‹ Compendium de médecine pratique, ou, Exposé analytique et raisonné des travaux contenus dans les principaux traités de pathologie interne (volume 2)Chapitre 32 sur 57 · GR · texte numérisé non relu

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furent très-nuisibles ; presque tous les malades traités ainsi succombèrent.

27° Une épidémie de même nature régna en France et en Angleterre pendant l'année 1679 (Ozanara, loc. cit., p. 120).

28° En 1691 , une épidémie venue de Hongrie gagna laCarniole, la Styrie, la Carinlhie, le Tyrol, le pays des Grisons, la Suisse et les bords du Rhin. La maladie revêtit plusieurs formes, fut accompagnée quelquefois de symptômes graves {mouvement s convulsijs, soporosité, délire) ; les uns eurent la diarrhée, les autres furent constipés; la plupart des malades guérirent (Ozanam , loc. cit., p. 121).

29° En 1695 , une épidémie semblable à celle de 1580 régna à Paris et à Rome, où elle fit périr beaucoup d'enfanls.

30° En 1699, il se déclara à Breslaw une épidémie qui attaqua surtout les sujets âgés de 20 à 30 ans, et d'un tempérament mélancolique : il survenait souvent une fièvre intermittente quotidienne, des angines avecaphthes, du délire, de la diarrhée. La nature de cette épidémie est douteuse.

31° Baglivi ne fait qu'indiquer une épidémie catarrhale qui aurait régné à Rome en 1 702.

32° En 1 709 , la grippe régna en Prusse et en Italie : Lancisi en a donné une bonne description. La maladie sévit surtout sur les hommes et sur les classes pauvre* : on observait , outre les symptômes essentiels , des douleurs rhumatismales , des angines et des crachements de sang; la toux et la dyspnée étaient violentes. Peu de malades succombèrent : la maladie était jugée par des épistaxis, des diarrhées ou des urines abondantes.

33° En 1712 , une épidémie catarrhale régna à Tubingen ; la toux et l'enrouement persistaient pendant la convalescence. La maladie, lorsqu'elle était négligée , dégénérait en péripneumonie.

34° Naumann rapporte que la grippe régna en Espagne en 1716.

35° En 1729, toute l'Europe fut envahie par une épidémie catarrhale, qui a été décrite par F. Hoffmann, Beccariacl Morgagni. Les enfants fuient les moins exposés. Les douleurs dans les membres, l'cnchifrènement, l'oppression de poitrine, l'enrouement et || toux, él. tient les symptômes les plus marquants et les plus ordinaires. Les symptômes cérébraux (//dlire, rêvasseries % somnolence, lipothj m/Vi) furent ma fréquents. Tous les jours se manifestait ■ne nacerbation générale. Chez quelques malades , il j-urvint vers le quatrième ou le septième Jour des exanthèmes anormaux simulant les pétéchies. La maladie se jugeait lOUVenl par des mines sédimentcuscs, des sueurs abondantes , des diarrhées bilieuses, ou une expectoration d'humeurs cuites. Le trai-

tement consistait en une saignée au début, et ensuite en des boissons diaphoniques.

Loew (Éphém. des cur. de la nat., t. m, Append., 78) donne de cette épidémie une description qui diffère en plusieurs points de la précédente : la maladie fut très-grave dans les pays bas et humides, et dans ceux qui furent inondés par les pluies. A Ferrare, à Ravcnne , à Pavie , en Espagne , elle emporta beaucoup de monde ; à Londres, il mourut 908 personnes dans une seule semaine. Lorsque l'affection catarrhale était simple, elle se terminait du quatrième au septième jour, par une épistaxis, un léger crachement de sang, des hémorrhoïdes fluentes ou une ménorrhagie. Dans les cas graves, qui se terminaient par la mort, il survenait du délire, des syncopes , des convulsions, des péripneumonies, des congestions au cerveau, des phrénitesou une fièvre lente hectique, consomptive. La saignée , au début, et les diaphoniques , formèrent la base du traitement.

En Suisse , il ne mourut guère que des vieillards et des enfants : la toux , la dyspnée , la diarrhée et des horripilations presque continuelles, formaient les principaux symptômes ( Scheuckzcr, Éph. des cur. de la nat., t. iy, App., obs. 4).

