‹ Compendium de médecine pratique, ou, Exposé analytique et raisonné des travaux contenus dans les principaux traités de pathologie interne (volume 2)Chapitre 25 sur 57 · COU · texte numérisé non relu

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la partie enflammée, que quand cîle est causée par une inflammation ordinaire ou rhumatismale (ouvr. cit., p. 1 49). Les nerfs àei tissus malades acquièrent une grande sensibilité , et la douleur est souvent accompagnée d'un sentiment de pulsation, dont les artères sont réellement affectées.

Il faut encore ranger parmi les accidents locaux de la goutte la desquamation de la peau qui couvre les jointures affectées: «Lorsque l'accès finit, il survient au pied malade une démangeaison insupportable, surtout entre les orteils , d'où il se détache une matière semblable à du son» (Sydenham, ouvr. cit.). 11 y a encore à noter d'autres accidents, tels que les concrétions et les déformations qui en sont la suite : nous en parlerons plus loin.

Une douce diaphorèse met souvent un terme à l'attaque de goutte : «... finilusdiaphoresi, fotu lecti,pru- «ritu, desquamatione vel abiens in cretam, calcemvc , «vasarumpentem, articulorum vincula,formam, mo- «tum, usum privanlem» (Boerhaave, Jph.> 1261). Ces désordres appartiennent surtout à la goutte invétérée, mais peuvent aussi se produire à la suite des attaques répétées de goutte aiguë. 11 en est ainsi lorsque le mal passe de l'état aigu à l'état chronique. Seudamore a vu , dans un petit nombre de cas, le sang s'extravaser sous la peau (ouvr. cit., p. 31).

L'appétit e>t diminué ou perdu , la langue couverte d'un enduit muqueux ou saburral, l'estomac distendu par des vents. Quand on presse sur la région épigaslrique, on sent qu'elle est gonflée, et souvent on y détermine un peu de gène, ou de la douleur; il y a des nausées, des rapports muqueux ou acides. La fièvre est fort intense durant l'attaque, mais offre des rémissions marquées, qui correspondent à celles des attaques. Durant les premiers jours, l'urine est trèscolorée, et laisse, api es qu'elle est reposée, un sédiment rouge et plein de petits sables. Nous revienluons plus loin sur les caractères importants qu'elle présente dans la gravellc (voyez ce mot , et Goutte compliquée ). La constipation, l'insomnie, la pesanlriir I t \êi M'Hâtions pénibles dans les m musculaires etd.ms tout le corps , sont des symptômes pue Ion oblirVC communément durant le coins de la maladie.

Sydenham ne regarde comme une goutte régulière que Celle ou la douleUT neeupr 1< I pied.; ; die est dite

iguliirê ai elle envahi! \N mains, les poignets,

les coudes, et d'autres endroits (ouvr. cil.). La goulle régulière ou inVgulicre peut être aiguë ou

ohroniqti' Mr. ni d.ui> le dhi.ions que

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Confie chronique* '<<' alUqUCi répétées de

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la constitution, des troubles généraux. 11 en résulte un état morbide auquel on a donné le nom de goutte chronique > asthéniquCj imparfaite, vague. Quelquefois celle-ci n'est point consécutive à la forme aiguë, et s'établit d'emblée; elle forme alors h goutte asthénique primitive; il n'y a ni accès ni paroxysmes marqués; les douleurs sont moins vives, continues, et égales la nuit et le jour; cette forme de goutte est trèsrare (Landré-Beauvais, Exisle-t-il une goutte asthénique primitive? Dissert. in-8°; Paris, 1810; Seudamore , ouvr. cit., p. 331). La goutte chronique est caractérisée par une série d'attaques incomplètes , avortées, quelquefois très-longues, et procédant sans aucun ordre réglé; elle est sujette à se transporter non-seulement d'une jointure sur une autre, mais aussi sur les viscères. Elle s'accompagne d'un trouble marqué de la digestion et de la nutrition générale, et n'offre pas une durée et une marche aussi égales que dans la goutte aiguë : c'est ce qui lui a fait donner le nom de goutte irrégulière.

Sydenham l'a décrite sous le nom de goutte irrégulière invétérée. « Quand la maladie n'est pas traitée méthodiquement, ou qu'elle a duré longtemps, et s'est, pour ainsi dire, naturalisée dans le corps, ou lorsque la nature n'est pas en état d'expulser comme il faut la matière dépravée, les symptômes sont bien différents de ceux de la goutte régulière» (ouvr. cit.). On voit, par cette citation, que Sydenham désigne par goutte irrégulière, invétérée, la goutte chronique des auteurs.

Bar liiez l'a décrite sous le nom de goutte invétèréCjgoutic vague des articulations. Il la distingue de la goutte vague imparfaite en ce que celle dernière n'a point été précédée d'attaque de goutte aiguë régulière : il s'est évertué à établir une distinction entre ces deux gouttes, qui doivent être rapportées, en définitive, à la goutte chronique. La goutte vague, imparfaite, correspond à la goutte asthénique primitive. Dans la goutte vague, imparfaite, les pallies voisines des articulations des pieds, ou de celles des autres parties du corps, sont affectées successivement ou alternativement. On a nommé encore la goulle vague ou chronique un rhumatisme scorbutique, goutteux. La goutte imparfaite de Scott [An inquiryin to the rigin of'the goût, p. 4) est une goulle chronique qui n'attaque que quelques articulations des extrémités, et y produit un gonflement des parties externes, sans douleur ni inflammation, cl une difficulté du mouvement. Barthei propose de l'appeler goutte incomplète. La goutte chronique | COCOre été divisée en /Arc et en mobile. l)in-. la première, le gonflement et la déformation des jointures par des concrétions (ophacées sont permanents; la lé; ion et fixe, et ne peut disparaître.

i Dam la seconde, aux lymptômes de l'état chronique

se joignent des symptômes locaux plus mobiles, plus généraux, et plus irréguliers : aussi mérite-t-elle bien le nom de goutte vague, anormale, irregulière, qu'on lui a donné.

Nous avions besoin de bien déterminer la valeur de ces différents termes qui servent à exprimer les conditions morbides variées que l'on retrouve dans l'état chronique. Il est temps , si Ton veut porter la lumière dans les parties encore obscures de cette maladie, d'en ramener l'étude à ses éléments les plus simples , et de faire disparaître toutes les distinctions subtiles que l'on y a établies. La goutte affecte sans doute des formes plus variées que certaines maladies internes, dont le siège est nettement circonscrit; mais on peut distinguer, à travers ses différentes métamorphoses, les deux types que nous avons indiqués : l'un, fondé sur la durée du mal et l'intensité de ses symptômes, comprend l'état aigu et l'état chronique; l'autre est celui que les auteurs ont désigné sous le nom de goutte anormale ou interne.

Symptômes locaux. — La goutte chronique est précédée, le plus ordinairement, par tous les symptômes de la goutte aiguë dont elle n'est, en quelque sorte, que la prolongation et le vieux reliquat. Les attaques alors, après s'être répétées avec l'intensité qui est propre à la goutte aiguë , s'affaiblissent , la constitution se détériore , et le passage de l'état aigu à l'état chronique se fait insensiblement : cette goutte chronique consécutive est souvent mal dessinée. Les douleurs qu'elle occasionne sont vagues et (ris-mobiles ; elles offrent tantôt le caractère nerveux, tantôt le caractère rhumatisant. Dans quelques cas trèsrares, la goutte chronique se montre sans que la forme aiguë se soit préalablement manifestée.

Quand la goutte chronique succède à l'aiguë , les jointures qui ont été affectées continuent à l'être , quoique un moindre degré; ou bien la douleur qui n'occupait que les pieds attaque les poignets, les mains, les coudes, les genoux et d'autres jointures. Les malades ressentent dans les parties affectées de vivesdouleurs, plus aiguës la nuit que lejour ; tantôt ces douleurs consistent en une sensation de chaleur et de froid alternatifs, ou en un simple froid. «Aliquando, «plurimo fervore, dit Caelius Aurelianus , aliquando «frigore, ut alii refrigerantia , alii calida, deside- «rant œgrotantes et propterea quidam alteram cali- «dam, alteram frigidam podagram putaverint nun- «cupandam »(Morl>. chron., lib. v, cap. 2 ). Le malade y éprouve de fréquents engourdissements, une constriction incommode , ou un sentiment de plénitude, de poids, etc. Sydenham dit que les tendons et les muscles de la jambe sont quelquefois saisis d'une convulsion ou d'une crampe si vive et si violente que, si la douleur qu'elle occasionne devait durer sculeuieut un peu de temps, elle ne pourrait être

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supportée. D'antres fois, ce sont des tressaillements qui agitent les membres pendant le sommeil. La rougeur de la peau qui couvre les jointures est, en général, peu vive, et ne dure que peu de temps ; dans quelques cas, cependant, elle est aussi intense que dans la goutte aiguë. Le gonflement des tissus est moins circonscrit, parce que les bourses muqueuses, les gaines des tendons et les tissus adjacents sont affectés plus souvent que dans l'état aigu. De là résulte un empâtement plus diffus , qui donne au poignet, au cou de-pied et aux chevilles une rénitence assez grande. Quelquefois les tissus infiltrés de sérosité offrent une certaine transparence et de la dureté (goutte œdémateuse). Les veines qui rampent dans la peau des articulations, ou qui sont dans leur voisinage , présentent une plénitude extrême. La faible intensité des symptômes locaux , la pâleur des tissus, la température peu élevée, le gonflement médiocre des jointures, ont fait donnera la goutte chronique le nom de goutte froide, blanche, asthénique, lorsqu'elle apparaît avec les symptômes que nous venons d'indiquer. Rappelons que les phénomènes morbides locaux peuvent avoir toute l'acuité qu'ils ont dans la forme aiguë. En général, ils ne se dissipent que très-lentement après l'attaque, et habituellement les chevilles ou les poignets restent douloureux ou le siège d'une chaleur incommode, surtout lorsque les malades se livrent à un exercice même modéré : les mouvements sont pénibles , surtout au commencement de la marche ; ils deviennent ensuite plus faciles et moins douloureux. Les sujets ressentent parfois un craquement douloureux qui paraît se passer dans les tendons, et qui semble tenir à la rigidité qu'ils ont acquise. Le médecin peut lui-même le sentir en plaçant la main sur le trajet de tendons, dans le voisinage des articles, et en faisant fléchir et étendre successivement le membre.

