‹ Compendium de médecine pratique, ou, Exposé analytique et raisonné des travaux contenus dans les principaux traités de pathologie interne (volume 2)Chapitre 22 sur 57 · GAS · texte numérisé non relu

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est souvent entée sur une injection pointillée , ou striée.

La consistance normale de la tunique muqueuse est presque constamment modifiée, et fournit d'excellents caractères analomiques pour reconnaître l'inflammation chronique. Le ramollissement , qui doit nous occuper ici , est accompagné ou non de l'hypertrophie de la membrane; le ramollissement avec hypertrophie se montre sous la forme de mamelon ( voy. Hypertrophie de l'estomac , p. 532), de bandes , de plaques , avec décoloration plus ou moins prononcée des tissus : M. Louis le considère comme un effet de l'inflammation. Le ramollissement peut frapper des portions circonscrites de la membrane interne. Si la muqueuse n'est ni amincie ni hypertrophiée , si les points ramollis sont situés vers les parties déclives de l'estomac où est accumulée une grande quantité de liquide , on doit croire que la perte de consistance est un effet cadavérique. Nous avons signalé les dissidences nombreuses qui ont éclaté au sujet du ramollissement de la membrane muqueuse et des autres tuniques : ce n'est pas le lieu de revenir sur cette question (voy. Estomac , p. 545). Ce que l'on peut établir de plus précis , c'est que le ramollissement , avec amincissement et destruction de la membrane muqueuse, telle que M. Louis nous l'a fait connaître , caractérise assez bien la gastrite chronique ( art. cit , p. 552 ).

L'induration est, suivant M. Andral et la plupart des auteurs, une lésion qu'il est impossible de ne pas rapporter à une phlegmasie lente ; la membrane indurée partiellement, ou dans une partie assez grande de son étendue, peut offrir une couleur naturelle ou une coloration vermeille , d'un blanc mat ou grisâtre, ce qui est plus fréquent. Quand on rencontre l'épaississement de la membrane interne et du tissu sousmuqueux , une décoloration assez marquée de la première membrane , on doit admettre qu'il y a eu inflammation chronique. L'amincissement observé chez des sujets qui ont présenté des troubles du côté de l'estomac nous paraît être encore un des résultats de cette maladie ( voy. Amincissement , article cité , p. 505 ).

L'hypertrophie, bu plutôt l'accroissement et la perversion du mouvement nutritif , est très-commune dans l'inflammation chronique; l'hypertrophie peut porter sur les cryptes plus spécialement. Ù en résulte alors une foule de petites éminences ou granulations molles et fongueuses , de la grosseur d'un grain de millet, qui tiennent à la tuméfaction du follicule ( voy. Hypertrophie , p. 533); l'état mamelonné de l'estomac est encore une altération de ce genre. Quand la membrane muqueuse est hypertrophiée d'une manière générale , elle peut acquérir cinq ou six fois son épaisseur normale , et sa consistance

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augmente , en sorte que l'on peut détacher des lambeaux de deux à trois pouces.

On a encore rapporté à l'inflammation chronique d'autres hypertrophies partielles : les unes se présentent par plaques ovalaires ou allongées, diversement colorées, faisant un léger relief au-dessus des parties environnantes ; les autres sont des bosselures irrégulières, rapprochées , molles et saignantes ; il en est enfin qui se montrent sous forme de granulations arrondies , friables et mollasses , laissant suinter le sang. Cette dernière hypertrophie , dont Billard cite un exemple, est évidemment de nature inflammatoire ( Billard , ouvr. cit. , p. 533 ). Quant aux autres , on aurait tort de les considérer toutes comme ayant évidemment cette origine. Du reste , il faut établir dans les tumeurs qui végètent ainsi à la face interne de la muqueuse la division admise par M. Andral. Les unes sont constituées par la muqueuse indurée ou ramollie; les autres ont une nature différente de celle qui est propre à la membrane muqueuse : «La première classe des tumeurs paraît être , dit M. Andral , celle que Ton a le plus souvent occasion d'observer ; et s'il est prouvé que l'induration et le ramollissement de la muqueuse gastrique sont un résultat de son inflammation, ces mêmes altérations devront être rattachées à celles-ci lorsquelles seront circonscrites , et avec épaississement assez considérablepour qu'il en résulte des tumeurs» ( ouvr. cit., p. 59 ).

L'hypertrophie ne reste pas limitée à la membrane interne dans la gastrite chronique ; elle s'étend à la tunique celluleuse placée entre les divers éléments qui constituent la paroi de l'estomac. Dans ce cas , lorsqu'on a enlevé la membrane interne, on trouve audessous un tissu blanchâtre et ferme ; il donne une consistance plus grande aux parois gastriques , qui s'affaissent beaucoup moins que dans l'état normal ; il est rare qu'il soit porté au point de diminuer la capacité de l'estomac : la diminution du calibre de l'estomac tient à linflammation et à la cessation plus ou moins complète de ses fonctions par l'abstinence à laquelle s'astreint le malade.

L'ulcère décrit par M. Gruveilhier sous le nom A' ulcère chronique de Vestomac , dont nous avons donné l'histoire ailleurs (art. Estomac , p. 557 ), est pour nous une altération que l'on doit évidemment rattachera l'inflammation chronique; nous en avons fourni les preuves , que nous avons puisées dans la symptomatologic , les causes et les caractères anatomiques de la maladie. L'ulcère simple chronique a une funeste tendance à détruire successivement toutes les membranes de l'estomac.

On trouve KMlvent dans les membranes de l'estomac , soit autour des points enflammés, soit dans d'autres parties, <|, , infiltraUoni de sérosité ou de lang, <l<s • Migréneuses; mais toutes ces al-

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térations, sans être absolument étrangères à l'inflammation , annoncent qu'il existait dans l'économie des conditions morbides qui ont pris la plus grande part dans leur production. Nous mettons encore en dehors des phénomènes inflammatoires la production des hypertrophies celluleuses ou musculaires qui forment un certain nombre de squirrhes , et , à plus forte raison, les véritables cancers squirrheux ou encéphaloïdes, et les productions d'autre nature, que la doctrine de l'irritation avait considérés comme des reliquats de l'inflammation chronique de l'estomac.

La capacité du viscère augmente beaucoup dans certaius cas : il forme alors une sorte de besace constitutive de l'estomac , qui perd ses propriétés contractiles , et se laisse distendre passivement par les liquides et les différentes matières ingérées. M. Andral rapporte un exemple de ce genre ( Clinique médicale, t. h, p. 115; 1834 ) : ce cas n'est pas le plus ordinaire. Broussais a rencontré fort souvent le canal digestif contracté, au point qu'il contenait à peine quelques matières excrémentitielles. On peut lire dans l'ouvrage de M. Tartra plusieurs observations de gastrile, avec rétrécissement considérable de tout l'estomac , qui n'avait , dans quelques cas , que le volume d'un intestin grêle. L'oblitération incomplète et le rétrécissement de la cavité gastrique peuvent s'effectuer de plusieurs manières : l°par suite de la désorganisation profonde des membranes, qui sont ramollies , ulcérées , en partie détruites, etde la formation consécutive de cicatrices irrégulières ou d'adhérences avec les organes voisins; 2° une autre cause beaucoup plus fréquente des coarctations gastriques est le développement des altérations de texture qui surviennent lorsque le travail phlogistique s'est prolongé pendant quelque temps. Nous devons surtout signaler les indurations de la membrane muqueuse et du tissu cellulaire qui lui est subjacent.

Nous devons, à ce sujet, rappeler une question à la solution de laquelle nous avons accordé de longs détails dans un autre article. Peut-on considérer comme un produit de la gastrite l'hypertrophie considérable et l'induration des membranes celluleuse, musculeuse et muqueuse , que l'on rencontre chez des sujets qui ont présenté pendant longtemps des troubles dans les fonctions digestives? Si l'on entend parler uniquement des hypertrophies partielles, sans développement de tissus nouveaux , tels que ceux qui entrent dans la composition du squirrhe et du cancer encéphaloïde ,on éprouve moins de difficulté, et l'on peut soutenir, avec quelque raison , que les altérations de nutrition qu'entraîne avec elle la gastrite . chronique peuvent leur donner naissance. Celte opinion , qui ne doit pas être admise d'une manière absolue daus tous les cas , n'est plus soutenable lorsque

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l'on rencontre les lésions caractéristiques du squirrhe et du cancer encéphaloïde : il y a , dans ce dernier cas, toute autre chose qu'une simple gastrite (voy. Cancer de l'estomac , p. 523 , et passim ). On a prétendu considérer comme preuve anatomiquede l'origine inflammatoire du cancer les traces évidentes d'inflammation que l'on rencontre , en effet , à côté de parties véritablement cancéreuses. Nous avons constaté en plusieurs circonstances ces vestiges de l'inflammation : mais prouvent-ils en faveur de la doctrine que l'on veut soutenir? Nous ne le pensons pas. En effet , on trouve bien autour des tubercules pulmonaires les lésions anatomiques de la pneumonie , et cependant personne aujourd'hui n'est disposé à soutenir que ces tubercules sont le résultat de la pneumonie que l'on constate autour d'eux. Le même raisonnement s'applique aux lésions que l'on rencontre dans le voisinage du cancer gastrique , et que l'on a été tenté de considérer comme la cause de celui-ci.

La discussion à laquelle nous venons de nous livrer n'est pas sans utilité pour l'histoire de la gastrite chronique. Gomment, en effet, caractériser cette inflammation? Est-ce parles symptômes? Mais nous verrons plus loin qu'ils ressemblent souvent à s'y méprendre à ceux du cancer, ou d'autres maladies que l'on ne peut pas regarder comme inflammatoires. 11 faut donc se réfugier dans l'anatomie pathologique. Mais ici encore de nouvelles difficultés attendent le pathologiste. Il pourra se prononcer assez facilement quand il rencontrera un ramollissement rouge, avec injection ou les lésions de l'état aigu , qui peuvent exister dans la gastrite chronique , comme nous l'avons dit précédemment; il n'éprouvera encore que peu d'embarras s'il constate la présence d'un ramollissement circonscrit , d'une ulcération , de certaines indurations évidemment inflammatoires , ou de ces colorations noires , mélaniques , que nous avons décrites; mais dans d'autres cas il sera fort embarrassé.

Spnptomatologie. — «J'appelle chronique , dit Broussais , la gastrite qui ne s'annonce point avec un appareil orageux, quoiqu'elle paraisse quelquefois aussi courte que l'aiguë : je décris donc sous le titre de chroniques t toutes les gastrites qui ne sont point accompagnées d'un mouvemeut rapide delà circulation , et qui détruisent les ressorts de la vie avec des troubles si légers, qu'on les méconnaît infailliblement si l'on n'y porte pas la plus grande attention » ( loc. cit., t. m , p. 41 ). Cette définition nous semble devoir être acceptée. Il y a dans la gastrite chronique , comme dans la forme précédente , plusieurs nuances que nous ferons connaître lorsque nous aurons indiqué d'une manière générale les symptômes et la marche de la maladie. Parmi les symptômes, il y en a de locaux , et d'autres généraux. Nous commencerons par les premiers.

L'inflammation chronique débute de deux manières différentes : sous forme latente et chronique, ou bien elle succède à l'état aigu , et l'on observe alors les signes de cet état avant; les symptômes de la forme chronique: «La gastrite chronique, dit Broussais , n'est point produite autrement que l'aiguë : elle prélude de la même manière. Lorsque les souffrances de l'estomac sont assez considérables pour arrêter la nutrition , porter aux forces une atteinte majeure , et empêcher le malade de satisfaire à tous ses devoirs, il y fait plus d'attention; il consulte un médecin : si celui-ci examine attentivement son état, il lui trouve tous les symptômes de l'état aigu, mais dans un degré beaucoup moins considérable. »

La langue offre un aspect très-variable : elle est naturelle dans les cas où l'estomac est devenu le siège des altérations organiques les plus graves (Andral, Clin, méd., loc. cit., p. 140 ); dans d'autres , elle est rouge , animée à la pointe , et parfaitement nette, comme dans l'état aigu ; le plus ordinairement elle est couverte d'enduits blancs ou jaunes, assez épais , rarement étendus d'une manière uniforme sur tout l'organe, mais par places. On découvre souvent à travers la couche muqueuse, et comme sous un léger voile, les papilles rouges de la langue. Il est un autre état observé par M. Andral, et que nous avons eu occasion de constater dans plusieurs cas de gastrite chronique : «La pointe de la langue est hérissée d'un grand nombre de petites granulations rouges , qui paraissent être autant de papilles plus développées et plus injectées que dans leur état normal. Ces granulations ne restent pas toujours au même état : il y a des temps où elles sont très-saillantes , très-rouges , et très-nombreuses ; il y en a d'autres où elles sont moins apparentes, plus pâles, et plus rares. Leur développement est toujours en raison directe de l'intensité de l'irritation gastrique» {loc. cit., p. 141*). M. Andral considère cet état de la langue comme une indice de cette irritation , ou tout au moins d'une assez grande susceptibilité gastrique.

La langue est rarement dépourvue de son humidité, comme dans la phlogose aiguë; parfois , cependant, elle est collante, et sèche par intervalles, ou couverte d'une couche pultacée blanchâtre. Il se développe aussi à sa surface, ou dans d'autres points de la cavité buccale , une éruption d'aphthes. On a encore noté chez quelques malades la tuméfaction des glandes salivaires et le ptyalisme comme des symptômes, rares à la vérité, de gastrite chronique.