A Bologne , les enfants et les gens du peuple furent les plus épargnés : les symptômes encéphaliques étaient prédominants; des douleurs très -vives se faisaient toutefois sentir dans la région précordiale , au niveau du sternum , dans les côtés de la poitrine. Au bout de deux, trois ou quatre jours , la maladie était jugée par des sueurs , des épistaxis ( Beccaria , Ephém. des cur. de la nal., t. m, obs. 48).

A Vienne, plus de 60,000 personnes furent atteintes : la maladie débutait brusquement, comme un coup de foudre (Schnurrer, loc. cit., p. 274).

36° En 1 731 , suivant Perkins , la grippe régna à Boston.

37° Dans les derniers mois de l'année 1732, se manifesta l'épidémie catarrhale la plus générale et la plus longue qui ait encore été observée. Elle parut d'abord, vers le milieu de novembre, en Saxe et eu Pologne; de là , elle gagna l'Allemagne , la Suisse et la Hollande; elle se montra ensuite, au mois de décembre, en Angleterre et en Ecosse. La Flandre en fut infestée dans les premiers jours de janvier ; vers le milieu du même mois, on la vit à Paris; puis clic se déclara en Irlande au mois de février; elle descendit en Italie, puis en Espagne. Elle passa ensuite dans le nouveau continent, se déclara d'abord dans la Nouvelle-Angleterre, de là s'étendit aux Barbades , à la Jamaïque; puis, tournant vers le sud-ouest, elle se répandit dans le Pérou et le Mexique. Celte épidémie continua à exercer ses ravages pendant les an- Déej 1734, 173",, 1730 et I7.'w , en commençant toujours à parcourir les pays du nord-est de l'Europe,

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et s'avançant progressivement vers le sud-ouest (Ozanam , loc. cit. , p. 138-147). Nous allons résumer les principales descriptions qui ont été faites de cette épidémie.

En Italie (1732), les symptômes encéphaliques prédominaient : la céphalalgie avait pour siège les orbites et les sinus frontaux ; quelquefois Fouie , l'odorat et le goût étaient altérés ou abolis; des douleurs d'oreilles très-aiguës se faisaient sentir; l'aphonie était fréquente ; la maladie n'avait rien d'essentiellement dangereux; elle se jugeait du troisième au quatorzième jour, par des sueurs, des épistaxis , une expectoration abondante , ou une excrétion de matières épaisses par les natïaes. Les vieillards, les asthmatiques, les éliques, les ventigineux, les cachectiques , succombèrent presque tous , la maladie se transformant en catarrhe suffocant, en pleurésie, en péripneumonie , en angine, en vomi que. Une céphalalgie atroce était quelquefois l'avant-coureur d'une apoplexie toujours mortelle. La maladie attaqua tous les âges , tous les sexes et toutes les conditions : les enfants et les femmes délicates furent les premières atteintes. L'abus des saignées fut très-préjudiciable.

En Ecosse (1 732), on observa les trois formes de la maladie ( encéphalique, thoraciquc et abdominale). La forme abdominale se présentait surtout chez les enfants. Tous les malades avaient de la disposition à la sueur , et, si celle ci avait lieu , la guérison s'opérait : les malades qui ne furent point saignés eurent des hémoptysies. La maladie n'était pas mortelle par elle-même; mais elle le devenait par ses complications , et elle emporta un grand nombre de vieillards, de pauvres, de phthisiques,et des sujets atteints de maladies chroniques et surtout d'affections de poitrine.

Deux mois avant l'apparition de l'épidémie, tous les chevaux de la ville et des environs avaient été attaqués de toux et de coryza (Med. cssays and obs.-, Edimb., 1737, t. n, p. 26).

En Angleterre (1733), la forme encéphalique prédomina : enchifrènement , éternument excessifs et importuns, insomnie , vertiges, céphalalgie violente, délire léger, tintements d'oreilles. Quelquefois la maladie se jugeait le quatrième jour , laissant seulement après elle une toux opiniâtre, avec prostration des forces; des évacuations bilieuses ou une éruption de pustules brûlantes terminaient souvent la maladie, qui fut mortelle pour les enfants et les vieillards cacochymes. La toux subsistant après 3 la maladie dégénérait parfois en phthisie mortelle ( Huxham, Obs. de acre et morb. epidem., Lond., 1752, t. i, p. 79). Huxham, le premier, en parlant de cette épidémie , employa le mot de influcnza.

