ADULTES
1 sur 3,58
1 sur 2,14
1 sur
11 paraît constaté que les enfants atteints de l'affection calculeuse appartiennent presque exclusivement à la classe indigente , tandis que les adultes et les vieillards sont répartis dans toutes les classes de la société sans distinction.
Nous devons prévenir le lecteur que les résultats statistiques que nous venons de consigner, ainsi que ceux qui vont suivre , ont principalement pour éléments des malades affectés de calculs vésicaux-, nous avons été obliges d'accepter ces données, à défaut d'autres , et nous pensons qu'elles n'en conser-
vent pas moins toute leur valeur , puisque , dans la grande majorité des cas, ainsi que nous l'avons déjà dit , ce sont des concrétions rénales qui constituent le noyau des calculs vésicaux.
M. Civiale a toutefois cru devoir établir une distinction : «La pierre, dit-il, l'emporte en fréquence sur la gravelle chez les enfants, tandis que le contraire a lieu chez l'adulte et le vieillard... Dans l'enfance , on observe rarement , du moins dans nos climats, soit des coliques néphrétiques, soit du sable dans l'urine» {loc. cit., p. 522, 645). Celte assertion ne nous paraît pas être suffisamment justifiée. La vessie des enfants, a-t-on dit, ne possède qu'un faible pouvoir d'expulsion ; il est rare que ce viscère se vide d'une manière complète, et la production de la pierre est pour ainsi dire instantanée. Mais les mêmes circonstances existent chez les vieillards, et nous croyons que la différence qu'on a constatée doit être attribuée à ce que la gravelle reste souvent inaperçue ou méconnue dans le premier âge, la maladie n'étant ordinairement constatée que lorsque apparaissent les symptômes plus graves et plus caractérisés que détermine la présence d'un calcul dans la vessie.
3° Sexe. — Steinemann (Diss. causœ curfrequentius viri prœ feminis calculo si fiant ; Strasbourg , 1750) et la plupart des auteurs ont constaté
que
Uiéral, l'urolithiase est plus fréquente chez
les hommes que chez les femmes. Si l'on établit une division pour les calculs vésicaux, on arrive à un résultat opposé : « Calculo vesicœ, dit Van Swieten, ra- «rius laborare mulieres certe constat; nephritis malis «renum et vesiese fellese calcuîis, œque fréquenter «laborare, si non frequentius quam viri, credo me «observasse. » On a généralement expliqué ce fait par la disposition anatomique que présente l'urèthre chez la femme, mais M. Giviale a montré que cette explication ne pouvait être admise : «Si la rareté de la pierre chez les femmes , dit-il , tenait réellement à cette cause, l'observation aurait montré, par cela même, la femme plus sujette que l'homme à la gravelle rendue. Or, on peut chaque jour se convaincre du contraire, et il n'en faut pas davantage pour renverser la théorie qui s'est glissée dans la science, sans qu'on puisse dire à quel titre. »
4° Dentition. — Kern prétend que l'époque de la première ou de la deuxième dentition est celle dans laquelle on trouve le plus de graveleux parmi les enfants.
b. Causes hygiéniques. — 1° Profession. — Van Swieten et d'autres ont prétendu que, contrairement à la goutte, l'affection calculeuse était plus fréquente dans les classes indigentes. Celte assertion, vraie à ce qu'il paraît pour les enfants, n'est point solidement établie : les professions sédentaires, celles qui imposent la station assise (hommes de lettres,
GRA
GRA
tailleurs , etc. ), sont rangées avec plus déraison parmi les causes prédisposantes de la gravelle, et surtout des calculs vésieaux. Yelloly assure que l'urolithiase est très-rare chez les militaires, et les annales de la chirurgie militaire semblent confirmer son opinion ; Hutchison a montré que les marins jouissaient du même privilège.
2° Alimenta lion. — Quelques auteurs n'ont voulu accorder à l'alimentation, quant au développement des concrétions urinaires, que la puissance d'une cause prédisposante. Sans nous prononcer sur cette question autrement que nous l'avons déjà fait, nous rangerons lesingesta parmi les causes déterminantes , pour nous conformer à Tordre généralement suivi.
3° Climats. — On a prétendu que l'affection calculeuse était fort rare dans les pays très-chauds ou très-froids (Marcet, Prout, Magendie, Ségalas ), et que les contrées humides et tempérées, telles que la Hollande, la France, l'Angleterre , l'Allemagne, étaient ses pays d'élection. M. Civiale a attaqué cette assertion , et montré que l'urolithiase était commune aussi bien à l'île de France, en Egypte, à Calcutta , qu'en Suède et en Danemark. La science ne possède pas des données suffisantes pour résoudre la question, et il est probable d'ailleurs que le climat n'exerce qu'une influence très-secondaire sur le développement des concrétions urinaires. Des faits assez nombreux semblenTélablir que le climat est moins étranger à la marche de la maladie qu'à son origine : c'est dans les régions équatoriales que la gravclle se présente avec ses symptômes les plus graves et les plus funestes.