L'appétit reçoit presque toujours quelque modification. Conservé chez quelques sujets, il est remplacé par un dégoût prononcé, ou bien il se manifeste de temps à autre, mais les digestions n'en sont pas meilleures. On peut dire que le cas le plus ordinaire

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est celui où les aliments ne sont pas désirés , et où ils sont pris sans répugnance. Parmi les malades, il en est qui conservent un appétit assez vif; d'autres sentent des besoins et des tiraillements d'estomac qu'ils croient devoir satisfaire en mangeant : ils s'apaisent, en effet, après l'ingestion des aliments, mais reparaissent ensuite plus vifs qu'auparavant. La faim incessante peut encore être considérée comme un signe de gastrite. Souvent les sujets qui désirent le plus ordinairement des substances alimentaires ne peuvent qu'à grande peine les faire arriver jusque dans l'estomac : il semble qu'un obstacle situé dans l'œsophage s'oppose à leur introduction. D'autres éprouvent un vif dégoût après avoir avalé une petite quantité d'aliments. On voit donc, d'après ce qui précède, que l'appétit est souvent diminué, rarement aboli, naturel ou augmenté, plus rarement encore perverti , comme il Test dans la névrose de l'estomac ( voy. Gastralgie).

Les aliments une fois ingérés occasionnent divers troubles fonctionnels qu'il importe de connaître. Tantôt ils sont vomis peu de temps après qu'ils ont été pris, et c'est le cas le plus ordinaire; tantôt ils sont conservés par l'estomac ; mais alors il en résulte des douleurs excessivement vives, des pesanteurs, des" nausées, des rapports acides, acres, ou nidoreux et fétides. Quelquefois, pendant tout le temps que dure le travail de la digestion , les malades sont fatigués , abattus , tourmentés par une chaleur générale fort incommode, par delà céphalalgie, par la tendance au sommeil , par de l'assoupissement. Une fois ces accidents passés, le mal reprend sa marche habituelle, s'exaspère ou passe à l'état aigu si les aliments ingérés sont stimulants et indigestes , ou s'ils ont été pris en trop grande quantité.

Le vomissement est considéré par M. Andral comme un symptôme assez rare de gastrite chronique: «11 a lieu , dit-il, dans deux cas : ou bien lorsque , sous l'influence de causes appréciables ou non , l'inflammation chronique de l'estomac passe à un état plus aijju , ou bien lorsque l'altération dont l'estomac est le siège oppose un obstacle au libre coins des matières, -oit loir qu'elles entrent dans l'estomac, soit lorsqu'elles en sortent » loç. cil., p. 150). Cette proposition peu! itie acceptée quand on parle de lésions chroniques de l'estomac; mais quand on veul désigner plus spécialement l'inflammation chronique, on doit maintenir qui- le vomissemeul en esi un signe très-ôVdïïiaire Les aliments, ail Broûssais, sont ordi- Qairemenj vomis peu de Icmps après qu'ils ont été ingérés : le- matières vomies sont .dans ce a*, des substances alimentaires; dans d'antres, ce sont de simples mucosités, ou des liquides doués d'une acidité extrême ou dune saveur acre el brûlaute. Les vomissements de mucosités a jeun . tous les matins on! cl"

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observés sur des sujets atteints de simples gastrites chroniques. Parfois les matières rendues sont bilieuses , noirâtres , et analogues à du marc de café. Pour que ce liquide noirâtre puisse être vomi sans qu'il y ait cancer de l'estomac, il faut qu'il y ait simple exhalation d'une matière noire à la surface interne de l'estomac, parfaitement sain du reste, comme dans les trois cas rapportés par M. Andral (loc. cit., p. 1 53 et suiv.); ou bien qu'il se soit formé une ulcération ou un ramollissement de la membrane interne: ainsi donc ce vomissement n'est point un. signe caractéristique du cancer de l'estomac.

La soif, quoique moins vive et moins continue que dans la phlogose aiguë, est cependant prononcée chez la plupart des sujets. Elle éclate après l'ingestion des aliments, et surtout après le travail digestif. 11 en est de même dans les cas où la phlegmasie tend à passer à un degré plus aigu.

La douleur occupe le plus ordinairement le creux de l'estomac : tantôt elle est plus marquée derrière le sternum et l'appendice xiphoïde, vers le pylore ou le grand cul-de-sac, et tantôt située dans le dos, entre les deux épaules , où elle cause une sensation légère ou pénible , qui peut en imposer pour une affection de poitriue commençante. La douleur est située quelquefois si haut, qu'on la croirait pectorale. «Cette douleur est continuelle et fort importune ; elle peut être brûlante, lancinante, pongitive, et bornée à un point très -rétréci. Elle prend aisément ce dernier caractère lorsque l'estomac est chargé de substances acres et stimulantes ; elle est le plus souvent accompagnée d'un sentiment de constriction. Certains malades accusent la sensation d'un corps rond et volumineux qui comprime la poitrine en se dirigeant vers le haut; d'autres n'éprouvent autre chose que la sensation d'une barre transversale, immobile, qui s'oppose au passage des substances qu'ils avalent, et leur inspire du dégoût pour les aliments et les boissons. De toutes ces douleurs, la lancinante et la pongitive sont cejles qui acquièrent le plus d'intensité. Les autres sont obscures, et restent si longtemps dans un léger degré, que les malades ne se d 'terminent à deman 1er du secours que lorsque les forces générales Viennent à manquer» (loc. cit., p. 42). Les douleurs aiguës dont parle Broûssais ne sont pas très-communes; elles se montrent toutefois dans les cas d'ulcère chronique ( voy. Estomac ( ulcère ) et non pas seulement dans le cancer gastrique, comme on l'a cru peu la ni longtemps. La douleur et la sensibilité de l'épigaslre sonl souvent assez marquées pour que la moindre pression exercée sur ce point occasionne un malaise considérable,. Quelques sujets ne peuvent supporter la moindre constriction : celle des vêlements leur est incommode. La plupart ressentent touà l'estomac une tension pénible; il en est fort

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peu chez lesquels on ne découvre pas quelque sensation insolite vers ce point. On voit aussi la douleur affecter la forme de la crampe gaslralgïque , de la gastrodynie , de la dyspepsie: il faut quelque attention pour distinguer ces symptômes d'avec ceux qui caractérisent la gastro-entéralgie (voy. ce mot).

Pendant tout le temps que la gastrite reste parfaitement simple, le ventre est fortement serré. La constipation augmente et diminue avec les degrés correspondants de l'inflammation gastrique. Ce symptôme fait croire à la plupart des malades, qu'en provoquant des garde-robes par des purgatifs répétés , ils feront disparaître tous les accidents qu'ils éprouvent. Une expérience qui leur est préjudiciable , finit par les convaincre qu'ils se sont trompés. Quand vers la fin du mal une diarrhée avec colique, ténesme, et déjections alvines fréquentes, s'établit, c'est que la phlogose s'est continuée dans les parties inférieures de l'intestin.

Aux symptômes que nous venons d'énumérer, et qui tous procèdent des souffrances du tube digestif, nous devons ajouter ceux qui en sont l'effet sympathique. La toux gastrique et la dyspnée, soit continue, soit déterminée par la digeslion , se font remarquer chez les sujets en proie à une gastrite parfaiiement simple. Us savent très-bien rapporter à la douleur et à la tension épigastr ique la gêne de la respiration qu'ils éprouvent. Les douleurs qu'ils ressentent aussi parfois vers la base de la poitrine, et jusqu'aux mamelons , reconnaissent encore pour point de départ l'irritation de l'estomac. Nous en dirons autant des palpitations. Toutefois, il faut dire que la plupart des sujets qui présentent ces troubles du côté de la respiration et de la circulation , y sont prédisposés par quelque affection commençante des organes chargés de ces fonctions. Dans les premiers temps de la maladie, la circulation générale est peu émue, il n'y a pas encore de fièvre; mais, p!us tard, le pouls s'accélère, devient dur, et en même temps la température de la peau s'élève; celle-ci se sèche ; on observe aussi un redoublement dans la soirée. Lorque la fièvre est forte et l'hectique prononcée, la maladie marche rapidement ; mais dans d'autres cas, où les patients sont d'une constitution molle et débile, peu susceptibles de réaction, la gastrite peut persister longtemps dans cet état; on voit même, lorsqu'elle se prolonge beaucoup, le mouvement fébrile s'effacer, et le paroxysme du soir se dissiper. Broussais a remarqué que lorsque le dévoiement s'ajoutait aux symptômes gastriques, la chute de la réaction fébrile était plus prompte et plus complète.

L'innervation est d'ordinaire follement influencée par la gastrite chronique. Les malades éprouvent, soit pendant , soit après les repas , de la fatigue , de la courbature , de l'accablement , une céphalalgie sou-

vent très-vive: les migraines ne tiennent pas souvent à d'autre cause. Quelques sujets sont en proie a des douleurs vives des membres , à une insomnie continuelle. Leur moral est fortemeut affecté; ils sont tristes, inquiets, abattus, mélancoliques. La figure prend de bonne heure une expression toute particulière; tous les traits sont tirés; des rides profondes, et particulièrement celle qui a reçu le nom de naso-labiaUj, se dessinent, et donnent à la physionomie une expression de souffrance et de décrépitude avancée ; les pommettes deviennent saillantes , et se colorent d'un rouge vineux ou briqueté; la peau prend une teinte grisâtre ou jaune sale, et se couvre de taches ou éphélides. « Aussitôt que la gastrite chronique est bien établie, le tissu cellulaire sous-cutané est à peu près effacé, bien que les muscles soient peu diminués de volume: quand ils sont fort exténués, la maladie est sans ressource; mais, dans tous les degrés, la peau est collée sur les muscles et s'enfonce dans leurs interstices. Le tissu cellulaire est si contracté, qu'on ne peut faire mouvoir la peau dans les régions où d'ordinaire elle est fort lâche. Dans aucune autre espèce de marasme je n'ai vu, dit Broussais, cette adhérence aussi prononcée. Si l'on ajoute à ce caractère de la peau celui tiré de sa coloration (qui toujours est d'un brun tirant vers l'ocre ou la lie de vin), on aura deux des signes les plus constauts de la gastrite chronique. Dans l'état avancé , la peau se couvre en une foule de points, de taches d'un rouge vineux très-foncé, et tenant même du violet. Ce signe est de fort mauvais augure (Broussais, loc. cit., p. 44).

Espèces cl variélés. — Broussais a établi deux espèces de gastrites, les unes générales , les autres partielles : celles-ci occupent le cardia , le grand culde-sac , et le pylore. Dans la gastrite du cardia , le bol alimentaire produit une douleur sourde ou assez aiguë, au moment où il franchit cet orifice; il survient des renvois, des mouvements convulsifs de l'estomac, et vers la fin de la digestion , une douleur du cardia , se faisant ressentir au coté gauche du sternum , derrière le mamelon gauche , ou dans le dos, vers l'omoplate gauche. Elle s'accompagne plus souvent que d'autres, chez les personnes qui ont le cœur hypertrophié, de palpitations. Plusieurs des , symptômes que Broussais assigne à la gastrile du cardia, appartiennent aussi à l'inflammation des portions inférieures de l'œsophage (voy. ce mot) ; le vomissement est rare, mais la régurgitation en est un symptôme.

Lorsque l'inflammation est plus prononcée dans le bas-fond de l'estomac, les digestions sont pénibles, accompagnées de douleurs vives, qui occupent tantôt la base de la poitrine , comme une ceinture , tantôt la région hypochondriaque gauche; elle devient plus vive, au dire de Broussais . vers la fiu du travail de

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chymification, et Ton voit la rate s'engorger et contracter des adhérences avec la partie gauche de l'estomac , qui est le siège d'une fluxion sanguine habituelle.

La gastrite partielle de la région pylorique est plus fréquente que les autres : « ses signes sont l'absence des phénomènes morbides qui annoncent les phlegmasies partielles du cardia, et du cul-de-sac de l'estomac, la conservation de l'appétit, et l'accomplissement régulier des premiers efforts de la digestion; mais, au moment où le passage du chyme commence à s'effectuer , les malades éprouvent dans l'hypochondre droit une douleur vive ,qui se propage vers l'épaule ; il survient des renvois et des vomissements de matières alimentaires déjà converties en chyme ( Cours de pathologie 3 etc. , t. h, p. 63 et suivantes).

Les distinctions établies par Broussais existent sans doute dans la nature, mais beaucoup plus rarement qu'il ne l'a dit : qu'on se rappelle d'ailleurs que les différentes indurations , simples ou squirrheuses de l'estomac , étant pour lui des inflammations partielles, il lui a été facile de construire sur ce sujet des descriptions qui , en définitive , appartiennent aux cancers du cardia et du pylore. Cependant , quand il existe de véritables phlegmasies chroniques limitées aux trois régions que nous avons indiquées , les symptômes sont les mêmes, sauf quelques modifications relatives seulement à l'intensité des symptômes.

Les trois formes de gastrite partielle dont il a été question , reposent sur le siège de la maladie ; il en est d'autres qui doivent être établies d'après le mode d'enchaînement, la durée , et l'intensité des symptômes. Gomme dans la gastrite aiguë , nous distinguerons plusieurs nuances : les unes marchent avec rapidité et presque à la manière de l'inflammation aiguë; d'autres désorganisent les membranes d'une manière si lente et si perfide, que souvent les malades sont arrivés au dernier terme de leur existence sans que l'on se soit presque aperçu des ravages qu'à fait le mal.