Les symptômes locaux que nous venons de passer en revue ne sont pas les seuls qu'il convienne de noter; les plus remarquables, sans contredit, sont ceux qui résultent des lésions profondes survenues dans les organes du mouvement. Sydenham les a décrits avec une exactitude qu'on ne saurait dépasser. «Quelquefois la douleur, après avoir tourmenté'un ou plusieurs doigts , les tord et les rend semblables à une botte de panais, les prive peu à peu de leurs mouvements , et forme autour de leurs ligaments des concrétions tophacées, qui détruisent la peau et l'épiderme des articulations, et ressemblent à de la craie ou à des yeuxd'ccrevisse, qu'on peut tirer avec la pointe d'une épingle. Quelquefois la matière morbifique se jette sur les coudes et y forme une tumeur blanchâtre qui est presque de la grosseur d'un œuf, et qui peu à peu s'enflamme et devient rouge» (ouvr. cité). Une des particularités les plus importante; de

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la goutte chronique est la déformation singulière des jointures affectées. Cette déformation tient à p'usieurs causes:Ia plus ordinaire est le dépôt de l'urate de soude et de chaux dans les tissus qui réunissent les os entre eux, et dans les parties adjacente». Située en dehors de la synoviale, infiltrée en niasses irrégulières et souvent considérables dans les ligaments, la matière saline se montre jusque sous la peau. C'est alors que les extrémités articulaires, au lieu d'être arrondies et d'offrir leur conformation normale, sont noueuses et bosselées; les tumeurs que l'on sent ont une grande dureté, et Ton peut se convaincre qu'elles adhèrent fortement aux tissus fibreux et aux ligaments de la jointure. Quelquefois elles sont assez éloignées de celle-ci , et ont leur siège dans la gaine des tendons , dans les fibres de ceux-ci , dans les bourses muqueuses ou dans le périoste.

Une seconde cause de la déformation des jointures est le simple gonflement avec induration des tissus. Quelques-unes de ces indurations dépendent de 1 hypertrophie du tisMi cellulaire interposé entre les lames des ligaments ou dans les tendons. Parfois ces indurations sont l'effet de l'hypertrophie seule du tissu fibreux; de la sérosité se trouve aussi épanchée, et quelquefois en assez grande abondance , au milieu des (issus malades. Mais le cas le plus ordinaire est celui où la matière saline est combinée , molécule à molécule, avec les divers tissus, qui acquièrent alors une très-grande dureté, de telle sorte que le scalpel ne peut en opérer la dissection.

La présence des concrétions ou la simple infiltration de la matière saline finissent quelquefois par amener des accidents inflammatoires, à la manière des corps étrangers. Les organes situés dans le voisinage s'enflamment, il se forme de la suppuration, et les tissus ne tardent pas à laisser passer au dehors une matière purulente mêlée ou non à la substance saline qui s'est accumulée dans les parties. On voit alon dans le fond de la plaie la concrétion blanchâtre semblable à de la matière plâtreuse; celle-ci finit par se ramollir et se laisser entraîner au dehors avec 1<' pus ou la sérosité qui s'écoule de l'ulcération

établie à la >uil.ue de la peau. Quelquefois des COD-

rrriioii.s assez grosses t'échappent ainsi par les ouvertures nstuleuses qui restent longtemps ouverte! et entretiennent une irritation chronique propre à débiliter l'économie. Chez d'autres sujets, la sul>stuice éburnée qui couvre les "s s'infiltre de matière lojihar/r. oudisparatl par suite d'un travail morbide qui altère la synoviale, les cartilages e( les oseuimémee; il se forme alors une an kylose complète; la destruction dei m ; u li< 1 1 la rétraction <\c> tendons et des ligamenU peuvent n'amener (prune demi-ankylose \ dans ces deux cas, les mouvements sonlabolif ou g<

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ne tarde pas à voir sa santé subir une altération profonde. '

Symptômes généraux. — C'est surtout dans la goutte chronique que la plupart des fonctions participent à la maladie locale. Le patient, contraiutde garder un repos prolongé , éprouve un malaise et une impatience continuels : « L'esprit n'est pas moins malade que le corps; il est en proie à la colère, à la crainte, au chagrin, et à toutes les passions de cette nature, dont la faiblesse où il est réduit le rend très- aisément susceptible. De là vient que les goutteux sont également à charge à eux-mêmes et aux autres , et leur esprit ne devient tranquille que quand le mal cesse , ou quand ils ont retrouvé leur santé» (Sydenham , ouvr. cité ). Le sommeil est troublé , pénible et peu réparateur. La sensibilité générale est telle, chez quelques sujets, qu'ils ressentent des douleurs vives sous l'influence des moindres variations de température, et qu'ils croient pouvoir les prédire comme le ferait un baromètre. Plusieurs malades sont en proie à une mélancolie extrême , ou à une impatience qui ne leur est pas ordinaire, quelque temps avant le retour des accès. On a vu des sujets faire des tentatives de suicide, pendant la durée de l'attaque, pour se débarrasser d'un mal qui sévissait sur eux avec tant de violence et de continuité.

On doit encore considérer comme des effets de l'excitation nerveuse les crampes, les mouvements convulsifs qui agitent certains muscles, les tintements d'oreilles , la céphalalgie frontale , l'amaurose passagère que l'on observe sur certains malades. La pesanteur de tête, les étourdissements et les autres symptômes cérébraux que nous venons de relater, peuvent tenir à la congestion cérébrale qui est assez commune chez les goutteux: nous noterons plus loin ces complications.

Les fonctions digestivessont altérées à des degrés différents. Scudamore dit que les vomissements bilieux et la diarrhée de même nature sont quelquefois de signes précurseurs de l'attaque ; mais ces cas sont rares, rendant Imite la durée du mal, il est très-fréquent d'observer (\v* phénomènes de dyspepsie : le patient éprouve des douleurs épigastriques plus ou moins vives, un appétit capricieux, parfois assez vif, mais promptement satisfait; des rapports nidoreux,une tympanite incommode, des borborygmes et des coliques pendant (pie la digestion s'accomplit. Souvent l'appétit est entièrement perdu; quelques malades ressen-

tiut aussi un gonflement gazeux dans la région de

l'estomac , des douleurs derrière le sternum, en un

mot, la plupart des symptômes de la gastralgie.

Celle affection Se rencontre d'une manière si constante, bien qïàdcs degrés différents, dans la goutte chronique , que nous a?OnS cru devoir en parler ici.

l.cs auteurs anciens ont attaché une grande, impor-

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tance à ces dérangements des fonctions digestives , ayant remarqué qu'ils survenaient chez des goutteux actuellement eu proie à une attaque , et que les douleurs et les symptômes locaux paraissaient s'amoindrir pendant que le mal d'estomac se déclarait ou se prononçait davantage, et en avaient conclu que la goutte s'était métastasée sur ce viscère; nous nous expliquerons plus loin sur ce sujet (voy. Complications). La bouche est souvent amère , mauvaise; la langue chargée d'un enduit blanc ou jaunâtre; quand elle est rouge , et que ses papilles proéminent, que la soif est vive , on est fondé à croire qu'il existe une lésion concomitante de l'estomac.

Le ventre est ordinairement serré , et les matières rendues sèches et dures. M. Ferrus n'est pas éloigné <le croire que ce phénomène n'est pas étranger à la production des troubles digestifs que nous avons signalés. Il est plus natarel de l'attribuer, comme les autres symptômes, à la gastro - entéralgie. Le même observateur dit que, parfois, «durant les prodromes de l'attaque, il survient une évacuation alvine plus ou moins abondante, de peu de consistance , et d'une couleur gris-blanchâtre. Elle a ceci de particulier, que souvent elle semble faire avorter l'accès goutteux, ou au moins lui faire perdre beaucoup de son intensité. Cette observation est due à Alph. Leroy; nous avons eu occasion de la constater » (art. cit., p. 22 1 ). La diarrhée ne se rencontre que dans les cas de maladie intestinale, ou lorsque la goutte chronique conduit le malade au marasme et le fait tomber dans un étal cachectique déplorable.