En Pologne (1734-1735), les symptômes prédo-

■ minants furent les lassitudes spontanées, la prostration, et les douleurs contusives dans les membres. La maladie se compliqua souvent d'accidents qui rendirent son caractère plus obscur et plus difficile à connaître. Pendant les mois de novembre et de décembre , la forme thoracique fut la plus fréquente : la toux survenait dès l'invasion. Pendant les mois d'hiver , l'affection catarrhale se porta plutôt au cerveau. La maladie se jugeait par les sueurs, les urines, les vomissements , de la diarrhée , ou une expectoration louable.

Quant au traitement, la méthode excitante provoquait une éruption miliaire ou pétéchiale; celle trop rafraîchissante occasionnait des métastases au cerveau et à la poitrine ( frénésie , péripneumonie ). Les moyens curatifs qui réussirent le mieux furent la saignée au début, et puis les boissons pectorales nitrées.

En Allemagne (1737), aucun des symptômes n'était prédominant : les enfants et les vieillards furent moins sujets à contracter la maladie; mais celle-ci fut mortelle pour les derniers.

Presque tous les auteurs ont attribué les épidémies qui parcoururent l'Europe depuis 1732 jusqu'en 1737 aux continuelles variations de tempéra! ure qui eurent lieu pendant cet espace de temps.

38° En 1742-1743, une épidémie envahit de nouveau la Hollande, l'Angleterre , la France et l'Italie. La maladie reçut pour la première fois, en. France, le nom de grippe ; elle fut décrite par Goelieke (Diss. defcbre catarrh. nunc épidem. grassanté ; Francfort, i 741), Buchner (Diss. de fcbre catarrh., etc.; Erford, 1742), Juch (Diss. defebr* catarrh. cum tussiet coryza complicata, etc.; Erford, 1743, etc.). La maladie se manifesta pendant un froid très-vif: de mémoire d'homme, dit Juch, on n'avait vu une saison aussi rigoureuse : les vents d'est et nord-est soufflèrent continuellement pendant près de cinq mois; on observait la réunion des symptômes encéphaliques et thoraciques. Des épistaxis salutaires eurent lieu chez les jeunes gens et chez les sujets sanguins; des péripneumonies survinrent chez les vieillards ; la saignée fut nuisible. *

En Saxe (1742), les pleurésies, les péripneumonies, les angines, furent très-fréquentes : les malades qu'on ne saignait point succombaient.

A Milan (1742), on observa surtout la forme thoracique ; les pneumonies furent très-communes.

En Angleterre , les symptômes encéphaliques et thoraciques étaient réunis : on observa souvent des pneumonies et des rhumatismes aigus ; la fièvre dégénéra fréquemment en tierce ou demi - tierce La saignée, au début, était indispensable : répétée, elle abattait trop les forces. La maladie se jugeait

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ordinairement par les urines ou par la diarrhée.

Dans quelques localités, cette épidémie fut meurtrière.

39° En 1 745, une épidémie catarrhale régna dans quelques parties de l'Allemagne ; elle affecta la forme encéphalique , et ne fut point grave.

40° En 1753, pendant l'hiver, il régna enBeauce, et jusque dans les environs de Paris , une épidémie catarrhale souvent compliquée de pleurésie et de pneumonie.

41° En 1756-1 757, la grippe se manifesta à Heilbrunn, et sur le littoral de la Manche. Dans la première localité , le symptôme dominant fut une dyspnée extrême , une anxiété si grande , que , dès l'invasion du mal , les malades se croyaient déjà aux portes du tombeau : il survenait des soubresauts dans les tendons et des mouvements convulsifs.

42° En 1 758, une grande partie de l'Ecosse fut envahie par une épidémie catarrhale qui présenta toutes les formes connues (encéph. thorac.-abdom.), et qui fut très-bénigne.

43° En 1761 , une grippe thoracique légère régna à Fano,en Italie.

44° En 1762, il se manifesta une épidémie trèsétendue , qui parcourut la plus grande partie de l'Europe de l'est à l'ouest.

