comparatif suivant, que nous réduisons aux causes principales :
Excès sensuels.
Famille et affections.
Manie.
Lrpèm. Démène.
Fortune.
Conservation.
Amour.
Causes org. propres à la femme.
Religion.
paral.^
En résumé , les causes de la folie restent plus fréquemment inconnues chez la femme ( 23 sur 100 ) que chez l'homme (14 sur 100).
Les causes cérébrales , c'est-à-dire celles qui se résument en une influence directement exercée sur le cerveau (causes morales, excès intellectuels et sensuels , causes organiques cérébrales), sont les causes ordinaires de la folie (91 sur 100).
Les causes morales l'emportent eu fréquence sur les autres causes déterminantes réunies ( 63 sur 100 ).
Les intérêts d'argent représentent un mobile également puissant chez les deux sexes.
Les causes cérébrales proprement dites sont plus fréquentes chez l'homme (95 sur 100) que chez la Femme (88 sur 100).
Les causes morales sont plus fréquentes chez la Femme ( 71 sur lOO) que chez l'homme (55 sur
La cause la plus active est, chez l'homme, l'abus dei botSSODJ alcooliques.
I i etnse la plus active, chez la femme est celle qui M lie aux chagrins domestiques.
Chez L'homme . ce tout lee excèi lensucli qui se
(ruinent ;iu premier rang d'influence; chez la
Femme, ce sont lee intérêt! de famille et d'affections.
Le rapport de la 1 1 1 uuem e de la folie entre
les den h m- d'une localité a l'autre.
L'àgC qui prédispose le plus à la Folie tombe entre 30 et 40 ans.
La folie est plus hâtive chez l'homme que chez la femme.
La prédisposition à l'aliénation mentale se transmet par la génération.
La fréquence de la folie , dans notre climat , est en raison directe de l'élévation de la température.
Le célibat et l'état de veuvage paraissent être une prédisposition à l'aliénation mentale.
Les résultats formulés dans ces conclusions paraissent liés entre eux par une subordination commune, par une loi générale, dont ils seraient chacun l'expression partielle.
En effet , tous les maximum de fréquence se résument, dans chaque ordre de causes ou de prédispositions, en un maximum d'action cérébrale (causes cérébrales, causes morales } excès sensuels, âge des passions , saison chaude).
On conçoit bien que l'impulsion donnée au trouble fonctionnel , par lequel débute l'aliénation , doit être généralement un excès d'action cérébrale ; seulement il ne faut pas perdre de vue que cette première impulsion, pour devenir efficace , a besoin de rencontrer une organisation en quelque sorte préparée. C'est ainsi que concourent les prédispositions et les causes déterminantes ( Parchappe , loc. cit., p. 55-57).
Ces conclusions ne s'appliquent pas à la démence simple ou paralytique , ni à la folie compliquée d'épilepsie.
Nous avons donné une grande étendue a l'étude des causes de la folie. Elle nous était commandée par l'importance qui se rattache à ce sujet.
Traitement de la folie. — Nous allons étudier d'abord le traitement de la folie , en le considérant d'une manière générale, et nous établirons ensuite le traitement rationnel de chacune des formes de l'aliénation mentale.
A. Traitement général. — Le traitement général de la folie peut être partagé en traitement hygiénique , en traitement pharmaceutique , physique ou médical , et en traitement moral ou psychique. Malgré ce que cette division a d'arbitraire, nous l'adopterons , parce qu'elle nous permettra d'apporter plus d'ordre dans notre description.
1° Traitement hygiénique. — Les malades doivent être placés dans un local sec, favorablement disposé pour la ventilation , situé au sud-est chez nous, à l'est dans les pays chauds, au midi, dans les pays froids (KsquiroP. Ce local doit présenter des dispositions intérieures qui varient avec les symptômes que présente l'aliéné. Le degré de température et de lumière doit également varier selon les circonstances: toutefois, on empèehera toujours les aliénés de s'exposer, eu été, aux ardeurs du soleil, en hiver, à
FOL
FOL
Un froid rigoureux. Il y a de l'avantage, quelle que soit la position de fortune des malades , à les faire traiter dans un établissement consacré aux aliénés : l'énumération des conditions que doit réunir cet établissement, pour être le plus parfait possible, n'entre ni dans le cadre ni dans l'esprit de cet article.
En général, l'exercice est salutaire aux aliénés; il faut donc leur laisser toute liberté de mouvements , et même leur imposer des occupations qui exigent un certain développement des forces musculaires : les exercices du corps, l'équitation, la paume , la danse, l'escrime , la natation , la gymnastique , la culture de la terre , sont, parmi les moyens de ce genre , ceux auxquels on doit accorder la préférence. Quelquefois, cependant , il faut au contraire maintenir les aliénés en repos , ou même les attacher , soit au moyen de la camisole de force, soit au moyen de liens.
Les vêtements doivent être chauds, aisés, faciles à mettre et à enlever. L'application de la flanelle sur la peau est avantageuse; on se trouve bien de l'usage de frictions sèches. La tête doit être ordinairement nue; mais il faut s'opposer avec force à ce que les malades se dépouillent de leurs vêtements, marchent nu-pieds, etc.
Le lit doit être solidement fixé ; la literie doit se composer d'un matelas , d'un sommier, d'un traversin, d'un oreiller; le corps doit reposer sur du crin; les couvertures seront légères; cependant, dans les grands froids , elles doivent garantir suffisamment les malades.
Les soins de propreté réclament une attention toute particulière ; la plupart des aliénés croupiraient dans la malpropreté , dans leurs excréments , si on n'avait pas l'attention, de les nettoyer. Les bains, les ablutions , le lavage du local, ne doivent donc pas être négligés.
L'alimentation doit être substantielle, sans être excitante; les aliments seront simples, non épicés , de facile digestion ; leur abondance sera proportionnée à l'appétit des malades; dans tous les cas, on ne devra pas les donner tous à la fois, ainsi que cela se pratique dans quelques établissements où ils sont distribués le matin pour toute la journée ; il faut les distribuer avec discernement et régularité ; la diète n'est que rarement nécessaire ou utile ; souvent elle est impraticable. «La colère et la fureur qui suivraient un refus d'aliment, dit Georget, feraient plus de mal, que la privation de bien. Lorsque les malades s'obstinent à ne pas manger, il faut les nourrir avec des bains, des lavements nutritifs, au moyen de la sonde œsophagienne , à condition , toutefois, qu'il n'existera aucun symptôme de phlegmasie gastro-intestinale. Presque tous les aliénés sont tourmentés par la soif : un liquide plus ou
moins aqueux doit donc toujours être à leur disposition.
Les sécrétions , les excrétions , doivent être maintenues avec soin dans leur état habituel; la constipation sera combattue toutes les fois qu'elle aura lieu.
2° Traitement pharmaceutique. — Il ne faut pas s'attendre à trouver ici la longue et fastidieuse liste de tous les médicaments qui ont été préconisés comme des spécifiques contre l'aliénation mentale , de tous les moyens bizarres qui ont été proposés par quelques auteurs : le lecteur qui serait désireux de les connaître en trouvera une énumération fort complète dans l'ouvrage de M. Guislain ; nous ne nous occuperons, dans ce paragraphe, que des agents thérapeutiques auxquels on a généralement recours dans le traitement de la folie , et de ceux que des recherches sérieuses , quoique encore trop peu nombreuses, recommandent à l'attention des médecins.
Eau. — L'eau a été administrée aux aliénés de toutes les manières , à toutes les températures. Avenbrugger , Hufeland, Theden , conseillent l'eau froide bue à l'intérieur , à la dose d'un verre toutes les heures : Théden fut guéri d'une lypémanie suicide en buvant jusqu'à vingt-cinq et trente livres d'eau dans les vingt-quatre heures. On a recommandé les lavements d'eau simple , la douche ascendante , par le rectum, pour vaincre la constipation opiniâtre, pour provoquer une irritation dérivative. Les compresses froides , la glace ^appliquées sur la tête d'une manière continue, calment la céphalalgie , la fureur; prévient la congestion cérébrale.
Les bains jouent un rôle important dans le traitement de la folie : on en administre de différentes sortes.
Bains simples tièdes. — L'eau doit être à la température de 20 à 25 degrés : le bain peut être prolongé pendant plusieurs heures de suite pour les sujets maigres, nerveux, irritables ; dans ce cas on applique en même temps des compresses froides sur la tête.
Bains simples froids. — Ils conviennent aux sujets forts , jeunes , robustes , qui se plaignent sans cesse d'une chaleur interne brûlante.
Bains d'immersion. — On plonge le malade dans' de l'eau froide , et on le retire aussitôt. L'immersion peut être réitérée de trois à six fois.
Bains de surprise. — Alors qu'il s'y attend le moins , on jette le malade dans un réservoir dans une rivière , dans la mer : ce moyen fait partie du traitement moral, car il n'agit que parla frayeur qu'il occasionne.
Bains d'af fusion. — Le malade étant assis dans une baignoire vide, on lui verse sur la tête de l'eau, dont on baisse la température à chaque bain (Currie).
FOL
FOL
M. Leuret préfère que le malade soit couché , les membres étendus , et que l'eau soit alors lancée avec une certaine force, de manière à glisser sur la peau. L'on projette ainsi de six à vingt seaux d'eau froide.
Douche. — Le malade est assis «sur un fauteuil, ou , ce qui va :t mieux, plongé dans un bain d'eau iiede ou froide : un robinet, ayant au plus deux centimètres de diamètre, placé à deux n;ètres au-des.us de sa tète, laisse tomber sur le cuir chevelu de l'eau à température de 6 a 10 degrés au plus. La douche dure de trois à trente secondes : elle peut être recommencée plusieurs fois. La douche agit par le froid et par la percussion : sous ce point de vue elle est utile dans les mêmes cas que les bains froids, que les ai fusions. «Il est des aliénés jeunes, forts, actifs, qui réclament la douche; ils éprouvent, après l'avoir reçue, un sentiment de fraîcheur à la tète qui leur est très-agréable, et souvent très utile» ( Esquirol, ouvr. cité, t. i , p. 148 ). La douche agit aussi , et surtout, par la douleur qu'elle détermine : de ce point de vue, elle appartient au traitement moral. On a proposé remploi de douches chaudes dans la démence.
Pétliluves. — Les bains de pieds, rendus irritants par la température élevée de l'eau, par l'addition de muriatc de soude , d'ammoniaque, de moutarde, produisent souvent une irritation éloignée salutaire.
Smissions sanguines. — On a proposé de tirer du sang en ouvrant une veine au bras , au pied, au rou, en divisant Tarière temporale; en appliquant des sangsues aux tempes , derrière les oreilles , sur le trajet des veines jugulaires , au nez , à l'anus , à la vulve, aux pieds; en mettant des ventouses scarifiées sur la tète , à la nuque, derrière les épaules, etc. Les émissions sanguines ont fait pendant quelque temps la base du traitement des aliénés, et donnèrent lieu .i <|, li, lieux abus. Se fondant sur des idées théoriques non démontrées , ou manifestement fausses, sur quelques laits isolés de guérisons, quelques médecins firent un emploi immodéré de la saignée. cel égard, a quelquefois été si grand, dit K-quiiol, qu«' j'ai donné des soins à un aliéné qui ,\,iw été saigne treUe fois en quai ante-huit heuii de fane des saluées extrêmei,,,,,! copieuse! de l l \ livres de sang , et l'on I il,,, pour justifier Ce préeepte . de> exemples de gué-
i itoDi instantanée! obtenues jm ce, moyen, l'inel s'éleva a\e. : force eunhe eelle doelliue J il UlOlllia que 1rs émiviou» sanguines répétée*, abondantes, étaient extrêmement nuisiblr> aux aliènes, qu'elles les pjoû- |.r.iu ni dans nu .if faiss< nient extrême, ou, au contraire, dans un étal d'agitation et de fureur ; qu'elles hatiient le développement de la démenée. Esquirol confirma le de Pinel. «J'ai vu plusieurs
lois, «li!-iL la lolie.iu^menlei apies dcl ic.gles abon-
dantes, après des hémorrhagies, après une, deux ou trois saignées; j'ai vu l'état de tristesse passer à la manie, à la fureur , aussitôt après la saignée , et réciproquement, la démence remplacer la manie» (ouvr. cité , t. i , p. 152 ). Les émissions sanguines sont généralement peu employées aujourd'hui ; elles ne sont indiquées que lorsque la folie est récente, aiguè , accompagnée des signes de la congestion cérébrale, lorsqu'elle s'est manifestée consécutivement à la suppression d'une hémoi rhagie habituelle , lorsque dans le cours d'une folie chronique il survient des signes manifestes de congestion , d'inflammation cérébrales. Dans toutes ces circonstances , on doit pratiquer une ou deux larges saignées, appliquer des sangsues aux apophyses mastoides , à la base du crâne, etc. Georget pense que les saiguées locales sont presque toujours préférables à la phlébolomie.
Emctiqucs. — Gox place les vomitifs au premier rang, dans toutes les périodes de lafolie; J. Frank assure qu'ils deviennent souvent une ancre de salut. Burrows restreint leur usage à un petit nombre de cas, Haslam n'en fait aucun cas; Daquin les regarde comme nuisibles. L'émétique ne doit être employé que lorsqu'il n'existe aucun signe d'éréthisme , de pléthore cérébrale : dans les circonstances opposées il pourrait déterminer des accidents graves. Haslam a vu , chez un malade pléthorique, l'usage de Térnétique provoquer l'apoplexie. Georget assure que les vomitifs exercent ordinairement leur action sur les aliénés, à la même dose que sur les autres malades; J. Frank établit, au contraire, qu'il faut faire prendre aux premiers une dos,e à peu près trois fois plus forte que de coutume ; il donnait l'émétique à la dose de deux onces (00 grammes), divisés par dix grains (5 décigr.), qu'on administ:e de deux heures en deux heures , en solution dans une livre d'eau distillée (500 grammes). Quelques auteurs ne prescrivent l'émétique qu'à dose nauséeuse, et conseillent de le mêler aux aliments. Georget a attribué celte méthode a J. Frank : c'est une erreur ; ce dernier la blâme, au contraire, énergiquement : «II ne faut jamais mélanger l'émétique aux aliments, dit-il; quelquefois j'ai mis du tartre émétique dans les aliments du malade à son insu, mais il est résulté de là qu'il a conçu l'idée de poison, et par suite il refusait toute espèce d'aliments.»
PurgalMf, — Les purgatifs ont été précouisés contre la folie dans tous les temps; l'ellébore avait acquis auprès des anciens auteurs une réputation de spécificité , que l'observation rigoureuse ne hua malheureusement pas ci, mené*. De nos jours encore, les purgatifs sont employés dans le plus grand nombre des cas d'aliénation mentale; leur usage est en effel souvent indique pour combattre la constipation, si commune chez les aliènes; on les emploie aussi
FOL
comme dérivatifs; mais , dans ce dernier cas, ils produisent quelquefois un effet opposé à celui que l'on voulait obtenir. «Les purgatifs, dit Esquirol, causent souvent de l'irritation , ils suspendent l'activité de la peau : pour prévenir ces accidents ou les effets consécutifs, il faut les alterner avec des bains lièdes.» II est des aliénés qui se croient très-bien portants, et qui se refusent à toute médication : pour triompher de leur répugnance , Esquirol conseille de leur administrer un purgatif à leur insu; il survient des douleurs abdominales, des évacuations, l'aliéné s'inquiète sur sa santé, et il devient docile. Lorsque l'on met cette petite ruse en pratique, il ne faut pas oublier l'observation de J. Frank, et éviter de mêler le purgatif aux aliments.
Les substances les plus communément employées sont l'extrait de gratiole officinale ( J. Frank , à la dose de 1 1/2 gramme à 4 grammes , dans les vingt-quatre heures ) , la racine d'ellébore blanc [a la dose de \5 centigrammes à 1 1/2 gramme, dans les vingt-quatre heures); la gomme-gutte , l'aloès. MM. Chrétien, de Montpellier, Salmade,Sédillot, proposent la coloquinte, administrée en frictions sur le ventre; M. Chrétien regarde presque cette substance comme un spécifique. Esquirol Ta essayée sans résultat ; non-seulement elle n'a pas guéri , dit-il , mais elle n'a pas purgé, administrée en friction , excepté deux fois à la suite de couches. Lorsque l'on soupçonne chez un aliéné la présence de vers intestinaux , il faut prescrire les anthelmintiques, le calomel , l'huile de ricin , etc. Jos. Frank préfère aux drastiques, les purgatifs doux : il administre le petit-lait, le miel , les eaux minérales, savonneuses ou salines , etc.