La dyspnée, les palpitations et les autre? troubles de la circulation centrale, apparaissent pendant le cours de la goutte chronique; mais on ne doit souvent y voir que les signes d'une maladie du cœur commençante ou confirmée. Nous n'osons pas cependant affirmer qu'il en soit ainsi dans tous les cas où l'on a trouvé de tels symptômes. Les auteurs déclarent qu'ils n'ont rencontré rien d'anormal dans le cœur des sujets qui avaient offert pendant la vie des troubles manifestes dans les fonctions du cœur. Des observations nouvelles, recueillies par des hommes habitués à l'exploration du cœur, sont nécessaires pour fixer définitivement ce point. Nous admettrons donc , jusqu'à nouvel ordre, que la dyspnée, si fréquente chez les goutteux, est un phénomène purement sympathique.

«Une toux chronique, dit Scudamore, est assez ordinaire, et, dans quelques cas, elle précède la maladie et continue avec elle. Cette toux doit être tout à fait distinguée de la toux catarrhale récente, et des symptômes qui quelquefois annoncent le paroxysme... Les membranes muqueuses des parties qui ont été une fols attaquées de la maladie , ou qui sont disposées à la contracter, sont très-sujettes à

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acquérir un état morbide par sympathie apparente» (ouvr. cit. , p. 17). La fièvre persiste pendant toute la durée de la longue attaque , ou plutôt la série de petites attaques dont se compose le paroxysme goutteux, mais elle n'est point continue, et paraît le soir seulement ; ou bien elle redouble , et affecte le type rémittent; souvent elle manqne entièremeut.

Les auteurs ont encore noté la sécheresse de la peau avant l'attaque : « La cessation subite de la transpiration habituelle des pieds a de même été observée par quelques goutteux immédiatement avant le paroxysme» (Scudamore, ouvr. cit., p. 20). Ordinairement la sueur se manifeste à la fin des paroxysmes ; la peau reste quelquefois sèche pendant tout le cours de la maladie. Les hémorrhoïdes sont fréquentes chez les goutteux , et si l'on doit en croire le témoignage des anciens, l'écoulement sanguin qui s'effectue par cette voie est salutaire. Les membres inférieurs sont parfois affectés d'œdème, soit dans la plus grande partie de leur étendue, soit uniquement au pourtour des jointures affectées. La cause de cette infiltration séreuse peut dépendre d'une néphrite (voy. Complications), ou de la simple gêne qu'éprouve la circulation locale dans les parties affectées. L'hydropisie reconnaît aussi pour cause la première altération, ou une maladie du cœur.

11 est quelques goutteux chez lesquels la muqueuse génito-urinaire présente une sécrétion de mucus tout à fait insolite. Scudamore parle d'une personne qui fut prise d'ardeur d'uriner, de dysurie, et d'écoulement purulent peu de temps ayant une attaque de goutte , qui mit fin à tous ces symptômes. Everard Home pense que la membrane de lurèthre est tellement influencée par la goutte qu'elle en est affectée à l'arrivée de chaque attaque, et que la susceptibilité naturelle de Lurèthre à être modifiée paraît plus grande quand le canal est dans un état maladif. L'urine est souvent chargée de mucus , et offre toutes les altérations dont nous avons parlé plus haut.

Barthez désigne sous le nom de cachexie goutteuse générale les phénomènes morbides qui résultent de la disposition prochaine de toute la constitution à l'état goutteux. Les signes de cette cachexie sont : 1° les maladies goutteuses auxquelles les parents du malade sont sujets, et la multiplication endémique de ces maladies dans le pays qu'il habite; 2° les formes goutteuses du corps , l'état habituel de fatigue et de surcharge des organes digestifs ; 3° des douleurs plus ou moins fortes, qui occupent les parties internes ou éloignées des articulations (ouvr. cit. ; t il, p. 152). On voit que la cachexie goutteuse de Barthez est la prédisposition ou un état morbide mal dessiné, dans lequel se montrent plusieurs phénomènes de la goulle : c'est, en quelque sorle, un état goutteux imparfait et ma! déterminé. Si l'on

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veut s'en tenir au véritable sens du mot cachexie, on doit désigner ainsi l'état morbide général qui résulte des attaques prolongées de goutte. Cet état morbide est très-complexe, et se traduit par des désordres dont le siège est très-variable; ordinairement il détermine les accidents propres à la goutle interne; l'estomac, l'intestin, ou d'autres viscères se prennent. Les complications, dont nous devons nous occuper plus loin , sont dans ce cas très-communes.

Goulle interne répercutée , rétrocédée, — Musgravea décrit sous le nom de goutte anormale ou irrégultèrc (arthritis anomal a siée interna) la goutle qui s'ea fixée sur les viscères intérieurs. Avant de rechercher si les maladies qui en résultent dépendent réellement d'une telle cause, présentons une description succincte de celte goulle anormale , et tâchons de rendre, avec clarté, les opinions souvent obscures et singulières que les auleurs ont émises sur ce sujet. Nous serons d'abord historien , avant de prendre le rôle de critique.

La goutte interne peut se déclarer dans tous les viscères intérieurs sans exception ; mais l'estomac , les intestins , les poumons, le cœur, sont plus souvent affectés que d'autres : quelques exemples suffiront pour faire comprendre ce que l'on doit entendre par goutte interne. Celle - ci se montre chez des sujets qui ont eu déjà précédemment, ou qui ont actuellement la goultc articulaire. La goulle interne est dile remontée par elle-même ou rétrocédée , lorsque l'humeur goulteuse est appelée hors des jointures par une prédisposition, ou, pour nous servir de l'expression passablement obscure de Barlhez,par ïinfirmité relative d'un viscère; elle est dile répercutée, quand elle est déterminée par l'application de dive-s agents externes qui repoussent la goutle loin des articulations.

Les symptômes de la goutte de l'estomac sont : le défaut d'appétit , le dégoût des aliments, les nausées, la dislen>ion llalul: nie de l'estomac , la tension de l'épigastre , l'oppression dans I,» région préeordiale, la respiration difficile, les bâillements, les passions tristes, la céphalalgie , le vertige , la défaillance, la Loi symptômes de la goutle de l'intestin soûl Ici mêmes , seulement leur siège est différent. Mu graie parle de coliques occupant surtout Je nombril, ci accompagnées d'un lentimenl d'oppression. Stabl et Barlhi ut pour symptômes à la

goulle aigué, avec dominante d'irritation, le\omissemi ni . ! i diarrhée . la dysenterie , la choléramoi bus. Lorsqu'on étudie a?ec soin la symptomalologis de la goultc interne de l'estomac cl de l'intestin, oo y trouve, à moins de complication, le lignes de la gai tro -entéralgie. Li de la

goutte de l'estomac sorti l< l*abui de d

remèdes, dei imeri , des purgalifi . d i ■ « it|i ther-

males , l'affaiblissement des organes de la digestion.

Nous venons de voir que la goutle, en remontant d'elle-même ou répercutée , pouvait produire une maladie de l'estomac qui n'était autre qu'une goutte interne. Ce n'est pas tout encore : la goutle de l'estomac peut à son tour causer d'aulres maladies, des affections inflammatoires générales, hémorrhagiques et douloureuses. La goutte de l'estomac peut être aiguë et chronique ; celle-ci s'annonce par les symptômes suivants : vomissement de matières alimentaires, indigestion , sécrétion de gaz dans la cavité gastrique , alternative de constipation et de diarrhée, quelquefois coliques violentes, semblables à celles des peintres. La colique arthritique de Strack présente ce caractère.

Le catarrhe goutteux et la péri pneumonie goutteuse n'ont pas d'autres signes que ceux de la bronchite et de la pneumonie ordinaire; ils n'ont donc de spécial que de se déclarer chez des goutteux. Sydenham veut que l'on combatte la pneumonie goutteuse par des saignées répétées. Musgrave conseille ce moyen, mais conseille de n'en user que trèsmodérément.

L'apoplexie goutteuse peut être produite par le transport de la goutte des articulations ou d'un viscère sur le cerveau, ou même directement par l'humeur goutteuse non déplacée, mais seulement appelée vers cet organe par la disposition toule spéciale dont il est affecté. Ses symptômes ne diffèrent aucunement de ceux qui caractérisent l'apoplexie simple ; le traitement est le même dans les deux cas : seulement les auteurs veulent que l'on administre les anti-goutteux et que l'on rappelle le principe morbide par une révulsion convenablement exercée.