4° Localités. — Nous avons déjà montré l'influence inexplicable, mais manifeste, que les localités exereent sur la fréquence de l'affection calculeuse dans les différents âges. Une influence analogue se fait souvent sentir indépendamment de l'âge , et produit des différences énormes entre deux points géographiques fort peu éloignés l'un de l'autre. La gravelle, très-fréquente dans certains comtés de l'Angleterre, est très-rare dans d'autres: «La ville de Tubinge, dit M. Civiale, dont la population est de sept à huit mille habitants, n'offre aucun exemple d'affection calculeuse , tandis que celle d'Ulin en a fourni cenl soixarile-trei/e dans l'espace de dix années.! Brodie [Lectures on t/ie discaxes oft/tc urinary organs, p. 203 cite le f.iii d'un homme
qui rendait des graviers toutes les fou qu'il habitait
Norwich, ei qui cessait de ouffrir des qu'il se rendait à Bristol. M. Magendie i rapporté au régime ■ influence attribuée par d'autres i la localité : Ainsi ,
dit-il, bien que l'alie imn calculeu e m, ii très-rare dans les pays chauds, elle est oéanmoins, au rapport de AI. Orfila, très-commune dans l'ilede Majorque,
parce que les habitants se nourrissent principalement de matières animales , et font grand usage de vin et de boissons spirilueuses.
B. Causes déterminantes. — a. Causes physiologiques. — Les concrétions urinaires paraissent quelquefois se former sous l'empire de certaines causes physiologiques individuelles qui nous échappent , et qu'il faut se contenter de comprendre dans la dénomination d'idiosyncrasie. Ainsi , on voit des sujets placés au milieu de circonstances qui semblent rendre la gravelle inévitable ne pas être affectés de celle maladie, tandis que d'autres deviennent graveleux alors qu'ils sont placés dans des conditions entièrement opposées. M. Ségalas {loc. cit., p. 12) assure qu'un de nos chimistes les plus distingués rend du sable formé d'acide urique aussitôt qu'il éprouve quelque contrariété. Les affections morales vives , une forte contention d'esprit, produisent quelquefois le même résultat.
h. Causes hygiéniques. — 1° Aliments et boissons. — Nous ne reviendrons pas sur ce que nous avons dit relativement au régime azoté ou végétal, et aux boissons spiritueuses : il ne s'agira ici que de quelques substances dont l'influence a été admise d'après des faits plus ou moins nombreux , mais indépendamment de toute théorie nosogénique.
Le fromage est regardé par Kern {loc. cit., p. 18) comme une cause de gravelle. Verduc attribue le développement d'un calcul de vingt-cinq onces au sucre, que d'autres regardent comme un préservatif de la gravelle. M. Magendie a vu une dame qui rendait deux gros de graviers rouges le lendemain du jour où elle avait mangé de la salade {loc. cit., p. 29). Suivant M. Donné, le thé et le café déterminent l'apparition, dans l'urine, d'une grande quantité d'acide urique cristallisant en paillettes rhomboïdales jaunes par le refroidissement. Béclard assure qu'un homme expulsait un ou deux petits calculs lorsqu'il mangeait des fruits crus. Ce sont peut-être des faits analogues à celui-ci qui ont fait croire pendant longtemps que les concrétions lapidiformes de certains fruits, et spécialement des poires , produisaient la gravelle. Vauquelin a démontré qu'il ne pouvait en être ainsi, puisque ces concrétions ne sont composées que d'amidon et d'une matière ligneuse semblable à celle de l'arbre qui produit le fruit; M. Magendie a, en outre, constaté qu'elles traversent le canal intestinal sans éprouver d'altération.
Les cauxséléniteuses, dures, ont clé rangées par les uns au nombre des causes de la gravelle, par les autres, au contraire (Dobson • Denys , etc.), au nombre des préservatifs, ou même des curatifs de celte maladie. A Arcueil, ou l'eau est chargée de carbonate calcaire, la gravelle est presque inconnue. «En gêné-
GRA
GRA
rai, dit M. Ségalas, les eaux dures se montrent contraires à la formation des graviers.
Le vin, et surtout le vin blanc acidulé (Hoffmann), a été accusé de produire la gravelle -f mais Zimmermann a montré (Traité de l'expérience, t. h, p. 314) que la maladie était rare dans les pays où l'on boit le plus de vin, et quelques auteurs ont même attribué à ce liquide des vertus lithontripliques.