En Allemagne , un dixième de la population à peine fut exempt. La forme encéphalique fut prédominante. La maladie se jugeait ordinairement le troisième jour par l'expectoration, des sueurs ou la diarrhée (Merlens, Febris catarrhalis epid., anno 1 762 Vicnnœ observata; in Obs. med., t. h , p. 1; Ehrmann , Diss. de morbo catarrk. hoc anno inter nos epidem. ; Strasbourg, 1762).

En Angleterre et en Ecosse l'épidémie se présenta avec les mêmes caractères.

En France , où la maladie reçut les noms de baraquette , petite poste , petit courrier, follette , Razoux distingua trois variétés de grippe ; la première répond à la forme encéphalique légère ; la seconde, à la forme encéphalique intense; la troisième, à la forme thoracique ( Razoux , Mémoire sur les rhumes épidém., etc. ; in Journ. de Houx ; Paris ,1763,

t. mu, p. U2).

45° Villalba parle d'une épidémie catarrhale qui parcourut l'Espagne et une partie de l'Europe en 1767. Lepecqde la Clôture l'a observée en Normandie. Les symptômes encéphaliques et thoraciques étaient réunis ; la dyspnée était souvent extrême. La maladie sembliii affecter particulièrement le genre nerveux {g''ppc nencuse de M. Récamier) ; mais, malgré ses s\ii ptôiix s imposants, elle était bénigne.

46" Une grippe cncéphalo-lhorarique régna dans a Champagne en 1 7 70. La saignée au début, et puis

Témétique en lavage, constituaient le meilleur traitement.

47° En 1775, se manifesta l'une des épidémies grippiques les plus remarquables; elle parcourut toute l'Europe, et se fit sentir sur les chevaux et les chiens.

En Allemagne, elle se montra 'après un printemps et pendant un été secs et chauds. La forme abdominale fut, pour ainsi dire, la seule observée. Les purgatifs légers formaient le traitement le plus efficace ( Stoll, Ratio medendi, p. 1-22).

En Angleterre , l'épidémie fut décrite par A. Fothergill (Mcm. ofthe med. soc. of London, t. in, p. 30), Pringle, Heberden {Med. obs. aiid inquiry, t. vi) , Reynolds (Mem. of the med. Soc. of London , t. vi, p. 340 ) , Wyte ( Ibid.j p. 383) , Thomson (Ibid.j p. 402), Campbell {Ibid., p. 405, etc.). Elle parcourut les différents comtés , en n'exerçant son influence, dans chacun d'eux , que pendant trois semaines ou un mois. L'invasion était subite : tous les symptômes de la maladie étaient réunis; vers le déclin, l'affection prenait le caractère d'une fièvre intermittente, contre laquelle le quinquina ne réussissait point. La mortalité fut peu considérable, excepté pour les enfants et les asthmatiques. L'épidémie respectait certaines localités.

A Bath, Backer observa des diarrhées, des dysenteries, des pneumonies et des phthisies.

En France, la forme encéphalique domina d'abord; la maladie était rarement mortelle, excepté chez les enfants et les vieillards. Elle se jugeait par les urines, la diarrhée ou les sueurs. Les récidives étaient accompagnées de toux et d'une très-grande prostration (Ozanam, loc. cit., p. 175 ). Ensuite la maladie changea de forme, et les symptômes thoraciques prédominèrent. Les saignées étaient nuisibles. Enfin, en troisième lieu, la maladie se présenta accompagnée surtout d'une prostration qui était mortelle pour les sujets affectés de maladies chroniques (Saillant, Tableau historique et raisonné des épidémies catarrhale s, vulgairement dites la grippe, depuis 1570 jus que s et y compris celle de 1 780 ; Paris, 1 780 ). Perkins ( HisU de la Soc. roy. de méd. de Paris , 1776, t. i, p. 206) et Hillary assurent que cette épidémie se transporta jusqu'en Amérique.

48° En 1 780 , un catarrhe épidémique, qui reçut les noms de grenade, de générale, se manifesta eu France, et de là gagna l'Angleterre.

En France, de brusques alternatives de température avaient eu lieu. D'abord, la température étant basse, la maladie revêtit la forme thoracique intense [calarrhc suffocant), accompagnée de pneumonie; puis, le temps s'étant radouci, ce fut la forme encéphalique qui prédomina.