Broussais a observé un certain nombre de gastrites chroniques qui ont abouti assez rapidement à la désorganisation des membranes et à la mort, après avoir emprunté tout à coup les apparences d'une fièvre ataxique ou adynamique. Souvent ce n'est qu'après plusieurs mois de durée, que tout à coup le mal revêt cette forme , et enlève en peu de temps les sujets. On en voit d'autres qui succombent différemment : les symptômes sont ceux de la gastrite, mais la douleur prédomine sur tous les autres, et elle est portée à tel point, que les malades expirent avant même que la trame entlammt'e soit brisée OU altérée profondément dans sa composition." C'est le sort 'les malheureux que

Ton cherche à ranimer par les cordiaux , lorsque la débilité qui les accable n'est que le résultat d'une douleur qui enchaîne certaines irradiations nerveuses, pendant qu'elle en précipite une foule d'autres » (Phi. chr., t. m, p. 70).

Il est d'autres malades qui ne ressentent presque aucune douleur dans l'estomac , et qui sont en proie à une fièvre ardente , à des convulsions et à du délire ; ils passent souvent de l'agitation extrême et de l'état ataxique à la prostration , et l'on voit éclater tous les symptômes de l'adynamie , tels que les fuliginosités des lèvres et de la langue. Broussais a rencontré, sur le cadavre des sujets qui avaient offert ces symptômes , la membrane muqueuse noire , fragile, et d'une odeur gangreneuse. Quelquefois la mort arrive spontanément, parce qu'il s'est formé une ulcération qui détermine les symptômes d'une péritonite violente, rapidement mortelle.

On observe des gastrites chroniques qui sont traversées par des accidents divers : tantôt le mal semble marcher vers la guérison , les symptômes deviennent si légers , qu'on croit que le malade entre en convalescence : bientôt les digestions s'allèrent de nouveau; tous les symptômes généraux s'aggravent; les forces baissent chaque jour ; une fièvre hectique s'établit, et les malades , après avoir offert tous les signes d'un marasme avancé, meurent doucement dans cet état de consomption. C'est souvent après de telles vicissitudes, que les sujets succombent dans l'adynamie ou dans le délire ataxique. Ces gastrites ne sont pas encore celles qui offrent la marche la plus insidieuse. On a vu des malades qui semblaient rétablis , succomber tout à coup aux accidents d'une perforation. Nous ne sommes pas convaincus toutefois que celle-ci soit toujours l'effet de la gastrite, et pour l'admettre, il faut que les lésions qui accompagnent la perte de la substance soient évidemment de nature inflammatoire.

Marche } durée > et terminaison. — La phlogose chronique de l'estomac n'a pas une durée que l'on puisse nettement circonscrire; elle dépend de tant de circonstances ! la nature de l'altération et du traitement , les infractions au régime , la force de résistance du sujet, l'adjonction de quelques maladies, etc., changent la durée du mal. « Si l'on irrite beaucoup, dit Broussais , la mort , qui est inévitable, arrive infiniment plus tôt. Je ne saurais déterminer ce temps d'après mon expérience : il me semble seulement , d'après certains rapprochements , qu'il ne doit guère s'étendre au-delà de cinquante ou soixante jours pour la gastrite» (loc. cit., p. 65). Il a pu guérir des gastrites qui existaient depuis cinquante jours : il est plus difficile d'obtenir ce résultat lorsqu'elles ont été fort intenses, parce que la désorgani- ) sation des membranes est souvent effectuée. Il en est

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de même quand l'estomac a été fortement compromis par un traitement inopportun , ou par des tergiversations nuisibles au malade, par les erreurs de régime que celui-ci commet sans cesse. On est d'autant plus fondé à espérer la guérison , que l'affection de l'estomac est moins avancée, et le sujet moins exténué par la maladie , ou par d'autres causes qui ont agi avant son développement.

Les complications les plus fréquentes sont , indépendamment de celles que nous avons déjà indiquées en parlant de la gastrite aiguë , la diarrhée chronique et la dysenterie , qui ajoutent beaucoup à la gravité de l'affection , et plongent le malade dans une faiblesse dont il ne lui est pas toujours possible de se relever, les affections du foie et le diabète. M. Andral cite le cas d'une jeune dame qui fut prise d'un diabète sucré qui était probablement symptomatique d'une inflammation chronique de l'estomac, car il céda après que celle-ci eut été combattue par un traitement approprié. L'hypochondrie est une complication qui n'est point rare.

Diagnostic. — Nous avons indiqué un certain nombre de maladies qui peuvent être confondues avec la gastrite aiguë. Celle qui peut l'être avec la gastrite chronique, est le cancer de l'estomac. Disons même que le diagnostic est souvent impossible , à moins qu'il n'existe vers le cardia ou le pylore une oblitération causée par la présence de quelques végétations , ou par des indurations squirrheuses. Nous avons indiqué ailleurs les moyens d'arriver à un diagnostic non pas décisif , mais aussi rapproché que possible de la vérité ( voy. Cancer de l'estomac > p. 518).

Voy. aussi Gastralgie.

Êtiologie. — Broussais est le premier qui ait développé avec exactitude le mécanisme des phlogoses gastriques. Nous avons énuméré les causes qui les déterminent : cherchons maintenant à saisir leur manière d'agir dans les productions de la phlogose chronique : « Je suppose , dit Broussais , une irritation qui a produit une exaltation qui ne peut être apaisée qu'en vingt-quatre heures. Si , avant ce terme , des irritants nouveaux , un grand repas , des vins brûlants , arrivent sur la partie déjà souffrante, ils donneront une nouvelle impulsion qui ne pourra être détruite que dans quatre jours. Cependant le sujet qui ne serait point averti de cette loi de l'économie n'attendra pas ces quatre jours pour appliquer une troisième cause d'excitation démesurée. 11 ne cessera d'agacer la surface sensible , que quand la douleur de cette surface aura influencé assez énergiquement le sensorium , pour déranger un grand nombre de fonctions , et répandre la douleur dans les principales branches de l'arbre nerveux.» Le médecin seul peut calculer le temps nécessaire pour que la

susceptibilité gastrique se dissipe entièrement, et eucore éprouve-t-il de grandes difficultés à le faire , parce qu'il faut tenir compte de la disposition des sujets , de l'intensité des causes qui ont agi , et des effets qu'elles ont déterminés. Il n'est pas toujours aisé d'obtenir sur tous ces points des renseignements précis; il est cependant indispensable de les posséder pour mettre fin à l'irritation commençante de l'estomac, qui menace de passer à un degré plus élevé. Lorsque l'estomac est déjà dans un état de stimulation, même modérée , il faut très-peu de chose pour l'y entretenir, et pour l'augmenter au point de produire la phlogose aiguë. Souvent elle n'atteint pas ce degré, mais elle se perpétue dans une nuance plus faible , et c'est ainsi que naissent et se continuent pendant longtemps les phlogoses chroniques. «Lorsque les causes irritantes ne produisent , durant un long espace de temps , que des excitations modérées qui ne suspendent les fonctions gastriques que pour peu de temps, et ne sollicitent que faiblement le jeu des sympathies , par conséquent n'excitent que de légers troubles dans l'harmonie générale , il y a phlogose chronique. Lorsque les causes irritantes exaltent tout à coup l'action de la muqueuse gastrique ou colique, assez vivement pour que la douleur suspende ses fonctions, sévisse énergiquement, et désharmonise tous les mouvements, c'est-à-dire, lorsque l'irritation gastrique ou intestinale devient tout à coup assez forte pour qu'il en résulte douleur locale , vomissement ou diarrhée, et fièvre prononcée, -il y^a phlogose aiguë »(Phleg. chron^t. m, p. 59). Il n'y a donc entre les deux ordres de causes et les deux ordres d'effets, que des différences d'intensité: un ingesta très-irritant produira une phlogose violente sur un sujet vigoureux , tandis que sur un sujet qui à déjà ressenti pendant longtemps l'action des mêmes ingesta , la phlogose sera moins aiguë. On aura un degré encore plus faible si le malade est épuisé par des maladies antécédentes. Lorsque la gastrite chronique a un aussi faible degré, elle ne donne lieu qu'à des symptômes forts légers , tels que l'anorexie , la nausée , le dégoût des aliments, et le dépérissement.

Traitement de la gastrite chronique. — Quelques gastrites chroniques exigent un traitement aussi sévère et aussi antiphlogistique que la gastrite aiguë. Cependant il est rare que l'on soit obligé de recourir à des émissions sanguines locales plusieurs fois répétées, à moins, toutefois, que le mal ne se soit exaspéré sous l'influence d'un traitement tout à fait opposé à celui qu'on adopte généralement. On peut encore tenter ce moyen dans le cas où il n'a jamais été mis en usage , et où il semble avoir quelque chance de succès , en raison de la force du sujet , et de l'excitation où il se trouve encore.

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Les règles générales d'hygiène que nous avons posées pour la gastrite aiguë , doivent être modifiées dans la forme chronique. Nous devons d'abord recommander l'exercice musculaire , la gymnastique, la promenade, les travaux de jardinage, les voyages et les distractions morales de toute espèce, qui ont pour effet d'arracher le malade à ses pénibles réflexions, etc. Les modificateurs hygiéniques apportent l'influence la plus salutaire dans toute la constitution, et favorisent quelquefois même la guérison. On ne saurait trop insister auprès des malades pour qu'ils se soumettent à des règles diététiques , dont la puissance n'est contestée par personne. L'abstinence, qui était de rigueur dans la gastrite aiguë , doit être moins sévère dans la chronique. On commencera par nourrir avec des aliments féculents , des bouillons de bœuf, des soupes; si les digestions s'accomplissent régulièrement , on pourra passer à une alimentation plus substantielle. 11 arrive même un moment où les aliments et les boissons féculentes et peu réparatrices, naguère si bien digérés, pèsent à l'estomac, et causent des accidents que l'on pourrait être tenté de rapporter au retour de l'état aigu. 11 n'en est rien, cependant, et l'expérience a appris qu'il ne fallait pas hésiter, en pareil cas, à prescrire une alimentation un peu plus tonique et plus réparatrice. Avant d'arriver à découvrir celle qui réussit le mieux au malade , il faut faire plusieurs essais : les aliments féculents, les potages maigres, passent très-bien chez tel malade , tandis qu'un autre ne peut vivre que de potages gras très -salés et aromatisés; un troisième digère bien la viande rôtie , et les substances solides, ce qui est du reste le cas le plus rare. Nous avons dit, en parlant de la névrose gastrique, que lestomac des malades était très-capricieux , et qu'il fallait souvent changer la composition des aliments, avant de trouver ceux qui seront acceptés par lui : il en est de même dans les gastrites chroniques. Du reste, on est souvent contraint, surtout lorsque l'on recommence le traitement d'une gastrite chronique qui a été mal soignée, de soumettre les malades ;i la diète . afin de voir si les effets que l'on en obtiendra sont avantageux'. Cette conduite est encore indiquée dans le cas où la nhlogqse passe de l'état chroniqi < à l'< lai aigu, ou a un degré plus élevé que («•lui ou elle étail auparavant.

Les tisanes qu'il convient de prescrire sont les mêmes . el doivent être administrées de la même manière que dans la gastrite aiguS. Nous prévenons cependant l< praticien, qu'il sera lune quelquefois de remplaça les boissons éraollieutes el acides par des infusions l< g<n m< ni amèn s < i Ioniques , comme la « bu orée , la | < tile i ■ ut. mur , la eci inandrée, la dei pctM n U gèrje ou la m. i ration houle de quinquina. I.'e-'U de tilleul. û> ffuillfî q< |\.!»^< r , peu-

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vent aussi être de quelque secours. L'eau de Vichy naturelle ou artificielle, l'eau de Seltz , offrent quelque avantage , lorsqu'on les administre, soit seules , soit coupées avec un peu de vin , aux repas, chez les malades qui vomissent fréquemment des matières muqueuses ou acides. Les eaux de Gauterets ont été aussi recommandées par plusieurs médecins.

Il est un certain nombre de substances médicamenteuses dont les effets ne sauraient être bien clairement expliqués , et qui sont cepeudant utiles à plusieurs malades. Parmi ces substances , nous citerons : les pastilles de Vichy; le sous-nitrate de bismuth, qui nous a souvent réussi pour faciliter la digestion et calmer les douleurs; les narcotiques, comme le sirop de pavot , et l'extrait aqueux d'opium ; la magnésie en suspension, l'eau de chaux. On a aussi vanté le sous-carbonate de fer, les astringents, les antispasmodiques, et quelques autres substances qui ne doivent sans doute leur réputation qu'à des erreurs de diagnostic.