Sœmmering, Dobson, Schurig, prétendent que l'usage de la bière détermine quelquefois la formation de concrétions urinaires.
M. Civiale pense que l'alimentation n'exerce aucune influence sur le développement des concrétions urinaires par la nature des substances ingérées. La preuve en est fournie, dit-il, par ceux mêmes qui soutiennent l'opioion contraire, puisque la même substance est rangée par quelques-uns d'entre eux parmi les causes de la gravelle, et par les autres parmi les préservatifs ou même parmi les curatifs de celte maladie. Suivant le même observateur, les écarts de régime, quelles que soient les substances sur lesquelles ils portent, peuvent au contraire devenir une cause de gravelle, par suite de l'irritation que détermine dans les reins et dans tous les organes abdominaux l'ingestion d'une trop grande quantité d'aliments.
2° On a vu souvent des individus expulser des graviers à la suite d'un exercice violent, d'une grande fatigue, d'une course à cheval ou en voiture. M. Civiale explique l'influence de ces causes par l'irritation qu'elles déterminent dans les organes urinaires.
c. Causes pathologiques. — Les maladies des voies urinaires, et spécialement celles qui mettent obstacle au libre cours de l'urine (rétrécissement de ïurèthre, névralgie du col de la vessie 3 hypertrophie de la prostate , rétrécissement de l uretère , etc.), ont été rangées parmi les causes déterminantes les plus fréquentes des concrétions urinaires. Les inflammations aiguës et d'une grande étendue , la péritonite (Nysten), le rhumatisme, augmentent quelquefois la quantité de l'acide urique dans l'urine. Dans 1a paraplégie , les sondes placées à demeure dans la vessie se recouvrent promptement d'incrustations salines (Ollivier (d'Angers), Traité des maladies de la moelle épiniêre, t. 1, p. 144). La maladie scrofuleuse, la phthisie pulmonaire , les affections de la rate , les fièvres intermittentes quartes, les hémorrhoïdes , ne seraient pas sans influence sur le développement de la gravelle (Naumann , loc. cit., p. 465-471). Horn a vu la gravelle disparaître après l'établissement du flux hémorrhoïdal(//0/7i'.s Archiv., 1834 , heft. 4). Albert! assure que la gravelle se développe souvent après la suppression de ce même flux (Diss. de consensucalculicum hemorrhoïdibus extcrnis; Halle, 1739). Enfin la goutte a été considérée comme une cauae déterminante fréquente de la gravelle. Nous
pensons qu'ici il faut remonter plus haut, et que les deux affections sont dues à des causes générales , sinon identiques, du moins très -rapprochées (voyez art. Goutte).
L'énumération que nous venons de faire montre l'obscurité qui règne encore sur l'étiologie de l'affection calculeuse, et l'inanité des théories qu'on a voulu fonder. «Laissons parler les faits , dit fort sagement M. Giviale , et quand ils se taisent, avouons notre impuissance. Cette méthode vaut assurément mieux que de présenter, fut-ce même avec esprit, une théorie hasardée, sur laquelle on bâtit ensuite une médication illusoire ou dangereuse : illusoire , en ce que les promesses faites avec tant d'emphase ne sont jamais réalisées; dangereuse, en ce qu'elle détourne des vrais moyens de guérison , et amène même de fâcheuses complications. »
Qnand on réfléchit aux circonstances qui ont pu frapper de stérilité, quant à l'étiologie , l'observation qui , pendant plusieurs siècles , s'est exercée sur la gravelle , le diabète sucré, la phthisie pulmonaire, la goutte, et tant d'autres maladies; quand on voit la persistance avec laquelle , dans ces derniers temps , tous nos moyens d'investigation ont été appliqués à l'étude exclusive des solides , on ne peut s'empêcher d'attribuer le résultat négatif auquel on est arrivé à la direction qu'a suivie la science moderne; rejetant, avec raison , les absurdes doctrines humorales enfantées à des époques où la chimie organique n'existait pas encore , elle a confondu dans une même proscription le fond et la forme; elle n'a point compris que nos devanciers avaient pu et dû s'égarer, sans que le terrain sur lequel ils s'étaient engagés fût mauvais , et que, si l'étude anatomo-pathologique des liquides n'avait jusqu'alors produit aucun résultat, elle pourrait devenir féconde lorsqu'on la ferait participer au bénéfice des progrès de la science. Espérons que la réaction qui se manifeste aujourd'hui , et à laquelle obéiront tous les esprits sages, ne tardera pas à porter ses fruits.