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En général, dit Saillant, ces affections étaient de peu de durée , et leur guérison était plus l'ouvrage de la nature que celui de l'art.

L'épidémie, en Angleterre, atteignit jusqu'aux quatre cinquièmes de la population : elle fut plus intense dans les villes que dans les villages ; plus légère chez les enfants que chez les adultes; son règne ne durait pas plus de six semaines dans chaque province, et la maladie n'outre-passait pas quinze jours dans son cours ( Ozanam , loc. cil., p. 1 83 ).

Selon Webster, la grippe régna pendant cette même année en Amérique , et ce serait de là que , Tannée suivante, elle aurait passé en Russie.

49° L'année 1 782 fut signalée par l'une des plus remarquables épidémies de grippe que l'on ait observées. Elle commença en Russie.

Le 2 janvier 1782, une variation extraordinaire de température se manifesta à Pélersbourg : le thermomètre de Farenheit , qui était à 35° — 0, remonta à 5°+0 , de sorte que , dans l'espace d'une nuit , la température subit une variation de 40°. Le même jour, quarante mille personnes furent attaquées d'une épidémie catarrhale que beaucoup de médecins , on le comprend , rapportèrent à cette brusque alternative de température ( Ozanam , loc. cit. , p. 184). D'autres prétendent, au contraire (Webster), que la maladie était venue d'Amérique en Russie. Jos. Frank assure que l'épidémie ne se manifesta à Pétersbourg qu'au mois de février, et que, partie d'Astrakan, elle avait gagné cette capitale en passant par Tobolsk. Quoiqu'il en soit, l'épidémie gagna l'Allemagne, ia Hollande, la France, et parcourut ainsi, dit J. Frank, non-seulement l'Europe, mais le monde entier.

A Vienne, les trois quarts de la population furent atteints : la maladie était accompagnée d'une prostration extrême; les symptômes thoraciques et encéphaliques étaient réunis ; de vives douleurs se faisaient sentir au dos, au cou, à la partie supérieure du sternum et du larynx. En général, les enfants étaient épargnés ; les vieillards , les phthisiques , les asthmatiques, furent , au contraire, très-maltraités. On observa des récidives, des pleurésies , des pneumonies, et des entérites, qui venaient compliquer l'affection dominante.

50° La température fut très-variable à Paris pendant l'été de 1788; on y observa des variations de 8 , 10 et 12 degrés dans un même jour : elles furent suivies du développement d'une épidémie catarrhale. La forme encéphalique prédomina ; cependant , la forme abdominale ne fut point rare; des douleurs vives se faisaient sentir dans les dents, dans les oreilles, au niveau des articulations. La maladie se terminait ordinairement en deux ou trois jours.

En Autriche, la température descendit à — 20° dès le 1 7 novembre ; en décembre , le froid diminua ,

et ce changement de température produisit, dit Ca* reno, un catarrhe épidémique qui sévit sur plus de la moitié des habitants de Vienne. La forme encéphalique prédomina. La maladie ne fut fatale qu'à quelques vieillard?.

51° En 1799, une nouvelle épidémie se déclara en Russie : les différents symptômes de la grippe étaient réunis; cependant la forme thoracique sembla prédominer. La maladie se jugeait du cinquième au septième jour, par des crachats faciles et copieux.

52° En 1800, une épidémie se manifesta à Lyon et dans les environs. La forme encéphalique fut dominante. Presque tous les malades qui succombèrent eurent du délire, des convulsions partielles ou générales les derniers jours. On observa souvent des douleurs odontalgiques et une surdité passagère. La diarrhée fut tantôt favorable, tantôt fâcheuse. Les éruptions miliaires furent fréquentes , ainsi que les péripneumonies, qui se montraient dès les premiers jours. Les enfants et les femmes guérirent presque tous; tous les phthisiques, au contraire, qui furent atteints par l'épidémie, succombèrent.

53° L'épidémie de 1802-1803 fut très-remarquable.

En Russie, une toux sèche, nerveuse , violente , opiniâtre, ne laissant aucun repos aux malades, convulsive , revenant par accès, comme la coqueluche, durant souvent plus de quarante jours , fut le symptôme dominant.