Narcotiques. — Opium. — Gullen , Daquin , vantent beaucoup l'opium ; J. Frank limite son usage aux folies périodiques et puerpérales , Esquirol le rejette presque entièrement. «Depuis longtems, ditil, Valsalva , Morgagni , avaient proscrit les opiacés, et la pratique journalière confirme le jugement de ces grands maîtres ; ces médicaments sont plus nuibles que salutaires, surtout lorsqu'il y a pléthore ou congestion vers la tête» Suivant Esquirol, l'insomnie opiniâtre elle-même ne justifie pas l'emploi de l'opium; le régime, l'exercice, le travail, les bains tièdes ou frais, sont dans ce cas les véritables remèdes.— Jusqulame. L'extrait de jusquiame a été vanté par Fothergill {Mem.ofthemed. soc. oj'London, t. \, p. 310), Storck. Son efficacité a été mise en doute par Greding. Jos. Frank.— Datura stramonium. Le datura stramonium aurait amené la guérison de la folie entre les mains de Storck, d'Allioni, de Reil ( Fiebcrlehre , t. iv , p. 437 ) , de Neubeck (Hujeland's Journ., Bd \xxvi, st. 1 1, p. 1 07), de Tott ( Zfor/i'jr Archiv., 1828, p. 291), de Gunther
— 211 — FOL
{lîufcland'sJourn., novembre 1 839, p.l 11 ), etc. On est assez embarrassé pour juger la valeur de ces observationsj; avec Greding et J. Frank , nous pensons que ce médicament n'est utile que lorsque la folie est accompagnée d'inquiétudes, d'insomnie, d'agitation : la dose est de 5 centigrammes à 1/3 gramme pour l'extrait, et pour la teinture, d^ 1 0 gouttes à 60, répétées deux ou trois fois par jour. — Belladone. La belladone serait utile dans la folie compliquée 4'épilepsie, de visions (voy. Miinch., Diss. observât, prop. circa usum bellad. in melancolia 3 mania et epilepsiat Gœtting , 1783. — Ludwig, Diss. de bellad. ejusque usu in vesania ; lena, 1785) ; Greding, J. Frank , l'ont administrée avec succès à la dose de 5 à 15 centigrammes d'extrait, deux ou trois fois par jour. — Musc. Le musc a été préconisé par Locher, Gmelin , TrukenmUller. Suivant J. Frank, il est utile dans les manies qui résultent de la suppression de maladies cutanées ou de la transpiration, surtout chez les jeunes gens et chez les femmes trèssensibles. — Camphre. Ettmiîller, Sennert, Werlhof , Kinneith ( On the efficacy of campkor in maniacal disorder; in philos. Trans. 3 1727, p. 347), ont vanté le camphre; Avenbrugger pense qu'il est indiqué chez les maniaques qui ont le membre viril contracté pendant le paroxysme, très-grêle, un peu dur, et légèrement fléchi en avant , le scrotum rugueux, et paraissant vide au toucher, les deux testicules soulevés, et comme enclavés vers les parties supérieures, les parties génitales froides. Chez les femmes qui ont un tremblement des doigts , tme torsion particulière des mains en dedans , un pouls concentré {-Experimentum. nascens de remedi,o spccifico in mania; Vienne, 1776, p. 6-145). Borsieri administre le camphre aux mélancoliques , aux aliénés qui ont la face pâle, les extrémités froides , la respiration lente, le pouls peu fréquent (Inst. med. prat. , t. m, p. 189). J. Frank assure que lorsque le camphre n'est point conlre-indiqué parla pléthore ou une phlegmasie des premières voies, il agit comme spécifique dans la manie compliquée d'aidoiomanie , s'il existe des. pollutions, dans la manie puerpérale. Le camphre a été administré par Locher , sous la forme suivante : ?f camphre , 2 grammes ; sucre et gomme arabique , & 8 grammes ; mêlez et ajoutez : vinaigre chaud, 1 5 grammes; eau de fleurs de sureau, 180 grammes; sirop de fleurs de coquelicot, 30 grammes. Il faut donner de cette mixture jusqu'à ce qu'il se manifeste un léger mouvement fébrile. Cullen , Haslam , Cox , n'ont retiré aucun effet de l'administration du camphre. — Digitale. Perfect,Cunïe (Mem. of the med. Soc. of London , t. vi, n° 2 ); Piderit {Prakt. Annalen , st. i, p. 76); Sander {Von dcr Digitalis purpurea als Hcilmitlel gegen die Gcistesvermrrung , m
FOL
FOL
Ann. fur die gesammte Heilk., an. i, heft. 2 , p. 28) , louent la digitale. Cox assure qu'on ne doit pas regarder comme incurable un malade auquel on n'a pas administré ce médicament , surtout si le pouls est fort et fréquent; il cite un aliéné furieux, dont le pouls battait 90 fois ; la digitale fit descendre le nombre des pulsations à 70, et alors l'intelligence se rétablit. Le malade fut guéri après avoir pris pendant plusieurs semaines une dose de digitale suffisante pour maintenir le pouls à 70 pulsations par minute.
Toniques. — « Nous recourons aux toniques sans aucun égard pour la forme de la manie, dit J. Frank, si le malade est épuisé , faible , et lorsqu'il n'y a pas de saburre dans les premières voies.» Gox recommande les toniques lorsqu'il y a de l'apathie , de l'engourdissement. Le fer , le quinquina, sont les deux médicaments le plus généralement employés. Le quinquina est indiqué dans les folies intermittentes régulières [folie périodique), quelle qu'en soit la forme.
Spécifiques. — On ne doit pas négliger l'emploi du mercure lorsque la folie paraît avoir quelque rapport avec une affection syphilitique. J. Frank pense que les frictions mercurielles sont utiles, nonseulement pour résoudre l'obstruction du foie, qui si souvent accompagne les manies ; mais encore pour absorber les épanchements latents qui existent dans le cerveau, pour exciter une salivation salutaire, quelquefois pour l'arrêter lorsqu'elle est nuisible.
Révulsifs. — On a conseillé d'appliquer de larges vésicatoires aux cuisses et aux bras, sur la pulpe des doigts et des orteils (Paracelse); un séton à la nuque ; des cautères à la nuque , aux bras, aux épaules, sur les sutures coronales (Gordon), à la base du crâne, aux extrémités, aux hypochondres (J.Frank). «Ces moyens, dit Esquirol, sont d'excellents auxiliaires pour provoquer une révulsion, remplacer une affection cutanée qui est supprimée , réveiller la sensibilité de la peau, qui est souvent dans l'atonie, exciter une réaction générale, etc. Gordon, Séverin, ont appliqué le fer rouge sur le cuir chevelu; Arnold de Villeneuve veut que l'aetion soit assez profonde pour que les os du crâne paraissent dénudés. Valentin ( Mém. et observ. concernant les bons effets (lu cautère actuel appliqué sur la tète j dan s plusieurs maladies ; Nancy , 1815), a eilé
plusieurs exemple* de guérisons obtenues par lui à l'aide du cautère actuel Georgel a ni une encéphalite mortelle résulter de l'application d'un bouton de fi i rougi nr la tête.
Électricité. Gmelin et Perfecl disent avoir obtenu (ta guérisoni par l'électricité : Esquirol a expérimenté ce moyen pendant deux ans, sur ud grand nombre d'aliénées. I ne leule a {juciï : c'était
une jeune fille devenue maniaque, depuis un mois, à la suite d'une suppression de règles déterminée par une frayeur. Ellefut électrisée pendant quinze jours.; à l'époque menstruelle, l'écoulement parut, et la guérison eut lieu.
Le galvanisme a été essayé par Wennolt et Esquirol ; ce dernier n'a obtenu aucun résulat.
Le magnétisme a été, comme on le pense bien , très-vanté en Allemagne. Esquirol l'a maintes fois essayé , sans jamais lui avoir reconnu la moindre efficacité.
Nous ne parlerons pas de la machine rotatoire de Darwin , et d'autres moyens plus ou moins bizarres , dont l'emploi est généralement abandonnéaujourd'hui.
3° Traitement moral. — Avec M. Leuret, nous entendons par traitement moral , Yemploi raisonné de tous les moyens qui agissent directement sur V intelligence et sur les passions des aliénés. Nous allons donc commencer par indiquer les principaux de ces moyens, en les considérant chacun en particulier.
Isolement. — L'isolement peut être entendu de deux manières : Yisolement absolu , qui consiste à enfermer l'aliéné dans une cellule, dans une loge, où il reste complètement seul ; Yisolement. relatif, qui consiste à placer le malade dans un établissement consacré aux aliénés , pour l'isoler de sa famille , de ses amis , de ses serviteurs , pour le soustraire à toutes ses habitudes.
Visolement absolu ne doit être mis en usage qu'à l'égard des fous furieux , des aliénés qui sont affectés d'une monomanie dangereuse pour ceux qui les approchent, qui ont des impulsions instinctives irrésistibles, etc. ( monomanies homicide , incendiaire, etc.) ; on peut encore y recourir dans quelques cas particuliers, soumis à l'appréciation du médecin; mais, appliqué d'une manière générale, ce moyen serait plus nuisible qu'utile : les distractions qui résultent de la liberté et de la réunion, sont nécessaires aux aliénés, qui d'ailleurs ont besoin d'être soumis à une surveillance de tous les instants.
Visolement relatifs été proclamé utile, nécessaire, par presque tous les médecins qui se sont occupés de l'aliénation mentale. Esquirol a fait valoir en sa faveur les considérations suivantes, sans parler de celles que nous avons indiquées tout à l'heure, et qui , prescrivant l'isolement absolu, s'appliquent, a fortiori, à l'isolement relatif.
Il es! des Individus qui recouvrent la raison dès qu'ils quittent leur domicile, et qui la perdent de nouveau dès qu'ils y rentrent. Esquirol a vu , à la SaJpétrière , plusieurs femmes qui ne pouvaient être raisonnables que dans l'hospice, et qui réclamaient avec instance leur rentrée, sentant, après avoir passé quelques jours dans leur famille, qu'elles al-
FOL
FOL
laient retomber malades. La localité semble exercer une influence par elle-même : Willis fit démeubler les appartements du roi Georges III , lorsque ce prince fut pris de son premier accès de manie.
Presque tous les aliénés sont défiants , soupçonneux; ils s'imaginent être trompés, persécutés par tous ceux qui les entourent : il vaut bien mieux que ces préventions s'exercent à l'égard d'étrangers, qu'à l'égard de parents ou d'amis.
L'isolement produit des sensations nouvelles ; change , rompt la série des idées délirantes ; des impressions inattendues excitent l'attention du malade , et le rendent plus accessible aux moyens qui doivent le ramener à la raison.
Les parents , les amis , les serviteurs du malade ne savent pas , ne peuvent pas résister à ses volontés aussi bien que les étrangers.
La cause du délire existe quelquefois au sein de la famille elle-même (amour, jalousie, etc.).
Souvent les aliénés conservent ou acquièrent momentanément le sentiment douloureux de leur état. Ce sentiment est exalté par la présence des personnes qui ont été témoins des actes de folie du malade , surtout lorsque ces personnes le touchent de près. «Les aliénés, dit Esquirol, ont le sentiment du mal qu'ils font , leur délire s'exaspère par la présence de leurs parents, dont ils font le malheur.»
Les souvenirs antérieurs à la maladie ont une grande influence sur les idées des aliénés : or , le changement de lieu et de personnes, affaiblit ces souvenir , et amène un calme salutaire.
Les privations que l'isolement impose deviennent quelquefois la cause de phénomènes précieux pour la guérison. L'ennui, la crainte qu'éprouve le malade , lui donnent le désir et la force d'accomplir ce qu'on lui demande pour changer sa position.
Dans une maison consacrée aux aliénés , les localités offrent des facilités qu'on ne pourrait pas établir dans une maison particulière.
Enfin, la présence d'un aliéné dans une famille composée de plusieurs enfants,, particulièrement de jeunes filles , peut devenir une cause prédisposante de folie pour les autres membres de cette famille.
A côté de ces avantages , l'isolement offre néanmoins des inconvénients : il jette quelquefois les malades dans un découragement profond, dans la tristesse , dans la fureur. « Pour sentir les dangers de l'isolement, dit M. Leuret (Du traitement moral de la folie; Paris, 1840, p. 4), il faut avoir été témoin de l'ennui et du désespoir de quelques aliénés , enfermés dans des maisons de santé ou dans des hospices; il faut avoir vu de ces malades isolés , alors que leur intelligence était pervertie sur un point seulement, perdre peu à peu , faute d'excitants
moraux , l'énergie de leurs facultés , et tomber enfin dans la démence. »
Il résulte de tout ceci , que l'isolement ne doit pas être employé d'une manière générale : il n'est point nécessaire si le délire est partiel ou fugace , s'il porte sur des objets indifférents , s'il n'est point entretenu par une passion violente , si le malade n'a point d'aversion pour les lieux qu'il habite , pour les personnes qui l'entourent, si son délire est indépendant de ses habitudes domestiques, si des causes réelles ou imaginaires d'irritation n'existent point dans son intérieur de famille ; enfin , si le malade se prête aux moyens de guérison : l'isolement est rarement utile dans la démence ; il est nuisible lorsque le malade conserve un grand attachement pour les siens , pour les lieux qu'il habite.
L'isolement est, au contraire , indispensable lorsqu'on a des motifs pour craindre que l'aliéné ne se porte à des actes funestes , pour lui ou pour ceux qui l'entourent; il faut isoler les maniaques, les érotomanes , les lypémaniaques , les panophobes , les sujets atteints de monomanie d'orgueil , de monomanie suicide. Les aliénés pauvres doivent être isolés , parce qu'on ne trouve pas chez eux les facilités nécessaires au traitement. « Lorsqu'un aliéné , quel que soit le caractère de son délire , dit Esquirol , a été traité au sein de sa famille pendant un temps plus ou moins long , l'intérêt de sa santé veut qu'on essaye de l'isolement, comme un puissant moyen de guérison.
Combien de temps doit durer l'isolement ? La réponse à cette question est subordonnée à des circonstances qui restent à l'appréciation du médecin. Beaucoup d'aliénés retombent dans la folie pour avoir été rendus trop tôt à leur famille ; beaucoup restent incurables par suite de la même précipitation ; d'autres fois , des malades retombent dans le délire, parce que l'isolement a été trop prolongé. En général l'isolement ne doit cesser que lorsque tous les signes d'une guérison solide se sont manifestés (voy. p. 183). L'isolement est soumis à certaines règles : on ne doit pas réunir dans un même local des malades affectés de la même forme d'aliénation ; les convalescents doivent être placés à part, etc. Ces détails rentrent dans ceux qui sont relatifs a la disposition que doivent présenter les établissements consacrés aux aliénés.
Distraction. — La promenade est surtout utile pour maintenir ou fortifier les forces musculaires et digestives des malades. Les jeux qui occupent l'esprit sont très- profitables ; mais il n'est qu'un petit nombre d'aliénés qui puissent s'y livrer. Les voyages ne sont pas à la portée de tout le monde , et ne sont point toujours sans danger. Le travail est d'une utilité bien reconnue; il commence à être institué d'une
FOL
FOL
manière régulière dans beaucoup d'établissements. La conversation n'a que peu d'efficacité, à moins que d'autres moyens ne lui viennent en aide , et qu'elle n'ait lieu entre un aliéné et un homme jouissant de sa raison. La lecture ne peut que rarement être mise en usage; elle exige une attention et une force de volonté dont peu d'aliénés sont capables. La musique est un moyen puissant; M. Leuret l'a instituée régu lièrement, et en a retiré de grands avantages. L exercice de la mémoire. La réunion au moment des repas: M. Leuret a réuni quatre-vingts malades à une même table ; c'est un moyen précieux pour accoutumer les aliénés à manger proprement.
Stratagèmes. — Souvent il suffit d'un peu d'adresse pour faire cesser une idée prédominante funeste. Un malade croyait ne plus avoir de tête : Philotime lui appliqua sur la tête un bonnet de plomb, et le poids de cette application détruisit l'erreur (Aétius ). Un malade retenait obstinément son urine, dans la persuasion que s'il urinait, il produirait un déluge. On lui fait accroire que la ville brûle , et on le supplie d'uriner pour éteindre l'incendie: il cède, et il est guéri (Donatus). Un homme s'imaginait avoir un nez d'une aune de long ! il fut délivré de cette idée par un chirurgien qui, lui ayant pendu un morceau de foie au bout du nez, en coupa de gros morceaux ( Quercetanus ). Un homme s'imaginait avoir des cornes : on le guérit en lui attachant des cornes de cerf sur la tête , et en les sciant ensuite (Seunert). Une' femme croyait avoir un serpent dans l'estomac : on lui administra un vomitif, et ayant caché un serpent dans le vase, on lui persuada qu'elle l'avait vomi : elle se rétablit (Schenck). Un stratagème analogue fut employé avec le même succès pour une malade qui se figurait avoir des grenouilles dans le ventre ( Gatinarius ). tJn malade s'imaginait avoir toujours froid : on le couvrit d'une peau de mouton trempée dans de l'esprit de vin . el on y mit le feu ; au bout de quelque temps le malade brûlé, joyeux et guéri , s'écria qu'il avait trop chaud ( Zac Lusitanus). Un aliéné réruse de boire: on insiste; il s'emporte et m • : Comment, coquin, tu veux que f 'avale mon frire ' uXéBéchissatM sur relie brusquerie, dit h>quirol,je m'aperçois que le malade voil son image (Uns la bouteille (.umV .-m h l.ible;jela déplace . et dès
Ion il boil sans difficulté. » Dn aliéné s'obstinait à ne faire aucun MCI ûice : pour qu'il sorlîl de sa chambre, il rallall le prendre par les épaules. , i le mettre dehors. Un domestiaue s'asseoil an Face d<- lui , ci le regarde fixement. Le malade, Impatienté, lui demande
(i qu'il vient lnie là. cl s'il compte v rcstci : « Je resterai tant que monsJeur,gar,4éca la chapitre. » Le naal,„j, .snii . el regarde la permission de se promener comme une i.imiu i.diiei i.i acience possède tu grand nombre d'exemples analogues 1 ceux que noui
venons de rapporter. Leur valeur a été diversement appréciée :«Leplusordinairement,dilGeorget,les stratagèmes que l'on met en usage ne produisent aucun résultat ; ou bien la même erreur persiste , le malade supposant que l'on possède les moyens de faire tout ce que l'on veut ; ou bien l'erreur détruite est remplacée par une autre. 11 faut , en général se défier des prodiges que l'on raconte à ce sujet. » Certes , il y a du vrai dans cette asssertion de Georget; mais il est incontestable d'un autre côté, d'après le témoignage d'hommes dont la véracité et le mérite ne peuvent être mis en doute , que les stratagèmes ont quelquefois produit des guérisons remarquables et durables : ils constituent donc un moyen qui ne doit jamais être négligé lorsque l'occasion s'en présente , d'autant plus que son emploi n'offre aucun inconvénient.