Traitement. — Le traitement de l'affection calculeuse consiste à remplir les indications curatives suivantes : A. Combattre les causes manifestes ou probables qui ont déterminé, dans l'économie, la formation des substances qui composent les concrétions urinaires. — B. Empêcher la formation des concrétions. — C. Tenter la dissolution des concrétions lorsque celles-ci sont formées. — D. Favoriser V évacuation des concrétions. — E« Combattre les accidents produits par l'urolithiase et les complications. Nous allons examiner les différents moyens que possède la science pour remplir chacune de ces indications.
A. Combattre les modificateurs qui produisent la formation de la substance des concrétions. —
GRA
GRA
Comme dans le traitement de toutes les maladies, le premier soin du médecin doit être de rechercher, et de détruire, si faire se peut, la cause de l'état morbide. Les affections de la vessie , de la prostate , de l'urèthre, sont quelquefois des causes de gravelle. Il faut les combattre toutes les fois qu'elles existent. Si les symptômes de la gravelle se sont manifestés après une course à cheval ou en voiture , une forte contention d'esprit, une émotion morale vive, etc., on empêchera le retour de ces circonstances ; s'ils se sont montrés après une suppression du flux héinorrhoïdal, la disparition de la goutte, on s'efforcera de rappeler ces accidents primitifs , moins fâcheux que la gravelle. Les voyages sont souvent utiles, par suite de l'influence que nous avons vue être exercée par les localités. Dans les pays équatoriaux, où la gravelle marche souvent escortée d'un ensemble formidable de symptômes , où les moyens qu'on peut lui opposer restent presque toujours sans résultat, le déplacement est une question d'existence pour les malades (Giviale).
M. Giviale, par suite des opinions pathogéniques que nous avons fait connaître, assure que, dans la grande majorité des cas , on retire de fort bous effets des applications de sangsues ou de ventouses sur la région des reins , des cataplasmes émollients , des bains généraux, des boissons abondantes et légèrement diurétiques, des purgatifs adores fractionnées, continués pendant quelque temps, des saignées générales dans quelques cas plus rares (Giviale, du Traitement médical et préservatif de la pierre et de la gravelle; Paris, 18Î0, p. 77).
M. Civiale veut encore , malgré l'opinion des médecins qui prétendent que les sueurs abondantes favorisent le développement de la gravelle, que l'on entretienne la perspiration cutanée au moyen d'exerrices du corps, de frictions , de douches sulfureuses , ou même de sudorifiques internes.
On comprend toute l'importance que M. Magendic, et tous ceux qui ont adopté sa théorie paXhogénique, ont dû accorder au régime dan* le traitement de la gravelle, et principalement delà gravelle inique : ces médecin! veulent qu'on réduite à leur plus petite quantité possible, ou même que l'on suppiime cont* plétement !<■ aliment! qui contiennent de l'azote; Igl du \in i mus alcooliques est entière-
ment piOMiit. Ils apurent que, lorsqu'il ne s'est en- COffl loi m. .1. m- 1rs orijuies urinaires que du sablé, yingt-cioq ou trente jours de dieie végétale suffisent presque toujoori pour amener la guériten Ma* gendie, (oc *i'., p. H ■ I» j< < u 1739, Th» Lobb avait eoinpkitniini interdit aux graveleui l'usnÉede
Il vi.inde / trêmllH on dissolu ni s of a slon nnd on tpring the stonc and f>ont />> aliment ; Loudou, I ;
M. Ferrus, qui n'admet point, du moins au même degré que M. Magendie, l'influence du régime azoté, considéré comme cause de la gravelle, va , quant au traitement, plus loin que M. Magendie lui-même.
«Les expériences de M. Magendie sur les substances nutritives plus ou moins azotées, dit M. Ferrus, laissent voir celles qui doivent être permises ou défendues dans le régime des graveleux : c'est surtout relativement à la gravelle par l'acide urique que le médecin que nous citons a insisté sur ce point...'; mais nous avons vu guérir , ou du moins soulager, par la seule abstinence des viandes et du vin , un si grand nombre de graveleux, chez chacun desquels on n'avait point également reconnu l'acide urique, que nous affirmons que cette méthode de traitement convient dans tous les cas »(/oc. cit., p, 263).
M. Ferrus, pour qu'il ne fût point permis de le taxer de contradiction, aurait dû faire connaître la manière dont il comprend l'efficacité de la diète végétale.
M. Civiale, comme on le pense bien, a combattu ces assertions ; cependant , lui aussi insiste beaucoup sur la nécessité de la diète, mais de la diète considérée comme moyen antiphlogistique, et portant dès lors aussi bien sur le régime végétal que sur le régime azoté.