Parlerons-nous maintenant de la phlhisie pulmonaire, des hémorrhagies utérines, des paralysies, des convulsions goutteuses, et de toutes les maladies que l'on n'a pas hésité à faire provenir de la goutle i} Ce que nous avons dit des précédentes affections nous suffira pour discuter la nature de ces maladies. Nous dirons toutefois qu'il ne faut pas se hâter de décider eette question dans un sens contraire aux opinions anciennes. Il existe un certain nombre de faits qui commandent tout an moins le doute. La gastralgie le catarrhe, si fréquents chez, les sujets atteints de goutte , les (roulements muqueux désignes sous la dénomination àtjluw , et qui ont leur siège dans les organes génito urinaires, ont quelque chose de spécial ehe/ |es goulleux; leur marche, leur durée, leur traitement, ne sont pas les mêmes que eues les autres sujets. La maladie du rein que l'on a appelée néphrite goutteuse ne ressemble pas aux autre! néphrites (voy. Complications). Ainsi doue on DO peut nier: 1° que certaines affections ne soient

plus fi < qucntei ehe/. les goutteux que eues d'autres ;

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2° qu'elles n'aient quelque chose de particulier qui lient à la diathèse , et qui résulte d'un état général des humeurs. Quant à prétendre que c'est le principe goutteux qui détermine ces particularités , c'est là une hypothèse que rien ne prouve, mais qui a été créée , il faut le reconnaître , en vue d'expliquer un certain nombre de faits incontestables.

Nous avons lu avec la plus grande attention les innombrables observations rapportés par Musgrave, qui fait autorité sur ce point, et nous devons dire qu'il est résulté de cette lecture un doute que nous ne chercherons pas à dissimuler. Mais il faut user d'une grande circonspection lorsqu'il s'agit de porter un jugement définitif sur un sujet aussi difficile. Il faut d'abord établir, avec Grant et avec ceux-là même qui ont admis des gouttes internes, que toutes les maladies qu'un goutteux contracte ne sont pas pour cela de nature goutteuse ; il faut en outre se rappeler qu'un homme qui a été tourmenté, à plusieurs reprises, par cette affection, peut très-bien être atteint d'une maladie qui se complique de goutte.

Lorsqu'on ouvre les ouvrages où se trouvent rapportées des observations de goutte interne , on voit une maladie, l'angine, par exemple, se déclarer chez un sujet qui est actuellement atteint de goutte articulaire ou de rhumatisme. Musgrave, en pareil cas, n'hésite pas à déclarer que c'est là une angine goutteuse : 1° parce que les affections goutteuses ou rhumatismales dont le sujet en question a été frappé dans sa jeunesse ne se sont pas montrées depuis longtemps. 2° parce qu'il a eu quelques douleurs vagues avant le début de l'angine ; 3° parce qu'enfin celle-ci disparaît souvent après un traitement qui a pour effet de faire paraître la goutte à un des pieds (de Arthridc anomalajmt m, p. 112; in- 4°, Genève, 1715). Nous devons ajouter que , dans le cas cité par Musgrave , le mal de gorge n'en continua pas moins, qu'il se forma de la suppuration , et que du pus fut rejeté. Combien d'observations analogues , et aussi peu probantes, pourrions-nous puiser dans le livre de Musgrave et dans bien d'autres? On trouvera, dans le fait que nous venons de rapporter, un exemple d'angine compliquée de goutte, mais non pas une angine dont l'origine goutteuse est incontestable. On éprouve plus d'embarras à se prononcer lorsque l'on voit, chez un goutteux, les accidents locaux perdre tout à coup de leur intensité ou disparaître entièrement , et une maladie interne sedéclarer peu de temps après. Les uns soutiennent que c'est alors l'humeur goutteuseou la cause inconnue du mal qui s'est transportée par métastase de son siège primitif dans l'autre organe ; d'autres prétendent avec plus de raison, et en s'appuyant sur les lois moins obscures de la pathogénie, que le travail moi bide local qui s'est établi sourdemeut dans un viscère, et qui apparaît plus lard avec ses signes ordinaires,

est la véritable cause qui détermine, par une sorte de révulsion , la cessation des phénomènes goutteux primitifs. Voilà à quels termes exacts et précis on peut ramener toutes les divagations que se sont souvent permises les auteurs qui ont discuté ce point de pathologie.

Un médecin à qui l'on doit de précieuses observations, Scudamore, cite avec détails des faits qui semblent militer en faveur de la rétrocession de la goutte sur les organes internes. En voici quelques-uns : un sujet d'une constitution nerveuse, s'étant exposé au froid , fut pris d'un érysipèle , qui céda promptement dès que la goutte se fut manifestée à un pied. Un autre , s'étant refroidi, fut saisi de douleurs vives dans la poitrine et de dyspnée : tout disparut quand la goutte se fut déclarée au pied. Un malade qui souffrait habituellement d'un mal de tête fort violent en fut débarrassé presque instantanément par une attaque dégoutte (ouv. cit., De la Goutle rétrocédée , p. 426 et suiv.). 11 y aurait beaucoup à dire sur ces observations, et il n'en est pas une à laquelle nous ne pourrions faire plusieurs objections, quoique nous inclinions vers les doctrines humorales. Gullen a embrassé et soutenu de son autorité la théorie de la métastase goutteuse ( Élém. de méd. prat., t. i, p. 4C7,in-8°; Paris, 1819).

La doctrine du transport d'une humeur goutteuse, pour expliquer les maladies des viscères, n'a rien qui soit contraire aux données que nous fournit la physiologie*; seulement, il faut avouer qu'elle s'appuie sur un fait qu'il s'agirait d'abord de démontrer, à savoir, l'exisfence d'une humeur goutteuse. Il faudrait ensuite prouver le rapport intime qui existe entre la disparition de la goutte, et la production de la goutte interne : c'est ce que n'ont pas fait les médecins des derniers siècles ; ils ont cependant appuyé leur opinion sur des analogies qui ne manquent pas de valeur. On ne peut se refuser à admettre que, dans certains cas , une maladie viscérale se montre tout à coup, après que la goutte articulaire a disparu et que les premiers accidents cessent avec la même rapidité , lorsqu'on est parvenu à faire revenir la goutte dans son siège primitif? Ces faits sont réels; mais, encore une fois, ils peuvent être interprétés d'une manière différente. Ce que l'on peut alléguer en faveur de la nature goutteuse des affections internes qui passent pour avoir cette origine, c'est que la goutte n'est point une maladie locale; sans qu'on puisse dire quelle est l'altération humorale qui la constitue, on peut affirmer du moins qu'elle est générale. Elle donne lieu à àei déterminations morbides vers les jointures (concrétions, sécrétion d'urate de soude et de chaux), et vers les reins, dont la sécrétion est notablement modifiée. On peut se demander si les déterminations morbides qu'elle doit provoquer venant à se dé-

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vier de leur siège habituel , elles ne pourraient pas aussi causer des accidents morbides vers d'autres viscères. Ces idées, purement humorales, méritent l'attention des pathologistes qui ne s'enferment pas dans le cercle étroit d'une doctrine; nous y reviendrons en parlant de la nature de la goutte : nous avons voulu seulement faire entrevoir que la supposition d'une goutte interne et d'une altération humorale capable de la produire n'a rien de choquant; qu'il n'y a pas plus de raison pour l'admettre que pour la rejeter; et qu'il ne faut pas non plus effacer d'un trait de plume les travaux d'une foule d'hommes recommandables qui ont soutenu ces doctrines. D'ailleurs il était tout au moins nécessaire de les mentionner; ce que n'ont pas jugé à propos de faire plusieurs auteurs qui ont écrit récemment sur la goutte.

La cause inconnue qui détermine les accidents morbides propres à la goutte pourrait fort bien causer une inflammation toute spéciale , semblable , par exemple, à celle de l'intestin dans la fièvre typhoïde de la peau , dans la rougeole, la scarlatine, la variole. Ces inflammations n'ont pas, comme on le sait, le caractère des inflammations franches, qui augmentent les quantités de fibrine. 11 s'agirait de savoir s'il en est de même des inflammations goutteuses. L'anatomie pathologique ne peut fournir aucune lumière sur ce point, car les lésions produites par la goutte n'ont rien de spécial. «On voit, dit Scudamore, dans le Muséum de Huntcr, le modèle d'une portion d'estomac et d'œsophage provenant d'un sujet qui mourut subitement de goutte siégeant dans ces organes : les tuniques étaient fortement enflammées, et il y avait extravasation de sang» (ouvr. cit. de Scudamore, p. 436).

Guilbert, qui a rattaché à la goutte toutes les maladies du cadre nosographique, et même les maladies organiques, comme celles de l'utérus, par exemple (art. cit., Diet, des se. méd., p. 120), a beaucoup exagéré la part que prend la goutte dans la production des maladies. Du reste, pour acquérir quelques notions précises sur ce point, il l.iii lr. lit faire de nouvelles observations, et rechercher s'il n'existerait pas , pour la goutte, quelque chose de semblable à la loi de coïncidence , que M. Bouillaud a si bien établie entre le rhumatisme, d'une part, et les affections de IVndnearde, du péricarde el de la plèvre, de l'autre. Ce M i lit le seul moyen de lei vh utilement la science.