Contradiction. — Contrainte. — Intimidation. — Rétractation Jorcée. — C'est M. Leuret qui , dans ces derniers temps, a régularisé , métbodisé, si nous pouvons dire ainsi , l'emploi d'un agent moral, sur l'appréciation duquel nous reviendrons, et que nous croyons bien dénommer en l'appelant rétractation forcée.
On force le malade à rétracter toutes les assertions déraisonnables qu'il émet , à convenir de l'absurdité de ses idées délirantes, on l'oblige à ne plus obéir à ses impulsions morbides, à se conduire raisonnablement. Pour obtenir ces concessions , on a recours à divers moyens , mais surtout à la douleur déterminée parla douche. Lorsqu'on est parvenu à impressionner le malade , il faut , sans désemparer, le presser de questions, jusqu'à ce qu'il paraisse ne plus y avoir d'arrière-pensée dans ses réponses : «Souvent, dit M. Leuret, je tends des pièges aux aliénés qui paraissent être raisonnables après la douche ;je reviens à eux , paraissant me repentir des objections que je leur ai faites , de la peur que je leur ai causée, et s'il» s y laissent prendre, je leur montre en quoi ils ont failli. Il es! bien entendu que j'ai soin de proportionner les ruses que j'emploie au degré d'intelligence des malades auxquels je m'adresse ; quelquefois ma question dicie , pour ainsi dire , une réponse raisonnable; d'autres fois, au contraire, pour ne pas s'y laisser prendre, il Faut èlre complètement affermi dans la raison» ( Du traitement moral de la Jolie, p. 204).
Quelques exemples peuvent seuls donner une idée exacte el complète de l'application de la rétractation forcée.
M. Leuret interrogeunhallue'mé. Après avoir écouté se* récits avec patience., il s'exprime ainsi : «A..., je
irais vous Auc m.unlciianl ma façon de penser sur
tout ce mie vous venez ^- nous raconter :' il n'y a pas un moi de vrai rfanstoul (fcla; tontes les choses que
FOL
FOL
vous nous avez dites sont des folies... Vous ne sortirez d ici que lorsque vous ne serez plus fou , et voici ce qu'il faut faire pour ne plus être fou : il ne faut pas regarder le soleil ni les astres ; il ne faut pas croire qu'il y a des souterrains sous votre lit , parce qu'il n'y en a pas ; il ne faut plus croire aux voix que vous dites partir des souterrains , parce qu'il n'y a pas de voix ou de personnes qui parlent dans des souterrains qui n'existent pas; vous n'êtes pas le sauveur du roi , et vous ne devez plus croire que vous veillez à sa conservation... il faudra ne jamais refuser de travailler, et comme vous m'avez souvent manqué de parole sur ce point , vous allez recevoir une douche. Irez-vous travailler?— Puisqu'on m'y force.
— Vous devriez comprendre que c'est dans votre intérêt. Irez-vous de bonne volonté? (hésitation ) douche. — Oui, monsieur, j'irai travailler; tout ce que je vous ai dit sont des folies. — Vous avez donc été fou? — Je ne le crois pas. — Douche. Avez -vous été fou? — Eh bien, oui, monsieur, j'ai été fou; rien de ce que je croyais entendre n existait. —Quand vous croirez entendre quelque chose de cette nature , que direz-vous? — Je dirai que c'est de la folie, et je ne m'y arrêterai pas : le soir, le malade reçoit une nouvelle douche pour ne pas s'être rendu au travail ( Leuret, toc. cit. 3 p. 187-204 ).
Un aliéné avait sauvé lavieau roi, qui, en récompense , l'a nommé général, l'a décoré de la Légion d'honneur^ et lui a donné six cent mille francs en hicns -fonds, situés en Normandie. M. Leuret l'aborde d'un air sévère, etlui demande cequesignifient toutes les bêtises qu'il vient de débiter : Ce drôle-là , dit-il, veut se faire passer pour fou , qu'on lui donne une douche. Êtes-vous encore général? — Won, monsieur. — Cependant vous avez sauvé la vie du roi?
— C'est vrai. — Douche'. -Que pensez-vous de vos titres et de vos richesses? — J'avais tort, je ne pense plus à tout ce que j'ai dit. — Sortez du bain (27 août).
— Eh bien , que pensez-vous de vos propriétés en Normandie? — Je pense que dorénavant je n'aurai pas d'idées semblables , car ce n'est pas agréable de recevoir la douche ( 28 août). — Général , comment allez-vous ? — Ça va beaucoup mieux , monsieur. —
— Pourquoi me répondez- vous lorsque je vous appelle général ? est-ce que vous êtes général, par hasard ? — Non, monsieur. — Je vous défends de me répondre lorsque je vous appellerai général; entendezvous, général? — Oui, monsieur. — Eh bien! — J'ai été surpris , je vous demande grâce. — Je le veux bien , mais faites hien attention à vous. Allez, général. Le malade s'éloigne : douche. Bonjour, général ! regrettez-vous vos six cent mille francs? Vous ne voulez donc pas me répondre, général ? vous n'êtes guère poli. Allons, c'est un parti pris. Alors je vais faire donner la dou-
he à M..., mais j'en exempterai le général M... —
Alors donnez donc la douche , car je ne suis pas général, mais bien M..., simple ouvrier ( Nouvelles ohscrvaiions sur le traitement moral de la folie; in Arch. génér. de médecine ; 3e sér. , t. îX, p. 257- 260).
Un aliéné qui a travaillé refuse de recevoir de l'argent, alléguant pour raison que l'argent n'a aucune valeur. M. Leuret lefait venir,etlui présente huit soys qui lui sont dus : il refuse. Les domestiques lunnettent la camisole , lui attachent les bras , et on lui met les huit sous dans sa poche ; de plus , pour le punir de sa désobéissance , M. Leuret l'enferme dans une loge, où il devra rester sans boire ni manger. Dans la journée , un domestique va le trouver en cachette , et lui offre une écuellée de légumes , mais pour de l'argent. Le malade ne veut pas en donner: ilnereçoitpas d'aliments. Au bout de quelque temps l'appétit augmente; la proposition est renouvelée, et cette fois elle est acceptée , le malade donne trois sous. Du calomel avait été mêlé aux aliments; le besoin d'aller à la garde-robe se fait sentir. Le malade appelle le dôme tique , et le prie de lui laisser les mains libres. Nouvel arrangement pécuniaire qui suggère au malade cette réflexion : « Mais s'il faut payer pour tout, ou en serai-je donc! Je n'avais que huit sous, et les voilà en partie dépensés». Le lendemain, M. Leuret feint d'ignorer ce qui s'est passé, fait sortir le malade de sa loge , et l'envoie au travail. A l'heure de la paye, le malade va chercher le prix de sa journée, et dès lors il n'y manque plus (Leuret, ouvr. cité, p. 433).
Nous voudrions pouvoir rapporter in extenso plusieurs observations pleines d'intérêt, relatives au moyen thérapeutique dont nous nous occupons ; mais l'étendue déjà si considérable de cet article ne nous le permet pas : force nous est de renvoyer le lecteur à l'ouvrage de M. Leuret (Du traitement moral de la Jolie. Paris, 1840), et au mémoire de M. Millet ( Archiv. gén. de méd.} t. ix, 3e série, p. 249).
B. Traitement rationnel. — Il est certaines indications qui, lorsqu'elles se présentent, doivent être remplies, quelle que soit la forme de l'aliénation mentale , quelles que soient les conditions de marche, de durée de la maladie. Ces indications se rapportent, soit aux causes, soit aux symptômes de la folie Ainsi, il est évident que toutes les fois que le développement de l'aliénation pourra être rattaché à un phénomène déterminé, c'est sur celui-ci que l'attention du médecin devra être dirigée. La première chose que l'on doit faire lorsqu'on est appelé auprès d'un aliéné, dit Esquirol, c'est d'acquérir la connaissance des eommémoraliPs , des prédispositions, des causes excitantes; c'est principalement la cause de la maladie qui mettra sur la voie du meilleur
mode de traitement : il faut donc rechercher si la maladie est idiopathique, symptomatique ou sympathique. Lorsque la folie s'est développée lentement, sous l'influence de l'action répétée de causes hygiéniques ou morales , on soustraira le malade à l'action de ces causes : ceux qui sont tombés malades dans les pays chauds , dit Esquirol , auront beaucoup de chances pour recouvrer la raison en retournant dans les climats froids, et réciproquement. Lorsque l'aliénation s'est développée consécutivement à une affection cérébrale, abdominale, syphilitique, etc., qui persiste, on combattra d'abord celle-ci. Lorsque la folie s'est manifestée brusquement à la suite de la disparition d'une maladie cutanée, d'une hémorrhagie, d'un exutoire habituels, on s'efforcera de ramener l'état primitif. Enfin, si la folie paraît être entretenue par une maladie incidente consécutive, une complication , c'est d'abord contre cette dernière qu'on dirigera une thérapeutique appropriée : souvent on est réduit à faire de la médecine de symptômes. Ainsi , lorsque le malade offre des signes de plélhore, on aura recours aux saignées générales, aux bains tièdes, aux boissons rafraîchissantes, aux laxatifs; la congestion cérébrale sera combattue par les sangsues appliquées à l'anus , derrière les oreilles , à la base du crâne; par les rubéfiants appliqués sur les membres; les bains froids, la douche, le cautère actuel à la nuque, seront employés pour calmer la fureur; la constipation doit toujours être combattue.
Lorsque, après avoir combattu les causes présumées du délire, après avoir suivi les indications générales ou individuelles, la folie persiste, quel est le traitement le plus rationnel à lui opposer, en considérant la maladie en elle-même ? Cette question a donné lieu à de sérieux débats, à des discussions passionnées. Nous allons essayer de la ramener vers le but que doit se proposer celui qui cherche la vérité avec bonne foi , et de la traiter dans les termes que doivent s'imposer ceux qui veulent rester ou se montrer hommes bien élevés, et de science.
On a vu que deux espèces bien distinctes de médications pouvaient être dirigées contre la folie : le traitement physique et le traitement moral. Presque tous |.s auteurs reconnaissent qu'il faut associer ces deui ordres de moyens; mais les dissentiments éclatent lorsqu'il s'agit de déterminer la valeur que Ton doit accorder a chacun d'eux.
Les médecins qui pensent que. dans tous les cas,
la Folie est déterminée par mie lésion matérielle de
l'encéphale . ont m:. est ûrement dû n'accorder qu'une
minime influence aui agents moraux. On peut
résumer leur opinion «le la manière suivante :
Bayle <>n\r. cité, p. 581 pense que l<- traitement moral place les malades dans des conditions plus Favorables à la guérison . mai ou il n'a aui "in- action di-
FOL
recte sur la méningite chronique. Aussitôt qu'un individu , dit-il , entre dans une maison d'aliénés, il faut donc combattre la congestion des vaisseaux de la piemère par des émissions sanguines secondées par des irritants appliqués aux extrémités, des purgatifs , des réfrigérants sur la tête , etc.
M. Falret (De l'hypochondrie et du suicide) ne fait presque point mention du traitement moral.
M. Voisin (Des causes physiques et morales des mal. mentales), qui croit qu'il y a toujours dans le cerveau des aliénés une lésion physique appréciable , ne pense pas qu'on doive agir sur leur intelligence , parce que ce n'est pas par des raisonnements que l'on peut frapper leur esprit : il conseille toutefois d'agir sur leurs passions.
M. Foville (Dict. de méd. et de chir. prat.) conseille de distraire les malades , de tâcher de leur persuader qu'ils sont malades, de les occuper; il ajoute : '.(Tous ces moyens n'ont réussi le plus souvent que lorsque les malades, déjà moins égarés, sentaient le besoin de s'occuper pour faire diversion à leur délire. »
M. Ferrus (Esculape , 11 septembre 1839), pour qui les troubles de l'intelligence tiennent à une modification organique qui les détermine, pense que des agents physiques peuvent seuls ramener l'organe de l'intelligence à son type fonctionnel normal. «Dans les cas, dit-il , où l'on a prétendu attribuer la guérison à un traitement moral, on avait confondu les moyens hygiéniques (promenade , exercice, déplacement, etc.) avec les moyens moraux proprement dits. »
Broussais ( De l'irritation et de la folie. , 2e édit. , 1839) repousse les moyens psychiques (t. n, p. 517); pour lui, le traitement moral se compose de moyens hygiéniques ( p. ,509) , et ceux-ci viennent après les médicaments. La folie est une irritation , donc il faut la combattre par les antiphlogistiques de toute nature (p. 501 ).
D'autres auteurs, tout en ayant des opinions pathogéniques moins arrêtées, et sans pouvoir coordonner le traitement avec la nature supposée de la maladie, n'en ont pas moins accordé qu'une influence très-secondaire au traitement moral.
Les erreurs des aliénés, dit Georget (Dict. de méd.) , sont aussi nécessaires que les désordres de toute fonction dont l'organe est malade; on ne cherchera donc point à raisonner avec eux. Le traitement moral conseillé par Georget se réduit à l'exercice, aux distractions, aux dérivatifs moraux , suivant l'expression de M. Guislain.
M. Galmeil a émis des opinions qui ne s'accordent point toujours parfaitement ensemble. 11 dit, dans un
endroit {Dict. de méd. , t. w, p. 166): «L'on ne saurait trop se pénétrer dus avantages du traite-
FOL
FOL
ment que l'on est convenu d'appeler moral »; dans un autre endroit ( Arch. génér. de méd. , t. iv , 3e série, p. 398) : «La science aura fait un pas rétrograde le jour où l'on s'habituera à considérer l'esprit comme un principe indépendant , placé en dehors de l'influence du cerveau; ou je me trompe, ou l'on ne parvient à remédier aux écarts du jugement, qu'en agissant sur des ressorts matériels. »
M, Guislain (Traité sur les phrénopathies, etc., p. 373), réduit le traitement moral à l'inaction cérébrale , aux calmants , aux sédatifs moraux ; il veut qu'on évite tout travail intellectuel.
Enfin j dans une troisième catégorie , se rangent les auteurs qui , sans systématiser le traitement moral, lui ont accordé néanmoins, à l'opposition des médecins que nous venons de citer, une assez grande valeur, et ont recommandé son emploi.
«C'est souvent bien moins par des médicaments que par des moyens moraux, dit Pinel, qu'on peut faire une heureuse diversion aux idées folles des aliénés » (Traité méd. -philos, sur l'alién. ment., 2e édit., p. 348 ) , et il cite plusieurs exemples où la guérison a été obtenue à l'aide du traitement moral tout seul.
Esquirol ne s'est point suffisamment expliqué à l'égard du traitement moral; toutefefois, dans maints endroits de son ouvrage , il exprime des opinions qui ne sauraient être interprétées de diverses manières : «Pinel, dit-il, donne des observations bien remarquables sur l'art de diriger X intelligence et les passions des aliénés ; j'en ai rapporté plusieurs dans une dissertation sur les passions , et j'ai prouvé par des faits combien la traitement moral est précieux , soit qu'on veuille prévenir l'explosion d'un accès de folie , soit quon ait à traiter la maladie , soit qu'on se propose de confirmer la convalescence» (ou vr. cité, t. i, p. 134). Esquirol conseille de substituer une passion réelle , à une passion imaginaire (loc. cit., p. 133), une crainte réelle à une crainte imaginaire , de vaincre les résolutions les plus opiniâtres (loc. cit., p. 471), de briser le spasme par le spasme , en provoquant des secousses morales (loc. cit., p. 132-133). Des observations intéressantes sont citées à l'appui de l'efficacité du traitement moral ( loc. cit., p. 173. — Ouvr. cité, t. n, p. 769).
Parmi les auteurs qui ont conseillé le traitement moral , nous devons encore citer Gox ( Pract. obs., on insanity; Lond. , 1804 ) , qui rapporte un cas de guérison obtenue par la musique; J. Syer ( A dissert, on the features and ireatment of insanity ; Lond., 1827), qui regarde le traitement moral comme le moyen de guérison le plus efficace dans la folie idiopathique , dans celle où l'on trouve mens insana in corpore sano. Tuke , qui préco-
nise le traitement moral , et cherche à démontrer l'inutilité des médications physiques ( A description of the retreat , and institution near York , for insane persons, 1815).
Les différentes opinions que nous venons de rappeler régnaient dans le monde médical, sans qu'aucune d'elles prédominât sur les autres, lorsque M. Leuret vint déclarer que dans la folie simple , non compliquée , caractérisée par des troubles de l'intelligence , sans lésions physiques, le traitement physique était complètement inefficace , et que le traitement moral était le seul qui pût avoir une influence directe sur les symptômes de la folie (Du traitement moral, etc., p. 5-7). En faisant cette déclaration , M. Leuret ne prétendit pas, comme le lui ont fait dire quelques adversaires de mauvaise foi , avoir inventé le traitement moral de la folie ; mais il prétendit , avec raison , que le premier il se prononçait positivement sur la valeur de ce traitement, le méthodisait, et déterminait les cas dans lesquels il devait être employé : sous ce point de vue, la priorité ne saurait être contestée à M. Leuret , et nous n'en voudrions pour preuve que la généralité des attaques qui ont été dirigées contre ses assertions.
Nous devons faire connaître en peu de mots les principes et les faits sur lesquels M. Leuret établit sa thérapeutique. Ce médecin énonce les propositions suivantes :
S'il est vrai que la folie dépende d'une altération de l'encéphale, on ignore complètement en quoi consiste cette altération.