Quelle que soit la manière dont le régime agisse, il n'en est pas moins certain que la diète est un moyen puissant dans le traitement de la gravelle, et que souvent, sous sa seule influence, on voit cesser les douleurs et les dépôts pulvérulents d'acide urique. Les anciens avaient déjà constaté ce fait : Galien [Corn, in aphor.j, lib. iv, n. 70 ) recommande la diète aqueuse : ^aero. 'j-j'paivc-jaa. Boerhaave , Sydenham , Littre, la conseillent également.
Souvent il faut avoir recours à des remèdes empiriques dont l'efficacité est démontrée par l'expérience, mais dont le mode d'action nous est inconnu. Nous placerons ici les eaux deBussang, de Vichy, de Carlsbad, de Contrexeville, de Pougues, de Seltz; les préparations alcalines, telles que les bicarbonates de soude et de potasse, la chaux, la magnésie, etc. Nous allions occasion de revenir sur le mode d'action de ces médicaments; mais il faut savoir que certaines eaux minérales, celles qui possèdent des propriétés énergiques, semblent quelquefois devenir des causes déterminantes de gravelle. «Quelques personnes, dit M. Giviale, qui n'avaient jamais rendu de sable avec l'urine, et qui prenaient les eaux plutôt par occasion que par besoin, n'ont pas été peu surprises, au bout de quelques jours, de remarquer des graviers dans leur vase de nuit.». Un double éeueil, également important à éviter, se présente dans l'application de cette thérapeutique. Le! médicaments que nous venons d'àramérer n'agissent efficacement qu'autaut
GRA
GRA
qu'on les donne à doses élevées et pendant longtemps: or, il arrive souvent qu'administrés de cette manière, ils déterminent des accidents du côté de la vessie ou des organes digestifs. On abuse tellement de la magnésie en Angleterre, queBrodie (loc. cit.^. 154) a vu plusieurs personnes souffrir beaucoup de calculs magnésiens engendrés par ce médicament dans leurs intestins, et que Wilson ( Med.-chir. trans^ t. xi , p. 227 ), en ouvrant le corps d'un homme, trouva plusieurs livres de magnésie réunies dans le colon , au-dessus d'une coarctation du rectum. 11 faut donc agir avec prudence, augmenter les doses progressivement, et s'arrêter aussitôt que des accidents se manifestent. Il faut se rappeler aussi que les malades qui prennent les eaux sur les lieux mêmes, aux sources, supportent sans inconvénients des doses beaucoup plus fortes que lorsqu'ils les prennent dans d'autres localités. Les eaux sulfureuses , prises à l'intérieur , ou en bains, agissent souvent fort bien; les bains froids, les douches de vapeur, ont quelquefois été utiles. M. Magendie a , dans quelques cas , retiré de bons effets du quinquina.
On a entore préconisé des substances auxquelles de nos jours on n'accorde plus aucune efficacité : Sydenham recommande le thé; Leake, le chocolat; F. Hoffmann, le vin du Rhin; Pringle, le miel, etc.
B. Empêcher la formation des concrétions. — Plus la sécrétion urinaire est abondante, plus la quantité des substances dissoutes par l'urine est considérable. Les auteurs^ recommandent, en conséquence, de faire boire aux malades une grande quantité de liquides aqueux et diurétiques. M. Magendie conseille les décoctions de chiendent , de queues de cerises, de raisin d'ours, de graine de lin avec addition de nitrate de potasse , et à la dose de cinq à six pintes dans les vingt-quatre heures. La bière légère est recommandée par M. Ségalas; d'autres préfèrent les eaux de Spa, de Bussang, de Luxeuil,etc. L'estomac ne supporte pas toujours impunément l'ingestion d'une si grande quantité de liquides, et les digestions ne tardent pas alors à devenir laborieuses : l'appétit se perd, une faiblesse générale s'empare du malade. 11 faut alors diminuer la quantité des boissous , en prescrire de légèrement aromatiques. M. Magendie a plusieurs fois fait cesser les accidents, en donnant les boissons à la glace. Dans ces circonstances, on peut aussi suppléer aux boissons par des bains fréquents et très-prolongés.
11 faut avoir grand soin d'empêcher la stagnation de l'urine dans la vessie : si donc il existe une inertie de cet organe, un engorgement de la prostate, un rétrécissement de l'urèthre , etc. , il faut combattre ces affections. Si l'on ne parvient point à les faire disparaître, on videra souvent la vessie au
moyen delà sonde. M. Civiale conseille, surtout dans le traitement de la gravelle grise , de pratiquer dans la vessie des injections d'eau, tiède , lesquelles ont pour effet de débarrasser l'organe des dépôts qu'il contient. Il faut d'abord mettre deux ou trois jours d'intervalle entre chaque injection , et ne pousser qu'une petite quantité de liquide à la fois, en ayant le soin de s'arrêter aussitôt que le besoin d'uriner se fait sentir. Peu à peu on rapproche les injections, et on augmente la quantité d'eau. Dans le cas d'atonie vésicale , il faut employer de l'eau froide à la température de 15° d'abord, et puisa Une température de plus en plus basse : on peut aller ainsi progressivement jusqu'à 0°.