I i cittlc interne :\ ;iussi été appelée gOUttt ItTé»

guliére; elle comprend trois états morbides différents, suivant Cullen, donl beaucoup d'auteurs ont embrassé la manière de voir. 1° Lorsque la diathèse goutteuse domine dans toute l'économie, sans produire de symptômes moi bides vers lei jointures, il se déclin souvent de> affections de i intestin , du cœur, de la tète : on a ail '■.■li.juc. S' Si la

maladie des jointures est légère, ou si les symptômes locaux cessent tout à coup , et dans le temps que quelque partie interne s'affecte, on a la goutte rentrée ; ce sont les mêmes organes que ceux dont nous venons de parler qui se prennent; l'estomac est plus souvent attaqué que tout autre. 3° Le troisième état de goutte irrégulière est celui que l'on nomme goutte mal placée. Dans ce cas, la diathèse goutteuse, au lieu de produire l'affection inflammatoire des jointures, occasionne dans quelques parties une affection semblable, laquelle se manifeste par les mêmes symptômes qui accompagnent l'inflammation de ces parties lorsqu'elle est due à d'autres causes (Cullen, Élêm. de méd.prat., loc. cit., 466).

Les causes qui amènent la rétrocession de la goutte sont toutes celles qui tendent à faire disparaître les accidents de la goutte articulaire, le froid et les vicissitudes atmosphériques, les remèdes répercussifs , et les médicaments toniques et fortement excitants qui, par la stimulation qu'ils apportent dans l'intestin et dans d'autres viscères intérieurs, les disposent à des maladies dont le développement ne peut se faire sans influencer les accidents locaux de la goutte.

Goutte compliquée. — On peut considérer comme des dépendances presque immédiates de la goutte certaines complications qui se rencontrent très -fréquemment : telles sont la gravelle et les troubles des fonctions digestives. On voit un grand nombre de goutteux rendre, de temps «à autre, des urines chargées d'un sédiment rose ou briqueté, et de petits graviers qui se montrent sous forme de grains cristallins, brillants , rougeàtres , ou d'une couleur jaune. L'examen microscopique et l'analyse chimique y font découvrir de l'acide urique en grande quantité, et d'autres sels, en particulier des urates et des phosphates: cet état caractérise la gravelle. Il n'est pas toujours facile de distinguer les urines ainsi altérées de Yurine. de la goutte, qui est presque constamment rougcàlrc , foncée , el laisse aussi déposer de l'acide urique.

Gravelle et maladies dit rein. — Plusieurs goutteux ont souffert cruellement de la gravelle dans leur en lance, et ils affirment qu'ils n'en ont été que légèrement affectés dès la première attaque de goutte. Chez d'autres , on observe la gravelle dans l'intervalle des paroxysmes. On voit donc que la gravelle et la goutte ont une très - grande liaison entre elles. Ajoute/ à cela que la première se convertit en quelque sorte dans la seconde, que l'acide urique forme presque exclusivement les concrétions (ophacées, la gravelle rouge si commune chez les gOUtteUX, et la plus grande partie des sédiments qui

se Forment dans l'urine de ces derniers.. Dans la gravelle, comme dans la goutte , il y a sécrétion excessive d'a< i le Urique, qui prend issue par deux grandes

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voies, par les tissus situés aux enviions des jointures, ou par les reins, ces organes dépura teurs par excellence.

Une altération qui a été décrite par M. Rayer sous le nom de néphrite goutteuse est une complication très -fréquente de la goutte. M. Rayer, à qui nous empruntons tout ce qui est relatif à cette complication , l'a étudiée et décrite avec un soin extrême. Arétée avait déjà observé que la goutte donne naissance à des affections des reins et de la vessie. Sydenham dit que les goutteux sont sujets aux douleurs néphrétiques. Musgrave a observé trois malades atteints d'affection rénale goutteuse. Frédéric Hoffmann parle d'un malade qui rendit du sable et des calculs avec l'urine ; la goutte et les symptômes néphrétiques se succédèrent régulièrement. Wepfer ( Obs. medico-practicœ , obs. nv, p. 147; Schaf., in-4°, 1727 ), Specht ( Eph. nat. curios., ans ix et x , p. 274, obs. cxm ) , de Haen ( Ratio mcdendi, t. ii , p. 334 , in-1 2 ; Paris , 1782), Bonet , Morgagni (de Sedibus et causis , episl. vu, § 10; et epist. xl , g 2 ), ont rapporté des observations trèsprécises de néphrite goutteuse. Van Swieten , Stoll , Schrœder, Van Priesteren , Heim , Ghopart , ont étudié les rapports qui existent entre la goutte et les altérations des fonctions rénales. Barlhez pense que la goutte peut affecter les reins, et qu'elle finit par y produire des concrétions (ouvr. cit., t. h , p. 312 ). M. Prout admet un rapport intime entre la goutte et les douleurs néphrétiques ( An inquiry in to the nature and treatment of diabètes , etc. , p. 137, in-8°; Lond., 1825). M. Howship rapporte plusieurs faits d'affections néphrétiques chez les goutteux ; il remarque que les reins et les conduits de l'urine sont souvent occupés par des concrétions ( Transactions ofthe association offellows and licentiates , etc/inlreland, vol.iv, p. 169,in-8°; Dublin, 1824).

Quand on examine ies reins des sujets qui ont été atteints de néphrite goutteuse , on trouve à la surface de l'organe , ou dans le tissu cortical , de petits grains de sable fin , qui , traités par les réactifs ou examinés au microscope , offrent tous les caractères de l'acide urique. Dans quelques cas , cet acide n'est plus disséminé dans la substance corticale sous forme de sable fin , il est réuni en dépôt plus ou moins considérable. Les conduits urinaires qui constituent les mamelons renferment aussi des grains d'acide urique ; ceux-ci sont plus volumineux dans les calices et dans les bassinets, où ils constituent de véritables calculs , quelquefois formés entièrement d'acide urique , parfois aussi d'autres sels qui se sont unis à ce dernier acide. La substance des reins est altérée , et offre , au dire de M. Rayer, tous les caractères anatomiques de la néphrite chronique. Nous avons eu oc-

casion d'observer sur un rein de goutteux des concrétions d'acide urique : la substance corticale était seulement anémiée , un peu plus ferme que dans l'état normal ; il n'y avait pas d'autre altération. Guilbert dit que la goutte peut être bornée à la capsule fibreuse du rein , et il cite à l'appui les faits rapportés par les anatomistes qui ont retrouvé ces concrétions dans la membrane enveloppante du rein (Boullet , Dissertation sur la néphrite 3 an xn ; Paris, in-4°; Plater, Calculus in extima tunica renum , lib. ii , cap. 12 , in art. cit. de Guilbert, p. 100 ).

L'un de nous a rencontré une altération qui n'a pas encore été décrite, et qui ressemble, au premier abord, à celle du rein dans la goutte, bien qu'elle s'en distingue par des traits essentiels. Une femme ayant succombé, à l'hôpital de la Charité, après avoir offert pendant sa vie tous les signes du cancer de l'estomac, on trouva à l'autopsie que le cancer s'étendait au duodénum et au pancréas, qui était converti presque entièrement en une masse dure et lardacée, de nature squirrheuse. Le foie avait triplé de volume ; la substance jaune prédominait; nous n'y aperçûmes aucune masse cancéreuse. Les reins furent d'abord considérés comme sains , tant l'altération dont ils étaient affectés était légère et peu appréciable ; ce ne fut qu'après un examen attentif, et qu'après avoir soigneusement dépouillé l'organe de sa capsule, que nous observâmes à sa surface une foule de petits grains tellement semblables à du grès très-fin qui y aurait été déposé, que nous pensâmes un instant que le rein avait été placé sur une table où se trouvait cette substance. Les grains blanchâtres étaient fort disséminés sur la substance corticale, et n'étaient pas en nombre considérable: ; ils semblaient n'occuper que par juxta-posilion la surface externe; mais comme il fut impossible de les enlever par le lavage ou en essuyant le rein , comme il fallut un léger effort pour les enlever avec la pointe du scalpel, il fut aisé de se convaincre qu'ils s'étaient déposés par voie de sécrétion dans le tissu rénal. Assez nombreux à sa face externe , ils devenaient plus rares à mesure qu'on examinait la substance corticale plus près de la base des mamelons ; ceux ci en étaient entièrement exempts, ainsi que la capsule rénale , qui avait toute sa transparence , et n'adhérait que faiblement au rein. Les grains se montraient sous forme de masses infiniment petites et s'écrasaient facilement. Vus au microscope avec un grossissement de trois cents fois , ils parurent n'être que des masses amorphes, sans cristallisation aucune, semblables , en quelques points , à des plaques albumineuses. On peut donc affirmer que. ces grains n'étaient pas formés par l'acide urique; on pourrait tout au plus admettre que les masses amorphes aperçues avec le microscope étaient de l'urate d'ammoniaque. Les deux substances des reins et le volume de ceux-ci

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n'offraient rien de particulier : l'altération que nous venons de décrire était égale à droite et à gauche.

La femme qui fait le sujet de cette observation était âgée de cinquante-huit ans, n'avait jamais eu de rhumatisme ni de goutte. Habituellement d'une bonne santé, elle ne gardait le lit que depuis cinq mois lorsqu'elle entra à l'hôpital. A celte époque , les pieds et le bas des deux jambes, ainsi que le bras droit, étaient atteints d'œdème . ce qui engagea à examiner les urines, qui, essayées à différentes reprises, ne présentèrent jamais de trace d'albumine. Nous avons rapporté ce fait , dont nous possédons les plus minutieux détails, afin de montrer que la présence de petits praviers ne suffit pas pour caractériser la lésion du rein que l'on a nommée néphrite goutteuse, et qu'il faut recourir à l'examen microscopique et à l'analyse chimique avant de se prononcer snr la nature de la lésion.