On a méconnu les cas où il est nécessaire d'employer les remèdes moraux, et ceux où il faut recourir préalablement aux remèdes physiques.
Les remèdes moraux , d'une application très-difficile et très laborieuse , n'étant pas méthodiquement opposés aux symptômes psychiques , ont fort rarement produit tout ce qu'il est en eux de produire.
Le désir d'expliquer la production de la folie par des altérations organiques du cerveau , a détourné l'attention du traitement moral.
M. Leuret résume ensuite, de la manière suivante, les considérations qui le guident dans l'application des moyens moraux.
«Ce que je veux, c'est, contre les désordres physiques, des remèdes physiques, et contre les désordres moraux , des remèdes moraux. Vous prétendez guérir le délire de la pensée et des passions par des moyens purement physiques; je nie que cela soit possible. Aux idées fixes , vous opposez un exutoire ; aux perversions de la volonté, des médicaments simples; je dis que cela est absurde. Mais pour l'agitation, l'insomnie , la torpeur, la fièvre , la paralysie, etc., je suis pleinement de votre avis; il faut opposera ces
FOL
FOL
symptômes les moyens que vous recommandez. Je vais plus loin , je reconnais que ces moyens, employés avec discernement pour combattre les symptômes physiques , auront très-probablement une heureuse influence sur l'état de la raison ; je reconnais que plusieurs maladies du cerveau amènent avec elles le désordre de l'intelligence; mais quand l'entendement seul est malade , et beaucoup d'aliénés sont dans ce cas , le traitement physique esl de nulle valeur, le traitement moral seul est indiqué» ( ouvr. cité, p. 87-88).
Tels sont les principes contre lesquels on s'est élevé avec une passion que rien ne justifie. Sans entrer dans tous les détails de cette question, sans rapporter toutes les objections qui ont été faites à M. Leuret , et toutes les réponses que leur a faites ce médecin , sans prendre parti pour les matérialistes ou pour les spiritualistes, nous dirons d'abord que, sous les réserves indiquées par M. Leuret , le raisonnement justifie à priori l'emploi du traitement moral dans la folie simple, et nous appuyons cette assertion sur les considérations que nous ferons valoir plus loin, pour démontrer que la folie simple est presque toujours une névrose ( voy. Nature). Nous ajouterons ensuite que le traitement moral a pour lui l'autorité de faits nombreux, contre lesquels ne peuvent rien, ni les théories, ni les déclamations. Cette autorité n'est point renversée par le précepte auquel M. Pariset ramène le traitement des aliénés , précepte qui établit qu'il faut favoriser le renouvellement de l'organisation, en tenant ouvert tous les pores excrétionnels, et en portant dans l'économie des matériaux appropriés de composition [Bullet. de fjfè. de méd., 1839, t. iv, p. 79)!
Une fois l'utilrté du traitement moral admise, il faut déterminer les moyens moraux auxquels on doit avoir recours.
«On peut rapporter à trois principes, diUieorget , toutes les modifications qu'on doit chercher à faire naître dans l'exercice de l'intelligence, ehez les aliénés: 1° ne jamais exciter les idées ou les passions de ces malades dans le sens de leur délire; 2° ne point cotnhftt Ire directement les idées cl les passions dérmsomifthlcs de ces malades, par le raisonnement, la discussion, l'opposition , la contradiction . la plaisanterie ou la raillerie ; 8° fixer leur attention sur des obéis étrangers au délire . communiquer à leur esprit des idées et (\<<- al'Ieelions nouvelles par des impressions nouvelles. »
Ksquirol \eul qu'on agisse sur l'attention des malades, tantôt in leur présentant des objets nouveau*, tantôt en faisant naîlre autour d'eux des phénomènes qui le* étonnent , lanlnt en les niellant en eonlradie tion avec env mêmes. Ouelqiielois dit - il , on doit abonder dans leurs idées, les e iresser, les flatter: on
entre ainsi dans leur confiance , ce qui est 1e gage assuré d'une guérison prochaine. D'autre fois il jaut subjuguer le caractère entier de quelques malades , vaincre leurs prétentions , dompter leurs emportements, briser leur orgueil (ouvr. cit., t. i, p. 133).
«Personne ne doit ignorer, dit M. Calmeil, qu'en général , et à moins d'avoir affaire à des monomaniaques à demi raisonnables , ou déjà à peu près convalescents, il est rare que l'on parvienne à gouverner les aliénés par le raisonnement et la persuasion. ...C'est surtout par la crainte delà douleur, de la douche, des af fusions froides, de la camisole de force, des entraves, des ventouses, des moxas; par l'ascendant de sa personne, que Cou dompte les monomaniaques les plus obstinés et les moins traitables» [Dict. de méd., t. xx, p. 166).
M. Leuret ayant vu que le raisonnement , la persuasion , les consolations , les distractions , restaient ordinairement sans résultat, eut recours à une médecine perturbatrice plus active , et fut conduit à employer le moyen que nous avons fait connaître sous le nom de rétractation forcée (voy. p. 214). «Il faut , dit-il , attaquer les malades en face , ne leur faire aucune concession , les obliger à reculer sans cesse, les forcer à parler sensément, etc.; dût-on d'abord n'obtenir d'eux que des paroles arrachées de leur bouche, et réprouvées par leur esprit, il faudrait encore les contraindre à prononcer ces paroles, car c'est déjà beaucoup que de les avoir obligés de céder sur ce point» (ouvr. cité, p. 72). M. Leuret a donc érigé la rétractation forcée en méthode thérapeutique, et pour ce fait de nouvelles attaques ont été dirigées contre lui.
On a d'abord contesté à M. Leuret le mérite de l'invention: obligés, malgré notre répugnance personnelle pour les questions de priorité, de nous expliquer sur ce premier point, puisque nous persistons à attribuer à M. Leuret le traitement dont il s'agit, nous répéterons ce que nous avons déjà dit. Certes, bien avant M. Leuret, l'intimidation a été quelquefois employée pour dompter des aliénés furieux , pour combattre une idée délirante prédominante, mais jamais l'emploi de ce moyen n'avait été, avant ce médecin, régularisé, méthodisé; jamais son application n'avait été étudiée avec soin, quant à ses moyens d'action, à ses contre-indications , etc. Si un jour cet agent moral occupe dans le traitement de la folie la place éminenle que nous lui croyons réservée, on ne pourrait, sans une souveraine injustiee, ne pas l'attribuer exclusivement à M. Leuret.
Passons à des objections plus importantes.
Quelques hommes de bonne loi , inspirés par une humanité louable , mais peu éclairée , se sont élevés
FOL
FOL
contre l'emploi de la douleur 3 et ont manifesté la crainte que les doctrines de M. Leuret ne ramenassent, à l'égard des aliénés, les rigueurs dont Pinei a fait justice.
La réponse est facile. Les rigueurs dont il est question ne peuvent plus se reproduire; M. Leuret n'a jamais eu besoin de recourir qu'à la douche administrée pendant une demi-minute au plus, ou même à la menace de la douche; or, la douleur déterminée par la douche n'est point telle qu'on ne puisse l'infliger sans être taxé de barbarie, et d'autre part, des expériences nombreuses prouvent que,comme moyen physique, la douche n'offre aucun danger ( voy. Leuret , ouvr. cité , p. 160-164). Qui veut la fin doit vouloir les moyens; s'il est prouvé , et à cet égard les faits prononceront , s'il est prouvé , disonsnous, que la rétractation forcée opère la guérison d'aliénés réputés incurables , peut-on raisonnablement repousser ce moyen, sous prétexte qu'il est inhumain P Qu'est-ce que la douleur produite par la douche , en comparaison des funestes effets de la folie ? «On n'a pas craint , dit avec raison M. Millet (loc. cit., p. 262), de taxer de barbares, de cruels, ft inhumains , les moyens que M. Leuret met en usage pour arracher aux aliéués l'aveu qu'ils se trompent, comme s'il n'y avait pas plus de barbarie et d'inhumanité à laisser croupir, dans un hôpital ou dans une maison de santé, des malades qu'on pourrait rendre à leur famille et à la société , en les soumettant pendant quelque temps à des épreuves pénibles, il est vrai, mais qui portent leur fruit. »
Le tableau que fait M. Pariset des rapports de douceur, de bonté, de confiance, de compassion, qui doivent exister entre l'aliéné et son médecin , est sans doute fort touchant , mais la justice et la bonté passent souvent sur le délire des aliénés sans y rien changer ; mais ri est même des cas où le tendre intérêt que l'on montre aux aliénés a pour effet direct d'agraver leur maladie. «Rappelez-vous que, près d'un malade, dit M. Leuret, vous n'êtes pas homme, mais que vous êtes médecin , et que l'on attend de vous , non pas des égards , de la politesse , de bons procédés, mais la guérison. Quoi qu'il vous en coûte, ayez la fermeté et le courage du chirurgien ; vos instruments >sont les passions et les idées, sachez vous en servir, et ne craignez pas d'appeler à votre aide toutes celles qui vous sont nécessaires» (ouvr. cité, p. 127). M. Leuret , d'ailleurs , ne fait pas de la rétractation forcée , c'est-à-dire de la douche, delà douleur, le seul agent du traitement moral ; lui aussi emploie les raisonnements, les récompenses , la persuasion ,1a douceur, les soins de toute espèce, il emploie même les moyens physiques à titre d'auxiliaires. «Qued'on cesse donc de m'accuser, s'écrie-t-il , soit de faire uniquement de la médecine morale, soit de
n'employer qu'un seul agent moral. Je reconnais que les moyens physiques, employés avec discernement, ont une heureuse influence sur l'état de la raison... Je préconise tout ce qui peut agir sur l'esprit des aliénés: éveiller leur attention, leur donner de la mémoire, leur inspirer des passions propres à combattre les passions qui les dominent. »
Une objection plus sérieuse a été faite à M. Leuret. Les guérisons que vous citez à l'appui de votre méthode, lui a t-on dit , ne sont pas réelles : les malades étaient sous l'influence de l'intimidation , la folie a reparu aussitôt qu'ils ont été soustraits pendant quelque temps à votre autorité, à la puissance de votre présence. Ici notre réponse ne sera pas aussi absolue. Certes, parmi les observations rapportées par MM. Leuret et Millet, il en est qui nous semblent concluantes cependant nous comprenons , vu le petit nombre de faits que possède jusqu'à présent la science, que l'on conserve encore quelque doute , que Ton veuille être plus éclairé pour porter un jugement définitif. Cette réserve est sage ; mais, dans l'appréciation des faits déjà existants , et des faits ultérieurs , il faudra prendre garde de ne pas attribuer aux rechutes qui pourraient avoir lieu une trop grande signification. «11 y a malheureusement des rechutes possibles dans toutes les maladies , dit M. Leuret; il y en a dans la Mie, de quelque manière qu'on la traite. »
Parlerons-nous des attaques qu'ont dirigées contre M. Leuret certains hommes qui , propriétaires de maisons de santé, marchands médicaux , ont inventé à leur profit une variété nouvelle d'affiches , d'annonces , de réclames? Dirons-nous à quels excès d'hypocrisie , de déloyauté , dMuconvenance , se sont portés ces hommes, qui, jetant les hauts cris au nom delà philanthropie , n'ont cherché, dans cette importante question, que l'occasion de raconter au public leurs miraculeux succès obtenus à l'aide de la plus touchante mansuétude. «Envoyez -nous tos malades , se sont-ils écriés, nous les guérissons mieux, et -sans même leur faire éprouver la plus légère contrariété. »
« La discussion est sortie des -bornes que jamais une discussion ne devrait franchir , a dit M. leuret ; on a répandu à pleines mains la calomnie contre» moi...: l'exposé fidèle de ce que je fais chaque jour sera ma justification.» M. Leuret a. raison : le sifônce et le mépris doivent être sa seule réponse.
Nous connaissons à. peine M. Leuret , mais 'l'intérêt de la vérité , de la science et de l'humanité , nous a portés à nous prononcer énergiquemeut dans unecirconstance aussi grave. L'homme qui consacre sa vie au soulagement des aliénés avec autant de dévouement et d'abnégation , qui montre dans ses travaux tant de précieuses qualités de l'esprit et du cœur, ne peut être ni systématiquement cruel , ni aveuglé
FOL
FOL
par une théorie. Que M. Leuret poursuive avec la même ardeur la voie qu'il s'est ouverte, et, quel que soit le but auquel il arrive , malgré l'anathème que fait peser sur sa tête M. Blanche {Du danger des ri gueurs corporelles dans le traitement delà folie ; Paris , 1 835. — De l'état actuel du traitement de la folie en France ; Paris , 1840) , il aura pour lui l'estime et l'approbation de tous les véritables amis de la science et de l'humanité.
Indiquons rapidement les considérations particulières qui se rattachent , quant à la thérapeutique , à chacune des formes de l'aliénation mentale.
1° Hallucinations. — Monomanie. — Nous avons vu (p. 197) que les hallucinations et la monomanie étaient , de toutes les formes de la folie , celles qui résistaient le plus à la thérapeutique. La plupart des auteurs , comme convaincus de leur incurabilité, se taisent, pour ainsi dire, sur leur traitement. Dans son article , fort remarquable d'ailleurs , sur les hallucinations (Dict. de méd. , t. xiv,p. 511), M. Calmeil ne s'occupe pas du traitement, pour lequel il renvoie le lecteur à l'article Moinomanie. Dans celuici {Dict. de méd. , t. xx, p. 164), ce médecin indique quelques soins hygiéniques : les saignées locales ou générales, les bains, les douches, les agents moraux, les moyens que l'on doit opposer aux diverses complications. «Du reste, dit-il , la plupart des moyens thérapeutiques employés pour combattre la manie conviennent également dans l'aliénation mentale partielle. »
C'est au traitement des hallucinations et de la monomanie , de ces formes de folie qui, plus souvent que toutes les autres , sont simples, dégagées de tous symptômes physiques 3 que M. Leuret a surtout appliqué le traitement moral. Les succès qu'il a obtenus doivent engager les praticiens à s'engager dans cette voie nouvelle ouverte à la thérapeutique.
2° Manie. — C'est principalemeni contre la manie qu'ont été préconisés tous les agents thérapeutiques dont nous avons fait l'énumération(voy. p. 209). Néanmoins , les émissions sanguines, les purgatifs, les bains, les douches, constituent presque à eux seuls, aujourd'hui , le traitement de cette forme d'aliénation mentale (voy. Dict, de méd. , art. Manib , t. xi\, p. 139). Le traitement moral ne doit pas être m'jjli}'/: ; mais ici il a besoin, le plus ordinairement, d'être secondé par l« moyens précités, la manie s'accompagna ni souvent de désordres physiques.
Nous ne nous étendions pas sur le traitement que réclament Itl eomplie;itions qui peuvent accompagner les trois formes de folie que nous \enons de nommer, ou les cas dans lesquels ees formel sont n'unies entre elles.
3" Démence simple. — La démence chronique ne
réclame que des soins hygiéniques assidus ; elle résiste à tous les moyens thérapeutiques. La démence aiguë doit être traitée par les excitants; un régime alimentaire succulent ; un exercice modéré ; des frictions sèches aromatiques, alcooliques , sur les bras , les cuisses, sur tout le corps; des affusions froides amènent souvent la guérison.Dans quelques cas, assez rares d'ailleurs, la médication doit être entièrement opposée à celle que nous venons de formuler. «Sur un sujet replet, qui a éprouvé quelque commotion , quelque ébranlement des grands centres nerveux, les émissions sanguines, les pédiluves irritants, les purgatifs réitérés , soulagent infailliblement le malade» ( Calmeil , Dict. de méd., art. Démence , t. x , p. 85).
Lorsque le dément a résisté à ces moyens , il faut appliquer des ventouses derrière le cou , un séton à la nuque, un cautère ou plusieurs boutons de feu sur la première vertèbre cervicale , ou dans le voisinage de l'occipital ; un vésicatoire au bras ( Calmeil, loc. cit.).