«Tous ces moyens, dit M. Magendie, ne suffisent point quelquefois pour s'opposer avec succès à la solidification de l'acide urique dans les voies urinaires : il faut alors recourir à un moyen que la chimie et la physiologie ont fait connaître, et qui consiste à faire combiner l'acide avec des bases alcalines ou terreuses. »
On prescrit, à cet effet , sous forme pulvérulente , ou en suspension dans un liquide muoilagineux , les carbonates de chaux ou de magnésie, à la dose de 12 à 30 grammes dans les vingt-quatre heures, les carbonates de soude ou de potasse en dissolution dans une quantité plus ou moins considérable de véhicule, à la dose de 6 à 18 décigrammes dans les vingt-quatre heures, l'eau de chaux jusqu'à la dose de mille grammes dans un jour, la magnésie , à la dose de 5 décigrammes à 30 grammes.
L'eau de "Vichy rend l'urine alcaline. MM. Petit et Chevallier ont démontré qu'il suffisait de prendre un bain de cette eau pour obtenir ce résultat, et ils ont beaucoup préconisé ce remède , qui est généralement employé aujourd'hui.
Une objection sérieuse a été faite relativement à l'usage des alcalins dans le traitement de la gravelle. L'excès d'alcalinité de l'urine , a-l-on dit, ne doit-il pas entraîner la précipitation des phosphates de chaux et de magnésie que l'urine contient à l'état de sels acides? Nous reviendrons plus loin sur celte question.
Le traitement alcalin a été fort en vogue. Le temps a montré qu'il ne méritait point une si grande faveur*: cependant son efficacité ne saurait être mise en doute dans quelques cas de gravelle urique au premier degrés c'est-à-dire lorsque les malades ne rendent pas encore des graviers, mais seulement une urine chargée d'acide urique, lequel se dépose au fond du vase par le refroidissement ; il n'en est plus de même à une époque plus avancée de la maladie.
Cette médication doit être suspendue de temps en temps, la vessie ne pouvant supporter impunément pendant longtemps la présence d'une urine alcaline.
Marcel pense que l'efficacité des alcalis n'est point
GRA
GRA
seulement due à l'action chimique qu'ils exercent , mais encore à la propriété qu'ils ont de diminuer l'irritation des organes urinaires.
C. Tenter la dissolution des concrétions. — De longs et vifs débats ont été engagés , et se continuent encore à propos de cette indication , que les uns prétendent pouvoir remplir à merveille , que les autres, au contraire, déclarent être au-dessus des ressources de l'art. La question des lithontriptiques se rattachant surtout à la pierre proprement dite , c'està-dire aux calculs vèsicaux, nous ne lui donnerons pas ici tout le développement dont elle est susceptible ; nous laisserons entièrement de côlé son étude historique et la fastidieuse énumération de tous les soi-disant dissolvants préconisés par les anciens auteurs. Nous ne nous occuperons que des travaux de quelques médecins contemporains qui ont voulu ressusciter les lithontriptiques et les appliquer au traitement des concrétions sus-vésicales , aussi bien qu'à celui de la pierre.
M. Magendie peut être considéré comme celui qui, le premier, a placé la question si ancienne des lithontriptiques sur le terrain qu'elle occupe aujourd'hui. Voici comment il s'exprimait dans le mémoire que nous avons cité.