On est en droit de soupçonner l'existence d'une maladie des reins chez un goutteux lorsqu'il accuse une douleur plus ou moins vive dans la région lombaire , de renn-ourdis>cir.cnt dans les bourses ou dans un des membres, et des douleurs rénales qui sont quelquefois nulles ou passagères, à moins qu'il n'y ait un calcul engagé dans les voies que traverse l'urine. Dans ce dernier cas , il se manifeste des douleurs violentes , qui constituent les coliques néphrétiques observées par tous les auteurs qui ont écrit sur la goutte. L'examen de l'urine fournit surtout les moyens d'arriver au diagnostic. Elle est très-acide , laisse déposer un sédiment formé en totalité, ou en presque totalité, par l'acide urique; celui-ci se montre au moment même de l'émission de l'urine , ou seulement quelques heures aptfes. La quantité d'acide urique rendue par l<s malades n'est pas la même à tous les instants; elle est, en général, plus faible après l'usage des hoisj-ons aqueuses ou alcalines et après les bains lièdes prolongés (M. Rayer, loc. cit., p. 51 ). Lorsque l'attaque est trcs-forle et la diâlhèse goutteuse pro- É . Il I ùf!nes elian icnt beaucoup d'acide inique.

SouveoJ on trouve , mêlés au sable n ndu par les ma- . des gfobulei de sang , de pais et de mueus ; cela lient à ce que di tssez volumineux sont en-

gagés dans les calices ou !<■ bassinet , ei à ce qu'il en Ite une irritation pour < es pai lî< -, ausi i eiistét-il. i ir$ lombaires plus ou moius

a c< |.i odant . dit M. Rayer , une légère lurie peut exister cheï les goutlen* sans qu'ils ivenl de di uleui 1 1 m.- qu'ils n ndent

ravlci i d'un < ei tain volume Ion que l'ul ine confient di l*ai idi uriqui « ristâUisc. »

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de r.illuiiniiM" : celte altération peui être produite par une néphrite albumtneuse . ainsi que le prouvent le. faits fâpp rtés pai MM.Brighl el Inderson, ou par

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| One maladie du cœur concomitante. Seudamore a vu l'albumine disparaître complètement de l'urine après l'attaque de goutte ( ouvr. cit. , p. 293 ) : ce cas n'appartient pas à la néphrite albumiueuse.

Disons, en terminant , que la maladie décrite par M. Rayer sous le nom de néphrite goutteuse, et dont nous avons retracé précédemment les caractères anatomiques, ne mérite pas le nom qu'il lui a donné. Comment voir une inflammation dans une lésion caractérisée surtout par le dépôt d'une matière cristalline ? On serait tout aussi fondé à prétendre que la formation des lophus articulaires des jointures est l'effet d'une ehondrile, d'une arthrite, ou d'un phlegmon. Nous reviendrons , dans un autre article, sur l'emploi abusif que l'on a fait du mot néphrite ( voy. ce mot ).

Maladies de l'estomac. — Tous les auteurs parlent de troubles variés dont l'estomac et l'intestin deviennent fréquemment le siège chez les goutteux. Sydenham dit que oie plus ordinaire est une langueur et une faiblessse de l'estomac, avec des tranchées causées comme par des vents. Nous avons déjà signalé la gastralgie et ses principaux symptômes : cette maladie constitue une complication assez commune chez les goutteux depuis longtemps tourmentés par ce mal. Les symptômes qui l'annoncent sont les suivants : pyrosis , éructation de gaz , oppression après le repas , sensibilité et distension épigastriques, langue couverte d'un enduit blanc ou jaunâtre , pà!e, quelquefois nette; nausées, constipation, quelquefois influence sympathique de l'estomac sur le cerveau , céphalalgie, affaissement général, accès de mélancolie ou tristesse habituelle , crainte de mourir. On a fait provenir cet état pathologique de l'atonie de l'estomac, et on a donné à l'ensemble de ces symptômes le nom de goutte atoniqne. D'autres y ont vu, bien a tort , des signes de gastrite ; aussi se sont-ils crus en droit d'appeler la goutte une gastro-arthrite. Du reste , il suffit de jeter les yeux sur les descriptions fournies par lès auteurs pour se convaincre que les troubles de Pêstomac, dont Ils ont présenté un tableau c mfus, sont de nature très-différente , et qu'on ne peut que très-rarement les rapporter h une irritation inflammatoire de ce viscère. L'atonie el la ncg.istfiqucs paraissent être les éléments morbides

qui prédominent , surtout Chez les vieux goutteux.

i. troubles de la portion Inférieure de l'Intestin goultcde l'intestin) donnent lieu à des symptômes ! divers, tantôt ils semblent provenir d'un état bilieux : OU observe aloTS une teinte jaunâtre de la peau,

des douleurs vers les hypochondres el à la base de la poitrine, des coliques sourdes, des selles bilieuses,

OU une constipation opiniâtre, el des matières solides

et décolorées; on a ttossl rapporté les phénomènes hypochondriaque* qui se manifestent chez plusieurs

sujets au dérangement des organes digestifs. Les flatuosités de l'intestin, les borborygmes, le gonflement du ventre, les douleurs sourdes , l'oppression déterminée par la tympanile, la constipation et la difficulté de la digestion, les phénomènes de dyspepsie, forment un état morbide fréquent chez les goutteux. Il est évidemment l'effet de la névrose gastro-intestinale; ajoutons que les accidents qu'éprouvent les goutteux sont très-variables, mobiles par leur siège, affectant tantôt l'estomac et l'intestin, tantôt paraissant liés à une maladie du cœur ou des voies respiratoires ; ces manifestations si diverses se succèdent, se remplacent chez le même sujet , et dans un temps assez court. C'est là, sans doute, ce qui explique le désordre et la confusion déplorables que l'on retrouve dans les ouvrages où il est fait mention de ces maladies concomitantes. On pourra s'en faire une idée, en parcourant les pages où Scudamore s'est efforcé de les décrire (ouvr. cit. , p. 79 et suit.)*

Un symptôme qui n'est point rare chez les goutteux est la diarrhée, accompagnée de tranchées vives, d'affaiblissement rapide, de selles muqueuses, fétides ou non, mêlées à une grande quantité d'air, à du sang, etc. Il ne faudrait pas affirmer, sur le simple énoncé de ces symptômes, qu'il y a phlegmasie de l'intestin ; car le traitement le plus efficace, dans ce cas, consiste dans l'administration des narcotiques, de la rhubarbe, et des substances excitantes et toniques; il en est de même dans les cas de complications gastriques. Cependant il ne faudrait pas généraliser cette proposition autant que l'ont fait plusieurs auteurs des derniers siècles, et toujours prodiguer les cordiaux, les spiritueux , les stomachiques, etc.

Sydenham a vu parfois la péripneumonie compliquer la goutte pendant l'hiver, et il dit qu'il ne faut pas avoir égard à la goutte , qui cependant passait à ses yeux pour s'être jetée sur les poumons ; il veut qu'on traite le mal comme une péripneumonie ordinaire (loc. cit. , § 871).

Goutte vague scorbutique. — Moellenbrock , Barthez , et d'autres , ont vu la goutte se compliquer de scorbut. «Dans cette goutte, dit Barthez , il paraît généralement aux jambes, et dans d'autres parties du corps, des taches rouges ou noires. Elle est souvent accompagnée de tumeurs sur les articulations, qui se dissipent peu à peu. Gosle a observé que les urines deviennent sanglantes, et que, dans une période plus avancée du mal , les os se ramollissent et se carient dans les jointures : la mollesse des gencives, les hémorrhagies, les taches, et les autres symptômes du scorbut, achèvent de caractériser la complication. » Barthez a décrit une goutte consécutive du scorbut, qui se reconnaît aux mêmes symptômes. Disons que , dans un degré avancé de la goutte, lorsque toute la constitution est profondément altérée,

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le sang subit, sans aucun doute , une altération ; et alors les signes de l'état morbide que les anciens appelaient scorbutique viennent s'ajouter à ceux de la goutte.

L'hydropisie et l'anasarque dépendent presque constamment d'une complication: tantôt c'est le foie qui est lésé , tantôt le rein ou le cœur. On a attribué à la goutte les collections séreuses trouvées dans les cavités splanchniques ; mais cette opinion ne saurait être admise aujourd'hui. Quant à l'œdème des membres inférieurs ou des parties affectées de goutte il peut tenir aux causes précédentes, ou à la simple gêne de la circulation dans les membres, qui sont rendus immobiles par les douleurs ou comprimés par des liens. Dans ce cas , l'œdème est tout à fait circonscrit au pourtour des parties enflammées. Du reste, il faut toujours essayer l'urine pour reconnaître la véritable cause de l'infiltration séreuse.