On pouvait croire que les révulsifs cutanés seraient de quelque secours; mais l'expérience a prouvé qu'il ne fallait pas beaucoup compter sur ce moyen. Les vésicatoires ont toujours paru nuisibles à Broussais , par l'irritation qu'ils portent dans toute l'économie. La phlogose qu'ils excitent sur la peau ne déplace point celle de l'estomac, et semble même se répéter sympathiquement dans cette dernière. Ces effets peuvent avoir été observés chez des sujets irritables, et dont le système vasculaire est encore plein de sang ; mais on est fondé à croire que la suppuration causée par un large vésicatoire appliqué chez des individus lymphatiques ou peu irritables, et dont la gastrite est depuis longtemps stationnaire, ne peut qu'amener un bon résultat. Les faits que l'on a cités en faveur de celte médication, et ceux dont nous avons été témoins , nous paraissent militer en faveur du vésicatoire , et doivent faire revenir sur l'espèce de réprobation dont il a été assez généralement frappé. On peut encore produire une révulsion assez forte par des frictions avec la pommade émétisée , ou par l'application d'un emplâtre de diachylon , saupoudré de celle substance. Onacité de bons effets des vésicatoires et des moxas,'dont on fait suppurer les plaies avec des pois à cautères. Ce u'est point à un degré avancé du mal, et lorsque l'exténuation est extrême, qu'il faut avoir recoins à de tels moyens : ce serait hâter la mort des sujets. Le selon est, comme le moxa, un agent trop énergique pour qu'on ne doive pas le prescrire avec la plus grande réserve, et dans des i\i* raie.v ISous devons encore mentionner, parmi les agents thérapeutiques guj exercent une influence salutaire, 1rs frictions répétées ma tip et soir sur tout le corps, les lotions savonneuses, les allusions froides, les bains de merci de riv ici e. Oise a conseillé con-

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tre la faiblesse de l'estomac, qui n'est rien autre chose qu'une forme de gastrite chronique, un traitement qu'on ne saurait trop approuver : la lecture, l'activité des parties supérieures du corps , les embrocations et les frictions; le bain d'eau froide , la natation, !es affusions froides, l'usage de quelques eaux minérales qu'il indique ; tels sont les moyens hygiéniques qu'il veut qu'on prescrive aux malades ( de Medecina , lib. iv, chap. 5 , p. 207; Rotterdam, 1750).

Historique et bibliographie. — On peut trouver, à la rigueur, dans les écrits d'Hippocrate, et particulièrement dans ses Prœnotioncs , sèct m, § 21 , des passages qui indiquent plusieurs symptômes de la gastrite. Galien s'exprime d'une manière plus précise : il prouve que les inflammations aiguës de l'estomac et les nombreuses influences sympathiques envoyées par ce viscère aux autres organes ne lui étaient pas inconnues. Il recommande au praticien de s'habituer à distinguer les maladies qui résultent de l'action sympathique de l'estomac d'avec celles qui affectent cet organe lui-même. L'hypochondrie, la flatulence, la gastralgie, les diverses perversions qu'elle amène dans l'appétit, et ses autres symptômes , sont indiqués avec assez des détails, et suivis de remarques assez nettes pour que l'on n'hésite pas à croire que Galien connaissait les principales maladies de l'estomac. Il déclare formellement qu'elles sont en tout semblables à celles de la portion susdiaphragmatique de l'intestin : «Par est quoque sci^ «licet, totum ventriculispatium simili âffectu corripi, «quales sunt illi, quos in ipsius ore fieri diximus, «atque eadem pati symptomata ; quod veto longe «vehementiora .sunt ea, qua3 ipsius orificio contin- «gunt, idcirco a medicis ea quae in parte ventriculi «inferiore eveniunt, perinde ac si omnino non fie- «rent, despici et conlemni» (de Locis af/éctis , lib. v, cap. 6, p. 338 et suiv. , édit. de Kuhn).

Arétée regarde comme le signal de j'mflamnialion de l'estomac le vomissement, la nausée, les renvois acides. Les anciens, sous les noms de passion cardiaque , de fièvre bilieuse 3 ont souvent décrit plusieurs symptômes de gastrite.

Les pages consacrées par Cœlius Aurelianus à l'histoire des maladies de l'estomac renferment des documents utiles sans doute à consulter, mais qui n'attestent aucun progrès (Jcutorum et chronicorum morborum, lib. ni, cap. 2, p. 208, t. u ; édit. de Haller)

Celse a indiqué les principaux phénomènes de la gastrite , ses altérations , son traitement. « Paucibus «subest stomachus , in quo plura longa vitia incidere «consuerunt. Nain modo ingens calor , modo iuflalio «hune, modo inflammatio, modo exulceratio officit» (de Medicina, lib. iv, cap. 5. de Stomachimorbis, p. 205, ip-8°; Rotterd., 1750).

Hoffman , dans la description de la fièvre stomachique inflammatoire , a très-bien établi les principaux symptômes de la gastrite , et les signes qui la distinguent de la gastralgie ( de Febri stomachi inflammatoria 3 p. 1 20, 1. 1, in fol.; Genèv., 1761 ; voy. aussi dissertation de Inflammatio ne ventriculi frequentissima). Il rapporte un exemple de gastrite causée par l'introduction d'un composé d'antimoine : le ventricule était enflammé vers son bas-fond. Le chapitre consacré par Boerhaave à l'inflammation du ventricule renferme une exposition fort complète des principales observations faites par Hippocrate, Galien, Wepfer, Hoffman, Sydenham , etc., sur cette maladie (Commentai in aphor. 3 t. m, p. 144 et suiv. , in-4°; Paris, 1771).

De Haen rapporte une observation de gastrite qui ne fut point accompagnée de vomissement ni de nausées: aussi ne considère- 1- il pas ce dernier symptôme comme un signe pathognomonique (Ratio medendi , pars ix , cap. 2, § vi, in-12, 1767). Cullen , sous le titre de gastrite, a présenté une histoire vraiment remarquable de cette inflammation, qu'il divise en phlegmoneuse et en érythémalique. 11 dit que la seconde est beaucoup plus fréquente que les autres , qu'une des causes ordinaires est Pingestion de substances acres et irritantes ; les symptômes, la marche, le traitement, sont indiqués avec soin (Éléments de médec. prat., t. i, p. 403, in-8; 1819).

Nous passons sous silence une foule de dissertations sur la gastrite , qui se trouvent indiquées clans le recueil de Ploucquet, parce qu'elles ont peu contribué à l'avancement de la science sur ce point. Avant Broussais , l'inflammation de l'estomac n'était bien connue que dans ses degrés les plus violents, et encore était-elle parfois confondue avec les fièvres. C'est à l'illustre fondateur de l'école physiologique qu'il était réservé de découvrir les diverses nuances de la gastrite chronique , et de les décrire avec cet immense talent qu'il a fait paraître dans son Traité des phlegmasies chroniques. Toutes les qualités qui distinguent l'observateur se font remarquer dans ce livre , que l'on s'accorde généralement à considérer comme le plus beau Litre de gloire de Broussais. On lui a, il est vrai, contesté dans ces derniers temps le titre d'observateur. II est bon de s'expliquer à cet égard. Si l'on ne veut donner ce nom qu'au médecin qui se complaît dans les descriptions les plus minutieuses, et qui n'étudie la science que dans ses plus petits détails , Broussais n'est point un observateur; mais si l'on concède que le talent de la généralisation 3 la granJeurdës aperçus, et la sagacité, soient des qualités sans lesquelles il ne peut y avoir de bon observateur, personne ne niera que Broussais lésa toutes possédées au plus haut point,

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et qu'il les a fait paraître dignement dans le Traité des phlegmasies chroniques. Maintenant, que l'on vienne objecter que le systématique se montre trop souvent , et finit parfois par effacer presque entièrement l'observateur, nous accorderons qu'il en a été ainsi ; nous dirons même qu'il existe çà et là des erreurs de diagnostic qu'il nous est aujourd'hui très-" facile de reconnaître et de signaler. Mais avant d'être aussi sévère à l'égard de Broussais, il faut se rappeler qu'une grande partie de la pathologie était encore dans le chaos , et que les doctrines de Pinel régnaient encore dans tout leur éclat. Il lui était donc difficile de ne pas tomber dans les fautes qu'on lui a reprochées à une époque où le diagnostic local n'avait pas encore acquis la précision qu'il a eue depuis. Du reste , on a mauvaise grâce à accuser d'erreur un des médecins qui ont le plus contribué à fonder le diagnostic local par ses tendances excessives vers la localisation.

Nous venons de rendre à Broussais un hommage d'autant moins suspect, que nous avons eu occasion , dans presque tous nos articles, de diriger contre ses doctrines des attaques assez vives, des critiques assez nombreuses pour ne pas craindre d'être rangés au nombre des partisans et des fauteurs de ses opinions. C'est donc pour accomplir un devoir imposé à tout bibliographe impartial, que nous avons proclamé, avec tous les médecins contemporains , les services rendus par le Traité des phlegmasies chroniques. Du reste , on peut dire que c'est en Broussais que commence et se termine l'histoire de la gastrite. En effet, il nous semble inutile de rappeler les élucubrations peu importantes de ses élèves, qui ont été de simples pastiches ou des novateurs malheureux, quand ils ont voulu ajouter aux idées de leur maître. Le Cours de pathologie et de thérapeutique générales ( t. i et ii, in-8; Paris, 1834) est le dernier ouvrage où se trouvent résumées les opinions de Broussais; Y Examen des doctrines renferme aussi des développements nécessaires sur quelques points.

Les doctrines médicales, même les plus solidement assises en apparence , et promulguées par les hommes les plus fougueux et les plus hardis, sont exposées , comme toutes les créations intellectuelles, à d'étranges vicissitudes. H y a peu d'années encore, que la doctrine physiologique semblait avoir établi à tout jamais la réalité et la fréquence des inflammations de l'estomtc;et voici que des médecins recommandâmes déclarent n'avoir que très-rarement observé la gastrite aiglti! ; quelques-uns même en sont venus à nier I existence des gastrites ligués spontanées. Autrefois le moindre miUise . la moindre gène vers la base de la poitrine , ou quelques i) mptomes aussi vagues et aussi légers que- < -eux -là , faisaient prononcer sur-lecuauap le mot gastrite : aujourd'hui il faut une lan-

gue rouge comme du sang , sèche comme le parchemin, une soif ardente, une douleur intolérable, etc., pour que l'on admette qu'il y a gastrite. Ceux qui connaissent l'histoire des erreurs de l'esprit humain comprendront facilement cette vicissitude, et se rappelleront les paroles du sage : L'esprit de l'homme est comme un homme ivre à cheval , quand il tombe d'un côté, et qu'on le relève, il retombe de l'autre.

GASTRO-ENTÉRITE, s. f., dérivé de -yowTvip, estomac, et evxepov, intestin, avec la terminaison ite affectée pour rendre les inflammations. Broussais a créé cette dénomination pour désigner la phlegmasie simultanée de l'estomac et de l'intestin.

On éprouve aujourd'hui une très-grande difficulté à faire l'histoire de cette maladie, et surtout à tracer les caractères anatomiques qui la distinguent de quelques maladies que l'on a réunies à tort avec elle. Cet article sera consacré uniquement à l'étude de la gastro-entérite aiguë et chronique, simple.Nous n'imiterons pas les auteurs qui ont décrit sous ce titre des affections que peu de médecins considèrent comme étant de nature inflammatoire : la fièvre typhoïde , le choléra-morbus , les fièvres bilieuses , la peste, la fièvre jaune, le typhus, ont été rattachés à la gastro-entérite. Cette manière d'envisager l'inflammation intestinale compte très-peu de partisans aujourd'hui.

Anatomie pathologique. Gastro-entérite aiguë. — Les auteurs d'articles récents passent sous silence les lésions de l'intestin qui caractérisent cette inflammation. MM. Roche et Delmas ne s'expliquent pas à cet égard {Die t. de méd. et de chir. prat., art. Gastroentérite , et Dict. de méd., 2e édit., même article). Nous avons déjà exposé , dans les plus grands détails , les altérations que l'on est en droit de rapporter à l'inflammation de l'estomac : nous ne devons pas y revenir; nous dirons seulement qu'elles existent à différents degrés, suivant que l'inflammation prédomine dans l'estomac ou dans l'intestin. Quant aux caractères anatomiques de la phlegmasie de l'intestin grêle et du gros intestin, ils seront indiqués et discutés avec quelque développement dans un autre article ( voy. Intestin (mal de 1'), Entérite-colite ). Nous nous bornerons ici à les énumérer d'une manière générale.

Pour tracer avec quelque certitude le tableau des altérations qui caractérisent l'entérite, il faut les chercher sur le cadavre de ceux qui ont offert des symptômes de cette affection , seule , ou compliquée d'une autre maladie. On trouve alors que les lésions consistent : 1° dans la rougeur; 2° le ramollissement ; 3° l'hypertrophie; 4° l'ulcération de la membrane muqueuse.

La rougeur se montre sous le même aspect que dans la membrane muqueuse de l'estomac; seulement

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les valvules conniventes et les villosite's leur donnent en quelques points une forme un peu différente. Tantôt l'injection des mille villosités détermine une rougeur ponctuée et capilliforme qui est plus tranchée sur le sommet des valvules et sur toute l'étendue de celles-ci , que dans leur intervalle ; tantôt la rougeur est uniforme, et causée par une infiltration de sang hors des vaisseaux : toute la membrane muqueuse est alors teinte d'une couleur rouge uniforme dans les points occupés par l'inflammation. L'hypérémie des rameaux (injection ramiforme) accompagne fréquemment les injections capillaires et l'infiltration du sang ; mais ce n'est pas un caractère anatomique de l'inflammation aussi important que le premier. Du reste, tout ce que nous avons dit sur les causes des rougeurs non inflammatoires de l'estomac s'applique surtout à celles de l'intestin , et doit être sans cesse présent à l'esprit du médecin qui veut les rapporter à leur véritable origine. Les rougeurs inflammatoires sont circonscrites ou diffuses ; dans quelques cas rares, elles occupent tout l'intestin. C'est ce qui arrive chez les sujets dont la muqueuse a été en contact avec un poison ou un ingesta irritant. 11 faut, en général , se défier des rougeurs uniformément répandues , surtout lorsqu'il existe un obstacle mécanique à la circulation. Les follicules isolés , ou deBrunner, sont parfois injectés, et se dessinent sur un fond rouge ou sur la membrane restée intacte , sous forme de petits points saillants environnés d'une auréole rouge et d'une injection sanguine très-manifeste. Cette rougeur aboutit souvent à l'ulcération , et en est le premier degré.