«Malgré tous ces moyens, les calculs peuvent ne point être évacués, et rester dans les bassinets, les uretères , la vessie , etc., où ils ne tarderont pas à s'accroître par l'addition successive de nouvelles couches d'acide urique, ou de sels urinaires. Le médecin n'a plus alors qu'à faire tous ses efforts pour empêcher leur accroissement, ou même pour en produire la dissolution... On remplira en même temps les deux indications, 1° en maintenant le malade au régime peu azoté, 2° en rendant l'urine alcaline par l'usage intérieur des carbonates terreux ou alcalins, et surtout par l'emploi direct des alcalis étendus de quantité suffisante d'eau. Si les calculs sont formés d'acide urique , il n'est guère permis de douter de la réussite de ces moyens , du moins aucune raison chimique ni physiologique ne les fait consisidérer comme incertains. Les expériences ont démontré qu'une masse d'acide urique plongée dans une urine dont les acides ont été saturés par la potasse ou la soude, avec un excès d'alcalis, et à la température de 25 à 30° centigr., et fréquemment renouvelée, finit par se dissoudre entièrement. // n'en serait pas de même des autres concrétions urinaires, telles que le phosphate ammoniacomagnésien, l'oxalafe de chaux, etc... .Nous n'avons point encore, il est vrai , de preuve positive de la dissolution d'un calcul \ ésieal ; in;iis il existe un grand nombre d'obsen .nions <lr [i disparition de néphrites calculeuses par l'usage des alcalins, dans lesquels la dissolution des concrétions peut être considérée
comme probable. Il serait bien à désirer que Ton continuât les expériences à ce sujet, et surtout qu'elles fussent faites de manière à offrir des conclusions exemptes de ce vague en quelque sorte propre aux recherches des médecins» (mém. cité, p. 80-82). Le vœu de M. Magendie a été accompli dans sa première partie , mais non dans la seconde. La faute en est-elle à la médecine ou au médecin?
En 1826, M. d'Arcet (annales de chimie et de physique), ayant constaté que l'urine des malades soumis à l'action des eaux de Vichy devenait promptement alcaline, émit la pensée qu'on pourrait tirer parti de cette circonstance pour le traitement de î'urolithiase.
En 1834, M. Petit, inspecteur adjoint des eaux de Vichy, publia , sur la dissolution des concrétions urinaires, un premier mémoire (du Traitement médical des calculs urinaires, etc.; Paris, 1835), et , trois ans après , il en fit paraître un second (Nouvelles observations de guérisons de calculs urinaires au moyen des eaux thermales de Vichy; Paris, 1837), pour rendre ses démonstrations plus complètes. Enfin, M. Chevallier se livra, conjointement avec M. Petit , à de nouvelles expériences , dont il fit , de son côté , connaître les résultats (Essai sur la dissolution de la grave! le et des calculs de la vessie; Paris, 1837). Les propositions suivantes résument les opinions des médecins et des chimistes que nous venons de nommer.
On peut dire, en thèse générale, qu'il n'est pas de calculs insolubles (ceux de silice exceptés); seulement, comme ils ne sont pas toujours de la même nature, on conçoit qu'ils ne peuvent pas tous être solubles au même degré , et par les mêmes moyens.
Les eaux de Vichy dissolvent les concrétions d'acide urique, d'urate d'ammoniaque (l'alcali s'empare de l'acide urique , et l'ammoniaque se dégage) , et, probablement, celles d'oxyde cystique, ainsi que les calculs xantiques.
Les carbonates alcalins et l'eau de Vichy dis solvent les concrétions de phosphate ammoniaco-magnésien (il se forme un phosphate soluble, l'ammoniaque se dégage, et la magnésie se précipite).
Les concrétions composées de phosphate et de carbonate de chaux devraient, en raison de leur composition chimique, être attaquées par des acides; mais les expériences de Wochlcr (Journal des progrés, 1 827, t. i et u), de Berzelius , de M. Magendie, démontrent que les acides n'arrivent jamais à l'état libre dans la vessie : il semble donc que la dissolution de ces concrétions soit impossible à obtenir. Cependant une exception paraît devoir être établie à l'égard de l'acide carbonique, et M. Thénard (Annales de chimie, t. \wi\, p. 272) a montré que le carbonate et le phosphate de chaux étaient solubles dans cet
GRA. — 409
acide; de plus, lorsqu'on verse un excès de dissolution de bicarbonate de soude dans une faible dissolution de nitrate de chaux , il ne se forme pas de précipité. D'un autre côté, les alcalis jouissent de la propriété de dissoudre la matière animale qui entre dans les concrétions urinaires, et de désagréger celles-ci. M. d'Arcet ayant plongé un os dans une dissolution de bicarbonate de soude, au bout de quelque temps , l'os fut complètement désagrégé. Il faut conclure que l'eau de Seltz et l'eau de Vichy rendue gazeuse détruisent les calculs phosphatiques et de carbonate calcaire par dissolution et par désagrégation.
Les concrétions d'oxalate de chaux sont également désagrégées par l'eau de Vichy ; de plus , si l'on verse de l'oxalate d'ammoniaque dans une dissolution de chaux , faite en mettant un excès de bicarbonate de soude dans du nitrate de chaux , il ne se forme pas de précipite' : il ne faut donc pas désespérer de la dissolution de ces concrétions par les alcalins.