On a voulu établir un rapport intime entre le rhumatisme, la goutte, et les névralgies. Les faits qui montrent le développement successif ou alternatif de deux de ces affections ne manquent pas. «La sciatique goutteuse, dit Barthez, attaque surtout les vieux goutteux. Elle est souvent précédée ou suivie de tumeur arthritique aux pieds , se fixe à l'os sacrum ou à l'arliculation du fémur ; elle est périodique et non constante , comme la sciatique rhumatique invétérée. Dans celte maladie , la douleur est parfois si violente, que le malade ne peut marcher qu'incliné vers le côté affecté. Elle s'étend de la hanche vers le pied , et s'accompagne d'engourdissement dans toutes les parties qu'elle occupe. Lorsque la sciatique a une longue durée , le membre s'affaiblit, et les malades finissent par boiter.»

Diagnostic. — Il est difficile de confondre la goutte avec le rhumatisme , si l'on prend en considération la marche et toutes les autres particularités de la maladie; établissons cependant les différences qui séparent la goutte aiguë du rhumatisme aigu. Si ce sont les premières attaques de goutte régulière , elles affectent le gros orteil, et très-rarement d'autres points. Le rhumatisme, au contraire, a une grande tendance à se porter, même à la première attaque, sur plusieurs jointures. Les symptômes locaux sont, d'ailleurs, trop différents pour laisser du doute.

Dans la goutte, prédilection du mal pour les petites jointures , et pour celles du gros orteil en particulier; tuméfaction considérable et circonscrite de l'article, souvent avec suffusion séreuse qui laisse une dépression sous le doigt , quand la peau n'est pas trop tendue; rougeur très-vive des téguments, qui sont luisants et fortement gonflés; turgescence des veines voisines de la jointure; douleur très-violente accompagnée d'un sentiment de chaleur et de puisalion , quelquefois de contraction , de pesanteur et

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d'engourdissement; desquamation de l'épi(!erme; rémissions des douleurs et de la fièvre pendant le jour ; quantité considérable d'acide urique dans les urines ; coïncidence fréquente de la gravelle et des maladies de l'estomac; insuffisance du traitement antiphlogislique et des émissions sanguines; retour fréquent des attaques. Ajoutons qu'elle est rare chez les jeunes gens , que l'hérédité a une grande influence sur sa production , et que des causes toutes spéciales semblent en occasionner le développement. Toutes les particularités que nous venons d'énumérer manquent dans le rhumatisme.

Celui-ci n'affecte pas de siège particulier dans ses premières attaques ; il ne se montre pas dans les trèspetites jointures , ou du moins plus rarement que la goutte. Ses symptômes locaux sont moins prononcés, la rougeur, le gonflement, la chaleur moindres; la douleur n'est point puisante, et n'a pas la violence extrême qu'elle acquiert dans la goutte; il n'y a pas de turgescence dans les veines, ni de desquamation à la peau , ni cette rémission des symptômes locaux et de la pyrexie qu'on observe dans la goutte. Les urines sont très-acides, foncées, et. laissent déposer un sédiment abondant d'acide urique, mais à un degré beaucoup moindre. Le rhumatisme a ses coïncidences déterminées , la goutte a les siennes : ce sont l'endocardite, la péricardite, la pleurésie, pour le premier ; pour la seconde , la gravelle , les troubles nerveux et l'atonie de l'estomac et de l'intestin , et la multiplicité des métastases. Le rhumatisme n'a pas la mobilité extrême de la goutte; il se montre de bonne heure, il est moins sujet à récidive, et moins influencé par l'hérédité : les circumfusa ont plus de part à sa production qu'à celle de la goutte. Les émissions sanguines sont plus efficaces que dans cette dernière. Les différences ne sont pas moindres, quand on envisage la condition des sujets qui sont affectés de l'une et l'aulne maladie. Le rhumatisme sévit sur les hommes habituellement exposés , par leur profession, à toutes les vicissitudes atmosphériques, et dont L'existence est traversée par de grandes infortunes. La goutte, au contraire . choisi! ses victimes parmi les gens dé la classe riche , el dont la nourriture est succulente el li vie irè>-re« herchi e. Geui qui visitent lei hôpitaux peuvent dire combien il est rare d'y rem onln i d< i goutteux.

La goutte chronique se reconnaît car l'ensemble des symptômes précédents, qui se montrent plusu m Foii avant que le mal ne passe à l'état chronique. H est rare que la goutte chronique s'établisse d'emblée , tandis que le rhumatisme chronique suit souvent celte marche. Les jointures soqt le siège de concrétions caractéristiques d'urate de .onde ou de chaux ; elles sont dérorm< ei d'une manière bizai n . ce qui n'arrive pas dans le rhumatisme chronique. Les

articulations atteintes de celte dernière maladie sont gonflées, distendues quelquefois par la sérosité, ankylosées, ou rendues immobiles par les adhérences établies entre les os; mais il n'y a pas cette déformation que présentent les membres des goutteux. Les phénomènes morbides restent bornés aux jointures malades, et constituent une affection purement locale. Dans la goutte chronique, au contraire, toute la constitution est altérée; les digestions sont troublées , des douleurs vagues , et des accidents variés et mobiles , tourmentent le patient , et éclatent tantôt dans un viscère , et tantôt dans un autre. «On peut établir comme une proposition générale, dit Scudamore, que les fonctions naturelles sont beaucoup plus dérangées dans la goutte chronique que dans le rhumatisme chronique): (ouvr. cit., p. 340). Les autres particularités dont il a été question précédemment au sujet du rhumatisme et de la goutte aigus serviront à compléter le diagnostic.

En présence des caractères différentiels qui séparent si profondément la goutte du rhumatisme, on ne conçoit pas comment des auteurs modernes ont considéré la goutte comme une arthrite, c'est-à-dire comme un rhumatisme. C'est , sans doute , parce qu'ils ont été guidés par les simples vues théoriques, et nullement par l'observation ou par l'autorité des médecins de tous les siècles.

Pronostic. — La goutte est une affection qui ne menace pas immédiatement l'existence des malades, mais qui les expose à une longue suite de souffrances, auxquelles ils ne peuvent opposer que des palliatifs : «Longus quidem cliam hic morbus est et molestus, aminime tamen lethalis,» a dit Hippocrate {de Affection., cap. S). La goutte est de ces maladies contre lesquelles la thérapeutique est, la plupart du temps, impuissante, el Ton peut répéter encore aujourd'hui ces deux vers de Lucien :

Cognoscat unusquisque, me solarn deûm Non deliniri pharmacis, non obsequi.

La durée d'une première attaque de goutte est de deux à trois septénaires : la diminution des douleurs, du mouvement fébrile, le rétablissement des fonctions, indiquent la terminaison prochaine de la maladie. Un a dit que cette solution était annoncée par la formation d'un dépôt briqueté dans les mines; mais cette assertion est inexacte. Lorsque les urines, après avoir été claires et transparentes, se chargent de nouveau, on doit craindre une rechute.

La goutte aigUfi est une maladie fâcheuse, parce

qu'elle expose les sujets à des récidiver ai se/, fréqueuti ; nuis elle n'entraîne aucun danger immédiat tant

que la eonslitulion est robuste, et qu'il ne survient

pas de complication. La goutte chronique est beaucoup

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plus grave en raison, 1° de sa durée plus longue; 2° des accidents locaux et généraux qu'elle traîne à sa suite. On voit, en effet, un grand nombre de vieux goutteux privés de l'usage de leurs membres par les lésions profondes dont les jointures sont devenues le siège. L'immobilité à laquelle ils sont condamnés ne tarde pas à amener des troubles dans toutes les fonctions , et particulièrement dans celles du tube digestif. Une cachexie dite goutteuse, ou, en d'autres termes, un trouble général delà nutrition et de l'hématose affaiblit les sujets, et menace sérieusement leur existence.

La goutte asthénique irrégulière est à redouter parce quelle détermine souvent des accidents graves vers les viscères intérieurs: elle se métastase, comme le disaient les anciens , et on a alors tous les symptômes de la goutte interne, soit remontée d'elle-même, soit répercutée. 11 faut alors, pour asseoir le pronostic, prendre en considération l'organe affecté : s'il remplit d'importantes fonctions, comme l'estomac et l'intestin , ou le poumon , et que les phénomènes morbides soient intenses , on doit craindre une terminaison funeste , à moins que l'on ne parvienne à les faire cesser en rappelant la goutte vers son siège primitif.

La goutte interne (nous nous sommes expliqués sur ce mot), soit primitive, soit consécutive à la goutte articulaire, est plus grave que cette dernière. La goutte qui ne suit dans son cours aucune marche régulière, et qui est mobile, doit inspirer des craintes, surtout quand le malade est âgé, ou affaibli par la goutte ou d'autres maladies antérieures. Les anciens fondaient surtout leur pronostic sur la marche de la maladie ; ils portaient un pronostic fâcheux quand elle n'arrivait pas à la coction , c'est-à-dire quand tous les symptômes locaux ne se succédaient pas dans l'ordre habituel. Cette opinion ancienne, fondée à tort ou à raison sur l'humorisme, n'en reste pas moins de la plus parfaite vérité ; nous croyons que l'on doit encore la prendre en sérieuse considération. La goutte est une maladie générale qui cause des accidents locaux, qui a ses déterminations morbides locales; si ces dernières font défaut, et que des accidents insolites se manifestent ou se montrent dans des viscères intérieurs , on peut être convaincu que c'est parce que le mal est influencé par quelque cause, et dès lors on doit porter un pronostic plus fâcheux.