4° Démence paralytique. — La démence paralytique résiste presque constamment à toutes les médications que l'on dirige contre elle , et plusieurs auteurs , découragés par les tentatives infructueuses qui ont été faites , conseillent d'abandonner à euxmêmes les sujets atteints de cette forme de folie , afin de leur éviter les inconvénients d'un traitement long , douloureux et inutile. « Ce précepte , dit avec raison M. Calmeil, est tout à fait condamnable, il ne doit tout au plus être suivi que lorsque la maladie est arrivée à son dernier degré ; jusque-là on doit employer tous les moyens indiqués, avec autant de persévérance et d'opiniâtreté, que si l'on était assuré d'avance de rétablir l'intelligence et les mouvements. » La thérapeutique est d'ailleurs assez restreinte ; les émissions sanguines peuvent être employées au début , lorsqu'il existe des symptômes de congestion ; on leur viendra en aide par l'isolement , la diète , les boissons rafraîchissantes , laxatives , les bains tièdes. Ces moyens sont encore utiles lorsque dans le cours de la maladie il survient des accidents qui indiquent leur emploi. «11 m'est arrivé souvent, dit M. Calmeil, de sauver momentanément de la mort des paralytiques qu'une violente congestion avait jetés dans la stupeur ; d'autres fois , une application de trente sangsues au cou a fait disparaître trèspromptement des mouvements convulsifs alarmants , et le malade revenait à sou état ordiuaire» (De la Paralysie considérée chez les aliénés , p. 422 ). Lorsque le traitement antiphlogistique est resté inefficace, ou lorsque son emploi a été conlre-indiqué, on aura recours aux purgatifs longtemps prolongés, à de larges vésicatoircs appliqués aux cuisses, et longtemps entretenu! , aux révulsifs placés daus le voisinage du
FOL
cerveau , au séton à la nuque , au moxa , au cautère actuel appliqué derrière le cou , sur l'occipital. « Si , malgré cette médication, l'état du malade ne s'est pas amélioré , il n'y a plus rien à tenter : tout espoir de guérison est désormais inutile» (Galmeil, ouvr. cité, p. 424). Trop souvent c'est là le résultat auquel on arrive : alors encore certains soins hygiéniques doivent néanmoins être donnés aux malades. Le dément paralytique doit être levé pendant toute la journée , afin de retarder le développement des eschares , et de se ménager des facilités pour le tenir propre : on l'assied dans un fauteuil percé , portant sur les côtés des lanières en cuir , qu'on passe sous les aisselles et sur les épaules du malade, pour maintenir le haut du corps ; les pieds doivent être placés sur un petit banc, afin d'éviter l'œdème des extrémités inférieures. Le malade est revêtu d'une blouse fendue par derrière , qu'on écarte en l'asseyant : ses fesses reposent ainsi à nu sur le coussin qui garnit la lunette du fauteuil ; ce coussin doit être en crin , et parfaitement élastique, ou, mieux encore , en caoutchouc et rempli d'air. Plusieurs fois par jour on lave , avec une éponge fine , tout le corps du paralytique ; le lit doit être creusé en auge , et l'on y fixe le malade de manière à ce qu'il ne puisse tomber pendant la nuit : au moyen d'une toile imperméable placée sous le drap inférieur, on empêche que l'urine et les matières fécales n'imbibent les matelas, qui doivent être un peu durs. «Le paralytique, dit M. Galmeil, étoufferait dans un lit mou et souple, qui viendrait l'engloutir, pour ainsi dire, et l'envelopper dans ses excréments. » Si, malgré toutes ces précautions, des eschares se développent , il faut rapporter un soin extrême à leur pansement (voy., pour plus de détails , De la Paralysie consid. chez les aliénés, p. 426-431).
5° Folie puerpérale. — «Lesfemmes aliénées à la suite des couches ou de l'allaitement , dit Esquirol, ( ouvr. cit. , 1. 1 , p. 248 ) , doivent être soumises , comme les autres aliénés , aux même principes généraux de traitement : l'isolement, les secours de l'hygiène , les moyens moraux, ne doivent pas être négligés ; ils ont seuls suffi pour guérir, quoique plus rarement que dans les autres aliénations mentales.»
Le traitement physique nous paraît , en effet , mériter la préférence dans la folie puerpérale.
Les saignées doivent être employées au début lorsqu'il y a des signes de pléthore , de congestion cérébrale ; les ventouses , les vésicatoires , les sinapismes appliqués aux jambes , aux cuisses , à la nuque , les sudorifiques , sont souvent utiles ; les purgatifs réussissent quelquefois. Esquirol a prescrit avec succès , immédiatement après l'accouchement, des lavements préparés avec 120 grammes de sucre, et du lait en suffisante quantité ; l'émétique répété plusieurs fois de suite est indiqué chez les sujets lympha-
tiques ; les bains tièdes , les bains de siège , sont de bons adjuvants. Lorsque le lait est supprimé , on essaye de rétablir la sécrétion au moyen de la succion, de ventouses appliquées sur les -mamelles. Les évacuants , les sangsues à la vulve , les ventouses promenées sur les cuisses , les emménagogues , doivent être employés pour rappeler les loehies lorsqu'elles sont arrêtées.
Traitement prophylactique de la folie. — 11 nous reste à dire quelques mots de la prophylactique, et nous ne saurions mieux faire que de laisser parler Esquirol.
On évitera les mariages entre individus issus de parents aliénés.
L'éducation des enfants nés de parents affectés de folie exige des soins tout particuliers. 11 faut éviter tout ce qui peut ébranler leur cerveau , forcer les ressorts de leur sensibilité et de leur intelligence ; on évitera les écarts de régime , qui souvent , dès l'âge le plus tendre , disposent à la folie ; l'éducation doit être moins intellectuelle que physique et gymnastique. Du reste , pour prévenir le développement de la folie , comme pour empêcher le retour des accès, il faut , en général , s'appliquer à éloigner les causes connues de l'aliénation mentale : « C'est pour avoir manqué de prévoyance , dit Esquirol , que la folie est si souvent héréditaire ; c'est pour être imprudentes, que les personnes qui ont eu un accès de folie sont sujettes au retour de la même maladie. »
Siège. — Nous ne chercherons pas à accumuler les arguments pour prouver que le cerveau est le siège exclusif de la folie. Gall , dont nous ne partageons pas les opinions relatives à la localisation de la folie dans le cerveau lui-même, a parfaitement résolu ce point; Georget l'a établi avec non moins d'autorité. En admettant que la folie puisse être quelquefois symptomatique ou sympathique d'une affection intestinale (Prost) , d'une maladie de l'utérus (Foville) , on ne doit pas en conclure que la maladie n'existe pas dans le cerveau : ce serait confondre la cause d'une affection avec son siège.
Nous n'aborderons pas ici la question de la localisation de la folie : ce serait nous jeter dans des considérations auxquelles nous devons rester étrangers. Disons seulement que les localisateurs n'ont pas été , dans leurs assertions , plus heureux que les phrénologistes. L'anecdote suivante , rapportée par M. Leuret, nous dispensera d'entrer dans de plus longs détails.
«Gall, qui, peu de temps après son arrivée à Paris , appelait sur son système toute l'attention des savants, visitait un jour la Salpêtrière avec M. Esquirol. D'abord M. Esquirol faisait à Gall l'histoire de la maladie des folles qu'il lui présentait, et Gall expliquait par les protubérances du crâne la cause de
FOL
FOL
leur maladie : toujours la conformation de la tête et le caractère de la folie se trouvaient en harmonie parfaite. Jusque là tout allait bien. Mais, voulant faire une contre-épreuve, M. Esquirol engagea l'inventeur de la phrénologie à observer préalablement la tête de ses malades, et à lui dire , d'après cette observation , quel était le caractère de leur maladie : dès lors Gall devint muet. H avait pu, avec une complète certitude , remonter de l'effet à la cause ; mais de la cause il ne put jamais descendre jusqu'à l'effet.
«Je doute, ajoute M. Leuret , que les médecins d'aliénés qui ont adopté la doctrine de Gall se tirassent de l'expérience tentée par M. Esquirol d'une manière plus satisfaisante que ne l'a fait Gall luimême. »
Parmi les focahsateurs nous citerons principalement : Combe (Obs. on mental dérangement being an application of the principles of phrenology to the elucidation of the causes, symptoms nature and treatment ofinsanity; Édimb., 1 831); EHis ( De la nature, des causes , et de V aliénation mentale, trad. par Archambault; Paris, 1840); MM. Belhomme ( Considérations sur l'application de la folie; sa localisation, et son traitement; Paris, 1834; — Suite des recherches sur la localisation delà jolie, Paris, 1836), Parchappe, Ferrus. — Ces deux derniers médecins n'ont toutefois émis que des opinions beaucoup moins tranchées.
On a voulu encore, indépendamment de toute idée phrénologique , localiser la folie dans telle ou telle partie du cerveau : nous reviendrons tout à l'heure sur ce sujet.
Nature. — Avant d'aborder l'étude pathogénique de la folie , nous devons rappeler en peu de mots les données que lui fournissent Tanatomie pathologique et la symptomatologie.
1° Dans h folie simple, sans aucune complication de symptômes physiques [hallucination, monomanie, manie simple, démence simple ) , on ne trouve ordinairement aucune altération à l'examen des cadavres. Celles que l'on rencontre quelquefois n'ont rien de constant , tout porte à croire qu'elles sont consécutives: on les rencontre chez des individus qui n'ont jamais offert aucun symptôme de folie.
2° Dans la folie compliquée de symptômes physiques , et spécialement de lésions de la sensibilité et du mouvement . OU trou\c , à l'examen du cadavre, dèf altérations variable», dont l'imporlanee est en
r.ii>on directe de l'intensité des symptômes ghysi-
.|,i.-. M. LéN ne nous paraît pas être autorise à établir que la démence avec paralysie générale peut né rainer wréj ls m"11 aucune trace appréciable d'altératiou du cerveau ou de ses enveloppes Indue
lions sur la rnUur di I UlU m'imis de l encéphale
dans la folie, p. 98 ), ce médecin ne fondant cette proposition que sur trois observations peu concluantes publiées dans la Clinique de la maison des aliénés de Montpellier, pour Tannée 1829. Parmi ces lésions , il n'en est pas une qu'on puisse considérer comme appartenant spécialement à la folie compliquée. Cette assertion est démontrée par les résultats contradictoires auxquels sont arrivés les auteurs qui n'ont pu s'entendre ni sur le siège, ni sur la nature de la lésion qui serait caractéristique de la folie. Ainsi , pour ne parler que des auteurs modernes , MM. Foville, Délaye, Bouchet et Cazauvieilh, la fout consister dans la phlegmasie, le ramollissement de la substance grise superficielle ; M. Parchappe, dans le ramollissement de la partie moyenne , de la couche corticale; BayIe,Jans la phlegmasie chronique des méninges. M. ïoville a encore indiqué la soudure des différents plans du cerveau.
3° Lorsque des lésions de la sensibilité et du mouvement se manifestent chez un aliéné , la maladie prend ordinairement une marche progressive, et aboutit à la démence paralytique.
4° «La cause immédiate de l'aliénation mentale , a dit Georget , n'est vraisemblablement pas toujours la même.» C'est là, à notre avis , une vérité qu'il ne faut pas perdre un instant de vue.
A l'aide des propositions précédentes , nous espérons, non résoudre la question difficile dont nous avons à nous occuper, mais au moins la simplifier beaucoup , et la ramener au point de vue duquel elle doit être envisagée , si l'on veut arriver ultérieurement à des résultats positifs. C'est parce que l'on n'a pas voulu admettre des distinctions indispensables, que l'élude pathogénique de la folie est restée si obscure et si controversée.
Voici de quelle manière la nature de la folie nous paraît devoir être établie dans l'état actuel de la science.
A. La folie simple, exclusivement constituée par les troubles de V intelligence , et considérée à son début, paraît quelquefois dépendre d'une irritation encéphalique ; le plus ordinairement elle est manifestement le résultat d'une névrose de l'encéphale. Dans ce dernier cas , peut-on dire, avec M. Lélut : «Il est tout probable que la cause prochaine de la folie gît dans l'altération des rapports existant entre le cerveau et les fluides impondérables, le fluide électrique, ou électro-magnétique , le Huide lumineux, le calorique, dont l'action sur cel organe constitue en tout, ou au moins en partie , la cause première de la vie et de la pensée» ( Ind. sur la valeur des aller. . etc. , p. (>(> ) ?
Dans quelques cas de manie fort difficiles à distinguer du délire aigu , lorsque la folie s'est manifestée après l'action de causes évidemment excilaules
FOL
( excès (T étude, colère , insolation , coups sur la tête j etc.) , lorsque l'aliéné présente des symptômes bien caractérisés de congestion ( chaleur générale , force et fréquence du pouls, rougeur des yeux , irritabilité des sens),Lk nature irritative delà maladie peut, en effet, êire admise , bien qu'il ne soit pas rare de voir des névroses se développer dans les mêmes circonstances , et produire les mêmes phénomènes : voilà les proportions auxquelles doit être réduite cette proposition de Broussais : « La manie suppose toujours une irritation du cerveau» f De l'irritation et de la folie , t. il , p. 41 7, 2e édit. ). La folie par irrritation est toujours caractérisée par l'exaltation des facultés intellectuelles (hallucinations , monomanie, manie).
II est impossible de nier que ïa folie simple ne soit le plus ordinairement une Névrose : cela nous paraît être incontestablement démontré par les considéralions suivantes.
La maladie se développe souvent sous l'influence de causes manifestement débilitantes.
Elle ne s'accompagne d'aucuns symptômes d'irritation , de congestion primitive.
Elle suit une marche intermittente , périodique. Elle augmente sous l'influence d'une thérapeutique antiphlogistique ; elle diminue ou guérit sous l'influence d'une thérapeutique excitante.
Elle cesse quelquefois spontanément et brusquement.
Elle guérit sous l'influence d'un traitement exclusivement moral.
Elle se transmet par imitation.
Elle ne laisse après elle aucune trace de lésions anatomiques.
MM. Bouchet et Gazauvieilh ont consacré de longs développements à prouver que l'épilepsie et l'aliénation mentale étaient de nature indentique (Arch.gén. de méd. , lre sér. , t. ix, p. 510 ; et t. x, p. 5). Nous, sommes de l'avis de ces médecins; seulement, au lieu dédire, avec eux , que l'épilepsie est due à l'inflammation de la substance blanche , et la folie à celle de la substance grise , nous dirons que ces maladies sont toutes deux des névroses ( voy. le Compend. , t. m,
Lorsque la folie simple a persisté pendant longtemps , soit à l'état d'irritation encéphalique , soit à l'état de névrose , elle finit souvent , mais non pas toujours, comme le veut Broussais (loc. cit, p. 418), par donner lieu à une véritable encéphalite chronique , soit parenchymateuse , soit mempraneuse. Cette complication est V effet de la folie, et nous ne pensons pas que celte assertion soit aussi ridicule que le dit encore Broussais, et qu'elle doive être reléguée « parmi les absurdités dont fourmillait la pathologie» avant
223 — FOL
des phlegmasies chroniques (Broussais, ouvr. cit., t. ii , p. 410). La folie par névrose est caractérisée, tantôt par l'exaltation des facultés (hallucinations, monomanie^ manie\ tantôt par leur affaiblissement ( démence simple ).
B. La folie compliquée , dès son début , de lésions de la sensibilité et du mouvement (démence paralytique), reconnaît pour causes des altérations encéphaliques variables, que l'on peut considérer comme étant le résultat d'une phlegmasie chronique. Ces altérations déterminent probablement , non-seulement les symptômes physiques , mais encore les troubles intellectuels qui sont esentiellement caractérisés par l'affaiblissement des facultés.
Si nous appliquons ces deux propositions à l'étude de la folie, considérée dans les différentes formes symptomatiques que nous avons décrites, nous conclurons :
1° Que les hallucinations, la monomanie , la manie, la démence simple, sans lésions de la sensibilité, ni du mouvement, dépendent tantôt d'une irritation encéphalique, tantôt d'une névrose de l'encéphale.
2W Que la névrose encéphalique qui produit la folie peut donner lieu à une irritation , à une congestion cérébrale , laquelle , en persistant, peut, à son tour, entretenir la névrose. Dans ce cas, l'irritation toujours consécutive n'est qu'une complication.
3° Que la folie compliquée de lésions de la sensibilité et du mouvement, c'est-à-dire la démence paralytique, dépend d'une encéphalite générale chronique. Nous avons déjà fait pressentir que telle serait notre opinion (voy. le Compendium, art. Encéphalite, t. m, p. 279-288).
4° L'encéphalite générale chronique (démence paralytique) est le plus ordinairement primitive, et se manifeste dès le début par les symptômes qui la caractérisent.
5° L'encéphalite générale chronique ( démence paralytique) est quelquefois consécutive : elle constitue alors une complication finale , une terminaison de la folie : les premiers symptômes par lesquels elle se manifeste sont quelquefois, masqués, pendant un temps plus ou moins long, par les symp-, tomes de l'aliénation mentale ; mais ils finissent par devenir prédominants, et dès lors l'exaltation des facultés est remplacée par l'affaiblissement graduel, et enfin, la perte totale de ces mêmes facultés
6° L'encéphalite générale chronique ( démence paralytique) guérit très-rarement, et seulement à son début. Elle réclame exclusivement l'emploi des moyens hygiéniques et pharmaceutiques.
7° La folie avec exaltation des facultés ( hallu-
q t'elle n'eût été réformée par l'auteur de Y Histoire I cinations, monomanie , manie) guérit à toutes
FOL — 224
lêi cpoqtl£s de sa durée , lorsqu'elle reste simple ; toutefois, la guérison a d'autant plus de chances que la maladie est moins ancienne. Suivant que la folie présente les caractères d'une irritation ou d'une névrose, elle doit être traitée par les moyens physiques , ou par les moyens moraux. Ceux-ci sont le plus fréquemment indiqués, parce que la folie est ordinairement une névrose : ils doivent être de nature à provoquer une perturbation morale vive.
8° La folie avec affaiblissement des facultés (démence simple ) offre moins de chances de guérison que la forme précédente. Elle exige la réunion des moyens physiques et des agents moraux: l'indication est de stimuler l'intelligence et le cerveau. Nous n'entendons point parler ici de la démence sénile.
Ce n'est pas sans de longues méditations, sans une grande hésitation , que nous nous sommes décidés à émettre des opinions qui seront peut-être vivement critiquées; si nous nous sommes trompés, nous pourrons encore avoir servi la science , en provoquant une exposition précise sur une question qui n'a pas encore été, on peut le dire, nettement posée, et franchement discutée.
Classification dans les cadres nosologiques. — Presque tous les nosographes ont placé la folie parmi les maladies nerveuses, c'est-à-dire parmi celles dont la nature est inconnue.Ainsi, Sauvages distribue les différentes formes de la folie dans les quatre ordres dont se compose sa 8e classe , consacrée aux maladies de l'esprit. La folie constitue, pour Gullen , le 4e ordre de sa 2e classe (maladies nerveuses ) , pour Good, le 1er ordre de la 4e classe ( maladies des Jonctions nerveuses). Pinel a placé l'aliénation mentale dans le 2e ordre (névroses des Jonctions cérébrales ) de sa 4e classe (névroses). M. Rostan fait figurer la folie dans sa 2e division, consacrée aux maladies dont le siège nest que probable y ou même entièrement inconnu. Enfin , M. Andral, dans son cours de pathologie interne, a rangé la folie parmi les maladies des centres nerveux , caractérisées par la lésion de l'intelligence , se présentant sans altérations cadavériques.