Quant à la crainte manifestée par quelques chimistes , que l'excès d'alcalinité de l'urine n'entraîne la précipitation des phosphates de chaux et de magnésie, elle n'est point fondée : 1° parce que le caractère le plus remarquable et le plus constant de l'urine alcalisée est d'être parfaitement claire , et de ne laisser apercevoir aucun précipité; 2° parce que, quand bien même ces sels se précipiteraient, ils ne pourraient former des calculs, attendu qu'il faudrait pour cela qu'ils rencontrassent une matière muqueuse assez plastique pour leur servir de lien , et que l'alcalinité de l'urine ôte justement cette faculté à la matière muqueuse contenue dans l'urine ( Petit , 1er Mém., p. 25-29-31-38-49-55; 2e Mém., p. 12- 14-38-41).
On voit , par ce résumé , que M. Petit fait de l'eau de Vichy la panacée universelle de l'affection calculeuse, et que M. Magendie, qui osait à peine espérer que les qualités dissolvantes des alcalis fussent un jour démontrées pour la gravelle urique seulement, était beaucoup trop modeste.
Des faits ont été cités à l'appui de la théorie chimique que nous venons d'exposer.
Et d'abord, MM. Petit et Chevallier, après avoir exactement pesé un certain nombre de calculs urinaires de diverses natures, les ont plongés dans de l'eau de Vichy à la température de 38 à 39°. Après les y avoir laissés pendant quelque temps , ils les ont retirés , et ont constaté de nouveau leur poids, afin de déterminer la quantité de substance qui avait été dissoute. Les résultats obtenus à l'aide de moyennes ont été les suivants: en 27 jours, les concrétions d'acide urique avaient perdu 53 % de leur poids; en 23 jours, les concrétions de phosphate ammoniacomagnésien avaient perdu 60 % ; un calcul composé
GRA
d'urate d'ammoniaque avec des traces de phosphate et d'oxalate calcaires avait perdu, en 1 8 jours, 60 %; un calcul composé de phosphate et d'oxalate calcaires et d'un peu d'acide urique, avait perdu en 30 jours, par dissolution et par désagrégation, 29 %; un calcul formé d'oxalate de chaux avec des traces de phosphate calcaire, et seulement un petit noyau d'urate d'ammoniaque, avait perdu, en 4 4 jours, 12 % (Petit, 2e Mém., p. 26-27.)
Puis on a rapporté des histoires de malades guéris au moyen de carbonates alcalins ou de l'eau de Vichy, par MM. Robiquet (séance de l'Acad. de méd., 31 janvier 1826 ; Journal de pharmacie, mars 1826, p. 124), Génois ( séance de l'Acad. de méd. , 25 juillet 1826), Loiseau (Journ.de chimie méd. , 1826, p. 593), Petit (2e Mém., p. 15-27), etc.
Les adversaires du traitement chimique ont refusé toute espèce de valeur aux faits que nous venons de rappeler. L'eau de Vichy , ont-ils dit , est souvent un excellent remède contre la gravelle ; mais elle agit sur les organes urinaires eux-mêmes, et n'exerce aucune action chimique sur les concrétions ; elle donne aux fluides, et spécialement à l'urine , un caractère qui la rend propre à prévenir la formation de certains sables ou graviers ; mais il y a loin de cette action neutralisante à une action dissolvante,
M. Noyer , médecin^ de l'hôpital de Vichy, fit remarquer, relativement à l'immersion pratiquée par MM. Petit et Chevallier, que parmi les calculs déposés , il s'en trouvait plusieurs qui , de l'aveu même des partisans de la doctrine chimique , n'étaient pas de nature à être attaqués par l'eau de Vichy ; il affirma, en outre, que, dans des expériences qui lui étaient propres , il n'avait pu obtenir la dissolution de concrétions d'acide urique. Dans les expériences de MM. Petit et Chevallier, les calculs ont été placés sous une chute d'eau qui a pu les attaquer physiquement (voy. Giviale, loc. cit. , p. 286). «Les résultats obtenus par MM. Petit et Chevallier, dit M. Leroy d'Étiolles , ne sont d'ailleurs pas de nature à faire concevoir de grandes espérances, puisqu'ils montrent que de simples fragments de pierre , présentant simultanément les tranches de leurs stratifications au dissolvant, n'ont pu être détruits par une immersion de trente à quarante jours dans les sources de Vichy, au milieu d'une masse énorme d'eau alcaline sans cesse renouvelée, et soumise à une vive effervescence par le dégagement du gaz acide carbonique. » M. Pelouze a plongé dans une dissolution de bicarbonate de soude renouvelée tous les trois ou quatre jours un calcul d'acide urique qui , au bout de huit mois , était encore loin d'être détruit.
MM. Civiale (loc. cit. 3 p. 308 et suiv.) et Leroy d'Étiolles, analysant les faits de guérison cités par M. Petit, ont montré qu'ils étaient incomplets, et