Les follicules agminés , ou plaques de Peyer, peuvent-ils devenir le siège d'une inflammation simple, dans d'autres cas que dans la fièvre typhoïde? Cette grave question sera agitée dans un autre endroit (Typhoïde (fièvre) ; nous répondrons , quant à présent, par l'affirmative. M. Louis a signalé , dans des cas rares, le développement d'un certain nombre de follicules et de plaques. Dance a vu trois fois , sur neuf sujets atteints de scarlatine , des plaques saillantes: dans un cas, les plaques étaient rouges et gonflées; dans un au tie , c'étaient les follicules isolés qui avaient acquis du développement. MM. Andral et Rayer ont rencontré des cas analogues. On voit donc que les follicules isolés ou réunis peuvent être malades dans d'auli es cas que dans la fièvre typhoïde. Les fièvres éruptives en offrent surtout des exemples. Ces faits prouvent aussi que des plaques rouges et un peu saillantes ne suffisent pas pour faire admettre l'existence d'une inflammation gastro-intestinale.

L'hypertrophie avec injection et ramollissement de

la muqueuse est un bon caractère. M. Valleix a trouvé,

chez les enfants atteints d'entérite , la muqueuse de

la fin de l'iléon rouge et ramollie , quelquefois nota-

blement épaissie. Il ne croit pas que l'on puisse méconnaître , dans celte altération , les traces d'une inflammation qui était, du reste,. caractérisée pendant la vie par des symptômes tranchés ( Clinique des maladies des enfants nouveau-nés, p. 485, in-8; Paris, 1838). Nous avons eu occasion de rencontrer sur deux sujets , dont l'un avait succombé à un vaste érysipèle, et l'autre à une brûlure étendue, la membrane interne de l'intestin grêle d'un rouge violet, et tellement ramollie, qu'elle s'enlevait, par le scalpel, à la manière d'une bouillie épaisse.

L'ulcération de l'intestin est encore une lésion inflammatoire. Elle affecte deux sièges très-différents : les follicules , soit isolés , soit agminés , et les autres parties de la membrane muqueuse. Quand le travail ulcératif s'empare de cette tunique , elle s'injecte fortement en quelques points, se tuméfie, et se ramollit; les villosités, détruites par la phlogose, disparaissent de très-bonne heure. L'ulcère peut aussi avoir son siège dans les follicules isolés; mais il est très-rare que l'injection , le ramollissement , et les autres caractères de l'inflammation, ne se retrouvent pas en même temps au pourtour et dans les mêmes lieux que l'ulcération. L'ulcération se développe trèsrarement sur les plaques de Peyer. M. Valleix en a vu cependant un exemple chez un enfant atteint d'entérite simple. On peut alors éprouver quelque embarras pour reconnaître la véritable nature de la maladie. M. Valleix conseille, dans ce cas, d'examiner avec soin l'état des ganglions mésentériques : leur altération, alors même que l'entérite est considérable et dure depuis- longtemps, n'est jamais aussi grave ni aussi marquée que dans la fièvre typhoïde (La fièvre ou affection typhoïde et l'inflammation de la fin de l'iléon sont-elles deux maladies distinctes ? Dissert, de concours, p. 21, in-4°, 1838).

Nous ne pourrions en dire davantage sur les ulcérations, sans entrer dans une discussion approfondie de toutes leurs causes , ce qui nous conduirait à parler de la nature de la lésion caractéristique de la fièvre typhoïde. Ce que nous avons seulement voulu nettement établir, c'est que la gastro-entérite aiguë peut déterminer toutes les lésions que nous avons constatées dans l'estomac, et même l'ulcération des folli- cules isolés et agminés, dans des cas rares, il est vrai, et qu'alors on est obligé de consulter l'état des autres organes avant de se prononcer. Les glandes mésentériques, la rate, et souvent les autres viscères, offrent des désordres que l'on ne rencontre pas ordinairement dans l'entérite simple. Un autre caractère négatif important, mais plus difficile à constater, est celui que l'on tire de la quantité de fibrine. Nous avons vu que MM. Andral et Gavarret n'avaient jamais trouvé d'augmentation dans les quantités de fibrine (art. Fièvre) , d'où nous avons conclu que les

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ulcérations de l'intestin et les lésions concomitantes qui se montrent autour d'elles ne se comportent pas à la manière des phlegmasies; qu'il n'est donc pas possible de les considérer comme étant de nature inflammatoire , puisqu'elles ne font pas augmenter la fibrine , ce qui arrive cependant d'une manière constante dans des phlegmasies beaucoup moins étendues. Il n'est pas plus permis de voir dans la lésion des plaques de Peyer une ulcération inflammatoire qu'une phlegmasie de la peau dans les pustules de la variole (voy. Typhoïde (fièvre). Ce que l'on doit surtout conclure de ce qui précède, c'est que la fièvre typhoïde n'est pas, à coup sûr , une gastro-entérite , ni une entérite folliculeuse ou autre.

Dans la gastro-entérite chronique, la membrane est souvent colorée par places , et dans une étendue variable , par une teinte grise, ardoisée ou noirâtie, quelquefois cependant par des injections d'un rouge foncé. Les villosités sont détruites en plusieurs points; la membrane interne est quelquefois très- humide et comme lavée; en même temps elle offre des colorations ardoisées qui caractérisent assez bien l'état chronique. Elle s'enlève facilement, et le ramollissement est porté si loin, chez plusieurs sujets, qu'on ne trouve plus le moindre vestige de membrane interne sur plusieurs points. Les ulcérations constituent la lésion la plus fréquente : leur étendue varie depuis la largeur d'une lentille jusqu'à celle d'une pièce d'un franc; elles sont arrondies ou irrégulières et allongées, leurs bords brunâtres, et formés par la tunique interne, ayant conservé sa consistance, mais plus souvent ramollie. Elles pénètrent jusqu'à la musculeuse, et vont même jusqu'à la tunique séreuse qui en forme le fond, et peut être perforée.

Le» glandes du mésentère sont rouges, gonflées, et quelquefois renferment des vers. Broussais, sur le témoignage d'un autre médecin, assure que les engorgements de la rate et du foie sont produits et entretenus par les gastro-entérites (Phleg. chron. , t. m, p. 207-820,. Ces altérations ont été relroudm des militaires qui ont fait les campagnes d'AFi ique ; mais , outre la gastro-entérite chronique, la plupart avaient été en proie aux fièvres intermittentes, à <!<> dianln Mil I à de> dysenteries fréquentes. La eavité de l'intestin enflammé chioniquement est diminuée dans toute son éU udue, ce qui est rare, OU seulement dans quelques-unes de ses parties.

Srmpt&mëi de la gastroenfàrilc aiguf. — Nou< < l iMi- "us seulement deux espèces de gastro- ■ îles : l'une nigue, l'autre chronique. M. Dalmas eu de. ni un. par Mi] oifOODONIll , une se <uole | ,ir 6MM ev il mi t n '"t plui ou moins dirai lemenl *ur le tube dig».-lif , et une nulie qui est la gastro-entérite des lièvres. Le* deux première? ne sont que la

même maladie produite par des causes différentes ; la troisième n'est pas une gastro-entérite.

La description des symptômes de la gastro-entérite se compose de ceux qui appartiennent à la gastrite, à l'entérite, et à la colite. Nous allons donc offrir les phénomènes propres à l'inflammation de ces trois parties de l'intestin. Cependant, comme la phlegmasie prédomine ordinairement dans quelquesunes de ces régions , les symptômes de la gastro-entérite ne sont pas toujours les mêmes.

Dans le cas où l'inflammation aiguë règne à peu près également dans tous les points, comme cela arrive dans le cas où un ingesta irritant a parcouru tout le tube digestif, voici les symptômes que l'on observe: soif plus ou moins vive, bouche pâteuse , amère, langue rouge et sèche, avec ou sans enduits, perte d'appétit, nausées, vomissements, ou douleurs épigastriques, simple douleur , tension en ce point. Ces symptômes peuvent se montrer seuls pendant plusieurs jours, ou s'accompagner sur-le-champ de ceux qui appartiennent à l'entérite. La sensibilité ne reste pas limitée à ces points, elle s'étend à tout le ventre, et surtout à la région ombilicale. 11 survient des douleurs tormineusesou coliques, plut vives lorsque les aliments parcourent le jéjunum et l'iléon; la pression exercée par les vêtements, la marche, et toutes les secousses imprimées au ventre, font éprouver de la douleur. Quelques auteurs disent que le méléorisme est un symptôme rare; d'autres soutiennent le contraire. Le siège de ladouleur, circonscrite au pourtour du nombril , est un signe d'entérite pour quelques médecins; d'autres soutiennent, avec juste raison, que la douleur est rarement aussi circonscrite.

Broussais prétend que l'inflammation est limitée à l'intestin grêle lorsqu'il n'existe pas de dévoiement, et que la gastro-colite se reconnaît à ce dernier symptôme, et au siège de la douleur qui occupe les parties de l'abdomen qui correspondent à l'arc du colon. Le gargouillement et la douleur déterminés par la pression éclairent l'observateur. Ces distinctions , faciles en apparence, n'existent pas dans la nature : elles peuvent être facilement établies dans le cabinet, et d'après des vues systématiques; mais le praticien ne doit pas espérer les retrouver sur le malade. C'est bien plus pour nous conformer à l'ordre suivi dans les ouvrages de médecine, que pour obéir à nos propres convictions , que nous traçons ainsi la symptomatologic de la gastro-entérite; non pas que nous considérions celte maladie comme n'ayant pas une existence bien démontrée , mais nous la croyons plus rare qu'on ne l'a dit.

la lièvre se montre au début des gastro-entérites niques : précédée d'abord d'un frisson léger ou intense, la cbaleur s'allume dans tout le corps, et l'on observe alors un ensemble de symptômes généraux:

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courbature, céphalalgie, délire ou prostration, sécheresse de la langue , soif vive , et fuliginosités comme dans la fièvre typhoïde, urines rouges, sédimenteuses.

Dans la gastro- entérite violente que provoque l'empoisonnement, les symptômes acquièrent en peu de temps une violence extrême : refroidissement de la peau, pâleur et décomposition des traits, chaleur intolérable dans tout le ventre, vomissements continuels , selles muqueuses et bilieuses d'abord , puis sanguinolentes, coliques violentes, pouls petit, misérable , jactitation , délire. Les malades qui ont avalé un poison capable d'enflammer vivement tout l'intestin tombent , au bout de quelques jours , et lorsque la terminaison doit être funeste, dans un étatadynamique qui a plus d'un rapport symplomatologique avec l'état typhoïde : sécheresse extrême de la bouche et des lèvres, fuliginosités, faiblesse, subdelirium ou délire furieux, etc. La désorganisation profonde des tuniques de l'intestin est la cause de cet appareil formidable de symptômes.

Jamais la phlegmasie gastro-intestinale n'acquiert une aussi grande intensité quand elle se développe spontanément. Broussais explique la grande variété des symptômes qu'il attribue à la gastro- entérite, par la différence du siège de l'inflammation. Les vomissements, la soif, la sensibilité épigastrique, etc., doivent faire admettre la prédominance de la gastrite sur l'autre phlegmasie. Le météorisme annonce d'ordinaire que l'inflammation est cantonnée dans l'intestin grêle, qu'elle ne dépasse pas la valvule iléocœca'e. Il y a aussi douleur quand on presse les flancs... Quand l'inflammation a franchi la valvule iléo-cœcale , le malade a la diarrhée. Cette diarrhée se réunit ou succède différemment aux autres symptômes : elle peut venir quelques jours après que la gaslro -entérite a commencé, que les symptômes de prédominance gastrique ont cessé, que le météorisme s'est manifestera fièvre persistant toujours ; alors vous pouvez dire que l'inflammation a marché du haut vers le bas.» Elle peut faire l'inverse, et remonter du bas vers le haut : alors , après quelques jours de coliques, qui peuvent être assez vives pour qu'on ait donné à cette affection le nom de dysenterie, l'inflammation parcourt l'intestin grêle jusqu'à l'estomac, et vous voyez paraître successivement et d'une manière prédominante les symptômes de l'entérite , puis ceux de la gastrite. Quand l'inflammation débute par la partie inférieure du canal digestif, le malade éprouve des coliques accompagnées d'une sensibilité obtuse dans le ventre; il y a une diarrhée pénible et douloureuse qui n'est pas excessivement abondante; l'appétit n'est pas dérangé; il n'y a pas de météorisme, ou il n'y en a que peu. Toutes les propositions que nous venons de transcrire littéralement sont em-

pruntées à Broussais ( Cours de pathologie et de thérapeutique générales j p. 509 et suiv. , t. i ; 1834). Elles ne peuvent être acceptées comme vraies que lorsqu'on les prend d'une manière générale; du reste, Broussais lui-même reconnaît que ces symptômes se combinent de manières très-diverses, et qu'il en résulte des formes variées de gastro-entérite.