En France, la grippe n'avait pas été aussi générale depuis l'épidémie de 1775. Elle attaqua plus particulièrement encore les ouvriers et les classes pauvres. La forme dominante fut l'encéphalique, avec ophthalmie, angine, douleurs d'oreilles, parotides, insomnie ou somnolence. La maladie n'offrait rien de grave : elle se jugeait ordinairement par un écoulement abondant par le nez. Quelquefois il survint des symptômes de péripneumonie. La saignée ne convenait que dans ces derniers cas. Les vomitifs réussirent très-bien.

En Lombardie , la maladie offrit les mêmes caractères ; cependant la forme abdominale ne fut point rare. La convalescence y fut longue, accompagnée* de toux; les récidives furent fréquentes.

54° De 1803 à 1812, des épidémies se manifestèrent dans différentes localités ; mais aucune d'elles ne fut étendue. Les principales furent décrites par Gasc ( Mémoire sur une fièvre catarrhale observée à Tourneins vers la fin de 1 805 et le commencement de 1806; in Ann. de la Soc, de méd» de Montpellier, t. vm,p. 193 ) , Barrey {Rapport sur une épidémie de fièvre catarrhale quia régné dans le village de la Tour-de- Serre, du 1er mars au 12 avril 1807, in Ann. de la Soc. de méd. de Montpellier, t. u, p. 305), Py {Histoire d'une

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fièvre catarrhalc gui a régné à JVarbonne pendant les quatre premiers mois de 1810; in ibid., t. xxiii, p. 301 ) , Maynec {Mémoire sur la fièvre catarrhalc qui , pendant le premier semestre de 1810, a régné épidémiquement dans le département du Lot',\n ibid., t. xxvi,p. 209 ). Ces épidémies, très-circonscrites, n'ont rien offert de remarquable ni de particulier.

55° En 1813, une épidémie calarrhaïe régna à Tours , et se prolongea pendant six mois sous l'influence des longues et fréquentes vicissitudes que subit la constitution atmosphérique. Elle fit sentir son influence à toutes les maladies intercurrentes. La forme abdominale fut assez fréquente; on observa beaucoup de pneumonies ( Varin , Observations cliniques sur les catarrhes épidémiques qui ont régné à Tours pendant les six premiers mois r/e 1813; in ibid., t. xxxm, p. 313).

56° De 1830 à 1833, la grippe a de nouveau parcouru une grande partie du globe, en suivant une marche importante à noter.

Après avoir régné dans les contrées placées à l'est de l'Europe, la grippe se montra à Paris au commencement de Tété de 1831. Elle fut très -générale, mais en même temps très-légère. Les formes encéphaliques et ihoraciques furent d'abord les seules observées; mais vers la fin de l'épidémie, la forme abdominale devint prédominante: elle était accompagnée de diarrhée, d'une grande prostration, de spasmes, de crampes ; elle constituait une véritable transition au choléra.

En 1831 , la grippe se montra dans l'île de Java ; vers le milieu de juillet 1832, elle avait atteint Panang et Malaca; en 1833, elle revint en France, succédant au choléra, s'emparant des localités que celui-ci venait de quitter; et enfin elle envahit l'Anaérique : «de telle sorte, dit M. Raige-DeWme, qu'à la rapidité près, la grippe de 1833 a suivi exaelement la même voie que l'épidémie du choléra.» En France , on vit beaucoup de sujets être atteints de la grippe, qui précéda le choléra I 63 1 ) , puis de celuici 1833 , et enfin être repris de la grippe, qui lui succéda ( l833)(Ricbelot, Recherches sur les épidémies de grippe, et en particulier sur l'épidémie quia régné en 1833 à Paris; in Arch. gén. de méd., u': série, t. vu, p. 328, et t. \m,p. -135. — Sigonowitz, Mitthcilungen iibcr das, im Friihjarh 1833 , in Dauzig herrscJicndc epidemische Âatarrhal- ficher; in Jiusl's Mag. , bd. xi., th. i , S. 50).