Historique et bibliographie. — Nous n'entendons nullement donner une liste des nombreux ouuages qui ont été publiés sur la folie considérée eu général, ou sur chacune de ses formes; nous renvoyons, pour cette •'numération, au Dictionnaire de médecine art. Pom , t. \m, p. 342 ).Nous ne nous occuperai ici de bibliographie, qu'autant que cela sera nécessaire pour tract r l'historique de I aliénation mentale.
HippOCrate , dans son Deuxième livre des épidé-
n'ies , a manifestement décrit des cas de manie;
toutefois , il n'a pas traite de la folie d'une manière
FOL
spéciale , et il l'a confondue avec les différentes affections de l'encéphale.
Arétée , le premier , établit réellement l'existence de l'aliénation mentale , par sa description de la mélancolie et de la manie (de Caus. et sign. morb. diuturn. , lib. i, cap. 5), description fort remarquable sous plusieurs rapports. Non-seulement les symptômes de la mélancolie (confondue toutefois encore avec l'hypochondrie ) et de la manie sont décrits avec une assez grande exactitude , mais on trouve encore une indication de ceux de la démence, et des aperçus d'une justesse à laquelle le temps n'a rien enlevé. Ainsi , « la mélancolie paraît être le commencement , et une simple modification de la manie... La manie est stable , permanente , sans fièvre , distincte du délire aigu et du délire sénile, qui est la calamité du dernier âge. Le délire sénile est sans intermittence et incurable; la manie est intermittente, et peut être guérie par un bon traitement... Les maniaques sont sujets à de fréquentes rechutes. Les différents troubles des facultés intellectuelles , la fureur , les hallucinations , les illusions, sont indiqués : en un mot , sauf la méthode , l'étude symptomatologique laisse peu de choses à désirer. Les causes sont énumérées presque complètement. L'anatomie pathologique est nulle, ainsi que la thérapeutique.
Soranus a donné de la manie une description qu'on lit avec un profond étonnement : on ne se doute guère généralement qu'elle ne diffère que peu de celle de nos meilleurs manigraphes modernes. L'aliénation est distinguée avec soin de la frénésie : l'invasion , les symptômes , la marche , les causes , sont parfaitement étudiées. La manie est rare dans la vieillesse, et surtout dans l'enfance...; son invasion est tantôt subite , tantôt lente...; les causes sont ignorées ou connues, physiques ou morales...; prodromes des accès...; état des malades pendant les intervalles qui séparent les accès...; lésions des sens...; symptômes physiques...; idées délirantes prédominantes : «L'un se croit moineau, coq, ou vase de terre ; un autre , dieu , orateur , acteur comique ou tragique ; celui-ci porte un chalumeau de paille , et s'imagine tenir le sceptre du monde » (Cœlius Aurelianus, Acutor., lib. i , cap. 1,2,3,11,15. — Chron., lib. i , cap. 5 ). Le traitement hygiénique est bien formulé ; il faut combattre la constipation , appliquer des sangsues, des ventouses; le traitement moral est indiqué ( G. Aurelianus, Acutor. , lib. i , cap. 9, 1 1. — Chron., lib. i, cap. 5 ). Soranus décrit aussi fort bien la mélancolie (Chron. , lib. i , eap. 6).
Galien ne fit guère que résumer et soumettre à une appréciation éclairée les travaux de ses devanciers. On trouve dans ses écrits des passages remar-
FOL
FOL
quabîes , tels que celui-ci : «Le délire est un accident de l'organe , sous la dépendance duquel est la pensée » , à côté d'opinions qui font avec eux un contraste fâcheux. Galien cherche dans l'humorisrae la cause prochaine de la manie ; il conseille les émissions sanguines et les révulsifs sur les extrémités inférieures.
Après Galien, la science parut rétrograder; Alexandre de Tralles obscurcit les descriptions par des divisions aussi nombreuses que peu fondées , et négligea les sages préceptes de thérapeutique donnés par Soranus , pour enregistrer une foule de recettes absurdes.
Paul d'Égine suivit une meilleure direction , et reproduisit en grande partie les observations d'Arétée et de Gœlius Aurelianus ; il insista sur l'emploi des diurétiques , des purgatifs , des émissions sanguines, sur l'utilité de rappeler, dans certains cas , les flux menstruel, hémorrhoïdal, etc.; il décrivit la lycanthropie ( De re medica ).
Les arabistes ne firent point avancer la science, et entravèrent plutôt sa marche par des théories ridicules : ainsi, Avicenne regarde les esprits vitaux comme une substance aérienne dont l'obscurcissement produit la mélancolie.
Depuis cette époque , jusque vers le milieu du xvne siècle , l'étude de l'aliénation mentale se perdit au milieu des doctrines de l'humorisme, de la coction des humeurs, de leur fermentation acide ou alcaline, des explications chimiques de Paracelse , du spiritualisme de Van Helmont ; à peine trouve-t-on çà et là quelques faits observés avec soin.
En 1620, Sylvius Deleboë fut conduit par son expérience personnelle à quelques remarques pleines de justesse. La stupidité est naturelle ou accidentelle : la première n'est pas curable; la seconde ne l'est que difficilement... Les malades qui sont livrés à des idées de vanité et de domination sont incurables... Les erreurs de jugement seront corrigées en suspendant la précipitation de cette faculté , en l'arrêtant sur les choses examinées, et en ne désemparant pas quelles n aient été bien jugées... Les mouvements volontaires peuvent être diminués , abolis ( Medicinœ praticœ opéra omnia ; Venetiis , 1735, p. 233 ). Après s'être montré bon observateur, Sylvius retombe dans le faux. Il explique toutes les affections du système nerveux par les différents genres d'altération , de fermentation de l'humeur pituiteuse , et conseille de les combattre par les médicaments propres à dissoudre, à corriger, à éconduire la pituite viscide; on trouve néanmoins encore ici ces paroles remarquables : «Quiconque ne sait pas traiter les maladies de l'esprit n'est pas médecin. J'ai eu à soigner un grand nombre d'affections de cette nature ; j'en ai guéri beaucoup , et bien plus assurément parles impressions morales
et le secours du raisonnement quà l'aide des médicaments n ( loc. cit. , p. 266 ).
Plater (Ofoe/v. in hominis affectibus plerisque; Basilese, 1641 ) décrit l'idiotie sous le nom ft aliénation congénitale. Il cite des exemples d'hallucinations, de lypémanie, de monomanie suicide , de monomanie homicide ; il rapporte cinquante - quatre observations de folie parfaitement tracées. Il s'attache à montrer les premiers signes par lesquels débute souvent la manie , ceux qui ne sont perceptibles que pour le médecin le plus exercé. Enfin Plater établit l'existence de la folie temporaire : « Il est , dit-il , quelques aliénations très-passagères, suite d'une vive impression qui , une fois tombée , ne laisse que des traces de fort courte durée.» Quant au traitement , Plater préconise les émissions sanguines et les vomitifs.
Sennert distingue les sens internes des sens externes , établit des divisions dans les facultés, assigne à la monomanie son véritable caractère : «La raison, dit-il , est peu altérée , ou ne l'est que sur un seul objet ; le malade se trompe constamment sur cet objet, et raisonne juste sur tous les autres»; il indique la lypémanie , 1 aménomanie , la monomanie d'orgueil , la démonomanie : la manie est fort bien tracée. L'auteur insiste sur la fureur dans laquelle entrent quelquefois les aliénés , et sur la facilité avec laquelle ils supportent le froid. Sennert tombe ensuite , quant à la pathogénie , dans toutes les erreurs de ses devanciers ; il ajoute que certains philtres , et l'influence supérieure des démons , peuvent produire l'aliénation.
Sydenham(1650) mentionne à peine l'aliénation.
Bonet (1 660) réunit un grand nombre de faits d'aliénation mentale. Il signale la fréquence des idées orgueilleuses; il montre que les différentes formes de la folie peuvent se combiner enire elles, succéder les unes aux autres dans un certain ordre: «On a vu, dit-il, un homme maniaque rhiver,mélancoliquerété.»H décrit l'agitation, la fureur, la force extraordinaire des maniaques , leurs insomnies , leur insensibilité au froid ; il montre que le scorbut est une complication fréquente de la folie ; il rejette les influences occultes admises par Sennert : «Le traitement de la mélancolie, dit-il, consiste à détruire une conviction fausse profondément établie ; il faut alors agir en sens contraire de la tendance remarquée.»
Baglivi ( Prax. med. ) s'élève contre l'abus des émissions sanguines et des purgatifs : il conseille d'examiner attentivement l'état des voies digestives ; il accorde une très grande puissance au traitement moral.
A la même époque que Baglivi, Stahl , renversant l'humorisme des galénistes, les théories des chimistes et des iatro-mécaniciens, place la cause prochaine de la
FOL
FOL
filie dans une stase du sang, déterminée par une diminution dans l'influence de l'âme sur la circulation.
En 1 700, Boerhaave se rejette dans toutes les théories humorales développées par Sennert; il les exagère encore, et. emporté par elles, méconnaît les sages préceptes de thérapeutique donnés par quelques-uns de ses devanciers.
Nous voici arrivés a Morgagni, avec lequel s'ouvre pour l'aliénation mentale une ère nouvelle. Jusqu'ici les descriptions syniptomatiques ont seules Une valeur réelle; la fialhogénie subissant l'influence de tontes les théories qui régnent tour à tour ou simultanément , reste plongée dans d'épaisses ténèbres , et détruit, quant à la thérapeutique, les résultats fournis par l'observation.
Morgagni demande à l'anatomie pathologique la rau^e prochaine de la folie , et repousse toutes les théories galéuiques , stahliennes, sennertiennes , etc. Daiis soti immortel ouvrage (De sê'aious et causis morbonim, 1 7C>2 , il annonce que chez tous les aliénés il a trouve un endurcissement du cerveau; mais il ajou'.e que celle altération s'êsï aussi rencontrée cnez àt> sujets sains d'esprit, et avec une bonne foi et une sagesse qu'on ne retrouvé guère de nos jours, il déclaré que de plus longues recherches sont nécessaires , afin de ne pas conclure avant d'avoir réuni assez d'éléments de certitude.
Après Morgagni, Haller d?63), Meckel (1764), Lieutaud 1 765) , continuèrent à chercher, dans les altérations de l'encéphale , la cause prochaine de la folie. De 1782 à 1780, Arnold réunit tous les matériaux épars dans les divers auteurs , et publia le premier traité sur la matière. 11 plaça la cause prochaine de la folie (tans le cerveau, et la fit consister en une modifient 'ion de la densité de la substance méd ii flaire et des parties du cerveau , au moyen "desquelles l'âme est liée au corps ( Observ. on tlie nature, liuds , causes and prévention of iusanJ) , liinac) or madness ; I.eieester, 1782, I vol.;"- 1780. 2 VOL).
En 1 7 s 7 , l'erfect publia un recueil d'observations
(îanS lequel sont pi sentes des exemples (\vs différentes foi nies de la folie Select cases in tlie différai! species of insaniïjr, lunacjr or madness; l.ond . 1787 .
Eu I7'ti). (tfédirfg publia sur les altérations de l'encéphale dans l'aliénation mentale des recherches ti sur 196 néeroseopies : il avait distribué ses m il oie- en cinq classes: i" fous furieux ; 2" mélancoliques : '." Imbéciles ; Iô epileptiquès furieux ;
S - pi|e()tiques i : n 1»- < il.- Sa /nui tache medicinisi lie
Schriften;G\ n/, 1 790 ,
fto*Us nous contenterons d'indiquer les ouvrages iema!(jiiab|e> <b ' ^ I j i . . 1 1 1 f ; î Délia j>a z:ia in ^enere, de in cspccic . e'.i . ftttfl rire, I ;".". , «le Ciiehlon
^Inquiry into tlie nature and origin of mental dérangement, etc.; London , 1798 ), de Haslam (Obs. on insanity , vvith practical remarks on that disease ; London , 1798 ), dans lesquels on trouve une foule de documents utiles, pour arriver à PineL
En publiant son Traite médico-philosophique: sur l'aliénation mentale (Paris, 1806). Pinel imprima à la science une impulsion à laquelle on doit peut-être tous les travaux éminents que nous possédons aujourd'hui sur la folie, tien que l'illustre auteur de la nosographie philosophique ne se soit que peu occupé de l'anatomie pathologique de cette affection , et qu'on ne puisse lui attribuer un grand progrès dans son étude; mais Pinel , placé à la tête d'un service considérable d'aliénés, fut frappé de la condition misérable dans laquelle ces malheureux étaient placés, des mauvais traitements qu'ils enduraient, de l'influence funeste exercée par cet état de choses sur la maladie et sur la mortalité; il plaida leur causé avec éloquence, introduisit une réforme totale dans le service des maisons d'aliénés , attira rattention sur celte classe nombreuse de malades, et dès lors on vit accourir autour de lui une foule d'hommes distingués auxquels l'étude de l'aliénation mentale est redevable des progrès qu'elle a faits dans ce siècle.
L'anatomie pathologique et la symptomalologie furent le double but vers lequel se dirigèrent tous les efforts : les uns se préoccupèrent uniquement de la cause prochaine de la folie, et voulurent à toute force la trouver dans telle ou telle altération de l'encéphale; les autres, peu confiants dans les résultats analomopathologiques , s'appliquèreut surtout à décomposer le délire, à étudier ses éléments intellectuels.
Dans le long travail que nous venons de consacrer à la folie, nous avons été conduits à analyser pour ainsi dire tous les travaux modernes relatifs à celte maladie: nous ne rentrerons pas ici dans leur appréciation. Toutefois, pour faciliter au lecteur les recherches bibliographiques auxquelles il voudrail se livrer, nous allons indiquer les sources principales qu'il devra consulter.
M. Parehappe ( Des altérations de l'encéphale dans l'aliénation mentale ; Paris, 1838), dans un mémoire fort bien fait, a résumé presque tous les travaux qui , depuis Morgagni jusqu'à nos jours , ont eu pour but de déterminer le siège, la nature de la folie, les altérations encéphaliques qui la déterminent. Les opinions de cet auteur nous paraissant trop favorables a l'anatomie pathologique, il faut leur opposer Celles de MM. Lelut ( Inductions sur la valeur des altérations de l'encéphale dans le délire aigu et dans la Jolie; Paris, LS.'U; et Leurct Du traitement moral de la folie ; Paris, 18<Î0).
Depuis 1 8 I 0 jusqu'à re< dernières années , Esquirol
FOL
publia, sur les différentes formes de la folie, des mémoires qui ont été réunis en un seul ouvrage en 1838 (Des maladies mentales, etc.; Paris, 1 838, 2 vol. in- 8). Les plus remarquables sont ceux qui traitent des hallucinations, des illusions, de la folie puerpérale, de la lypéihâriié, de la monomanie suicide, de la monomaitie homicide. L'ouvrage d'Esquirol n'est pas un traité méthodique, ce n'est que la réunion de mémoires isolés , qui ne se rattachent pas les uns aux autres; mais il n'en est pas moins une mine inépuisable où se trouvent épars des trésors d'observation et de saine pratique. Marc, dans un ouvrage spécialement consacré à la folie considérée sous le point de vue de la médecine légale, a fort bien établi le diagnostic des différentes formes de l'aliénation mentale , et reproduit les recherches auxquelles ont donné lieu la monomanie homicide, la kleptomanie , et la pyromanie ( De la folie considérée dans ses rapports avec les questions médicojudiciaires ; Paris , 1 840 , 2 vol. in-8°). On lira encore avec fruit , pour l'étude symptomatologique de la folie, les Fragments psychologiques sur la folie de M. Leuret (Paris, 1834).
L'étude des causes de la folie est comprise tout entière dans un mémoire de M. Parchappe (Reclierches statistiques sur les causes de l'aliénation mentale; Rouen, 1839). Enfin, M. Leuret, dans son ouvrage intitulé Du traitement moral de la folie (Paris, 1840), a non-seulement exposé ses propres idées sur là thérapeutique de l'aliénation mentale, mais encore résumé celles de ses devanciers et de ses contemporains.
Nous citerons enfin les travaux de MM. Mason-Cox (Praciicalobs. on the insanity, etc.; Lond., 1804, 1808 , 1813), Haslam (Obs. un madness and melancholy ; Lond., 1 809) , Crowther (P ract. remarks on insanity, etc.; Lond., 1811), fîuKuisSÔn (Oes vésanies ou maladies mentales; Paris, 1816), Heinroth (Lehrbuch der Slhôrungen der Scelenlebens,etc; Leipzig, 1818), Georget (De la folie, etc.; Paris, 1820), Burrows ( An inquiry into certain errors relative to insanity, etc.; Lond.? 1820; — Commentâmes on the causé , formes . symptoms , and treatment oj insanity; Lond., 1822) , Guislain (Traité sur les phrénopathies ; 1835) , Ellis ( Traité de l' aliénation mental e , etc; traduit de l'anglais , par Th. Archambault ; Paris 7 1840). Les différents articles de M. Calmeil, dans le Dictionn. de mèd., méritent une mention particulière.