Gastro-entérite chronique. — Nous transcrivons la description qu'en a donnée Broussais, et nous lui en laissons toute la responsabilité, parce que notre propre observation ne peut cous venir en aide. M. Dalmas, dans son article Gastro-entérite, ne fait que la nommer, sans en faire l'histoire ( Dict. de méd.j p. 25). «On la rencontre surtout dans les pays chauds , et pendant l'été. En voici les signes : rougeur de la langue, qui est pointue , contractée , avec de gros follicules rouges à sa base , rougeur des gencives , des lèvres et des yeux , teinte de la peau et de la face tirant sur le rouge brun, ventre rétracté, point de météorisme , tristesse , traits tirés , visage sec et excavé; le malade est immobile, semblable à une momie, taciturne, hébété , vous regardant fixement, comme un imbécile; il ne peut manger , ou vomit tout ce qu'il prend; il va même quelquefois à la selle , mais sans lénesme ; il a souvent un mouvement fébrile peu intense , qui ne revient guère que dans l'après-midi ; il ressent des frissons vagues, ou entremêlés de chaleur , surtout si la phlegmasie n'est pas trop générale; quand il a pris quelques aliments ou quelques boissons , il éprouve le soir une espèce d'exacerbation , avec la peau sèche et chaude, et le lendemain cela disparaît ; il souffre des douleurs variables , qui ne sont fixées dans aucune région , et qui consistent plutôt en un sentiment de malaise, qu'en de véritables douleurs ; souvent on peut déprimer l'abdomen sans en provoquer aucune , et même on soulage le malade. Au bout de deux ou trois se* maines, il tombe dans un marasme complet, se dessèche; on le déclare attaqué d'une fièvre hectique, et il meurt» (ouvr. cité, p. 64 , t. n).

C'est dans des cas semblables que l'on trouve le canal digestif contracté au point de recevoir avec peine le petit doigt. Cette forme de gastro-entérite est très-fréquente dans les pays chauds, et chez les soldats qui combattent en Afrique. Dans nos climats, on l'observe sur les individus qui abusent journellement de boissons spiritueuses, ou qui commettent des excès de table. Elle se montre aussi chez les convalescents qui font de fréquents écarts de régime. On la voit chez les malades de nos hôpitaux , qui se procurent secrètement des substances alimentaires qu'ils ne sont pas encore capables de digérer, et sur nos soldats, qui, à peine rétablis d'affections graves, sont contraints de manger la même nourriture que s'ils étaient en santé.

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La phlegmasie chronique du tube digestif marche quelquefois d'une manière insidieuse : point de fièvre , ou un mouvement fébrile à peine marqué le soir ; douleurs sourdes ou nulles se manifestant parfois après le repas seulement ; appétit conservé ou même plus vif que dans l'état naturel; la digestion se fait bien ; les selles sont rares et solides , ou liquides, mais rendues sans douleur; le pouls est quelquefois très-ralenli ; cependant la faiblesse et le marasme fout de jour en jour plus de progrès, et l'on a quelque peine à découvrir la véritable cause de ces désordres, parce que les symptômes sont latents , et que plusieurs malades cachent soigneusement leur état au médecin , de peur qu'on ne les prive d'aliments.

Nous avons peu de choses à ajouter à ce que nous avons dit des causes de la gastrite; ce sont les mêmes qui engendrent l'inflammation du tube digestif. Nous devons cependant signaler , comme y ayant pius de part que les autres, l'usage d'aliments ou de boissons qui irritent la membrane muqueuse de l'intestin ; on doit surtout citer les boissons alcooliques, le pain et les aliments de nature végétale, renfermant beaucoup de matières étrangères , dures et inattaquables par l'estomac et l'intestin. Ces matières jouent, en quelque sorte, le rôle de corps étrangers, et fatiguent par leur contact la membrane interne de l'intestin. Aussi observe-t-on assez souvent celle maladie pendant les famines , et chez les malheureux contraints de vivre avec des substances grossières et presque entièrement inassimilables.

Traitement.— Nous supposons que la gastro-entérite a été bien reconnue ; il faut dès lors chercher à l'arrêter dès son début, etl'attaquer dansle point même où prédomine l'inflammation, et où l'on est fondé à croire qu'elle a pris naissance. Les émissions sanguines, au moyen des sangsues ou des ventouses, doivent être pratiquées tantôt au creux de l'estomac, tantôt au pourtour de l'ombilic; oo peut encore disséminer les sangsues sur tout l'abdomen .ou les appliquer à l'anus quand la gastro-colite est prédominante. Les préceptes à suivre sont donc , comme on le voit, absolument les mêmes que dans la gastrite; seulement on doit changer le lieu sur lequel doivent être plus spécialement port ;néeslocales. 11 est évident qu'en défini-

tive, le traitement de la gastro-entérite se compose de celui que l'on a coutume de diriger contre chaque phlegmasie partielle de l'intestin. Rappelons que la gastro-entérite chronique offre au thérapeuliste plus d'un genre de difficulté , surtout quand elle attaque des convalescents auxquels il nul accorder quelque! aliments. Eo pareille circonstance , il Paul insister tout .à la fois sur le régime, qui doit être bien choisi ri composé d'aliments Féculents, et sur l'usage de! sédatifs, aidés quelquefois de toniquei fixes et cor-

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Estomac , Gastrite

et Intestin

roborants ( voy.

(maladies de Y).

GASTRORRHAGIE, s. f., dérivé de Ta<T7V)?, estomac , et de pmpujM, je romps. 11 sert à désigner les hémorrhagies de l'estomac quelle qu'en soit la cause. Le mot gastro-hémorrhagic , mieux composé que le précédent, exprime la même idée: nous l'emploierons de préférence.

Synonymie. — Le mot hématémèse a été adopté par un grand nombre d'auteurs pour désigner le vomissement de sang (at^a, sang, spw, je vomis) et l'hémorrhagie de l'estomac ; mais il est aisé de voir que ces deux expressions ne sont pas synonymes. Une hémorrhagie peut s'effectuer dans l'estomac sans que le liquide sanguin soit rejeté au dehors: dans ce cas, il y a gastrorrhagie sans hématémèse; réciproquement, du sang peut très-bien être vomi, c'est-àdire qu'il peut y avoir hématémèse sans qu'il y ait hémorrhagie gastrique: tels sont les cas où du sang provenant des fosses nasales , du poumon , d'un anévrysme ouvert dans l'estomac, est rejeté par le vomissement. Nous insistons fortement sur cette distinction , qui n'a pas été faite dans les livres de pathologie générale, et qui est, cependant, de la plus haute importance au point de vue du diagnostic et du traitement.

On a aussi donné le nom ^hématémèse au vomissement de matières noires ou couleur de suie que rendent les sujets atteints d'affections organiques de l'estomac; mais cette dénomination est eucore plus vicieuse que les précédentes, et doit être bannie du langage médical; car elle donne à entendre que le sang entre dans la composition de ces matières noires, ce qui est loin d'être vrai dans tous les cas. Nous démontrerons plus loin que l'on ne trouve aucune trace de sang dans un grand nombre de liquides noirs rejelcs par l'estomac, et qu'il est tout au moins téméraire de déclarer qu'il y a hématémèse, c'est-àdire vomissementdesang, par cela seul que les matières vomies sont noires. Nous avons prouvé surabondamment que le mot hématémèse n'est nullement synonyme de gastrorrhagie. Nous ne traiterons dans cet article que de Y hémorrhagie gastrique. Lemelœna (de u.o.7.;, noir, morbus niger, maladie noire), est le vomissement de matières noires qui est accompagné de déjections alvines de même nature ( Intestin ( hémorrhagie de 1').

Définition. — La gastrorrhagie ou gasfro-hémorrhagic est riiémorrhagie qui a son siège dans l'estomac. Bile constitue rarement toute la maladie, et se rattache, soit à l'existence d'une altération des tissus membraneux qui composent l'estomac, soit à l'altération du sang lui-même. La gastrorrhagie est donc rarement une maladie simple, et l'on ne peut comprendre comment l'auteur d'un traité récent de

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pathologie persiste encore à décrire la gastro -hémorrhagie comme s'il avait à étudier la pneumonie ou la pleurésie (Gendrin , Traité philos, de méd. prat.j p. 173, 1. 1, in-8° ; Paris , 1 838). Il ne peut résulter d'une méthode aussi vicieuse et si contraire aux progrès de la vraie science qu'un tableau informe , composé de phénomènes morbides hétérogènes, avec lesquels on ne peut former qu'une enlité morbide tout à fait chimérique, qui est capable de conduire le praticien à de graves erreurs. Nous ne saurions trop nous élever contre une telle manière d'envisager la pathologie : elle était acceptable il y a un siècle, quand on ne pouvait encore rattacher tous les symptômes aux organes altérés; mais aujourd^ui ce serait faire un pas rétrograde que de revenir à de tels errements. On pourrait tout au plus envisager ainsi l'histoire de la gastrorrhagie, si l'on ne décrivait sous ce nom que l'hémorrhagie idiopathique, c'est-à-dire sans lésion de l'organe; mais quand on construit unesymptomatologie générale pour une)rialadie dont la cause et les lésions sont si diverses, et s'annoncent elles-mêmes par des symptômes si différents , comment espérer ne pas tomber dans de graves erreurs ?

Divisions. — On a divisé la gastro-hémorrhagie en aiguë et en chronique pour faire entendre que ce symptôme se rapportait à des lésions aiguës et chroniques : les inconvénients que nous avons signalés plus haut doivent faire repousser celte division , que nous ne saurions adopter. «La gastrorrhagie, dit M. Delmas, peut avoir lieu de deux manières, comme la plupart des hémorrhagies internes , par sécrétion ou par rupture de quelques vaisseaux » (art. Estomac, Dict. de méd., 2e édit., p. 327). 11 est facile de démontrer que cette division est insuffisante, et qu'elle ne comprend pas toutes les gastrorrhagies. Un homme atteint de scorbut vomit le sang à plusieurs reprises : placerez-vous son hémorrhagie parmi celles qui se font par sécrétion? Évidemment, non : il n'y a rien là qui ressemble à une sécrétion. Elle ne peut pas être considérée davantage comme un effet de la rupture des vaisseaux ; elle résulte uniquement de l'altération qu'a subie le sang , altération qui n'a aucun rapport avec l'état de l'estomac. Disons, cependant, que la division qui vient d'être critiquée est préférable à la plupart de celles que l'on trouve dans les ouvrages.

Nous pourrions diviser cette hémorrhagie en idiopathique et en symptomatique, ainsi que nous l'avons fait pour l'épistaxis ; mais depuis l'époque où ce dernier article a été publié , de nouvelles recherches sur les altérations de composition du sang ont été faites, et comme elles jettent un grand jour sur la nature et les causes des hémorrhagies , nous avons dû les mettre à profit dans la rédaction de cet article. L'ordre que nous avons suivi dans notre ouvrage se prête facilement aux additions et aux changements qu'a-

mène le progrès : il nous donne la facilité de revenir sur des sujets déjà traités, et de tenir toujours nos articles au niveau de la science. Le lecteur ne sera donc pas surpris de nous voir adopter, dans l'histoire des gastro- hémorrhagies, des divisions différentes de celles que nous avons suivies à l'article Épistaxis. Les travaux dont nous parlions tout à l'heure nous ont conduits à opérer quelques changements.

Nous admettrons plusieurs sortes de gastrorrhagie: 1° une gastrorrhagie symptomatique d'une altération des solides; 2° une gastrorrhagie symptomatique d'une altération du sang. La première comprend : 1° toutes les hémorrhagies liées à une affection de l'estomac (inflammation , ramollissement, ulcération, rupture d'un vaisseau , cancer, etc.) ; 2° toutes les hémorrhagies qui dépendent d'un organe autre que l'estomac (maladie du cœur, des vaisseaux, etc.); 3° dans la troisième classe se trouve la gastrorrhagie symptomatique d'une altération du sang, telle que celle qui dépend de la pléthore, du scorbut, des fièvres graves, de la fièvre jaune, delà peste, et les hémorrhagies constitutionnelles; 4° un quatrième ordre se compose des hémorrhagies supplémentaires qui remplacent un flux sanguin normal supprimé ou incomplet : ici il y a un trouble fonctionnel appréciable, un vice de sécrétion, mais aucune altération appréciable de l'estomac ou du sang ; 5° il y a enfin des gastrorrhagies dont la cause nous échappe entièrement.

Symptômes communs à toutes les gastrorrhagies. — Ils dépendent de la présence du sang dans l'intérieur de l'estomac, et de la quantité plus ou moins grande de sang perdu ; tous les autres symptômes sont l'effet de la cause pathologique qui a provoqué l'hémorrhagie. 11 faut se rappeler que tous les symptômes de la gastrorrhagie procèdent de ces trois ordres de causes très-différentes.

A. Gastrorrhagie sans vomissement de sang. — La gastrorrhagie peut avoir lieu avec ou sans hématémèse. Le vomissement de sang peut manquer : 1° lorsque la quantité de sang accumulé dans l'estomac est très-minime; 2° lorsqu'il existe un obstacle matériel au vomissement, comme dans les cas de cancer considérable , du cardia , de tumeurs de même nature ayant leur siège dans l'œsophage ; 3° dans les cas où les matières sanglantes prennent leur cours par les garde-robes.

Lorsque le sang s'accumule dans l'estomac , l'épigastre est gonflé , tendu ; le malade y sent une douleur gravative , une plénitude incommode qui cause de l'oppression, ou une chaleur semblable à celle que produirait un liquide chaud versé dans l'estomac; quelquefois une sensation d'ardeur et de constrictioa épigastrique. 11 cherche à se faire vomir pour mettre fin à la sensation qu'il éprouve souvent des nausées

(,as — ;

continuelles, des voiîiiUirîïiGns. le pcitcnt à réclamer un vomitif' La matité est, dit-on, très-prononcée.

Aces signes, qui annoncent très-vaguement la gastrorrhagic sans hématémèse, il faut joindre ceux qui sont fournis par l'exploration des selles, les coliques accompagnées de météorisme, le gonflement et la sensibilité du ventre, la chaleur dans cette partie, la soif vive, les douleurs lombaires précédant l'expulsion de matières sanglantes , noirâtres , liquides, et d'une fétidité extrême; on a, en un mot, tous les signes du melaena.