U doejeur Ward ( Transactions of ihe médical and ph/sicitl Society <>j Calcutta ; ÇalcutU, 1833, î. vi ) i duniii', de l'épidémie des Inde*, une description que nous rapporteront, pour montrer combien la maladie était identique partout. «La maladie se

montra sous la forme d'un catarrhe intense; elle débuta soudainement, et dans beaucoup de cas , par des frissons. Les symptômes ordinaires étaient les suivants : fièvre ardente, langueur extrême, prostration subite des forces , céphalalgie souvent très-forte, pesanteur au-dessus des sourcils , douleurs musculaires intenses en diverses parties du corps, mais plus particulièrement aux membres inférieurs, fréquentes nausées, et quelquefois vomissements, toux continuelle, fatigante, d'abord sans expectoration, quelquefois accompagnée de douleur dans la poitrine , mal de gorge , donnant lieu à de la gêne dans la déglutition, légère inflammation des yeux, augmentation de sécrétion des larmes, éternumenls, écoulement abondant par les narines d'un mucus clair et acre, soif vive, anorexie dans la plupart des cas, langue chargée d'une couche blanche. La dépression des forces et de l'énergie morale était considérable pendant la durée des symptômes fébriles, les nuits étaient agitées , la toux et les symptômes de catarrhe se montraient , en général , plus intenses le soir et le matin. Ces phénomènes duraient, avec plus ou moins d'intensité, pendant deux, trois, rarement plus de quatre jours , après lesquels ils se dissipaient graduellement, laissant le malade faible et languissant.»

57° Nous voici arrivés à l'épidémie de 1837, la dernière des épidémies de grippe qui aient été observées; l'une des plus remarquables par sou étendue et celle qui a été le mieux décrite.

Elle se montra d'abord à Londres, où elle débuta dans les premiers jours de janvier ; bientôt elle se répandit dans toute l'Angleterre, puis elle envahit le Danemark, la Suède , l'Allemagne et la France. A la fin du mois de janvier, elle avait déjà acquis une grande extension à Paris ; dans les premiers jours de février , elle se déclara presque en même temps sur tous les points de la France et en Suisse.

Les localités exercèrent une influence assez remarquable sur la forme de la maladie.

A Londres, presque toute la population fut frappée; on observa un grand nombre de cas graves, et la mortalité s'accrut rapidement. Dans la forme intense, il survenait des douleurs lombaires et articulaires, une toux et une prostration qui brisaient les malades; le catarrhe prenait le caractère suffocant, et la mort arrivait par asphyxie.

A Paris, son invasion fut précédée pendant deux mois d'une diminution notable dans le nombre ordinaire des maladies aiguës, et par une prostration qui allongeait singulièrement la convalescence de tous \o iu.il .nies. Elle te présenta sous ses trois formes (c ncéjtlialiqnc , thonicique , abdominale): la forme abdominale fut la plus raie et la plus intense. Les piirumonies furent tiès-fréquenles (LandouiY, Mémoire sur l'épid. de grippe de 1837; Landau î

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Mémoire sur In grippe de 1837, etc.; in Arch. génér. de méd. , 11e série, t. mi, p. 443; Vigla, Résumé des observations faites dans le service de M. Rayer, médecin de Vhôp. de la Charité, sur l'épidémie de grippe qui a régné à Paris ; in ibid. , p. 226 ; Pétrequin , Rcch. pour servir à V histoire de la grippe, etc.; in Gaz. méd. de Paris, 1837, n° 51).

A Passy , suivant M. Andral, les symptômes prédominants existaient vers l'abdomen.

Dans le département de la Loire-Inférieure, une ophthalmie légère accompagna presque toujours l'épidémie, qui fut très-rare dans les campagnes {Gazette médicale de Paris , t. Y , p. 193).

A Nantes, il y eut beaucoup moins de pneumonies qu'à Paris, et la mortalité fut à peine augmentée (Prion, Gaz. méd. , n° du 1er avril 1837).

Dans le département de la Vienne , la grippe fut fréquemment accompagnée d'hémorrhagies , et principalement d'épistaxis et de métrorrhagies ; la maladie ne fut toutefois funeste que pour les sujets déjà affectés de maladies chroniques.

A Lyon, tous les étrangers qui arrivaient dans la ville étaient frappés le lendemain ou le surlendemain de leur arrivée. La pneumonie fut fréquente, et la mortalité presque doublée ( Gubian , Histoire de la grippe à Lyon ; Lyon, 1837).