Tout récemment, MM. Aubanel et Thore ont publié une brochure ( Recherches statistiques sur l'aliénation mentale , etc.; Paris, 1841 ) que nous regrettons de n'avoir eu entre les mains que lorsque déjà noire article était imprimé, bien que le travail
— 227 — FOL
de ces médecins ne fasse que confirmer les propositions que nous avons formulées. Le livre de MM. Aubanel et Thore est exclusivement composé de tatabîeaux destinés à faire connaître les résultats statistiques fournis par l'observation de 549 malades, quant à l'anatomie pathologique, à Féliologie, et à la terminaison de la folie : « Peut-être nous reprocherat-on , disent les auteurs (p. 6) , d'avoir été trop avares de développements et d'inductions. Nous n'avons eu que la prétention d'exposer lés résultats leè plus évidents que nos chiffres nous permettaient d'annoncer , et nous nous sommes bien gardés d'aborder des discussions qui nous auraient amenés à faire une histoire complète de la folie.»
L'anatomie pathologique ne retirera que peu de fruits du travail de MM. Aubanel et Thore : 67 cadavres seulement ont été examinés, 14 appartenant à des maniaques , 53 à des déments (loc. cit. ). Dans l'encéphale de tous on a trouvé des altérations variables, ayant en général leur siège dans les méninges et à la superficie du cerveau (p. 175) : ces diverses altérations étaient quelquefois réunies sur le même individu , le plus souvent séparées (ibid.). Aucune d'elles n'a été constante : la plus fréquente n'a point été vue dans ia moitié des cas (p. 171). Quoique variées dans ieur forme , ces altérations se rapprochaient de celles que nous sommes habitués à rapporter à un travail de nature phlegmasique (p. 1 75) Parmi ces résultats, ceux qui ont été fournis par les 14 maniaques, auraient pu acquérir quelque valeur, si MM. Aubanel et Thore avaient eu le soin d'eu rapprocher l'histoire des symptômes observés par eux pendant la vie des malades. Ce que nou? avons dit plus haut ( voy. Nature ) montre toute l'importance de cette indication , qui ne saurait plus être négligée , si l'on veut arriver à quelque chose de significatif.
Les symptômes n'ont pas été étudiés avec de grands détails : on n'a pour ainsi dire tenu compte que de la forme de la folie. Sur 443 malades ( nous faisons abstraction des idiots, des épileptiques, et des rechutes et réintégrations sans désignation de symptômes ) , MM. Aubanel et Thore ont compté :
181 maniaques.
66 monomaniaques.
21 mélancoliques.
10 stupides.
45 déments.
120 déments paralytiques.
Les guérisons , la mortalité, ont été appréciées avec soin dans toutes leurs circonstances ( p. 122- 167). Plus de la moitié des malades guéris appartiennent à la manie.La température élevée est une circonstance très-favorable à la guérison (p. 129). «Le chapitre des rechutes, disent MM. Aubanel
FRA
FRA
et Thore , est en général omis par tous ceux qui ont publié des travaux sur l'aliénation mentale. C'est cependant une question qu'on ne doit point négliger : sur 549 malades, il y a eu 44 rechutes ainsi réparties» (p. 24-25).
26 maniaques. 8 monomaniaques.
6 mélancoliques.
1 halluciné.
2 déments.
1 imbécile.
L'étiologie est la partie qui a été étudiée avec le plus de développement et de soin , dans l'ouvrage de MM. Aubanel et Thore : les résultats auxquels sont arrivés ces auteurs sontconfirmatifs de ceux que nous avons consignés dans notre article.
L'étendue déjà si considérable de notre travail nous a forcés de ne présenter au lecteur qu'une esquisse rapide et incomplète de l'histoire de la folie : ceux qui voudraient approfondir cette étude intéressante consulteront avec fruit les Recherches historiques sur C aliénation mentale, de M. Trélat ( Paris , 1827), et l'introduction que le docteur Archambault a placée en tête de la traduction de l'ouvrage de M. Ellis, et dans laquelle il s'efforce principalement de prouver, à l'aide de recherches historiques et bibliographiques , que l'aliénation mentale n'est point une majadie particulière aux peuples civilisés , qu'elle se lie aux différents systèmes philosophiques qui ont régné dans les sciences , et que ses formes présentent le caractère des idées générales qui dominent dans chaque siècle.
FRAMBOESlA,s. f.oum.
Dénominations françaises et étrangères. — Pian , yaws , frambœsia , Fr. — Framhoasia , liai. — Framhueza , Esp. — Yaws, Angl. — Becrst hwamm, Ail. — Yaw, yaws, gattoo, Afric. — Pian, epian, Anieric.
Synonymie suivant les auteurs. — Frambœsia, Sauvages, Sagar, Gullen, Ploucquet. — Phymalosir frambœsia , Young. — Anthracia rubutœ , GooiL - Lepra fungiferaÈ Cartheus. — Thymosis, Swtdiaur. — Frambœsia, Alibert, Bateman, Caleoifc el Scnedel. — ) awst Rayer.
Définition. — La Frambœsia est une affection cutanée, caractérisée par des excroissances Pontfueuirai offrent une assez grande ressemblance avec le fruit du Framboisii r
Division. Quelques auteurs ont prétendu nue |. dénominations <\c frambœsia , Av pian <•( de , fit, s, appliquaient à une seule el même maladie, qui | en a H* 1 1 [ue . était appel '•«• pian , el en AI i ique i aws, [/autre assurenl . an contraire', que !<• pian ei le rat** sont deui variétés bien distinctes <!<■ la
frambœsia, la première existant principalement en Amérique, la seconde en Afrique. Il est difficile de se prononcer sur cette question , puisque la frambœsia n'étant pas une affection de nos climats, on est obligé de s'en rapporter à des descriptions souvent obscures et incomplètes. Dans le doute , nous adopterons la division.
Symptômes. — Pian. Des petits boutons rouges se manifestent sur diverses régions du corps ; le malade a de la fièvre , des douleurs dans les membres, il maigrit sensiblement, sa peau devient écailleuse; au bout de quelques jours les symptômes généraux diminuent , et l'éruption se développe : elle est caractérisée par des tumeurs fongueuses qui différent entre elles : les unes (gros pians) , qui atteignent quelquefois la largeur de la main, sont formées par une chair blafarde, et fournissent une matière sanieuse épaisse; les autres (petits pians) , ayant une étendue beaucoup moins considérable , plus rouges , moins fongueuses , sont beaucoup plus nombreuses ; d'autres , enfin ( pians rouges), d'un volume intermédiaire, arrondies, d'une couleur de chair plus marquée , se développent lentement, et s'accompagnent de symptômes plus graves. L'une de ces tumeurs acquiert ordinainairement des dimensions plus grandes que les autres , et se convertit en un ulcère profond ( mèrepian , mama-pian).
Yaws. — Brusquement, ou après quelques prodromes caractérisés par de la fièvre, du malaise, des douleurs dans les lombes , dans les articulations, on voit apparaître sur la peau , principalement sur le cuir chevelu , le front , la face , les aisselles , les aines , la marge de l'anus, les organes de la génération , des petites macules assez semblables à des piqûres de puces. Ces macules sont groupées en certain nombre les unes autour des autres : au bout de quelques jours , elles deviennent papuleuses , l'épidémie s'exfolie, quelquefois au-dessous des écailles qu'il forme, se trouve un peu de pus ; les taches augmentent de volume, acquièrent la dimension d'une pièce de vingt sous , se couvrent de croûtes de plus en plus épaisses , au-dessous desquelles on aperçoit un ulcère de mauvaise nature. Au bout d'un , de deux ou de trois mois, cet ulcère devient fongueux. La maladie suit quelquefois une marche différente. Les papules que nous avons indiquées plus haut deviennent de plus en plus saillantes, e*t forment, au bout de quelque temps, des petites tumeurs hérissées de végétations, isolées par leur sommet, réunies par leur bise, d'un rouge blafard, indolentes, simulant par leur asped une framboise, une fraise, ou une mûre. Les tumeurs restent tantôt dures, résistantes, se recouvrent de squames minces, sèches , adhérentes ; tantôt elles s'enflamment par leur sommet, et se
FRA
FRA
transforment en ulcères qui , dans ce cas , sont , comme on le voit , consécutifs.
Les deux variétés dont nous venons de reproduire les principaux caractères ne sont pas les seules qui aient été indiquées par les auteurs. On a décrit, tantôt sous le nom de pian , tantôt sous celui de yaws 3 1° certaines excroissances de chair qui surviennent, chez les nègres, à la plante des pieds, à la paume des mains , au bout des doigts {guignes), et qui sont accompagnées d'une douleur si vive, que les malades ne peuvent ni marcher , ni rien saisir avec les mains ; 2° des excroissances blanchâtres , qui se forment à la plante des pieds, et laissent écouler une matière purulente ( crabes) ; 3° des épaississements considérables de la peau de la plante des pieds, et delà paume des mains, avec endurcissement des parties et sans suintement ( saouaouas ) ; 4° Biett a rattaché au frambœsia une affection qui se présentait sous la forme de tubercules arrondis , violacés , dont le volume variait depuis celui d'un pois jusqu'à celui d'une noisette, qui occupaient la partie interne et inférieure de la cuisse, et qui, réunis en cercle , formaient une espèce de bourrelet fongueux. 11 est impossible de classer avec quelque certitude ces différentes lésions cutanées.
Marche , durée , terminaison. — La marche de la frambœsia varie suivant l'état général des individus ; elle est plus rapide chez les sujets faibles, cachectiques. La durée de la maladie varie : la moyenne est, suivant M. Rayer, de huit mois; quelquefois la maladie se prolonge pendant des années entières.
Lorsque la frambœsia doit se terminer heureusement , on voit les tubercules disparaître par une résolution insensible , et ne laisser aucune trace après eux ; d'autres fois la guérison n'a lieu qu'après la période d'ulcération et de suppuration : il se forme alors une cicatrice indélébile , analogue à celle des pustules vaccinales. Quand la maladie doit, au contraire, se terminer d'une manière funeste , les ulcères s'étendent en superficie et en profondeur, attaquent les cartilages, et même les os, déterminent des ramollissements, des caries. Les fonctions s'altèrent; il survient de la diarrhée , et les malades succombent dans le marasme , épuisés par la suppuration et les désordres des fonctions nutritives.
Diagnostic. — Lorsque Ton constate la présence de tumeurs semblables à des framboises ou à des mûres, le diagnostic n'offre pas de difficultés : «Les caractères de la maladie , disent MM. Gazenave et Schedel , sont alors tellement tranchés , qu'il est impossible de la confondre avec aucune autre.» 11 n'en est pas de même lorsque les tubercules offrent un aspect moins déterminé, ou lorsqu'ils ont fait place à des ulcères. Dans ce cas, la maladie pourrait être prise pour une syphilide tuberculeuse et ulcéreuse, avec la-
quelle quelques auteurs ont, d'ailleurs, confondu la frambœsia , assurant que ces deux affections étaient de nature identique. Les commémoratifs , les symptômes concomitants, certaines circonstances étiologiques que nous indiquerons tout à l'heure , aideront à éviter l'erreur.
Pronostic. — La frambœsia est moins grave chez les blancs que chez les nègres , chez les femmes que chez les hommes , chez les jeunes gens que chez les vieillards. La maladie n'est jamais immédiatement dangereuse ; elle se prolonge souvent plusieurs années sans altérer en rien l'état général des malades.
Causes. — La frambœsia se montre presque exclusivement dans certaines contrées des pays chauds, sans qu'on puisse expliquer cette endémie : ainsi , elle est indigène en Afrique , et très-commune en Amérique; on observe le pian principalement à Saint- Domingue, à Gayenne , à la Guadeloupe , au Brésil , à la Jamaïque ; le yaws sur les rives du Sénégal, dans la Guinée ; la maladie sévit surtout sur les nègres , elle est rare chez les blancs : elle se transmet par contagion , c'est-à-dire par le contact immédiat de la matière qui s'écoule des ulcères. On a prétendu que la contagion avait souvent lieu par l'intermédiaire d'insectes qui , après s'être reposés sur les ulcères de la frambœsia , allaient piquer des individus sains. On assure qu'elle n'atteint le même individu qu'une fois dans sa vie. Elle attaque les deux sexes et tous les âges; cependant elle est plus fréquente chez les enfants que chez les adultes et chez les vieillards. La malpropreté , la mauvaise nourriture , le séjour dans des habitations humides , prédisposent à la frambœsia, qui se montre de préférence chez les sujets faibles, scrofuleux, rachitiques.
Traitement. — On a employé avec avantage les sudorifiques, les purgatifs, les amers: MM. Gazenave et Schedel conseillent les solutions de Fowler ou de Pearson : «De tous les moyens, celui que l'on a le plus préconisé, disent ces auteurs, et qui aurait eu le succès le plus heureux , c'est le mercure. Quelques auteurs pensent, au contraire, que non-seulement il n'est d'aucune efficacité, mais encore qu'il peut augmenter cette maladie , et que les cas où il a si bien réussi, étaient des affections syphilitiques qui avaient été prises pour des frambœsia. »
Les médicaments externes paraissent être les plus efficaces. On conseille les frictions avec les pommades de proto ou de deuto-iodure de mercure , les bains, les douches de vapeur. Lorsque les tubercules ne tendent pas vers la résolution , ou qu'ils se sont ulcérés , il faut avoir recours aux caustiques : le nitrate acide de mercure , la pâte arsenicale du frère Côme, le cautère actuel, sont les meilleurs agents auxquels on puisse avoir recours.
Nature.— Quelques auteurs ont regardera fram-
FRA
bœsia comme une forme de syphilide : cette opinion ne paraît pas être fondée; d'autres l'ont considérée comme une maladie virulente particulière, d'une nature inconnue.
Historique et bibliographie. — La frambœsia règne depuis des temps fort reculés parmi les nègres de l'Afrique, qui la guérissent à l'aide d'un traitement que nous ne connaissons pas. Tout est encore à faire pour l'étude médicale de cette affection. Les auteurs que l'on pourra consulter avec le plus de fruit, sans toutefois y trouver les éléments d'une classification préciseront : Pison De mèdicina Brœsileum, 1648); Hume (.4 description of the African distemper, called the yaws; Edimb., 1744); Hillary ( Obs. on the diseases of Barbadoes ; Lond., 1771); Grainger {An essayon West Jndia diseases ; Lond., 1764); Bajon ( Mémoire pour seruirà l'histoire de Cayenne et de la Guiane; Paris, 1777); Peyrilhe ( Précis théorique et pratique sur le pian; Paris , 1 783 ) ; Macé ( Dissertation sur le yaws 3 pian ou frambœsia ; Paris , 1804 ); Thomson ( Obs. and exper. of the nature ofthc morbid poison called yaws; Edimb., 1819- 1*822).
FRAYEUR , s. f. — On donne, en séméiologie, le nom de frayeur à ce sentiment involontaire qu'éprouvent les malades, et qui leur fait croire qu'ils sont menace's d'un danger, sans toutefois que cette sensation reconnaisse une cause extérieure appréciable et réelle. Quelques sujets la ressentent pendant la veille ; d'autres, pendant le sommeil seulement. Dans le premier cas, la frayeur procède de la direction habituelle que prend l'esprit des sujets qui craignent de mourir, ou qui sont eu proie à une mélancolie continuelle. D'autres, au contraire, ne ressentent la frayeur que pendant un sommeil pénible et agité , ou seulement à l'instant où ils se réveillent en sursaut, (juand ce symptôme se montre avec une certaine fréquence, on doit songer d'abord à une maladie du système nerveux , et de l'appareil circulatoiie et respiratoire. En effet le plus ordinairement , il se manifeste dans la iolie, dont il constitue quelquefois une variété voy. p. 110 .dans lesné\ro>es en général, dans la gaslrocntéralgie simple ou hypochondriaque , dans l'hystérie . dans la m^l.ilgie. fin l'observe encore dans les CU OÙ la circulation centrale est gênée par une affection commençante ou déjà avancée du ouïr, dans les maladies des gros vaisseaux Rien n'est si commun que d'entendre les malades atteints u'hypci Irophie du cii'ur. d'aile- -r ii» tic \.ilvu|. mes, se plaindre de frayeur
Ci de nu- pénibles, qui interrompent sans cesse leur sommeil. Ile"* affections chroniques du poumon, les tubercules piilmon.iiies . sônl encore (\o iwuscï fréquente*. <\f i é s\ mpiôme , dont la valeur séméiologiqueetl , eq irénéral . (Tassée minime importance.
230 — FRO
FRÉMISSEMENT.— Cataire (voy. Auscultation]. Hydatique ( voy. Foie. Accpholocystcs ).
FRISSON ( voy. Froid).
FROID, s. m. ( pathologie générale). Ce mot , en apparence fort simple , a donné lieu à des discussions qui, sans doute, ne se seraient pas élevées si l'on avait bien compris sa véritable signification .Jl importe donc d'entrer à ce sujet dans des détails qui n'opt pas suffisamment arrêté l'attention des pathologistes.
On donne le nom de froid ' , en séméiologie , à la sensation qui fait croire au malade que son corps est refroidi. Cette définition est bien différente de celle fournie par les aiiteurs du Dictionnaire de médecine , de chirurgie et de pharmacie ( Nysten, 7e édit. , 1839 ) : «Le froid, disent-ils , est la sensa-
tion produite par la soustraction du calorique de nos organes» (ouvr. cit. , p. 438). Or, cette définition est fausse; car il est évident que, dans le froid violent d'une fièvre intermittente , il n'y a pas de calorique enlevé à nos organes, puisque , au contraire , leur température est plus élevée que dans l'état normal , ainsi que nous l'avons démontré dans notrearticle Fièvre. On ne peut donc pas dire «que le froid n'est absolument que la sensation qui indique l'absence du calorique ». Répétons-le , car il faut rectifier ce que le langage médical a d'inexact sur ce point : le froid est une sensation qmjait croire au malade que du calorique est soustrait à son corps : voilà tout ce que doit exprimer le mot froid ; il s'agit ensuite de déterminer si la sensation est juste, ou si elle est fausse. La sensation lest juste, si, en effet, le corps est refroidi , comme lorsqu'il est exposé h une température basse, ou au contact de Teau froide , etc. : on dit alors que le froid est réel. C'est pour cette espèce de sensation que la définition citée plus haut est de la plus grande exactitude ; elle ne l'est plus quand on l'applique à l'autre espèce de froid. En effet, dans celui-ci , la sensation est pervertie , c'est-à-dire, que l'innervation est modifiée de telle sorte, qu'elle crée une sensation qui n'est point exacte ; le froid n'est point r^c/'.Cjesîàees sont claires, et ne peuvent embarrasser le lecteur.