Il est , enfin , un troisième ordre de symptômes communs à toutes les hémorrhagies , et dont il importe de tenir compte dans les cas où le diagnostic laisserait quelque incertitude : le frisson, le refroidissement des extrémités, la petitesse du pouls, la faiblesse générale , l'anxiété, quelquefois la syncope, portent à soupçonner l'existence d'une hémorrhagie interne. Ainsi donc les évacuations alvines sanguinolentes ou sanglantes, les symptômes des hémorrhagies, en général, tels sont les phénomènes qui mettent sur la voie du diagnostic; quelquefois on observe les symptômes de la congestion gastrique. Lorsqu'elle existe, quelques signes précurseurs précèdent alors la gastrorrhagie : une sensation de poids, de chaleur à l'épigastre et vers les hypochondres , du malaise, de la céphalalgie , peuvent faire soupçonner la congestion qui doit amener la gastrorrhagie ; mais de tels troubles sont souvent trop légers et trop peu caractéristiques pour que l'on doive y attacher une grande valeur. Ajoutons qu'ils peuvent être rapportas souvent, avec beaucoup plus de raison, à la maladie de l'estomac ou de l'organe qui provoque l'hémorrhagic.

B. Gastrorrhagie avec hématémèse. — Le vomissement de sang est le meilleur signe de la gastrorrhagie ; mais il faut bien se garder de croire qu'il soit pathognomonique. Nous verrons, en énumérant les causes de l'hémalémèse , combien de lésions différentes peuvent la produire.

Les signes que nous avons signalés plus haut , la eongc>tion gastrique, les sensations diverses déterminées par l'accumulation du sang, les selles noire:-, etc., se monlrctit également d.ins J'hémalémcse; toutefois , la plénitude gastrique est beaucoup moindre, parce que le vomissement débarrasse l'cstoime de tout le sang qui s'y épanche.

Rien de si variable que la quantité et la nature des matières vomies. Tantôt le malade rend à peine quelques goig<es de s.uig, et tantôt il en rejette iV'b quantités considérable*, plusieurs lilret, par exemple, et meurt épuisé par cciie redoutable bémorrhaçie. On ne doit | lirpril d'un le| résultat . en son-

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cas , c'est par simple exhalation qu'elle s'effectue.

Si le sang est rejeté presque immédiatement après être parvenu dans la cavité de l'estomac , les matières vomies sont d'un rouge rarement vermeil, comme dans l'hémoptysie, mais plutôt noirâtres, et constituées par du sang en partie liquide , en partie coagulé. L'estomac renfermant toujours des boissons ou des liquides que fournit sa face interne , le sang se mêle à ces différents liquides, et s'altère. On comprend alors qu'il doit survenir des changements très-notables dans h couleur et la consistance du sang, par suite de la réaction que lui font subir ces différents liquides. S'il n'est vomi qu'après un séjour de plusieurs heures dans la cavité de l'estomac, il se présente , tantôt sous forme d'un liquide rougcàtre dans lequel nage une matière grumeleuse qui n'est autre chose que du sang coagulé en petits caillots, et qui semble annoncer que l'écoulement sanguin n'a eu lieu que graduellement , ou bien qu'il existait des liquides dans l'estomac; tantôt le sang est coagulé en caillots plus ou moins noirs, volumineux et consistants ; quelquefois ils acquièrent une couleur rouge-chair, et ressemblent aux caillots nouvellement organisés que l'on rencontre dans le cœur. En général, plus le vomissement s'effectue à une époque éloignée de l'hémorrhagie, plus la couleur du sang et des matières vomies est foncée.

Les causes qui concourent à modifier et à rendre méconnaissable le sang vomi sont très-nombreuses. 11 se combine avec des liquides aqueux et acides, mêlés en différentes proportions à du mucus, à des boissons médicamenteuses, souvent aussi à des aliments. Il serait difficile d'indiquer la nature des réactions que subit le sang au moment de son contact avec ces liquides : toujours est-il qu'elles doivent être fort considérables, et plus ou moins analogues à celles qui se passent sous nos yeux lorsque le sang est mêlé à de l'eau simple, sucrée , acide , alcaline , etc. Les gaz sécrétés dans l'estomac peuvent agir sur la coloration du sang; mais on ne connaît pas , à vrai dire, leur mode d'action : on est réduit à la supposer. Une dernière cause qui concourt plus puissamment encore que toutes les précédentes à modifier les propriétés physiques du sang, c'est le travail de chimification qui se passe sans cesse dans l'estomac, et auquel le sang est soumis comme toutes les substances contenues dans la cavité de ce viscère.

Souvent il est difficile de reconnaître le sang dans les matière! noires expulsées par le vomissement : tantôt elles ressemblent à du marc dçcafé,à du ehoeolal, à de la suie délayée dans l'eau; tantôt elles Conservent encore quelques-unes des qualités physiques duiaog. il esl fe< :ileder< trouver, à l'ajde dumi-

noseope, des globules .sanguins même dans un liquide où il est impQMJble.de reconnaît re à lu.il nu la pré •

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sence du sang. Ajoutons qu'il faudrait bien se garder de prononcer d'après le dernier mode d'exploration ; car il peut très-bien se faire qu'il n'y ait qu'une trèsminime quantité de sang, et que la presque totalité des matières noires soit d'une toute autre nature. Rappelons encore qu'en recueillant sur un filtre les portions solides de matières vomies, en les lavant ensuite à grande eau , l'on peut arriver à reconnaître la fibrine dans la matière grisâtre et dans les lambeaux membraneux que l'on a regardés parfois , dans l'enfance de l'art , comme formés par la membrane muqueuse gangrenée. Disons enfin que l'examen le plus attentif ne peut pas toujours nous révéler la véritable nature de certains vomissements noirs. Quelques auteurs ont considéré comme exclusivement constitués par le sang tous les liquides noirs que rejettent les individus atteints de cancer gastrique : c'est là une erreur contre laquelle nous devons nous élever. En effet , on ne connaît pas encore la véritable nature d'un grand nombre de matières noires qui viennent colorer les tissus accidentels et normaux , ainsi que plusieurs liquides de l'économie. On a prétendu que le vomissement noir des sujets atteints de cancer gastrique ou de maladie chronique de l'estomac (ramollissement , ulcérations) était le résultat du mélange du sang plus ou moins altéré avec les substances renfermées dans l'estomac; cette assertion est exacte , mais dans un nombre de cas beaucoup plus restreint qu'on ne le croit généralement. Il eu est d'autres où le vomissement noir se manifeste sans que la lésion puisse expliquer par quelles voies s'est écoulé le sang. On peut sans doute imaginer que la sortie de ce liquide s'effectue par exhalation ; mais , outre que cette supposition peut être plus facilement admise que démontrée, elle se trouve démentie par l'examen microscopique qui met hors de doute ce fait , savoir , qu'il y a des matières noires vomies qui ne contiennent pas le moindre globule de sang intact ou altéré. On y découvre des quantités plus ou moins grandes de plaques albumineuses, et un grand nombre de globules de graisse faciles à distinguer de toute autFe matière, mais point de sang. M. Andral a examiné plusieurs fois les matières noires rendues par des sujets atteints de cancer gastrique , et il n'a pas trouvé la moindre trace de sang dans des cas où l'on aurait cru à l'existence de ce liquide.

Dans la gaslrorrhagie qui nous occupe, comme dans la gastrorrhagie sans hématémèse , les garderobes ne tardent pas à offrir des matières sanguinolentes. Le ventre se ballonne, devient plus sensible; des coliques surviennent , le malade accuse une douleur sourde , parfois de la chaleur et une sensation gravative dans tout l'abdomen , une douleur dans la région lombaire. Ces signes annoncent que le sang pénètre daus l'intestin , qu'il s'y accumule , ou qu'il

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est fourni par l'intestin lui-même : il y a alors hémorrhagie intestinale concomitante. Les selles sont rendues avec de fortes cGlique.s,et parfois avec des défaillances; elles sont suivies d'une prostration assez grande; elles sont liquides, noires, et d'une fétidité extrême. Les auteurs ont donné le nom de melœna à la maladie qui s'accompagne de vomissements de matières noires et de selles de même nature ; d'autres ne l'appliquent qu'aux déjections alvines noirâtres. Ces définitions arbitraires s'expliquent par le sens très-vague du mot melsena (jAsXa;, awoç, noire), comme qui dirait matière noire.

En même temps que l'hémorrhagie s'effectue, le malade éprouve un sentiment de défaillance et une douleur quelquefois assez forte à la région épigastrique. On observe chez plusieurs sujets des syncopes, des lipothymies , de la dyspnée , de la douleur à la région précordiale. Si l'hémorrhagie est considérable, on voit paraître le refroidissement des extrémités, la pâleur du visage, la fréquence et la faiblesse du pouls, des sueurs froides; en un mot, tout le cortège des hémorrhagies; l'état de faiblesse se prolonge pendant un temps variable. Lorsque les vomissements de sang se reproduisent à des intervalles rapprochés, il survient tous les symptômes de l'anémie accidentelle. Ces symptômes ne sont pas toujours nettement dessinés, et se mêlent à ceux que produisent les affections diverses dont l'estomac et les autres organes sont le siège : c'est ainsi que l'on trouve chez les sujets atteints de cancer pilorique les signes de la gastrorrhagie, et ceux de l'anémie et du cancer. Il en résulte un ensemble de phénomènes morbides complexes qu'il faut savoir rapporter à leur véritable origine.

Les symptômes de l'anémie consécutive à la gastrorrhagie ne diffèrent pas de ceux qui caractérisent l'anémie produite par d'autres causes : aussi ne nous y arrêterons -nous pas; seulement nous ferons remarquer que l'altération du sang, dont nous décrirons les caractères en traitant des hémorrhagies en général (voy. ce mot), et qui est la véritable cause de tous les symptômes anémiques, ne dépend pas seulement de la gastrorrhagie, c'est-à-dire de la perte de sang. Une autre cause, qui vient s'y ajouter' dans un grand nombre de cas , est le trouble profond que subit la nutrition générale, et qui concourt à altérer le sang, c'est-à-dire à diminuer la quantité de ses globules. Les symptômes de l'anémie qui tiennent à la perte subite d'une grande quantité de sang sont la syncope, la lipothymie, l'anxiété extrême, la faiblesse du pouls , le refroidissement de la peau et des membres, la sueur froide, etc. ; quelquefois la mort survient lorsque l'hémorrhagie est considérable et se reproduit incessamment , comme dans le ras de rupture de l'artère coronaire ou splénique. Ordinairement

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les symptômes de l'anémie s'établissent lentement , et à la suite des hémorrhagies répétées.

Décrirons-nous maintenant la marche , la durée , la terminaison, le pronostic desgastrorrhagies? Mais quel tableau pourrions-nous former avec des généralités qui ne peuvent recevoir aucune application particulière ? nous consacrerions un grand nombre de pages à une élude stérile et d'autant plus dangereuse, quelle pourrait être considérée, par quelques personnes peu habituées à l'observation de la nature, comme ayant quelque réalité. Ce que nous avons dit en commençant cet article, et mieux encore la lecture des écrits publiés dans la fausse direction que nous avons signalée , achèveront de convaincre ceux qui conserveraient quelque doute à ce sujet.

Causes des gastrorrhagies. A. Gastrorrhagie symplomatiquc d'une altération de l'estomac. — 11 nous suffira de citer, parmi les causes de cette hémorrhagie : 1° V inflammation sur aiguë delà membrane muqueuse , surtout lorsqu'elle est produite par un agent irritant et caustique introduit dans la cavité de l'estomac. 11 est rare que la gastrite spontanée occasionne une semblable hémorrhagie; elle s'est montrée dans quelques fièvres intermittentes gastriques , pernicieuses par l'effet de la congestion sanguine qui s'effectue au moment du paroxysme, et persiste encore un certain temps après. Torti et d'autres en ont rapporté des exemples [Thcrapeuticc specialis , lib. iv, cap. § 7).

2° Toutes les maladies qui ont pour effet de ramollir , d'ulcérer, ou de désorganiser, d'une manière quelconque, la membrane muqueuse et les autres tuniques de l'estomac. — La gastrohémorrhagie se manifeste chez des sujets dont la tunique interne est le siège d'un ramollissement inflammatoire circonscrit, chez ceux qui sont atteints d'ulcère simple chronique , et de perforation de l'estomac. L'ulcère peut exister indépendamment de toute altération squirrheuse ou encéphaloïde des parois gastriques , ainsi que nous l'avons établi ailleurs (voy. Estomac (ulcère de 1'), p. 558), d'après les recherches de M. Cruveilhier et d'autres auteurs. L'ulcère simple chronique donne lieu fréquemment à rbémorrbagie gastrique qui dépend de l'érosion d'une des artères qui se distribuent à l'estomac, ou même de l'artère spléuique, située dans son voisinage (Cruveilhier, Anatom, pal h., 10" livr.). Quelquefois L'hémorrhagie provient des capillaires compris dans la perte de substance: dans le premier cas , elle peut être assez considérable pour déterminer la mort avec une grande rapidité.