M. Reboullet a décrit la grippe de Strasbourg, qui n'a rien présenté de remarquable (Rapport sur la grippe quia régné à Strasbourg ; Paris, in-8°, 1838).

A Genève, près de la moitié de la population fut frappée. La maladie a surtout été funeste aux vieillards; elle revêtait souvent la forme abdominale. La pneumonie a été rare. Les vomitifs réussissaient presque constamment.

A Brescia, la grippe , d'après Giveîli, était accompagnée de l'inflammation de toutes les membranes muqueuses et séreuses (Annali univ. di meclic. d'Omodei; décemb. 1837).

Nous avons consacré beaucoup d'espace et de recherches au tableau chronologique et analytique qu'on vient de lire , parce que la meilleure manière de bien faire connaître une maladie épidémique consiste à donner une description succincte de chacune de ses apparitions. Déjà , à propos de la dysenterie, nous avions adopté cette méthode, dont le lecteur a pu apprécier les avantages (voy. le Compcnd., t. ni, p. 98).

Traitement. — «Le traitement delà grippe, dit avec raison M. Landouzy, doit varier suivant le type qu'affecte la maladie; mais comme celle-ci consiste plutôt dans la réunion de plusieurs symptômes combinés que dans l'altération propre d'un organe ou d'un appareil d'organes, c'est ici surtout qu'il est

convenable de faire la médecine des symptômes , et que les doctrines de l'éclectisme médical peuvent être rigoureusement appliquées. » "

Dans h grippe légère, quelle que soit d'ailleurs sa forme, qu'elle soit encéphalique, thoracique ou abdominale, le séjour au lit, ou au moins dans la chambre, la diète, les boissons émollientes ou légèrement diaphoniques, les pédiluves sinapisés, les lavements émollients ou légèrement laxatifs, sont les seuls moyens auxquels il devienne nécessaire de recourir ; encore voit-on souvent la maladie disparaître spontanément au bout de quelques jours , sans le secours d'aucune médication.

Lorsque la grippe se présente avec des symptômes franchement inflammatoires, les émissions sanguines sont toujours utiles. Sans aller aussi loin que Wier, nous pensons que si l'on abusait de ce moyen, on risquerait souvent d'augmenter la prostration et d'amener des accidents adynamiques graves; mais il y a loin de là à proscrire entièrement les émissions sanguines, ainsi que l'a fait ce médecin et plusieurs autres auteurs.

La saignée générale doit être préférée lorsque la maladie est accompagnée d'un mouvement fébrile prononcé; elle calme quelquefois les douleurs des membres , des reins; elle diminue la céphalalgie. Les sangsues, les ventouses scarifiées, seront, au contraire , employées pour combattre les douleurs et les inflammations locales : on les applique loco dolenti, et , suivant les circonstances, au cou, aux apophyses mastoïdes , an niveau du creux sus-sternal, sur les côtés de la poitrine, à l'anus, etc.

Dans la forme abdominale, les vomitifs sont souvent utiles. Plusieurs auteurs ont cru pouvoir formuler ainsi un traitement général pour la grippe : Une saignée d'abord, un vomitif ensuite. Il est certain qu'ils ont été beaucoup trop absolus; mais il n'en est pas moins frai aussi que cette médication réussit très-souvent. En 1837, pendant son internat dans les hôpitaux, l'un de nous la constamment employée , hors les cas de contre-indications formelles, pour les grippés qui furent admis à la Maison royale de santé, dans le service de M. Duméril , et il s'en est bien trouvé (émé tique, 5^10 centigr., ou ipécacuanha, G à 12 décigr.).

Se fondant sur ce que la grippe était sou vent jugée par les sueurs, les urines, ou la diarrhée, plusieurs auteurs ont conseillé d'administrer dans tous les cas, et à doses élevées, soit des sudorifiques, soit des diurétiques , soit des purgatifs, suivant que la crise paraissait vouloir s'établir vers la peau , les reins ou le tube digestif. L'observation n'est point favorable à cette médication fondée sur la doctrine des crises. Les diurétiques n'ont jamais paru être utiles; les purgatifs ont été souvent nuisibles, et l'on doit se borner à

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