On a dit que les attaques de goutte étaient plus sévères en automne , moins à craindre au printemps, dangereuses en hiver, peu intenses en été (Musgrave). La nature de la cause n'est pas non plus sans importance : «Hsereditariae et tophaceae curatu om- «nium difficillimae» (Boerhaave, in comm. 1269; loc. cit., p. 301). L'âge et l'état de la constitution méritent aussi d'être consultés, flippoçrate dit avec

raison que les podagres accablés de vieillesse don t les jointures sont entourées de matière calcaire , sont tout à fait incurables; que les~ sujets jeunes, dont les articulations ne sont pas aussi affectées, et qui jouissent de toute leur activité, et ont le ventre libre, peuvent espérer la guérison s'ils se confient à un médecin éclairé (Prœdict., lib. ir , cap. 7).

Éliologie de la goutte. — Le témoignage unanime des médecins tend à faire admettre que la goutte est souvent transmise par voie de génération. Cependant les auteurs ont rapporté des faits contraires à cette opinion, qui ne peut être acceptée sans un nouvel examen. Sydenham, Hoffmann, Boerhaave, Van Helmont, Barthez, prétendent que la maladie peut se transmettre par contagion. Van Swielen , qui soutient également ce mode de transmission , rapporte que deux individusfurent atteints de goutte pour avoir porté des souliers qui avaient appartenu à un goutteux. Ce fait , qu'il a emprunté à un médecin allemand, Werloschnigg, ne prouve absolument rien, non plus qu'une foule d'autres, à peu près semblables, consignés dans les ouvrages. Van Helmont dit qu'une femme fut atteinte de ce mal après avoir fait usage d'une chaise dont s'étaient servis pendant longtemps ses deux frères goutteux (de Magnetica vulnerum curatione.). Costea été jusqu'à dire qu'un chien que l'on fait coucher sur les pieds d'un podagre peut contracter la maladie, et en débarrasser le patient (Traité pratique sur la goutte , in préf.). Tant que l'on n'aura que de pareils faits à alléguer, la nature contagieuse de la goutte devra être révoquée en doute.

On a voulu trouver dans certaines dispositions corporelles la cause de la goutte. On a regardé comme plus exposés que d'autres les hommes d'un tempérament sanguin et bilieux , les sujets hémorrhoïdaires , pléthoriques , en proie à des congestions habituelles; mais ou a eu soin d'ajouter que les individus lymphatiques et nerveux n'en étaient pas exempts , ce qui diminue la valeur de l'exclusion prononcée en faveur de quelques tempéraments. Il y a une certaine constitution acquise qui y prédispose manifestement, c'est celle qui résulte d'une vie oisive, et d'une nourriture très-succulente : nous en parlerons plus loin. Disons que les gens d'une constitution maigre, dont la peau est sèche, et qui exercent leur corps aussi bien que leur esprit, sont moins souvent affectés de goutte que les hommes gros , replets , ou que les gens d'une vigueur considérable et d'un tempérament athlétique (Sydenham, loc. cit., § 809).

On a désigné sous le nom de diathèse goutteuse là prédisposition organique en vertu de laquelle se développe la goutte. Cette prédisposition est héréditaire ou acquise ; il est difficile d'eu indiquer nettement les principaux traits ; nous les avons tracés tels

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que nous les donnent les auteur?. Boerhaave les a résumés dans les mots suivants : Corpus magnum, crassum, plénum (aph. 1255).' La vie sédentaire, les travaux de l'esprit , une nourriture trop riche en matières azotées, etc., favorisent la production de la diathèse goutteuse : celle-ci est très-souvent liée à la disposition graveleuse, et a quelques rapports avec la diathèse rhumatismale, de telle sorte qu'on voit, chez quelques sujets, celle-ci transmettre l'autre des ascendants aux descendants.

Tous les peuples sont affligés de cette maladie, mais à des degrés différents. Les écrivains assurent qu'elle devint très -commune à Rome lorsque les mœurs se corrompirent, et que les femmes ellesmêmes n'en étaient point exemptes à cause de leurs débauches, ob varii generis debacchalioncs(Sé~ nèque, epist. 95). Arétée, Celse, Cœlius Aurelianus, en parlent comme d'une maladie qui devait être fréquente chez les Romains. On dit que les Chinois et les Japonais n'ont pas la goutte à cause de l'usage qu'ils font du thé ; mais cette opinion est démentie par les nombreux remèdes qu'ils emploient pour combattre cette maladie. Les écrits d'un médecin nommé Ten Rhyne en font foi. Elle doit être plus rare dans les contrées chaudes que dans les pays froids , et nous voyons qu'en Europe, les contrées où elle est trèscommune et endémique sont l'Angleterre, l'Allemagne, la France. La goutte est aussi plus redoutable, ses attaques -plus sévères et plus difficiles à guérir, dans les pays froids et humides ; c'est peut-être là ce qui explique le succès de certaines médications qui ont été regardées comme infaillibles en certains pays, et qui sont loin de passer pour telles dans d'autres.

Age. — Hippocrate et Galicn assurent que la podagre ne se montre pas avant la puberté , ni avant que l'on se soit livré aux plaisirs de l'amour. Sydenham n'a jamais vu un seul enfant ni un seul pubère affecté de goutte légitime. Arétée dit qu'elle est rare avant trente-cinq ans, bien qu'il y ait à cet égard des variations causées par les dispositions individuelles ou le régime de vie : «Prout cujusque natura, aaul victus ratio postulat» ( de Caus. et sign. morbor. diut., lib. u , cap. 12). Elle survient, pour la première fois , chez quelques sujets, à un âge assez avancé, et Sydenham dit avoir remarqué que, dans ce cas, elle est moins violente. 11 dit aussi que l'on rencontre, parmi les goutteux , des jeunes gens qui alors ont hérité de leur père celte fâcheuse maladie, ou qui se sont livrés de bonne heure, et avec excès, aux plaisirs de l'amour ( /oc. cit., § 810). Ces remarques sont d'une grande exactitude; on conçoit très-bien que les causes les plus ordinaires de la goutte puissent en faire avancer le début, lorsqu'ilcxislc déjà une forte prédisposition.

Sexe. — La goutte attaque surtout les hommes. Arétée dit : «Viri facilius in hune morbum incidunt, «et ex mulieribus açiliores. Mulieres, licet rarius «quam viri, difficilius tamen hoc vitio laborant.»

Hippocrate a émis la même opinion; mais il croit qu'elles n'en sont plus exemptes dès qu'elles ont franchi l'âge critique : «Millier podagra non la- «borat, nisi ipsi menstrua defecerint.» On ne saurait admettre entièrement cet aphorisme; un grand nombre de femmes dont les règles coulent encore régulièrement sont prises de la goutte (voyez le témoignage de Yan Swietcn; et son comm. sur l'aph. \255, loc. cit., p. 254). Sénèqueditque la proposition d'Hippocrate n'est pas exacte, et qu'il ne faut pas s'étonner de ce que le plus grand des médecins ait commis une erreur, car, dit-il, si nous voyons tant de femmes podagres et chauves, c'est parce qu'elles ont perdu les avantages qui se trouvent attachés à leur sexe, à force de débauche : «Quia fœmî- «nam exuerunt, damnalae sunt morbis virilibus. » Les auteurs ont observé que les femmes qui se rapprochent de l'homme par la taille, la voix, les habitudes (viragines), sont plus sujettes à la goutte que les autres femmes. Suivant Hippocrate, les eunuques ne deviennent jamais podagres ni chauVes. On a beaucoup discuté sur cette proposition, et Galicn, pour mettre tout le monde d'accord , donne une raison qui, si elle n'est pas très -convaincante, ne manque pas d'esprit : on est fondé à soutenir, dit-il, que les eunuques n'étaient point goutteux du temps d'Hippocrate; mais qu'il n'en est plus de même aujourd'hui, qu'ils s'adonnent à l'oisiveté et à l'intempérance. «Talis est eorum desidia, tanta ingluvies et crapula, «ut eliam absque veneris usu podagra corripi pos- «sint. » Cette discussion a perdu , fort heureusement, tout son intérêt pour nous.

Circumfusa. — Hippocrate pense que les douleurs de la goutte se montrent principalement au printemps et en automne. Giannini croit que le froid produit la goutte, par son action annuelle et presque permanente sur les parties dans lesquelles réside la maladie, et par la structure particulière ou la fonction de ces mêmes parties ( De la Goultc et du rhumatisme , trad. par Jouenne, p. 4 , in-12; Paris, 1810). L'auteur, raisonnant d'après celte idée, fait remarquer que les pieds et les mains sont habituellement exposés au froid ; mais une pareille assertion ne peut être soutenue sérieusement, car il résulterait de là que les hommes pauvres et les artisans devraient être plus fréquemment affectés de la goutte que les gens riches, dont les mains et les pieds sont protégés par des vêtements chauds et commodes ; or, c'est précisément le contraire. Nous croyons que si le froid agit dans 1a production de la goutte, ce n'est point par l'action locale qu'il exerce; mais en modifiant toutes les fond-

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