3° Cancer gastrique. — C'est une des causes les

plus ordinaires <le la gastrorrhagie: aussi doit-on redouter Le développement de cette cruelle maladie, lorsqu'un vomissement e manifeste i hez

des sujets en proie à quelques troubles des fonctions digestives. 11 est nécessaire d'établir, à cet égard, quelques distinctions qui n'ont point été signalées par les auteurs , et qui sont faites cependant pour jeter quelque jour sur l'histoire des cancers gastriques. Rappelons d'abord que le vomissement noir n'est pas toujours formé par des matières sanguinolentes, ni par du sang plus ou moins altéré , que très-souvent les matières sont colorées en noir par quelque liquide que sécrète la membrane muqueuse malade. Nous avons dit qu'il était impossible de retrouver, dans un grand nombre de liquides vomis et colorés en noir, la plus petite trace de sang. Sans doute il peut très-bien se faire que la réaction des liquides gastriques sur le sang , et le travail digestif auquel ce dernier liquide est soumis , lui fassent subir des changements assez grands pour en altérer les propriétés physiques et le rendre tout à fait méconnaissable ; mais on peut révoquer en doute sa présence, tant qu'on ne l'aura pas démontrée, soit par l'observation microscopique, soit de toute autre manière. Des observations microscopiques, faites dans le service de M. Andral, nous ont positivement démontré que toutes les matières noires ne sont pas constituées par le sang. Nous ajouterons qu'elles sont très-probablement le résultat de la sécrétion viciée de l'estomac , et qu'elles peuvent être comparées aux liquides filants, fortement acides ou purement muqueux , que les malades atteints de cancer rejettent par le vomissement. On conçoit, du reste, que certaines substances alimentaires plus ou moins colorées peuvent concourir à la production du vomissement noir. Nous n'hésitons pas à reconnaître que ce sujet a besoin d'être étudié de nouveau, et exige des recherches plus complètes que celles qui ont été faites jusqu'à ce jour.

La gastrorrhagie avec vomissement de sang (hématémèse ) est un phénomène morbide qui se montre à différentes périodes du cancer; on l'observe au début et sans qu'il existe encore aucune perle de substance, aucun ramollissement dans les tissus. Nous assimilons celte hémorrhagie à l'hémoptysie qui se déclare lorsque les tubercules sont encore miliaires, cl que l'ulcération et le ramollissement ne se sont pas encore développés ; il est très-commun d'ouvrir des cadavres de sujets affectés de squirrhe pylorique qui ont provoqué de nombreuses hémalémèses sans que la nature de l'altération puisse en expliquer la production. La gastrorrhagie ne doit donc pas être considérée comme une preuve certaine que le cancer est dans la période de ramollissement. Il faut reconnaître cependant que ce travail moi bide amène dans les ailcriolcs, ou dans les artères plus volumineuses, des perforations qui occasionnent souvent des hémalémèses.

4g Gastrorrhagie traumatique, — Les mala-

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dies dont il nous reste à parler, et qui peuvent causer les gastrorrhagies, sont les blessures, les contusions, l'ingestion d'une substance vénéneuse caustique, ou la blessure opérée par une sangsue accidentellement avalée. Cette dernière cause est fort contestable : on a quelquefois pris pour une gastrorrhagie l'écoulement sanguin provoqué par un de ces annélides fixé au pharynx ou à la partie postérieure des fosses nasales.

5° Gastrorrhagie consécutive à la maladie d'organes situés dans le voisinage de l'estomac. — La gastrorrhagie peut avoir son premier point de départ dans les organes qui environnent l'estomac. C'est ainsi que surviennent les hématémèses foudroyantes produites par la rupture d'un anévrysmc de l'aorte ouvert dans l'intérieur de l'estomac ou de l'œsophage et par le tronc cœliaque. L'aorte abdominale, le foie, peuvent fournir le sang qui a été rejeté par l'estomac. Dans toutes ces conditions morbides, l'hémorrhagie est considérable, promptement mortelle, et n'est point précédée des symptômes qui caractérisent les affections gastriques.

6° Dans tous les cas que nous venons de passer en revue , il existait une lésion primitive ou consécutive de l'estomac ; dans ceux qu'il nous reste à examiner, ce viscère est sain ; mais il en est d'autres affectés, et qui agissent sur la circulation gastrique: de ce nombre sont les rétrécissements, les insuffisances des orifices du cœur, accompagnés d'hypertrophie de l'organe, les maladies de la rate et du foie. On explique la gastrorrhagie, dans tous ces cas, en disant que l'obstacle apporté par la lésion au libre retour du sang des veines au cœur congestionne la membrane interne , et produit l'hémorrhagie. On a aussi prétendu qu'elle pouvait dépendre de ce que l'articulation devenait trop active , comme dans le cas où une tumeur ou un anévrysme, empêchant le passage du sang dans les artères spléniques et hépatiques, par exemple, force la gastrique à en recevoir une plus grande quantité. Cette opinion, comme on le pense bien , est fondée sur des spéculations théoriques. Les anciens croyaient que le sang de lhématémèse était fourni par les veines de l'estomac; mais cette opinion n'est étayée sur aucune raison péremptoire.

Gastrorrhagie symptomatique d'une altération du sang. — Ce n'est pas ici le lieu d'exposer les motifs qui nous ont engagés à réunir dans un même paragraphe les gastrorrhagies dont nous allons parler. Nous entrerons dans les plus grands détails à ce sujet en traitant des hémorrhagies en général. Les gastrorrhagies qui nous semblent provenir d'une telle altération sont celles que l'on remarque dans la pléthore, dans l'anémie où elles sont rares , dans les fièvres, comme lu scarlatyie, lu rougeole, lu fièvre

jaune , la peste , le typhus , la fièvre typhoïde , dans le scorbut , dans les états cachectiques consécutifs à diverses altérations viscérales; les gastrorrhagies constitutionnelles doivent aussi être rapportées à une altération du sang. Nous n'avons rien à dire de général sur les gastrorrhagies qui appartiennent à cet ordre, si ce n'est qu'elles sont fréquentes et tiennent à une altération de tous les liquides; elles sont en général très - graves, et annoncent que les qualités du sang sont modifiées profondément.

Gastrorrhagie supplémentaire. — Celle-ci ne peut se ranger dans aucune des classes précédentes, car rien n'est altéré dans la texture normale de l'estomac, ni dans la composition du sang. Les règles ou leshémorrhoïdes se suppriment, unehématémèse les remplace ; il n'y a dans l'estomac qu'un trouble fonctionnel portant sur la sécrétion. Sans doute on pourrait soutenir que la suppression du flux sanguin normal a dû entraîner quelque modification dans la composition du sang , en laissant dans le torrent circulatoire des matériaux qui devaient prendre leur cours à certaines époques, et par certaines parties : mais, comme on n'a pas encore démontré l'existence de cette altération du sang , nous trouvons qu'il est plus sage de déclarer notre ignorance , et de placer ces gastrorrhagies dans un ordre à part. Elles sont beaucoup plus rares que ne l'ont pensé les anciens, qui les admettaient souvent à la légère , ou parce que les moyens de diagnostic leur manquaient.

Diagnostic. — La gastrorrhagie peut être méconnue lorsqu'il n'y a pas hématémèse, ou du moins le diagnostic offre plus de difficulté. Les symptômes locaux fournis par l'estomac sont insuffisants, parce qu'ils peuvent tenir à l'affection dont ce viscère est le siège : aussi est-il nécessaire d'examiner la matière des garde-robes, qui seule fournit la preuve de l'hémorrhagie. 11 reste ensuite à chercher si le sang provient de l'estomac ou de l'intestin; la nature et le siège de la maladie , joints à l'observation des symptômes locaux , aideront à asseoir le diagnostic.

On peut confondre quelquefois avec l'hématémèse le vomissement sanguin consécutif à une hémorrhagie des fosses nasales ou du pharynx. Le diagnostic n'est pas toujours facile chez les jeunes enfants qui avalent le sang pendant le sommeil; chez eux l'ingurgitation de ce liquide est rendue facile par le décubitus dorsal qu'ils gardent presque constamment. On parvient, cependant , à l'aide d'une exploration attentive des fosses nasales et du pharynx, à découvrir la véritable origine du flux sanguin. Lorsque le malade a toute sa connaissance, il est rare qu'il ne sente pas lui-même que le sang ne s'introduit dans l'estomac qu'à la suite d'efforts de déglutition. 11 ne faut pas croire, cependant, que l'erreur

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de diagnostic dont nous parlons ne puisse être commise. Nous avons été témoin d'une méprise de ce genre : un malade, qui était atteint de fièvre typhoïde, fut pris d'une épistaxis très-abondante; le sang , qui s'écoula par l'ouverture postérieure des cavités nasales, fut en partie avalé par le sujet, en partie rejeté par le vomissement; la personne chargée de l'interroger diagnostiqua une hémoptysie, quoiqu'il n'offrit aucun signe de celte affection.

On peut se tromper plus facilement dans les cas d'hémoptysie Pour peu que celle-ci soit abondante , le sang, poussé par l'expectoration jusque dans la partie supérieure du pharynx et sur la luette, provoque des nausées et des efforts de vomissements qui coïncident ainsi avec l'expuilion et l'expectoration. 11 en résulte alors des vomissements de matières alimentaires et de boissons , qui , en se mêlant au sang, font croire au malade et au médecin que ce liquide provient de l'estomac. Il est rose, fluide, aéré, et mêlé à des mucosités bronchiques dans le cas d'hémoptysie; noirâtre, sous forme de caillots dans Ja gaslrorrhagie. Le seul moyen de diagnostic consiste dans l'exploration de la poitrine, et il est rare que l'on puisse conserver quelque doute quand on a percuté et ausculté soigneusement le malade. Ces deux hémorragies peuvent se manifester simultanément, dans quelques cas, au dire de Laennec : il admet qu'en même temps que le sang est exhalé en grande abondance à la surface des bronches, il s'écoule également de la surface de l'estomac; il y a alors tout à la fois hémoptysie et hématémèse. Sans prétendre que cette double hémorrhagie ne puisse exister simultanément, elle doit être moins fréquente que ne l'a supposé Laennec : ce fait a besoin d'être examiné de nouveau.

Le point le plus essentiel , dans le diagnostic des gastro-hémorrhagies, c'est de déterminer leur siège et la nature des lésions qui les provoquent.

Que pourrions nous dire de général sur le pronostic des hémorrhagies gastriques? Rien absolument, si ce n'est qu'elles sont graves, parce que la maladie qui les occasionne présente elle-même ce caractère de gravité; du reste, le pronostic doit découler de la connais . m ■»• , i ,, te de la maladie.

'Juin t au traitement, il ne pourra cire institué avec quelque succès, que quand le médecin sera parvenu au diagnostic de l'affection. 11 doit, dans ce but, avoir présente! à l'esprit les différentes diviiiom que non avons précédemment établies. Kst-ee dans l'estomac , dam un organe voisin . ou dam le sang lui-même que réside la cause du Ihémm rhagie.*

telle est la première question à résoudre avant de chercher les indication! thérapeutiques. Le traitement

des gastro- hémorrhagie! est tellement varié, qu'il nous serait impossible de rassembler quelques pré-

ceptes généraux capables de servir le praticien ; nous avons peine à comprendre comment on a même essayé d'en donner quelques notions. Tout ce qu'il est possible de poser en règle générale, c'est que l'on doit chercher à arrêter l'écoulement sauguin quand il est trop considérable, ou s'il se répète à des intervalles rapprochés; encore faut-il, avant tout, connaître la véritable cause de Thémorrhagie.

(Voy. Estomac (maladies de 1'), et Hémorruagib IV général).

GASTRORRHÉE,s. f. , de ^aar/ip, estomac, et de fsw, je coule, flux muqueux de l'estomac. — On donne ce nom à la sécrétion d'un liquide muqueux plus ou moins abondant, fournie par la membrane interne de l'estomac, et rejetée par le vomissement.

L'histoire de cette maladie est pleine d'obscurités , et il serait téméraire de l'entreprendre aujourd'hui , car l'on manque des documents nécessaires pour l'écrire. On doit désigner par la dénomination de gastrorrhée tous les flux qui ont leur point de départ dans la membrane interne gastrique, pourvu que la matière de ces flux soit un liquide muqueux. La gastrorrhée est rarement l'effet d'une simple sécrétion exagérée des glandes muqueuses; presque toujours elle résulte de l'altération des membranes de l'estomac. 11 faut donc distinguer une gastrorrhée idiopathique et une symptomatique.

La gastrorrhée idiopal/iiquc donne lieu à des vomissements d'un liquide filant , visqueux et transparent comme du blanc d'oeuf, ou faiblement coloré par une matière noirâtre. La quantité de ce liquide est parfo s considérable : les malades remplissent en une ou plusieurs fois le vase destiné à recevoir leurs crachats; chez quelques-uns, c'est particulièrement le matin que le vomissement s'effectue, avant que l'estomac ait reçu aucune nourriture; chez d'autres, c'est à des époques variables de la journée, quelquefois peu d'heures après le repas, et, chose singulière, les aliments sont conservés par l'estomac, le liquide muqueux est seul expulsé. Les vomissements se répètent plusieurs fois par jour, ou seulement une fois le matin , ou tous les trois à quatre jours.

Lorsque la gastrorrhée existe seule, le vomissement est le seul phénomène morbide que l'on observe : la langue reste large, humide , sans rougeur; la bouche est pâteuse ou d'un goût fade, l'appétit conservé, les digestions bonnes. Quelquefois les malades ressentent un poids incommode, ou une douleur trèsvive au creux de l'estomac; les digestions sont altérées, l'appétit diminué ou nul; souvent les substances alimentaires ne sont bien supportées qu'à la condition d'être choisies par les malades. On voit, par exemple, les légumes, les fécules , les aliments mous, comme les potages, rejetés par le vomissement, tandis que !a viande et lc3 substances toniques et stiuiulan-

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