Maintenant il s'agit de démontrer que la sensation est tantôt réelle et tantôt fausse, et que cependant il en résulte une perception cérébrale unique, désignée sous le nom de froid. [tien n'est plus facile que de fournir la démonstration de ce fait. Un homme es( pris d'une fièvre intermittente : le premier stade se manifeste avec une grande intensité; le malade ;\cvmv. un froid très-vif, demande qu'on le couvre , et, maigre la quantité de vêtements dont on l'accable, il continue à ressentir un froid vif. On place un thermomètre sous son aisselle, et l'on trouve que la température excédé de deux à cinq ou six degrés la température physiologique. Il n'en faut pas plus pour
FRO
décider la guestioii, et pour montrer, de la manière la plus évidente, que le froid éprouvé par le malade n'est point réel , qu'il est l'effet d'une perversion de la sensation, et que le médecin n'aurait qu'une notion inexacte et incomplète du phénomène, s'il n'avait pas recours au thermomètre, et s'il s'en tenait à l'assertion du malade. Ces vérités, tellement incontestables qu'il serait ridicule d'y insister plus longtemps , n'ont pas également frappé tous les observateurs, parmi lesquels il s'en trouve toujours quelques-uns qui admettent difficilement les faits avec lesquels ils ne sont pas familiarisés.
Le froid accusé par un malade peut être reconnu de deux manières différentes : 1 ° par le thermomètre: 2° par la main. Nous ne reviendrons pas sur ce qui a été dit ailleurs de l'emploi de l'instrument calorimétrique ( voy. Fièvre, t. ni); mais nous devons insister sur la seconde manière d'apprécier la température, parce que les détails dans lesquels nous sommes déjà entrés ( art. Fièvre ) n'ont pas été bien compris. Commençons d'abord par établir que la main du médecin, appliquée sur le corps d'un malade, perçoit la température réelle, et qu'il n'existe aucune contradiction entre les résultats fournis par la main et ceux obtenus à l'aide du thermomètre. Mais alors, dirat-on , pourquoi n'a-t-on pas découvert depuis longtemps , et reconnu cette vérité, que vous établissez avec M. Gavarret, savoir, que, pendant le frisson , la chaleur de la peau n'est pas abaissée au-dessous de son degré normal? En effet, la main n'a-t-elle pas du rectifier l'erreur commise par le médecin qui s'en rapporte à la sensation exprimée par le malade? Entrons dans quelques détails à ce sujet.
La main , considérée comme instrument capable de mesurer la température, est insuffisante et infidèle pour plusieurs raisons. Il est évident, par exemple, qu'en l'appliquant sur la peau d'un malade, on tiouvera une différence beaucoup plus marquée, qu'elle ne Test réellement, entre la température du milieu ambiant, qui est un gaz , et celle de la peau, qui est un corps solide. En effet , la physique nous apprend qu'un corps solide ou liquide à la même température qu'un gaz, semble avoir une température différente de ce corps , lorsqu'on se sert de la main pour l'apprécier, parce que les molécules des premiers sont plus rapprochées, et parce que leur conductibilité est meilleure, etc. : ainsi donc , en transportant la main , de l'air extérieur, sur la peau d'un malade, on s'expose à trouver celle-ci froide ou chaude, bien qu'elle ne possède pas réellement ces qualités. C'est ce quia lieu, par exemple, lorsque l'on se plonge dans un bain qui est à une température de 40 degrés cent.: on y ressent une chaleur insupportable , tandis que si le corps est plongé dans l'air quia cette température, il la supporte très- facilement. C'est encore ce qui se passe ,
— 231 — FRO
mais d'une manière inverse, quand le corps baigne dans de l'eau à 15°-j-0 cent.: le froid ressenti est très-vif, tandis que l'air atmosphérique, à une température égale, ne produirait pas de refroidissement désa gréable. Il faut donc d'abord savoir se mettre à l'abri de cette première cause d'erreur; mais, en supposant qu'on y soit parvenu, il faudra encore donner le temps à la température de la main qui explore , et qui peut n'être pas la même que celle du malade, de se mettre en parfait équilibre avec elle. Une fois que l'on aura pris toutes ces précautions, on pourra , non pas apnrécier exactement le degré de température, mais seulement les différences qu'elle présente. C'est, du reste, ce qui a été fait par des observateurs distingués. M. Maillot, dans son Traité des fièvres intermittentes, dit s'être assuré plusieurs lois que dans la fièvre pernicieusealgide il existe une chaleur très-grande à la peau, dans le moment même où le malade tremble de froid, et où ilprésente ces phénomènes que l'on a considérés pendant longtemps comme les signes d'un refroidissement réel (chair de poule, pâleur, ou te; ntelivide de |a peau): danscecas, la main estun véritable instrument calorimétriquequi donne un démenti à la sensation perçue par le malade. En est-il de même dans tous les cas? On peut répondre par l'affirmative. En effet, dans tous les cas où M. Gavarret a rencontré une élévation de température à l'instant du froid , il a reconnu aussi à la main que la peau était loin d'être refroidie; souvent même il a pu an nonçer à l'avance que la chaleur était plus grande que dans l'état normal. Ainsi donc, nous ne saurions trop répéter que la main conduit aux mêmes résultats que l'emploi du thermomètre : mais , pour y arriver, il a fallu passer par l'expérimentation ; elle seule a pu nous convaincre que la sensation du malade était fausse, et que si elle a si longtemps trompé les médecins, c'est parce qu'ils lui ont accordé plus de confiance qu'à la sensation fournie par leur propre main. Un grand nombre d'observateurs avaient bien constaté une chaleur vive au moment du frisson ; mais les déclarations des malades étaient si foi nielles , si positives , elles étaient si invariables chez tous ceux que l'on interrogeait, que l'on n'a pas hésité à dire que la main se trompait, et que les malades avaient raison : telle est la principale cause de l'erreur accréditée jusqu'à nous, et il ma fallu rien moins que les observations réitérées, que l'on doit à M. Gavarret, pour mettre hors de doute ce fait , savoir, que le froid accusé par le malade n'est pas toujours réel.
L'auteur d'un article publié dans les Archives gérâtes de médecine croit que « les diverses modifications delà chaleur appréciables par la main oui une importance plus grande que l'élév.ilion réelle de la température pendant que la colonne menurielle s'élève dans l'instrument)) (t. x, p. 382, 3e et nouvelle
FRO
FRO
série ; mars 1841 V Ici Fauteur tombe , sans s'en apercevoir, dans une erreur qui est assez générale : elle consiste à croire que la main fournit des résultats différents de ceux que donne le thermomètre , et que si un malade accuse du froid pendant le frisson de sa fièvre , la main perçoit , en effet , un refroidissement. Il n'en est pas ainsi , nous le répétons encore : la chaleur perçue par la main est la même que la température réelle; seulement l'observateur est trompé par les affirmations du malade et par sa propre sensation , lorsqu'il ne s'est pas environné des précautions dont nous avons parlé précédemment. Une preuve que l'auteur de l'article en question commet cette erreur commune , c'est qu'il la reproduit encore plus loin quand il dit : «Nous admettons volontiers que la sensation éprouvée par la main de l'observateur, ou par le malade lui-même, soit fausse , que dans le frisson de la fièvre intermittente la température du corps , loin d'être diminuée , soit , au contraire, comme l'a constaté M. Gavarret, à 3 ou 4 degrés cent, au-dessus de la température normale: nous soutenons encore que cette sensation a plus de prix pour le praticien, que la connaissance du fait réel» (loc. cit. t p. 282 ). Mais, encore un coup, la sensation éprouvée par la main de l'observateur n'est pas en désaccord avec le fait réel ; seulement il faut savoir se mettre à l'abri des chances d'erreur auxquelles on s'expose en appréciant la température avec la main ; et il a fallu recourir à l'emploi d'un instrument de,précision tel que le thermomètre, pour sortir de l'incertitude ou de l'erreur où l'on serait encore plongé si l'on n'avait pas eu recours à ce mode d'exploration , dont on hésite encore à reconnaître l'utilité.
Le thermomètre ne peut pas remplacer la main dans tous les eau ; aussi avons-nous eu occasion de dire dans notre article Fiévue qu'il était nécessaire de recourir à ces deux instruments. Il est évident que le thermomètre ne peut indiquer que la température , et que si l'on a besoin de constater le degré d'humidité de la peau, il ne fournira aucune espèce de renseignements. Jamais nous n'avons prétendu que le thermomètre pouvait faire office d'hygromètre.
L'auteur de Tarticle cité ajoute que la sensation fausse éprouve» par le malade a plus de prix pour le praticien que la connaissance du fait réel, savoir, l'élévation de température, parce que cette sensation du froid est no symptôme caractéristique de la fièvre intermittente. Nous accordons facilement que cette mais lie a été toujours parfaitement reconnue, quoique l'on ail ignoré le Fait d m de température ; m;ii^ ce
n'es! pas une raison pour nous empêcher <!<■ rechercher la nature des phénomènes, surtout lorsqu'on peut la <le< )ii\i instruments de physi-
que ; cl, d'ailleurs . ' mieux connu la na-
ture du frisson fébrile, on se serait épargné quelques théories , dont l'emploi du thermomètre a achevé de faire justice. On a prétendu que les congestions du poumon, de la rate, et des autres viscères intérieurs , si fréquentes dans les fièvres intermittentes , reconnaissaient pour cause le refroidissement de la périphérie cutanée , et la contraction du système capillaire de cette partie. Cette opinion, qui aété fortement ébranlée par des raisons puisées dans l'étude des symptômes et des lésions cadavériques, ne peut trouver d'appui dans le prétendu refroidissement de la peau. Nous ne comprenons pas, enfin, comment l'on peut dire qu'il est inutile de connaître le véritable état de la température pendant le froid, puisque, sans les recherches thermométriques , on ne saurait pas encore aujourd'hui si le froid de la fièvre est réel , et l'on n'aurait pas appris à distinguer la température réelle de celle qu'accuse le malade d'après ses seules sensations. En voilà assez pour prouver que le thermomètre, en tant qu'instrument calorimétrique, est au-dessus de tous les autres moyens d'exploration.
On distingue trois degrés de froid dans les maladies : l°le simple sentiment de froid , algor ; 2° le frissonnement, horror (en grec, cpptxn), qui est accompagné de cet état particulier de la peau , que l'on nomme vulgairement chair de poule ; 3° le frisson , rigor (en grec, pi^cç ) , qui donne lieu à un tremblement irrégulier des membres et du corps.
Le froid varie en intensité : tantôt il est léger , fugace, et se manifeste une fois ou deux au début des maladies; il est quelquefois si peu prononcé, que le sujet , inattentif ou peu habitué à s'observer, ne peut dire au médecin s'il l'a ressenti ; tantôt le froid est continu , et dure au même degré pendant une heure ou quatre à cinq heures, comme cela s'observe dans la fièvre intermittente simple et dans la fièvre algide.
Intermittence. — Les frissons vagues et erratiques se montrent à des époques qui n'ont rien de fixe ni de régulier pendant le cours des maladies ; mais d'autres fois ils reviennent avec une régularité parfaite, et constituent le meilleur caractère des maladies périodiques. On est fondé à admettre qu'une maladie est intermittente quand les symptômes qui l'annoncent, quels que soient leur siège et leur nature, sont précédés d'un frisson ou d'un froid trèsmarqués. C'esl ainsi qu'une névralgie, dont l'attaque est précédée de l'apparition de ce symptôme, cède beaucoup plus facilement à l'administration du sulfite de quinine , que celle qui ne se montre pas sous cette forme.
Le tiége d' la sensation du froid est différent : tantôt elle réside daus tout le corps , tantôt dans la
FRO
FRO
région dorsale ou lombaire , d'où elle s'étend à toutes les parties du corps; quelquefois elle a son siège dans un membre, un doigt; elle semble ensuite se propager vers la tête , comme dans l'épilepsie, ou vers la gorge , comme on le voit dans l'hystérie. Chez quelques sujets atteints de névralgie, la sensation du froid parcourt le trajet du nerf.
Quand le froid est très-prononcé, les malades éprouvent un malaise général , de la courbature ; les muscles des membres sont agités par des convulsions cloniqucs , rapides , saccadées , qui impriment au corps des mouvements irréguliers assez semblables à ceux que l'on observe dans l'épilepsie. Quand le sentiment de froid est porté à un haut degré, les mâchoires, mises en mouvement par les contractions cloniques des muscles élévateurs , produisent le claquement des dents. Le derme semble se contracter et se resserrer : c'est alors que les bulbes des poils font saillie au-dessus de la surface de la peau, et lui donnent cet aspect qui l'a fait désigner sous le nom de chair de poule.
Le froid se manifeste dans plusieurs états physiologiques , comme après le repas , au moment où la digestion commence à s'effectuer , ou par l'effet de quelque émotion : « S'il arrive, dit M. Piorry, qu'une idée grande et un peu généreuse, qu'un sentiment d'admiration profonde ou quelque pensée relative à des vues larges de patriotisme , d'humanité , vienne à frapper certains hommes , et surtout si l'impression est prompte , ils éprouvent une sorte d'horripilation , de frissonnement du cuir chevelu qui s'étend au loin , et ne se manifeste dans aucune autre circonstance » ( Traité de diagnostic, t. m, p. 64, 1838). Une grande frayeur, un chagrin profond, en un mot, les émotions morales subites et vivement ressenties , déterminent les mêmes effets.
Le froid et ses différents degrés, tels que le frisson, le frissonnement, marquent le début de presque toutes les affections aiguës, et des phlegmasies spécialement. Nous avons dit , dans notre article Fièvre , que le frisson initial était un symptôme excellent pour déterminer le début des maladies : il faut se garder de prendre pour le symptôme dont il s'agit , l'impression du froid extérieur qui est la cause d'un certain nombre de maladies , de celle de l'appareil respiratoire , par exemple. Souvent aussi les sujets considèrent comme cause de leur maladie, le froid qui en a marqué le début. 11 sera facile d'éviter celte erreur, en dirigeant d'une manière convenable, l'interrogation sur ce point. 11 faut encore se rappeler que, pendant les premiers jours d'une maladie , les sujets en proie aux malaises et aux phénomènes d'une maladie encore peu avancée ressentent très-facilement les moindres variations atmosphériques , et que la sensation de froid
se déclare alors sans annoncer le début du mal , ni l'intervention d'aucune cause extérieure qui aurait agi pour en déterminer le développement.
Les frissons et le froid se montrent dans les maladies aiguës et chroniques; ordinairement ils ne se manifestent qu'au début des premières, et l'on doit craindre quelque complication ou l'aggravation de la maladie primitive, si on les voit apparaître dans leur cours. Dans les maladies chroniques qui s'accompagnent de fièvre hectique, il n'est point rare d'observer, dans la seconde partie de la journée, vers le soir, un redoublement des symptômes, précédé d'un petit frisson. Chez les phthisiques , ce frisson est à peine marqué, et souvent n'existe pas, à moins qu'il n'intervienne une de ces complications qui éclatent si fréquemment pendant la longue durée du mal.
Quand une maladie marche d'une manière continue , mais que les symptômes s'exaspèrent par intervalles, et que les redoublements sont précédés par des frissons , on dit que cette maladie est rémittente. Il est donc de la plus haute importance de s'enquérir si le malade éprouve des frissons ou du froid , au moment du redoublement périodique, afin d'agir avec toute la promptitude et l'énergie qu'exige le traitement de certaines fièvres rémittentes pernicieuses. Ajoutons ^toutefois , que le froid peut manquer dans les rémittentes , sans qu'elles cessent d'être caractérisées par les autres symptômes. Le praticien n'oubliera pas non plus que le refroidissement extrême et glacial du corps , dans les fièvres rémittentes, annonce un grand danger, et caractérise souvent le paroxysme, qui est suivi de mort. Le froid est aussi le symptôme essentiel de la fièvre algide pernicieuse (voy. Intermittente [fièvre ).
Dans le cours des affections nerveuses , le froid, et ses divers degrés, se montrent assez souvent, et dépendent des autres troubles de l'innervation, et de la sensibilité spécialement. Rien de si commun que d'entendre les sujets atteints d'hypochondrie, d'hystérie, de gastralgie, etc., se plaindre d'un vif sentiment de froid dans tout le corps, ou dans quelquesunes de ses parties. Certains aliénés éprouvent un froid continuel.
On vient de voir que le froid est un symptôme caractéristique des fièvres intermittentes, rémittentes,' des maladies nerveuses , et des affections aiguës et chroniques ; de plus longs détails nous forceraient à empiéter sur l'étude de chacune de ces maladies : rappelons seulement que toutes les fois qu'il se forme une suppuration en quelque point de l'économie , ou qu'un liquide septique pénètre dans le sang, un frisson souvent très-intense et comparable à celui de la fièvre iolermitteute, se déclare : il en est de même dans la phlébite, et dans les maladies qui se "terminent par suppuration ou par gangrène.